‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 52 sur 518 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

jDgetnenU de Dieu sur Nebuebodooosor, sur les ruis ses successeurs, et sur tout l'einplrc de Dabrloue.

Il n’a pas laissé I gnorer A ses enfants la destinée de ce roi, qui les châtiait, et de l’empire des Chaldéens , sous lequel ils devaient être captifs. De

' /fT. XIY, 14.

* IV. lUff. XX».

• ni. fteg. U«a. IV. Reg. 7, «.

4 Jer. Yll, 4.

i IV. Rfÿ. XXIY, T.

peur qu’ils ne fussent surpris de la gloire des impies et de leur règne orgueilleux , les prophètes leur en dénoirçaient la courte durée. Isaie, qui a vu lagloire de Nobuebodonosor et son orgueil üiaensé, longtemps avant sa naissance , a prédit sa chute soudaine et celle de son empire ' . Babylone n’était presque rien quand ce prophète a vu sa puissance, et un peu après sa ruine. Ainsi les révolutions des villes et des empires qui tourmentaient le peuple de Dieu , ou profitaient de sa perte , étaient écrites dans ses prophéties. Ces oracles étaient suivis d’une prompte exécution : et les Juifs, si rudement châtiés , virent tomber avant eux , ou avec eux , ou un peu après , selon les prédictions de leurs prophètes , nou-seulement Samarie , Idnmée. Gaza, Ascalon , Damas, les villes des Ammonites et des Moabites , leurs perpétuels ennemis, mats encore les capitales des grands empires, mais Tyr la maîtresse de la mer, mais Tanis, mais Memphis , mais Tlièbes A cent portes avec toutes les richesses de Sésostris, mais Ninlve même le siège des rois d'Assyrie ses persécuteurs , mais la superbe Babylone victorieuse de toutes les autres, et riche de leurs dépouilles.

Il est vrai que Jérusalem périt en même temps pour ses péchés ; mtüsDIeu ne la laissa pas sans espérance. Isaïe , qui avait prédit sa perte , avait vu son glorieux rétablissement , et lui avait même nommé Cyrns son libérateur, deux cents ans avant qu’il fût né *. Jérémie, dont les prédictions avaient été si précises pour marquer A ce peuple ingrat sa perte certaine, lui avait promis son retour après soixante et dix ans de captivité Durant ces années, ce peuple abattu était respecté dans ses prophètes : ces captifs prononçaient aux rois et aux peuples leurs terribles destinées Nobuchodonosor, qui voulait se faire adorer, adore lui-même Daniel étonné des secrets divins qu’il lui découvrait : il apprend de lui sa sentence bientêt suivie de l’exécution Ce prince victorieux triomphait dans Babylone , dont il fit In plus grande ville , la plus forte , et la plus belle que le soleil eût Jamais vue C'était IA que Dieu l’attendait pour foudroyer son orgueil. Heureux et invulnérable, pour ainsi parler, A la tête de ses armées , et durant tout ie cours de ses conquêtes r. Il devait périr dons sa maison , selon l’oracle d’Ezéchiel '. Lorsque , admirant sa grandeur et la beauté de Babylone, il s’élève au-dessus de l’humanité. Dieu le Dappe , lui Ate l’esprit , et le range parmi les

' /«. Xltl, XIV, Xtl, XLT, XI.VI, XLVIl, XLVIII.

•W. XUV.XLV.

^ Jer. XXV, II, IS; xxix, ly.

* Van. U , 46

^ M. IV, I et s«q.

* id. Jbid. M et wq.

* Jerem. xxvn.

* Sxefh. XXI , .H».

