CHAPITRE XXI
Réflexions particulières sur le châtiment des JuiCi , et sur
les iirèdicliuos de Jésus-Christ qui l'avaienl nisrquét
Pendant que j’ai travaillé à vous faire voir sans interruption la suite des conseils de Dieu , dans la perpétuité de son peuple , J’ai passé rapidement sur beaucoup de faits , qui méritent des réflexions profondes. Qu’il me soit permis d’y revenir, pour ne vous laisser (los perdre de si grandes choses.
Et premièrement , Monseigneur, Je vous prie de considérer avec une attention plus particulière la chute des Juib , dont toutes les circonstances rendent témoignage à l'Évangile. Ces circonstances nous sont expliquées par des auteurs infldèces , par des Juifs , et par des jiaiens , qui , sans entendre la suite des conseils de Dieu , nous ont raconté les faits importants par lesquels il lui a plu de la déclarer. '
Nous avons Josèphe, auteur Juif, historien très-fidèle , et très-instruit des affaires de sa nation , dont aussi il a illustré les antiquités par un ouvrage admirable. Il a écrit la dernière guerre , où elle n péri , après avoir été présent à tout , et y avoir lui-même servi son pays avec un commandement considérable.
Les Juifs nous fournissent encore d’autres auteurs très-anciens , dont vous verrez les témoignages. Ils ont d’anciens commentaires sur Ica livres de l'Écriture, et entre autres les Paraphrases chaldalques qu’ils impriment avec leurs Bibles. Ils ont leur livre qu'ils nomment Talmud , c'est-à-dire , Doctrine , qu’ils ne respectent pas moins que l’Écriture cUc-mêmc. C’est un ramas des traités et des sentences du leurs anciens maîtres ; et encore que les parties dont ce grand ouvrage est composé ne soient pas toutes de la même antiquité , les derniers auteurs qui y sont cités ont vécu dans les premiers siècles de l’Église. Là, parmi une infinité de fables impertinentes , qu’on voit commencer pour la plupart après les temps de Notre-Seigneur , on trouve de beaux restes des anciennes tradi-
sim L’HFSTOIRE UMVERSELIE.
lions du peuple juif, et des preuves pour le convaincre.
Et (l’abord il est certain , de l'aveu des Juifs, que la vengeance divine ne s'est jamais plus ter- ; riblement ni plus manifestement déclarée , qu'elle . lit dans leur dernière désolation.
Cest une tradition constante, attestée dans leur Talmud , et confirmée par tous leurs rabbins, que , quarante ans avant la ruine de Jérusalem, ce qui revient à peu près nu temps de la mort de Jésus-Christ , on ne cessait de voir dans le temple des choses étranges. Tous les jours il y paraissait de nouveaux prttdiges , de sorte qu’un fameux rabbin s'écria un jour : > O temple! ô
• Temple I qu’est-ce qui t’émeut , et pouniuoi te
■ fais-tu peur à loi-méme ■? •
Qu'y a-t-il de plus marqué que ce bruit affreux qui fut oui par les prêtres dans le sanctuaire , le jour de la Penteeête , et cette voix manifeste qui sortit du fond de ce lieu sacré ;
• Sortons d'ici , sortons d'ici ! > Les saints anges protecteurs du peuple déclarèrent hautement qu'ils l'abandonnaient , i>arce que Dieu , qui y avait établi sa demeure durant tant de siècles , l'avait réprouvé.
Josèphe et T.acite même ont raconté ce prodige*. 11 ne fut aperçu que des prêtres. Mais voici un autre prodige cpii ablaté aux yeux de tout le peuple; et jamais aucun autre peuple n’avait rien vu de semblable : ^ Quatre ans devant la guerre « déclarée, un paysan, dit Josèphe’, se mit à
• crier : Une voix est sortie du côté de l'orient ,
• une voix est sortie du côté de l’occident , une « voix est sortie du côté des quatre vents : voix
• contre Jérusalem et contre le.tcmple; voix con-
■ tre les nouveaux mariés et les nouvelles ma-
• riées; voix contre tout le peuple. • Depuis ce temps, ni jour ni nuit , line cessa de crier : « Mal- « heur, malheur à Jérusalem ! » Il redoublait ses cris les jours de fête. Aucune autre parole ne sortit jamais de sa bouche ; ceux qui le plaignaient , ceux qui le maudissaient , ceux qui lui donnaient scs nécessites, n'entendirent jamais de lui (pie cette terrible parole: ■ Malheur à Jérusalem! » Il fut pris , interrogé , et condamné au fouet par les magistrats : à chaque demande et à chaque coup , il répondait ,sansjamoisse plaindre: • Mal- > heurà Jérusalem! "Renvoyé comme un insensé, il courait tout le pays en répétant sans cesse sa triste prédiction. Il continua durant sept ans ô crier de cette sorte , sons se relâcher, et sans que sa voix s’affaiblit. Au temps du dernier siège de Jérusalem , Il se renferma dans la ville , tournant
< R. Johanan ,Jlli de Zaeal, Tr. de fesl. Ex^t
< Joaepk. de Bello Jnd. Nb. vji , cap. xu , al. uK vi , cap r. Taeit. Hiat. lib. ▼ , cap. iiii.
De Bello Jod. ufri tup.
aosu'rr — t. i.
infatigablement autour des murailles , et criant de toute sa force : ■ Malheur au temple , malheur â . la ville, malheur â tout le peuple! > A la fin il ajouta : • Malheur à moi-même, > et en même temps il fut emporté d'un coup cle pierre lancée par une machine.
Ne dirait-on pas. Monseigneur, (pic la vengeance divine s'était comme rendue visible en cet homme, qui ne subsistait que pour prononcer ses arrêts; qu’elle l'avait rempli de sa force, afin qu'il pôt égaler les malheurs du peuple par ses cris; et qu'enfin il devait périr par un effet de cette vengeance qu'il avait si longtemps annoncée, afin de la rendre plus sensible et plus présente , quand il en serait non-seule ment le prophète et le témoin , mais encore la victime?
