‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 473 sur 518 · HO(6( ».T. - TOMB I · texte numérisé non relu

HO(6( ».T. - TOMB I

ces accusations d'idolâtrie dont elles sont pleines ; il faudrait retrancher de leurs prêches tant d’invectives sanglantes , qui n’ont que cc fondement : ils ne peuvent s’y résoudre; et quelque déclaration que nous puissions faire de nos sentiments, ils n’en croiront, ni le concile, ni son catéchisme, ni notre confession de fol, ni les évêques, ni le pape même.

Il n'est pas besoin de répéter cc qui est dit dans l'Exposition ' sur les autres objections , prin • cipalemcnt sur celle ou l'on accuse l’Église d’at • tribuer aux saints une science et une puissance divine , pendant qu'elle enseigne qu’ils ne savent ni ne peuvent rien par eux-mêmes. Mais le reproche d'idoIàtrie a encoreiin autre fondement, qu'on accuse Bf. de Condom davoir exténué' comme les antres. C'est l'article des images , où toutefois

il n'a cherchéaucunautre adoucissement, qiied’a-

voir fidèlement exposé le sentiment de l’Église.

Il n’en faut pas davantage pour faire évanouir tout le soupçon d'idolâtrie, selon tes propres principes des prétendus réformés; et ils n'ont pour cela qu’à confronter avec la doctrine de leur catéchisme celle du concile de Trente, représentée dans l'Exposition.

Leur catéchisme demande ’ si dans ce précepte , Tu ne te feras image taitlée. Dieu defend de faire aiscune image. Il répand que aan ; mais que Dieu dé/endseuJementd'en faire, oupour figurer Dieu , ou pour adorer. Voilà les deux choses qu'ils croient condamnées dans ce précepte du Décalogue.

Peut-être nous feront-ils la justice de croire que nous ne prétendons pas figurer Dieu , et que s'ils voient dans quelques tableaux le Père éternel dans la forme où il lui n plu de paraître si souvent à ses prophètes , nous ne prétendons non plus déroger à sa nature invisible et spirituelle , que lui-même, quand il s’est montré sous cette forme. Le concile leur explique assez sur ce sujet, qu’on ne prétend pas pour eeta figurer ou exprimer ta Divinité,.... ni tui donner de conteurs*-, et je croirais leur faire tort d'en venir à un plus grand éclaircissement.

Passons donc à la seconde partie de leur doctrine, et apprenons de leur catéchisme guette forme d'adoration est condamnée. • C’est, dit la « Réponse, de se prosterner devant une image

• pour faire son oraison , de fléchir le genou de-

• vont elle ou faire quelque autre signe de réve-

• rence, comme si Dieu sedémoutraitlàànoas. > Voilà, en effet, l’erreur des Gentils et le propre

* Expo*. D* 4.

* Aoon. Avfrtisn. p. 21. Hep. p. C5.

’ Dim. 2.1.

70C AVKRTISSKMI'NT.

caractère de l'idolülric. Mais qui croit, avec ie conciie, que les imayes n'ont ni divinité ni vertu pour laquelle on les doive révérer', et qui en met toute ia vertu à rn|ipeier ia mémoire des originaux, ne croit pas que Dieu s'y démontre à nous ; ii n'est donc pas idoliitre , de i’aveu des prétendus réformés, et selon la propre déflnilion de leur catécliisme.

