CHAPITRE XX
Permisfiion âu p<k:liédc saint Pierre, el rnnsèqnence qn'en ont tirées les annens d<Kteurs de l’Église grecque : preinièrenmut Origine. Deux vérités enseignas par ce grand atilcnr : la première , que la iHinnissiun de Dieu en cette occasion n'est pas une simple permission.
Nous avons un grand exemple de cette sorte de délaissement eu la personne de seiint Pierre , et il est Iton de considérer ce qu'en disent les Pères grecs, à qui M. Simon nous renvoie toujours. Origène , qu’on accuse ordinairement de n’étre pas favorable à la grâce , enseigne à cette occasion deux véritt*s où toute la doctrine de la grâce est renfermée : la première , que le délaissement «le cet apôtre, ou la permission de le laisser tomber, n’est pas une simple permission ou un simple déluis.scmcnt , mais une permission et un délaissement fait avec dessein, premièrement de le punir, et ensuite de le guérir de son orgueil, n II « a, dit-il été délaissé â cause du son audacieuse
• promesse, et parce que , sans songer à la fragi-
• lité bunuiine, il a proféré non-scuicnient avec
• témérité, mais presque avec impiété , ce grand
• mot : Je në serai point scanoalisb, quand
• tous les autbes le seraient. Il n’est pas dé- ■ laissé médiocrement , ni pour une petite faute ,
• AU M0D1CU.M , en sorte qu’il reniât une seule fois « .seulement ;maisiiestencoredavantagedélaissé,
« ABIINDANTIUS UERELINQUITUB , Cn SOltC qu’il
• reniât jusqu’à trois fois, pour être convaincu
• de la témérité de sa promesse. »
Ce n’est pas en vain, qu’on marque tant ce triple reniement de saint Pierre. Car si l’on y prend garde de prés, cet apôtre s’opposa trois fois à la parole de son maître : la première, devant le souper sacré , ou , en tout cas , avant que Notre- Seigneur fût sorti de la maison où il le fit, lorsqu’ayont répondu à saint Pierre qui lui demandait où il ailait, ywV/ ne pouvait l'y suivre
• Tmrtnt. \\\\, in V«Uh. ji. tit
encore' y cet apôtre lui soutint qu'illc pouvait, et apprit dès iors de son maître, qu’il le renierait trois fols.
Après que , sorti de la maison avec ses disciples , Il s’acheminait avec eux vei's la montagne des Olives , il leur déclara que tous, sans exception, .çcra/V?n/ scandalisés en lui* , saint Pierre lui résista une seconde fois , en lui réiwndant : Quand tous les autres seraient scandalisés , que pour lui il ne le serait jamais
Ce fut donc là la seconde faute , plus grande que lapremière, puisque dans cette première faute s’étant contenté de présumer de lui-même , ici il s’élève encore au-dessus des autres, comme le plus courageux , lui qui par l’événement devait paraître le plus faible. Alors donc pour l'humilier, Jésus-Christ lui dit : Vous vous élevez au-dessus des autres , et moi je vous dis à vous : ego dico TiBi, en y ajoutant cet Amen, qui était dans tous ses discours le caractère de l’affirmation la plus positive : Je vous dis à vous, personnellement et en vérité , que dans cette nuit , sans plus tarder, avant que le coq ait achevé de chanter, vous me renierez trois fois. Ce fut sa troisième et dernière faute , qui mit le comble à sa présomption A' insister toifours cUivantagc , comme le remarque saint Mare ' , at ille ampliùs loqtiebatur; en sorte que plus le maître lui annonçait expressément .sa chute future avec des circonstances si particulières, plus le téméraire disciple s’échauffait à lui vanter son courage.
Il était donc du conseil de Dieu , qu’ayant fait monter sa pré.somption jusqu’au comble, comme par trois différents degrés, quoi qu’il en soit, à plusieurs reprises. Dieu lui laissât éprouver sa faiblesse par trois reniements , et afin qu’on remarquât mieux, dans la diversité de ses reniements , un ordre particulier de la justice divine, Origène nous fait observer que le premier fut tout simplement par une simple négation, et en disant seulement : Je ne sais ce que vous voulez dirc^: le second avec serment ® , et le troisième, non-seulement avec serment , mais encore avec imprécation et (Udestntinn , avec exécration , et anathèmc‘. Qu’on dispute maintenant contre Dieu, et qu’on lui soutienne qu’il a eu part au péché dont le progrès, permis de lui dans ces circonstances, marque une si expresse dispen.sation de sa justice et de sa sage.sse; malgré tous ces vains raisonnements, il demeurera pour certain qu’il y a une proportion entre la présomption et la chute de saint Pierre , entre les premiers péchés de cet apôtre et ceux qui cn ont dû faire la peine;
' Jpau. XIII, .1«. — » Sfntth. XXVI, OO. ,V<OV. XIV, 27.