Ce prophète des mallicurs d? Jérusalem s’appelait Jésus. Il semblait que le nom de Jésus, nom de salut et de paix , devait tourner aux Juifs , (pii le méprisaient en la personnedenotre Sauveur, à un funeste présage ; et ({ue ces ingrats ayant rejeté un Jésus qui leur annonçait la grâce , la miséricorde et la vie , Dieu leur envoyait un autre Jésus (pii n'avait à leurannoncerquedes maux irrémédiables , et rbiévitablc décret de leur ruine prochaine.
Pénétrons plus avant dans les jugements de Dieu , sous la conduite de ses Écritures. Jérusalem et son temple ont été deux fyis détruits ; l’une par Nabuchodonosor, l’autre par Tite. Mais en chacun de ces deux temps, la justicede Dieu s'est déclarée par les mêmes voies , quoique plus à découvert dans le dernier.
Pour mieux entendre cet ordre des conseils de Dieu , posons , avant toutes choses , cette vérité si souvent établie dans les saintes lettres : que l’un des plus terribles effets de la vengeance divine , est lorsqu'on punition de nos péchés précédents elle nous livre à notre sens réprouvé, en sorte (pie nous sommes sourds à tous les sages avertissements, aveugles aux voies de salut qui nous sont montrées, prompts à croire tout ce qui nous perd, pourvu qu'il nous flatte, et hardis â tout entreprendre, sans jamais mesurer nos forces avec celles des ennemis que nous irritons.
Ainsi périrent la première fois, sous la main de Nabuchodonosor, roi de Babylone, Jérusalem et ses princes. Faibles et toujours battus par ce lyi victorieux , ils avaient souvent éprouvé (pi'lls ne faisaient contre lui que de vains efforts ' , et avaient été obligés à lui jurer fldélité. Le prophète Jérémie leur déclarait , de la part de Dieu , que Dieu même les avait livrés à ce prince , et qu’il n'y avait de salut pour eux qu’à subir le
• II. Par. XXXVl, 13.
DISCOURS
Joug. Il disait à Sàlécios , roi de J udec , et à tout son peupic' : • Soumettez-vous à ^abu^llO(lono-
• sor, roi de Babylone , afin que vous viviez ; car
• pourquoi voulez-vous périr, et faire de celle
■ ville une solitude? » Us ne crurent point à sa parole. Pendant que Xabuchodonosor les tenait étroitement enfermés par les prodigieux travau.v dont il avait entouré leur ville, ils se laissaient enebanter par leurs fau,\ prophètes , qui leur remplissaient l'esprit de victoires imaginaires, et leur disaient au nom de Dieu , quoique Dieu ne les eût point envoyés :• J’ai brisé lejougduroi
• de Babylone : vous n’avez plus que deux ans à
• porter ce joug ; et apres , vous verrez ce prince
• contraint à vous rendre les v aisseaux sacrés qu’il
• a eulevés du temple*. » Le |ieuple, séduit par rcs promesses , sbuDrait la faim et In soif et les plus dures extrémités , et lit tant par son audace Insensée, ipi’il n’y eut plus pour lui de miséricorde. La ville fut renversée, le temple fut brûlé, tout fut perdu
A CCS marques , les Juifs connurent que la main de Dieu était sur eux. Mais afin que la vengeance divine leur fût aussi manifeste dans la dernière ruine de Jérusalem, qu’elle l’avait été dans la première, on a vu, dans l’une et dans l’autre, la même séduction , la même témérité , et le même endurcissement.
Quoique leur, rébellion eût attiré sur eux les armes romaines , et qu’ils secouassent témérairement un joug sous lequel tout l'univers avait ployé, Tito ne voulait ]>as lis |>erdre : nu contraire, il leur lu souvent offrir le pardon; nonseulement nu commencement de la guerre, mais encore lorsqu’ils ne pouvaient plus échapper de ses moins. 11 avait déjà élevé autour de Jérusalem une longue et vaste muraille , munie de tours et de redoutes aussi fortes que la ville même, quand il leur envoya Josèphe, leur concitoyen, un de leurs capitaines, un de leurs prêtres , qui avait été pris dans cette guerre en défendant son pays. Que ne leur dit-il pas pour les émouvoir ! par combien de fortes raisons les Invita-t-il ù rentrer dans robéls-sancc I 11 leur fit voir le ciel et la terre conjurés contre eux, leur perte inévitable dans la résistance, et tout ensemble leur salut dans la clémence de Tile. i Sauvez, leur disait-il * , la . cité sainte; sauvez-vous vous-mêmes; sauvez
• ce temple, la merveille de l’univcr.'!, que les Romains respectent , et que Tite ne voit périr qu’a
■ regret. • Mais le moyen de sauver des gens si obstinés à se perdre? Séduits par leurs faux prophètes, ils n’écoutaient pas res sages discours.
' JtTVm. XXTTt, lî, 17-
* M. txvui , 3, a.
3 IV. Jteç. XXV.
* ilv ftt-llo Jtiil. lib. VII, r.>p. iv. ■!. liti. xi. cap. ii.
Ils étaient réduits à l’extrémité : la faim en tuait plus que la guerre , et les mères mangeaient leurs enfants. Tile, touché de leurs maux , prenait ses dieux à témoin qu’il n'était pas cause de leur perte. Durant ces malheurs, ilsajoutaient foi aux faussi‘3 prédictions qui leur promettaient l’crapirc de l’univers. Bien plus, la ville était prise, le feu y était déjà de tous eûtes, et ces insensés croyaient encore les faux prophètes qui les assuraient que le jour de salut était venu ' , afin qu’ils résistassent toujours, et ([u’il n’y eût plus pour eux de miséricorde. Eu effet , tout fut massacré ; la ville fut renversée de fond en comble; et à la rièîerve de quelques restes détours, queTite laissa pour servir de monument a la postérité, il n’y demeura pas pierre sur pierre.
