T. II./). CIO, SIS
n* INSTRUCTION PASTORALE
dec cvéqups intnis» à des évAïue* mis par fîolence rn rhassant les légitimes pasteurs , à des évéques ilunt la succession n’estpas constante, ou rpii s’arpaehentderunitéparunenipture. « Il y eut. dit-il',
• de» évéchésoù plusieurs prélats sesuccédèrent Tun « à Tautre également hérétiques. «Que reut-il conclure de là, puisque leur succession n’est qu'une continuation de la violence? I.e bannissement d'un Athanase, d’un Hilaire, d'un Uiisèhe de Verci-il et de Saniosate, d’un Paulin de Trêves, d’un Lucius de Mayence, et de tant d’autres illustres exilés, ne leur Otait pas leurs sièges, et ne doniuiit point d’autorité à ceux qui les usurpaient. T>e peuple tenait par la foi à ses légitimes pasteurs, à quelque extrémité du monde qu’ils fussent chassés. Ain.si la sticcession subsistait toujours, et même d'une manière très éclatante. Quelle difficulté y peut-on trouver? On objecte les dix provinces d'Asie qui étaient pleines, disait saint Hilaire, de lAaxphfwa/eurs •. Sans doute elles étaient pleines de res blasphémateurs que Constance avait établis par la force , et dont le titre emportait leur condamnation. Que nuit à la succession une pareille violence ?
Au reste, il ne faut point chicaner sur la violence, ni insinuer qu’on ne voit pas dans les coeurs, pour discerner ceux qui dissimulent d’avec ceux qui croient de bonne foi. I.a violence parait assez- quand on ne change que par force , et qu'oti revient à son naturel aussitôt (ju’on est en sa liberté. C'est ce qui arrivadu tempsde Constance. Le ministre en est d’accord, et U répète par deux fois qu'on riiangea d’un moment à l’autre par la seule mort de l’empereur L On ne peut donc pas douter de l’état violent où tout était.
On ne veut pas croire la surprise. L 'arianisme, dit-on *, était trop connu fwur s' tj laisser tromper. Cependant le fait est constant. Dans le temps que les donalistes objectaient à l’Église l’obscurcissement qui arriva sous Cx)nstance : « Qui ne sait, leur
• répondit saint Augustin^, qu’en ce temps plu-
• sieurs hommes de petit sens furent trompés par
des paroles obscures, en .sorte qu’ils croyaient
• que li^s ariens (qui afTectaieiit de parler comme ■ eux) étaient aussi de même créance? •
Saint Hilaire explique plus amplement ce mystère d’iniquité, et il disait aux ariens: «Pourquoi « imposez-vous à l’empereur, aux comtes (et aux
• officiers de l’empire), etpourquoi circonvenez-vous
• l’Kglise de Dieu par les artifices de Satan ? Que ne
• parlez-vousfrancltement? Ou avouez ouvertement « ce que vous voulez avouer, ou niez ouvertement « ce que vous voulez nier ® . »
En général, tout novateur est artificieux; et pour ôter au i>etiple l'idée de son innovation odieuse, il tôchede faire pas.ser ses dogmes sous la figure et l’expression des dogmes anciens. C'est la pratique ordinaire de tous les hérétiques, qui savent si bien se cacher, que les plus fins y sont pris ; et dans les innovations du seizième siècle les équivoques de
» /». r.is. — * T. Il, p. flIH, C71 . «73. — * P. MB, «M. —
• Ih>4. — * Pp. xr.iii . ri>f. XLTin , >td fincent. n* 31 , /.
Il, col. ;:iw — * arf Aux.
