DE L'ÉGLISE
SOS enfauts soient servilement assujettis aux choses visibles, mais seulement qu’ils soient excités, et comme avertis par leur moyen de se tourner à Dieu , pour lui offrir en esprit et en vérité le service raisonnable qu’il attend de ses créatures.
On peut voir, par cette doctrine , avec combien de vérité j’ai dit qu’une grande partie de nos controverses s'évanouirait par la seule intelligence des termes , si on traitait ces matières avec charité: et si nos adversaires considéraient paisiblement les explications précédentes, qui comprennent la doctrine expresse du concile de Trente, ils cesseraient de nous objecter que nous blessons la médiation de Jésus-Christ, et que nous invoquons les saints, ou que nous adorons les images d’une manière qui n’est propre qu'à Dieu. Il est vrai que comme, en un certain sens, l’adoration, l’invocation , et le nom de médiateur ne convient qu’à Dieu et à Jé'sus-Clirist, il est aisé d'abuser de ces termes, pour rendre notre doctrineodleuse. Mais si on les réduit de bonne fui au sens que nous leur avons donné , ces objections perdront toute leur force ; et s’il reste à messieurs de la religion prétendue réformée quelquesautresdlfflcultés moins importantes, la sincérité les obligera d'avouer qu’ils sont satisfaits sur le principal sujet de leurs plaintes.
Au reste, il n’y a rien de plus injuste, que d’objcctcr à l’Église qu’elle fait consister touteja piété dans cette dévotion aux saints; puisque, comme nous l’avons déjà remarqué , le concile de Trente se contente d’enseigner aux fidèles que cette pratique leur est bonne et utile', sans rien (bre davantage. Ainsi l'esprit de l’Église est de CO ndamner ceux qui rejettent cette pratique par mépris ou par erreur. Elle doit les condamner, parce qu’elle ne doit pas souffrir que les pratiques salutaires soiént méprisées, ni qu’une doctrine que l’antiquité a autorisée soit condamnée par les nouveaux docteurs.
\jx matière de la justification fera paraître encoœdans un plus grand jour, combien de difflcult(‘S peuvent être terminé par une simple exposilinn de nos sentiments.
Ceux qui savent tant soit peu l'histoire de la réformation prétendue , n’ignorent pas que ceux ([ui en ont été les premiers auteurs , ont proposé cet article à tout le monde comme le principal de tous, et comme le fondement ie plus essentiel de feur rupture, si bien que c’est celui qu’il est le plus nécessaire de bien entendre.
Nous croyons premièrement que nos péchés nous sont remis gratuitement par la miséricorde
® XXV', rfrrr. de iuvor. rte..
UO&silT. — TO*»: I.
CATIIÜi.IQUIL rîî
divine y à cause de Je sus -Christ '.Ce sont les proprc.s termes du concile de Trente, qui ajoute* que nous sommes dits justifiés gratuitement , parce que aucune de ces choses qui précèdent la justification, soit la foi, soit les œuvres, ne peut mériter cette grâce.
Comme l’Écriture nous explique la rémission des pécbés, tantôt en disant que Dieu lescouvre, et tantôt en disant qu'il les ôte, et qu'ii les efface, par la grâce du Saint-Esprit, qui nous fuit de nouvelles créatures ^ nous croyons qu’il faut joindre ensemble CCS expressions, pour former i’idée parfaite de la justification du pécheur. C’est pourquoi nous croyons que nos péchés, non-seulement sont couverts, mais qu’ils sont entièrement effacés par le sang de Jésus-Christ, et par la grâce qui nous régénère; ce qui, loin d'obscurcir ou de diminuer l’idée qu’on doit avoir du mérite de ce sang, l’augmente au contraire , et la relève.
Ainsi la Justice de Jésus-Christ est, non-seu-. Icment imputée, mais actuellement communiquée à SOS fidèles par l’opération du Saint-Esprit, en sorte que non-seulement ils sont réputés, mais faits justes par sa gi-âce.
Si la justice qui est en nous n’était justice qu’aux yeux des hommes, ce ne serait pas l’ouvragedu Saint-Esprit: elle est donc justice mémo devant Dieu , puisque c’est Dieu même qui la fait en nous , en répandant la charité dans nus cœurs.
Toutefois il n’est que trop certain que la chair convoite contre V esprit, et l'esprit contre la chair*, et quenous manquons tous en beaucoup de choses^. K\m\ , quoique notre justice soit véritable par l’infusion de la charité, elle n’est point usticc parfaite à cause du combat de la convoitise ; si bien que le continuel gémissement d’une âme repentante de ses fautes, fait ie devoir le plus nécessaire de la justice chrétienne. Ce qui nous oblige de confesser humblement, avec saint Augustin , que notre justice eu cette vie consiste plutôt dans la rémission des péchés, que dans la perfection des vertus.
Sur le mérite des œuvres , l'Église catholique enseigne que « la vie éternelle doit être proposée « aux enfants de Dieu, et comme une grâce qui « leur est miséricordieusement promise par ie « moyen de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et comme « une récompense qui est fidèlement rendue a « leurs bonnes œuvres età leurs mérites, en ver- « tu de cette promesse*. • Ce sont les propres
' Conc. Trid. Se$s. VI , cap. n.
’ Jiiid. cap. 8.
* Tit. III, fi, 0, 7.
'Gai. y. II. -
* Jnc. III, 2. .
® SfU. VI, C.ip. 10.
iu
KM'OSITION DF. LA DOCTRINE
ter incsdii coiR'ilc de Trente. Mais, de peur que . l'orgueil humain ne soit flatte par l'opinion d'un mérite présomptueux , ce même conelle enseigne que tout le prix et la valeur des oeuvres chrétien- I nés provient de la gréee sanetlflantc , qui nous est donnée gratuitement au nom de Jésus-Christ , et .que c'est un effet de l'influence continuelle de ce divin Chef sur ses membres.
Véritablement les préceptes , les exhoiialions, les promesses , les menaees et les reproches de l’Évangile font assez voir qu'il faut que nous opérions notre salut par le mouvement de nos volontés avccla grAee de Dieu qui nous aide ; mais c'est un premier principe, que le libre arbitre ne peut rien faire qui conduise a la félicité étenielle qu'autant qu'il est mu et élevé par le Saint-Esprit.
Ainsi , l'Église sachant que c'est ce divin Esprit qui fait en nous , par sa gréce , tout ce que nous faisons de bien , elle doit croire que les bonnes oeuvres des fidèles sont très-agréables fi Dieu, et de grande considération devant lui ; et c'est justement qu’elle se sert du mot de méritf avec toute l'antiquité chrétienne, principalement pour signifier la valeur, le prix et la dignité de ces œuvres que nous faisons par la grflee. Mais comme toute leur sainteté vient de Dieu qui les fait en noos , la même Église a reçu dans le concile de Trente, comme doctrine de foi catiiolique, cette parole de saint Augustin, que Dieu courvnHe ses dons en couronnant le mérite de ses serviteurs.