Vous voyez donc éclater sur Jérusalem la même vengeance qui avait autrefois paru sous Sédécias. Tite n’est pas moins envoyé de Dieu que IVabuchodonosor : les Juifs périssent de la même sorte. On voit dans Jérusalem la même rébellion, la même famine , les mêmes extrémités , les mêmes voies de salut ouvertes , la même séduction , le même cndurci.ssemcnt, la même chute; et afin que tout soit semblal)le, le second temple est brûlé sous Tile, le même mois et le même jour que l’avait été le premier sous Nabncliodonosor * : il fallait que tout fût marqué , et que le peuple ne pût douter de la vengeance divine.
Il y a pourtant, entre ces deux chutes de Jérusalem et des Juifs, de mémorables düTérences, mais qui toutes vont à foire voir dans la dernière une justice plus rigoureuse et plus dé-clarée. Nabuchodosor fit mettre le feu dans le temple : Tite n’oublia rien pour le sauver, quoique ses conseillers lui représentassent que tant qu’il subsisterait, les Juifs, qui y .attachaient leur destinée, ne cesseraient jamais d’être rebelles. Mais le jour fatal était venu : c’était le dixième d’août, qui avait déjà vu brûler le temple de Salomon Malgré les défenses de Tite , prononcées devant les Romains et devant les Juifs, et malgré l’inclination naturelle des soldats, qui devait les porter plutôt à piller qu’a consumer tant de richesses un soldat , (wussé , dit Josèphe par une inspiration divine, se fait lever par ses compagnons à une fenêtre , et met le feu dans ce temple auguste. Tite accourt, Tite commande qu’on se hâte d’éteindre la llamme naissante. Elle prend partout en un instant , et cet admirable édifice est réduit en cendres.
Quesi Tendu rcissement des Juib sous Sédécias était l'effet le plus terrible et la marque la plus
* Jtssfph.dt; BrlloJud. lili. vu, mp. xi, al. &.
* Id. Ibkl. c«p. IX, x; lib. vi, al. 4.
* I&id.
SL'H I.HISTOIRE UNIVERSELLE
«ss'iréo «le la vcnpeanoc divine , que dinins-nous de l’aveugleincnt qui a imni «lu temps de Tilc? Dans la premiérc ruine «le J«inisaleni, les Juifs s’entendaient du moins entre eux : dans 1a dernière, Jérusalem assiégée par les Romains était déeliiréc par trois factions ennemies Si la haine qu’elles avaient toutes pour les Romains allait jusqu’à 1a fureur, elles n’étaient pas moins acharnées les unes contre les autres : les combats du dehors coûtaient moins de sang aux Juifs que ceux du dedans. Un moment après les assauts soutenus contre l’étranger, les cilojens recommençaient leur guerre intestine ; la violence et le brigandage régnait partout dons in ville. Elle ptirissait , elle n’était plus qu’un grand champ couvert de corps morts ; et cepen«lant lis chefs des factions y combattaient pour l’empire. N’était-ce pas une image «le l’enfer, où les damnés ne se haïssent pas moins les uns les autres qu’ils haïssent les démons qui sont leurs ennemis communs , et ou tout est plein d’oi^ueil , de confusion et de rage?
Confessons donc , Monseigneur, que la justice que Dieu fit des Juifs par Naburhodonosor n’était qu’une ombre de celle dont Tite fut le ministre. Quelle ville a jamais vu périr onze cent raille hommes en sept mois de temps , et dans un seul siège? C’est ce que virent lesJuifsaudcrniersk'gc j de Jérusalem, l/s Chaldéens ne leur avaient rien fait souffrir de semblable. Sous les Qialdéens leur captivité ne dura que soixante-dix ans : il y a seize eenLs ans qu’ils sont esclaves par tout l’univers, et ils ne trouvent encore aucun adoucissement à leur esclavage.
Il ne faut plus s’étonner si Tite victorieux, après la prise de Jérusalem , ne voulait pas recevoir les congratulations des peuples voisins, ni les couronnes qu’ils lui envoyaient [x)ur honorer sa victoire. Tant de mémorables circonstances, la colère de Dieu si marquée , et sa main qu’il voyait encore si présenté , le leuait dims un profond étonnement; et c’est ce qui lui At dire ce que vous avez ouï , qu’il n’était pas le vainqueur, qu’il n’était qu’un faible instrumeat de la vengeance divine.
Il n’en savait pas tout le secret : l’heure n’é tait pas encore venue où les empereurs devaient recomiaitre Jésus-Clirist. C’était le temps des i humiliations et des pers«'>culions de l'Église. C’est pourtpioi Tite , assez éclairé pour connaître que ! la Judée périssait par un effet manifeste de la justice de Dieu , ne connut pas quel crime Dieu avait voulu punir si terriblement. C’était le plus grand de tous les crimes, crime jusqu’alors inouï, c’est-à-dire, le déicide, qui aussi a donné lieu à
* Belio Jud. lib. vi, tm-
une vengeance dont le monde n'avait vu encore aucun exemple.
Mais si nous ouvrons un peu les yeux , et si nous considérons la suite des clioses , ni ce crime des Juifs , ni son châtiment ne pourront nous être cachés.
Souvenons-nous seulement de ce que Jisus- Christ leur avait prédit. Il avait prédit la ruine entière de Jérusalem et du temple. ■ Il n’y res- « tera pas, dit-il ' , pierre sur pierre. • Il avait prédit la manière dont cette ville ingrate serait assiégée , et cette effroyable circonvallation qui la devait environner. Il avait prédit cette faim horrible qui devait tourmenter ses citoyens , et n’avoit pas oublié les faux prophètes par lesquels ils devaient être séduits. Il avait averti les Juifs que le temps de leur malheur était proche ; il avait donne les signes certains qui devaient en marquer l'heure piécisc ; il leur avait expliqué la longue suite de crimes «pii devait leur attirer un tel chiUiment : en un mot, il avait fait toute l’histoire du siège et de la dé-solation de Jérusalem.
