‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 66 sur 518 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

S^itle dos con-upUons parmi tes Juifs : aûmal de leur diicadence, aelou <]uc ifaclurio l'avait prédit.

Kucorc que ces sentiments n'eussent point psssé par décret public en doi^mcde la SynaRogne, ils se coulaient insensiblement parmi le peuple, qui devenait inquiet, turbulent et séditieux. Enfin les divisions , qui dev aient être , selon leurs prophètes ■ , le commencement de leur décadence , éclatèrent ù l'occasion des brouilleries survenues dans la maison des .\smonéens. Il y avait à |)cine soixante ans jusqu'à Jésus-Christ, quand Hircan et Aristobule , enfants d'Alexandre Jannéc, entrèrent en guerre pour le sacerdoce, auquel la royauté était annexée. C'est ici le moment fatal où l'histoire marque la première cause de la ruine des Juifs Pompée , que les deux frères appelèrent pour les régler , les assujettit tous deux, en même temps qu'il déposséda Aiiliochus surnommé l'.Asialiquc , dernier roi de Syrie. Ces trois princes dégradés ensemble, et comme par un seul coup , furent le signal de la décadence martjuée en termes précis par le prophète Zacharie*. Il est certain par l'histoire, qucceehangement des affaires de la Syrie et de la Judée fut fait en même temps par Pompée , lorsqu’aprés avoir achevé la guerre de Mithridatc, prêt à retourner à Rome. , il régla les affaires d'Orient. Le prophète a exprimé ce qu'il faisait à la ruine des Juifs, qui, dedeuxfréres qu'ils avaient vus rois, en virent l'un prisonnier servir au triomphe de Pora- |iée;et rautre;c'est le faible Hircan), à qui le même Pompée ôta avec le diademe une grande partie de son domaine , ne retenir plus qu'un vain titre d'autorité qu'il perdit bientôt. Ce fut alm-s que les Juifs furent faits tributaires des Romains; et la ruine de la Syrie attira la leur, parce que ce grand royaume, réduit en province dans leur voisinage, y augmenta tellementla puissance des Romains,

* TrtcS. II. fl, 7, S. de.

> Jouph. Anllq. llb. Ilv, Clip, s, al. I; lib. vv. cap. vni, al. 0. l)i* Bcllo Juil. Iil>. I.cap. iv, v. Ti. .-topian. Bel!, Oyr. Milhcià. cl (JvlUih. T.

I ZacA. Il, H. VuTcrclalcsim, chap. i, piaifl cl mlr.

qu'il n'y avait plus de salut qu'a leur obéir. I,cs gouverneurs de Syrie firent de continuelles entreprises sur la Judée : les Romains s'y rendirent maiires absolus, et en affuiblirent le gouvernement en beaucoup de choses. Par eux enfin le royaume de Juda passadesmainsdes .tsmonéens , à qui il s'étuit soumis , en celles d'Hcnide , étraugeret Idumécu. La politique cruelle et ambitieuse de ce roi , qui ne professait qu'en apparence la religion judaïque , changea les maximes du gouvernement ancien. Ce ne sont plus ces Juifs maîtres de leur sort sous le vaste empire des Pei'ses et des premiers Séleucides, où ils n'avaient qu'à vivre eu paix. Hérode, qui les tient de prés asservis sous sa puissance, brouiHe toutes choses; confond ù son gré la succession des pontifes ; affaiblit le pontificat, qu'il rend arbitraire; énerve l'autorité du conseil de la nation , qui ne peut plus rien : toute la puissance publique passe entre les mains d'IIérode et des Romains dont il est l'esclave , et il ébranle les fondements de la république judaïque,

Les pharisiens, et le peuple qui n'écoutait que leurs senlimciits , souffraient eet état avec impatience. Plus ils se sentaient pressés du joug des Gentils, plus ils conçurent pour eux de dédain et de haine. Ils ne voulurent pins de Messie qui ne fût guerrier, et redoutable aux puissances qui les captivaient. Ainsi, oubliant tant de prophéties qui leur parlaient si expressément de ses humiliations, iis n'eurent plus d'yeux ni d'oreilles que pour celles qui leur annoncent des triomphes , quoique bien différents de ceux qu'ils voulaient.

Page 1