C.VTIIOI.IOUE
thériens tiennent une doctrine d’où l'on Infère la destruction de cette vérité capitale, par des conséquences que les prétendus reformés Jugent évidentes, ils n'ont pas laissé de leur offrir leur communion, parce que leur opinion n'o aucun venin, comme dit M. Daillé dans son Apologie ■ ; et leur synode national , tenu à Charenton en 1031 , les admet à la sainte table, sur ce fondement, qu’ils conviennent ès principes et points fondamentaux de la religion. Cest donc une maxime constamment établie parmi eux, qu'il ne faut point en cette matière regarder les conséquences que l’on pourrait tirer d’une doctrine; mais simplement ce qu’avoue et ce que pose celui qui l’enseigne.
Ainsi , quand ils infèrent, par des conséquences qu’ils prétendent tirer de notre doctrine , que nous ne savons pas assez reconnaître la gloire souveraine qui est due à Dieu , ni la qualité de Sauveur et de Médiateur en Jésus-Cbrist, ni la dignité inflnie de son sacrifice, ni la plénitude surabondante de scs mérites; nous pourrions nous défendre sans peine de ces conséquences , par cette courteréponse que nous fournitM. Dailié, et leur dire que l’Église catholique les désavouant, elles ne peuvent lui être imputées sans calomnie.
Mais je veux aller plus avant , et faire voir à messieurs de la religion prétendue réformée , par la seule exposition de notre doctrine, que bien I loin de renverser les articles fondamentaux de I la fol, ou directement, ou par conséquence, elle les établit, au contraire, d'une manière si solide et si évidente , qu'on ne peut , sans une extrême injustice, lui coutester l’avantage de les bien entendre.
Pour commencer par l’adoration qui est due à Dieu, l'Église catholique enseigne qu’elle consiste principalement à croire qu'il est le créateur et le seigneur de toutes choses , et à nous attacher é lui de toutes les puissances de notre ême par la fui, par l'espérance et par la charité, comme à celui qui seul peut faire notre félicité, par la communication du bien infini , qui est lui-même.
Cette adoration intérieure , que nous rendons k Dieu en esprit et en vérité , a ses marques extérieures, dont la principale est le sacrifice , qui ne peut être offert qu'à Dieu seul, parce que le sacrifice est établi pour faire un aveu public et une protestation solennelle de la souveraineté de Dieu , et de notre dépendance absolue.
I-a même Église enseigne que tout culte religieux se doit terminer à Dieu comme à sa lin nécessaire ; et si l'honneur qu’elle rend à la sainte Vierge et aux saints peut être appelé religieux,
‘ Cliap. 7
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EXPOSITION DE LA DOCTRINE
e’rat à cause qu’il se rapporte nécessairement a Dieu.
Mais avant que d’expliquer davantage en quoi consiste cet honneur, il n'est pas inutile de remarquer que messieurs de la religion prétendue réformée, pressés par la force de la vérité, commencent à nous avouer que la coutume de prier les saints, et d’honorer leurs reliques , était établie dés le quatrièmeslèclede l'Église. M. Daillc, en faisant cet aveu dans le livre qu'il a fait contre la tradition des Latins, touchant l'objet du culte religieux, accuse saint Hasllc, saint .Ambroise, saint Jérôme, saint Jean-Chrysostôme, saint Augustin, et plusieurs autres grandes lumières de l'antiquité, qui ont paru dans ce siècle, et surtout saint Grégoire de N'arJanze, qui est appelé le Théologien par excellence, d'avoir changé en ce point ia doctrine des trois siècles précislcnts. Mais II paraîtra peu vraisemblable que M. Daillé ait mieux entendu les sentiments des Pères des trois premiers siècles , que ceux qui ont recueilli, pour ainsi dire, la succession de leur doctrine Immédiatement après leur mort ; et on le croira d'autant moins , que , bien loin que les Pères du quatrième siècle se soient aperçus qu'il s'introduisit aucune nouveauté dans leur culte , ce ministre , au contraire , nous a rapporté des textes exprès, par lesquels ils font voir clairement qu’ils prétendaient , en priant les saints, suivre les exemples de ceux qui les avaient précédés. Mais , sans examiner davantage le sentiment des Pères des trois premiers siècles, je me contente de l’aveu de M. Daillé, qui nous abandonne tant de grands personnages qui ont enseigné l'Église dans le quatrième. Car, encore qu’il se soit avisé, douze cents ans apres leur mort, de leur donner, par mépris, une manière de nom de secte , en les appelant Keliquaires, c’est-à-dire , gens qui honorent les reliques ; j’espère que ceux de sa communion seront plus respectueux envers ces grands hommes. Il n'oscrontdumoinslcurobjeeter qu’en priant les saints, et en honorant leurs reliques, iissoient tombés dans ridblàtrie, ou qu’ils aient renversé la confiance que les chrétiens doivent avoir en Jésus-Christ; et il faut espérer que dorénavant ils ne nous feront plus ces reproches , qu.and ils considéreront qu’ils ne peuvent nous les faire , sans les faire en même temps à tant d’excellents hommes , dont ils font profession , aussi bien que nous , de révérer la sainteté et la doctrine. Mais comme II s’agit ici d’exposer notre croyance, plutôt que de faire voir quels ont été ses défenseurs , Il en faut continuer l’explication.
