SUR LES MATIÈRES DE CONTROVERSE
AVERTISSEMENT
sua L4 PBÉsaaTE Éomoa'.
Il semblait que messieurs «le la rellgicin prétendue réformée , en Usant ce traité , devaient du moins avouer que In doctrine de l’Église y était ndèlement exposée. La moindre ehose qu’on pût accorder à nnévêque, c’est qu’il nitsu sa religion et qu il ait parlé sans déguisement dans une matière on la dissimulation serait un crime. Cependant il n’en est pas arrivé ainsi. Ce traité, n’étant encore écrit qu’à la main, fut employé A l’instruction de plusieurs personnes particulières, et il s’en répandit beaucoup de copies. Aussitôt on entendit les honnêtes gens de la religion prétendue réformée , dire presque partout ; que, s’il était approuvé, il lèverait, A la vérité, de grandes dlfUcultés ; mais que l’auteur n’ostralt jamais le rendre public; et que, s’il l’entreprenait , il n’éviterait pas la censure de toute sa communion, principalement celle do Rome, qui ne s’accommoderait pas de ses maximes. Il parut néanmoins, quelque temps après, avec l’approbation de plusieurs évêques, ce livre qui ne devait jamais voir le jour; et l’auteur, qui savait bien qu’il n’y avait exposé que les sentiments du concile de Trente, n’appréhendait pas les censpres dont les prétendus réformés le menaçaient.
Il n’y avait certainement guère d'apparence que la fol catholique eût été trahie plutôt qu’exposee par un évêque qui , après avoir prêché toute sa vie l’Évangile, sans que sa doctrine eût Jamais été suspecte, venait d’être appelé A l’instrucv tlon d’un prince que le plus grand roi du moude
• Crt -<*fr/i»«n««l»ldeBo««l;nieai imprimer poDr la premltn fuU en ini) , à la trie de la icoondc édiliuo de i'£ri>o$ifion. (Edit de Vcr»aill« )
et le plus zélé défenseur de la religion de ses ancêtres fait élever pour en être un jour l’un des principaux appuis. Mais messieurs de la religion prétendue réformée ne laissèrent pas de persister dans leurs premiers sentiments. Ils attendaient A toute heure un soulèvement des catholiques contre ce livre , et même des foudres de Rome.
Ce «pii leur a donné cette pensée c’est que la plupart d’entre eux, qui ne conimissent notre doctrine que par les peintures affreuses que leur en font leurs ministres, ne la reconnaissent plus quand elle leur est montrée dans son naturel.
Cest pourquoi il n’a pas été malaisé de leur faire passer l’auteur de l'Kxposition pour un homme «]ul adoucissait les sentiments de sa religion et qui cherchait des tempéraments propres A contenter tout le monde.
Il a paru deux réponses A ce traité. L’auteur de la première n’a pas voulu dire son nom au public; et justpi’A ce «pi’il lui ait plu de se déclarer, nous ne révélerons pas son secret. Il nous suffit que cet ouvrage soit approuvé par les ministres de Charenton ' , et qu’il ait été envoyé A l’auteur de l’Exposition par feu M. Conrart, en (jai les catholiques n’ont rien eu a désirer, «pi’une meilleure religion. L’autre réponse a été faite par M. Noguier, ministre considéré dans son parti, et qui a, parmi les siens, la réputation d’un bahile théologien. Tous deux ont prétendu que l’Exposition éuiit contraire aux décisions du concile de Trente • : tous deux soutiennent q«io le dessein même d’en exposer la doctrine est réprouvé par les papes et tons deux affectent de di ra
que M. de Condom ne fiiit qa'adoucirel exténuer
* N«m. Qaode, de Langte, Dalllé et Alllx.
* Anon. P- 3, 112, 113, 134, 137. etc. Nog.p. 63,94, M, 110, lin, eic.