I, 'Anonyme semble avoir senti cette vérité, à l'endroit où, nous objectant ce commandement du Décalogue ’ , il dit lui-même que Dieu défend de faire des images et de les servir. Il a raisou. Les paroles de ce précepte sont expresses : et les images dont il y est parlé sont celles qu'il est défendu de faire, aussi bien que f/e servir; c'està-dirc, selon l'cxplieatiou de son catéchisme, celles qui sont faites pourfigurer Dieu, eellesqui sont faites pour le démontrer présent , et qu'on sert dans cet esprit comme pleines de divinité. Nous n'en faisons, ni n'en souffrons de cette sorte. Nous ne servons pas les images ; ù Dieu ne plaise! mais nous nous servons des images pour nous élever aux originaux. Notre concile , si odieux à l'Kglise prétendue réformée , ne nous en apprend pas un autre usage. En est-ce assez |X)ur dire, comme elle fait (bius sa propre confession de foi’, que toutes sortes d’idolâtries ont vogue dans l’Église romaine? Est-ce pour cela que sa discipline nous apiH'lle les idolâtres », et notre religion Vidotâtrie^l Stms doute ils ont autre chose que notre doctrine dans l'esprit , quand ils nous dunneut le nom de Gentils : ils croient que nous suivons leurs ahuininablcs erreurs, et que nous croyons comme eux que Dieu se démontre à nous dans les images.

Sans ces funestes préjugés, saiis ces noires idées qu'ils se forment des sentiments de l'Église, des chrétiens n'auraient ja]nais cru que baiser la croix en mémoire de celui qui a porté nos iniquités sur'le bois" , lût un crime si détestable; ni qu'une démonstration si simple et si naturelle des sentiments de tendresse que ce pieux objet tire de nos cœurs, nous dut faire considérer comme si nous adorions Baal , ou les veaux d'or de Samarie.

Dans cette étrange préoccupation des prétendus réformes , le traité de l'Exposition leur devait paraître , comme en effet il leur a paru, un livre plein d'artince, qui ne faisait qu'adoucir et exténuer les sentiments catholiques. Maintenant

* Kspns. n" s. '

• Art. ai.

* nisrlp. art. Il, 13.

‘ Art. <3.

• I. Vtlr. 11,21.

qu'ils volent clairement que tout l'artillec de ce livre est de démêler les sentimenis qu'on a imputés à l'Église d'avec ceux dont elle fait profession ; comme tout l'adoucissement qu'il apporte dans la doctrine est de lui avoir ôté le masque affreux dont les ministres la couvrent ; qu'ils confessent que cette Église n'était pas digne de l'iiorreur qu'ils ont eue pour elle et qu'elle mérite du moins d'être écoutée.

Il ne faut plus qu'ils accusent le pape ni le saint-siége de diminuer l'adoration qui est duc àDieu,ni la conflaneeque le chrétien doitétablir en sa bonté seule parN'otrc-Seigneur Jésus Chri t ; puisqu'ils voient , sans aller plus loin , que le traité de l'Exposition, qui n'csl fait que pour expliquer ces deux vérités , a reçu dans Rome et du ptii>cmcmc une approbation si authentique.

Cela étant , ils auront honte du titre qu'ils donnent au pape. On n'y peut penser sans horreur, ni entendre sans étonni ment, que les prétendus réformés , qui se vantent de suivre l'Éeriturc de mot à mot , voyant que l'apôtre saint Jean , qui a seul nommé l'Antéchrist , nous répète trois ou quatre fois que l’. Antéchrist est celui qui nie que Jésus-Christ soit venu en chair' , osent seulement penser que celui qui enseigne si pleinement le mystère de Jésus-Clirist, c'est-àdire, sa divinité, son incarnation, la surabondance de ses mérites , la nécessité de sa grâce et la conflance absolue qu'il y faut avoir, ne laisse pas d'être l'Antéchrist que saint Jean nous a désigné.

Mais on objecte aux papes qu'ils sont ce méchant homme et cet homme d'iniquité, qui s'est assis dans le temple de Dieu et se fait adorer comme Dieu • , eux qui se confessent non-seulement mortels, mois pécheurs; qui disent tous les jours avec tous les autres fidèles : Pardonnez-nous nos offenses; et qui n'approchent jamais de l'autel sans confesser leurs péchés , et sans dire, dansla partie in plus sainte du saeriltee , qu'ils espèrent la vie étemelle, non par leurs mérites, mais par la bonté de Dieu, au nom de Éotre-Seigneur Jésus-Christ ’.