Noos prions ceux qui aiment la vérité et la poix, de vouloir bien lire ici un peu au long les paroles de ce concile , afin qu'ils se désabusent une fois des mauvaises impressions qu’on leur donne de notre doctrine. • Encore que nous voyions, disent
• les Pères de ce concile' , que les saintes Lettres
> estiment tant les bonnes œuvres, que Jésus- « Christ nous promet lui-inéme qu'un verre d'eau
• froide donné à un pauvre ne sera pas privé de
• sa récompense ; et que l'apôtre témoigne qu'un ■ moment de (leiiie légère, soufferte en ce monde, ^ produira un poids éternel de gloire : toutefois
n Dieu ne plaise que le chrétien se fie et se glo- '• rifle en lui-méme, et non en Notre-Seigneur, « dont la bonté est si grande envers tous les hom-
> mes, qu'il veut que les dons qu'il leur fait soient
• leurs mérites! >
Cette doctrine est répandue dans tout ce concile , qui enseigne , dans une autre session ' , que
• nous, qui ne pouvons rien de nous-mèines,
• pouvons tout avec celui qui nous fortifie, en
• telle sorte que l'homme n'a rien dont il se puisse
• glorifier, • ou pourquoi il se puisse confier en
* Sfis. Tl cap. I<l.
* Sfu xiT , cnp. it.
lui-mémc ; ■ mais que toute sa conflance et toute
■ sa gloire est en Jésus-Christ, en qui nous vi-
• vous , en qui nous méritons , en qui nous sa-
• llsfaisoiis, faisant de dignes fruits de pénitence,
■ qui tirent leur force de lui , par lui sont offerts
• an Perc, et en lui sont acceptés par le Père. ■ C'est pouniuol nous demandons tout , nous espérons tout, nous rendons gréce de tout par Notre- Seigneur Jésus-Christ. Nous confessons hautement que nous ne sommes agréables à Dieu qu'en lui et par lui ; et nous ne comprenons pas qu'on puisse nous attribuer une autre pensée. Nous mettons tellement en lui seul toute l'espt'rance de notre salut , que nous disons tous les jours à Dieu ces paroles dans le sacrifice : • Daignez, 6
• Dieu , accorder ànoiis pécheurs, vos serviteurs,
• qui espérons en la multilode de vos misérlcor-
• des, quelque part et société avec vos bienheu-
• reux apôtres et martyrs,.... au nombre desquels « nous vous prions de vouloir nous recevoir, ne
■ regardant pas au mérite, mais nous pardon-
• nant par gréce au nom de Jésus-Christ Notre-
• Seigneur. •
L’Eglise ne pcrsnadero-t-elle Jamais A ses enfants qui sont devenus ses adversaires, ni par l'expllration de sa foi , ni par les dérisions de scs conciles, ni par les prières de son sacrifice, qu’elle croit n’avoir de vie, et qu’elle n’a d’esperance qu’en Jésus-Christ seul 7 Cette espérance «St si forte, qu’elle fait sentir aux enfants de Dieu, qui marchent fidèlement dans ses voles, une paix qui surpasse toute intelligence , selon ce que dit l’apôtre '. Maiscneore que cette espérance soit plus forte que les promesses et les menaces du monde, et qu’elle suffise pour calmer le trouble de nos consciences; elle n’y éteint pas tout à fuit la crainte, parce que si nous sommes assurés que Dieu ne nous abandonne jamais de lul-méme , nous ne sommes jamais certains que nous ne le perdrons pas par notre faute , en rejetant ses inspirations. Il lui a plu de tem|X'rer, par cette crainte salutaire, la confiance qu’il inspire à scs enfants ; parce que, comme dit saint Augustin, • telle est notre infirmité dans ce lieu
• de tentations et de périls, qn’unepicine sécurité
• produirait en nous le relâchement et l’orgueil ; • au lien que cette crainte, qui , scion le précepte de l’apôtre’, nous fait opérer notre salut avec tremblement , nous rend vigilants, et fait que nous nous attachons, avec une humble dé|>endance, A celui qui opère en nous, par sa grâce, te couloir et le faire suivant son bon plaisir, comme dit le même saint Paul*.
» Philip. IV, 7.
» ttfid. Il . 12.
* it/id. U.
DE L'ÉGLISE CAXBOLIQÜE.
Voilà ce qu'il y a de plus nécessaire dans la doctrine de la Justification; et nos adversaires seraient fort déraisonnables , s'ils ne confessaient que cette doctrine suffit pour apprendre aux chrétiens qu'ils doivent rapporter à Dieu par Jésus-Christ toute In gloire de leur salut.
Si les ministres après cela se jettent sur des questions de subtilité, il est bon de les avertir qulil n'est plus temps désormais qu'ils se rendent si difficiles envers nous , après les choses qu'ils ont accordées aux luthériens et à leurs propres frères sur le sujet de la prédestination et de la grâce. Cela doit leur avoir appris à se réduire , dans cette matière , a ce qui est absolument nécessaire pour établir les fondements de la piété chrétienne.
Que s'ils peuvent une fois se résoudre à se renfermer dans ces limites , ils seront bientôt satisfaits; et ils cesseront de nous objecter que nous anéantissons la grâce de Dieu , en attribuant tout a nos bonnes oeuvres ; puisque nous leur avons montré en termes si clairs , dans le concile de Trente, ces trois points si décisifs en cette matière : • Que nos péchés nous sont par- I donnés par une pure miséricorde , à cause de ,
• Jésus-Christ; que nous devons à une libéralité
• gratuite la justice qui est en noos par le Saint- < Esprit; et que toutes les bonnes oeuvres que
• nous faisons sont autant de dons de la grâce. •
Aussi fàut-il avouer que les doctes de leur
parti ne contestent plus tant sur cette matière qu'ils faisaient au commencement; et il y en a peu qui ne nous confessent qu'il ne fallait pas se séparer pour ce point. Mais si cette importante difficulté de la justification, de iaqnelle leurs premiers auteurs ont fait leur fort, n’est plus maintenant considérée comme capitale par les personnes les mieux sensées qu'ils aient entre eux , on ieur laisse à penser et qu'il faut juger de leur séparation , et ce qu'il faudrait espérer pour In paix , s'ils se mettaient au-dessus de la préoccupation, et s’ils quittaient l'esprit de dispute.
Il faut encore expliquer de quelle sorte nous croyons pouvoir satisfaire à Dieu par sa grâce, afin de ne laisser aucun doute sur cette matière.
