‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 471 sur 518 · P. 3IU · texte numérisé non relu

P. 3IU

i - sibledc croire qu'une doctrine, reçue des les

• commencements de l'Église, vienne d’uncatilrc

• source que des apôtres'. » Qui croirait qu'on put former seulement un doute sur une pareille proposition? L’Anonyme dit toutefois, " que

• cette proposition n’est pas vraie , à moins qu'on

■ ne montre que dès lors cette doctrine ait été

■ reçue de toutes les Églises généralement, sans

■ que les apôtres s’y opposassent ’. • Qu'on fait de difficultés sur les choses claires, quand on ne regarde pas simplement la vérité ! L'auteur eôt-ll trouvélemoindrcembarrasdanscette proposition, s’il eût seulement voulu remorquer que je parlais d'une doctrine reçue dans l’Église, c’est-ù-dirc, embrassée par toutes les Églises chrétiennes : d'une doctrine approuvée, et non pnsd'une doctrine contredite, et encore contredite par les apôtres? Mais il fallait embrouiller du moins ce qu'on ne (xtuvait nier. C’est pour cela qu’il ajoute encore, que les apôtres mêmes témoignent que " de leur temps le secret ou le mystère d'iniquité

• SC mettait en train , qu'il y avait de faux doc-

• teurs parmi les chrétiens , et par conséquent de - fausses doctrines. » Il est vrai. Mais ces fausses doctrines n’étaient pas reçues , et ces faux docteurs élaient condamnés , ou même retranchés du corps de l'Église, s’ils soutenaient opiniêtrément leur erreur. A quoi sert donc d’ajouter qu’il • ne se- « rait pas impossible que ces mêmes doctrines

• eussent été suivies ou renouvelées dans la suite

■ des temps, comme plusieurs hérésies, qui ont

■ |)âru d^ le premier et le deuxième siècle du " christianisme ? • Quelle faiblesse , de sortir toujours de la question pour ne combattre qu’une ombre! Ces hérésies étaient suivies hors de l’Église; mais non pas reçues dans son sein. Elles s’y formaient A la vérité; mais elles en étaient bientôt rejetées. Elles sont anciennes , je l’avoue ; mais la vérité plus ancienne, et toujours plus forte dans l'Église , les condamnait aussitôt qu'elles paraissaient. Plus elles se déclaraient, plus l'Eglise se déclarait contre elles. Autant de fois qu’elles renouvelaient leurs efforts , l'Église renouvelait ses anathèmes. Comparer de telles doctrines avec les doctrines reçues, enseignées, prêchées par l'Église même, n'est-ce pas un aveuglement manifeste?

Mais on a trouvé le moyen de rendre le con sentement de l'antiquité clirctienne suspect à nos adversaires. C’est assex de leur dire, avec l’Anonyme, que les apôtres ont écrit que le secret ou le mystère d'iniquité s’opérait ou, comme ils le traduisent , était déjà en train dès leur

' ^xpo$. ari. xviu.

* M. Thr'ual. Il , »