4 Anen. p. 10, Ifog. p 40.
AVKHTISSKMK^T.
les dogmi'S lie sn religion A les entendre parler, il semble se re/nVAer partout, i7 se rappro- | elir, il abandonne le» sentiments dt son Église, et it entre dans eeux des prétendus réformés Knfin, son traité ne s'accorde pas avec la profession de foi que l'Église romaine propose A tous eeiix de sa communion -, et on lui en fait combut- IFC tous les articles
Si on en croit l’Anonyme*, ce prélat est de bonne composition sur la transsubstantiation. Il est prêt à SC contenter de la réalité du corps de Jésus-Christ , telle que les prétendus réformis la croient dans le Sacrement. Quand il parle de rinvocallon des saints, it tâche itaduueir et d'exténuer le eulte de l’Église romaine, tant dans le dogme, que dans ta pratique'. Avec le culte des saints il exténue celui des images, l'article des Salis/actions , celui du Saerifee de la l/esse et de l’Autorité des Papes " Sur les images ,ila honte des excès où on a porté tant le dogme que te culte i. L’Anonyme , qui lui fait eiianger les expressions du concile daus In matière de la Satisfaction , veut que ce changement dans les expressions procède du changement qu’il apporte dans ta doctrine '. Enfin , il le n-présenle comme un homme qui revient aux sentiments de la nouvelle réforme; ou , pour me servir de son expression , comme la colombe qui rerirntàrarche, ne sachant où poser son pied».
Non-seulement il lui attribue des sentiments particuliers sur le mérite des œuvres et sur l’autorité du pape ; mais , si l'on voulait se réduire à la doctrine de l'Exposition, il semble prêt A passer ces deux articles, qui font tant de peine à ceux de se communion.
En général , il n'y a rien de plus répandu dans son livre , que le reproche qu'il fait A l'auteur de l’Exposition , de s’éloigner de la doctrine commune de l'Église romaine" . Il souhaite
• que tous ceux de cette Église veuillent bien s’ac-
• commoder aux adoucissements de ce livre, et
• qu’ils écrivent dans le même sens " . Ce serait ,
• ajoutc-t-il un peu après , un heureux commen- « cernent de réformation , qui pourrait avoir des > suites beaucoup plus heureuses. >
Bien plus, il tire avantage de ces prétendus adoucissements. ■ Ces adoucissements de M. de
' p. SOf 87 . AnoD. A^erliu. p. 34.
* p. 3. Anon. p. 137. Nng. p. M.
^ Aoon. Avfrlis». p. 36, 30) 37, 3S, 39.
4 ADon. Avertis», p. 27.
* Ar>oo. p. 31.
* Anon. Avertis», p. 24.
* Anon. p. 65.
* Anon. p. lU.
* p. no.
'* Anon. p. tOi, 309.
•• Anon. A^crliM. p. 23, 36.
firp. p 3| etc. Anou. AvrrUss. p. 30.
• Condom, loin, dit-il', de nous donner mau- « vaise opiDioii de notre refonnation , nous cou- « Arment encore davantage que les personnes
• homiéU'S et modérées condamueiit elles-mêmes,
« du moins une bonne partie de ce que nous con-
• damnons ; et que, par conséquent, ellesavoucnt
• par là, en quelque mauicre, que la ivforma-
• tion en serait utile et nécessaire. >
Il devrait conclure tout le contraire : car une réformation comme la leur, qui tend à un changement dans la doctrine, ne peut Jamais regarder des choses qu’on voit déjà coiidamiiécs d'un commun accord. Mais les prétendus réformes veulent se persuader que les personnes honnêtes et modérées de la communion romaine, |>arnii lesquelles ils rangent M. de Condom, abandonnent en beaucoup de points les sentiments de leur Église , et reviennent le plus qu'ils peuvent A la nouvelle réforme.
Voilà ce que leur fait croire la manière étrange dont on leur dépeint la doctrine catholique. Accoutumés A la forme hideuse et terrible qu’on lui donne dans leurs prêches, ils croient que 1rs catholiques qui l'exposent dans sa pureté naturelle , la changent et la déguisent : plus ou la leur montre telle qu'elle est, plus ils lu méconnaissent; et ils s'imaginent qu’on revient A eux, quand on les désabuse de leurs préjugés.
Il est vrai qu'ils ne tiennent pus toujours un meme langage. L'Anonyme, qui accuse M. de Condom d'avoir fait des ebangemeuts si considérables dans la doctrine de l'Église, ne laisse pas de dire * , que • cette Exposition n'a rien de nou-
• veau qu’un tour adroit et délicat; et eiiAn . qu'elle ne contient que de ces sortes d'adou- . cissemeuts apparents, qui u'etaut que dans
• quelques termes, ou daus des choses de peu de . conséiiuencc , ne contentent personne, et ne . font qu'exciter de nouveaux doutes, au tieu . de résoudre les anciens. .
