XVI
la guerre contre les Julls, et la persé-eu- Ara lion contre les chrétiens. C’est le premier de J. C empereur qui ait persiVuté l’Église. Il fit mourir à Borne saint Pierre cl saint Paul, ex Mais comme dans le même temps II persécutait tout le genre humain, on se on révolta rentre lui de tous côti^ ; il apprit i» que le stmat l’avait condamné , et se tua lui-méme. Chaque armée lit un empereur:
la querelle se décida auprès de Rome, et dans Rome même , par d’effroyables combats. Galba, Otlion et Vitelliusy périrent: l’empire affligé se reposa sous Vespasien. xn Mais les Juifs furent réduits à l'extrémité : Jérusalem fut prise et brûlée. Tite, xs fils et successeur de Vespasien , donna au monde une courte joie ; et ses jours, qu’il croyait perdus quand ils n'étaient pas marqués de quelque bienfait , se précipitèrent trop vite. On vit revivre Néron en la personne de Domiticn.
Lapcrséciitionserenouvela.SaintJean, m sorti de l'huile bouillante , fut relégué dans nie de Patmos, ou il écrivit son Apocalypse. Un peu après, U écrivit son Evan- «s gile, égé de quatre-vingt-dix ans, et joignit la qualité d'évangéliste à celle d'apôtre et de prophète.
Depuis ce temps, les chrétiens furent toujours persécutés, tant sous les bons que sous les mauvais empereurs. Ces pcrsémitions se faisaient, tantôt par les ordres des empereurs, et par la haine particulière des magistrats ; tantôt parle soulèvement des peuples; et tantôt par des décrets prononcés authentiquement dans le sénat sur les rescritsdes princes, ou en leur présence. Alors la jicrsécution était plus universelle et plus sanglante ; et ainsi I» haine des infidèles , toujours obstinée è perdre l’Église, s’excitait de temps en temps elle-même ù de nouvelles fureurs.
C’est iiar ces renouvellements de violence que les historiens ecclésiastiques comptent dix persécutions sous dix empereurs.
Dans de si longues souffrances , les chrétiens ne firent jamais la moindre si'-dition.
Parmi tous les fidèles, les évêques étaient toujours les plus attaqués. Parmi toutes les Églises, l’Église de Rome fut persécutée avexi le plus de violence ; et les [lapes 4-onlirinrrent souvent par leur sang l'Évangile qu'ils annoneaient a toute la terre.
Domiticn est tué : l’empire eommencc à respirer sous N'crvn. Son grand ége ne m lui permet pas de rétablir les affiùres:
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sim L'HISTOIUK L'MVERSF.LLE.
Ans mais , pour faire durer le repos public , il J. i; choisit Trnjan pour sou successeur. L'ctnm pire .tranquille au dedans , et triomphant 9» au dehors , ne cesse d'admirer un si bon prince. Aussi avait-il pour ina.xime qu'il ' fallait que scs citoyens le trouvassent tel qu'il eût voulu trouver l'empereur s'il eût loi été simple citoyen. Ce prince dompta les Daces et Décébale , leur roi : étendit ses conquêtes en Orient , donna un roi aux IM l’arthes , et leur lit craindre la puissance IIS, 110 romaine : licurcux que l'ivrognerie et ses infémes amours , vices si déplorables dans un si grand prince, ne lui aient rien fait entreprendre contre la justice.
A des temps si avantageux pour la république succédèrent ceux d'.Adrien , mê- 117 lés de bien et de mal. Ce prince maintint lia la discipline militaire, vécut lui-même lia militairement et avec beaucoup de frugaiis lité ..soulagea les provinces , fit fleurir les IM arts , et la Grèce , qui en était la mère. Les barbares furent tenus en crainte par ses lao armes et par son autorité. Il rebâtit Jérusalem , à qui il donna son nom ; et c'est de là qne lui vient le nom d'Ælia ; mais il en bannit les Juifs, toujours rebelles à l'empire. Ces opiniâtres trouvèrent en lui las un impitoyable vengeur. Il déshonora par ses cruautés et par ses amours mons-
114 trueuses , un règne si éclatant. Son Infâme Antinous , dont il fit un dieu , couvre de honte toute sa vie. L’empereur sembla réparer ses fautes, et rétablir sa gloiie
115 effacée , en adoptant Antonin le Pieux , qui adopta Marc-Aurcle le Sage et le Philosophe.
