‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 51 sur 518 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La TÎe et le minhstère prophéUqiie : les jugements de Dieu déclarés par les propiiéties.

Il n’y a rien de plus remarquable, dans llds* toire du peuple de Dieu , que ce ministère des prophètes. On voit des hommes séparés du reste du peuple par une ^ie retirée , et par un habit particulier ^ : ils ont des demeures où on les volt vivre dans une espèce de communauté, sous un supérieur que Dieu leur donnait^. Leur vie pauvre et

* rV. Reg. 6,7 etteq.

* TbS.1,6, 6,7. * /d.n, 12,31,21.

* IV. Reg.xiu, l»; ixui, 36,37. 11. Par. xxxri, IS. Jrr. XXII, 19.

i 1. Reg. xxTiii, 14. in. Reg. tix, 19. IV. Reg. i,s. /.v. xx,3.ZacA. XIII, 4.

* I. Reg.ti, 10; XIX, 19,20. ÎH. Rtg. xvin. rV. Rrg. 11,3.

la, IS, 19, 26; IV, 10, 36; VI, 1,3.

DlSCüLKS

lus

pi'nitente était la ligure de la mortification qui devait être annoncée sons l'Évangile. Dieu se communiquait à eux d'une façon particulière , et faisait éclater aux yeux du peuple cette merveilleuse communication : mais jamais elle n'éclatait avec tant de force que durant les temps de désordre ou il semblait que l'idolâtrie aliait abolir la loi de Dieu. Durant ces temps malheureux , les prophètes faisaient retentir de tous côtés , et de vive voix , et par écrit , les menaces de Dieu , et le témoignage qu'ils rendaient à sa vérité. Les écrits qu'ils faisaient étaient entre les mains de tout le peuple , et soigneusement conservés en mémoire perpétuelle aux siècles futurs'. Cciu du peuple ipji demeuraient lidèlesà Dieu s'unissaient à eux ; et nous voyons même qu'en Israël , ou régnait l'idolâtrie, ce qu'il y avait de fidèles célébrait avec les propÙtes le sabbat et les fêtes établies par la loi de Moïse’. C'était eux qui encourageaient les | gens de bien à demeurer fermes dans l'alliance. Plusieurs d'eux ont souffert la mort ; et on a vu , a leur exenaple , dans les temps les plus mauvais , c'est-à-dire dans le règne même de Manassès une infinité de fidèles répandre leur sang pour la vérité , en sorte qu'elle n'a pas été un seul moment sans témoignage.

Ainsi la société du peuple de Dieu subsistait toujours ; les prophètes y demeuraient unis : un grand nombrede fidèles persistait hautement dans la loi de Dieu avec eux etavecles pieux sacrificateurs , qui persistaient dans les observances que leurs prédécesseurs , à remonter jnsqu'à Aaron , leur avaient laissées. Dans les règnes les plus impies, tels que furent oeuxd'.\chnzet de Manassès, Isaie et les autres prophètes ne so plaignaient pas qu'on eût interrompu l'usage de la circoncision, qui était le sceau de l'alliance , et dans laquelle était renfermée , selon la doctrine de saint Paul , toute l'observance de In loi. On ne voit pas non plus que les sabbats et les autres fêtes fussent abolis : et si Achaz ferma durant quelque temps la porte du temple^, et qu'il y ait eu quelque interruption dans les sacrifices , c'était une violence qui ne fermait pas pour cela la bouche de ceux qui louaient et confessaient publiquement le nom de Dieu ; car Dieu n’a Jamais permis que cette voix fût éteinte parmi son peuple : et quand .àman entreprit dedétrnire l'héritagedu Seigneur, changer ses promesses et faire cesser ses louanges*, on sait ce que Dieu lit pour l'cmpccher. Sa puissance ne parut pas moins lorsque Antiochus vou-

, * Exod. XVII , il. II. xvx, S; XXXIV. III. Jer. XXII , Sa; XXVI, 3, Il ; XXXVI. II. far. XXX VI, 33. I. Lui. I, I. />,fn. IX, 3.

■ IV. Hrg. IV, 3.1.

V IbxJ. XXI, IB.

* II. Parai. XXVIII, 34.

