CHAPITRE XIX
Suite de U même démonstration do l'eiGeace de la grâce par la permission des pécUés où Dieu laisse tomber les Justes pour les humUier. t«asaagede saint Jean de Damas.
Cest ce qui se confirme encore par une doctrine de tous les Pères , et de tous les spirituels anciens et nouveaux , queje ne puis mieux exprimer que par ces paroles de saint Jean de Damas, dans le chapitre de la Providence. • Dieu, dit-il ',
• permet quelquefois qu'on tombe dans quelque
• action d^honnête pour guérir un vice plus dan-
• gereux ; comme celui qui s'enorgueillit de ses
- vertus ou de ses bonnes œuvres , tombera dans
• quelque faiblesse , afin que , reconnaissant son > infirmité , il s'humilie devant Dieu et confesse « ses péchés. • Un peu après : « Il y a un dé-
< loissement de permission et de ménagement ,
- où Dieu permet une chute pour l'utilité de celui
< qui tnmte, ou pour celle des autres, ou pour
- sa gloire particulière ; rf il y a un délaissement « final et de désespoir, quand on se rend incorri-
• gible par sa propre faute , et qu’on est livré ,
- comme Judas , à la dernière et entière perte. > Laissant maintenant à part ce dernier genre de délaissement, dont il faudra peut-être parler ailleurs , considérons ce délaissement miséricordieux où Dieu permet un péché , non pour perdre , mais pour sauver celui qui le commet, fhi peut dire de tels péchés, que de même que l’Église chante du péché d’Adam , qu'if a été vraiment nécessaire pour accmnplir les desseins que Dieu avait sur le genre humain , ainsi , ce péché permis est nécessaire à ces âmes , pour parvenir au degré d'humihté et de grâce que Dien leur prépare par leur chute. C'est donc Ici qu'il faut admirer les profonds conseils de Dieu dans la sanctifleatioa des âmes. Car si c'est uue merveille de sa sagesse d'avoir envoyé à saint Paul un auge de Satan pour empêcher qu’il ne s'élevât de ses grandes révélations’ , et de faire ainsi servir un esprit superbe à établir l'humilité dans cet apAtre,
' Llh ti, Ortht>tl. jhît‘i,c»p. m\.
* II- (ftr. \i!,7.
DÉFENSE DE LA THADITION
romhien plus nst*il étonnant de faire servir à la destruction du i>«ché , non pas le tentateur ni la tentation , mais ie péché môme? Pour entendre de quelic sorte s’accomplit ce dessein de Dieu , Je demanderai seuiement ce qui serait arrivé à cette Ame , dont nous avons vu que Dieu permet le péché, s’il n’avait pas voulu le permettre? Sans doute il en aurait empêché la chute par une grâce particulière. li y a donc , encore une fois , de ces grâces particulières qui sont faites pour empêcl>er les hommes de tomber effectivement. Ceux qui les ont ne tombent pas; ceux à qui Dieu les retire, toml)cnt; et par un conseil de miséricorde, il fait servir cette soustraction de sa grâce à une grâce plus abondante.