Les catholiques enseignent, d’un commun accord, que le seul Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, était capable, par la dignité infinie de sa personne , d'offrir à Dieu une satisfaction suffisante pour nos péchés. Mais ayant satisfait surabondamment, il a pu nous appliquer cette satisfaction infinie en deux manières : ou bien en nous donnant une entière abolition , sans réserver aucuoe peine ; ou bien en commuant une plus grande peine en une moindre.
c’.est-à-dire, la peine étemelle en des peines temporelles. Comme cette première façon est ta plus entière et la plus conforme à sa bonté, il en use d'abord dans le baptême : mais noos croyons qu’il se sert de la seconde dans la rémission qu’il accorde aux baptisés qui retombent dans le péché , y étant force en quelque manière par l’ingratitude de ceux qui ont abusé de ses premiers dons ; de sorte qu'ils ont à souffrir quelque peine temporelle, bien que la peine éternelle leur soit remise.
Il ne faut pas conclure de là que Jésus-Christ n'alt pas entièrement satisfait pour nous; mais au contraire , qu'ayant acquis sur nous un droit absolu , par le prix infini qu’il a donné pour notre salut, il nous accorde le pardon , à telle condition, sous telle loi, et avec telle réserve qu'il lui plaît.
Nous serions injurieux et ingrats envers le Sauveur, si noua osions lui disputer l'infinité de son mérite, sous prétexte qu'en nous pardonnant le péché d'Adam , il ne nous décharge pas en même temps de toutes ses suites, nous laissant encore assujettis à la mort et à tant d'infirmités corporelles et spirituelles que ce péché nous a causées. Il suffit que JésuaChrist ait payé une fols le prix par lequel nous serons un Jour entièrement délivrés de tons les maux qui nous accablent ; c’est à nous à recevoir avec humilité et avec actions de grâces chaque partie de son bienfait , en considérant le progrès avec lequel Il lui plaît d’avancer notre délivrance , selon l’ordre que sa sagesse a établi pour notre bien , et pour une plus claire manifestation de sa bonté et de sa justice.
Par une semblable raison , nous ne devons pas trouver étrange si celui qui nous a montré une si grande facilité dans le baptême, sc rend plus difficile envers nous, après que nous en avons violé lessaintes promesses. Il est juste, et même il est salutaire pour nous, que Dieu, en nous remettant le péché avec la peine éternelle que nous avions méritée, exige de nous quelque peine temporelle, pour nous retenir dans le devoir; de peur que, sortant trop promptement des liens de la justice , nous ne nous abandonnions à une téméraire confiance, abusaut de la facilité du pardon.
C'est donc ponr satisfaire â cette obligatiaié que nous sommes assujettis à quelques œuvres pénibles, que nous devons accomplir en esprit d'humilité et de pénitence; et c'est la nécessité de ces œuvres satisfactoires, qui a obligé l'Église ancienne à Imposer aux pénitents les peines qu’on appelle canoniques.
Quand donc elle impose aux jiéchoursdi-stTU-
EXPOSITION DE LA DOCTRINE
vres pénibles cl laboi icuscs, et (lu’ils les subissent avec humilité, cela s’appelle salisfaclion, et lorsque ayant égard , ou à lu ferveur des pénitents, ou à d'autres bonnes œuvres qu’elle leur prescrit , elle relâche quelque chose de la peine qui leur est duc , cela s'appelle indulgence.
Le concile de Trente ne propose autre chose à croire sur le sujet des indulgences , sinon que n la puissance de les accorder a été donnée à
• l’Église par Jésus-Christ, et que l’usage en est « salutaire ; « à quoi ce concile ajoute « qu’il doit
• être retenu , avec modération toutefois , de peur <• que la discipline ecclésiastique ne soit énervée « par une excessive facilité < : » ce qui montre que la manière de dispenser les indulgences regarde la discipline.
Ceux qui sortent de cette vie avec la grâce et la charité , mais toutefois redevables encore des peines que la justice divine a réservées, les souffrent en l’autre vie. C’est ce qui a obligé toute l’antiquité chrétienne à offrir des prières, des aumânes et des sacridees pour les fidèles qui sont décédés en la paix et en la communion de l’Église, avec une foi certaine qu’ils peuvent être aidés par ces moyens. C’est ce que le concile de Trente nous propose à croire touchant les âmes détenues dans le purgatoire’ , sans déterminer en quoi consistent leurs peines, ni beaucoup d’autres choses semblables, sur lesquelles ce saint concile demande une grande retenue, blâmant ceux qui débitent ce qui est incertain et suspect.
Telle est la sainte et innocente doctrine de l’Église catholique touchant les satisfactions, dont on a voulu lui faire un si grand crime. Si , après cette explication, messieurs de la religion ptéteudue réformée nous objectent que nous faisons tort à la satisfaction de Jésus-Christ, il faudra qu’ils aient oublié que nous leur avons dit, que le Sauveur a payé le prix entier de notre racliat; que rien ne manque à ce prix , puisqu’il est infini, et que ces réserves de peines, dont nous avons parlé , ne proviennent d’aucun défaut de ce payement, mais d’un certain ordre qu’il a établi pour nous retenir par de justes appréhensions et par une discipline salutaire.
Que s’ils nous opposent encore que nous croyons pouvoir satisfaire par nous-mêmes â quelque partie de la peine qui est due à nos péchés, nous pourrons dire avec couiianccque le contraire parait par les maximes que noos avons établies. Elles font voir clairement que tout notre salut n’est qu’une œuvre de mLséricorde et
• de grâce ; que ce que nous faisons par la grâce de
' Contin. Scsi, xxv, decr. de Indiily.
» Scsi. \\\ , da-r. de l'urgat.
Dieu n’est piis moins à lui que ce qu’il fait tout seul par sa volonté absolue ; et qu’enflu ce que nous lui donnons ne lui appartient pas moins que ce qu’il nous donne. A quoi il faut ajouter que ce que nous appelons satisfaction , après toute l’Eglise ancienne, n’est, après tout, qu’une application de la satisfaction de Jésus-Christ.
Cette même considération doit apaiser ceux qui s’offensent, quand nous disons que Dieu u tellement agréable la charité fraternelle, et la communion de ses saints , que souvent même il reçoit les satisfactions que nous lui offrons les uns pour les autres. Il semble que ces messieurs ne conçoivent pas combien tout cc que nous sommes est à Dieu ; ni combien tous les égards que sa bonté lui fait avoir pour les fidèles , qui sont les membres de Jésus-Christ, se rapportent nécessairement à ce divin Chef. Mais certes, ceux qui ont lu et qui ont considéré que Dieu même inspire à ses serviteurs le désir de s’affliger dans le jeûne, dans le sac et dans la cendre, non-seulement i>our leurs péchés, mais pour les péchés de tout le peuple , ne s’étonneront pas si nous disons que, touché do plaisir qu’il a de gratifier ses amis, il accepte miséricordieusement l’humble sacrifice idc icurs mortifications volontaires , en diminution des châtiments qu’il préparait à son peuple . ce qui montre que, satisfait par les uns, il veut bien s’adoucir envers les autres, honorant par ce moyen son Fils Jésus-Christ dans la communion de scs membres, et dans la sainte société de son corps mystique.