En ces deux princes paraissent deux 133, ICI lieanx caractères. Le père, toujours en paix, est toujours prêt dans le besoin à faire la guerre : le fils est toujours en guerre , toujours prêt à donner la paix à ses ennemis et è l'empire. Son père Antonin lui avait appris qu'il valait mieux sauver un seul citoyen , que de défaire 141 mille ennemis. Les Parthes et les Marco- 109 mans éprouvèrent la valeur de Marclau Aurèle : les derniers étaient des Germains que cet empereur achevait de dompter quand il mourut. Par la vertu des deux Antonin , ce nom devint les délices des Romains.
La gloire d'un si beau nom ne fut effacée , ni par la mollesse de Lucius Vérus, frère de âlarc-Aurèie et son coilègue dans l'empire , ni par les brutalités de Commo-
de , son flis et son successeur. Celui-ci , An» indigne d’avoir un tel pi-re , en oublia les d« i. Censeignements et les exemples. Le sénat et les jieuples le détestèrent : scs plus assidus courtisans et sa maitresse le firent mourir. Son successeur Pertinax, vigon- iw reux défenseur de ia discipline miiitaire , i9i se vit immoié à la fureur des soldats licencieux , qui l’avaient un peu auparavant élevé malgré lui à la souveraine puissance.
L’empire, mis à l'encan par l'armée, trouva un acheteur. Ia; jurisconsulte Didius Julianus hasarda ce hardi marché; il lui en coûta la vie : Sévère , Africain , ih , iw, le fit mourir, vengea Pertinax, passa de iw.nc. l’Orient en Occident , triompha en Syrie, wi, n» en Gaule et dans la Grande-Bretagne.
Rapide conquérant , il égala César par ses victoires ; mais il n'imita pas sa clémence.
Il ne put mettre la paix parmi ses enfants.
Bassien ou Caracalla , son fils aîné , faux m Imitateur d'Aleiuuidre , aussitôt après la iii , iii mort de son père, tua son frère Géta, empereur comme lui , dans le sein de Julie, leur mère commune ; passa sa vie dans la cruauté et dans le carnage ; et s'attira à lui-même une mort tragique. Sévère lui avait gagné le coeur des soldats et des peuples, en lui donnant le nomd’Antonin ; mais il n’en sut pas soutenir la gloire. Le Syrien Héliagabaie, ou plutût Alagabale lis son (Ils, ou du moins réputé pour tel, quoique le nom d' Antonin lui eût donné d'abord le coeur des soldats et la victoire sur .Macrin, devint aussitôt après par scs infamies , l'horreur du genre humain , et se perdit lui-même. Alexandre Sévère , m fils de Marnée, son parent et son successeur, vécut trop peu pour le bien du monde. Il se plaignait d'avoir plus de peine à contenir ses soldats , qu'à vaincre ses ennemis. Sa mère , qui le gouvernait , fut cause de sa perte, comme elle l'avait été de sa gloire. Sous lui Arta.xerxe , Per- m sien , tua son maître Artaban , dernier roi iis des Parthes , et rétablit l’empire des Perses en Orient.
En CCS temps , l’i-igllse encore naissante remplissait toute la terre ' ; et non-seulement l'Orient , où elle avait comnacncé , c’est-à-dire, la Palestine, laSyrie, l'Égypte, l’Asie Mineure , et la Grèce ; mais encore dons l’Occident, outrel'ltalie, les diverses nations des Gaules, toutes les provinces
* TerluH wlv Juù. cap. vil. Apolof cap. xxxvfl.