Il est vrai qu’ils soutiennent la primauté que Jésus-Christ leur a donnée en la )>ersonne de saint Pierre : mais c'est par lâ qu'ils avancent l’œuvre de Jésus-Clirist même, œuvré de charité et de concorde, qui n’eùt jamais été parfaitement accomplie, si l’Église universelle et tout l’ordre épiscopal n’avnit sur la terre un chef du gouvernement ecelésiasti(|ue pour faire agir les membres en concours , et consommer dans tout le corps le

* I. Jrmn. Il, IV, 3. II. Joan. 7

» U. Thfs. Il, .1.4.

> CaDon d« la luottr.

AVERTISSEMENT

mystère de rmiltc tant recommandé par le Fils de Dieu. Ce n’est rien dire que de ri |K)ndre que l'Église a dans le ciel son chef véritable, qui l’unit en l’animant de son Saint-Esprit : qui en doute? Maisqui ne sait quecet Esprit ,quidisposc tout avec autant de douceur que d’efücaee, sait préparer des moyens extérieurs proportionnés à ses desseins? Le Saint-Esprit cous enseigne et nous gouverne nu dedans; c'est pour cela qu’il établit des pasteurs et des docteurs qui agissent au dehors. Le Saint-Esprit unit le corps de l'Église et le gouvernement ecclésiastique : c’est pour cela qu'il met à la tête un père commun et un économe principal qui gouverne toute la famille de Jésus- Christ. Nous prenons ici à témoin la conscleucc de messieurs de la religion prétendue réformée. Dans ce siècle malheureux , on tant de sectes iinpiestéchent de saper peu à peu les fondements duchri8tianisme,etcroientquec’est assez d’avoir seulement nommé Jésus-Christ, pour ensuite introduire dans le sein de la chrétienté l’indifférence des religions et l’impiété manifeste ; qtii ne voit l'utilité d’avoir un pasteur qui veille sur le troupeau, et qui soit autorisé d’en haut, pour exciter tous les autres, dont la vigilance sc rclécherait? Qu’ils nous disent de bonne fol si ce ne sont pas les sociniens , 1rs anabaptistes , les indépendants, ceux qui, sous le nom de laliberté chrétienne, veulent établir l’indilTcrencc des religions, et tant d’autres sectes pernicieuses, qu’ils improuvent aussi bien que nous, qui s’élèvent avec le plus d’ardeur contre le siège de saint Pierre, et qui crient le plus haut que son autorité est tyrannique. Je ne m’en étonne pas ; ceux qui veulent diviser l’Église, ou la surprendre, ne craignent rien tant que de la voir marcher contre eu.x sous tin même chef, comme une armée bien rangée. Ne faisons querellcà personne ; mais songeons seulement d'où viennent les livres où cette dangereuse licence et ces doctrines antichrétiennes sont enseignées : du moins on ne niera pas que le siège de Rome , par sa propre constitution, ne soit Incompatible avec toutes ces nouveautés ; et quand nous ne saurions pas par l'Évangile que la primauté de ce siège nous est nécessaire, rexpéricncc nous en convaincrait. Aureste,il ne faut pass’étonnersü’onaapprouïé sans peine l’auteur de l’Exposition , qui met l’autorité essentielle de ce siège dans les choses dont on est d’accord dans toutes les écoles calboliques. La chaire de saint Pierre n’a pas besoin de disputes; ceque tous les catholiques y reconnaissent sans contestation , suffit à maintenir la puissance qui lui est donnée pour edifier, et non pour détruire. Les prétendus réformés ne devraient Plus avoir ces vains ombrages dont on leur fait

peur. Que leur sert d’aller reehercher dans les histoires les vices des papes? Quand cc qu'ils en racontent serait véritable, est-cc que les vices des hommes anéantiront l’instllulion de Jésus- Christ et le privilège de saint Pierre? L’Égiise s’élèvcra-t-elle contre une puissance qui maintient son unité, sous prétexte qu’on eu aura abusé? Les chrétiens sont accoutumés à raisonner sur des principes plus hauts et plus véritables; etils savent que Dieu est puissant pour maintenir son ouvrage au milieu de tous les maux attachés à l’infirmité humaine.

