‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 70 sur 518 · JI · texte numérisé non relu

JI

itemrlle à ec prix. Le prcmierà qui il promet en i particulier le repos du siècle futur, est un com- ! pajtnon de sa croix : Tu seras, lui dit-il au- ■ gnurd'hui avec moi en paradis. • Aussitôt qu'il fut à la croix , le voile qui couvrait le sanctuaire fut décliiré de haut en bas , et le ciel fut ouvert aux âmes saiiitcs. C’est au sortir de la croix , et desliorreursde son supplice, qu'il parut â ses apôtres, glorieux et vainqueur de la mort ; afin qu’ils comprissent que c'est par la croix qu’il devait entrer dans sa gloire , et qu’il ne montrait point d’autre voie â scs enfants.

Ainsi fut donnée nu monde, en la personne de Jésus-Christ , l'image d'une vertu accomplie , qui n'a rien et n’attend rien sur la terre; que les hommes ne récompensent que par de continuelles persécutions ; quine cesse deleur faire du bien, et â qui ses propres bienfaits attirent le deniier supplice. Jésus-Christ meurt sans trouver ni reconnaissance dans ceux qu’il oblige, ni fidélité dans ses amis , ni équité dans ses juges ; son innocence quoique reconnue , ne le sauve pas ; son Père même , en qui seul il avait mis sou espérance , retire toutes les marques de sa protection : le juste est livré à scs ennemis, et il meurt abandonné de Dieu et des hommes.

Mais il fallait faire voir â l’homme de bien , que , dans les plus grandes extrémités , il n’a besoin d'aucune consolation humaine, ni même d’aucune marque sensible du secours divin : qu’il aime seulement , et qu’il se confle , assuré que Dieu pense à lui sans lui en donner aucune mar que, et qu’une félicité étemelle lui est réservée.

Le plus sage des phllosphes, en cherchant l’idée de la vertu , a trouvé que comme de tous les méchants celui-là serait le plus mécliant qui saurait si bien couvrir sa malice, qu’il passât pour homme de bien , et jouit par ce moyen de tout le crédit que peut donner la vertu : ainsi le plus vertueux devait être sons difficulté celui a qui sa vertu attire par sa perfection la jalousie de tous les hommes , en sorte qu’il n’ait pour lui que sa conscience , et qu’il se voie exposé à toute sorte d’injures, jusqu’à être mis sur la croix, sans que sa vertu lui puisse donner ce faible secours de l'exempter d'un tel supplice '. Ne semble-t-il pas que Dieu n’ait mis cette merveilleuse idée de vertu dans l’esprit d’un philosophe , que pour la rendre effective en la personne de son Fils , et faire voir que le juste a une nuire gloire , un autre repos, enfin un autre bonheur que celui qu’on peut avoir sur la terre?

Etablir cette vérité, et la montrer accomplie

' Awr. x\m, 43.

Socr. apud Pial, de Hep. lib. it.

si visiblement en soi-intmo aux dépens nu sa propre v ie , c’élait le plus grand ouvrage que pût faire un liomnie : et Dieu l’a trouvé si grand , qu’il l’a léservé à ce Messie tant promis, à cet homme qu’il a fait la même personne avec son Fils unique.

En effet, que pouvait-on réserver de plus grand à un Dieu venant sur In terre? et qu’y pouvaitil faire de plus digne do lui , que d’y montrer In vertu dans toute sa pureté , et le Imnheur éternel où la conduisent les maux les plus extrêmes?

Mais si nous venons à considérer ce qu’il y a de plus haut et de plus intime dans le mystère de In croix , quel esprit humain le pourra comprendre ? Là nous sont montrées des vertus que le seul homme-Dieu |wuvait pratiquer. Quel autre pouvait comme lui se mettre à In place de toutes les victimes anciennes, les alMÜr en leur substituant une victime d’une dignité et d’un mérite infini, et faire que désormais il n’y eÿt plus que lui seul à offrir à Dieu? Tel est l’acte de religion que Jésus-Christ exerce à la croix. Le Père éternel pouvait-il trouver , ou (>armi les anges , ou parmi les hommes , une obéissance égale à celle que lui rend son Fils bien-aimé , lorsque rien ne lui pouvant arracher la vie, il la donna volontairement pour lui complaire? Que dirai-jo de la parfaite union de tous scs désirs avec la divine volonté , et de l’amour par lequel il se tient uni à Dieu qui était en lui, se réconciliant le monde '? Dans cette union incompréhensible, il embrasse tout le genre humain ; il pacifie le ciel et la terre ; Il se plonge avec une ardeur immense dans ce déluge de sang où U devait être baptisé avec tous les siens, et fait sortir de ses plaies /e feu de l’amour divin qui devait embraser toute la terre *. Mois voici ce qui passe toute intelligence ; la justice pratiquée par ce Dieu-homme qui so laisse condamner par le monde, afin que le monde demeure éternellement condanmé par l'énorme iniquité de ce jugement. • Maintenant le monde « est jugé, et le prince deee monde va être chassé, • comme le prononce Jésus-Christ lui-même L'enfer , qui avait subjugué le monde , le va perdre ; en attaquant l'innocent, il sera contraint de lâcher les coupables qu’il tenait captifs : la malheureuse obligation par laquelle nous étions livrés aux anges rebelles, est anéantie ; Jésus- Christ t’a attachée à sa croix pour y être effacée de son sang : l’enfer dépouillé gémit : la croix est un lieu de triomplie à notre Sauveur , et les puissances ennemies suivent en tremblant le

