‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 71 sur 518 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

I.a (lesreule iln 5>.iiii|.|:spril ; réLibliwment de l'ÉsIisc :

1rs jagraieals de Dieu sur les Juifs et sur les Geulils.

Pour répandre dans tous les lieux et dans tous les siècles de si liantes véritt-s , et [lour y mettre en vigueur, nu milieu de In corruption, des pratiques si épurées, il fallait une vertu plus qu'humaine. C'est pourquoi Jésus-Christ promet d'envoyer le Saiut-E.sprit pour fortifier ses apiV-

‘ tt. Cor. T, I.

» ,V.l«A XXVIII, I». 3ü.

U.NIVEUSEI.LE. ÎIU

très, et animer étcrnclleraent le corps de l’Église.

Cette force du Saint-lÀsprit , pour se déclarer davantage, devait paraître dans l’infirmité. Jt voue enverrai, dit Jésus-Christ à scs apôtres ' , cegue mon Père a promis, c'est-à-dire, le Saint- Esprit : en attendant, fcnci-noizs en repos dans Jérusalem i n’entreprenez rien jusqu'à ee que vous soijes revêtus de ta force d'en haut.

Pour se conformer à cet ordre ils demeurent enfermés quarante jours ; le Saint-Esprit descend nu temps arrêté ; les langues de feu tombées sur les disciplesdeJésus-Clirist marquent l’efficace de leur parole ; la prédication commence ; les niiôtres rendent témoignage à Jésus-Christ ; ils sont prêts à tout souffrir pour soutenir qu’ils l'ont vu ressuscité. f-es miracles suivent leurs [Kiroles; en deux prédications de saint Pierre huit mille Juifs se converlissent, et pleurant leur erreur ils sont lavés dans le sang qu'ils avaient versé.

Ainsi l’Église est fondée dans Jérusalem, et parmi les Juifs, malgré l'incrédulité du gros de la nation. Les disciples de Jésus-Christ font voir au monde une cliarité , une force , et une douceur qu'aucune société n'avait jamais eue. lai persécution s’eleve; la foi s’augmente; les enfants de Dieu apprennent de plus en plus à ne désirer que le ciel; les Juifs, par leur malice obstinée, attirent lu vengeance de Dieu, et avancent les maux extrêmes dont ils étaient menacés; leur état et Icursaffuiresempircnt. Pendant queDieu continue à en sé)>arer un grand nombre qu'il range parmi scs élus, saint Pierre est envoyé pour baptiser Corneille,centurion romain. Il apprend premièrement par une céleste vision, et après par ei|iérience, que les Gentils sont appelés à la connaissance de Dieu. Jésus-Christ, qui les voulait convertir, parle d'en haut a saint Paul, qui en devait être le docteur; et, |iar un mirnele inouï jusqu'alors, en un instant, de persécuteur il le fait non-seulement défenseur, mais encore zélé prédicateur de la foi : il lui découvre le secret profond de la vocation des Gentils par la réprobation des Juifs ingrats , qui se rendent de plus en plus indignes de l'Évangile. Saint Paul teud les mains aux Gentils : il traite avec une force merveilleuse ces importantes questions ■ : « Si le Christ devait souf- ■ frir, et s'il était le premier qui devait annoncer • la vérité au peuple et aux Gentils, après être •1 ressuscité des morts ; • il prouve l'affirmative par .Moïse et par les prophètes, et appelle les idolàtre.s à la connaissance de Dieu , nu nom de Jésus-Christ ressuscité. lisse convertissent eu foule ; saint Paul fait voir que leur vacation est un effet

‘ i.uc. XXIV, 49.

> ,/rt. XXVI, 2a.

