CHAPITRE X.VIII
La suite des erreurs des Juifs, et la manière duul ils evpliqucut tes propllélics.
Il ne tant pas s’étonner qu’ils soient tombés dans de tels égarements, ni que la tcm|)ête les ait dissipés après qu’ils ont eu quitté leur route. Cette route leur était marquée dans leurs prophéties , principalement dans celles qui désignaient le temps du Christ. Ils ont laissé passer ces précieux moments sans en profiter : c’est pourquoi on les voit ensuite livrés au mensonge , et ils ne savent plus à quoi se prendre.
Donnez-moi encore un moment pour vous raconter la suite de leurs erreurs, et tous les pas qu’ils ont faits pour s’enfoncer dans l’abime. Les routes par où on s'égare tiennent toujours au grand cliemin ; et en considérant où l'égarement a commencé, on marche plus sûrement dans la droite voie.
Nous avons vu. Monseigneur, que deux prophéties marquaient aux Juifs le temps du Christ, celle de Jacob et celle de Daniel. Elles marquaient toutes deux la ruine du royaume de Juda au temps que le Christ viendrait. Mais Daniel expliquait que la totale destruction de ce royaume devait être une suite de la mort du Christ ; et Jacob disait clairement , iiue, dans la décadence du royaume de Juda , le Christ qui viendrait alors serait l'aftente des peuples; c'est-à-dire , qu'il en seirait le libérateur, et qu'il se ferait un nouveau royaume composé non plus d'un seul peuple, mais de tous les peuples du monde. Les paroles de la prophétie ne peuvent avoir d’autre sens , et c’était la tradition constante des Juifs , qu’elles devaient s'entendre de cette sorte.
De là cette opinion répandue parmi les anciens rabbins , et qu'on voit encore dans leur Talinud que dans le temps que le Christ viendrait , il n’y aurait plus de magistrature : de sorte qu’il n’y avait rien de plus important , pour connaître le temps de leur Messie , que d'observer quand ils tomberaient dans cct état malheureux.
En effet , ils avaient bien commencé ; et s’ils n’avaient eu l'esprit occupé des grandeurs mondaines qu'ils voulaient trouver dans le Messie , afin d’y avoir part sous son empire, ils n'auraient pu mé’connaitre Jésus-Christ. Le fonde-
' Cm. Tr. SAUlial. cap. xi
L ; V é it >.
SUR L'UlSTOinE
ment qu'ils avaient posé était certain : car aussltAtque la tyrannie du premier Hérode, et le changement de la république J udaique , qui arriva de son temps, leur eut fâit voir le nrament de la décadence marquée dans la prophétie , ils ne doutèrent point que le Christ ne dût venir, et qu’on ne vit bientût ce nouveau royaume ou devaient se réunir tous les peuples.
Une des choses qu'ils remanpièrcnt , c’est que la puissance de vie et de mort leur fut ôtée C'était un grand changement , puisqu'elle leur avait toujours été conservée jusqu’alors , il quelque domination qu'ils fussent soumis , et même dans Babylone pendant leur captivité. L’histoire de Suzanne’ le fait assez voir, et c'est une tradition constante (larmi eux. Les rois de Perse , qui les rétablirent , leur laissèrent cette puissance par un décret exprès^ , que nous avons remarqué en son lieu ; et nous avons vu aussi que tes premiers Séleucides avaient plutôt augmenté que restreint leurs privilèges. Je n’al pas besoin de parler ici encore une fois du régne des Machabées, ou ils furent nou-seulement affranchis, mais puissants et redoutables à leurs ennemis. Pompée, qui ■os affaiblit , à la manière que nous avons vue , content du tribut qu’il leur iinpo.sa , et de les mettre en état que le peuple romain eu pût disposer dans le besoin, leur laissa leur prince avec toute la juridictiou. On sait assez que les Romains en usaient ainsi , et ne touchaient point nu gouvernement du dedans dons les pays û qui ils laissaient leurs rois naturels.