Digiiized by vjuügic

DE LA TRADITION

r.OC

temps. Saint Paul, dunt ils ont tiré cette parole, | n'a rien dit qui nous en marque le sens précis : la plupart des interprètes entendent par ce mystère cCiniquilé, une malignité secrète, qui se devait déclarer bicntèt , mais qui commençait dès lors à remuer l'empire romain contre l'Évangile; ou bien le dessein caché qu'avaient conçu quelques empereurs de se faire adorer comme des dieux , même dans le temple de Jérusalem, ou quelque autre chose semblable. Ces IntcrprèU-s ajoutent que saint Paul partait obscurément de CCS choses , ou par respect pour les puissances établies de Dieu, selon les maximes qu'il avait préchées , ou pour ne point exciter la persécution que les fidèles devaient attendre en silence, et non la provoquer par aucun discours. Au reste, qui veut savoir ce qui se peut dire sur cette parole, peut voir saint Jérôme, parmi les anciens, qui la rapporte à Néron; et Grotius, parmi les modernes, qui l'appliqnc b Calignla. Quoi qu'il en soit , il est très-certain que c'est une chose obscure et douteuse. Cependant il a plu à nos adversaires de se prévaloir de l'obscurité de cette parole , pour décrier le consentement de l'antiquitéchrétienne. Pour y attacher cette fausse idée, que le mystère d'iniquité est la corruption de la docliincdansl'Église*ême;et comme saint Paul assure, parlant de son temps, que ce laystère d'iniquité se remue déjà, ils enseignent, à la honte du christianisme, que dès le temps des apôtres la doctrine commençait à se corrompre même dans l'Église : que cette corruption a toujours gagné, tant qu'enfin elle a prévalu ; et qu'elle a détruit relise Jusqu'à un tel point, qu'il a fallu que leurs prétendus réformateurs aient été extraordinairement envoyés pour la dresser de nouveau, selon les termes de leur Confession de foi. Depuis qu'ils ont eu une fois trouvé une expression obsrure, à laquêlle sans fondement ils ont attache cette fausse idée, nous avons beau leur alléguer le consentement de l'antiquité sur quelque doctrine qui ne leur plaît pas, un ministre on un ancien ii'a qu'à nommer seulement le mystère iF iniquité; l'autorité des saints Pèreset des siècles les plus vénérables n'a plus aucun poids : quelque haut que nous puissions remonter dans l'antiquité chrétienne, le mystère d'iniquité, qui étaiten train dès le temps des apôtres, les sauve de tout. Ceux qui sans cesse se glorifient de ne recevoir qne ce que l'Écriture a dit clairement , déçus par la fausse idée que leurs ministres attachent à des paroles obscures, écoutent avec défiance l'Église des premiers siècles et les Pères les plus approuvés. Qui pourrait ne pas déplorer un aveuglement si étrange?

Mais voyons ce que dit l'auteur sur ma seconde

I pro|H>sitiun. • I.a seconde proposition, dJl-if‘, ■ est encore moins vraie ; qu'une doctrineembras-

• sée par toutes les Églises chrétiennes, sans qu'on

• en puisse marquer le commencement , soit ué-

• cessairement du commencement de l'Église, ' ou qu'elle vienne des apôtres. > Il combat cette proposition par des exemples; mais les exemples ne font qu'embrouiller, s'ils ne sont dans le ras dont il s'agit. Et il ne faut que considérer l'état de notre question , pour voir qne les exemples qu'allègue l'auteur ne sont nullement à propos.

Qu'on relise la proposition comme il la rapporte lui-méme, on verra qu'il s'agit de doctrine reçue dans l'Église. Que sert donc de rapporter des changements qui se glissent dans les lois et les coutumes des États'l Ni ces lois ni ces coutumes ne sont des doctrines que l'on regarde comme Invariables ; et Dieu n'a pas promis aux États l'assistance partlcnlière du Saint-Esprit, pour Ira conserver toujours dans les mêmes lois. Ainsi cet exemple ne fait rien du tout à la proposition dont Il s'agit.

L'auteur promet de faire voir des changements dans les dogmes de la religion, dont on ne peut pas marquer le temps ni l'origine : et pour prouver cequ'il avance, depuis la naissance de Jésus-Christ Jnsqn'à nous , il n'a rien eu à nous alléguer que la communion des petits enfants. Il en parte comme d'une coutume abolie parle concile de Trente, quoiqu'il y eût déjà plusieurs siècles que l'usage en avait cessé. Mais passons-lui cette faute ; venons à ce qu'il y a de plus Important.