' n. Cor. T, I».

* 111 , 40, bO.

I i JoiîH. XII , 31.

I 4 tolou. Il, 13» 14, ib.

DISCOURS

chnr du vaiiMjiieur. Mais un plus grand triom- | phe paraît à nos yeux : la Justice divine est ellera^mc vaincue ; le iH^cheur^qul lui était dû comme sa victime, est arraché de scs mains. Il a trouvé une caution capable de payer pour lui un prix infini. Jésus-Christ s’unit cleriiellemcnt les élus pour qui U se donne : ils sont ses membres et son corps : le Père étemel ne les peut plus regarder qu'en leur chef : ainsi il étend sur eux l'mnour infini qu'ilapourson Fils. C'est son Filslui-mémc qui le lui demande : il ne veut pas être séparé des hommes qu'il a rachetés : « O mon Père , je veux ,

• dit-il qu’ils soient avec moi : *> ils seront remplis de mon esprit; ils jouiront de inn gloire; ils partageront avec moi jusqu a mon trône *.

Après un si grand bienfait, il n’y a plus que des cris de joie (jui puissent exprimer nos recounaissawes. « O merveille , s’écrie un grand phi- « losophe et un grand mart) r * I ô échange in- « compréliensible, et surprenant artifice de la « sagesse divine! x Un seul est frappé, et tous 8<H)t délivrés. Dieu frapiæ son Fils iimoceul, pour i'ainuur des liomnies coupidjles, et pardonne aux hommes coupables pour l’amour de son Fils innoceut. « Le juste paye ce <[u'il ne doit pas, et « acquitte les pécheurs de ce qu'ils doivent; car n qu’est-ce qui pouvait mieux couvrir nos péchés « que sa justice? Comment pouvait être mieux

• expiée la rébellion des serviteurs, que par l'on béissauce du fils? L'iniquité do plusieurs est n c^icbéedons un seul juste, et la justice d’un seul « fuit que plusieurs sont justifiés, x A quoi donc ne devons-nous pas prétendre? << Celui qui nous a « alrnésétant pécheurs, jusqu'à donner sa vie pour

• nous, que nousrefusera-t-il après qu'il nous a ré- « conciliés et justifiés par son stmg ^ » Tout est à nous par Jésus-(^hrist, la grâce, la sainteté, la vie , la gloire , la béatiuide : le royaume du Fils de Dieu est notre héritage; il n’y a rien au-dessus de nous , pourvu seulement que nous ne nous ravilissions pas nous-mêmes.

Pendant que Jésus-Christ comble nos désirs et surpasse nos espérances , il consomme l’ccuvre de Dieu commencée sous les patriarches et dans ta loi de Moïse.

Alors Dieu voulait se faire connaître jwr des expériences sensibles : il se montrait magnifique en promesses temporelles, bon en comblant scs enfants des biens qui fiatterd les sens , puissant en les délivrant des mains de leurs ennemis, fidèle en les amenant dans la terre promise à leurs pères, juste par les réconq>cnses et les châtiments

• Jf»m.

* .4iMtc. m.îj.

^ ./twa». Kpixt. Ail Il» S), p.T^. 3M, ctl.

^ V, «, 7, R, 9, lu.

I qu’il leur envoyait manifestement selon leurs œuvres.

Toutes ces merveilles prépuraient les voies aux vérités que Jésus-Clirist venait enseigner. Si Dieu est bon jusqu'à nous donner ce que demandent nos sens , combien plutôt nous donnera-t-ll ce que demande notre esprit fait à son image I S’il est si tendre et si bienfaisant envers ses enfants, renfermera-t-il son amour et ses libéralités dans CC peu d’années qui composent notre vie? >c donnera-t-il à ceux qu’il aime, qu'une ombre de félicité , et qu’une terre fertile en grains et en huile? N’y aura-t-il point un pays ou il répande avec abondance les biens véritables?