CO
DISCOURS
Am d’Espajme, l'Afrique, la Germanie, la l lie J- c. Grande-Bretajine dans les endroits impénétrables au.\ armes romaines ; et encore hors de l'empire, l’Arménie, la Perse, les Indes, les peuples les plus barbares, les Sarmates, lcsI)aces,lcsScylbes, les Maures, les Cétulicns, et jusqu'aiui Iles les plus inconnues. Le sang de ses martyrs la rcn- 107 dait féconde. Sous Trajan, saint Ignace, évêque d'Antioche, fut e.xposé aux l)étes farouches. Marc-Auréle, malheureusement prévenu des calomnies dont on lu chargeait le christianisme, lit mourir saint Justin, le philosophe et l’apologiste i«7 de la religion chrétienne. Saint Polycarpe, évêque de Smyriic , disciple desaint Jean, à l'âge de quatre-vingts ans, fut condamné au feu sous le même prince. Les 177 saints martyrs de Lyon et de Vienne endurèrent des supplices inouïs, à l’exemple desaint Photin', leur évêque, âgé do quatre-vingt-dix ans. L’Église gallicane remplit tout l’univers de sa gloire. Saint Ml Iréncc, disciple de saint Polycarpe, et successeur de saint Photin , imita son prédécesseur, et mourut martyr sous Sévère , avec un grand nombre de fidèles de son Église.
Quelquefois la persécution se ralentissait. Dons une extrême disette d'eau , que 171 Marc-.Vurèle souffrit en Germanie, une légion chrétienne obtint une pluie capable d'étancher la soif de son armée , et accompagnée de coups de foudre qui épouvantèrent ses ennemis. Le nom de Foudroyante fut donné ou confirmé à la légion par [ ce miracle. L'empereur en fut touché, et écrivit an sénat en faveur des chrétiens. A la Un , ses devins lui persuadèrent d’attribuer & ses dieux et à scs prières un miracle que les païens ne s'avisaient pas seulement de souhaiter.
D'autres causes suspendaient ou adoucissaient quelquefois la persécution pour un peu de temps : mais la superstition, vice que Mare-Aurèle ne put éviter, la haine publique, et les calomnies qu’on imposait aux chrétiens , prévalaient bientêt. I.a fureur des païens se rallumait, et tout l'empire ruisselait du sang des martyrs. La doctrine accompagnait les souffrances.
lis Sous Sévère , et un peu après , Tertullien, prêtre de Carthage, éclaira l’Église
* Ou PoUiin
par ses écrits, la défendit par un admira- am bic .Aiwlogctique , et la quitta enfin aveu- âi! >■ c. glé par une orguilleuse sévérité, et séduit par les visions du faux prophète Moutanus. Apeu près dans le même temps, le saint prêlre Clément Alexandrin dé- • terra les antiquités du paganisme , pour le confondre, ürigène , flis du saint martyr Léonide , se rendit célèbre par toute l'Eglise dès sa première jeunesse , et enseigna de grandes vérités , qu'il mêlait de beaucoup d’erreurs. Le philosophe Ammonius fit sen ir à la religion la philosophie platonicienne , et s'attira le respect même des païens.
Cependant les Valentiniens , les gnostiques , et d'autres sectes impies , combattaient l'Evangile par de fausses traditions: saint Irénée leur oppose la tradition et l'autorité des Églises apostoliques , surtout de celle de Rome, fondée par lesapdtres saint l’ierre et salut Paul , et la principale de toutes '. Tertullien fait lu même chose'. L'Église n’est ébranlée ni par les hérésies , ni par les schismes , ni par la chute de ses docteurs les plus illustres. La sainteté de ses mœurs est si éclatante, qu’elle lui attire les louanges de ses ennemis.