Nous conjurons donc messieurs de la religion prétendue réformée , par la charité , qui est Dieu même, et par le nom chrétien qui nous est commun , de ne plus Juger de la doctrine de l’Église parce qu’on leur en dit danslcurs prêches et dans leurs livres, où l’ardeur de la dispule et la prévention , pour ne rien dire de plus , font soin ont représenter les choses autrement qu’cllesnesont: mais d’écouter cette Exposition de la doctrine catholique. C’est un ouvrage de bonne foi, où il ne s’agit pas tant de disputer, que de dire nettement ce <iu’on croit; et où, pour voir combien l’auteur a procédé simplement, il n’y a qu’a considérer son dessein.

Il a promis dés l'entrée, l* de proposer les vrais .sentiments de l'Eglise catholique, et de/es distinguer de ceux qui lui ont été faussement imputés'.

î* Afin qu’on ne doutât pas qu’il ne proposêt véritablement les sentiments de l’Église, il a promisde les prendref/ans /cconci/e de Trente, où l’Église a parlé décisivement sur les matières dont il .s’agit.

3“ Il a promis de proposer à messieurs de la religion prétendue réformé-c, non en général toutes les matières , mais celles qui les éloignent le plus de nous, et , pour parler plus précisément , celles dont ils ont fait le sujet de leur rupture.

3. lia promis que ce qu’i'f dirait , pour faire mieux entendre les décisions du concile , serait approuve dans t’hglise, et manifestement cou • forme à la doctrine du même concile.

Tout cela parait simple et droit. Et premièrement personne ne peut trouver étrange qu’on distingue les sentiments de TÉ gli.se d’acec ceux qui lui sont faussement imputés. Quand on s’é chauffe démesurément faute de s’entendre, et que de fâcheux préjugés causent de grandes disputes, il n’y a rien de plus naturel , ni rien de plus charitable que de s’expliquer nettement. Les saints Pères ont pratiqué un moyen si doux et si innocent de ramener les esprits. Pendant

• Expos. 0* I.

AVERTISSEMENT

que les tirlens et les demi-ariens décriaient le symbole de Nicée, et la consuhsttinlialilé du Fils de Dieu par les fausses idées qu'ils y attaebaieut , saint Athanase et saint Hilaire, les deus plus illustres défenseurs de la fui de IS'ieée, leur représentaient le sens véritable du concile ; etsaint Hilaire leurdisait' : • Condamnonstousensemble

• les mauvaises interprétations, mais ne détrui-

« sons pas la sûreté de la fui Le consubstan-

•> tiel peut être mal entendu : établissons de quelle > manière on pourra le bien entendre Kous

• pouvons poser entre nous l'état véritable de la

• fui, si on ne renversepaseequiaété bien établi,

• et qu'on Ate la fausse intelligence. >

C’est la charité elle-même qui dicte de telles parûtes, et qui suggère de tels moyens de réunir les esprits. Nous pouvons dire de même à messieurs de la religion prétendue réformée ; Si le mérite des oeuvres, si les prières adressées aux saints, si le sacriflcc de l'eucharistie, et ces humbles satisfactions des pénitents qui tAcheut d'apaiser Dieu, en vengeant volontairement sur cu.x-inémes par des exercices laborieux sa justice offensée; si ces termes, que nous tenons d'une tradition qui a son origine dans les premiers siècles , faute d'être bien entendus , vous offensent ; l'auteur de l’Exposition se présenteà vous pour vous en donner la simple et naturelle intelligence , que l'Église catholique a toujours lidèlement conservée. Il ne dit rien de lui-même; il n'allègue pas des auteurs particuliers; et afin qu'on ne puisse le sou|ieonner d’altérer les sentiments de l'Église, il les prend dans les propres termes du conene de Trente, où elle s'est expliquée sur les matières dont il s’agit : qu’y avait-il de plus raisonnable ?