Enfin les Juifs sont d'accord qu'ils perdirent cette puissance de vie et de mort , seulement quarante ans avant la désolation du second temple ; et on ne peut douter que ce ne soit le premier 11crodo qui ait commencé à faire cette plaie à leur liberté. Car depuis que pour sc venger du Sanhédrin , où il avait été obligé de comparaître luimême avant qu’il fût roit, et ensuite, pour s'attirer toute l'autorité à lui seul, il eut atta<(ué cette assemblée qui était comme le sénat fondé par Moïse , et le conseil perpétuel de la nation , où la suprême juridiction était exercée , peu à peu ce grand corps perdit son pouvoir, et II lui en restait bien peu quand Jésus-Christ vint au monde. Les affaires empirèrent sous les enfants d’Hérode, lorsque le royaume d’Archélaüs , dont Jérusalem était la capitale, réduit en province romaine, fut gouverné par des présidents que les empereurs envoyaient. Dans ce mniheui-eux état, les Juifs gardèrent si peu la puissance de vie et de mort , que pour faire mourir Jésus-Christ , qu’à quelque prix que ce fût
' Talm. fiicrùsol. Tr. Sauhed.
* DttH. xni.
* I. Km. VII, M.
* Jo»r/ih. kiii. IU>. xiv.capt IVU, tj ».
U.MVERSELLE.
ils voulaient perdre , il leur fallut avoir recours à Pilate ; et ce faible gouverneur leur ayant d it qu’ils le fissent mourir eux-mêmes , ils répondi rent tout d’une voix : • Nous n’avons pas le pouvoir de faire • mourir personne '. » Aussi fut-ce par les mains d’IIérode qu’ils firent mourir saint Jacques , frère de saint Jean , et qu’ils mirent saint Pierre en prison '. Quand ils eurent résolu la mort de saint Paul, ils le livrèrent entre les moins des Romains comme ils avaient fait Jésus-Christ ; et lu vœu sacrilège de leurs faux zélés, qui jurèrent de ne boire ni ne manger jasqu’ii ce qu’ils eussent tué ce saint apôtre , montre assez qu'ils se croyaient déchusdu pouvoir de le faire mourir juridiquement. Que s’ils lapidèrent saint Étienne*, ce fut tumultuai rement , et par un effet de ces emportements séditieux que les Romains ne i>ouvaient pas toujours réprimer dans ceux <|ui se disaient alors les zélateurs. On doit donc tenir pour certain , tant par ces histoires que par le consentement des Juifs, et par l’état du leurs affaires, que vers les temps de Notre-Seigneur, et surtout dans ceux où il commença d'exercer son ministère, ils perdirent entièrement l'autorité temporelle. Ils ne purent voir cette [lerte sans sc souvenir de l’ancien oracle de Jacob , qui leur prédisait i|uu dans le temps du Messie il n’y aurait plus parmi eux ni puissance, ni autorité, ni magistrature. Un do leurs plus anciens auteurs le remarque* ; et il a raison d’avouer que le sceptre n'était plus alors dans Judn, ni l'autorité dans les chefs du peuple, puisque la puissance publique leur était ôtée , et que le Sanhédrin étant dégradé , les membres de ce grand corps n’étaient plus eon.sidéré's comme juges, mais comme simples docteurs. Ainsi, selon eux-mêmes, il était temps que le. Christ parût. Comme ils voyaient ce signe certain de la prochaine arrivée de ce nouveau roi , dont l’empire devait s'étendre sur tous les peuples, ils crurent qu’en effet il allait paraître. Le hruit s'en répandit aux environs, et on fut persuadé dans tout l’Orient , qu'on ne serait pas longtemps sans voir sortir de Judée ceux qui régneraient sur toute la terre.
Tacite et Suétone rapportent ce bruit comme établi par une opinion constante , et par un ancien oracle qu'on trouvait dans les livres sacrés du peuple Juif*. Josephe récite cette prophétie dans les mêmes termes, et dit comme eux qu'elle se trouvait dans les saints livres^. L’autorité de ces
’ Jmh. xvni, 31.
’ .Vrr. in , 1 , 2 , 3.
» Ibid. XIIII , 2X1T.
• Ibid. vil. M, 67.
’ Tmet. Voc. inaana Gen. are. Camm. in Cm.
* Suet. Vrvpas. n- 4. Tacil, Ulal. Ub. T. cap. xiti.
I Jonfph. de Bello Jud. lib vu , cap. \il , al. Lib. vl , cap. T. üfÿtrp.di Kxcid. Jer. Ib. v, cap. xuv.
