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à sacrifier aux morts. On allait même jusqu’à cet excès, de leur sacrifier des hommes vivants ; on tuait leurs esclaves , et même leurs femmes , pour les aller servir dans l'autre monde. Les Gaulois le praticpiaient avec beaucoup d’autres peuples ' ; et les Indiens , marqués par les auteurs païens parmi les premiers défenseurs de l’immortalité de l'âme , ont aussi été les premiers à introduire sur la terre, sous prétexte de religion, ces meurtres abominables. I-es mêmes Indiens se tuaient eux-mêmes pour avancer la félicité de la vie fïiture; et ce déplorable aveuglement dure encore aujourd’hui parmi ces peuples : tant il est dangereux d'enseigner la vérité <lans un autre ordre que celui que Dieu a suivi , et d'expliquer clairement à l’homme tout ce qu’il est , avant qu’il ait connu Dieu parfaitement.
C'était faute de connaître Dieu que la plupart des philosophes n’ont pu croire l'âme immortelle sans la croire une portion de la Divinité, une dl- yr vinité elle-même, un être éternel, incréé aussi ■ bien qu’incorruptible, et qui n'avait non plus de commencement (pic. de fin. Que dirai-je do ceux qui croyaient la transmigration des âmes ; qui les faisaient rouler des cieux à la terre , et puis de la terre aux cieux ; des aninuiux dans les hommes, et des hommes dans les animaux ; de la félicité à la misère , et de la misère à la félicité, sans que ces révolutions eussent jamais ni de terme ni d'ordre certain? Combien était obscurcie la justice, la providence , la bonté divine parmi tant d’erreurs ! et qu'il était nécessaire do connaître Dieu , et les réglés de sa sagesse , avant que de connaître l'âme et sa nature immortelle I
C'(;st pourquoi la loi de Moïse ne donnait à l'homme qu'une première notion de la nature de l'âme et de sa félicité. Nous avons v u l'âme au commencement faite par la puissance de Dieu aussi bien que les autres créatures ; mais avec ce caractère particulier, qu elle était fuite à son image et par son souflle, allu qu elle entendit à (pii elle tient par son fond, et qu elle ne se crût jamais de même nature (pie les corps, ni formée de leur concours. Mais les suites de cette doctrine, et les merveilles de la vie future, ne furent pas aloi-s universellement déïclop|)ées; et c’était au jour du Messie que cette grande lumière devait paraitre à découvert.
Dieu en avait répandu quelques étineelles dans les anciennes Ecritures. Salomon avait dit que • comme le corps retourne à la terre d'ou il est " sorti , l’esprit retourne à Dieu (pii l'a donné »
Les patriarches et les prophètes ont vécu dans cette espérance; et Daniel avait prédit qu’il vien-
- r,cf. (te Bell. Cati lib. vi, cap. Win.
* fc(7«. XII , 7.
DISCOURS
droit un temps ' où ceux qui dorment dans la
• poussière s'éveilleraient, les uns pour la vie
• éternelle, et les autres pour une éternelle con-
• fusion, afin de voir toujours *. • Mais, en même temps que ces choses lui sont révélées, il lui est ordonné de « sceller le livre, et de le tenir fermé
• Jus((u'au tcmi>s ordonné de Dieu * ; » afin de nous faire entendre que la pleine dt'couvcrte de ces vérités était d'une autre saison et d'un autre siècle.
Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques promesses des félicités éternelles , et que , vers les temps du Messie, où elles devaient être déclarées , ils en parlassent beaucoup davantage, comme il parait par les livres de la Sagesse et des Machabées ; toutefois cette vérité faisait si peu un dogme formel et universel de l’ancien peuple , que les Sadducéens , sans la reconnaître, non-seulement étaient admis dans la Synagogue , mais encore élevés au sacerdoce. Cest un des caractères du peuple nouveau , de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future ; et ce devait être le fruit de la venue du Messie.