Diyûizeu uy vjcju^Ic

DISCOURS

de In grâce, qui ne distingue plus ni Juifs ni Gen- 1 Uls. La fureur et la jalousie transportent les Juifs, iis font des complots terribles contre saint Paul ; outrés principalement de ee qu' il prêche les Gentils , et les amène nu vrai Dieu : Us le Uvrent enlln aux Romains , comme ils leur avoieut livré Jésus- Christ. Tout l'empire s'émeut contre l'Église naissante ; et Néron , persécuteur de tout le genre humain , fut le premier persécuteur des fldèles. Ce t} ran fait mourir saint Pierre et saint Paul. Borne e.st consacrée par leur sang ; et le martyre de saint Pierre, prince des npOtres, établit dans la capitale de l'empire le siège principal de la religion. Cependant le temps approchait oü la vengeance divine devait éclater sur les Juifs impénitents ; le désordre se met parmi eux , un faux zèle les aveugle, et les rend odieux à tous les hommes : leurs faux prophètes les onebantent par les promesses d'un règne imaginaire. Séduits par leurs tromperies , Ils ne peuvent plus souffrir aucun empire légitime, et ne donnent aucunes bornes à leurs attentats. Dieu les livre au sens réprouvé. Us se révoltent contre les Romains qui les accablent; Tite même, qui les ruine, reconnaît qu'il ne fait que prêter sa main à Dieu irrité contre eux '. Adrien achève de les exterminer. Ils périssent avec toutes les marques de la vengeance divine : chassés de leur terre , et esclaves partout l’univers, ils n'ont plus ni temple, ni autel, ni sacrifice , ni pays ; et on ne voit en Judft aucune forme de peuple.

Dieu cependant avait pourvu à l'éternité de son culte : les Gentils ouvrent les yeux , et s'unissent en esprit aux Juifs convertis. Ils entrent parce moyen dons la race d’ Abraham; et devenus scs enfants par la foi , ils héritent des promesses qui lui avaient été faites. Un nouveau peuple se forme ; et le nouveau sacrifice, tant célébré par les prophètes , commence à s'offrir par toute la terre.

Ainsi fut ticrompli de point en point l'ancien oracle de Jacob : Juda est multiplié dès le commencement plus que tous ses frères ; et ayant toujours conservé une certaine prééminence , il reçoit enfin la royauté conune héréditaire. Dans la suite, le peuple de Dieu est réduit à sa seule race; et renfermé dans sa tribu, il prend son nom. En Juda se continue ce grand peuple promis à Abraham , â Isaac et à Jacob ; en lui se perpétuent les autres promesses, le culte de Dieu, le temple , les sacrifices , la possession de la terre promise, qui ne s'appelle plus que la Judée, blalgrc leurs divers états, les Juifs demeurent toigours en corps de peuple réglé et de royaume ,

' Vil. Apoll. Tyan. Ub. vi, cap. xiii. Jottph de

Bello Jud. üb. VII , cap. xvi , al. Ub. vi , cap. viii.

usant de ses lois. On y voit naître toujours ou des rois, oudes magistrats et des juges, Jusqu’ice que le Messie vienne : il vient , et le royaume de Juda peu à peu tombe en ruine. Il est détruit tout à fait, et le peuple juif est chassé sans espérance de la terre de ses pères. Le Messie devient l'attente des nations, et il règne sur un nouveau peuple.

Mois , pour garder la succession et la continuité, il fallait que ce nouveau peuple fût enté , pour ainsi dire, sur le premier, et, comme dit saint Paul ', « l'olivier sauvage sur le franc olia vier , alin de participer à sa bonne sève. > Aussi cst-il arrivé que l'Église, établie premièrement parmi les Juifs, a reçu enfin les Gentils, pour foire avec eux un même arbre , un même corps , un même peuple , et les rendre participants de scs grâces et de ses promesses.

Ce qui arrive après cela aux Juifs incrédulos , sous Vespasien et sous Tite, ne regarde plus In suite du peuple de Dieu. Cest un châtiment des rebelles , qui , par leur infidélité envers la semence promise à Abraham et à David , ne sont plus Juifs , ni fils d' Abraham que selon la ehair, et renoncent à la promesse par laquelle les nations devaient être bénies.

