‹ suvres de Bossuet De l'instruction de Mgr Le DauphinChapitre 74 sur 518 · CHAPITRE .\X1V · texte numérisé non relu

CHAPITRE .\X1V

Circonstances ini^morabtcs de la cluite des Juifs : suite de leurs fausses inter|]rélatiuus.

Et pour achever de les convaincre , remarquez deux clrconstmices qui ont accompagné leur chute et la venue du Sauveur du monde ; l'une , que la succession des pontifes, pcrpétuelleet Inaltérable depuis Aaron , finit alors; l’autre, que la distinction des tribus et des familles, toujours conservée jusipi'à ce temps , y périt, de leur aveu propre.

Cette distinction était nécessaire jusques au temps du .Messie. De Lévi devaient naître les ministres des choses sacrées. D'Aaron devaient sortir les prêtres et les pontifes. De Juda devait sortir le Messie même. Si la distinction des familles n'eût subsisté jusqu'à la ruine de Jérusalem , et jusqu'à la venue de Jésus-Christ , les sacrifices judai(|ues auraient péri devant les temps, et David eût été frustré de la gloire d'être reconnu pour le père du Messie. Le Messie est-il arrivé; le sacerdoce nouveau , selon l’ordre de Melch'isédech , a-t-il commencé en sa personne, et la nouvelle royauté qui n'était pas de ce monde a-t-elle paru: on n'a plus besoin d’Aaron , ni de Lévi , ni de

■ De Bello Jud. lib. vu, cap. XXIV, al. 5. Jealuf Tihr. BiiiiloUi. Pbot. ood. ixxill, p. 1>.

SUR L’HISTOIRE UMVERSELLE.

Juda, ni de David, ni de icnrs famiiies. Aaron n'est plus nécessaire dans un temps où les sacrifices devaient cesser, selon Daniel *. La maison de David et de Juda a accompli sa destinée lorsque le Christ de Dieu en est sorti ; et comme si les Juifs renonçaient eux-mêmes à leur espérance , ils oublient précisément en ce temps la succession des familles, jusques alors si soigneusement et si religieusement retenue.

N'omettons pas Une des marques de la venue du Messie , et peut-être la principale si nous la savons bien entendre , quoiquelle fasse le scandale et l'iiorreurdes Juifs. C'est la rémission des péchés annoncé'e au nom d'un Sauveur souffrant , d'un Sauveur humilié et obéissant jusqu'à la mort. Uaniclavait marqué , parmi ses semaines ' , la semaine mystérieuse que nous avons observée , où le Christ devait être immolé, où l'alliance devai t être confirmée par sa mort , où les anciens sacriftccs devaient perdre leur vertu. Joignons Daniel avec Isaïe ; nous trouverons tout le fond d'un si grand mystère ; nous > verrons l'homme de > douleurs , qui est chargé des iniquités de tout le ■ peuple , ipii donne sa vie pour le péché , et le ” guérit par ses plaies ■ Ouvrez les yeux , incrédules : n'cst-il pas vrai que la rémission des péchés vous a été précliée au nom de Jésus-Christ crucifié? S'était-on jamais avisé d'un tel mystère? Quelque autre que Jésus-Christ , ou devant lui , ou après , s'est-il gloriflé de laver les péchés par son sang? Se sera-t-il fait crucifier exprès pour acquérir un vain honneur, et accomplir en luimême une si funeste prophétie? 11 faut se taire , et adorer dans l'Évangile une doctrine qui ne pourrait pas même venir dans la pensée d'aucun homme , si elle n'était véritable.

L'embarras des Juifs est extrême dans cet endroit : ils trouvent dans leurs Écritures trop de passages où il est parlé des humiliations de leur Messie. Que deviendront donc ceux où il est parlé de sa gloire et de scs triomphes? Le dénoùment naturel est, qu'il viendra aux triomphes par les combats , et à la gloire par les souffrances. Chose incroyable ! les Juifs ont mieux aimé mettre deux Messies. Nous voyons dans leurTalmud , et dans d'autres livres d’une pareille antiquité t , qu’ils attendent un Messie souffrant et un Messie plein de gloire; l’un mort et ressuscité, l’autre toujours heureux et toujours vainqueur ; l'un à qui conviennent tous les passages où il est parlé de faiblesse , l'autre à qui conviennent tous ceux où il est parlé de grandeur; l'un enfin fils de

• Dan. IX, J7.

■ Ifan, ix,as,S7.

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* Tr. Suces, et Comm. fîpe |>srsphr. sop. Csat. esp. vn,

Joseph, car on n'a pu lui dénier on des caractères de Jésus-Christ qui a été réputé fils de Joseph , et l'autre fils de David : sans jamais vouloir entendre que ce Messie , fils de David , devait , selon David , ioire du torrent avant que de lever la tète ‘ ; c'est-à-dire, être affligé avant que d’étro triomphant, comme le dit lui-même le fils de David. • O Insensés et pesants de cœur , qui ne

• pouvez croire ce qu'ont dit les prophètes , ne « fallait-il pas que le Christ souffrit ces choses, « et qu’il entrât dans sa gloire [lar ce moyen ■ ? •