Il semble qu’il se repente d'avoir parlé de l’Exposition , comme d'un livre qui altérait la fui de l'Église eu tous ses points priuci|iaux, nonseulement dans les termes, mais dans le dogme.
Qu'il le prenne comme il lui plaira. S'il persiste A croire qu'un livre aussi catholique que l'Exposition soit contraire A tant de points importants de la croyance romaine , il montre qu'il n’a jamais eu que de fausses idées de cette doctrine, ets'il est vrai qu'eu uduueissunt seulement les termes, ou en retranchant, comme il dit, des choses île peu de conséquence , la doctrine catholique lui paraisse si radoucie , il se trouvera
* Ar»on. p. 85.
AVKUTISSKMK.NT.
à la (lu que le fond eu était meilleur qu'il ne pensait.
Mais vülci la vérité. M. de Condom n’a point trahi sa conscience , ni défîuisé la foi de l'Église, où le Saint- Ksprit l’a établi évéque; et les prétendus réformés n’ont pu sc persuader qu’une doctrine que sa seule exposition , et encore une exposition si simple et si courte, leur rend déjà moins étrange, fiU la doctrine que tous leurs ministres leur représentent si pleine de blasphème et d'idolâtrie.
Nous devons sans doute louer Dieu d’une telle disposition; puisque encore qu’elle fasse voir dans ces messieurs une étrange préoccupation contre nous , elle nous fait espérer qu’ils regarderont nos sentiments avec un esprit plus équitable, quand ils seront convaincus que la doctrine de ce traité, qui déjà leur parait plus douce, est la pure doctrine de l’Église. Ainsi, loin de nous fâcher de la peine qu'ils ont à nous croire lorsque nous leur proposons notre fui , la charité nous oblige à leur donnerde ttlséclaireisscments, qu’ils ne puissent plus douter qu’elle ne leur ait été fidèlement proposée.
I.a chose parle d’elle-méme; et il n’y a qu’à leur dire que le livre de l'Exposition , qu’ils croyaient contraire non-seulement à la doctrine commune des docteurs de l'Eglise romaine, mais encore aux termes et à la doctrine du concile', est approuvé dans toute l’Église, et qu'après avoir reçu diverses marques d'appro • bation à Rome, aussi bien qu’ailteurs, il a enfin été approuvé par le pape même, de la manière la plus authentique et la plus expresse qu’on pût attendre.
Ce livre n’eut pas plutût été publié, que l'auteur connut les bons sentiments qu’on en avait dans toute la France, par les lettres qu’il en reçut de toutes sortes de. personnes, laïques, ecclésiastiques , religieux et docteurs , mais surtout des plus grands prélats et des plus savants de l'Église, dont il aurait pu dès lors rapporter les témoignages, si la chose eût été tant soit peu douteuse ou nouvelle.
Mais comme les prétendus réformés veulent croire qu'on a en France des sentiments particuliers et plus approchants des leurs, en ce qui regarde la foi , que dans le reste de l’Église, et surtout à Rome , il est bon de leur rapporter comment les choses s’y sont passées. •
Aussitôt que ce traité eut paru , M. le cardinal de Bouillon l’envoya à M. le cardinal Bona, qu’il pria de l’examiner en toute rigueur. Il ne fallut que le temps nécessaire à recevoir les ré-
' Aood. p. 3.
ponses de Rome à Paris, pour avoir de ce docte et saint cardinal, dont la mémoire sera iternellementen bénédiction dans l'Église, l'approbation honorable qui se verra dans la suite avec les autres pièces dont on va parler.
Ia: livre fut imprimé pour la première fois sur la fin de l'année 1071. La réponse de cc cardinal est du yc janvier 1072.