Les affaires de l'empire se brouillaient d'une terrible manière. Après la mort d’Ale.xandre , le tyran Maximin , qui l'a- us voit tué , se rendit le maître , quoique de race gothique. Le sénat lui opposa quatre empereurs , qui périrent tous en moins de deux ans. Parmi eux étaient les deux Gor- uo , xn dion, père et fils, chéris du peuple romain, ua Le jeune Gordien , leur fils , quoique dans une extrême jeunesse, montra une sagesse consommée , défendit â peine contre les Perses l'empire affaibli partant de di- us visions. 1 1 avait repris sur eux beaucoupde places importantes. Mais Philippe, Arabe, tua un si bon prince ; et de peur d'être ac- ut câblé par deux empereurs, que le sénat élut l'un après l'autre, il fit une paix honteuse avec Snpor , roi de Perse. C'est us le premier des Romains qui ait abandonné par traité quelques terres de l’empire. On dit qu’il embrassa la religion chrétienne dans un temps où, tout à coup, il parut meilleur; et il est vrai qu’il fut favorable aux chrétiens. En haine de cet empereur, us
> Iren. julv. Hxr. )ib. iii, cap. i, ii, Iil.
* Dtf Prxiic. sdv. Uaer. cap.
SUR LHISTOIRE UMVERSEUX.
jLu Dèce,qulletua,reDa(ivela1aperséctition dci.c. avec plus de vkilence que jamais'.
L’Église s’étendit de tous cétés , principalement dans les Gaules’, et l’empire ^ perdit bientdt Dèce , qui le défendait vi- 301 gcureusement. Gallus et Volusien passè- 3M rcnt bien vite : Émilicn ne fit que paraître : la souveraine puissance fut donnée à Valérien ; et ce vénérable vieillard y monta par toutes les dignités. Il ne fut cruel S7 qu’aux chrétiens. Sous lui le pape saint 3is Etienne , et saint Cyprlen , évêque de Car- 30S thage , malgré toutes leurs disputes qui n’avaient point rompu la communion , reçurent tons deux la même couronne. L'erreur de saint Cyprien , qui rejetait le baptême donné |wr les hérétiques , ne nuisit ni à lui ni & l'Église. La tradition du saintslége se soutint , pur sa propre force , contre les spécieux raisonnements et contre l’autorité d’un si grand homme , encore que d’autres grands hommes défendissent la même doctrine. Une autre dispute fit plus de mal. Sabellius confondit ensemble les trois Personnes divines, et ne connut en Dieu qu’une seule personne sous trois noms. Cette nouveauté étonna l’Église; et saint Denis, évèqued’ Alexandrie, 3SS découvrit au pape saint Sixte II les er- 1 reurs de sét hérésiarque Ce saint pape suivit de près au martyre saint Étienne, son prédécesseur : il eut la tète tranchée , et laissa un plus grand combat A soutenir à son diacre saint I-aurent.
16S, 3S>< C’est alors qu’on voit commencer l’i- 3«o nondation des barbares. Les Bourguignons, et d’autres peuples germains; les Goths, autrefois appelés lesGètes, et d’autres peuples qui habitaient vers le Pont- Ku-xin et au delà du Danube , entrèrent dans l’Europe : l’Orient fut envahi par les Scythes asiatiques et par les Perses. Ceuxci délirent Valérien, qu’ils prirent en- ' ' suite par une infidélité ; et après lui avoir .aissé achever sa vie dons un pénible esclavage, ils l’écorchèrent, pour faire servir sa peau déchirée de monument à leur wi victoire. Gallien , son fils et son collègue , acheva de-tout perdre par sa mollesse.
Trente tyrans partagèrent l’empire, su Odénat, roi de Palmyre, ville ancienne dont Salomon est le fondateur, fut le plus illustre de tous ; U sauva les provinces
' Xiufb. HUt. eccl. lib. Tl, csp. xxxis.
