‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 446 sur 518 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Douzième proposition, où ]’on <lémonlre que, bien loin que cette doctrine mette les fidèles au désespoir, il n'y en a point |iour eux de plus consolante.

Douzième et dernière proposition : I.oin de désespérer les fidèles , ou même de troubler et de ralentir les mouvements de la piété , la doctrine de saint Augustin , qu'on vient d’exposer, est le soutien de la foi, et lu plus solide consolation des âmes pieuses. Que désire un Itomme de bien , que d'assurer son salut autant qu’il est possible en cette vie? C’est pour l’assurer, que les ennemis de la prédestination gratuite veulent qu’on le remette entre lours mains , et que chacun soit maître absolu de son sort ; parce qu’autrement nous ne serions assurés de rien , la disposition que Dieu fait de nous étant incertaine. C’est précisément ce qu’on objectait saint Augustin ’ ; mais il n’y a rien de plus fort et de plus consolant que sa réponse: •< Je m’é- « tonne, dit ce saint docteur^, que les hommes ■< aiment mieux se fier à leur propre faiblesse qu’à « la fermeté de la promesse de Dieu. Je ne sais « pas, dites -vous, ce que Dieu veut faire de mol. « Quoi donc , savez-vous mieux ce que vous vou- « lez faire de vous-raôme , et ne craignez-vous pas « cette imrolc de saint Paul : Qi:k celui qui

n CBOIT ÊTRE FERME, PRENNE GARDE A NE PAS

« TOMBER Puis donc que l’une et l’autre volonté, •< celle de Dieu et la nôtre , nous sont Incertaines , <1 pourquoi l’homme n’aimcra-t-il pas mieux aban- « donner sa foi , son espérance et sa charité , à la « plus forte , qui est celle de Dieu , qu’à la plus « faible , qui est la sienne propre? «

L’homme , qui est la faiblesse même , qui sent (jue sa volonté lui échappe à chaque pas , toujours prêt à s’abattre au premier souffle , ne doit rien tant désirer que de la remettre entre des mains sûres , qui daignent la recevoir pour la tenir ferme parmi tant de tentations. C’est ce qu’on fait on la remettant uniquement à la grâce de Dieu. Vous vous contentez , dites- vous , d’une grâce qui soit laissée si absolument eu votre puissance , qu’elle ait en bien ou en mal tout l’effet que vous voudrez , sans que Dieu s’en mêle plus à fond. Mais l’Église ne vous apprend pas à vous contenter d’un tel secours, puisqu’elle vous en fait demander un autre qui assure entièrement votre salut. Vous voudriez du moins pouvoir vous flatter de la pensée que vous ferez quelquefois le bien sans une grâce

* Rom. xi,:>3,34.

’ Ep. Hilar. ad .4ug.

* Lib. de pntd. SS. cap. xi, n” 31.

* I. Cor. X, 12.

ainsi préparée ; mais l’Église ne vous le permet pas ; puisqu’après vous avoir appris à la demander , elle vous apprend , si l’effet s’ensuit , à rendre grâces à Dieu de l’avoir reçue ; et par là , que prétendelle, sinon que vous mettiez l’espérance de votre salut, à l’exemple de saint Cypricn , en la seule : grâce? car c’est la , dit ce saint martyr • , ce qui , fait exaucer nos prières , lorsqu’e//es sontprécé- ' dées d’une humble reconnaissance de notre faiblesse; et que , donnant tout à Dieu, nous obtenons de sa bonté tout ce que nous demandons dans sa crainte.

Il dit , et saint Augustin le dit après lui , qu’il faut tout donner à Dieu ; non pour éteindre la libre coopération du franc arbitre , mais pour nous montrer qu’elle est comprise dans la préparation de la j grâce dont nous parlons. Nous voulons, dit saint ' Augustin*, mais Dieu fait en nous le vouloir :

I nous agissons ; mais Dieu fait en nous notre action selon son bon plaisir: ainsi , encore une fois , elle est comprise dans celle de Dieu. H nous est bon , il nous est utile de le croire et de le dire , cela est vrai, cela est pieux, et rien ne nous : convient mieux que défaire devant Dieu cette i humble confession, et de lui donner tout.

Si quelque chose est capable de mettre dans le cœur du chrétien une douce espérance de son salut , ce sont de tels sentiments. Car, comme c’est la confiance qui nousobtient un si grand bien , quelle plus grande confiance l’âme peut-elle témoigner à son Dieu, que celle d’abandonner entre ses mains un aussi grand intérêt que celui de son salut? Celui-là donc qui a le courage de lui remettre une affaire de cette importance , et la seule , à dire vrai, qu’on ait sur la terre, dès lors a reçu de lui une des marques des plus assurées de sa prédestination ; puis(]ue l’objet que Dieu se propose dans le choix de ses élus, étant de se les attacher uniquement , et de leur faire établir en lui tout leur repos , le premier sentiment qu’il leur inspire doit être sans doute celui-là. Ce premier gage de son amour les remplit de joie; et leur prière devenant d’autant plus fervente , que leur confiance est plus pure et leurabandon plus parfait , ils conçoivent plus d’espérance qu’elle sera exaucée , et ainsi que l'humble demande qu’ils font à Dieu de leur salut éternel aura son effet; ce qu’ils attendent d’autant plus de sa bonté, que c’est encore elle qui leur inspire la confiance de prier ainsi , et de se remettre entre ses bras.

Si quelque chose peut attirer le regard de Dieu , c’est la foi et la soumission de ceux qui savent lui faire un tel sacrifice. Dire que cette doctrine,

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