CHAPITRE XIX
Jé5US'Cliri&t cL sa doctrine.
Dans ce déclin de la religion et des affaires des Juifs , à la fin du règne d'Héroiie , et dans le temps que les pliarisiens introiluisaient tant d'abus, Jésus-Christ est envoyé sur la terre pour rétablir le royaume dans la maison de David , d'une manière plus haute que les Juifs charnels ncl'entcndaiont , et pour prêcher la doctrine que Dieu avait risolu de faire annoncer A tout l'univers. Cet admirable enfant , npiwlé par Isaie le Dieu fort , le Père du siècle futur, et l'.Auteur do In paix ', n,a!t d'une vierge à Bethléem, et il y vient reconnaître l'origine de sa race. Conçu du saint-Esprif , saint par sa naissance , seul digne de réparer le vice de la nôtre, il reçoit le nom de Sauveur*, parce qu'il devait nous sauver de nos péchés. Aussitôt après sa nnlssimee , une nouvelle étoile , figure de la lumière cpi'il devait donner aux Gentils, sc fait voir en Orient, et amène au Sauveur
• h. II. 0.
» J/til/A. 1, 21.
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SUR I.llISTOlUK UNIVRRSKLLE.
cnnjre cnfiint les prrmicps de la gentilité convertie. l’n ptni après, ce Seigneur tant désiré vient à son saint temple, où Siinéon le regarde, nouaculcment comme la tjhire d'israrl, mais encore comme la lumière dc.i nations infidèles Quand le temps de prêcher son Évangile approcha , saint Jcnn-Iiaptistc, qui lui devait préparer les voies, appela tous les pécheurs à la pénitence, et fit retentir de ses cris tout le désert où il avait vécu dès ses premières années avec autmit d’austérité que d'innocence. Le peuple , qui depuis cinq cents ans n’avait point vu de prophètes, reconnut ce nouvel Elle , tout prêt ù le prendre pour le Sauveur , tant sa sainteté parut admirable : mais lui-mème 11 montrait au iwuple celui dont il était indiyne de délier les souliers Enfin , Jésus-Qirist commence à prêcher son Évangile , et à révéler les secrets qu’il voyait de toute éternité au sein de son Père. Il pose les fondements de son Église par la vocation de douze pécheurs ’ , et met saint Pierre à la tête de tout le troupeau , avec une prérogative si manifeste, que les évangélistes, qui dans le dénombrement qu'ils font des apôtres ne gardent aucun ordre certain, s'accordent à nommer saint Pierre devant tous les autres, comme le premier Jésus-Christ parcourt toute la Judée , qu'il remplit de ses bienfaits ; sccourable aux malades , miséricordieux envers les pécheurs dont II se montre le vrai médecin par l'accès qu’il leur donne auprès de lui , faisant ressentir aux hommes une autorité et une douceur qui n’avait jamais paru qu’eu sa personne, li annonce de hauts mystères ; mais il les confirme par de grands miracles : il commande de grandes vertus ; mais ildonnccn même temps de grandes lumières, de grands exemples, et de grandes grJees. C’est pur là aussi qu'il parait « plein de gréce et de « vérité, et nous recevons tout de sa plénitude » Tout se soutient en sa personne ; sa vie , sa doctrine, ses miracles. La même vérité y reluit partout : tout concourt à y faire voir le maiire du genre humain et le modelé de la iicrfeetion.
Lui seul vivant nu milieu des hommes, et à la vue de tout le monde, a pu dire sans craindre d’être démenti Qui de vous me reprendra de
• péché ‘?» Et encore:» Je suis la Imnière du
• monde; ma nourriture est de faire la volonté de « mon Père ; celui qui m'a envoyé est avec moi ,
• et ne me laisse pas seul, parce que je fais lou-
• jours ce qui lui plaît »
' Lue. Il , as.
• Joen. 1 , 7.
• Matlh.x,2. Mare, m, ifl. Luc. TI, II.
• Act.x, 13. Miitth. xn, 18.
• Joan. I, U, 15, le.
• /rf. VH.4Ô.