Il y en aura un sans doute, et Jésus-Christ nous le vient montrer. Car enfin le Tout-Puissant n’aurait fait que des ouvrages peu dignes de lui , si toute sa magnificence ne se terminait qu’à des grandeurs exposées à nos sens infirmes. Tout ce qui n'est pas éternel ne répond ni à la majesté d’un Dieu éternel , ni aux espérances de 1 ’homme à qui il a fait connaître sou éternité ; et cette immuable fidélité qu’il garde à ses serviteurs, n’aura jamais un objet qui lui soit proportionné , jusqu’à ce qu'elle s’étende à quelque chose d’immortel et de permanent.

Il fallait donc qu’à la fin Jésus-Christ nous ouvrit les deux, pour y découvrir à notre fol cette cité permanente où nous devons être i*ecueillis après cette vie Il nous fait voir que si Dieu prend pour son titre éternel , le nom de Dieu d’Abraham , d'Isaac et de Jacob , c'est à cause que ces saints hommes sont toujours vivants devant lui. Dieu n^est pas le Dieu des morts * : il n’est pas digne de lui de ne faire, comme les hommes, qu'accompagner ses amis jusqu'au tombeau , sans leur laisser au delà aucune ('S)>érnncc ; et ce lui serait une honU^ de se dire avec tant de force le Dieu d' Abraham , s’il n’avait fondé dans le ciel une cité étemelle où Abraham et scs enfants pussent vivre heureux.

C’est ainsi que les vérités de la vie future nous sont développées par Jésus-Christ. Il nous les montre , même dans la loi. La vraie terre promise, c’est le royaume céleste. C’est après cette bienheureuse patrie que soupiraient .4brnham, Isnac cl Jacob ^ : la Palestine ne méritait pas de terminer tous leurs vœux, ni d'être le seul objet d'une si longue attente de nos pèirs.

L'Kg>'ptc d’où il faut sortir, le dé.sert où il faut passer, la Babylonc dont il faut rompn^ les pris<>ns pour outrer ou pour retourner à notre patrie, c'est le monde avec ses plaisirs et scs vanités : c'est

• //fftr. XI. fl. 0. 10, 13. U, 15, Ifl. j ’ Va/l/». XXII, /.ur. xx,3«.

* //ifrr. XI, U, Ib, 16.

DiyiiiiCtîu uy

SUR L'HISTOIUK

là que nous sommes vraiment captifs et errants , séduits i>ar ic péché et ses convoitises ; ii nous faut scTOUcr ce jou", pour trouver dans Jérnsaicm et dans la cité de notre Dieu la lilwrté véritable, et un sjinctuairc non (ait do main d'homme ' , ou la gloire du Dieu d'isracl nous apparaisse.

Par cette doctrine de Jésus-Clirist, le secret de Dieu nous est découvert ; la loi est toute spirituelle, ses promesses nous introduisent à celies de l'Kvangile, et y servent de fondement. Une même lumière nous parait partout ; elle se lève sous les patriarches ; sous Moisc et sous les prophètes elle s'aeeroit ; Jésus-Christ, plus grand que les patriarches, plus autorisé que .tloïse, plus éclairé que tnus les propliètcs, nous la montre dans sa plénitude.

A ce Clirist , à cet homme-Dieu , à eet homme qui tient sur la terre, comme parle saint .Augustin, la plaee de la vérité, et la fait voir jwiaiounellement résidente au milieude nous; à lui, dis-je, était réserve de nous montrer toute vérité , c'est à-dire, celle des mystères, celle des vertus, et celle des récompenses que Dieu a destinées à ceux qu'il aime.

C'était de telles grandeurs que les Juifs devaient chercher en leur .Messie. Il n'y a rien du si grand que de porter en soi-méme , et de découvrir aux honnnes, la vérité tout entière, (jul les nourrit, qui les dirige, et qui épure leure yeux jusqu'à les rendre capables de voir Dieu.

Dans le temps que la vérité devait être montrée aux hommes avec cette plénitude, ii était aussi ordonné qu'elle serait annoncée par toute la terre , et dans tous les temps. Dieu n'a donné à Moïse (lu'un seul peuple , et un temps déterminé : tous les siècles, et tous les jaïupics du monde sont donnes à Jésus-Clirist ; il a scs dus partout, et son Église, répandue dans tout l'univere, ne cessera jamais de les enfanter. • Allez,

■> dit-il ’, enseignez toutes les nations, les bap- « lisant au nom du Père , et du Fils , et du Saint-

• Esprit , et leur apprenant a garder tout ce que

• je vous ni commandé ; et voilà je suis avec vous

• tous les jours jusqu’à la fin des siieles.

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