C'est la seconde chose qu’il avait promise, et en cela il n’a fait que suivre l’exemple des prétendus réformés. Ces messieurs se plaignent, aussi bien que nous , qu'on entend mal leur doctrine; et le moyen qu'ils proposent pour s'en éclaircir n'est pas différent de celui dont se .sert M. de Condom. Leur synode de Dordrecht demande « qu’on juge de la foi de leurs Églises, - non par des calomnies qu’on ramasse deçà et

• deià , ou par les passages des auteurs particu-

• tiers, que souvent on cite de mauvaise foi, ou

• qu'on détourne à un sens contraire à i'inten-

• tion des auteurs ; mais par les confessions de

• fui des Églises , par la déclaration de la doc-

• trille orthodoxe qni a été faite unanimement ■ dans ce synode •. •

C'est donc des décrets publics qu’il faut apprendre la fol d'une Église , et non des auteurs

’ tlitur. Uh, df Sijn. n- RS, gi . roi. 1201 , 1202 Pt I2u0.

* «yitodi Dnnir. i« SynUigw. Ctinjrft. fidfi,

part. 3, p. 46.

particuliers, qui peuvent être mal allégués, mal entendus , et même mal expliquer les sentiments de leur religion. C'est pourquoi, pour exposer aux prétendus réformés ceux de la nétre, il n’y avait qu'à produire les décisions du concile de Trente.

de sais que le nom seul de ce eoncile choque ces messieurs; et l’Anouyme témoigne souvent ce chagrin '. Mais que lui servent ses reproches? Il ne s'agit pas ici de justifier leconcile : il suffit, pour l’usage qu’en a voulu faire l’auteur de l'Exposition,que la doctrine de ce concile soit reçue sans contestation par toute l'Église catholique , et que, sur les matières controversées, elle ne reconnaisse point d'autres décisions que les siennes.

Les prétendus réformés ont toujours voulu faire croire que ces décisions étaient ambiguës ; et l’Anonyme nous reproche encore qu’elles peuvent recevoir un double el un Iriple sens *. Ceux qui n’ont lu ce concile que dans les invectives des ministres, et dans l’histoire de Fra Paolo, son ennemi déclaré , le croiront ainsi : mais un mot les va satisfaire. Il est vrai qu'il y a eu des matières que le concile n’a pas voulu décider, et ce sont celles dont la tradition n’était pas constante , et dont on disputait dans les écoles : il avoit raison de les laisser indécises.

Mais pour celles qu'il a décidées, il a parlé si ■précisément, que parmi tant de décrets de ce concile, qui sont produits dans le livre de l'Exposition, l'Anonyme n’en a pu remarquer un seul où il ait trouvé ces doubles et ces triples sens qu’il nous objecte. En effet , on n’a qu’à les lire , on verra qu'ils n’ont aucune ambiguité , et qu’on ne peut pas s'expliquer plus ncitcment.

Ou peut mettre à la même épreuve l’Exposi- I tion elle-même, et par là on pourra juger si ( l’Anonyme a raison de reprocher à l'antenr de ce traité, ces termes vagues et généraux dont il enveloppe, dit-il les choses les plus difficiles.

La troisième chose qu'a promis l'auteur de l'Exposition , c’est de traiter les matières qui ont donné sujet à ta rupture. C’est précisément ce qu’il fallait faire. Il n’y a personne qui ne sache que dans les disputes il y a toujours certains points capitaux , auxquels les esprits s’arrêtent. C'est àceux-là que doit s’attacher celui qui songe à finir ou à diminuer les contestations. Aussi l'auteur de l'Exposition a-t-il déclaré d'abord aux prétendus réformés, qu’il leur exposerait les matières dont ils ont fait le sujet de leur rupture t; et afin qu'il n’y eût aucune surprise, il

* Anon. p. Il , 12.

* Avert. p. 34. Rfp. p. 13.

* Erpos. n" J.