DISCOL'ftS
iZi
livres, dont on avait >ii tes prédictions si visible* iDcnt accomplies en tant de rencontres, était grande dans tout l'Orient ; et les Juifs, plus attentifs que les autres à observer des conjonctures qui étaient principalement écriU*s pour leur instruction, reconnurent le temps du Messie, que Jacob avait marqué dans leur décadence. Ainsi les rédexions qu'ils Hreiit sur leur état furent justes; et sans se tromper sur les temps du Christ, ils connurent qu'il devait venir dans le temps qu’il vint en effet. Meds, û faibh*ssc de l’esprit humain, et vanité, source inévitable d’aveuglement I riiumilité du Sauveur cacha à ces orgueilleux les véritables grandeurs qu’ils devaient chercher dans leur Messie. Ils voulaient que ce fût un roi semblable aux rois de la terre. C’est pourquoi les flatteurs du pmuier ilérode, éblouis de la grandeur et de la magnifieenee de ec prince , qui , tout t^ rnn qu'il était, ne laissa pas d’enriebir la Judée, dirent qu’il était lui-mèmc ce rot tant promis '. C’est aussi cc qui donna lieu à la secte des bérodieiM , dont il est tant parié dans l'Évungile*, et que les païens ont connue, puisque Perse et son Scholiaste nous apprennent qu’encore du temps de Méron , la naissance du roi Uérode était célébrée par ses stfctalcurs avec la même solennité t[ue le sabbat. Josèphc tomba dans une semblable erreur. 0‘t homme, <« ins- « trult , comme il dit lui-mérae ^ , dans les prophé- ■ ties judaïques , coinme étant prêtre et sorti de
• leur race sacerdotale, « reconnut à la vérité que la venue de ce roi promis par Jacob convenait aux temjis d’Hérode, où il nous montre lui- même avec tant de soin un commencement inaiiifeste de lamine des Juifs : mais comme il ne vit rien dans sa nation, qui remplit ces ambitieuses idées qu’elle avait conçues de son Christ , il poussa un peu plus avant le temps de In prophétie : et l’appliquant à Vespaslen , U assura que « cet oracle « de l’Écriture siunillait ce prince , déclaré ein-
• pereurdnns la Judée *. »
C’est ainsi qu’il détournait l’Écriture sainte pourautorisor sa flatterie : aveugle , qui transportait aux étrangère l’espérancede Jai*ob et de Juda; qui cherchait en Vespasien le fils d* Abraham et de David , et attribuait û un prince idoljltrc le titre de celui dont les lumières devaient retirer les Gentils de l'idolâtrie.
1m conjoncture des temps le favorisait. Mais pendant qu'il attribuait à Vespasien ce que Jacob avait dit du Christ, les zélés qui défendaient Jérusalem se l’attribuaient à eux-mômes. C’est sur ce
f.Kpiph. liii. I, Hxr. x\. Hrrodl&n. r,t. l, p. 46.
* MiUh. x\n, 10. ,Varr. in,0; iii, 13.
* per», et vet. Schot. Sat, v, v. |80.
* Jwph. di* Min JikI. lib. ni , cap. xiv, al. h.
* ibt4. rt lib. Vfi, cap ut. al. 11b. vi, cap. v.
seul fomU'mi'iit ({u'ils sc promettaient l'empire du muude , eumine Josèphe le roeuiite ' ; plus raisonnables que lui , eu ce que du moins ils ne sortaient pas de la naliuii pour chercher raceompUssemeut des promesses faites à leurs pères.
Comment n'ouvraieul-ils pas les yeux au grand fruit (pie faisait dès lors parmi les Gentils la prédication (le l'Kvangile, et à ce nouvel empire que Ji'sus-Christ établissait |Kir toute la terre? Qu’y avait-il (le plus beau ([u'un empire ou la piété régnait, où le vrai Dieu triempliait de ridnlütric, où la vie éternelle était annoncée aux nation» inriiléles; et l'empire même des Césars n'étail-il pas une vaine pompe , à comparaison de celui-ci ? Mais cet empire n'était pas assez éclatant aux ycu\ ilu monde.