Nous avouons que la coutume de communier les petits enfants a été universelle dans l’Église, et qu’ensuite elle s’est abolie insensiblement. Aussi comptons-nous cette coutume parmi celles dont l’Église peut disposer. Noos n’avons Jamais piétendu que toutes les coutumesdel’Égilse fassent immuables. Nous parlons des dogmes de la religion et des articles de la fol. Ces dogmes sont regardés comme inviolables, parce que la vérité ne change Jamais. C’est pourquoi , quand on remue quelque chose qui touche la foi , les esprits en sont nécessairement émus : alors on touche l'Église dans la partie la plus vive et la plus sensible ; et l'esprit de vérité qui l'aoime ne permet pas que des nouveautés de cette nature s’élèvent sans contradiction. Mais cette raison ne fait rien aux coutumes Indifférentes, qui, n’enfermant aucundogme de la foi, peuvent être changées sans contradiction. Ce serait une témérité insensée que de dire que l'Église uoiverselle, qui dès le temps de saiut Cyprien communiait les petits

DK LA TUADITION.

ciiranti, ait erré dans la foi pour loqueiie tant de martyrs mouraient tons ies jours. Si donc on ne peut penser sans extravagance (ce que l'auteur même n’ose pas dire), que cette coutume tûtune erreur dans la foi; que pouvait-il faire de moins à propos que d'en alléguer l'établissement ou l'abolition, comme un cliangement dans la foi?

En effet, H est constant que cette coutume, de communier les petits enfants , n'a jamais ét réprouvée par aucnn concile. Elle a été changée insensiblement sans aucune flétrissure ou condamnation , comme nos adversaires confessent eux-mêmes qu’on peut changer plusieurs choses, qui sont en la disposition de l'Église. Ainsi tant de saints évêques et de saints martyrs ont eu leurs raisons de donner le corps de Noire-Seigneur à ceux qui, par leur baptême, étaient incorporés à son corps mystique ; et l'Église des siècles suivants a eu aussi de justes motifs de préparer ses enfanta avec plus de précaution nu mystère de l'eucharistie. Comme ces coutumes avaient toutes deux leurs raisoitt solides, et qu'elles étaient laissées au choix de l’Eglise, pour en user suivant l'occurrence et la disposition des temps; il est clair qu'on apu passerde l’une à l'autre, sans que personne ait réclamé. Ainsi n'est-ce pas là notre question. Il s'agit de savoir si l'esprit de vérité, qui est toujours dans l'Église , peut souffrir qu'on passe de même d 'un dogme à un autre ; et puisque l’auteur n’a pu trouver dans toute l'histoire de l'Église aucun exemple d'un tel changement, il ne peut pas nous blâmer, si nous le croyons impossible.

Il ne pouvait en vérité plus Invinciblement affermir la vérité que nous proposons, qu'en l’attaquant comme il a fait. Parmi tant de sortes d'erreurs que nous condamnons les uns et les autres, qui ne serait étonné que, depuis l’origine du christianisme, il n’en ait pu produire une seule, dont les auteurs ne soient certains, etdont les commencements ne soient marqués? Il est contraint de sortir de la question ; et un lieu de montrer, comme il a promis, un changement dans les dogmes. Il neproduitqne le changement d'une coutume indifférente. Nous pouvons donc assurer, qu'encore qu'il n’y ait aucune des vérités chrétiennes qui n’ait été attaquée en plusieurs manières, néanmoins, malgré tous Icsartilices et les profondeur! de Satan , comme saint Jean les appelle dans l'Apocalypse', jamais aucune erreur n’a été tant soit peu suivie , qu’elle n’ait été convaincue par sa nouveauté manifeste. Si donc la nonveanté clairement manpiée est un caractère visible et essentiel de l’erreur, nous avons raison

* Jp(K. tt,

de dire, au contraire, que l'antiqnilé dont on ns peut marquer le commencement , est le caractère essentiel de la vérité.

Que si l'Anonyme n'a pu tronver, dans toute l’histoire de l'Église, aucun exemple constant de ces cliangements insensibles, qu'il prétend avoir été introduits dans les dogmes de la fol , c'est en vain qu'ii aurait recours , comme à un dernier refuge , aux traditions des phari.siens. Car outre qu’il nous suflit d'avoir établi notre régie dans le Nouveau Testament, duquel seul j’ai parlé dans l'Exposition, je puisencore qjouter que cet auteur assure sans fondement qu’on ne peut marquer l'origine des fausses traditions des Juifs ’.