Rucer sur la présence réelle en pourraient être un exemple. Quoi qu'il en soit , c’est ainsi que furent déçus les évéques de Rimini. 11 ne faut pas dire que l’arianisme était trop connu; les ariens, et, entre les autres, Ursaceet Valens, qui avaient fait plut d’une fois une feinte abjuration de rariaoisme , et dont le dernier la renouvela solennellement dans le concile de Rimini , étaient de si subtils dissimulateurs et si féconds en expressions trompeuses, que les évéques trop simples, • hérétiques sans le « savoir, sine conscientia hxretici , tombèrent,
• dit saint Jérôme ' , dans leurs uouveaux piége.B , « yérimenensibus rfolUirretiti ; • et ce Père, après avoir raconté « qu’ils appelaient à témoin le corps
• du Seigneur et tout ce qu'il y a de saint dans
• l’Kgliüt , > qu'ils n'avaient rien soupçonné qui fût douteux dans In fui de ceux qui les avaient engagés à souscrire, les fait parier en cette sorte : « Nous pensions que leur sens s'accordait avec « leurs paroles: nous n'avons pu croire que dans « l'Église de Dieu , où règne la bonne foi et la <• pure confession de la vérité, on cacliôt dans le « crctir autre chose que ce qu'on avait dans la « bouclie : nous avons été trompés par la trop « Donne opinion que nous avons eue des méchants, « (tecepit nos bona de math existimafio : nous
• n'avons pu croire que des ministres de Jesus-
• Ûirist s'élevassent contre lui-méme. » Voilà dans le fait ce que disaient ces évéques : et si j’ajoute un seul mot à letirs discours, le ministre peut me convaincre à l’ouverture du livre : ce que j'ose bien assurer qii’ü n’entreprendra pas.
Mais, dit-il, pourquoi alléguer la violence, si c'est une affaire de surprise? comme si l'on n’eOt pas pu mêler ensemble ces deux injustes moyens, et faire servir les menaces à rendre les esprits moins attentifs à l’artifice. Quoi qu’il en soit, le fait est positif, et il n’est pas permis d’y op|K)ser de si vaines conjectures.
Mais encore, poursuit le ministre, • de.s évéques « si aisés à surprendre étaient-ils fort propres a •> assurer la foi des peuples ? » Sans doute dans ett moment ils manquèrent à leur devoir d'une manière déplorable ; mais peu de temps auparavant, et tant qu’ils furent en lil>erté, ils avaient si bien enseigné la foi de Nicée , à laquelle aussi ils revinrent aussitôt après, que les peuples savaient à quoi s’en tenir, et que la foi de leurs évéques leur était connue. Je pourrais en confirmation vous allouer d'autres faits aussi constants ; et je suis certain que personne n'osera soutenir que je raconte autre cliose que cc qu'on trouve dans saint Atlianase , dans saint Hilaire, dans saint Jérôme, dans saint Augustin et dans tous les auteurs du temps, sans en excepter un seul.
Mais voici le dernier effort des objections du ministre. La maxime ( que l'Kglise ne peut jamais perdre sa visibilité ni son étendue) est de saint .4ugustin ; ce sont ses paroles , et de son aveu nous avons déjà pour nous un si grand homme : mais , ajoute-t-il, elle est évidemmentfausse, h causequ’e^/é
• Nier, adp. turf/, cop. 7.
SUR LES PROMESSES DE L’ÉGLISE
tst contraire à saint Grégoire de iWaziansef ce (lu'il appuie en ces termes : Que messieurs les prélats se déterminent entre ces deux Pères, Us seront assez embarrassés. Il nomtne dans la même cause saint Hilaire et saint Athanase
Vous le voyez, mes chers frères : toute l’adresse de vos ministres n’est qu’à mettre aux mains les saints docteurs les uns contre les autres sur des articles capitaux. Ils ne veulent trouver dans leur doctrine que doutes et incertitudes , notamment sur les promesses de Jé.sus-Christ. C’est aussi ce que doivent faire ceux qui n’y croient pas , et qui veulent en éluder l’évidence. Mais il n'y a là aucun embarras: carquedit saint Augustin, et que disent ces autres Pères Saint Augustin dit que si la visibilité et l’étendue de l’Eglise était éteinte par toute la terre avant saint Cyprlen et Donat , il n'y aurait pluseu d’Église qui edt pu enfanter saint Cyprien, et de qui Donat eût pu naître : Donatus wtde ortus est? Cgprianmn quæ peperitf et encore, |K)ur faire voir que la succession n’a pu manquer , il y avait, dit-il , san4 doute une fCglise qui pùt en* fanter saint Cyprien : erat Ecclesia quæ pareret Cypr/ontfm* , et ainsi du reste. Si cette doctrine est douteuse, ce n'est pas au seul saint Augustin qu’il s’en fout prendre : saint Jérome disait comme lui aux lucifériens, avec totis les orthodoxes : > Si « rf^lise n'est plus qu’en Sardaigne, d'où espérez- « vous, comme un nouveau Deucalion, retirer le « monde abîmé ^ * Tous les Pères grecs et latins ont raisonné de la même sorte ; et on a pu voir dans l'Instruction précédente < leur doctrine, que le ministre laisse en son entier , sans même songer à y répondre. Voyons si saint Athanase, si saint Grégoire de Kazianze , si saint Hilaire ont dit ou pu direquela succession ail manquédeleurtemps. Mais au contraire nous venons d'ouïr saint Athanase, qui , trois ans après l'a^aire de Rimini , nous fait voir l'Eglise étendue par toute la terre, et les ariens toujours réduits au petit nombre.