Qu'il faut être désabusé des grandeurs humaines pour connaître Jésus-Christ! Les Juifs connurent les temps; les Juifs voyaient les peuples appelés au Dieu d' Abraham , selon i'oracle (le Jacob , par Jésus-Clirist et par ses disciples : et toutefois ils ie méconnurent , ec Jésus qui leur était iléelaré par tant de mar(|ues. Et encore (pie durant sa vie et après sa mort il confirmât sa mission par tant de miracles , ces aveugles le rejetèrent , parce qu'il n'avait en lui que la solide grandeur destituée de tout l'appareil qui frappe les sens, et qu'ii venait plutét pour condoniuer que pour couronner leur amliition aveugle.
Et toutefois forcés par les conjonctures et les cireoaslanees du temps, malgré leur aveuglement, ils semblaient quel(|uefuis sortir de leurs préventions. Tout se disposait telleineiit, du temps de iNotrc-Scigncur, à la manifestation du Messie , (|u'iLs sou|x.’onnercnt que saint Jean Bapli.stc le iwuvail bien être *. Sa manière de vie austère , extraordiiiaii-c , élimnaute, les frappa ; et au defaut des grandeurs du monde, ils parurent vouloir d'aliord se contenter de l'éclat d'une vio si prodigieuse. La vie simple et commuuc du Jésus-Christ rebuta ces esprits grossiers autant que superbes, qui ne pouvaient (Hre pris que par les sens , et qui d'ailleurs , éloignés d'une conversion sincère , ne voulaient rien admirer que ce qu'ils reganlaient comme inimitable. De celte sorte , saint Jean-Baptiste , (pi'on jugea digne d'étre le Christ , n'en fut pas cru quand il montra le (ihrisl véritable; et Jésiis-Clirist , qu'il fallait imiter quaud ou y croyait , parut trop bumble aux Juifs pour être suivi.
Cependant l'impression qu'ils avalent conçue que le Clirist devait paraître en ce temps, était si forte , qu elle demeura prés d'un siècle parmi eux. Ils crurent que l'aecomplissement des pro-
' iIp l>r)lo Ii)d. lib. vit , cap. tit , ol 11b. Tl* cap- ▼.
* Lue. lit, 16. Joan. I, 19, W
SUR L’inSTülRE
phétles pouvait avoir une certaine étemlue , et n'était pas toujours toute reufeniiée dans un point précis; de sorte que, prés de cent ans, ii ne se parlait parmi eux (|ue des faux Christs qui se faisaient suivre , et des faux prophètes qui les annonçaient. Les siècles précédents n'avment rien vu de senibiuhlc; et les Juifs ne prodiguèrent le nom de Christ , ni quand Juda le .Slaehahée remporta sur leur tyrau huit de victoires, ni quand son frère Simon ies affranchit du Joug des Gentils, ni quand le premier Hirean lit tant de conquêtes. Les temps et les autres marques nu eonvenaient pas , et ce n'est que dans lu siècle de Jésus-Christ qu'on a euminencé à parler de tous ces Messies. 1-es Samaritains , qui iisaient dans le Pentatcuque ia praphétic do Jacob , se liront des Clirisis aussi bien que les Juifs, et un peu après Jésus-Clirist, ils reeouuureut leur I>oslthée ' Simon le Magicien , de même pays , se vantait aussi d'ètre le fils de Dieu; et Ménandre, son disciple, se disait le Sauveur du monde’. Dès le vivant de Jésus Christ, la Samaritaine avait ! cru que le Messie altail venir ^ : tant il était cons- | tant dans la nation , cl parmi tous ceux qui Ii- ' soient l'ancien oracle de Jacoh , que le Christ devait paraître dans ces conjonctures. •
Quand le terme fut tellement passé qu'il n'y eut plus rieu à attendre , et que les Juifs curent vu par expérience que tous les Messies qu'ils avaient suivis, loin de les tirer de leurs maux, n'avalent fuit que les y enfoncer davantage : alors ils furent longtemps sans iiu'il parût parmi eux de nouveaux Messies ; et Barchoehéhas est le dernier qu'ils aient reconnu pour tel dans ces premiers temps du christianisme. Mais l'ancienne , impression ne put être entièrement effacée. .\u i lieu de croire que le Christ avait paru , comme ils 1 avaient fait encore au temps d'Adrien ; sous les i Antouins ses successeurs, ils s'avisèrent de dire que leur Messie était au monde , bien <(u'il ne parût pas encore, parce qu'il attendait le prophète Élie qui devait venir le sacrer Ce discours était commun parmi eux dans le temps de saint J ust lu ; et nous trouvons aiLssi dans leur Talmud la doctrine d’un de leurs maîtres des plus anciens , qui disait « que le Christ était venu , selon qu'il était
• marqué dans les prophètes ; mais qu’il se te-
• nait caché quelque part à Rome parmi les pau-
• vres mendiants
Une telle rêverie ne put pas entrer dans les esprits; et les Juifs, contraints enfin d'avouer
■ OrijfM. Tract, xarii in Maltli. n* ïi, t. Ol. p. ssl ; I. x«l in Joan. o-«; t. iv, p. sa:. LIb. l , oinlr. OU. n'67, 1. 1, p 371.