Ainsi cette dernière et épouvantable désolation des Juifs n'est plus une transmigration , comme celle de Babylone ; ce n'est pas une suspension du gouvernement et de l'état du peuple de Dieu , ni du service solennel de la religion : le nouveau peuple , déjà formé et continué avoc l’ancien en Jésus-Christ , n'est pas transporté ; il s'étend et se dilate sans interruption depuis Jérusalem , où il devait naître , jusqu'aux extrémités de la terre.

Les Gentils agrégés aux Juifs deviennent dorénavant les vrais Juifs , le vrai royaume de Juda opposé à cet Israël schismatique et retranché du peuple de Dieu , le vrai royaume de David , par l'obéissance qu’ils rendent aux lois et à l'Évangila de Jésus-Christ fils de David.

Après rétablissement de ce nouveau royaume , il ne faut pas s'étonner si tout périt dans la Judée.

Le second temple ne servait plus de rien depuis que le Messie y eut accompli ce qui était nnarquâ , par les prophéties. Ce temple avait eu la gloire qui lui était promise , quand le Désiré des nations y était venu. La Jérusalem visible avait fait co qui lui restait à foire , puisque l’Église y avait pris sa naissance , et que de là elle étendait tous les Jours ses branches par toute la terre. La Judée n’est plus rien à Dieu ni à la religion, non plua que les Juifs ; et il est juste qu'en punition d« leur endurcissement, leurs ruines soient dispersées par toute la terre.

* avM. XI, 17.

■U uy (jOOg[c

St’R LinSTOlRE UNIVERSELLE.

C'est ce qui leur devait arriver au temps du Messie , selon Jnmb , selon Daniel selon Zacharie , et selon tous leurs prophètes ' : mais comme Us doivent revenir un jour è ce Messie qu’ils ont méconnu , et que le Dieu d'Ahraliam n'a pas encore épuisé ses miséricordes sur la race , quoique infldèle , de ce patriarche , ii a trouvé un moyen , dont il n'y a dans ic monde que ce seul exemple , de conserver les Juifs, hors de leur pays et dans leur ruine , plus longtemps même que les peuples qui les ont vaincus. On ne voit pius aucun reste ni des anciens .■issyriens , ni des anciens Mèdes , ni des anciens Perses , ni des anciens Grecs , ni même des anciens Romains. La trace s’en est perdue , et iis sont confondus avec d'autres peuples. Les Juifs, qui ont été la proie de ces anciennes nations si célèbres dans les histoires , leur ont iurvécu ; et Dieu en ies conservant nous tient en attente de ce qu’ii veut faire encore des malheureux restes d’un peuple autrefois si favorisé. Cependant leur endurcissement sert au salut des Gentils , et leur donne cet avantage de trouver en des mains non suspectes ies Écritures qui ont prédit Jésus-Ci>rLst et ses mystères. Nous voyons entre autres choses , dans ces Écritures et l’aveuglement et les malheurs des Juifs qui les conservent si soigneusement. Ainsi , nous profitons de ieur disgréce : leur infidélité fait un des fondements de notre foi; iis nous apprennent à craindre Dieu , et nous sont un spectacle étemel des jugements qu’il exerce sur ses enfants ingrats , afin que nous apprenions fi ne nous point gloriflar des gréees faites à nos pères.