M. le cardinal Sigismondde Chigi , dont toute l’Église regrette encore la perte, en écrivit à M. l’abbé de Dangeau d'une manière qui n’était pas moins favorable. Il dit expressément que M.de Condoma très-bien parlé sur l'autorité du pape ; et sur ce que cet abbé lui avait écrit : que quelques personnes trop scrupuleuses craignaient ici qu’on ne regardât à Rome cette Exposition comme une de ces explications du concile défendues par Pie IV , il montre combien ce scrupule est mai fondé. Il ajoute qu’il a trouvé dans le même sentiment le maftre du sucré palais , le secrétaire et les consulteurs de lacongrégation dell' Indice, tous les cardinaux qui la composent, et nommément le docte cardinal de Brancas , qui en était le président; et qu’ils donnaient tous de grandes louanges au traité de l’Exposition. La lettre est du 5 avril 1 G72.
Le maître du sacré palais était alors le révérend père Hyacinthe Libelli , célèbre théologien , que son mérite et son grand savoir élevèrent un peu après à la dignité d’archevêque d’Avignon. Sa lettre du 26 avril 1672, écrite à M. le cardinal Sigismond, montre assez combien il approuva ce livre, puisqu’il dit qu’il n'y a « pas « seulement une ombre de faute ; » et que « si « l’auteur souhaite qu'il soit imprimé à Rome , « il donnera toutes les permissions néce.s$aircs , « sans y changer la moindre parole. »
En effet, M. l’abbé Nazari, célèbre par son Journal des Savants, qu'il fait avec tant de politesse et d’exactitude, travailla dès lors à une version italienne *que M. le cardinal d’Estrées faisait revoir, et dont il prenait lui-même la peine de revoir quelques endroits principaux, afin qu’elle fût entièrement conforme à l'original.
Le livre était déjà tourné en anglais par feu M. l’abbé de Montaigii , dont tout le monde a connu le zèle et la vertu ; et il a eu plusieurs témoignages que sa version était bien reçue de tous les catholiques d’Angleterre. Cette version fut imprimée en 1672. Et en 1675 il se fit encore une version irlandaise du même livre , qui fût imprimée à Rome, de l’impression de la congrégation de Propaganda Fide.
Le révérend père Porter, de l’ordre de saint François, et supérieur du couvent de Saint Isidore, auteur de cette version, avait déjà fait
AVERTISSEMENT
Imprimer & Rooie mâme un llrre latin, intitulé Securù Emngelica, où une grande partie du traité de i'Exposilion était iuaérée pour prouver que les sentiments de l'Église fidèlement exposés, loin de renverser les fondements de la foi , les établissaient invinciblement.
Cependant on travaillait à la version italienne avec toute l'exactitude que méritait une matière si importante , où un seul mot mai rendu pouvait gâter tout l'ouvrage ; et le révérend père Raimond Capisucchi, maître du sacré palab, donna sa permission pour l'imprimer dés l'an 1075, comme il parait par une réponse qu'il fait du 2 7 juin de la même année à M. de Condom , qui l'en avait remercié.
Ce prélat, qui avait appris, de divers endroits d'Allemagne , que le traité y avait été approuvé , en reçut un plus ample témoignage par une lettre du 27 avril 1673 de M. l'évéque et prince de Paderborn, pour lors coadjuteur, et depuis évêque de Munster, où ce prélat , dont le nom seul poi-tc In louange, marquait qn'ii faisait traduire l'ouvrage en latin , pour le répandre partout, et principalement en Allemagne. Mais les guerres survenues, ou d'autres occupations ayant retardé cette traduction , M. l'évêque de Castorie , vicaire apostolique dans les États des Provinces-Unics , Boubaita de faire imprimer une version hitine que l'auteur avait revue; et l'impression s'en fit a Anvers en 1678.
Un peu après , et dans la même année , et par les soins de cet évêque , le traité fut encore imprimé à Anvers en langue flamaude , avec l'approbation des théologiens et de l'ordinaire des lieux ; et ce prélat, qui fait lui-même de si beaux ouvrages, jugea celui-ci utile ù l'iustruction de son peuple.
M. l'évéque et prince de Strasbourg , A qui les malheurs de la guerre ne faisaient point oublier le soin de son troupeau , conçut dans ce même temps le dessein de faire traduire ce livre en allemand , avec une lettre pastorale adressée A ses diocésains : et ayant rendu compte au pape de cc dessein. Sa Siiinteté lui fit dire, « qu'elle con- . naissait ce livre il y avait déjA longtemps; et
• que comme on lai rapportait de tous côtés qu'il « faisait beaucoup de conversions, la traduction
• ne pouvait manquer d’en être utile A son peu- « pie. ■
La version italienne Rit achevée avec une fidélité et une élégance A laquelle il ne se peut rien ajouter. M. l'abbé Nazari la dédia aux cardinaux de la congrégation de Propaganda Fide, par l'ordre desquels elle parut dans la même année t078, Imprimée à l'imprimerie de cette congrégaUan.