DISCOURS

b£tes. Il revient au temps marqué par Daniel ' , et reconnaît le Dieu du ciel qui lui avait fait sentir sa puissance : mais ses successcui's ne profitent pas de son exemple. Les aCraires de Buby lone se brouillent, et le temps man(ué par les prophéties pour le rétablissement de Juda arrive parmi tous ces troubles. Cj rus parait il la tête des Medes et des Perses ’ : tout cede il ce redoutable conquérant. 11 s'avance lentement vers les Clialdéens, et saraarchc est souvent interrompue. Les nouvelles de sa venue viennent de loin àloiii, comme avait prédit Jérémie ’ : enfin ilsc détermine. Babylonc, souvent menacée par les prophètes, et toujours superbe et impénitente, voit arriver son vainqueur qu'elle méprise. Ses richesses , ses hautes murailles , son peuple innombrable, sa prodigieuse enceinte, qui enfermait tout un grand pays , comme l'attestent tous les anciens ^ , et scs provisions infinies Ini enflent le csur. Assiégée durant un long temps sons sentir aucune incommodité, elle se rit de ses ennemis , et des fossés que Cyrus creusait autour d'elle : on n’y parle que de festins et de réjouissances. Sou roi Baltasar, petit-fils de IVabuchodasor, aussi superbe que lui, mais moins habile, fait une fête solennelle à tous les seigneurs Cette Il te est célébrée avec des excès inouïs. Baltasar fait apporter les vaisseaux sacrés enlevés du temple de Jérusalem , et mêle In profanation arec le luxe. La colère de Dieu se déstlare : une main céleste écrit des paroles terribles sur la muraille de la salle ou se faisait le festin : Daniel en biterprète le sens , et ce prophète , qui avait prédit la chute funeste de l'aïeul , fait voir encore au petit-fils la foudre qui va partir pour l’accabler. En exécution du décret de Dieu , Cyixis se fait tout à coup une ouverture dans Babylone. L'Euphrate , détourné dans les fossés qu’il lui préparait depuis si longtemps, lui découvre sou lit Immense : il entre par ce passage imprévu. Ainsi fut livrée en proie aux Milles et aux Perses , elàCyrus, comme avaient dit les prophètes, cette superbe Babylone ‘. Ainsi périt avec elle leroyaumedesChald^ns, qui avait détruit tant d’autres royaumes T\et le marteau gui avaitbrisé tout l'univers, fut brisé lui-méme. Jérémie l’avait prédit Le Seigneur rompit la verge dont il avait frappé tant de nations. Isaïe l'avait prévu Les peuples accoutumés au joug des rois clialdéens , les voient eux-mémes sous le

joug : t ous voilà, dirent-ils ', blessés comme nous; vous êtes devenus semblables à nous ;vous gui disiez dans votre cœur ; J'élèverai mon trône au-dessus des astres, et Je serai semblable au Tris-Haut. C’est ce qu’avait prononcé le même Isaïe. Elle tombe, elle tombe, comme l’avait dit ce prophète ’ , cette grande Babylone , et ses idoles sont brisées. Bel est renversé; et Nabo, son grand dieu , d’ou les rois prenaient leur nom , tombe par terre ’ : car les Perses leurs ennemis , adorateurs du soleil , ne sonffraient point les idoles ni les rois qu’on avait fait dieux. Mais comment périt cette Babylone? comme les prophètes l’avaient déclaré. Ses eaux furent desséchées, comme avait prédit Jérémie * , pour donner passage à son vainqueur : enivrée , endormie, trahie par sa propre Joie , selon le même prophète , elle se trouva au pouvoir de ses ennemis , et prise comme dans un filet sans le savoir On passe tous scs habitants au fil de l’épée : car les Mides scs vainqueurs , comme avait dit Isaïe ® , ne cherchaient ni Tor ni l'argent, mais la vengeance , mais à assouvir leur haine par la perte d'un peuple cruel , que son orgueil faisait l’ennemi de tous les peuples du monde. Les courriers venaient l'un sur f autre annoncer au roi que l'ennemi entrait dans la ville : Jérémie l'avait ainsi marqué ^ Ses astrologues , en qui elle croyait, et qui lui promettaient un empire éternel , ne purent la sauver de son vainqueur. C’est Isaïe et Jérémie qui l’annoncent d’un commun accord '. Dans cet effroyable carnage, les Juifs, avertis de loin, échappèrent seulsau glaivedu victorieux s. Cyrus, devenu par cette conquête le maître de tout i'U- I rient, reconnaît dans ce peuple, tant de fors vaincu , Je ne sais quoi de divin. Ravi des oracles qui avaient prédit ses victoires, il avoue qu’il doit son empire au Dieu du ciel que les Juifs servaient, et signale la première année de son régne par le rétablissement de sou temple et de son peuple .

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