Un mystère si merveilleux, et si utile à l’instruction du genre humain, mérite bien d’étre considéré. Mais nous n’avons pas besoin des discours humains pour l’entendre ; le Saint-Esprit a pris soin de nous l’expliquer par la bouche de saint-Paul , et je vous prie d’écouter ce que cet apôtre en a écrit aux Romains

Après avoir parlé du petit nombre de Juifs qui avait reçu l’Évangile, et de l’aveuglement des autres , il entre dans une profonde considération de ce que doit devenir un peuple honoré de tant de grâces, et nous découvre tout ensemble le profit que nous tirons de ieur chute , et ies fruits que produira un jour leur conversion. • Les Juifs " sont-ils donc tombés , dit-il * , pour ne se rele- « ver jamais? à Dieu ne plaise. Mais leur ehute

• a donné occasion au salut des Gentils, afin que

• le salut des Gentils leur causât une émulation »

‘ Otft. in, t. B. h. Ul, SO, »l. Zach. ii, IJ, 18, 17. Rom. Xl.ll, ric.

' /*. Tl , Ul , un , L«T. Oon. U. Ilattit. Tiu. JoOK. Ul. Ad. XT^iii. Aom. XI.

^ ftqm. XI, I, 2, rtc.

4 IbiH. 1 1, rtc.

qui les fit rentrer en eux-mèmes. > Que si leur . chute a été la richesse des Gentils ■ qui se sont convertis en si grand nombre , • quelle grâce ne « verrons-nous pas reluire quand ils retourneront

• avec plénitude ! St leur réprobation a été la ré-

• conciliation du monde , leur rappel ne sera-t-

■ il pas une résurrection de mort à vie î Que si « les prémices tirées de ce peuple sont saintes, « la masse l’est aussi ; si la racine est sainte , les > rameaux le sont aussi ; et si quelques-unes des

• branches ont été retranchées, et que toi , Gentil,

■ qui n’étais qu’un olivier sauvage, tu aies été « enté parmi les branches qui sont demeurées sur « l’olivier franc , en sorte que tu participes au « suc découlé de sa racine , garde-toi de t’élever

• contre les branches naturelles. Que si tu t’élè-

• ves , songe que ce n’est pas toi qui portes la ra- « chie , mais que c’est la racine qui te porte. Tu

• diras peut-être : l.cs branches naturelles ont « été coupées , afin que je fusse enté en leur pl ace.

• Il est vrai, l’incrédulité a causé ce retrauche- " ment, et c’est ta foi qui te soutient. Prends

• donc garde de ne t’enfler pas , mais demeure

• dans la crainte : car si Dieu n’a pas épargné les

• branches naturelles , tu dois craindre qu’il ne « t’épargne encore moins. •

Qui ne tremblerait en écoutant ces paroles de l’apôtre? Pouvons-nous n'être pas épouvantés de la vengeance qui éciate depuis tant de siècles si terriblement sur ies Juifs , puisque saint Paul nous avehit de la part de Dieu que notre, ingratitude nous peut attirer un semblable traitement? Mais écoutons la suite de ce grand mystère. L’Apôtre continue à parler aux Gentils convertis.

• Considérez , leur dit-il ', la clémence et lasévé-

• rité de Dieu ; sa sévérité envers ceux qui sont « déchus de sa grâce , et sa clémence envers vous :

• si toutefois vous demeurez fermes eu l’état où « sa bonté vous a rais , autrement vous serez re- « tranchés comme eux. Que s’ils cessent d’être « incrédules , ils seront entés de nouveau , par-

• ce que Dieu ( qui les a retrancliés] est assez puis-

• sant pour les faire encore reprendre. Car si vous . avez été détachés de l’olivier sauvage où la

• natupe vous avait fait naître , pour être entés « dans l’olivier franc contre l’ordre naturel , com- « bien plus facilement les branches naturelles do « l’olivier même seront-elles entéessur leur propre . tronc I . Ici l’Apôtre s’élève au-dessus de tout ce qu’il vient de dire ; et entrant dons les profondeurs des conseils de Dieu , il poursuit ainsi son discours *: • Je ne veux pas, mes frères, « que vous ignoriez ce mystère , afin que vous

• appreniez à ne présumer pas de vous-mêmes.

’ Rom. xi,3irt scq<|.

* Ibid. 25, rtspqq.