On mit A la tète de cette version la lettre du cardinal Bona, dont la minute fut trouvée A Rome entre les mains de son secrétaire ; avec les approbations de M. l’abbé Ricci , consultcur du saint Office; du révérend père M. Laurent Brancati de Laurea, religieux de l'ordre de saint François, consulteur et qualificateur du saint Office, et bibliothécaire de la bibliothèque Yaticane ; et de M. l'abbé GradI , consulteur de la congrégation deW Indice, et bibliothécaire de ht bibliothèque Vaticane : c'est-A-dire , des premiers hommes de Rome en piété et en savoir.
livre fut présenté au pape , A qui la version latine avait déjà été présenté^. Il eut la bonté de faire écrire A l'auteur, par AI. l'abbé de Saint- Luc, qu'il en était satisfiilt, ce qu'il a répété plusieurs fois A M. l'ambassadeur de France.
L'auteur, qui semblait n’avoir plus rien A désirer après une telle opprobation , en fit, avec un profond respect , ses très-humbles remerclments au pape, par une lettre du 22 novembre 1678, dont il reçut réponse par un bref de Sa Sainteté du 4 janvier 1679, qui contient une approbation si expresse de son livre , que personne ne peut nlus douter qu'il ne contienne la pure doctrine de I Eglise et du saint-siège.
Après cette approbation il n'eùt plus été nécessaire de parler des antres ; mais oii est bien aise de faire voir comment ce livre, que les ministres menaçaient d'une si grande contradiction dans l'Église , et qu'ils croyaient si contraire A sa doctrine commune, a passé, pour ainsi dire , naturellement par tous les degrés d'approbation ,jnsqu'A celle du pape même, qui confirme toutes les autres.
Messieurs de la religion prétendue réformée peuvent voir maintenant combien on tes abusait, quand on leurdisait ‘,gu’on savait une personne catholigue gui éerivait contre C Exposition de il. de Condom. Ce cerait certainement une chose rare , que ce bon catholique , que les catholiques n'ont jamais connu , eût été (Aire confidence aux ennemis de l’Église, de l’ouvrage qu'il méditait contre on évêque de sa communion. Mais il y a trop longtemps que cet écrivain imaginaire se fait attendre ; et les prétendus réformés seront de facile créance, s'ils se laissent dorénavant amuser par de semblables promesses.
Ainsi une des questions qu'il s’agissait de vider, au sujet de l'Exposition , est entièrement terminée. On n'a plus besoin de réfuter les ministres qui soutenaient que la doctrine de l'Exposition n'était pas celle de l'Église. Le temps et la vérité ont réfuté leurs sentiments d'une manière qui ne souffre point de réplique.
' Anon. p. IZ.
AVKRTISSKMKNT.
M. Nogaler, poar flre assuré qae M. de Condom a bien expliqué la rroyance catholique, toulait entendre parler l'oracle de Rome. • Je ne fais
• pas, dit-il un ftrand fondement sur l'approba-
• tion que messieurs les évêques ont donnée par
• écrit. Les antres docteurs ne manquent pas de ■ pareilles approbations; et après tout, il faut
• quel'oracie de Rome parlesnr les matières de la
• fol. . L’Anonyme a eu la même pensée; et tous deux ont supposé qu'il n’y aurait plus de procès A faire sur ce su^t à M. de Condom , quand eet oracle aurait parlé. Il a parlé cet oracle, que toute l'Kglise catholique a écouté avec respect dès l’origine du christianisme : et sa réponse a fait voir que ce qu’avait dit ce prélat n’a rien de nouveau ni de suspect , rien enfin qui ne soit reçu dans toute l’Kglise.
Mais en vidant cette question , la dérision des autres ae trouve insensiblement bien avancée.