Et remarquez. Monseigneur, qu’il leur At ces prédictions vers le temps de sa Passion, afin qu’ils connussent mieux la cause de tous leurs maux. Sa Passion approchait quiind il leur dit ’ ; " La sagesse divine vous a envoyé des prophè- I ■ tes, des sages et des docteurs ; vous eu tuerez
• les uns , vous en oruciAerez les autres ; vous les
• flagellerez dans vos synagogues, vous les péril sécuterez de ville en ville, nAn que tout le sang
■ innocent qui a été répandu sur la terre retombe « sur vous, depuis le sang d’Abcl le juste, jusfjues
• au sang de Zaeliarie , Als de Baruchie, que vous
• avez massacré entre le temple et l’autel. Je vous
■ dis en vérité , toutes ces choses viendront sur le
• race qui est à présent. Jérusalem, Jérusalem,
• qui tues les prophètes et «pii lapides ceux qui
• te sont envoyé-s , combien de fois. ai-je voulu
• rassembler tes enfants comme une poule ras-
• semble ses petits sous ses ailes ; et tu ne l'as pas
• voulu ! Le temps approche que vos maisons de- « meureiont désertes. •
Voila l’histoire des J uife. Ils ont persécuté leur Messie, et en sa personne et en celle des siens : ils ont remué tout l'univers contre ses disciples , et ne les ont laissés en repos dans aucune ville : ils ont armé les Romains et les empereurs contre I Kglise naissante : ils ont lapidé saint Étienne, tué les deux Jacques, que leur sainteté rendait vénérables même parmi eux ; immolé saint Pierre et saint Paul par l’épée et par les mains des Gentils. Il faut qu'ils périssent. Tant «le sougmédé à celui des prophètes qu’ils ont massacrés , crie
> .Vrt/M. x\iv, I, î. .Vrtir. XIII, I . a a VtrIlA. \l.UI , 34, etc-
DISCOURS
vengeance devant Dieu : < Leurs maisons , et leur
• ville va Ctrc déserte : • leur désolation ne sera pas moindre que leur crime : Jésus-Christ les en avertit : le temps est proche : « toutes ces choses
• viendront sur la race qui est à présent ; • et encore : • cette génération ne passera pas sans que « ces choses arrivent ' , • c'est-à-dire , que les honuncs qui vivaient alors en devaient être les témoins.
Mais écoutons in suite des prédictions de notre Sauveur. Comme il faisait son entrée dans Jérusalem quelques Jours avant sa mort , touché des maux que cette mort devait attirer à cette malheureuse ville , il la regarde en pleurant : " Ah,
• dit-il*, ville infortunée, si tu connaissais , du
■ moins en cc jour qui t’est encore donné » pour te repentir, •> ce qui te pourrait apporter la paix I - mais maintenant tout ceci est caché à les yeux. . Viendra le temps que tes ennemis t'environne- . ront de tranchées , et t'enfermeront , et te scr- « rcront de toutes parts , et te détruiront entiérc-
• ment toi et tes enfants , et ne laisseront en toi « pierre sur pierre , parce que tu n'as pas connu s le temps auquel Dieu t'a visitée. •
Cétait marquer assez clairement et la manière du siège et les derniers effets de la vengeance. Mais il ne fallait pas que Jésus allât au supplice sans dénoncer à Jérusalem combien elle serait un jour punie de l’indigne traitement qu'elle lui faisait. Comme il allait au Calvaire , portant sa croix sur ses épaules , •• il était suivi d'une grande mul-
• titude de peuple et de femmes qui se frappaient
• la poitrine, et qui déploraient sa mort’. • Il s’arrêta, se tourna vers elles, et leur dit ces mots* : « Filles de Jérusalem , ne pleurez pas sur moi ,
• mais pleurez sur vous-mêmes et su r vos enfants ;
■ car le temps s'approche auquel on dira : Heureu-
• scs les stériles I heureuses les entrailles qui n'ont
• point porté d'enfants , et les mamelles qui n’en
• ont point nourri ! Ils commenceront alors à dire « aux montagnes : Tombez sur nous ; et aux col-
• Unes : Couvrez-nous. Car si le bois vert est ainsi
• traité , que sera-ce du bols secî ■■ Si l’innocent , si le juste souffre un si rigoureux supplice, que doivent attendre les coupables?
Jérémie a-t-il jamais plus amèrement déploré la périodes JuifsîQuelles paroles plus fortes pouvait employer le Sauveur pour leur faire entendre leurs malheurs et leur désespoir ; et cette horrible famine funeste aux enfants , funeste aux mères qui voyaient sécher leurs mamelles , qui n’avaient plus que des larmes à donner à leurs enfants , et qui mangèrent le fruit de leurs entrailles?
• Mallh. xxilt , M ; xxtT, 34. Marc. XIII , 30. Luc. XXI , 33.
* Lmc. XIX, 41.
3 Id. xxtu , 37.
4 A4S. 3S et Mqq.
CH.APITRE XXII.
l>eu\ méinorabtes (jrédictioniî <le NotriySeiipienr sobt el*
pliquéeSf et leur accomplissement est justifié par l’h»*
toirê.
Telles sont les prédictions qu'il a faites à tout le peuple. Celles qu'il lit en particulier à ses disciples méritent encore plus d’attention. Elles sont comprises dans cc long et admirable discours où il joint ensemble la ruine de Jénisalcm avec celle de l’univers ■ . Cette liaison n'est pas sans mystère, et en voici le dessein.