DISCOURS

• CVst quuno partie des Juifs est tomix^: dons « l’nveuplement , afin que la multitude di*s Gcn-

• tils eiitr.1t cepcMidant dans rÉ^îlise» et qu’ainsi « tout Israël fût sauvé, selon cpi'il est écrit ' : II

• sortira de Sion un iilKTatcur qui bannira Hm- « piété de Jacob, et voici rnlliancc (pie je fend « avec eux lorsque j’aurai effacé leurs jîécbés.

Ce passade d’Isaie, que saint Paul cite ici selon les Septante, comme il avait accoutumé, à cause cpie leur version était connue par toute In terre, est encore plus fort dans l’original, et pris dans toute sa suite- Car le prophète y prédit avant toutes choses la conversion d(*8 Gentils par ces paroles : « Ceux d’Occident craindnmt le « nom du Seipieur, et ceux d’Orienl ven-ont sa ■ gloire. • Knsuite , sous la figure d'un yfcuir rapide povsué par «n vent impétueux y Isaïe voit de loin les persécutions qui feront croître l'Église. Knfin de Saint-Esprit lui apprend ce que deviendront !e.s Juifs , et lui déclare que « le Sau- « veur viendra h Sion, et s'approchera de ceux «I de Jacob qui alors se convertiront de leurs pé- « chés; et voici, dit le Seigneur, l’alliance cjuc

• je ferai avec eux Mon esprit qui est en toi , ô

• prophète , et les paroles que j'ai mises en la bou*

• chedemeurcront éternellement non-seulement « dans ta bouche, mats eneore dans la bouche « de tes enfants, et des enfants de tes enfants,

• maintenant et à jamais , dit le Seigneur *. ■

Il nous fait donc voir clairement qq’nprés la conversion des Gentils, le Sauveur (jue Sion avait méconnu, et que les enfants de Jacob avalent rejeté, se tournera vers eux , effacera leurs pioches , et leur rendra l’intelligence des prophéties qu'ils auront perdue durant un long temps; pour passer successivement et de main en main dans toute la postérité, et n’élre plus oubliée jusqu’à la fin du monde , et autant de temps qu'il plaira à Dieu le faire durer apres ce merveilleux événement.

Ainsi les Juifs reviendront un jour, et ils reviendront pour ne s’égarer jamais; mais ils ne reviendront qu'apriîs que l'Orient et l’Occident, c’est-à-dire, tout l'univers, auront été remplis de la crainte et de la (connaissance de Dieu.

Ix* Saint-Esprit fait voir à saint Paul, que ce bienheureux retour des Juifs sera l'effet de l'amour (jue Dieu a en pour leurs pères. C'est pourquoi il achève ainsi son raisonnement. Quant à f Évangile, dit-H que nous vous prêchons maintenant, les Juifs sont ennemis pour tamour de voujt : si Dieu les a réprouvés , c’a été, 6 Gentils , pour vons appeler : maisçttanf à té-

» It. 1,11 y 20.

• Id. U1 ,

* Rom. 11. 2», Ote.

iee ion par laquelle ils étalent choisis dès le temps de rallinm*e juK^e avec Ahrahan , •< ils Inl

• demeurent toujours chers, à cause de leurs « pères; car les (Ions et la vocation de Dieu sont B sans re(wnl'u>ce. Et comme vous ne crojiei « point autrefois, et que vous avez maintenant « obtenu miséricorde à cause de l'incrc^lulité d(*s B Juifs, ■ Dieu ayant \oulu vous choisir pour les remplacer ; « ainsi les Juifs n'ont point cra

• que Dieu vous ait voulu faire miséricorde afin

• qu'un jour Ils la reçoi\enl : car Dieu a tout « renfermé dans l'incrédulité, pour faire misérl* « corde à tous, •• et afin que tous (connussent le besoin qu’ils ont de sa grâce. • 0 profondeur des « trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! « (pie ses jugements sont incompréhensibles , et