AVKKTISSEMKMT.

dédare encore à la fln , • que , pour s'attacher à

• ce qu'il y a de principal, il laissait quelques

• questions que messieurs de la religion préten- 1 due réformée ne regardaient pas comme un su-

■ jet légitime de rupture » Il a fidèlement tenu sa parole; et les seuls titres de l'Exposition peuvent faire voir qu'il n'a omis aucun de ces articles principaux.

Ainsi l'Anonyme ne devait pas dire que» M. de . Condom a des termes choisis pour passer i côté

■ des difficultés qui lui font le plus de peine, qu'il

■ laisse plusieurs questions , et se héte de passer

■ à celle de l'eucharistie , où il a cru pouvoir s'é-

• tendre avec moins de désavantage ■

Quelle idée il voudrait donner du livre de l'Exposition! Mais clic se détruit par elle-même. On voit assez que M. de Condom devait s'étendre sur la matière de l'eucharistie , non parce qu'il croyait le pouvoir faire avec moins de désavantage , mais parce que cette matière est en effet la plus difficile et la plus remplie de grandes questions. Ainsi il se trouvera qu'il traite les choses avec plus ou moins d'étendue , selon qu'el les paraissent plus ou moins embarrassantes, non à lui, mais à ceux pour qui il écrit. Que s'il est vrai qu'l/ passe à côté des difficultés qsn lui font le plus de peine, il demeurera pour constant que celles qui lui en font le moins sont justement les plus essentielles , et celles qù les pretendus réformés se sont toujours crus les plus forts. Il a traité du culte qui est dû à Dieu , des prières que nous adressons aux saints, de l'honneur que nous leur rendons, aussi bien qu'à leurs reliques et à leurs Images. Il a parié de la grâce qui nous Justifie, du mérite des bonnes œuvres, de la nécessité des œuvres satisfactoires , du purgatoire et des indulgences , de la confession et de l'absolution aacramentale , de In présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans reuebarisUe , de i'adoration qui lui est due , de la transsubstantiation et du sacrifice de l'autel , de la communion sous une espèce , de l'autorité de la tradition et de celle de l'Église , de l'institution divine de la primauté du pape , où il a dit en un mot ce qu'il fallait croire de celle de l'épiscopat. Il a exposé toutes ces matières ; et il ne faut qu'un peu d'équité pour lui avouer que loin d'éviter les difficultés, comme l'Anonyme le veut foire croire, il s'est attaché, au contraire, principalement à celles où les prétendus réformés ont le plus de peine. L’Anonyme nous dit lui-méme gue f invocation des saints est un des articles les plus essentiels de ta religion * ; et 11 ajoute en même

* Eipoft. Gond

* AvPrI. p. 2^ Kép. p. IM.

temps que c'est un de ceux sur lesquels M. de Condom s'est le plus arrêté. Quelle matière est traitée plus exactement dans l'Exposition, que celle de l'eucharistie et du sacrifice, celle des images , celle du mérite des œuvres et des satisfactions? Et n'cst-ce pas sur ces points que lis prétendus réformés souffrent le plus de difficulté? Enfin, nous leur demandons à eux-mémes, s'il n'est pas vrai qu'étant satisfaits sur les matières traitées dans l'Exposition , ils n'hésiteraient plus à embras-scr la foi de l'Église? Il est donc certain que l'auteur y a traité les points capitaux , sur lesquels nous convenons tous que roulent toutes nos disputes. Bien plus , il s'est toujours attaché à ce qui fait le nœud principal de la difficulté; puisqu'il s'applique principalement, comme il l'a promis d'abord ‘ , aux endroits où l'on accuse la doctrine catholique d'attaquer les fondements de la foi et de la' piété chrétienne. Ce n’est donc point pour éviter les difficultés, qu'il a laissé quelques questions, qui ne sont que des suites et de plus amples explications de celles qu'il a traitées, ou en tout cas qui sont telles qu'elles n'arrèteront jamais peisonne, mais au contraire, c'est pour s'attacher avec moins de dist action aux difficultés capitales , d'où dépend la décision de nos controverses.