> Creff. Tur, Hlxt. Franc. lib. l , cap. xXTIll-
1 Skub. Hlal. cccl. lib. vn, cap. vi.
■oascET. — T I.
d'Ürient des moins des barbares , et s’y Xr.a lit reconnaître. Sa femme Zénobie mar- a» i- c. choit avec lui à la tête des armées qu’elle commanda seule après sa mort , et se rendit célèbre par toute la terre , pour avoir joint la chasteté avec la beauté, et le savoir avec la valeur. Claudius II , et Auré- sca lien après lui , rétablirent les affaires de 370 l’empire. Pendant qu’ils abattaient les Goths avec les Germains, par des victoires signalées, Zénobie conservait à ses enfants les eonquêtes de leur père. Cette princesse penchait au judaïsme. Pour l'attirer, Paul de Samosate , évêque d’Antioche , homme vain et inquiet , enseigna son opinion judaïque sur la personne de Jésus- Christ , qu’il ne faisait qu’un pur homme '.
Après une longue dissimulation d’une si nouvelle doctrine, il fut convaincu et condamné an concile d’Antioche. La reine Zénobie soutint la guerre contre Aurélien, qui ne dédaigna pas de triompherd’une femme si célébré. Parmi de perpétuels combats il sut faire garder aux gens 373 de guerre la discipline romaine, et montra i7t qu’en suivant les anciens ordres et l’ancienne frugalité, on pouvait faire agir de grandes armées , au dedans et au dehors, sans être A charge A l’empire.
Les Francs commençaient alors A se faire craindre’. C’était une ligue de peuples germains , qui habitaient le long du Rhin. Leur nom montre qu’ils étaient unis par l’amour de la liberté. Aurélien les avait battus étant particulier, et les tint en crainte étant empereur. Un tel prince se fit haïr par ses actions sanguinaires. Sa colère, trop redoutée, lui causa la mort.
Ceux qui se croyaient en péril le prévin- X7i rent , et son secrétaire menacé se mit A la tête de la conjuration. L’armée, qui le vit périr par la conspiration de tant de chefs, refusa d’élire un empereur, de peur de mettre sur le tréne un des assassins d'Aurélien ; et le sénat , rétabli dans son ancien droit , élut Tacite. Ce nouveau prince était vénérable par son Age et par sa vertu ; mais il devint odieux par les violences d’un parent A qui il donna le commandement de l’armce , et périt avec sts lui , dans une sédition , le sixième mois de
* Kuub. Hlxt, eocl. Ub. vu, cap. xxtu rt ttqtj.
.riAas. de Synod. n- 211, 43, 1. 1 , p. 73», 767, etc. Thtodor. Hier. Feb. lib. ll,cxp. xm. Kietph. lib.
VI, cap. XX TM.
’ Hl»t. Aug, //lire/, cap. vu. Ftor. cxp. II. Pnb. cap. xt, XII. Firm. clc. cxp. xiil.
DISCOURS
Ani son règuc. Ainsi son élévation ne fit que UeJ.c. précipiter le cours de sa vie. Son frère Florien prétendit l’empire par droit de succession, comme le plus proche heritier. Ce droit ne fut pas reconnu : Florien Ait tué, et Probus, forcé par les soldats ù recevoir l’empire , encore qu’il les menaçât de les ftdre vivre dans l’ordre.
Tout fléchit sous un si grand capitaine : 177 les Germains et les Francs , qui voulaient ï;8 entrer dans les Gaules , furent repoussés ; 580 et en Orient , aussi bien qu’en Occident, tous les barbares respectèrent les armes romaines. Un guerrier si redoutable aspirait à la paix , et fit espérer à l’empire de n’avoir plus besoin de gens de guerre.