L’Église, en nous enseignant qu'il est utile de prier les saints, nous enseigne à les prier dans
ce même esprit de charité , et selon cet ordre da société fraternelle, qui nous porte à demander le secours de nos frères vivants sur la terre : et le Catéchisme du concile de Trente conclut de cette doctrine', que si la qualité de Médiateur, que l'Écriture donne à Jràus-Christ , recevait quelque préjudice de l’intercession des saints qui régnent avec Dieu , elle n’en recevrait pas moins de l’intereession des fidèles qui vivent avec nous.
Ce catéchisme nous fait bien entendre l’extrême différence qu’il y a entre la manière dont on implore le secours de Dieu , et celle dont on implore le secours des saints ; > car , dit-il ' , nous
• prions Dieu , ou de nous donner les biens , nu '
• de nous délivrer des maux ; mais parce que les '< saints lui sont plus agréables que nous, nous leur « demandons qu'ils prennent notre défense, et
• qu’ils obtiennent pour nous les choses dont nous « avons besoin. De là vient que nous usons de deux
• formes de prier fort différentes, puisqu'au lieu
■ qu’en parlant à Dieu , la manière propre est de
• dire ; Avez pitié uf. sons, Ecoutez-nods ; nous
■ nous contentons de dire aux saints; Piiiez pour
• sous. ■ Par où nous devons cnteiidi'e, qu’en quelques termes que soient conçues les prières que nous adressons aux saints, l'intention de l'Église et de scs fidèles les réduittoujours à cette forme, ainsi que ce Catéchisme le confirme dans la suite’.
Mais il est bon de considérer les paroles du concile même, qui, voulant prescrire aux évêques comme ils doivent parler de l’invocation des saints, les oblige d’enseigner que ■ les saints qui
■ régnent avec Jésus-Christ, offrent à Dieu leurs « prières pour les hommes; qu’il est bon et utile « de les invoquer d’une manière suppliante, et de « recourir à leur aide et à leur secours, pour im-
• pétrer de Dieu ses bienfaits, par son Fils Notre-
■ Seigneur Jésus-Christ , qui seul est notre Sau-
• veur cl notre Rédempteur’. » Ensuite le concile condamne ceux qui enseignent une doctrine contraire. On voit donc qu’invoquer les saints, suivant la pensée de ce concile , c’est recourir à leurs prières, pour obtenir les bienfaits de Dieu par Jésus-Christ. En effet, nous n’obtenons que par J ésus-Christ et en son nom , ce que nous obtenons par l’entremise des saints; puisque les saints euxmêmes ne prient que par Jésus-Christ , et ne sont exaucés qu'eu son nom. Telle est la foi de l’ivgllse, que le concile de Trente a clairement expliquée en peu de paroles. .Après quoi nous ne concevons pas qu’on puisse nous objecter que nous nousélol-
* CtiL /inm. part. Ill , Ut. dr eut/n el inroc. Sanct.
* Psirt. 17 , UL Quu orandtis $i(.
3 tbid.
* Sw». HT , dcc. de invûe. etc.
DE L’EGLISE CATHOLIQI K.
gnons de Jésus-Christ, quand nous prions ses membres, qui sont aussi les nôtres, ses enfants qiH sont nos frères , et ses saints qui sont nos prémices , de prier avec nous et pour notre commun Maître, nu nom de notre commun Médiateur.