Jérusalem, cité bienheureuse que le Seigneur avait choisie, tant qu’elle demeura donsl'allianco et dans la foi des promesses, fut la ligure de l' Église , et la ligure du ciel où Dieu se fait voir à ses enfants. C'est pourquoi nous voyons souvent les prophètes joindre, dans la suite du même discours , ce qui regarde Jérusalem , à ce qui regarde l'Église et à ce qui regarde la gloire céleste : c'est un des secrets des propliéties, et une des clcfsqul en ouvTcnt l’intelligence. Mais Jérusalem réprouvée , et ingrate envers son Sauveur, devait être l'image de l’enfer : ses perlides citoyens dedevaient représenter les damnés; et le jugement terrible que Jésus-Christ devait exercer sur éux était la flgürc de celui qu’il exercera sur tout l’univers , lorsqu'il viendra à la lin des siècles , en sa majesté , Juger les vivants et les morts. C’est une coutume de l’Écriture, et un des moyens dont clic se sert pour Imprimer les mystères dans left esprits, de mêler pour notre instruction la ligure à la vérité. Ainsi Notre-Seigneur a mêlé l'histoire de Jérusalem désolée aveê celle de la fin des siècles; et c'est cc qUl parait dans les discours dont nous parlons.
Ne croyons pas toutefois que ces choses soient tellement confondues , que nous ne puissions discerner cc qui appartient à l'une et à l'autre. Jésus- Christ les a distinguées par des caractères certains , que je pourrais aisément marquer s'il en était question. Mais H me suffit de vous faire entendre ce qui regarde la désolation de Jérusalem et des Juifs.
Les apAtres (c'était encore au temps de la Passion), assemblés autour de leur maître, lui montraient le temple et les bâtiments d'alentour : ils en admiraient les pierres, l’ordonnance, la beauté, la solidité; et il leur dit* : « Voyez-vous • ces grands bâtiments , il n'y restera pas pierro « sur pierre. • Étonnés de cette parole , ils lui demandent le temps d'un événement si terrible ; et lui , qui ne voulait pas qu'ils fussent surpris dans Jérusalem lorsqu'elle seraitsaccagée (car il voulait qu'il y eût dans le sac de cette ville une image de
* Matth. xxnr. JVare. xiu. Luc. XXI.
* MàUh. xxiv, I, a. Marc, xiu, Luc. xxi, 6, •.
SUR L’IÜSTOIKE UNIVERSELLE.
tadernlire séparation des bons et des mauvais), commença à leur raconter tous les malheurs comme ils devaient arriver i'un après l'autre.
Premièrement, ii leur marque • des pestes,
• des famines , et des trembiements de terre ' ; > et tes histoires font fui , que Jamais ces choses n’avaient été pius fréquentes ni plus remarquables cpi’elles le furent durant ces temps. Il ajoute
• qu'il y aurait par tout l'univers des troubles, des
• bruits de fpierre, des guerres sanglantes; que tourtes les nations se soulèveraient les unes contre
• les autres ’ , > et qu’on verrait toute la terre dans l'agitatiun. Pouvait-il mieux nous représenter les dernières années de Néron , lorsque tout l'empire romain, c'est-à-dire, tout l’univers, si paisible depuis la victoire d'Auguste et sous la puissance des empereurs , commença à s'ébranler, et qu'on vit les Gaules , les Espagnes , tous les royaumes dont l'empire était composé, s’émouvoir tout à coup; quatre cmpereurss’élever presqueenméme temps contre Néron , et les uns contre les autres ; les cohortes prétoriennes , les armées de Syrie , de Germanie , et toutes les autres qui étalent répandues en Orient et eu Occident , s’entre-choquer, et traverser, sous la conduite de leurs empereurs, d'une extrémité du monde à l'autre, pour décider leur querelle par de sanglantes batailles? Voilà de grands maux, dit le fils de Dieu ’ ; « mais ce ne sera pas encore la Un. • Les Juifs soofffiront comme les autres dans cette commotion universelle du monde : mais il leur viendra bientôt après des maux plus particuliers , . et ce lie sera ici que le commencement de leurs
• douleurs. •
Il ajoute que son Église, toujours affligée depuis son premier étalilissement , verrait la persécution s'allumer contre elle plus violente que jamais durant ces temps*. Vousavez vu que Néron, dans ses dernières années , entreprit la perte des chrétiens , et fit mourir saint Pierre et saint Paul. Cette persécution, excitée par les jalousies et les violences des Juifs, avançait leur perte; mais elle n’en marquait pas encore le terme précis.
La venuedes faux christs et des faux prophètes semblait être un pins prochain acheminement à la dernière ruine : car la destinée ordinaire de ceux qui refusent de prêter l'oreille à la vérité, est d’être entraînés à leur perte par des prophètes trompeurs. Jésus-Christ ne cache pas ùses apôtres que ce malheur arriverait aux Juifs. " 11 s élèvera,
• dit-il S un grand nombre de faux prophètes qui
• séduiront beaucoup de monde. ». Et encore :
> Mnllh. »irv, 7. Mck. xnl . 8. Lite. 1X1,11.
• Malth. HIV, «, 7. Mire. Xlll, 7. Luc, XII, 8, 10.
> .Wolrt. HIT , « , 8. Vote. Xlll , 7. S. Luc. xxi , 8.
• .Viillli. xxnr, 8. Marc, xni, 8. Luc. ixi. 11.
» Mallh. XXIï, 11.13, 1*. Marc. XIU, 11, 13. Luc. XXI, S.
• Donnez-vous de garde des faux christs et das
• faux prophètes. •
Qu'on ne dise pas que c’était une chose aisée à deviner à qui connaissait l'humeur de la nation : car, au contraire, je vous ai fait voir que les Juifs, rebutés de ces séducteurs qui avaient si souvent causé leur ruine, et surtout dans le temps de Sédécias, s’en étaient tellement désabusé, qu'ils cessèrent de les écouter. Plus |de cinq cents ans se passèrent sans qu'il parût aucun faux prophète en Israël. Mais l’enfer, qui les inspire , se réveilla à la venue de Jésus-Christ ; etDieu,quiUeut en bride autant qu'il lui plaît les esprits trompeurs , leur lâcha la main , afin d'envoyer dans le même temps ce supplice aux Juifs, et cette épreuve à ses fidèles. Jamais il ne parut tant de faux prophètes que dans les temps qui suivircut la mort de N’otre-Scigneur. Surtout vers le temps de la guerre judaïque , et sous le règne de Néron qui la commença , Josèphc nous fait voir une infiuité de ces imposteurs ‘ qui attiraient le peuple au désert par de vains prestiges et des secrets de magie , leur promettant une prompte et miraculeuse délIvTance. C'est aussi pour cette raison que le désert est marqué dans les prédictions de Notre-Seigneur* comme un des lieux où seraient cachés ces faux libérateurs que vous avez vus à la fin entraîner le peuple dans sa dernière ruine. Vous pouvez croire que le nom du Cbrist, sans lequel il n'y avait point de délivrance parfaite pour les Juifs , était mêlédnus ces promesses imaginaires; et vous verrez dans la suite de quoi vous en convaincre.