Il peut apprendre de saint Épiphane, que les traditions des Juifs ne sont pas toutes de même nature , ni de même date , et qu'on ne doit pas les comprendre toutes sous une même idée. Ce Père en reconnaît d'une telle autorité , et de si anciennes, qu’il les attribue à Moïse. Mais il y en a beauconp d'autres , qui sont nées depuis , dont il noos a nommé les auteurs, et dont il nous a marqué 1rs commencements. On est d’accord que ces traditions ne sont pas toutes mauvaises, ni toutes réprouvées par le Fils de Dieu. Quoi qu'il en soit , on ne peuyus dire que l’origine en soit inconnue. Pour ccl™ que Notre-Seigneur a si souvent condamnées dans l'Évangile, les plus célèbres auteurs de l’une et de l'autre communion conviennent de les rapporter la plupart à la secte des pharisiens, dont on connaît assez les auteurs, aussi bien que les commencements et les progrès.

On voit par là que l'Anonyme hasarde ce qui loi vient dans l'esprit , quand il croit qu'il sert à sa cause , sans en considérer le fond ; et l’on peut aisément juger combien est injuste la comparaison qu'il fait si souvent, des traditions chrétiennes avec celles des pharisiens ’. On ne peut marquer les commencements des traditions Hirétiennes; on vient de voir qu’on sait le commencement et de la secte et des traditions des Pharisiens. Il parait clairement par l'Évangile , que les traditions des Pharisiens étaient contraires à l’Écriture. Car, ou ils établissaient par ces traditions des observances directement opposées à In loi de Dieu, ou ils mettaient davantage de perfection dans des pratiques indifférentes, et en tout cas de peu d’importance, que dans les grands préceptes de la loi , où Dieu enseignait à son peuple la vérité, la miséricorde et le jugement. Ainsi , en toutes manières , ils méritaient le reproche que

t P. SOS. Voyes saut et que dit raulrar tooebsot les 1rs- UiUoosdss Juifs, p. 119.

ÜE LA TKADHIüA.

leur faisait Jésus-Christ , de transgresser les commandements de Dieu à cause de leurs traditions. Si donc on vent comparer nos traditions avec les traditions des pharisiens, il faut avoir prouvé auparavant, que les nétrcs ne s’accordent pas avec l'Écriture, comme Notre-Scigncur a décidé que celles des pbarbiens y étalent directement opposées. Que si l'on veut toujours supposer que le silence de l'Écriture suffit pour exclure une doctrine, quelque antiquité qu'elle ait dans l'Église , on sort manifestement du cas ou le Fils de Dieu n parlé en tous ces passages ; et c'est obuser le monde, que de s’autoriser par cet exemple.

Ainsi l'on voit clairement, par les choses qui ont été dites, que l'auteur de la Réponse n'a pu alléguer aucune raison, ni aucun exemple con-

tre celte belle règle que nous proposons ; qu'une doctrine qu'on voit reçue par toute l'antiqtiité ehréticone, sans qu'on en puisse marquer le commencement, doit venir nécessairement des apétres.

C’est la seconde proposition de mon traité, qu'il a attaquée. Il m'en fait faire une troisième, pour appliquer cette règle é la prière des saints, à la prière pour les morts, et autres doctrines particulières. C'est à quoi je n’ai pas pensé , parce que cela n'était pas de mon dessein ; et je l'ai dejé averti souvent que, pourvoir les choses par ordre , Il faut considérer premièrement In vérité de la règle , pour en faire rappllcation aux doctrines particulières. Quand on voudra entrer dans ce détoil, il sera temps d’entrer dans cette discussion.

■ ir

Digitizod hy Googit’

Page 1