M. de Condom a soutenu que la doctrine catholique n’avait Jamais été bien entendue par les prétendus K-formés, et que les auteurs de leur schisme leur avaient grossi les objets ,'afin d’exciter leur haine. La chose ne peut maintenant recevoir de difficulté; puisqu’il est constant d’un cété que le livre de l'Exposition leur propose la fol catholique dans sa pureté, et de l’autre, <|u’elle leur a paru moins étrange qu’ils ne se l’étaient figurée.
Que s’ils reconnaissent que leurs prétenrins réformateurs, pour les animer contre l’Église, où leurs ancêtres avaient servi Dieu , et ou ils avaient eux-mémes reçu le baptême, ont eu besoin de recourir à des calomnies qui paraLssent maintenant insoutenables; comment peuvent-ils se dispenser d’en venir à un nouvel examen? et comment ne craignent-ils pas de persévérer dans on schisme qui est fondé manifestement sur de faux principes, même dans les choses principales?
Ils ont cm, par exemple, être bien fondés à se séparer de l’Eglise , sous prétexte qu’en enseignant le mérite des bonnes oeuvres , elle détruisait la justification gratuite et la confiance que le ' chrétien doit avoir en Jésus-Christ seul. C’est ! principalement sur cet article qu'a été fondée leur rupture. L’Anonyme se contente de dire, que \ VaHicie de /a Jusiijicution eet un des princi~ ! paux qui ont donné lieu à ta réformation’. Hais ' M. Noguier tranche plus ncL . Ceux , dit-il * , qui ^
• ont été les auteurs de notre réformation ', ont eu j
• raison de proposer l’article de la Jostificalion,
• comme le principal de tous . et comme le fon-
• Adoq. p. m.
• flug. p. M3.
•dementleplusessentiiHde leurrepture. « Maintenant donc que M. de Condom leur dit avec toute l’Église, • qu’elle croit n’avoIr de vie, et
• qu’elle n’a d’espérance qu’en Jésus-Christ seul ;
• qu’elledemandetout, qu’elleespèretoiit, qn’elle " rend grâces de tout par Notre-Seigneur Jésus-
• Christ ; enfin qu’elle met en lui toute l’espérance ■ du salut ■ : . que demande-t-on davantage? Elle dit " que tous nos péchés nous sont pardonnés
I • par une pure miséricorde , à cause de Jisus-
• Christ ; que nous devons à une libcmiilé gra- « tulte Injustice qui est en nous par le Saint-Es-
• prit ; et que toutes les bonnes œuvres que nous
• faisons , sont autant de dons de In grâce > L’auteur de l’Exposition, qui enseigne cette doctrine, ne l’enseigne pas comme sienne : â Dieu ne plaise ! Il l’enseigne comme la doctrine claire et manifeste du saint concile de Trente, et le pape approuve son livre. Après cela on dira encore que le concile de Trente et l’Église romaine renversent la justification gratuite, et la confiance que le fidèle doit avoir en Jesus-Christ seul : est-ce une chose supportable? et quand nous nous tairions, Ira pierres ne crieront- elles pas qu’on noos bit tort?
Aussi fiiut-II avouer, comme il a été remarqué oans l’Exj^sItlon^ , que les disputes qu’ont excitées les prétendus réformés sur un point si rapilal sont de beaucoup diminuées, pour ne pas dir^ tout A fait anéanties. Personne n’en doutera si on considère ce qu’a écrit l’Anonyme sur le mérite des œuv res, avec l’approbation de quatre ministres de Charenton. • Nous reconnaissons dit-
• lis de bonne fol, que M. de Condom , et ceux
• de l’Eglise romaine qui font paraître des senti- , • ments plus purs sur la grâce, parlent presque I • partout comme nous. Nous convenons avec eux
• du principal. . Mais puisqu'il nous promettait tant de bonne fol, il devait donc reconnaître que M. de Condom , qu’il fait Ici d’une secte particulière, n’a pas dit un mot, sur le mérite des œuvra, qui ne fût tiré du concile. Il a dit \ . que la
• vie éternelle doit être proposée’aux enfants dr
• Dien , et comme une grâce qui leur est miséri-
• cordieusement promise par le moyen de notre « sanv eur Jésus-Christ, et comme une récompens i « qui est fidèlement rendue A leurs bonnes œu-
■ vres et A leurs mérites, en vertu de cette prxr-
• • Il a dit, . que les mérites sont des dons
• de Dieu. - Il a dit, - que nous ne pouvons rien par - nous-mêmes, mais que nous pouvions tout avec
■ celui qui nous fortifie, et que toute notre con-
' Rxpu«. n* 7.