L’armée se vengea de cette parole , et de la règle sévère que son emiiereur lui faisait garder. Un moment après, étonnée de la violence qu’elle exerça sur un si grand prince , elle honora sa mémoire , et lui donna pour successeur Carus , qui n’était pas moins zélé que lui pour la discipline. Ce vaillant prince vengea son prédécesseur , et réprima les barbares , à qui la mort de Probus avait rendu le courage. Il alla en Orient combattre les Perses avec Numérien, son second fils, et opposa aux M3 ennemis, du côté du IN'ord , son fils ainé Carinus , qu’il fit césar. C’était la seconde dignité, et le plus proche degré pour parvenir à l’empire. Tout l’Orient trembla devant Carus : la Mésopotamie se soumit ; les Perses, divisés, ne purent lui résister. Pendant que tout lui cédait , le ciel l’arrêta par un coup de foudre. A force de le pleurer, Numérien fut prêt à perdre les yeux. Que ne fait daiïs les cœurs l’envie de régner! Ix)in d’être touché de ses maux, 284 son beau-père .\pcr le tua : mais Dioclétien 386 vengea sa mort , et parvint enfin à l’empire , qu’il avait dé.siré avec tant d’ardeur. Carinus se réveilla, malgré sa mollesse, et battit Dioclétien : mais en poursuivant les fuyards, il fut tué par un des siens, dont il avait corrompu la femme. Ainsi l’empire fut défait du plus violent et du plus perdu de tous les hommes.
Dioclétien gouverna avec vigueur, mais avec une insupportable vanité. Pour résister à tant d’ennemis , qui s’élevaient de tous côtés au dedans et au dehors , il SM nomma Maximien empereur avec lui , et sut néanmoins se conserver l’autorité 391 principale. Chaque empereur fit un cé.sar. Constantius Cldorus et Galérius furent
élevés à ce haut rang. I>es quatrc'princes ai» soutinrent à peine le fardeau de tant de de J. c guerres. Dioclétien AiitRome, qu’il trouvait trop libre, et s’établit à A'icomédle, où il se fit adorer, à la mode des Orientaux. Cependant les Perses, vaincus par sw Galérius, abandonnèrent aux Romains de grandes provinces et des royaumes entiers. Aprte de si grands succès , Galérius ne veut plus être sujet , et dédaigne le nom de césar. Il commence par intimider Maximien. Une longue maladie avait fait baisser l’esprit de Dioclétien ; et Galérius , quoique son gendre , le força de quitter l’empire '. 11 fallut que Maximien suivit son exemple.
Ainsi l’empire vint entre les mains de aot Constantius Qdorus et de Galérius ; et deux nouveaux césars , Sévère et Maximin , furent créés en leur place par les empereurs qui se déposaient. Les Gaules , l’Espagne et la Grande-Bretagne furent heureuses , mais trop peu de temps, sous Constantius Chlorus. Ennemi des exactions, et accusé par làdc ruiner lcfi.se, il montra qu’il avait des trésors immenses dans la bonne volonté de ses sujets.
Le reste de l’empire souffrait beaucoup sous tant d’empereurs et tant de césars : les officiers se multipliaient avec les princes : les dépenses et les exactions étaient infinies.
Le jeune Constantin , fils de Constantius Chlorus, se rendait illustre * : mois il se trouvait entre les mains de Galérius.
Tous les jours, cet empereur, jaloux de sa gloire , l’exposait à de nouveaux périls. Il lui fallait combattre les bêtes farouches par une espèce de jeu ; mais Galériusn’étalt pas moins àcraindre qu’elles. Constantin , échappé de ses mains , trouva son père expirant. En ce temps , Maxence , fils de Maximien , et gendre de soa Galérius, se fit empereur à Rome, malgré son beau-père ; et les div isions intestines se joignirent aux autres maux de l’État. L’image de Constantin , qui venait de succéder à son père , portée à Rome , selon la coutume, y fut rejetée par les ordres de Maxcnce. I.a réception des Images était la forme ordinaire de recomiaître les nouveaux princes. On se *07
' £usfb. Ilist. eccl. lib. Tiii, cap. xin. Orat Coiuit. nd .Saiict. cœt. 35. iMct. de Mort Persec. cap.