L’ordre de la doctrine demande que nous pariions maintenant des sacrements, par lesquels les mérites de Jésus-Christ nous sont appliqués. Comme les disputes que nous avons en cet endroit , si nous en exceptons celle de l’eucharistie , ne sont pas les plus échauffées , nous éclaircirons d’abord, en peu db paroles, les principales difficultés qu’on nous fait touchant les autres sacrements, réservant pour la fin celle de l’eucharistie , qui est la plus importante de toutes.
Les sacrements de la nouvelle alliance ne sont pas seulement des signes sacrés qui nous repré-' sentent la grâce, ni des sceaux qui nous la confirment; mais des instruments du Saint-Esprit, qui servent à nous l’appliquer, et qui nous la confèrent en vertu des paroles qui se prononcent,
I et de l’action qui se fait sur noos au dehors , pourvu que nous n’y apportions aucun obstacle i par notre mauvaise disposition.
Lorsque Dieu attache une si grande grâce à des signes extérieurs, qui n’ont de leur nature ! aucune proportion avec un effet si admirable, il ^ nous marque clairement, qu’outre tout ce quo nous pouvons faire au dedans de nous par nos
DK LKGLISK CATKOUgUK.
bonnes dispositions, il faut qu'il intervienne, pour notre sanctilication , une opération spéciale du$aint-Ksprit,et une application singulière du mérite de notre Sauveur, qui nous est démontrée par ies sacrements. Ainsi i'on ne peut rejeter cette doctrine , sons faire tort au mérite de Jésus- Christ, et à i'œuvre de ia paissance divine dans notre régénération.
Nous reconnaissons sept signes ou cérémonies sacrées, 'établies par Jésus-Christ, comme les moyens ordinaires de la sanctilication et de la perfection du nouvel homme. Leur institution divine parait dans l'Écriture sainte, ou par les l>aroies expresses de Jésus-Christ qui les établit , ou par la gréce , qui , selon la même Écriture , y est attachée, et qui marque nécessairement un ordre de Dten.
Comme les petits enfants ne peuvent suppléer le défaut du baptême par les actes de foi , d’espérance et de charité , ni par le vœu de recevoir ce sacrement, nous croyons que s’il no le reçoivent en effet , ils ne participent en aucune sorte à la grêce de la rédemption ; et qu’aiusl , mourant en Adam , ils n’ont aucune part avec Jésus- Christ.
Il est bon d’observer ici que les luthériens croient avec l’Église catholique la nécessité absolue du baptême pour les petits enfants,* et s’étonnent avec elle de ce qu’on a nié une vérité qu’aucun homme, avant Calvin, n’avoit osé ouvertement révoquer en doute; tant elle était fortement imprimée dans l’esprit de tous les fidèles!
Cependant les prétendus réformés ne craignent pas de laisser volontairement mourir leurs enfants, comme les enfants des infidèles, sans porter aucune marque du christianisme, et sans en avoir reçu aucune grêce, si la mort prévient leur jour d’assemblée.
L’imposition des mains, pratiquée par les saints apAtres ■ , pour confirmer les lidèles contre les persécutions, ayant son effet principal dans la descente intérieure du Saint-Esprit, et dans l’infusion de ses dons , elle n’a pas dû être rejetée par nos adversaires, sous prétexte que le ^int- Esprit ne descend plus visiblement sur nous. Aussi toutes les Églises chrétiennes font-elles religieusement retenue depuis le temps des apAtres , se servant aussi du saint chrême , pour démontrer la vertu de ce sacrement par une représentation plus expresse de l’onction intérieure du Saint-Esprit.
Nous croyons qu’il a plu à Jésus-Christ, que ceux qui se sont soumis ê l’autorité de l’Église
• ./cl. TUI, IS, 17.
par le baptême , et qui depuis ont viole les luis de l’Évangile, viennent subir le jugement de la même Église dans te tribunal de la pénitence, ou elle exerce la puissance qui lui est donnée de remettre et de retenir les péchés '.
Les termes de la commission qui est donnée aux ministres de l’Église pour absoudre les péchés sont si généraux , qu’on ne peut , sans témérité , la réduire aux péchés publics. Et comme, quand ils prononcent l’absolutionannomde Jésus-Christ, ils ne font que suivre les termes exprès de cette commission, le jugement est censé rendu par Jésus-Christ même, pour lequel Ils sont établis juges. C’est ce pontife invisible qui absout intérieurement le pénitent, pendant que le prêtre exerce le ministère extérieur.
Ce jugement étant on frein ai nécessaire à la licence , une source si féconde de sages conseils , une si sensible consolation pour les âmes aflligées de leurs péchés, lorsque non-seulement on leur déclare en termes généraux leur absolution , comme les ministres le pratiquent, mais qu’on les absout en effet par l’autorité de Jésus-Christ , après un examen particulier et avec connaissance de cause : nous ne pouvons croire que nos ad versaires puissent envisager tant de biens, sans en regretter la perte, et sans avoir quelque honte d’une réformation qui a retranché une pratique si salutaire et si sainte.
Le Saint- Esprit ayant attaché à l’extrêmeonction, selon le témoignage de saint Jacques ■, la promesse expresse de la rémission des péchés, et du soulagement du malade, rien ne manque à cette sainte cérémonie pour être un véritable sacrement. Il faut seulement remarquer, que, suivant la doctrine du concile de Trente le malade est plus soulagé selon l’ême que selon le corps , et que , comme le bien spirituel est toujours l’objet principal de la loi nouvelle, c’est aussi celui que nous devons attendre absolument de cette sainte onction , si nous sommes bien disposés ; au lien que le soulagement dans les maladies nous est seulement accordé par rapport il notre salut éternel , suivant les dispositions cachées de la divine Providence, et les divers degrés de préparation et de foi qui se trouvent dans les fidèles.
Quand on considérera que Jésus-Christ a donné une nouvelle forme au mariage, en ré-duisant cette sainte société à deux personnes immuablement et indissolublement unies >, et quand on verra que cette inséparable union est' le signe
• MaUh. XVMI, Ift. Joan. \x,'SX
» Jac. V, H, lli.
» Snu. XIV, rap. 2, r/c $tivr. Extr. VncU
* üaUh. \i\. :s.
EXPOSITION DE LA DOCTRINE
(le son union éternelle avec son Église-, on n’aura pas de peine à comprendre que le mariage des fidèles est accompagné du Sahit-Esprit et de la gréce ; et on louera la bonté divine de ce qu’il lui a plu de consacrer de cette aorte la source de notre naissance.