Mais il a blâmé les ariens, qui se vantaient de la multitude de leurs peuples, de leurs évéqiies et de leurs temples. Oui , dans quelques endroits de rorient il a vu des peuples entièrement oppressés, des évêques intrus, des temples et des Églises arra* dtés par force aux catholiques, dont les fondateurs témoignaient la foi des ancêtres. Il ne veut point qu’on se vante de tels temples; des trous, des cavernes leur sont préférables , et il vaut mieux être seul, comme un Noé, comme un Lot, que d’étre avec une telle multitude. C'est ce que dit saint Athanase; c’estceque dit saint Hilaire; c'est ce que dit saint Grégoire de Nazianze. Veulent-ils dire par la, qu'en effet ou demetire seul? Et qu'a tout cela de contraire à la doctrine de saint Augustin sur la perpétuité et l'étendue de l’Eglise?
Il ne faut pas croire pour cela, que les saints évêques abandonnassent les Eglises, ni qu'ils en tinssent la possession pour indtfl'érente; au con-
• T.u.p.cm, «««,«71. 072. — * xcin. ai fine,
n" »? , rir., eot. »i«. — * HifTVH, Dial. adv. tari/, cup.
* 1 iiui, pasi.
traire, ili la,regardaient comme deatitrea de l'an-
qui té de la foi . On sait les combats de aaint A inbroiae,
pour ne point livrer les catholiqnes qne les ariens ronlaientini dter par l'autorité de l'impératrice Justine. « Qu'on nous les enlève par force, répondait-
• il', je ne résisterai pas; mais je ne les livrerai
• jamais; je ne livrerai |ms l'héritage de Jé.<ns-
• Clirist;... Je ne livrerai pas l'héritage de nos pè-
• res, l'héritage de Denis qui est mort en eiil pour
• la cause de la foi , l'héritage d'Eustorge le coiifes-
• seur , l'héritage de Myrocles et des autre-, évé- ■ ques Ddèles, mes prédécesseurs. • Ils conservaient donc autant qu’ils pouvaient les temples sacrés que leurs préd^seurs avaient bâtis; et comme nous ils prouvaient par ces monuments l’antiquité de la foi catholique. Quand ils ieur étaientravis parforee, ils se contentaient de garder la foi, qui ne laissait pas néanmoins de demeurer établie par ces temples mêmes, quoiqu'entre les mains des hérétiques; parce que tout le monde savait qu'ils n'avaient point été dressés pour eu». Cest ce que nous disons encore, et nous employons ces témoignages dans le même esprit que les Pères.
J’ai donc sclievé l'ouvrage que la charité m'imposait pour le salut de nos frères réunis, et il ne me reste qu'à prier Dieu, comme j'ai fait au commencement, qu'il leur donne des yeu* qui voient , et des oreilles qui écoutent. Pour peu qu’ils les ouvrent et qu'ils se rendent attentifs à la vérité, elle ne leur sera pas longtemps cachée. Les promesses de I Evangile , que je les prie de considérer, sont courtes, claires, précises : on a vu qu'elles n« deiiundent aucua examen pénible; et si j'ai voulu entrer dans quelques faits qui dépendent de l’histoire ecclésiastique , comme ils sont connus , incontestables, et dans le fond avoués par le ministre , ils ne peuvent plus causer aucun embarras.