La Judée ne fut pas la seule province exposée à ces illusions. Elles furent communes dons tout l’empire. 11 n'y a aucun temps où toutes les his- I toires nous fassent paraître un plus grand nom- I bre de ces imposteurs qui se vantent de prédire l’avcnlc, et trompent les peuples par leurs prestiges. Un Simon le Magicien , 'un Élymas , un Apollonius Tyanéus, un nombre infini d’autres enchanteurs, marqués dans les histoires saintes et ; profanes, s’éièverent durant ce siècle, où l’en- ■ fer semblait faire ses derniers efforts pour soutenir son empire ébranlé. C'est pourquoi Jésus- Christ remarque en ce temps, principalement parmi les Juifs, ce nombre prodigieux de faux prophètes. Qui considérera de près scs paroles, verra qu'ils devaient sc multiplier devant et après la ruine de Jérusalem , mais vers ces temps ; et que ce serait alors que la séduction , fortifiée par de faux miracles et par de fausses doctrines, serait tout ensembles! subtile et si puissante, que > les
■ jateph. Aat. 1U>. XX , ctp. Vl , 8l. s. De Ml. >nd. Db. ii , cap. XII , al. 13.
> .VnOA. XXIV, 88.
DISCOURS
» élus nicmcs , s il i-lail passible , y seraient trom-
• pes'.
Jb ne dis pas qu'à la fin des siècles il ne doive encore arriver quelque chose de semlilable et de plus dangereux, puisfpie même nous venons de voir que ce qui sepasse dans Jérusalem est lafigure manifeste de ces derniers temps : mais il est eerhnn que Jésus-Clirist nous n donné celte séduction comme un des effets sensibles de la colère de Dieu sur les Juifs, et comme un des signes de leur perte. L'événement a justifié sa prophétie : tout est ici attesté par des témoignages irréprix.’hables. Nous lisons la prédiction de leurs erreurs dans l'Évangile : nous en voyons l’accomplissement dans leurs histoires, et surtout dans cclie de Josèphe.
Après que Jésusàlhrist a prédit ces choses, dans le dessein qu'il avait de tiri'rles siims des nudheurs dont Jérusalem était menaeéo , il vient aux signes prochains de la dernière désolation de cette ville.
Dieu ne donne pas toujours à ses élus de semblaliles manpies. Dans ces lerrihies châtiments qui font sentirsa puissance à des nations entières , il frappe souvent le juste a\ix le coupable; car il ade meilleurs moyens de les séparer, quetvux qui paraissent à nos sens. Les mêmes coups qui brisent la paillesépai'cnt le hongrain ; l'ors'épurc dans le même feu où la paille est consumée ' , et sous les memes châtiments par lesquels les méehants sont cxlerminé’S, les fidèles se purifient. Mais dans la ilésolation de Jérusalem, afin que l'image du jbgement dernier fût plus expresse, et la vengeance divine plus manpiée sur les incrédules, il ne voulut pas que les Juifs qui avaient reçu l'Évangile fussent confondus avec les autres ; et Jésus<ihrist donna à ses disciples des signes certains auxquels ils pussent connaitre quand il serait temps de sortir de cette ville réprouvée. Il se fonda, selon sa coutume, sur les anciennes prophéties dont il était l'interpréde aussi bien que la fin; et repassant sur l'endroit ou la dernière rtiinc de Jérusalem fut montrée si clairement à Daniel , il dit ces paroles ’ : •< Quand vous ver-
• rez l'abomination de la dé'solation que Daniel a . prophétisée, que celui qui lit entende; quand
- vous la verrez établie dans le lieu saint , “ ou , comme il est porté dans saint Marc, dans te lieu 011 elle ne doit pas être; « alors, <pic ceux qui
- sont dans la Judée s'enfuient dans les mouta-
• gnes. • Saint Luc raconte la même chose en d'autres termes t : , Quand vous verrez les ar- » mecs entourer Jérusalem, sachez que sa désola-
' *XIT, 2». Vtjrr. \i|», 22.
* dr Qtll. DrJ, III*. I. eaji vm. t vil, col 8.
* Vitith.xMv, ir». Vurc. \iii, u.
* tue. IVI, 20, 21.
•• tion est prodiej alors (pie ceux (jui sont omw»
la Judée se retirent dans les montagnes. »
Uudcscvangélistesexpluiuerautre; et en conférant ces passages , U nous est aise d’entendre que cette abomination pri'ilitc par Daniel est la même chose ((ue les armées uut(»ur de Jérusalem. L(« saints Pères l’ont ainsi entendu ‘ , et la raison nous en convainc.