L’imposition des mains, que reçoivent les ministres des choses saintes , étant accompagnée d’une vertu si présente du Saint-Esprit , et d’une infusion si entière de la gréce ’ , elle doit'étre mise au nombre des sacrements. Aussi faut-il avouer quenosadversairesu’en excluent pas absolument la consécration des ministres ; mais qu’ils l’excluent simplement du nombre des sacrements , qui sont communs à toute l'Église^.
Nous voilé enfin arrivés à la question de l’Eucharistie, où il sera nécessaire d’expliquer plus amplement notre doctrine , sans toutefois nous éloigner trop des bornes que nous nous sommes prescrites.
La présence réelle du corps etdu sang de Notre- Seigneur, dans ce sacrement, est solidement établie par les paroles de l’institution , lesquelles nous entendons é la lettre ; et il ne nous faut non plus demander pourquoi nous nous attachons au sens propre et littéral , qu'à un voyageur pourquoi il suit le grand chemin. C’est à ceux qui ont recours aux sens figurés, et qui prennent des sentiers détournés, il rendre raison de ce qu’ils font. Pour nous qui ne trouvons rien , dans les paroles dont Jésus-Christ se sert pour l'institution de.ee mystère, qui nous obiige à les prendre en un sens figuré , nous estimons que cette raison suffit pour nous déterminerau sens propre. Mais nous y sommes encore plus fortement engagés, quami nous venons à considérer dans ce mystère l’Intention du Fils de Dieu, que j’expliquerai le plus simplement qu’il me sera possible, et par des principes dont je crois que nos adversaires ne pourront disconvenir.
Je dis donc que ces paroles du Sauveur ; Prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous < , nous font voir que , comme les anciens Juifs ne s’unissaient pas seulement en esprit à l’immolation des victimesqui étaient offertes pour «ox , mais qu’en effet ils mangeaient la chair sacrifiée ; ce qui leur était une marque de la part qu'ils avalent à cetteoblation : ainsi Jésus-Christ, s’étant fait lul-méme notre victime, a voulu que nous mangeassions effectivement la chair de ce sacrifice, afin que la communication actuelle de cette chair adorable fût un témoignage perpétuel
' F.fihf». T, 31.
» î. T.m \x, H. II. Tim. 1, «.
* (ioiifns. de fui. art. 3&.
• Mtitth- \xvt,2f. Luv. xtii. 19.
à chacun de nous en particulier, que c'est pot r nous qu’il l’a prise, et que c’est pour nous qu’il l’a immolée.
Dieu avait défendu aux Juifs démanger l’hostie qui était immolée pour leurs péchés ', afin de leur apprendre que la véritable expiration des crimes ne se faisait pas dans la loi , ni par le sang des animaux ; tout le peuple était comme en interdit par cette défense, sans pouvoir actuellement participer à la rémission des péchés. Par une raison opposée, il fallait que le corps de notre Sauveur, vraie hostie immolée pour le péché , fût mangé par les fidèles, afin de leur montrer’ par cette manducation , que lu rémission des péchés était accomplie dans le Nouveau Testament.
Dieu défendait aussi au peuple juif de manger du sang, et l’une des raisons de cetU défense était , que le sang nous est donné pour l’expiation de nos âmes *. Mais au contraire notre Sauveur noos propose son sang à boire , à cause qu’ij est répandu pour la rémission des péchés ’.
Ainsi la manducation de la chair et du sang du Fils de Dieu est aussi réelle , A la sainte table , que la grâce, l’expiation des péchés, et la participation au sacrifice de Jésus-Christ est actuelle et effective dons In nouvelle alliance.
Toutefois, comme il désirait exercer notre foi dans ce mystère, et en même temps nous ôter l’horreur de manger sa chair et de boire son sang, en leur propre espocc , il était convenable qu’il nous les donnât enveloppés sons nne espèce étrangère. Mais si ces considérations l’ont obligé de nous faire manger la chair de notre victime d’une outre manière que.n’ont fait les Juifs, il n’a pas dû pour cela nous rien ôter de la réalité et de la substance.
Il parait donc que pour accomplir les figures anciennes, et nous mettre en possession actuelle de la victime offerte pour notre péché , Jésus- Clirist r.eu dessein de nous donner en vérité son corps et son sang : ce qui est si évident , que nos adversaires mêmes veulent que nous croyions qu’ils ont en cela le même sentiment que nous, puisqu’ils ne cessent de nous répéter qu’ils ne nient ni la vérité ni la participation réelle du corps et du sang dans l’eucharistie. C’est ce que nous examinerons dans la suite, où nous croyons devoir ex poser leur sentiment, après que nousaurons achevé d’expliquer celui de l'Église. Mais, en attendant, nous conclurons que si la simplicité des paroles du Filsde Dieu les force à reconnaître que son intention expresse a été de nous donner en vérité sa chair, quand il a dit : Ceci
' Isevit. VI , 30.
* ibid. XVII, II.
* Mattk. XXVI, 3t.
DE L’EGLISE CArilOLlQUE.
est mon corps, ils ne doivent pas s'étonner si nous ne |>ou\ons consentir à u'eutendre ces mots qu’en figure.
En effet , le Fils de Dieu, si soigneux d’exposer a ses npdlres ce qu'il enseigne sous des paraboles et sous des ligures, n’ayant rien dit ici pour s'expliquer, il parait qu'il a laissé ses paroles dans leur signilication naturelle. Je sais que ces messieurs pixHendcnt que la chose s’explique assez d’elle-méme, parce qu’on voit bien, disent-ils, que ce qu’il présente n’est que du pain et du vin ; mais cc raisonnement s'évanouit , quand on considéré que celui qui parle est d’une autorité qui prévaut aux sens , et d'une puissance qui domine toute la nature. Il n’est pas plus difficile au Fils de Dieu de faire que son corps soit dans l’eucharistie, en disant : Ceci est mon corps, que de faire qu’une femme soit délivrée de sa maladie , en disant ; Femme, tu es délivrée de ta maladie' ; ou de faire que la vie soit conservée à un jeune homme, en disant à son père : Ton fils est vivant ' J ou enlin de faire que les péchés du paralyti(|uc lui soient remis , en lui disant : Tes péchés te sont remis’.
Ainsi, n’ayant point à nous mettre en peine comment il exécutera ce qu’il dit, nous nous attachons précisément éi ses paroles. Celui qui fait cc qu’il veut , en parlant opère cc qu’il dit ; et il a été plus ausé au Fils de Dieu de forcer les lois de la nature pour vériOerses paroles, qu’il ne nous est aisé d’accommoder notre esprit à des interprétations violentes, qui renversent toutes les lois du discours.