Eu effet, considérons encore une fois devant Dieu , et en éloignant l'esprit de dispute, ce qu'on a prouvé par tant de faits, tirés par exemple de l’histoire de l'arianisme. Quoi ? qu'il y aura eu des tentations, d« scandales, des cliiites affreuses, de longues persécutions, sous prétexte de piété, et par de faux frères soutenus de l'autorité de quelques rois clirétiensp Nous le savons; nous avons été avertis que nous avions tout à craindre, même
• no» pèrei, de no» mires, de nos /rires, et des domestiques de la foi". C’est pourquoi , s'il s'est trouvé parmi les persécuteurs, des Nérons, des Domitiens, ouvertement infidèles; s’il s'y est trouvé des apostats etdes déserteurs de la foi; il s'y est aussi trouié, et bientôt après, des ConsUncea, des Valens,des Anastases, qui ont affligé l'Église sous rapparencu d'un cliristianisme trompeur; et nous avons déjà remarqué que nous attendions encore à la fin des siècles quelque chose de plus séduisant. Mais que l'on puisse perdre pour cela la trace de la succession apostolique ; loin de nous l'avoir prédit, Jésus-Qirist nous a promis le contraire, et l’expériencedu temps passé aide encore à nous confirmer pour l'avenir.
-gmt. gp. m. |;e;i. ui, a* IS - ’ .WoHS. X , 35 , »S.
61B U< INSTRUCTION PASTORALE
Ainsi Ton n'est pas luéiue obligé à savoir ces faits, qu'on exagère si fort; les promesses fondamentales de l’Évangile sur la durée de l’Église étant, comme on a vu, très-intelligibles par ellesmêmes, il lie faut, pour toute réponse à ceux qui cherchent des difücultés dans leur accomplissement, que l'exemple d’Abraliam, qui, comme disait saint Paul * , • n'a point vacillé dans la foi,
• mais au contraire s'y est alTermi, donnant m gloire à Dieu , et demeurant pleinement persuadé « qu’il était assez puissant pour accomplir ( à la
• lettre) tout ce qu'il avait promis. »
Si donc on a peine à croire qu’au milieu de tant de traverses, et des changements qui arrivent sous le soleil , Dieu conserve sans interruption la succession des apdtres et la suite du ministère ecclésiastique, en sorte que toute nipture et toute innovation soit une conviction d'erreur et deschisme, sansnKhne avoir besoin de remonter jamais plus haut : si , dis-je , on a peine àcroireque cela se puisse exécuter, et qu’on y clierche des difficultés ou des embarras, il n’y a qu’à se souvenir que Jésus-Christ nous a donné sa tou/e-puissance pour garant d'une promesse si merveilleuse, et conclure avec Abraham, selon saint Paul, qu'U est puissant pour accompfir ce qu’il apromis.
Pour éluder un raisonnement si pressant , votre ministre profiose cette trompeuse maxime : l’écénement est interprète de la promesse *. On voit bien où ces messieurs en veulent venir. C'est à éfüder l'effet évident et le sens certain de la promesse de Jésus-Christ, en alléguant des interruptions telles qu'on voudra, en inventant des innovations sur la doctrine, et en attribuant à l’Église des idolâtries qu'elle n'eut jamais. Mais si l’on veut^ par exemple, lui imputer à idolâtrie l’boimeur qu'elle rend aux saints, à leurs reliques et à leurs images , ü faudra comprendre non-seulement l’Église romaine, mais encore l’Église grecque , dans cette accusation ; puisque c'est elle qui a célébré avec Rome même, et qui compte encore aujourd'hui parmi ses conciles le concile de Nicée , où tout cela est contenu. Qu’était donc devenue alors la promesse de Jésus-Christ? Pour soutenir ces idolâtries prétendues universelles dans l’Église, il faudrait dire de deux choses l'une, ou que Jésus-Christ avait été tous les jours avec une Église idolâtre , ou que ce mot , tous les jours , n'exclut pas toute interruption, et que Jésus-Christ (ce qu’à Dieu ne plaise) a jeté en l’air de grands mots qui n’ont point de sens.