L’auteur de l'Exposition n'a pas été moins fidèle ù exécuter la quatrième chose qu'il avait promise, qui était de ne rien dire, pour mieux faire entendre le concile, qui n’y fût manifestement conforme, et qui ne fût approuvé dans l’Église ’.

L'Anonyme prend ces paroles , et tout le dessein de l'Exposition , pour une preuve qui montre que ta doctrine de tEgtise romaine, tout éclaircie et toute décidée qu'elle était dans te concile de Trente, n'est pas pourtant .si claire, qu'elle n’ait besoin d’explication '. M. Noguier semble aussi tirer une pareille conséquenee * ; et ils ont tous deux regardé l'Exposition comme une explication dont l'obscurité du concile a eu besoin.

Mais on sait que ce n’est pas toujours l’obscurité d’nne décision , surtout en matière de foi , qui fait qu'elle est prise â contre-sens : c'est la préoccupation des esprits, c’est l'ardeur de la dispute, c'est la chaleur des partis qui fait qu'on ne s'entend pas les uns les autres , et que souvent ou attribue a son adversaire ce qu'il croit le moins.

Ainsi, quand i'antenr de l'Exposition propose

' F.xp. Il- 2.

* Kipo«. n* 1.

* Anon- Ré|). p. ii.

* Nui;. p. -» , 4u.

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AVEBTISSEMENT.

aux prétendus réformés les décisions du concile do Trente, et qn'il y ajoute ce qui peut senir à leur Oter les impressions qui les empêchent de les bien entendre, on ne doit pas conclure de là que ces décisions sont ambiguës; mais seulement qu’il n'y a rien de si bien digéré, ni de si clair qui ne puisse être mal entendu , quand la passion ou la prévention s’en mêlent.

Que sert donc a M. ISoguicr et à l’Anonyme ' d’objecter à l’auteur de i’Exposilion la bulle de Pie IV? I.Æ dessein de l'Exposition n'a rien de commun avec les gloses et les commentaires que ce pape a défendus avec beaucoup de raison. Car qu'ont fait ces commentateurs et ces glossateurs, surtout ceux qui ont glosé sur les lois 7 qu'ont-ils fait ordinairement , sinon de charger .les marges des livres de leurs imaginations, qui ne font le plus souvent qu’embrouiller le texte, et qu’ils nous doiment cependant pour le texte même? Ajoutons que, pour conserver l’unité, ce même pape n’a pas dû permettre ù chaque docteur de proposer des décisions sur les doutes que la suite des temps et les vaines subtllitéa pouvaient faire naître. Aussi n’n-t-on rien de semblable dans l'Ex|)OSilion. C’est autre chose d'interpréter ce qui est obscur et douteux , autre chose de proposer ce qui est clair, et de s'en servir pour détruire de fausses impressions. Ce dernier est précisément ce que l'auteur de l'Exposition a voulu faire. Que s'il a joint scs réflexions nnx décisions du concile, pour les faire mieux entendre à des gens qui n'ont jamais voulu les considérer de Imnne foi , c’est que leur préoccupation avait besoin de ce secours. Mais pourquoi parler plus longtemps sur une chose qui n'a plus de difflculté? Nous avons donné en trois mots un moyen certain pour éclaircir ceux qui s'opiniâtreront à soutenir cette ambiguité du concile, ils n'ont qu’à lire, dans l’Exposition, scs decrets qui y sont produits, et à se convaincre par leurs propres yeux.

Ce qu’il y a ici de plus impartant, c’est que l’auteur de l’Exposition ne s’est point trompé, quand il a promis qne ce qu’il dirait, pour faire entendre le concile, serait manifestement du même esprit et approuvé dans l'Église. La chose parle d’elle-mêroe, et les pièces suivantes le feront paraître.