» Ibid.
* Ibid.
* Anoii. p. 104.
* tspos. n* 7.
AVKRTISSEMENT.
. fiance est en Jésas-Christ : • et le reste , qu’on pourra voir en son lieu. C’est par là qu'il a satisfait tes prétendus réformés , et leur a fait dire qu’ils étaient d’accord avec lui du principal. Comme donc ces propositions sont tirées de mot à mot du concile, ils ne peuvent plus s’empêcher de reconnaître qu’on a fait cesser le principal sujet de leurs plaintes , en proposant seulement les décrets et les propres termes de ce concile, tant hai et tant blâmé parmi eux.
Qu’est-ce qui les choque le plus dans les satisfactions que l’Église exige des fidèles, si cen’est l’opinion qu’ils ont que les catholiques regardent celle de Jésus-Christ comme insuffisante? Nieront-ils que leurs catéchismes et leurs confessions de foi ne s’appuient sur cc fondement? Que diront-ils donc maintenant que l’auteur de l’Exposition leur crie avec toute l’Église ’ , que « Jésus-
• Christ Dieu et homme était seul capable , par « la dignité infinie de sa personne, d’offrir à Dieu « pour nos péchés une satisfaction suffisante; que « cette satisfaction est infinie; que le Sauveur
• a payé le prix entier de notre racliat ; que rien ■ ne manque à cc prix, puisqu’il estiufini; et
• que les réserves de peines , qu’il fait dans la « pénitence, ne proviennent d’aucun défaut du « payement, mais d'un certain ordre qu'il a établi « pour nous retenir par de justes appréhensions,
« et par une discipline salutaire ? »
Ces choses et toutes les autres, qui font dire à l’Anonyme que l’auteur exténue la doctrine de la satisfaction , et qu’t/ retourne à l arche comme la colombe y sont la pure doctrine de l’Église et du concile de Trente, reconnue pour telle par le pape même. Gomment donc veut-on faire croire qu’elle regarde comme un supplémert de la satisfaction de Jésus-Christ, ce qu’elle donne seulement comme un moyen de l’appliquer ; et en quelle sûreté de conscience les prétendus reformés ont-ils pu , sous db si fausses présuppositions , violer la sainte unité que Jésus-Christ a tant recommandée à son Église?
lU regardent. avec horreur le sacrifice de nos autels, comme si on y faisait mourir Jésus- Christ encoreune fols. Qu’a fait l’auteur de l’Exposition, pour diminuer cette horreur injuste, que de leur représenter fidèlement la doctrine de l’Église? Il leur a dit que ce sacrifice est de nature à n’admettre qu’une mdrt mystique et spirituelle de notre adorable victime * , qui demeure toujours hnpassible et immortelle ; et que , bien loin de diminuer la jierfectlon infinie du sacrifice de la croix , il est établi seulement pour en célébrer
• Expos, n* 8.
> /ftid. D* 12.
la mémoire et en appliquer la vertus L’anonyme assure sur cela que M. de Condom exténue la doctrine de l’Église catholique; et M. Noguier assure aussi qu’il n’en a pas exposé la vérité \ Cependant il n’a fait que suivre la doctrine du concile donc il a produit les propres termes^; et toute l’Église approuve son Exposition. Qui ne voit donc quelle n'a semblé plus accommodante et plus adoucie aux prétendus réformés, qu’a cause qu’ils n’y trouvent plus les monstres qu'ils s’y étaient figurés I
L’anonyme nous a dit lui-même que tarticle de f in vocation des saints est un des plus essen tiels de la religion*. C'est aussi un de ceux où il lui parait que M. de Condom adoucit le plus les dogmes de son Église; car il l'en accuse jusqu’à trois fois^ . Mais qu’a dit M. de Condom ? Ce que dit le catéchisme du concile, ce que dit le concile même , et la confession de foi qui en est tirée ; ce que disent tous les catholiques, que les saints offrent des prières pournous^ ; voilà ce que dit la confession de foi : qu'ils les offrent par Jésus- Christ; voilà ce que dit le concile : en un mot , que nous les prions dans le même esprit que nous prions • nos frères qui sont sur la terre, de prier A avec nous et pour nous notre commun Maître,
« au nom de notre commun Médiateur, qui est <■ Jésus-Christ 7. «Voilà ce qu’a tiré M.deCoudom du concile, du catéchisme, de tous les actes publics de l’Église catholique; et c’est pourquoi sa doctrine a été si approuvée.