Cest pourquoi , non content de nous avoir dit qu'une vie éternellement bienheureuse était réservée aux enfants de Dieu , il nous a dit en quoi clic consistait. La vie bienheureuse est d'ètre avec lui dans la gloire de Dieu son Père : la vie bienheureuse est de voir la gloire qu'il a dons le sein ' du Père dès l'origine du monde : la vie bienheu- ^ reuse est que J ésns^lhrist soit en nous comme dans I ses membres, et que l’amour éternel que le Père ^ a pour son Fils s'étendant sur nous , il nous com- ! ble des mêmes dons : la vie bieidieureuse, en un | mot , est de connaître le seul vrai Dieu , et Jésus- j Christ qu'il a envoyé ’ ; mais le connaître de cette manière qui s'appelle la claire vue , la vue face à face * et à découvert , la vue qui réforme en nous et y achève l'image de Dieu , selon ce que dit saint Jean^, » que nous lui serons semblables, parce
• que nous le verrons tel qu’il est. ■
Cette vue sera suivie d’un amour immense, d'une Joie inexplicable et d'un triomphe sans fin. Un Alléluia étemel , et on Amen étemel , dont on entend retentir la céleste Jérusalem^, font voir toutes les misères bannies , et tous les désirs satisfaits ; il n'y a plus qu’à louer la bonté divine.
Avec de si nouvelles récompenses. Il fallait que Jésus-Oirist proposât aussi de nouvelles
■ Dan. xfi, s, 3.
> nid. 4.
* Jean. xvo.
4 I, Car. xm, 9. 13
■ I. Jean, iri, 3.
* .ifec. TU, 13; xrx, 1 , 3,3, 1, s. e.
idées de vertu , des pratiques plus parfaites et plus épurées. La lin de la religion , l’éme des vertus et l'abrégé de la loi , c'est la charité. Mais, jusqu’à JésusAihrist , on peut dire que la perfection et les effets de cette vertu u'étôicnt pas entièrement connus. C'est Jésus-Christ proprement qui nous apprend à nous contenter de Dieu seul. Pour établir le règne de la charité , et nous en découvrir tous les devoirs , il nous propose l'amour de Dieu, jusqu’à nous haïr nous-mêmes, et persécuter sans relâche le principe de coemption que nous avons tous dans le cœur. Il nous propose l'amour du prochain , jusqu'à étendre sur tous les hommes cette inclination bienfaisante, sans en excepter nos persécuteurs : il nous propose la modération des désirs sensuels. Jusqu'à retrancher tout à fait nos propres membres, c'està-dire , eequi tient le plus Tivement et le plus intimement à notre cœur : il nous proiiosc la soumission aux ordres de Dieu , jusqu’à nous réjouir des souffrances qu'il nous envoie : il nous propose l'humilité, jusqu’à aimer les opprobres pour la gloire de Dieu , et à croire que nulle injure ne nous peut mettre si bas devant les hommes, que nous ne soyons encore plus bas devant Dieu par nos péchés. Sur ce fondement de la charité , il perfectionne tous les états de la vie humaine. C'est par là que le mariage est réduit à sa forme primitive : l'amour conjugal n’est plus partagé : une si sainte société n'a plus de fin que celle de la vie; et les enfants ne voient plus chasser leur mère pour mettre à sa place une marâtre. Le célibat est montré comme une imitation de la vie des anges , uniquement occupée de Dieu et des chastes délices de son amour. Les supérieurs apprennent qu'ils sont serviteurs des autres, et dévoués à leur bien ; les inférieurs reconnaissent l'ordre de Dieu dans les paissances légitimes , lors même qu’elles ahusentde leur autorité : cette pensée adoucit les peines de la sujétion , et sous des maîtres fâcheux l'obéissance n'est ping fâcheuse au vrai chrétien.
A ces préceptes il joint des conseils de perfection éminente : renoncer à tout plaisir; vivre dans le corps comme si on était sans corps ; quitter tout, donner tout aux pauvres , pour no posséder que Dieu seul ; vivre de peu , et presque de rien , et attendre ce peu de la providence divine.
Mais la loi la plus propre à l’Évangile, est celle de porter sa croix. La croix est la vraie épreuve de la foi , le vrai fondement de l'espérance, le parfait épurement de la charité, en un mot, le chemin du ciel. Jésus-Christ est mort à la croix , il a porté sa croix toute sa vie ; c'est à la croix qu’il veut qu'on le suive , et il met la vie
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sua L’HISTOIRE UMVERSELLE.