Il ne faut donc plus penser que les sentiments exposés dans cet ouvrage soient des adoucissements ou des relâchements d'un seul homme. C'est la doctrine commune, qu’on voit aussi pour cette raison universellement approuvée. Il ne sert de rien après cela , à M. Noguier, ni à l’Ano-

I nyme, de nous objecter ', ni ces pratiques qu’ils j prétendent générales , ni les sentiments des doc- ; teurs partieuliers. Car, sans examiner ces faits inutiles, il suffit de dire en un mot que les pratiques et les opinions, quelles qu'elles soient , qui ne se trouveront pas conformes a l'esprit et aux décrets du concile, ne font rien ù la religion, ni au cori>s dp l'Église catholique, et ne peuvent par conséquent, de l'aveu même des prétendus réfoiv més ’, donner le moindre prétexte de sc séparer d'avec nous , puisque personne n'est obligé , ni de les approuver, ni de les suivre.

Mais il faudrait, disent-ils, réprimer tous ces abus : comme si ce n’était pas un des moyens de les réprimer, que d’enseigner simplement la vérité, sans piéjudice des autres remèdes rpie la prudence et le zèle inspirent aux évê<|ues.

Pour le remède du schisme pratiqué par les prétendus réformateurs; quand il ne serait pas détestable par lui-même, les malheurs qu’il a causés et qu’il cause encore dans toute la chrétienté, nous en donneraient de l’horreur.

Je ne veux point reprocher ici aux prétendus ! réformés les abus qui sont parmi eux. Cet ou- I vrage de charité ne permet pas de semblables ré- ' eriminations. Il nous suflU de les avertir que ,

! pour nous attaquer de bonne foi , il faut com- ! battre , non les abus que nous condamnons aussi bienqu'eux, mais la doctrine que nous soutenons. Que si, en l’examinant de près, ils trouvent qu’elle nedonne pas un champ assez libre à leurs invectives, ils doivent enfin avouer qu’on a raison de leur dire que la foi que nous professons est plus irréprochable qu’ils n’avaient pensé.

Reste maintenant à prier Dieu qu’il leur fasse lire, sans aigreur, un ouvrage qui leur est donné seulement pour les éclaircir. I-c succès est entre les moins de celui qui seul peut toucher les cœurs. Il sait les Itornes qu’il a données aux progrès de l’erreur et aux maux de son Église, affligée de ^ la perte d’un si grand nombre de ses enfants, i Mais on ne peut s’empêcher d’espérer quelque chose de grand pour la réunion des chrétiens,

' sous nn pape qui exerce si saintement et avec un désintéressement si parfait le plus saint ministère qui soit au monde , et sous on roi qui préfère à tant de conquêtes, qui ont augmenté son royaume, celles qui lui feraieut gagûer à l’Église ses propres sujets.

! ' Anoii. 3, rlc. Kug. p. 3K, rlc.

* Expu». U** 1. ÜailJtf, Apol. cap. 0. Nog. p. A.

' Atiou p. 10. Noft. p. 40.

APPROBATIONS

APPROBATIONS

APPROBATION

/V mcsscigneurs les Archevêques et Évêques.

Non» avons lu It* traité qiti a pour tilrr ; Esposition de lu IMKlrine de l'Église catholique sur les matières de controverse, composé par messireJacqucs-Béntgnc Dostuct, évêque et seigneur de Condom, précepteur de monseigneur le Dauphtn;e\ nous déclarons, qii’après l'avoir nnminé avec aiiUnl d’apiilicalion que riinporUnre de la matière le mérite, nous en avons trouvé la doctrine con* fom»e à U foi catholique, apostolique et romaine. Cest ce qui nous c^ligc de la proposer comme telle aus peuples que Dieu a soumis À notre comliiite. Ptous sommes assurés que les fidèles en seront édifiés; et nous espérons que cetix de la reli;(k>Q prétendue réformée qui liront attentive* ment cet ouvrage , en tireront des édaircîssemcnta très* utiles pour les mettre dans la voie du salut.

CasioEvMAtiticc LRTKLUca, archevêque duc de ffeinu.

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