» Ibid, 13. 39; ▼, 31
Ses mimcles sont d'un ordre jKiiticulier, el d’im corAetére uouveau. O ne sont point des signes dans le cidy tels que les Juifs les demandaient * : il les fuit prescfue tous sur les hommes im'mcs, et |>our guérir leurs inlîrmités. Tous ce* miracles Uennent plus de la bonté que de la puissance , et ne surprenneul pas tant les sjMîctalcups , <ju*ils les touclieut dans le fond du canir. 11 les fait avec empire : les démons et lc»s maladies lui obéissent: à sa parole, les aveugles-nés reçoivent la vue , les morts sortent du tombeau , et les péchés sont remis. Le principe en est eu lui-méme ; ils coulent de source: « Je sens, dit-il*, quune •• vertu est sortie de moi. ■ Aussi personne n‘en avait-il fait ni de si grands, ni en si gnind nombre ; et toutefois il promet que ses di.sdplcs feront en son nom encore de plus grandes choses^ : tant est féconde et inépuisable la vertu qu'il porte en iui-méme.
Q\ii n admirerait la condescendance avec laquelle il tempère la hauteur de sa doctrine? C’est du lait pour les enfants , et tout ensemble du pain pour les forts. On le voit plein des secrets deDieu; mais on voit qu’il n’en est jkis étonné, comme li*s autres mortels à qui Dieu sc communique : il en parle naturellement , comme étant né dans ce secret et dans celte gloire ; et ce qu^il a sans 7/iesure. il le répamî avec mesure, afin que notre faiblesse le puisse porter.
Quoiqu'il soit envoyé pour tout le monde, U ne s’adresse d'aixird qu’aux brebis perdues de la mai.sou d'israél , auxquelles il était aussi principalement envoyé : mais U prépare la voie à la conversion des Samaritains et des Gentils. L uc femme .samaritaine le rcconimit pour le Christ, que su nation attendait aussi bien que celle des Juif» , et apprend de lui le mystère du culte nouveau qui ne serait plus attaché a un certain lieu l ue femme chananéenne et idolâtre lui arrache, pour ainsi dire , quoique rebuti^ , la guérison du SKI tille®. 11 reconnaît en divers endroits les enfants d' Abraiiam dans U*s Gentils ’ , et parle de sa dod fine comme devant être préclu'^î , contredite et reçue par toute la terre. 1a* monde n'uvail jamais rien vu de semblable, et ses apôtres en sont étonnés. 11 ne cache point aux siens les tristes épreuves par lesquelles ils devaient passer. Il leur fait voir les violences et la séduction employées cont re eux, les per-séeuUans,lc.s fausses doetriue.s, les faux frères , lu guerre au dedans et au dehors^
» Matlh. xvr, T.
» Lue. VI , 19; TItl, 46.
' Jitan. XIV, 13.
• Id. m , 34.
5 Id. IT, 2t,35.
‘ .Vt/M/i. XV. 22, rtc.
’ Id. »m, 10, U.
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DISCOURS
la foi épurée par toutes ces épreuves j à la fln des temps, raflaibllssemeut de cette foi et le refroidissement de la charité parmi ses disciples ’ ; au milieu de tant de périls , son Église et la vérité tottJours invincibles
Voici donc une nouvelle conduite, et un nouvel ordre de choses : on ne parle plus aux enfants de Dieu de récompenses temporelles, Jésus^ïirist leur montre une vie future ; et les tenant suspendus dans cette attente , il leur apprend à se détacher de toutes les choses sensibles. La croix et la patience deviennent leur partage sur la terre, et le ciel leur est proposé comme devant être emporté de force L Jésus-Christ , qui montre aux hommes cette nouvelle voie , y entre le premier : il prêche des vérités pures qui étourdissent les hommes grossiers , et néanmoins superbes ; il découvre l'orgueil caché et l'hypocrisie des pharisiens et des docteurs de la loi qui la corrompaient par leurs interprétations. Au milieu de ces reproches, il honore leur ministère , et la chaire de Moïse où ils sont assis Il fréquente le temple , dont il fait respecter la sainteté, et renvoie aux prêtres les lépreux qu'il a guéris. Par là il apprend aux hommes comment ils doivent reprendre et réprimer ies abus , sans préjudice du ministère étabil de Dieu , et montre que le corps de la Synagogue subsistait malgré la corruption des particuiiers. Mais elle penchait visiblement à sa ruine. Les pontifes et les pharisiens animaient contre Jésus- Christ le peuple Juif, dont la religion se tournait en superstition. Ce peuple ne peut souffrir le Sauveur du monde , qui l'appelle à des pratiques sondes mais dlfflciies. I,e plus saint et le meilleur de tous les hommes , la sainteté et la bonté même, devient te pins envié et le plus haï. Il ne se rebute pas , et ne cesse de faire du bien à ses citoyens ; mais il voit leur ingratitude : il en prédit le châtiment avec larmes , et dénonce à Jérusalem sa chute proclioine. Il prédit aussi que les Juifs , ennemis de la vérité qu'il leur annonçait , .seraient livrés à l'erreur, et deviendraient le jouet des faux prophètes. Cependant la Jalousie des pharisiens et des prêtres le mène à un supplice infâme ; ses disciples l'abandonnent ; un d'eux le trahit ; le premier et le plus zélé de tous le renie trois fois. Accusé devant le conseil , il honore Jusqu'à la fin le ministère des prêtres, et répond en termes précis au pontife qui l'interrogeait Juridiquement. Hais le moment était arrivé, où la Synagogue devait être réprouvée. Le pontife et'tout le conseil condamne Jésus-Christ, parce qu'il se disait le
' lue. xTiii, n.