• que scs voies sont impénétrables ! Car qui a

• connu les desseins de Dieu, ou qui est entré

• dans ses conseils ? Qui lui a donné le premier,

• pour en tirer récompense, puisque c’est do « lui, et par lui, et en lui, que sont toutes cho-

• ses? la gloire lui en soit rendue durant tous les

• siècles. «

Voilà ce ({UC dit saint Paul sur l'élection des Juifs, sur leur chute, sur leur retour, et enfin sur la conversion des Gentils, qui sont appelés pour tenir leur place , et pour les ramener à la fi n des siècles à In bénédielion promise à leurs pères, c’est-à-dirc, on Christ qu’ils ont renié. Ce grand apôtre nous fait voir la grâce qui passe de peuple en peuple , pour tenir tous les peuples dans la crainte de la perdre ; et nous en montre la force invincible, en ce (pi'après avoir <?onvertl les idolâtres, elle sc réserve pourdernicr ouvrage de convaincre l'endurcissement et la perfidie judaïque.

Par cc profond conseil de Dieu les Juifs subsistent encore au milieu des nations , ou ils sont dispersés et captifs : mais Ils subsistent avec le caractère de leur réprobation , déx-'hus visiblement par leur infidélité des promesses faiU*s à leurs pères, bannis de la terre pi*omise, n'ayant même aucune terre à cultiver, c.sclaves partout où ils sont, sans honneur, sans liberté, sans aucune figure de peuple.

Ils sont tombées en cct état trente-huit ans après qu'ils ont eu crucifié Jésus-Christ , et après avoir employé à persécuter ses disciples le temps qui leur avait été laissé pour se recoimaltrc. Mais pendant que l'ancien peuple est réprouvé pour son infidélité, le nouveau peuple s'augmente tous les jouis parmi les Gentils : rniiianco faite autrefois avec Abraham s’étend , selon la promes.se, à tous les peuples du monde qui a>aient oublié Dieu : l'Eglise cliréticnne appelle à lui tous les hommes; et tranquille durant pln-

SÜK LJIISTOIRE UNIVERSELLE.

sieurs siècles, parmi des persécutions inouïes, elle leur montre à ne point attendre leur félicité sur la terre.

C’était lu , Monseigneur, le plus digne fruit de la connaissance de Dieu, et l’effet de celte grande lumédiction que le monde devait attendre par Jésus-Christ. Elle allait se ré'pandant tous les Jours de famille en famille , et de peuple en peuple : les hommes ouvraient les yeux de plus en plus pour eonnaitre l’aveuglement où ndolàtrie les avait plongés ; et malgré toute la puissance romaine , on voyait les chrétiens , sans révolte, sans faire aucun trouble , et seulement en souffrant toutes sortes d’inhumanités, changer la face du monde, et s’étendre par tout l’univoi's.

Lji promptitude Inouïe avec laquelle se fit ce grand changement, est un miracle visible. Ji^us- Christ avait préxiit que son Évangile serait bientôt préché par toute la terre : cette merveille devait arriver incontinent après sa mort ; et il avait dit , q\x'après qu'on l'aurait élevé de terre, c’est-à-dire, qu’on l’aurait attaché à la croix, il attire rail à lui toute chose Ses apôtres n’avaient pas encore achevé leur course, et saint Paul disait déjà aux Romains , que leur foi était annoncée dans tout le monde *. 11 disait aux Colossicns, « que l’Évangile était ouï de toute « créature qui était sous le ciel; qu’il était pré- « ché, qu’il fructifiait, qu’il croissait par tout • l’utiivers « Une tradition constante nous apprend que saint Thomas le porta aux Indes ^ , et les autres en d’autres pays éloignés. Mais on n’a pas besoin des histoires pour confirmer cette vérité : l’effet parle ; et on voit assez avec combien de raison saint Paul appli(pie aux apôtres ce passage du Psalmiste ^ « : l.cur voix s’est fait « entendre par toute la terre , et leur parole a n été iwrtée jusqu’aux extrémités du monde. « Sous leurs disciples, il n’y avait presque plus de pays si reculé et si inconnu où l’Évangile n’eût pé'uétré. Cent ans après Jésus-Christ , saint Justin comptait déjà parmi les fidèles beaucoup de nations sauvages, et jusqu’à ces peuples vagabonds qui erraient de çà et de là sur des chariots snns avoirde demeure fixe Ce n’était point une vainc exagération ; c’était un fait constant et notoire, qu’il avançait en présence des empereurs, et à la face de tout l’univers. Saint Irénée vient un peu après, et on voit croître le dénombrement qui se faisait des Églises. Leur concorde était ad-

