‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 41 sur 518 · DEUXIÈME EPOQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME EPOQUE

Kaissance de Jésus Cliritl.

Septième et dernier Age du monde.

Nous voilà enfin arrivés à ces temps , tant désirés par nos pères , de la venue du Messie. Ce nom veut dire le Clirist ou i l'Oint du Seigneur; et Jésus-Christ le mérite comme pontife, comme roi, et comme prophète. On ne convient pas de l'année précise où il vint au monde , et on convient que sa vraie naissance devance de quelques années notre ère vulgaire, que nous suivrons pourtant avec tous les autres , pour une plus grande commodité. Sans disputer davantage sur l’année de la naissance de Notrc-Scigneur, il sufllt que nous sachions qu’elle est arrivée environ l’an 4000 du monde. Les uns la mettent un peu auparavant, les autres un jieu après , et les autres précisément en celte année : diversité qui provient autant de l'incertitude des années du monde, que de eelle de la naissance de Notre-Scigneur. Quoi qu'il en soit, ce fut environ ce temps , 1000 ans après la dédicace du temple, et l'an 754 de Rome, que Jésus-Christ, lllsdc Dieu dans l’éternité, fils d'Abraliam et de David dans le temps, naquit d'une vierge. Celle épo(|ue est la plus considérable de toutes , nonseulement |iar l'importance d’un si grand événement, mais encore parce que c’est celle d'où il y a plusieurs siècles que les chrétiens commencent à compter leurs années. Elle a encore ceci de remarquable, qu’elle concourt à peu près avec le temps où Rome retourne à l’état monarchique sous l'empire paisible d’.Augustc.

Tous les arts fleurirent de son terni», et la poésie latine fut i»rlée à sa dernière l»rfeetion par Virgile et par Horace , que ce prince n’excita pas seulement par ses bienfaits , mais encore en leur donnant un libre accès auprès de lui. La naissance de Jésus-Christ fut suivie de près de la mort d'Hérode. Son royaume fut partagé entre ses enfants, et le principal partage no s tarda pas à tomber entre les mains des Romains. Auguste acheva son règne avec beaucoup de gloire. Tibère , qu'il avait it adopté, lui succéda sans contradiction, et l'empire fut reconnu pour héréditaire

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SUR L’UISTOfRE UNIVERSELLE.

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Ans dans In maison des césars. Romo eut J. c. beaucoup à souffrir de In cniclle politique de Tibère : le reste de l’empire fut assez tranquille. Germanicus , neveu de Tibère, apaisa lesarmées rebelles, refusa l’empire, i« battit le fier Arminlus, poussa ses conquêtes jusqu’à l’Elbe; et s’étant attire 17 avee l’amour de tous les peuples la jalou- I» sie de son oncle , ce barbare le fit mourir as ou de chagrin ou par le poison. A la quinzième année de Tibère , saint Jcan-IJap- 30 tiste paraît : Jésus-Christ se fait baptiser par ce divin précurseur : le Père éternel reconnaît son Fils bien-aime par une voix qui vient d’en haut : le Saint-Esprit descend sur le Sauveur, sous la figure pacifique d’une colombe ; toute la Trinité se manifeste. I.A commence, aveclasoixantedixième semaine de Daniel , la prédication de Jésus-Christ. Cette dernière semaine était la plus importante et la plus marquée. Daniel l’avait séparée des autres, comme la semaine où l’alliance devait être confirmée, et un milieu de laquelle les anciens sacrifices devaient perdre leur vertu’. Nous la ixiuvons appeler la semaine des mystères. Jésus-Christ v éta- » «'

blit sa mission et sa doctrine par des miracles innombrables,’ et ensuite par sa 33 mort. Elle arriva la quatrième anné’e de son ministère, qui fut aussi la quatrième -année de la dernière semaine de Daniel ; et cette grande semaine se trouve, de cette sorte, justement coupée nu milieu par cette mort.

Ainsi le compte des semaines est aisé à faire, ou plutôt il est tout fait. Il n’y a qu’à ajouter à quatre cent cinquante-trois *tms, qui se trouveront depuis l’an 300 de Rome , et le vingtième d’Artaxcrxc , jusqu’au commencement de l’ère vulgaire, les trente ans de cette ère qu’on voit aboutir à la quinzième année de Tibère , et au baptême de Notre-Seigneur ; il se fera de ces deux sommes quatre cent quatrevingt-trois ans : des sept ans qui restent encore pour eu achever quatre cent quatre-vingt-dix , le quatrième , qui fait le milieu, est celui où Jésus-Christ est mort, et tout ce tpie Daniel a prophétisé est visiblement renfermé dans le terme qu’il s’est prescrit. On n’aurait pas même besoin de tant de justesse ; et rien ne force à prendre dans cette extrême rupteur le mi-

> Dan. IX , 27.

lieu marqué par Daniel. Les plus difficiles Ans se contenteraient de le trouver en quelque de ï c. point (|ue ce fût entre les deux extrémités: ce que je dis , afin que ceux qui croiraient avoir des raisons pour mettre un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement d’.Artaxerxe, ou la mort de Notre- Seigneur, ne se gênent pas dans leur calcul; et que ceux qui voudraient tenter d’embarrasser une chose claire, par des chicanes de chronologie , se défassent de leur inutile subtilité.