» Matth. XXIV, H.
* td. XVI, 1$.
* M.ll, 11.
* id. XIIU, t.
Christ Fils de Dieu. Il est livré à Ponce Pilate, président romain : son innocence est reconnue par son Juge, que la politique et l'intérêt font agir contre sa conscience : le Juste est condamné à mort : le plus grand de tous les crimes donne lieu à la plus parfaite obéissance qui fut Jamais : Jésus , maître de sa vie et de toutes choses , s'abandonne volontairement à ia fureur des méchants , etoffrelesacrillce qui devait être l'expiation du genre humain. A la croix , il regarde dans les prophéties ce qui lui restait à faire : il l'achève , et dit enfin : Tout est consommé'. K ce mot , tout change dans le monde : la loi cesse , ses ligures passent , ses sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Cela fait , Jésus-Christ expire avec un grand cri : toute la nature s'émeut ; le centurion qui le gardait , étonné d'une telle mort , s'écrie qu'il est vraiment le Fils de Dieu ; et les spectateurs s'en retournent frappant leur poitrine. Au troisième Jour il ressuscite; il parait aux siens qui l'avaient abandonné , et qui s'obstinaient à ne pas croire sa résurrection. Ils le volent, ils lui parlent , ils le touchent , Ils sont convaincus. Pour confirmer la foi de sa résurrection , il se montre à diverses fois et- en diverses circonstances. Ses disciples le voient en particulier, et le voient aussi tous ensemble : Il parait une fois à plus de cinq cents hommes assemblés ’. Un apêtre , qui l'a écrit , assure que la plupart d'eux vivaient encore dans le temps qu'il l'écrivait. Jésus-Christ ressuscité donne à ses apôtres tout le temps qu'ils veulent pour le bien considérer ; et après s'être mis entre leurs mains en toutes les manières qu'ils le souhaitent , en sorte qu'il ne puisse plus leur rester le moindre doute , Il leur ordonne de porter témoignage de ce qu'ils ont vu , de cc qu'ils ont ouï , et de ce qu'ils ont touché. Afin qu'on ne puisse douter de leur bonne foi , non plus que de leur persuasion , il les oblige à sceller leur témoignage de leur sang. Ainsi leur prédication est inébranlable; le fondement en est un fait positif, attesté unanimement par ceux qui l'obt vu. Leur sincérité est Justifiée par la plus forte épreuve qu'on puisse imaginer, qui est celle des tourments, et de la mort même. Telles sont les instructions que reçurent les apôtres. Sur ce fondement , douze pêcheurs entreprennent de convertir le monde entier, qu'ils voyaient si opposé aux lois qu’ils avaient à leur prescrire , et aux vérités qu'ils avaient a leur annoncer. Us ont ordre de commencer par Jérusalem ’ , et de là de se répandre par toute la terre pour > instruire toutes • les nations , et les baptiser au nom du Père, du
' Joam. XIX, 30.
* I. ioT. XT, «.
* Lmc. XXIV, 47- Act. 1,1.
SUR L’HISTOIRE UNIVERSELLE
« Fils, et du Saiut-Esprit > Jésus-Christ leur promet d’étre « avec eux tous les Jours Jusqu'à la • consommation des siècles , > et assure par cette parole la perpétuelle durée du ministère ecclésiastique. Cela dit, il monte aux cieuxen leur présence.
Les promesses vont être accomplies : les prophéties vont avoir leur dernier éclaircissement. Les Gentils sont appelés à la connaissance de Dieu par les ordres de Jésus-Christ ressuscité ; une nouvelle cérémonie est instituée pour la régénération du nouveau peuple ; et les fldèles apprennent que ie vrai Dieu , le Dieu d’Israël , ce Dieu un et indivisible auquel ils sont consacrés par le baptême , est tout ensemble Père , Fils , et Saint-Esprit.