. » Joatt. viu, 2«; XU, 32.

’ Rom. 1 , 8.

3 Col.l, 5, «, 23.

* Gng. Naz. Oral, xxv, nanc xxxiu , n° Il , t. i, p. 611.

S Rt. xvm, 6. Rom. X, 18.

• Jusl. Apol. Il, uunc 1, n” &3, p. 74, 76; et Dial, cum ro'ph. Il* *17 , p. 211.

mimlilc : ce qu’on croyait dans les Gaules , dans les Espagnes, dans la Germanie, on le croyait dans l’Égypte et dans l’Orient; et « comme il n’y « avait qu’un même soleil dans tout l’univers ,

<1 on voyait dans toute l’Église , depuis une extré- « mité du monde à l’autre , la même lumière de « la vérité '. »

Si peu qu’on avance , en est étonné des progrès qu’on voit. Au milieu du troisième siècle, Tertulllen et Origène font voir dans l’Église des peuples entiers qu’un peu devant on n’y mettait pas ’. Ceux cpi’Origène exceptait , cpii étaient les plus éloignés du monde connu , y sont rais un peu après par Arnobe Que pouvait avoir vu le monde pour se rendre si promptement à Jésus- Christ? S’il a vu des miracles. Dieu s’est mêlé visiblement dans cet ouvrage : et s’il sc pouvait faire qu’il n’en eût pas vu , ne serait-ce pas un nouveau miracle, plus grand et plus incroyable que ceux {[u’on ne veut pas croire , d'avoir converti le monde sans miracle, d’avoir fait entrer tant d’ignorants dans des mystères si hauts, d’avoir iaspiré à tant de savants une humble soumission , et d'avoir per.s'uadé tant de choses incroyables à des incrédules^!

Mais le miracle des miracles, si je puis parler de la sorte, c’est qu’avec la foi des mystères, les vertus les plus éminentes et les praticpies les plus pénibles se sont répandues par toute la terre. Les disciples de Jésus-Christ l’ont suivi dans les voies les plus difficiles. Souffrir tout pour la vérité , a été parmi scs enfants un exercice ordinaire ; et pour imiter leur Sauveur, ils ont couru aux tourments avec plus d’ardeur que les autres n’ont fait aux délices. On ne peut compter les exemples ni des riches qui se sont appauvris pour aider les pauvres , ni des pauvres qui ont préféré la pauvreté aux richesses , ni des vierges qui ont imité sur la terre la vie des anges, ni des pasteurs charitables qui se sont faits tout à tous , toujours prêts à donner à leur troupeau non-seulement leurs veilles et leurs travaux, mais encore leurs propres vies. Que. dirai-je de la pénitence et de la mortification? Les juges n’cxcrcent pas plus sévèrement la justice sur les criminels, que les pécheurs pénitents l’ont exercée sur eux-mémes. Bien plus, les innocents ont puni en eux avec une rigueur incroyable cette pente prodigieuse que nous avons au péché. La vie de saint Jean-BaptLste, qui parut si surprenante aux Juifs , est devenue commune parmi les fidè-

' Irfn. adv. Hær. 11b. i , cap. u , m , nunc 10 , p. 4» rt «xiq.