Ces luis du discours . nous apprennent que le signe qui représente naturellement, reçoit souvent le nom de la chose, parce qu’il lui est comme naturel d'en ramener l’idée à l’esprit. Le même arrive aussi, quoiqu’avec certaines limites, aux signes d’institution, quand ils sont reçus, et qu’on y est accoutumé. Mais qu’en établissant un signe qui de soi n’a aucun rapport à la chose; par exemple, un morceau de pain pour signifier le corps d’un homme , on lui en donne le nom , sans rien expli({uer, et avant que personne en soit convenu , comme a fait Jésus-Christ dans la Cène : c’est une chose inouïe, et dont nous ne voyons aucun exemple , dans toute l'Écriture sainte , pour ne pas dire dans tout le langage humain.
Aussi messieurs de la religion prétendue réformée ne s’arrêtent pas tellement au sens figuré qu’ils ont voulu donner aux paroles de Jésus- Christ , qu’en même temps ils ne n^connaissent
' /.«(-. xm, 12.
* JotiH. IV, ML
* Matth. 11 , 1.
qu’il a eu intention, 'en les proférant, de nous domier en vérité son corps et sou sang.
Apres avoir proposé les sentimenUde l’Église touchant ces (Uirolcs , Ceci est mon corps, il faut dire ce qu’elle pense de celle que Jésus-Christ y ajouta : Faites ceci en mémoire de moi Il est clair que rinlciition du Fils de Dieu est de nous obliger par ees paroles à noussouvenir de la mort qu’il a endurée pour notre salut; et saint Paul conclut de ces mêmes paroles, que nous annonçons ta mort du Hcigneur' dans ce mystère. Or, il ne faut pas se persuader que ce souvenir de la mort de A'otre-Seigneur exclue la présence réelle de son corps ; au contraire , si ou considère ce que nous venons d’expliquer, on entendra clairement que celte commémoration est fondée sur In présence réelle. Car, de même que les Juifs , en mangeant les victimes pacifiques, se souvenaient qu’ellesavaicntété immolées pour eux ; ainsi , en mangeant la chair de Jésns-Christ notre victime, noua devons nous souvenir qu’il est mort pour nous. Cest donc cette même chair mangée par les fidèles, qni non-seulement réveille en nous la mémoire de son immolation , mais encore qui nous en confirme la vérité. Et loin de pouvoir dire que cette commémoration solennelle, que Jésus- Christ nous ordonne de faire, exclue la présence de sa chair, on voit au contraire que ce tendre souvenir qu’il veut que nous ayons à la sainte tahie de lui , comme Immolé pour nous , est fondé sur cc que cette même chair y doit être prise réellement ; puisqu’en effet il ne nous est pas possible d’oublier que c’est pour nous qu’il a donné son corps en sacrifice, quand nous voyons qu’il nous donne encore tous les jours cette victime ê manger.
Faut-ll que des chrétiens , sous prétexte de célébrer dans la cène la mémoire de la passion de notre Sauveur, ôtent ê cette pieuse commémoration cc qu’cllcade plus cflicnceet de plus tendre? Ne doivent-ils pas considérer que Jésus- Christ ne commande pas simplement qu’on se souvienne de lui , mais qu’on s’en souvienne en mangeant sa chair et son sang? Qu’on prenne garde ê la suite et à la force de ses paroles. Il ne dit pas simplement , comme messieurs de la religion prétendue réformée semblent renicndre , que le pain et le vin de l’cueharislie nous soient un mémorial de son corps et de son sang ; mais il nous avertit qu’en faisant ce qu’il nous prescrit , c’est-n-dire, en prenant son cori» et son sang , nous nous souvenions de lui. Qu’y a-t-ll en effet de plus puissant pour nous en faire souvenir? Et si les enfants se souviennent si tendrement de leur
* Lhc. ixir, 10.
* I. Cor. Il, 21, 26.
EXPOSITION DE LA iJOCTlilNE
ptrc cl lie scs bontés, lorsqu’ils s'approchent du tombi'au ou son corps est enfermé , combien notre soUM'nir et notre amour doiveut-ils être excités, lorsque nous tenons sons ces enveloppes sacrées, sous ce tombeau mystique , la propre chair de notre Sauveur Immolé pour nous, cette chair vivante et vivifiante, et ce sangcncore tout chaud par son amour, et tout plein d'esprit et de grâce? Que si nos adversaires continuent de nous dire , que celui qui nous commande de nous souvenir lie lui, ne nous donne pas sa propre substance, il faudra enfin les prier de s’accorder avec euxmêmes. Ils protestent qu'ils ne nient pas dans l'eucharistie la communication réel le de la propre substance du Kils de Dieu. Si leurs paroles sont sérieuses, si leur doctrine n'est pas une illusion, il faut nécessairement qu’ils disent avec nous, que le souvenir n’exclut pas toute sorte de présence, mais seulement celle qui frappe les sens. f.eur réponse sera la nôtre , puisqu'en disant que .fésus^lhrlst est présent, nous reconnaissons en même temps qu'il ne l'est pas d'une manière sens sible.
Et si l'on nousdemanded'on vient que croyant, comme nous faisons , qu’il n’y a rien pour les sens dans ce saint mystère , nous ne croyons (las qu'il snflise que Jésus-Christ y soit présent par la foi, il est aisé de répondre, cl de démélcr cette équivoque. Autre chose est de dire que le Fils de Dieu nous soit pré>sent par la foi , et autre chose de dire que noussachions par la foi qu'il est présent.
première façon de parler n'emporte qu’une présence morale; la seconde nous en signifie une très-réelle, parce que la foi est très-véritable; et cette présence réelle, connue par la foi, suffit pour opérer dans te juste nw\ vil de foi', tous les effets que j’ai rcmartiués.
Mais pour ôter une fuis toutes les équivoques dont les calvinistes se servent en cette matière , et faire voir en même temps jusqu’à quel point ils se sont approchés de nous; quoique je n’aie entrepris que d’expliquer la doctrine de l'Église, il sera bon d’ajouter ici l’exposition de leurs sentiments.
Leur doctrine a deux parties ; l’une ne parle que de ligure du corps et du sang; l’autre ne parle que de réalité du corps et du sang. Nous allons voir par ordre chacune de ces parties.
Ils disent premièrement , que ce grand miracle de la présence réelle, qnc nous admettons, ne sert de rien ; que c’est assez pour notre salut que Jésus-Christ soit mort pour nous; que ce sacrifice nous est suffisamment appliqué par la foi ; et que cette application nous est suffisamment cer-
' Hubai: II, 4.
tiflé-e par la parole de Dieu. Ils ajoutent que s’H faut revêtir cette parole de signes sensibles. Il suffit de nous donner de simples symboles , tels que l’eau du baptême, sans qu’il soit nécessaire de faire descendre du ciel le corps et le sang de Jésns.Cbrist.