Le mot d'abomination y dans l’usage de in langue sainte, signifie idole : et qui ne sait (fue Ica armées romaines portaient dans leurs enseignes les images de leurs dieux , et de leurs césars ((ui étaient les plus respectés de tous Icui's dieux? Ce.** enseignes étaient aux soldats un objet de culte; et parce que les idoles , selon les ordres de Dieu , ne devaient jamais (laraitre dans la terre sainte, les enseignes romaines en étaient bannic^s. Aussi Yoyons-nous dans les histoires, que tant (pi’il a resté aux Romains tant soit peu de considération pour les Juifs, jamais ils n'ont fait paraître les enseignes romaines dans la Judée. C’est pour cela que Vitelliu.s, quand U passa dans celte province lK)ur porter la guerre en Arabie , fit marcher ses troupes sans enseignes * ; car on révérait encore alors la religion judaïque, et on ne voulait |>oiiit forcerce peuple àsouffrirdes choses si contraires à sa loi. Mais au temps de la dernière guerre judaî(fue , on peut bien croire que les Romains n’éporgnèrent pas un peuple qu'ils voulaient exterminer. Ainsi, quand Jérusalem fut assiégée, elle était environnée d’autant d'idoles qu’il y avait d’enseignes romaines ; et l’abomination ne parut jamais tant où elle ne devait pajt être , c’est-àdire, dans la terre sainte, et autour du temple.
Est-ce donc là, dira-t-ou, ce grand signe qno JésusChrist devait donner? Était-il temps de s’enfuir quand Tite assiégea Jérusalem, et qu'il en ferma de si pri^s les avenues, qù’il n'y avait plus moyen de s’échnpper?C'est ici qu’est la inerveUle de la prophétie. Jérusalem a été assi(*gée deux foisen a*s temps : la première, par Ceslius, gouverneur de Syrie, l’an G8 de Notre-Seigneur la seconde , par Tite , quatre ans après , e’est-àdire, l'an 72^. Audeniier siège, il n’y avait plus moyen de sc sauver. Tite faisait celte guerre avec trop d'ardeur : il surprit toute la nation renfermée dans Jérusalem dunuit la fête de Pâques, saus que personne échappât ; et cette effroyable circonvallation ({u'il fit autour de lu ville ne laissait plus d'espérance à ses habitants. Mais il n'y avait rieA de semblable dans le siège de Cestius : U était
' Orig. Tract x\i\ in MalUi. n* to, t. lit, p. .■dug. ep. Lvxx , nuoc veu , aJ Uesycli. n° 27, 28, ‘iu , t il , cul. 7bi et
* Jun-ph. AnI. lib. kvnt. cap. vu , al. 6.
i Jioeph.iy BrlIoJuü. Ub. il, cap. xxiii, xxiv, al. 18, ux
1 Jbid. Ub. VJ, vu.
SUR L’HISTOIRE UNIVERSELLE
campé Acinquantesta<les,c‘est-À-dirc, àsix milles : de Jérusalem *. So» armée serépamlail tout au- I tour, mais sans y faire de tranchées ; et il faisait I la guerre si négligemment, qu’il manqua l’occasion de prendre la ville , dont la terreur, les séditions, et même ses intelligences, lui ouvraient les portes. Dans ce temps, loin que la retraite fût Impossible, Thistoire marque expressément que plusieurs Juifs se retirèrent*. C’était donc alors qu'il fallait sortir; c’était le signal que le Hls de Dieu donnait aux siens. Aussi n-t-ildistinguétrèsnettement les deux sièges : l’un , où la ville se^ rail enlourrr de fossés el de forts alors il n'y aurait plus que la mort pour tous ceux (jui y étaient enfermés ; l’autre, où elfe serait seulement enceinte de Carmée cl plutôt investie qu’assiégée dans les formes; c'est alors qu’// fallait fuir, cl se retirer dans les jnontagnes.
l.es chrétiens obéirent à la parole de leur maitrc. Quoiqu’il y en eût des milliers dans Jérusalem et dans la Judée , nous ne Usons ni dans Josephe, ni dans les autres histoires, qu'il s'en soit trouvé aucun dans la ville quand elle fut prise. Au conlraire U est constant par l'histoiro ecclésiastique , et par tous les monuments de nos ancêtres qu’ils se retirèrent à la petite ville de Pella, dans un pa\s de montagnes auprès du désert, aux confiius de la Judée et de l’Arabie.
On peut connaître par là combien pixa lsémcnt ils avaient été avertis : et il n'y a rien de plus remarquable que cette séparation des Juifs incrédules d'avec les Juifs convertis au christianisme ; les uns étant demeurés dans Jérusalem pour y subir la peine de leur infidélité; et les autrcss’é* tant retirées , comme Lot sorti de Sodome, dans une petite ville, où ils considéraient avec tremblement les effets de la vengeance divine , dont Dieu avait bien voulu les mettre à couvert.
Outre les prédictions de Jésus-Christ, il y eut des prédictions de plusieurs de ses disciples, entre autres celles de saint Pierre et de saint Paul. Comme on traînait au supplice ces deux fidèles témoins de Jésus-Christ ressuscité, ils dénoncèrent aux Juifs, qui les livraient aux Gentils, leur perte prochaine. Ils leur dirent , • que Jérusalem it allait être renversée de fond en comble ; qu’ils pé-
• riraient de faim et de désespoir ; qu’ils seraient " bannis à jamais de la terre de leurs pères, et « envoyés en captivité par toute la terre ; que le «. terme n’était pas loin; et que tous ce.s maux
* leur arriveraient pour avoir insulté avec tant
* Joseph, de BeUoJad. Ub. it, cnp. xini, xxiv.al. 18, I9.
* Jbiü.
* Luc. XIX , *3.
* Id. XXI, 30. 31.
5 Easel. Hljt, Rccl. lib. IM. Mp ï. E/ùpli. lib. l, H,Tr. xiii , ^IU.3rxur. 7, 1. 1, p. 133, cl lib. ilc Mcni cl Pomlcr. cap. xv, I. Il, p. 171.
> de cruelles railleries au bien-aimé Fils de Dieu • qui s'étail déclaré àeiuc partant de miracles
pieuse antiquité nous a conservé cette prédiction des apôtres, qui devait être suivie d'on si prompt accomplissement. Saint Pierre en avait fait beaucoup d'autres, soit par une inspiration particulière , suit en expliquant les paroles de son raaitre; et Phligon, auteur païen, dont Origène produit le témoignage ’ , a écrit que tout ce que cet apôtre avait prédit s'etoit accompli de point eu point.