> TertuU. adv. Jud. c.ap. vu. Apolo". cap. xxxvii. Orig. Tr. xxvui In Mallb. t. ni, p. «58 ed. Beiud. Nom. it in Ëzech. U)id. p. 370.

* yfrtwh. adv. GenlM, 11b. n.

• Àug. de Civil. Del , llb. xxi , cap. vn; llb. xxn. cap. T, t. vil , col. 626, 658 Cl icqq.

DlSCOUhS

les ; les déserts out été peuplés du scs imitateurs ; et il y a eu tant de solitaires, que des solitaires plus parfaits ont été coutraints de chercher des solitudes plus profondes , tant on a fui le monde , tant la vie eoutcmplalive n été goûtée.

Tels étaient les fruits précieux que devait produire l’Évangile. L'Église n’est pas moins riclie en exemples qu’en préceptes , et sa doctrine a )>aru sainte, en produisant une infinité de saints. Dieu, qui sait que les plus fortes vertus naissent parmi les souffrances, l’a fondée par le marty re, et l’a tenue durant trois cents ans dans cet état, sans qu’elle eût un seul moment pour se reposer. Après qu’il eut fait voir, par une si longue expérience, qu’il n’avait pas besoin du secours humain ni des puissances de la terre pour établir son Église, il y appela enfin les empereurs, et fit du grand Constantin un protecteur déclaré du christianisme. Depuis ce temps , les rois ont accouru de toutes parts à l'Église; et tout ce qui était écrit dans les prophéties , touchant sa gloire future , s’est accompli aux yeux de toute la terre.

Que si elle a été invincible contre les efforts du dehors , elle ne l’est pas moins contre les divisions intestines. Ces hérésies , tant prédites [lar Jésus-Qirist et par ses apôtres , sont arrivées ; et la fol , persécutée par les empereurs , souffrait en même temps des hérétiques une persécution plus dangereuse. "Mais cette persécution n’a Jamais été plus violente que dans le temps où l’on vit cesser celle des païens. L’enfer fit alors ses plus grands efforts pour détruire par elle-même cette Église que les attaques de ses ennemis déclarés avaient affermie. .\ peine commençait -elle à respirer par la paix que lui donna Constantin , et voilà qu’Arius, ce malheureux prêtre, lui suscite de plus grands troubles qu’elle n’en avait Jamais soufferts. Con.stance, fils de Con.stantin, séduit par les ariens dont il autorise le dogme , tourmente les catholiques par toute la terre; nouveau persécuteur du christianisme , et d’autant plus redoutable , que sous le nom de Jésus- Christ Il fait la guerre à Jésus-Christ même. Pour comble de malheurs, l’Kglise ainsi divisée tombe entre les mains de Julien l’Apostat, qui met tout en œuvre pour détruire le christianisme, et n’en trouve point de meilleur moyen que de fomenter les factions dont il était derhiré. Après lui vient un Valons, autant attaché aux ariens que Constance, mats plus violent. D’autres empereurs protègent d’autres hérésies avec une pareille fureur. L’Église apprend , par tant d’expv-riences , qu’elle n’a pas moins à souffrir, sous les empereurs cliréüens, qu’elle avait souffert sous les empereurs Infidèles ; et qu’elle doit verser du sang pour défendre , non-seulement tout le corps de sa

doctrine, mais encore chaque article particulier. En effet , il n’y eu a aucun qu’elle n’alt vu attaqué par ses enfants. Mille sectes et mille hérésies sorties de son sein se sont élevées contre elle. Mais si elle les a vues s’élever, selon les prédictions de Jésus-Christ, elle a les vues tomber toutes , selon ses promesses , quoique souvent soutenues par les empereurs et par les rois. Ses véritables enfants ont été , comme dit saint Paul , reconnus par cette épreuve ; la vérité n’a fait que se fortifier quand elle a été contestée , et l’Église est demeurée inébranlable.

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