Cette réponse suffit pour renverser par les fondements ce (pii a causé tant d’horreur aux prétendus réformés,
' Leur catéchisme nous accuse « d'idolâtrie , à A cause que , par le recours que nous avons au.v A saints, nous mettons en eux une partie de notre A confiance , et leur transférons ce que Dieu s’est A réservé*. »
Mais, au contraire, il parait qu’en priant les saints, nous les prions seulement de prier pour nous : prière qui par sa nature ne se peut jamais adresser à l’Être indépendant, loin qu’il se ia soit réservée. Que si cette forme de prier, Priez ! pour nous, diminuait la confiance qu’on a en ! Dieu , elle ne serait pas moins condamnable en- ! vers les vivants qu’en vers les morts; et saint Paul n’aurait pas dit si souvent : Mes frères, priez
* Expos, n* 13.
* Nog. p. 380.
* Expus. n* 13.
* Anon. p. 01.
i Anou. p. 34 , 3S. Rép. p. M.
* Expos, n* 4.
> Ibid.
* Otécb. Dira. 34.
AVERTISSEMENT
pour nous Toute l'Écriture est pleine de prières de eette nature.
Mais , dit leur eonfession de foi ' , c'rst renverser la médiation de Jésus-Christ , gui nous comtnande de nous retirer priviment en son nom vers son Père. Comment le peut-on penser, puisque les saints qui sont au ciel , non plus que les fidèles qui sont sur la terre, n'interviennent pas par eus-mèmes, ni en leur propre nom ; mais au nom de Jésus-Christ , comme l’enseignent tous les catholiques après le concile ’ ?
Ainsi l'Église catholique n'a qu’à déclarer, comme elle fait , que son intention n'a Jamais été de demander autre chose am saints que d’humbles prières faites au nom de Jésus-Christ, et de la nature de celles que les fidèles font sur la terre les uns pour les antres : ce peu de mots convaincront éternellement les prétendus réformés d'avoir eu pour elle une haine injuste.
Aussi M. Nognier nous déclare-t-ll * , • que,
• quoi qu'en dise M. de Condom , il ne se persua-
• dera jamais que l'Église romaine n'ait point > d'autre intention , en disant qu'il est utile d’in-
• voqner les saints , si ce n’est que nous. leur de-
• mandions le secours de leurs prières , comme
• l'on demande celui des fidèles qui vivent parmi
• nous. • Que dira-t-il maintenant qu’il voit l'Église romaine approuver si visiblement cc qu'en effet M. de Condom n'a fait que puiser dans la croyance ujiiverselle de sa communion? Blais pourquoi doue , poursuit M. Noguier tes catholigues demandent-ils, non tesprières seulement, mais l'aille, ta protection et te secours de ta Vierge et des saints? Comme si cc n’était pas une sorte d'aide, de secours et de protection, <|iie de recommander des malheureux à celui qui seul les peut suulpger? Telle est la protection que nous pouvous recevoir de la sainte Vierge et des saints. Ce n'est pas un petit secours d'ètre aidé de leurs prières, puisqu'elles sont tout ensemble si humbles , si agréables et si efficaces. Mais pourquoi disputer des mots , puisque la chose est constante? L'Exposition produitaux ministres des témoignages certains'’, où il parait» qu'en quelques « termes que soient conçues les prières que nous
• adressons aux saints , l’intention de l'Église et « de ses fidèles les réduit toujours à cette forme, ■ Priez pour nous. » N'importe, les ministres ne se te persuaderont jamais. Il faudrait rayer dons leurs catéchismes et dans leur profession de foi
* I. Theaâ. V, 2.',. I!. Theu. m, I Hcbr. \ni, IS.
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* ExpM. n* i.
* No){, p. M.
* Nor. p. 67.
* Eipot. U* i.