1 Ibid. — * Mtirr. ihid. .11.
‘ Mallh. XXVI , 70 — * Ibid. 72.
Ibid. 74. Miirr. xrv, 71.
KT DKS SAIMS
puis(|u'il est toml)c aussi bas qu'il avait voulu s’élever, et qu'il a été autant enfoncé dans le renoncement, qti'il s’est laisse emporter à la présomption.
Jésus-Christ pouvait le laisser périr dans sa chute; et quand il laisse périr tant d'autres pécheurs , qu'il livre premièrement à leurs mauvais désirs, et ensuite, par le funeste accomplissement de ces désirs, à la damnation étemelle , il n'y a qu’à adorer sa justice. Mois outre celte rigoureuse justice , il en a une toute pleine de miséricorde , qu’il fait servir à In correction des pécheurs et à l’instructinn de son Église. Cest celle dont il a usé, parce qu'il lui a plu, envers l'apôtre saint Pierre ,
• nous apprenant , |>oursuit Origéne , à ne jamais « rien promettre sur nos dispositions, comme si
• nous pouvions de nous-mêmes confesser le nom
• de Jésus-Christ , ou accomplir quefquc autre de - ses préceptes ; mais à prollter au contraire de
■ cet avertissement de saint Paul : Pie présumez
• ]>as, mais craignez '. »
CH.APITRE X.XI.
Seconde vérité enseignée par OriRéne, que saint Pierre tomba {lar la sousiractioa d’un secoura efficace.
De là suit, dans le discours de ce grand auteur, une seconde vérité, qui est que dans le dessein ipicDieu avait de punir saint Pierre par sa chute, pour eu même temps le corriger par cette punition , cet apôtre fut délaissé ■, c’est-à-dire , destitué d'un certain secours. Il ne faut donc pas, encore un coup, regarder sa chute comme la suite d'une (icrmission qui ne fut qu'un simp'e délaissement , où il n’intervint rien de la part de Dieu Il y intervint, nu contraire , une soustraction d'un certain secours , avec Icfiuel il était certain que saint Pierre ne tomberait pas ; mais dont il fut justement privé en punition desa présomption. Ce secours nous est exprimé dans ces paroies d’Origéue : • Après qu’il eut ouï dire à Xotrc-Scigneur
■ que tous seraient scandalisés, au lieu de ré- « pondre comme il fit , que quand tous les autres
■ te seraient il ne le serait pas, il devait prier, et
■ dire; Quand tous les outres seraient scandalisés,
• soyez en moi , afin que je ne me scandalise pas ; « et donnez- moi singulièrement cette grâce, que V dans le temps que tous vos disciples tomberont
• dans le scandale , non-seulement je ne tombe
• point dans le reniement, mais encore que dès
• le commencement je ne sois pas scandalisé. > On voit ici quel secours saint Pierre devait demander, et que c'était un secours qui le rendit si fidèle à Jésus-Christ , qu’eu effet il ne tombât point ; par conséquent un secours de ceu.x qu'on nomme
‘ ff-'in, XI . -OJ. — * /ftiJ.
PÈRES. UV. XI. r,r,(
efficaces, parce qu'ils ne manquent jamais d’avoir leur effet. » Car s’il l’avait demandé, iwursuit « Origene ( s’il avait demandé de ne tomber pas ),
■ peut-être qu’en éloignant les servantes et les ” serviteurs qui donnèrent lieu à son reniement , « il n’aurait pas renié ; » c’est-à-dire, que Dieu était assez puissant pour lui ôter toute occasion de mat faire, et même pour affermir tellement sa volonté dans le bien , que dès le commencement il ne tombât en aucune sorte dans le scandale.
On voit donc par la soustraction de quel secours saint Pierre est tombé dans le scandale et dans le reniement; c’est par la soustraction d'un secours qui l’aurait effectivement empêché dfc renier : car Origène ne lui en fait point demander d’autre. Il y a donc, selon cet auteur, un secours, quel qu’il soit, qui est infailliblement suivi de son effet , et dont la soustraction est aussi infailliblement suivie de la chute : autrement ces desseins particuliers d'un Dieu qui veut permet*tre la chute dts siens pour les corriger, et qui, en effet, a déterminé de les corriger par cette voie, ne tiendraient rien de cette immobilité qui doit accompagner ses conseils. Origène le reconnaît, et saint Augustin n’en a jamais demandé davantage.