On me fait accroire que j’entreprends de donner des bornes àla promessede Jésus-Christ parrapport aux Grecs , et on croit avoir droit , à mon exemple , de lui en donner par rapport aux Latins. Mais c'est là une pure chicanerie, et j'ai déjà dit que la promesse de Jésus-Christ n’est astreinte par elle-méme , ni aux Grecs, ni aux Latins, ni à aucune nation particulière; mais qu’il suffit, pour la vérifier, que la succession des apôtressubsiste toujours partoute
la terre, en quelque peuple que ce soit. Si on prétend que révéneinent démente cette promesse, on argumente contre Jésus-Christ , et ou change le sens naturel de ses paroles.
Laissons donc là ce commentaire par l’évéïiement. J’avouerai peut être qtie l’événement pourra, en second, servir d’interprète à des prophéties obscures et paraboliques. Mais pour la promesse fondamentale de l’Évansile, qui est conçue en termes si clairs, elle s’interprète elle-même; et pour toute interprétation, il n’y a qu'à dire : Jésus-Christ es/ osscs pumanf ^H)ur faire tout ce qu'H apromis : et la restreindre par l’événement , c’est la dénientir.
La promesse de Dieu à Abraham : Je multiplie^ rai tapostèrité t était absolue; et Dieu avait déterminé que cette postérité lui serait donnée /wr tsaac > : le cas arriva qu'Abraham allait l’immoler par ordre de Dieu ; mais ce terrible événement ne fit chercher à Abraham aucune restriction à la promesse : il n'en crut pas moins que sa race lui serait comptée dans cet Isaac qu WéXoxX prêt d’égorger; à cause qu'f/ cru/, dit saint Paul * , que Dieu le pouvait ressusciter. C'est-:Vdire qu’il faut croire toutee qu'il y a de plus incroyable, plutôt que d'affaiblir des promesses claires, contre leur sens manifeste. Ihute puissance m'est donnée : aWezàoM: avec assurance; et, sans vous jeter dans la recherche des faits particuliers, croyez d’une ferme foi que votre ouvrage n’aura ni fin ni interruption , puisque c’est moi qui le dis.
Contre la simplicité, la précision, la clarté de ces paroles, on D’allèguc que chicanerie, illusion, dissimulation : on appelle au secoora la Synagogue , avec laquelle en ce|^int l’Église chrétienne n’a rien de commun : on critique chaque parole , et visiblement on ne dit rien : et il demeure si clair , par la promesse de Jésus-Christ, que touteequi rompt la chaîne, tout ce qui s’écarte de la ligne de la succession , est schismatique, qu'il a fallu en venir enfin à défendre ouvertement le schisme , à le trouver digne des saints et de.s prophètes , et à séparer ces grands hommes de la société du peuple de Dieu, et du sacerdoce institué par Moïse. Jugez maintenant , mes frères , qui sont les vrais défenseurs de la promesse de Jésus-Christ , ou ceux qui la prennent comme nous dans toute son étendue, ou ceux qui, contraints d’en déguiser ou violenter toutes les paroles , après yavoir cherché toute sorte d'inconvénients , à la fin se laissent forcer à trouver la sainteté dans les schismatiques.
Au contraire, la gloire de l’Église ne lui peut étreotée. Lutlierel les autres novateurs du seizième siècle savent bien , en leur conscience, qu’ils l’ont trouvée en pleine possession lorsqu’ils s’en sont séparés, et que d'abord ils avaient été nourris dans son sein. J'en dis autant des vicléOtes, des bohémiens , des vaudois , des albigeois , de Bérenger et des autres. Si nous remontons aux Grecs, le ministre n’a pu nier que nous n’ayous vécu ensemble.
* Rom. I , an, SI. — r ii,p. S6S,6sa.