Ainsi rien n'arrive aux Juifs qui ne leur ait été propliétisé. La cause de leur malheur nous est clairement marquée dans le mépris qu'ils ont fait de Jésus-Christ et de scs disciples. I.e temps des grâces était passé, et leur perte était inévitable.
C'était donc en vain. Monseigneur, que Tite voulait sauver Jérusalem et le temple, la sentence était partie d'en haut : Il no devait plus y rester pierre sur pierre. Que si un empereur romain tenta vainement d'empêcher la ruine du temple, un autre empereur romain tenta encore plus vainement de le rctahlir. Julien l'Apostat, après avoir déclaré la guerre à Jésus-Christ , se crut assez puissant pour annéantir scs prédictions. Dans le dessein qu'il avait de susciter de tous côtés des ennemis aux chrétiens , il s'abaissa Jusqu'à rechercher les Juifs, qui étaient le rebut du inonde. Il les excita à rebâtir leur temple ; U leur donna des sommes immenses, et les assista de toute la force de l’empire ’. Écoutez quel en fut révenement , et voyez comme Dieu cunfoud les princes superbes. Les saints Pères et les historiensccclésiastiques le rapportent d'un commun accord, et le justifient par des monuments qui restaient encore de leur temps. Mais il fallait que la chose fût attestée par les païens mêmes. Ammian Marcellin , Gentil de religion , et zélé défenseur de Julien, l’a racontée en ces termes * :
• Pendant qu’Alypius , aidé du gouverneur de la " province, avançait l'ouvrage autant qu’il pou- « vait, de terribles globes de feu sortirent des
• fondements qu'ils avaient auparavant ébranlés . par des secousses violentes; les ouvriers, qui . recommencèrent souvent l'ouvrage, furent brù- 1 lés à diverses reprises : le lieu devint inacccssl- » bic , et l’entreprise cessa. •
Les auteurs ecclésiastiques , plus exacts à représenter un événement si mémorable, joignent le feu du ciel au feu de la terre. Mais enfin In parole de Jésus-Christ demeura ferme. Saint Jean
' fjtrt. div. InsUI. Ilb. rv, cap. xxi.
» Phfeg. lib. xiii et \iv Cliron. epad Oriÿ Ccb- Hb.
Il, n' II, t. I, p. 401.
i ,1mm. h/tircel. lib- xxili, cap. i.
* lh,<t.
DISCOURS
iji
ChrysostAmc s'écrie : Il a béti son Église sur la pierre, rien ne l’a pu renverser : il a renversé le temple, rien ne l'a pu relever : '< nul ne peut obut-
• tre ce que Dieu élève ; nul ne peut relever ce
• que Dieu abat'. •
Ne parlons plus de Jérusalem ni du temple. Jetons les yeux sur le peuple même, autrefois le temple vivant de Dieu , et maintenant l’objet de sa haine. Les Juifs sont plus abattus c|ue leur temple et que leur ville. L'esprit de vérité n’est plus parmi eux ; la prophétie y est éteinte : les promesses sur lesquelles ils appuyaient leur espérance se sont évanouies : tout est renversé dans ce peuple, et il n'y reste plus pierre sur pierre.
Et voyez jusques ù quel pobit ils sont livrés à l’erreur. Jé-sus-Christ leuravait dit : ■ Je suis venu « à vous au nom de mon Père , et vous ne m’avez
• pas reçu ; un autre viendra en son nom , et vous
• le reccvTez '. v Depuis ce temps l’esprit de séduction règne tellement parmi eux, qu’ils sont prêts encore à chacpie moment à s’y laisser emporter. Ce n'était pas assez que les faux prophètes eussent livré Jérusalem entre les mains de Tite; les Juifs n'étaient pas encore bannis de la Judée, et l'amour qu'ils avaient pour Jérusalem eu avait oblige plusieurs à choisir leur demeure parmi ses ruines. Voici un faux Christ qui va'acbever de les perdre. Cinquante ans après laprisedeJérusalem , dams le siècle de in mort de Notre-Seigneur, riafdme Unrehoebebas, un voleur, un scélérat, parce que son nom siguiliait le fils de l'étoile, se disait l'étoile de Jacob prédite au livre des Nombres’, et se porta pour le Qirist’. Akibas, le plus autorisé de tous lesribbins, et à son exemple tous ceux que les Juifs appelaient leurs sages, entrèrent dans son parti, sans que l'imposteur leur donnât aucune autre marque de sa mission , sinon qu’Akibos disait que le Ciirist ne pouvait pas beaucoup tarder’. Les Juifs se révoltèrent par tout l'empire romain , sous la conduite de Barebochébas , qui leur promettait l'empire du monde. Adrien en tua six cent mille : le joug de ces malheureux s’appesantit, et Us furent bannis pour Jamais de In Judée.
Qui ne voit que l’esprit de séduction s’est saisi de leur cceur? « L’amour de la vérité, qui leur
• apportait le salut, s’est éteint en eux : Dieu
• leur a envoyé une efficace d’erreur qui les fait
• croire au mensonge’. ■ Il n’y a pobit d’bnposture si grossière cpii ne les séduise. De nos jours, un imposteur s’est dit le Christ en Orient ; tous les
■ Oral. III in Juilciw, nnne v, n* Il , 1. 1, p. MO.
• Joiin. V , 43.
•* Amim. X»iV, 17.
• Euntb- HLst. E«JI. lib. IV, cap. vi, vin.
5 Ta(m. Hirr. Irurt. i!»* Jrjun- il) vvi, (^mm. sup. Lam. Jfwn. MatmoHid. Iib. «te Jure Rpr. cap. xii.
• H. Theu. Il, lu.
Juifs commençaient à s’attrouper autour de lui : nous les avons vus en Italie , en Uoilande , en Allemagne , et à Metz , se préparer à tout vendre et à tout quitter pour le suivre. Ils s’imaginaient déjà qu'ils allaient devenir les maîtres du monde , quand ils apprirent que leur Christ s’était fait Turc , et avait abandonné la loi de Muise.