Voilà ce qu’il faut savoir pour ne se point embarrasser des auteurs profanes , et pour entendre autant qu’on en a besoin les antiquités judaïques. Les autres discussions de chronologie sont ici fort peu nécessaires. Qu’il faille mettre de quelques années plus tôt ou plus tard la naissance de Notre-Seigneur, et ensuite prolonger sa vie un peu plus ou un peu moins, c’est une diversité qui provient autant des incertitudes des années du monde que de celles de Jesus-Christ. Et quoi qu’il en soit , un lecteur attentif aura déjà pu reconnaître qu’elle ne fait rien à la suite ni à l'accomplissement des conseils de Dieu. Il faut éviter les anachronismes qui brouillent l’ordre des affaires, et laisser les savants disputer des autres.

Quant à ceux qui veulent absolument trouver dans les histoires profanes les merveilles de la vie de Jésus-Christ et de ses apôtres, auxquels le monde ne voulait pa.<5 croire , et qu’au contraire il entreprenait de combattre de toutes ses forces , comme une chose qui le condamnait, nous parlerons ailleurs de leur injustice. Nous verrons aussi qu’il se trouve dans les auteurs profanes plus de vérités qu’on ne croit, favorables au christianisme : et je donnerai seulement ici pour exemple l’éclipse arrivée au crucifiement de Notre-Seigneur.

Les ténèbres qui couvrirent toute la face de la terre en plein midi , et au moment que Jésus-Christ fut cnicific sont prLses pour une éclipse ordinaire par les auteurs païens , qui ont remarqué ce mémorable événement’. Mais les premiers chrétiens, qui en ont parlé aux Romains comme d’un prodige marqué non-seulement par leurs auteurs, mais encore

' Matih. XXV, «s.

* PMeg. xui. Olymp. Thall. HUt 3.

DISCOURS

Ara parles registres publics', ont fait voir <l« 1- c. que ni au temps de ta pleine lune où Jésus-Christ était mort, ni dans toute l'année où cette éclipse est observée, il ne pouvait en être arrivé aucune qui ne fut surnaturelle. Nous avons Ips propres paroles de Plilégon , affranchi d'Adrien, citées dans un temps où son livre était entre les mains de tout le monde , aussi bien que les histoires syriaques de Thallus qui l'a suivi ; et la quatrième année de la 20Î* olympiade , marquée dans les Annales de Phlégon , est constamment celle de la naort de Notre-Scigneur.

Pour achever les mystères, Jésus-Christ sort du tombeau le troisième jour^ il apparaît à ses disciples ; il monte aux cieux , en leur présence j il leur envoie le Saint- Esprit, l'Église se forme j la persécution commence; saint Étienne est lapidé; saint Paul est converti. Un peu après , Tibère 87 meurt. Caligula, son petit-neveu, son fils par adoption , et son successeur, étonne l’univers par sa folie cruelle et brutale : «0 U se fait adorer, et ordonne que sa statue soit placée dans le temple de Jérusalem. Chéréas délivre le monde de ce monstré. Il Claudius règne malgré sa stupidité. Il est 4s déshonoré par Mcssaline, sa femme, qu'il Il redemande après l'avoir fuit mourir. On sa le remarie avec .Agrippine , fille de Germanicus. Les apôtres tiennent le concile de Jérusalem • , où saint Pierre parle le premier, comme il fait partout ailleurs. Les gentils convertis y sont affranchis des cérémonies de la loi. Iji sentence en est prononcée au nom du Saint-Esprit et et de l’Église. Saint Paul et saint Barnabe portent le décret du concile aux Églises , et enseignent aux fidèles a s’y soumettre Telle fut la forme du premier concile.

U Ix stupide empereur déshérita son fils Britannicus, et adopta Néron, lllsd’ Agrippine. En récompense, elle empoisonna ce trop facile mari. Mais l’empire de son fils ne lui fut pas moins funeste è elle-même, SS, mi, SS qu'à tout le reste de la république. Corbu- XI. de. Ion fit tout l'honneur de ce règne , par les victoires qu’il remporta sur les Partîtes et sur les Arméniens.

BS Néron commença dans le même temps

' Ttriull. Apol. cap. vvi. Orig. Qinl. fet«. lih. ti n* 33,1.1, p. 411; cl Tract, xsvv la Maltli. n" 134* Llll.p. Ssa.fHacS. ri //imm. In ChrvD. Jul. Afric llild.

• Art, xr.

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