' G'cji. \\i, li. Rtém. IX, 7. /lebr. xxi, IS
SUR Lb:s PROMKSSES Dt L’ÉGLISE.
rt reeonnu d'un commun accord la chaire de saint Pierre. Ils se sont donc faits, en la quittant , novateurs comme les autres, et leur défection est notée. Nous sommes à couvert de tels reproches; et l’Église catlK)lic|ue se peut glorilier d'étre la seule société sur la terre à qui , parmi tant de sectes, on ne peut jamais montrer, en quelque point que ce soit , par aucun fait positif, qu’elle se soit détachée des pasteurs qui étaient en place, ou du corps du ciiristianisme qu’elle a trouvé établi. Elle est donc la seule qui n’est point sortie de la suite promise |iar Jésus-Christ, et qui par la succession écoute encore dans les derniers tenii« ceux qui ont ouï les apdtres , et Jésus-Christ inénie. Quelle plus belle distinction peut-on trouver dons le inonde? quelle plus grande autorité? Mais les errants la craignent, parcequ’elleest trop contraignante pour leurs esprits licencieux.
RÉPO.NSE
4 diverses cslonmies qii'oii nous fuit sur l'écriture et sur
li'aulm point».
Après <le si grands ecbircissements» sur la proinessedf Jésus Christ, vous offenserai-je, mes frères, si je vous conjure de vous y rendre allenlifs ? Donnez enwredeux heures de temps à relire notre première Instruction pastorale : vous aurez honte des dileanesdont on s est servi pour y répondre, et des minuties o»i Ton a réduit le myslcre du salut. Surtout, vous y trouverez en quatre ou cinq paites la résolution manifestede ladifliciilté où votre ministre vous jette d’abord Il vous fait craindre, mes frères, de prendre à ta lettre et dans toute son étendue la promesse de Jésus-Christ ; et il de vous faire accroire que nous ne la proposons que dans le dessein 6g jeter les ftommes dan.i ntjnorance^ et de leur rendre l'ficriture sainte non-seulement inufife, mais encore dangereuse * : il conclut, sur ce fondement, que nous inspirons le mépris de l’Ecri^ tare et ce u’est pas là. poursuit-il, une WusUm une conséquence qu’on nousattrilnie: .V. de Meaux [enseigne précisément et nettement. A cela que répondrai-je? me plaindrai-jc de la calomnie? en demanderai-je réparation? Cela serait juste; n«is le salut de mes frères m'inspire quelque chose de meilleur. Je demande, en un mot, par quel endroit prétendent-ils que nous voulons introduire l’ignorance? Kst-ce à cause que nous disons que la science du salut ne s’éteint jamais dans TÉglise? Est-ce induire h incpriser celle science, que de montrer ou elle est toujours?
Mais vous dites qu’on n’a pas besoin de chercher sa foi dans le.s l'icritures? catholique répond : II est vrai, je n'ai pas besoin de la chercher, parce qu elle est d’abord toute trouvée. J’ai dit mon Credo avant que d'ouvrir l’fccriture ; vaut-il mieux en commencer la lecture dans un esprit de vacillation
' PrfiH. fnst. tur Itt Prom. de ViSyliMe. — * T. H , t , c. H» lu &IA, 617, UM, etc. — > P. &I0. — ‘ P.
bitt.
et d'incertitude, que dans la plénitude de la foi?
Mais , poursuit-on , I’ ^xriture est donc inutile , si on a déjà la foi sans elle? N'est-ce donc rien de la confirmer, de l’animer, de la rendre agissante par l’amour ; d'en peser toutes les promesses , tous les préceptes, tous les conseils; de s'en servir pour mieux entendre ce qu’on croit déjà ; et, dans l’occasion, pour convaincre l'hf rétique et i'opinidtrequi ne veut pas croire à l’Église? Mon Instruction précédente a reconnu ces utilités dans rÉcriiiire; et vous nous faites accroire que nous croyons inutile ce qui produit de si grands fruits!
La calomnie est bien plus étrange, de nous faire dire que nous la trouvons dangereuse. Mais qui jamais parmi nous a proféré ce blasphème? Sous prétexte qu'il est dangereux de vouloir interpréter l’Écriture par son propre esprit, et qu’il n’y a de salut que de l’entendre humblement' comme elle a toujours été entendue, ou nous fera dire que nous In trouvons dangereuse! .Seigneur, jugez-nous, et inspirez à nos frères des sentiments plus équitables.