Au reste, si nousentendons du Messie ce grand passage où Isaïe nous représente si vivement Vhotnme de douleurs frappé pournos péchés, et défiguré comme un lépreux^, nous sommes encore soutenus diuis cette explication, aussi bien que dans toutes les autres , par l’ancienne tradition des Juifs ; et , malgré leurs préventions , le chapitre tant de fois cité de leur Talmudt nous enseigne que ce lépreux , chargé des péchés du peuple, sera le Messie. Les douleurs du Messie, qui lui seront causées par nos péchés , sont célèbres dans le même endroit et dans les autres livres des Juifs. Il y est souvent parlé de l’entrf'e aussi humble que glorieuse qu’il devait faire dans Jérusalem, monté sur un âne; et cette célèbre prophétie de Zacharie lui est appliquée. De quoi les Juifs ont-ils à se plaindre? Tout leur était manpié en termes précis dans leurs prophètes ; leur ancienne tradition avait conservé l'explication naturelle de ces célèbres prophéties ; et il n'y a rien dé plus juste que ce reproche que leur fait le Sauveur du monde * « : Hypocrites , vous

• savez juger par les vents, et jiar ce qui vous < parait dans le ciel , si le temps sera serein ou

• pluvieux ; et vous ne savez pas connattre , à « tant de signes qui vous sont donnés , le temps où

• vous êtes 1 •

Concluons donc que les Juifs ont eu véritablement raison de dire que tous tes termes de ta venue du Messie sont passés. Juda n’est plus un royaume ni un peuple : d’autres peuples ont reconnu le Messie qui devait être envoyé. Jé'sus- Christ a été montré aux Gentils : à ce signe, ils sont accourus au Dieu d’ Abraham ; et la bénédiction de ce patriarche s'est répandue par toute la terre. L’homme de douleurs a été prêché , et la rémission des péchés a été annoncée par sa mort Toutes les semaines se sont écoulées ; la désolation du peuple et du sanctuaire , juste punition de la mort du Christ , a eu sondernier accomplissement ; enfin le Christ a paru avec tous les caractères que

* Pt.cn.

> Lue. XXIV, X5, le.

s /*. un.

* Cem. Tr. Senhed. cep. xi.

* MuWt. XVI, s, s, 4. Lue. xù, M.

DISCOURS

la tradition des Juifs y reconnaissait , et leur incrédulité n’a plus d'excuse.

Aus.si voyons-nous depuis ce temps des marques indubitobies de icur ri'probation. Après Jésus-Christ, iis n’ont fait que s'enfoncer de pius en pius dans i'i;^orance et dons ta misère, d'où In seule extrémité de leurs maux , et la honte d'avoir été si souvent en proie à l'erreur, les fera sortir, ou plutôt la bonté de Dieu, quand le temps arrêté par sa providence pour punir leur ingratitude et dompter leur orgueil sera aecompli.

Cependant ils demeurent la ri.séc des peuples , et l'objet de leur aversion , sans qu'une si longue captivité les fosse revenir à eux , encore qu'elle dût suflire pour les convaincre. Car, enfin, comme leur dit saint JérOme ' , « Qu'attends-tu ,

• 0 Juifincrédulc? tu as commis plusieurs crimes

• durant le temps des Juges ; ton idolâtrie t'a

• rendu l'esclave do toutes les nations voisines;

• mais Dieu a eu bientôt pitié de toi , et n'a pas

• tardé à t'envoyer des sauveurs. Tu ns multiplié

• tes idolâtries sous tes rois ; mais les aluminations

• où tu es tombé sous Achoz et sous Monassès

• p'ont été pimies que par soixante-dix ans de

• captivité. Cyrus est venu , et il t'a rendu In pa- ' « trie, ton temple et tes sacrifices. A la fin , tu as

• été accablé par Vespasien et par Tite. Cinquante

• ans après, Adrien a achevé de t’exterminer, et

• il y a quatre cents ans que Ui demeures dans - l'oppression. • C'est ce que disait saint JérOme. L’argument s'est fortifié depuis , et douze cents ans ont été ajoutés à la désolation dif peuple juif. Disons-lui donc , au lieu de quatre eents ans , que seize siècles ontvudurersacaptivilé, sans que son joug desienne plus léger. « Qu'a»-tu fait , 0

• peuple ingrat? Esclave dans tous les pays, et

• de tous les princes, tu ne sers point les dieux

• étrangers. Comment Dieu qui t'avait élu fa-t-il

• oublié , et que sont devenues ses aneicnnes mi-

• séricordes? Quel crime, quel attentat plus

• grand que l'idolâtrie te fait sentir un cliâtiment

• que jamais tes idolâtries ne t'avaient attiré? fu

• te tais ? tu ne peux comprendre ce qui rend Dieu

• si inexorable? Souviens-toi de cette parole de

• tes pères : Son sang soit sur nous cl sur nos

• enjants ’ : et encore : Nous n'avons point de

• roi que César * Le Messie ne sera pas ton roi ;

• garde bien ce que tu as choisi ; demeure l'es-

• clavede César et des rois, jusqu'à ce que la

• plénitude des Gentils soit entrée, et qu'enjin

• tout Israël soit sauvé >

' Hier. Ep. a<i Dardin. Ton. ii cot. oio.

* Hétiilh. x&vit, 2r..

* ^oan. XIX . 4b.

* /ïf>m. XI,

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