’ /nas. adv. Uarrra. Ub. l, cap. xv, xxj, mine xxil, p. m.
a Kp;t£Tai, gocH. iv, 13.
* JwiliH. Dial, ciun Tryph. n- s , lu , p. 1 10 , ( 11.
a a. Judjfttiiii Cevi. Ofm. Tr. San. cap. xi.
UMVEUSELLE. iîi
que le Messie n'était pas venu dans le temps qu'ils avaient raison de l'attendre selon leurs anciennes prophéties, tombèrent dans un autre abime. Peu s’en fallut qu'ils ne renonçassent A l'espérance de lenr Messie qui leur manquait dans le temps; et plusieurs suivirent un fameux rabbin , dont les paroles se trouvent encore conservées dans le Talmud Celui-ci, voyant le terme passé de si loin , conclut que « les Israélites n'a- • valent plus de Messie à attendre, p.aree qu'il
leur avait été donné en la personne du roi Ézé- - chias. -
A la vérité, celte opinion, loin de prévaloir parmi les Juifs , y n été détestée. Mais comme ils ne connaissent plus rien dans les temps qui leur sont marqués par leurs prophéties , et qu'ils ne savent par où sortir de ce labyrinthe , lis ont fuit un article de foi de celle parole que nous lisons dans le Talmud ’ : • Tous les termes qui
> étaient marqués pour la venue du Messie sont
> passés; > et ont prononcé d'un commun accord: s Maudits soient ceux qui supputeront les temps ■ du Messie : • comme on voit , ilnns une tempête (jui n écarté le vaisseau trop loin de sa route , le pilote désespéré abandonner son calcul , et aller ou le mène le hasard .
Depuis ce temps , toute leur étude a été d'éluder les prophéticsoù le temps du Christ était marqué : ils ne se sont pas souciés de renverser toutes les traditions de leurs pères , pourvu qu'ils pussent ûter aux chrétiens ces admirables prophéties ; et ils en sont venus Jusqu'à dire que celle do Jacob ne regardait pas le Christ.
Mais leurs anciens livres les démentent. Cetto prophétie est entendue du Messie dans le Talmud ’ , et In manière dont nous l'expliquons se trouve dans leurs Paraphrases *, c'est-à-dire, dans les commentaires les plus authentiques et les plus respectés qui soient parmi eux.
Nous y trouvons en propres termes, que la maison et le royaume de Juda , auquel se devait réduire un Jour toute' la postérité de Jacob et tout le peuple d'Israël, produirait toujours des Juges et des magistrats. Jusqu'à la venue du AI essie , sons lequel il se formerait un royaume com|iosé de tous les peuples.
C'est le témoignage que rendaient encore ouït Juifs, dans les premiers temps du christianisme, leurs plus célèbres docteurs et les plus reçus. L'ancienne tradition, si ferme et si établie, ne pouvait être abolie d’abord; et quoique les Juifs n'appliquas.sent pas à Jésus-Christ la prophétie
» R. fniM. Cnm. Tr. San. cap. xi. Il, .Sbrau. ilr Uap. lldrL
> Cem. Tr. San. cap. xi. .Vuirt .VaimoH. in Epit. Tal. iâ. Abnu. dv Cap. 5ÜH.
^ (irm. Tr. Sanhed. cap. xf.
* P.àraph. Oukclos» lonalhui et Jcro^ol f idc Polug. .Kng.