V Eith. XIV , 3,

lut abolir la religion. Que ne dirent point les prophètes à Achaz et à Manassès, pour soutenir la vérité de In religion et la pureté du culte ! Let paroles des voyants yui leur parlaient au nom du Dieu d' israrl étaient écrites , comme reraarque le texte sacré , dans l'histoire de ces rois Si Manassès en fut touché , s'il fit pénitence , on ne peut douter que leur doctrine ne tint un grand nombre de fidèles dans l'obéissance de la loi ; et le bon parti était si fort, que dans le jugement qu'on portait des rois après leur mort , on déclarait ces rois impies indignes du sépulcre de David et de leurs pieux prédécesseurs. Car encore qu’il soit écrit qu' Achaz fut enterré dans la cité de David , l'Écriture marque expressément qu'on ne le I reçut pas dans le sépulcre des rois d’Israël'. Un n'excepta pas Manassès de la rigueur de ce jugement, encore qu'il eût fait pénitence, pour laisser un monument éternel de l'horreur qu'on avait eue de sa conduite. Et alin qu'on ne pense pas que la multitude de ceux qui adhéraient puj bliquement au culte de Dieu avec 1rs prophètes fût destituée de la succession légitime de ses pasteurs ordinaires , Ézéchiel marque expressément en deux endroits *, las sacrificateurs et les lévite* enfants de Sadoc , qui, dans tes temps d’ égarément, avaient persisté dans l'observance des cérémonies du sanctuaire.

Cependant, malgré les prophètes, nulgré les prêtres fidèles, et le peuple uni avec eux dans la pratique de la loi , l’idolâtrie qui avait ruiné Israël entraînait souvent, dans Jnda même, et les princes et le gros du peuple. Quoique les rois oubliassent le Dieu de leurs pères , il supporta longtemps leurs iniquités , à cause de David son serviteur. David est toqjours présent à ses yeux. Quand les rois enfants de David suivent les bons exemples de leur père , Dieu fait des miracles surprenants en leur faveur ; mais ils sentent, quand ils dégénèrent, la force invincible de sa main , qui s'appesantit sur eux. Les rois d'Égypte, lesroisde Syrie, et surtout les rois d'Assyrie et do Bobylone, servent d'instrument à sa vengeance. L'impiété s'augmente , et Dieu suscite en Orient un roi plus superbe et plus redoutable que tous ceux qui avaient paru jusqu'alors ; c'est iNabuchodonosor, roi de Babylonc, le plus terrible des conquérants. 11 le montre de loin aux peuples et aux rois comme le vengeur destiné à les punir *. Il approche, et la frayeur marche devant lui. Il prend une première fois Jérusalem , et transporta à Babylonc une partie de ses habitants *. M ceux

' IT. Parai, xxxiii , is.

* Par. XITIII, 27.

* Usech. Ki.iv, I&; \LViti,it.

* Jrr. wv.rtr. Ezich. »KVl, elc.

» IV, Krj. KIIV. 1. II. Par. JIXXVI, 5, 6.

uy GéVOglc

SUR L’HISTOIRE L.MVERSELLE.

qni restent dans le pays , ni ceux qui sont transportés, quoique avertis les uns par Jérémie, et les autres par Ézéchiel , ne font pénitence. Ils préfèrent à ces saints prophètes des prophètes qvi letsr prêchaient des Ulusions ', et les flattaient dans leurs crimes. Le vengeur revient en Judée , et le Joug de Jérusalem est aggravé ; mais elle n'est pas tout à fait détruite. Enfin l’iniquité vient à son comble ; l’orgueil croit avec la faiblesse , et Nobuchodonosor met tout en poudre

Dieu n'épargna pas son sanctuaire. Ce beau temple , l’ornement du monde , qui devait être étemel si les enfants d’Israél eussent persévéré dans la piété ’ , fut consumé par le feu des Assyriens. C'était en vain que les Juifs disaient sans «esse : Le temple de Dieu, te temple de Dieu ; ie temple de Dieu est parmi nous * ; comme si ce temple sacré eût dA les protéger tout seul. Dieu avait résolu de leur faire voir qu’il n’était point attaché A un édifice de pierre , mais qu’il voulait trouver des cœurs fidèles. Ainsi il détruisit le temple de Jérusalem , il en donna le trésor an pillage ; et tant de riches vaisseaux , consacrés par des rrds pieux , furent abandonnés A un roi impie.

Mais lacbutedu peuple de Dieu devait être l’instniction de tout l’univers. Nous voyons en la personne de ce roi impie , et ensemble victorieux , ce que c’est que les conquérants. Us ne sont pour la plupart que des Instrumenta de la vengeance divine. Dieu exerce par eux sa Jnstlce, et puis il l’exerce sur eni-mèmes. Nabuchodonosor revêtu de la puissance divine , et rendu invincible par ce ministère , punit tous les ennemis du peuple de Dieu. Il ravage les Iduméens , les Ammonites et les Moobites ; il renverse les rois de Syrie ; l'Égypte , sons le pouvoir de laquelle la Judée avait tant de fois gémi , est la proie de ce toi superbe , et lui devient tributaire sa puissance n’est pas moins fatale A la Judée même, qui ne sait pas profiter desdélaisquc Dieu lui donne. Tout tombe, tout est abattu par la Justice divine, dont >'abuchodonosor est le ministre : il tombera A son tour ; et Dieu , qui emploie la main de ce prince pour châtier scs enfants et abattre ses etmemis , le réserve A sa main toute-puissante.

Page 1