Là donc nous sont proposées tes profondeurs incomprébensibles de l'étre divin; la grandeur incfTable de son unité , et les richesses inflnics de cette nature, plus féconde encore au dedans qu’au dehors, capable de sc communiquer sans division à trois persounes égales.
Là sont expliqués les mystères qui étaient enveloppés , et comme scellés dans les anciennes Écritures. Nous entendons le secret de cette parole ; • Faisons l'homme à notre image ‘ > et la Trinité, marquée dans la création de l’homme, est expressément déclarée dans sa régénération. Nous apprenons ce 'que c’est que cette Sagesse conçue, selon Salomon devant tous les temps dans le sein de Dieu; Sagesse qui fait toutes ses délices, et par qui sont ordonnés tous ses ouvrages. Nous savons qui est celui que David a vu engendré devant l’aurore * ; et le Nouveau Testament nous enseigne que c’est le Verbe, la parole intérieure de Dieu, et sa pensée étemelle, qui est toujours dans son sein , et par qui toutes choses ont été faites.
Par là noua répondons à la mystérieuse question qui est proposée dons les Proverbes ‘ ■ Di- « tes-moi le nom de Dieu, et le nom de son Fils , « si vous le savez.» Car nous savons que ce nom de Dieu , si mystérieux et si caché, est ie nom de Père , entendu en ce sens profond qui le fait concevoir dans l’éternité père d’un lils égal à lui, et queicnomde son Fils est le nom de Verbe ; Verbe qu'il engendre éternellemeut en se contemplant lui-même, qui est l’expression parfaite de sa vérité, son image, son Fils unique, Véclat de sa clarté, et Vempreinte de sa substance *,
Avec le Père et le Fils nous connaissons aussi
• MaM. XXVIII, l>,M.
> c«it. I , se.
• /Vov. VIII , sa.
• Pê.a%,s.
• fVOV. XIV, I.
• «fSr. 1,3.
le Saint-Esprit, l’amour de l’un et de l'autre, et leur étemelle union. C’est cet Esprit qui fait les prophètes, et qui est en eux pour leur découvrir les conseils de Dieu et les secrets de l’avenir; Esprit dont il est écrit ■ : • Le Seigneur m’a en- • voyé , et son Esprit ,» qui est distingué du Seigneur, et qui est aussi le Seigneur même, puisqu’il envoie les prophètes , et qu’il leur découvre les choses fütures. Cet Esprit qui parle aux prophètes , et qui parle par les prophètes , est uni au Père et au Fils, et intervient avec eux dans la consécration du nouvel homme.
Ainsi le père, le Fils, et le Saint-Esprit , un seul Dieu en trois personnes , montré plus obscurément à nos pères, est clairement révélé dans |a nouvelle alliance. Instmits d’un si haut mystère, et étonnés de sa profondeur Incompréhensible, nous couvrons notre face devant Dieu avec les séraphins que vit Isaïe’, et nous adorons avec eux celui qui est trois foié saint.
C’était au Fils unique gui était dans le sein du Père ’ , et qui sans en sortir venait à nous ; c’était à lui à nous découvrir pleinement ces admirables secrets de la nature divine , que Moïse et les prophètes n’avaient qu’effleurés.
C’était à lui à nous faire entendre d’où vient que le Messie, promis comme un homme qui devait sauver les autres hommes, était en même temps montré comme Dieu en nombre singulier, et absolument à la manière dont le Créateur noua est désigné ; et c’est aussi ce qu'il a fait , en nous enseignant que, quoique (Ils d’ Abraham, il était devant gu' Abrahamfét fait *;qa’il est descendu du ciel, et toutefois qu’if est au ciel^\ qu’il est Dieu , Fils de Dieu, et tout ensemble homme, flls de l’homme ; le vrai Emmanuel , Dieu avec nous ; en un mot , le Verbe fait chair, unissant en sa personne la nature humaine avec la divine , ofln de réconcilier toutes choses en lui-même.
Ainsi nous sont révélés les deux principaux mystères, celui de la Trinité, et celui de l’Incarnation. Mais celui qui nous les a révélés, nous en fait trouver l’image en nouamêmes, olIn qu’ils nous soient toi^ours présents , et que nous reconnaissions la dignité de notre nature.
Eneffet , si nous Imposons silence à nos sens, et que nous nous renfermions pour un peu de temps au fond do notre àme , c’ est-Mirc , dans cette partie où la vérité se fait entendre , nous y verrons quoique image de la Trinité que nous adorons. La pensée, que nous sentons naître conune le germa de notre esprit , comme le flls de notre inteUi-
' /j. XLVIII, IS.