DISCOURS
de Jacob, Ui n’avaknt encore osé nier qu'elle ne convint au Messie. Ils n'en sont venus à cet excès que longtemps après , et lorsque pressés par les chrétiens ils ont enlln aperçu que leur propre tradition était contre eux.
Pour la prophétie de Daniel , où la venue du Christ était renfermée dans le teime de quatre cent quatre-vingt-dix ans, à compter depuis la vingtième année d’Artoxerxe à la Longue-Main : comme ce terme menait à la Hn du quatrième millénaire du monde , c'était aussi une tradition très-ancienne parmi les Juifs, que le Messie paraîtrait vers la fin de ce quatrième millénaire , et environ deux mille ans après Abraham. Un Klie , dont le nom est grand parmi les Juifs , quoique ce ne srit pas le prophète , l'avait ainsi enseigné avant la naissance de Jésus-Christ ; et la tradition s'en est conservée dans le livre du Talmud '. 'Vous avez vu ce terme aceompii à la venue de Notrc-Scigneur, puisqu'il a paru eu effet euviron deux mille ans après Abraham , et vers l'an 4000 du monde. Cependant les Juifs ne l'ont pas connu; et frustrés de leur attente, ils ont dit que leurs [léchés avaient rctai-dé le Messie qui devait venir. Mais cependant nos dates sont assurées, de leur aveu propre ; et c'est un trop grand aveuglement de faire déjiendre des hommes un terme que Dieu a marqué si précisément dans Daniel.
C'est encore pour eux un grand embarras de voir que ce prophète fasse alicr le temps du Christ avant celui de la ruine de Jérusalem ; de sorte que , ce dernier temps étant aceompii , celui qui le précède le doit être aussi.
Josèphc s'est ici trompé trop grossièrement ’. Il a bien compté les semaines qui devaient être suivies de la désolation du peuple juif; et les voyant accomplies dans le temps que Tite mit le siège devant Jérusalem, il ne douta point que le moment de la perte de cette ville ne fût arrivé. Mais il ne considéra pas que cette désolation devait être précédée de la venue du Clirist et de sa mort ; de sorte qu'il n'entendit que la moitié de la prophétie.
Les Juifs qui sont venus après lui ont voulu suppléer à ce défaut. Ils nous ont forgé un Agrippa dtscendu d’ilérode , que les Romains , disent-ils , ont fait mourir un peu devant la ruine de Jérusalem ; et ils veulent que cet Agrippa , Christ par son titre de roi , soit le Christ dont il est parlé dans Daniel : nouvelle preuve de leur aveuglement. Car outre que cet Agrippa ne peut être ni le Juste , ni le Saint des saints , ni la fln des prophéties , tel que devait être le Christ que Daniel
* Cff». Tr. Sân. c*p. xi
* Antiq. lib. x, caj». ulU De BeU. Jud. Ub. vu, cap. iv, al- 1U>. VI, cap. U.
marquait en ce lien ; outre que le meurtre de cet Agrippa, dont les Juifs étaient innocents, ne pouvait pas être la cause de leur désolation, comme devait être la mort du Christ de Daniel : ce que disent ici les Juifs est une fable. Cet Agrippa, descendu d’Hérode, Rit toujours du parti des Romains : il fut toujours bien traité par leurs empereurs, et régna dans un canton de la Judée longtemps après la prise de Jérusalem, comme l'atteste Josèphe et les autres contemporains '.
Ainsi , tout ce qu'inventent les Juifs pour éluder les prophéties., les confond. Eux-mêmes ils ne se lient pas à des inventions si grossières ; et leur meilleure défense est dans celte loi qu'ils ont établie de ne supputer plus les jours du Messie. Par là ils ferment les yeux volontairement à la vérité , et renoncent aux prophéties où le Saint- Esprit a lui-même compté les années : mais [tendant qu'ils y renoncent , ils les accomplissent et font voir la vérité de ce qu'elles disent de leur aveuglement et de leur chute.
Qu'ils répondent ce qu'ils voudront aux prophéties; la désolation qu'elles prédisaient leur est arrivée dans le temps marqué ; l'événement est plus fort que toutes leurs suMilités; et si le Christ n’est venu dans cette f.itale conjoncture , les prophètes en qui ils espèrent les ont tiom[)és.