Le même concile explique clairement et en peu de mots, quel est l’esprit de l’Eglise lorsqu’elle offre à Dieu le saint sacrifice pour honorer la mémoire des saints. Cet honneur, que nous leur rendons dans l’action du sacrifice, consiste à les nommer comme de fidèles serviteurs de Dieu dans les prières que nous lui faisons, à lui rendre grâces des victoires (ju’ils ont remportées, et à le prier humblement qu’il se laisse fléchir en notre faveur par leurs intercessions. Saint Augustin avait dit, il y a déjà douze cents ans, qu’il ne fallait pas eroire qu’on offrit le sacrifice aux saints martyrs*, encore que , selon l’usage pratiqué dès ce temps-là par l’Église universelle, on offrit ce sacrifice sur leurs saints corps, et à leurs mémoires, c’est-à-dire, devant les lieux où se conservaient leurs précieuses reliques. Ce même Père avait ajouté qu’on faisait mémoire des martyrs à la sainte table, dans la célébration du sacrifice, non afin de prier pour eux, comme on fait pour les autres morts; mais plutôt afin qu’ils priassent pour nous \ Je rapporte le sentiment de ce saint évéque, parce que le concile de Trente se sert presque de scs mômes paroles, pour enseigner aux fidèles que « l’Église n’offre pas aux « saints le sacrifice; mais qu’elle l’offre à Dieu ■ seul, qui lesacouronnés; qu’aussi le prêtre ne « s’adresse pas à saint Pierre ou à saint Paul, pour « leur dire : Je vous offre ce sacrifice; mais « que, rendant grâces à Dieu de leurs victoires, « il demaude leur assistance, afin que ceux dont « nous faisons mémoire sur la terre, daignent prier « pour nous dans le ciel ■ C’est ainsi que nous honorons les saints, pour obtenir par leur entremise les grâces de Dieu : et la principale de ces grâces, que nous espérons obtenir, est celle de les imiter; à quoi nous sommes excités par la considération de leurs exemples admirables, et par l’honneur que nous rendons devant Dieu à leur mémoire bienheureuse.
Ceux (fui considéreront la doctrine que nous avons proposée seront obligés de nous avouer, que, comme nous n’ôtonsà Dieu aucune des perfections qui sont propres à son essence infinie , nous n’attribuons aux créatures aucune de ces qualités , ou de ces opérations qui ne peuvent con-
» De Chut. Dei, llh. Tiii, cap. xxvii, t. vu, ail. 217 cl ecqq.
> Tract. Lxxxiv, in Joan. n* I , t iii, pari. ii,col. 709. Srrm. xvii, de verb. Jpost. mine scrm. <UJX, t. v, col. 7B5.
* Coiic. Trid. Sei». xxil , cap. 3.
venir qu’à Dieu ; ce qui nous distingue si fort des idolâtres , qu’on ne peut comprendre pourquoi on nous en donne le titre.
Et quand messieurs de la religion prétendue réformée nous objectent qu’en adressant les prières aux saints, et en les honorant comme présents par toute la terre, nous leur attribuons une espèce d’immensité, ou du moins la connaissance du secret des cœurs, qu’il paraît néanmoins (fuc Dieu se réserve, par tant de témoignages de l’Ecriturc , ils ne considèrent pas assez notre doctrine. Car enfin, sans examiner quel fondement on fieut avoir d’attribuer aux saints, jusqu’à certain degré , la connaissance des choses qui .se passent parmi nous, ou môme de nos secrètes pensties, il est manifeste que ce n’est point élever la créatureau-dessus de sa condition, qu“de dire qu’elle a quelque connaissance de ces choses par la lumière que Dieu lui en communique. L’exemple des prophètes le justifie clairement. Dieu n’ayant pas môme dédaigné de leur découvrir les choses futures, quoiqu’elles semblent bien plus particulièrement réservées à sa connaissance.
Au reste, jamais aucun catholique n'a ficnsé que les saints connussent par eux-mômes nos besoins, ni môme les désirs pour lesifueisnous leur faisons de secrètes prières. L’Église se contente d’enseigner, avec toute l’antiquité , que ces prières sont très-profitables à ceux qui les font, soit que les saints les apprennent par le ministère et le commerce des anges, qui , suivant le témoignage de l’Écriture, savent ce (fui se passe parmi nous, étant établis par ordre de Dieu esprit administrateurs, pour concourir à l’œuvre de notre salut; soit que Dieu môme leur fasse connattre nos désirs par une révélation particulière; soit enfin qu’il leur en découvre le secret dans son essence infinie, où toute vérité est comprise. Ainsi l’Égllise n’a rien décidé sur les dilTércnts moyens dont II plaît à Dieu de se servir pour cela.
Mais quels (fue soient ces moyens, toujours est-il véritable qu’elle n’attribue à la créature aucune des perfections divines , comme faisaient les idolâtres, puisqu’elle ne permet de reconnaître, dans les plus grands saints , aucun degré d’excellence qui ne vienne de Dieu , ni aucune considération devant ses yeux que par leurs vertus, ni aucune vertu qui ne soit un don de sa grâce, ni aucune connaissance des choses humaines que celle qu’il leur communique, ni aucun pouvoir de nous assister que par leurs prières, ni enfin aucune félicité que par une soumission et une conformité fiarfaite à la volonté divine.
Il est donc vrai qu’en examinant les sentiments intérieurs que nous avons des saints , on ne trouvera pas que nous les élevions au-dessus de la