Il ne paraît rien de plus facile que celte manière d’expliquer le sacrement de la cène. Cependant nos adversaires mêmes n’ont pas cru qu’ils dussent s’en contenter. Ifs savent qnc de semblables imaginations ont fait nier aux sociniens ce grand miracle de l’incamation. Dieu, disent ces hérétiques , pouvait nous sauver sans tant de détours; il n’avait qu’à nous remettre nos fautes; et il pouvait nous instruire suffisamment, tant pour la doctrine que pour les mœurs, par les paroles et par les exemples d’un homme plein du Saint-Esprit, sans qu’il fôt besoin pour eel.i d’en faire un Dieu. Mais les caMnisles ont reconnu , aussi bien que nous, le faible de ces arguments, qui paraît premièrement en ce qu’il ne nous appartient pas de nier ou d’assurer les mystères , suivant qu’ils nous paraissent utiles ou inutiles pour notre salut. Dieu seul en sait le secret ; et c’est à nous de les rendre utiles et salutaires pour nous, en les croyant comme il les propose, et en recevant ses grâces de la manière qu’il nous les présenle. Secondement, sans entrer dans la qnestloii de savoir s’il était po.ssible à Dieu de nous sauver par une autre voie que par l’incarnation et par la mort de son Kils , et sans nous jeter dans celle dispule inutile , que messieurs de la religion prétendue réformée traitent si longuement dans lenis écoles, il suffit d’avoir appris, par les saintes Écritures , que le Fils de Dieu a voulu nous témoigner son amour par des effets ineompréhensibles. Cet amour a été la cause de cette union si réelle , par laquelle il s’est fait homme. Cet amour l’a porté à immoler pour nous ce même corps aussi réellement qu’il l’a pris. Tous ces desseins sont suivis, et cet amour se soutient partout de la même force. Ainsi , quand il lui plaira de faire ressentir à chacun de ses enfants, en se donnant à lui en particulier, la bonté qu’il a témoignée à tous en général , il trouvera le moyen de se satèsfoirc par des choses aussi effectives que celles qu’il avait déjà accomplies pour notre salut. C’est pourquoi il ne faut plus s’étonner s’il donne à chacun de nous la propre substance de sa chair et de .son sang. Il le fait p.aur nous imprimer dans le cœur que c’est pour nous qu’il les a pris, et qu’il les a offerts en sacrifice. Ce qui précède nous rend toute cette suite croyable; l’ordre de scs mystères nous dispose à croire tout cela ; et sa parale expresse ne nous permet pas d’en douter.
.Nos adversaires ont bien vu que de simples
DK L EGLISE CATHOLIQUE.
flf!;ur«s et de simples signes du corps et du sang ne contenteraient pas les chrétiens , aceoiitiiinés aux bontés d’un Dieu qui se donne à nous si réellement. C’est pourquoi ils ne veulent pas qu’on lesaecusc de nier une participation réelle et substantielle de Jésus-Christ dans leur cène. Us assurent, comme nous, qu’ii nous y, fait participants de ta propre substance ' ; ils disent qu’il nous nourrit et vivifie de la substance de son corps et de son sang ' ; et Jugeant que ce ne serait pas assez qu'il nous montrât, par quelque signe , que nous eussions part à son sacrilice , ils disent expressément que le corps du Sauveur, qui nous est donné dans ia cène nous le certifle ; paroles très-remarquables que nous examinerons incontinent.
Voilà donc le eorps'et le'sang de Jésus- Christ présents dans nos mystères , de l'aveu des calvinistes : car ee qui est communiqué selon sa propre substance doit être réellement présent II est vrai qu’ils e.xpllquent celte communication, en disant qu'elle se fait en esprit et par foi ; mais il est vrai aussi qu'ils veulent qu'elle soit réelle. Et parce qu’il n’est pas possible de faire entendre qu’un corps , qui ne nous est communiqué qu’en esprit et par foi, nous soit communiqué réellement et en sa propre substance , ils n’ont pu demeurer fermes dans les deux parties d’une doctrine , si contradictoire ; et ils ont été obligés d’avouer deux choses, qui ne peuvent être véritables, qu'en supposant ce que l’Église catholique enseigne.
La première est, que Jésus-Christ nous est donné dons l’eucharistie d’une manière qui ne convient , ni au baptême , ni à la prédication de l’Évangile, et qui est toute propre à ce mystère. Nous allons voir la conséquence de ce principe; mais voyons auparavant comme il nous est accordé par messieurs de la religion prétendue réformée.
Je ne rapporterai ici le témoignage d'aucun auteur particulier, mais les propres paroles de leur Catéchisme dans l’endroit où il explique ce qui regarde la Cène. Il porte en terme formels, nonseulement que Jésus-Christ nous est donné dans la cène en vérité, et selon sa propre substance ‘ ; mais qu'encore qu'il notes soit vraiment communiqué, et par le baptême etpar CKvangile, toutefois ce n’est qu'en partie, et non pleinement^. D’où il suit qu’ii nous est donné dans In cène pleinement , et non en partie.
Il y a une extrême différence entre recevoir
' Catéch. Dim. C>3.
* CoofpM. de loi, arl. M.
* C4iiéch. Dim. ta.
* Ibié, ta.
* Ibié. W.
en partie, et recevoir pleinement. Si donc on reçoit Jésus-Christ partout ailleurs en partie, cl qu’il n’y ait que dans la cène où ouïe reçoive pleinement; il s’ensuit, du consentement de nos adversaires, qu’il faut chercher dans la cène une participation qui soit propre ù ce mystère, et qui ne convienne pas au baptême et à la prédication : mais en même temps il s’ensuit aussi que cette participation n'est pas attachée à la fol , puisque la foi , se répandant généralement dans toutes les actions du chrétien, se trouve dans la prédication et dans 1e baptême , aussi bien qne dans la cène. En effet , il est remarquable que , quelque désir qu'aient eu les prétendus réformateurs d'égaler le baptême et la prédication A la cène, en ce que Jésus-Christ nous y est vraiment communiqué. Ils n’ont osé dire dans leur Catéchisme que Jésus- Christ nous fùtdonné en sa propre substance dans le baptême et dans la pr^ication , comme ils l'ont dit de la cène. Ils ont donc vu qu’ils ne pouvaient s’empêcher d’attribuer à In cène une manière de posséder Jésus-Christ, tpii fût particulière à ce sacrement; et que la fol , qui est commune à toutes les actions du chrétien, ne pouvait être cette manière particulière. Or cette manière particuliérede posséder Jésus-Christ dans la cène doit aussi être réelle, puisqu’elle donne aux fidèles la propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Tellement qu’il faut conclure des choses qu’ils nous accordent , qu’il y a dans l’cucharistie une manière réelle de recevoir le corps \ et le sang de notre Sauveur, qui ne se fait pas par la foi ; et c’est ce que l'Église catholique enseigne.
La seconde chose accordée par les prétendus réformateurs, est tirée de l’article qui suit immédiatement celui que j’al déjà cité de leur Catéchisme'; c’est que le corps du Seigneur Jésus, en tant qu’il a une fois été offert en saeriftea pour nous réconciliera Dieu, nous est mainte, nant donné pour nous certifier que nous avons part à cette réconciliation.
Si CCS paroles ont quelque sens , si elles iic sont point ui) son inutile et uu vain amusement , elli-s doivent nous faire entendre que Jésus-Christ ne nous donne pas un symbole seulement , mais son propre corps, pour nous certifier que nous avons part à son sacrifice et à la réconciliation du genre humain. Or,sl la réception du corpsde Notre-Scigneur nous certifie la participation au fruit de sa mort, il faut né-cessalrcnient que cette participation au fndt soit distinguée de la rréeption du corps , puisque l’une est le gage de l'autre. D’où passaut plus avant. Je disque, si nos advei-saircs sont contraints de distinguer dans la cène la participation au corps du Sauveur, d’avec la par-
' Olm. SS.
Dy Cîoo^lc
EXPOSITION DE LA DOCTRtNE
ticipatloQ au fruit et i la gricc de sou sacrifice, il faut aussi qu'ils distioguent la participation à ce divin corps , d'avec toute la participation qui se fait spiritueilement et par ia foi. Car cette dernière participation ne leur fournira jamais deux actions distinguées, par i'unc desquelles ils reçoivent le corps du Sauveur, et par l'autre le fruit de son sncrilice; nui homme ne pouvant concevoir quelle différence it y a entre participer par la foi au corps du Sauveur, et participer par la foi au fruit de sa mort. 11 faut donc qu'ils reconnaissent qu'outre la communion, par laquelle nous participons spirituellement au corps de notre Sauveur et à son esprit tout ensemble, en recevant le fruit de sa mort; il y a encore une communion réelle au corps du même Sauveur, qui nous est un gage certain que l'autre nous est assurée, si nous n'empéchons l'effet d’une telle grik-e par nos mauvaises dispositions. Cela est nécessairement enfermé dans Jes principes dont ils conviennent ; et jamaisdis n'expliqueront cette vérité d'une manière tant soit peu solide , s'ils ne reviennent au sentiment de l’Église.
Qui n’admirera ici la force de la vérité? Tout ce qui suit des principes avoués par nos adversaires, s'cntend'parfaitement dans le sentiment de l'Église. Les catholiques les moins instruits conçoivent, sans aucune peine, qu’il y a dans l'eucharistie une communion avec Jésus-Christ, que nous ne trouvons nulle part ailleurs. Il leur est aisé d'entendre que son corps nous est donné, pour nous certifier que nous avons part à son sacrifice et à sa mort Ils distinguent nettement ces deux façons néecssaircs de nous unir à Jésus- Christ : l'une, en recevant sa propre chair; l’autre, en recevant son esprit, dont la première nous est accordée comme un gage certain de la seconde. Mais comme ces choses sont inexplicables dans le sentiment de nos adversaires, quoique d'ailleurs ils ne puissent les désavouer, U faut conclure nécessairement que l'erreur les a Jetés dans une contradiction manifeste.
Je me suis souvent étonné de ce qu’ils n'ont pas expliqué leur doctrine d'une manière plus simple. Que n'ont-ils toujours persisté à dire, sans tant de façons , que Jésus-Christ ayant répandu son sang pour nous , nous avait représenté cette effusion eu nous donnant deux signes distincts du corps et du sang; qu'il avait bien voulu donner à ces signes le nom de la chose même ; que ces signes sacres nous étaient des gages que nous participions au fruit de sa mort ; et que nous étions nourris spirituellement , par la vertu de son corps et de son sang. Après avoir fuit tant d'efforts pour prouver que les signes reçoivent le nom de la chose, et que pour cette raison le si-
gne du corps a pu être appelé le corps, toute cette suite de doctrine Icsobligeait naturellement à s'en tenir là. Pour rendre ces signes efficaces , il suffisait que la grâce de la rédemption y fût attachée , ou plutôt , selon leurs principes , qu'elle nous y fût confirmé. Il ne fallait point se tourmenter, comme ils ont fait, à nous faire entendra que nous recevons le propre corps du Sauveur, pour nous certifier que nous participons à la grâce de sa mort. Ces messieurs s'étaient bien contentés d’avoir dans l’eau du baptême un signe du sang qui nous lave ; et ils ne s’étalent point avisés de dire que nous y reçussions la propre subst.ince du sang du Sauveur, pour nous certifier que sa vertu s'y déploie sur nous. S'ils avaient raisonné de même dans la matière de l'eucharistie, leur doctrine en aurait été moins embarrassée. Mais ceux qui Inventent et qui innovent ne peuvent pas dire tout ce qu’ils veulent. Ils trouvent des vérités constantes , et des maximes établies qui les incommodent , et qui les obligent à forcer leurs pensées. Les ariens eussent bien voulu ne donner pas au Sauveur le nom de Dieu et de Fils unique. Les nestoriens n’admettaient qu’â regret en Jésus-Christ cette je ne sais quelle unité de personne que nous voyons dans leurs écrits. Les pélagiens , qui niaient le péché originel , eussent nié aussi volontiers que le baptême dilt être donné aux petits enfants en rémission des péchés : par ce moyen ils se seraient débarrassés de l’argument que les catholiques tiraient de cette pratique pour prouver le péché originel. Mais, comme je viens de dire, ceux qui trouvent quelque chose d'établi n’ont pas la hardiesse de tout renverser. Que les calvinistes nous avouent de bonne foi la vérité ; ils eussent été fort dispos(-s à reconnaître seulement dans l’eucharistie le corps de Jésus-Christ en figure, cl la seule participation de son esprit en effet, laissant à part ces grands mots de participation de propre substance, et tant d'autres qui marquent une présence réelle, et qui ne font que les embarrasser. Il aurait été assez de leur goût de ne confesser dans la cène aucune communion avec Jésus-Christ, que celle qui se trouve dons la prédication et dans le baptême, sans nous aller dire, comme ils ont fait , que dans la cène on le reçoit ;>/ciJic»icnê, et ailleurs seulement en partie. Mais quoique ce fût là leur inclination , la force des paroles y rési.stait. Le Sauveur ayant dit si pré-cisémmt de l'eucharistie : Ceci est mon corps , ceci est mon .sang; ce qu’il n’ajamals dit de nulle autre chose, ni en nulle autre rencontre ; quelle apparence de rendre commun à toutes les actions du chrétien, ce que sa parole expresse attache à un sacrement particulier? Et puis, tout l’ordre des conseils