Nous méprisons les saints livres : le peut-on seu* lement penser? F^t-ce mépriser l’Écriture, que de dire qu'elle a son sens simple et naturel, qui a frappé d'.il)ord les esprits des fidèles? Lorsqu'ils écoutaient, qti'a« commencernfnttef ’erheétai/,el(]uil était en Dieu, et qii’// était Pieu • , ils ont entendu qu’il était Diett^ non point en figure, maisnntiirelienient et proprement; et c’est pourquoi l'évangéliste ajoute apiés. non pas qu'il a été fait Vérité ou qu'i) a été fait Dieu, mais qu’éfonf f'erbe et étant Dieu devant tous les temps, il a encore dans le temps été Jait homme. Kst-ce mépriser l'Écriture, de dire que ce vrai sens a fait impression sur les fidèles, qu'on se l’est transmis les uns aux autres, et qu’Arius, qui l’a rejeté, l’a trouvé établi dans l'Église? J’en (lis autant de.s autres dogmes révélés de Dieu et nécfscaires au salut : le vrai chrétien n'eu a jamais pu douter : et, sans aucun examen , sa foi est formée. Est-ce donc là ce qu’on appelle mépriser l'Écriture ? n*est-cc pas plutôt l'honorer , et, sans crainte de s'égarer, y trouver la vie éternelle?
Mais vous avez dit, m'ohjecte-l-on*, qu’on avait instruit des peuples entiers sans leur faire cherclier leur foi dans les Écritures, et qu’en effet • la charité
• ne permettait pas d'attendre à prêcher la foi jus- > qii'àcequ'onsdtassez des langues barbares pour « y faire une traduction aussi diflîcile et aussi im<*
• portante que celle des livres divins , ou bien d’en « faire dépendre le salut des peuples • Il est vrai, je reconnais mes paroles ; mais le ministre , qui n>o les reproche, ne devait pas oublier que c’est là un fait incontestable , et le sentiment exprès de saint Irénée, évéquede Lyon, que j’ai marqué eu ces termes, comme connu de tout le monde : • Saint « Irénée et les autres Pères en ont fait la remarque <* dès leur temps <. » Le passage de ce saint martyr n'est ignoré de personne; le ministre l'a vu marqué dans ma précédente Instruction, et n’a pu le nier. Lisez-le, mes frères, comme un témoignage
• JottH. 1,1. — * r. U , p. MO. — * past. — ♦
ir INSTRUCTION PASTORALE
authentique de la foi de dos ancêtres, puisque c*est la foi d*un saint qui a conversé avec les disciples des apdtres , et qui a illustré le second siècle par sa doctrine et par son martyre : l'Éqlise gallicane a eu Tavanlage particulier de l’avoir pour évéque , dans une de ses plusanciennes et principales l-lglises ; et ce nous doit être une singulière consolation , de trouver dans ses écrits un monument domestique de notre foi. Voici ses paroles : « Si les apôtres, « dit-il < , ne nous avaient pas laissé les écritures,
• ne fallait-il pas suivre la tradition qu’ils laissaient
• a ceux à qui ils confiaient les Églises! ordre qui se « justifie par plusieurs nations barbares qui croient
en Jésus-Uiirist, sans caractère et sans encre, « ayant la loi du salut écrite dans leurs cccurs par « le Saiiit-F.sprit , et gardant avec soin la foi d'un « seul Dieucréateur du ciel etde la terre, etde tout
• ce qu’ils contiennent, par Jésus-^^hrist Fils de « Dieu; » et le reste qu’il est inutile de rapporter. Il suffit de remarquer seulement qu’il détaille et spécifie tous les articles qu’on apprend sans les toitures; et voilô en termes très-clairs la foi salutaire, sans le secours de ces livres divins.
Votre ministre s’élève ici contre moi, sur ceque je dis : que ces |)euples étaient sauvés sans qu'on teuT portât autre c/tose que te sommait'e de la foi dan* te Symbole des apôtres * , et il ne veut pas qu'on lui en parle. Mais qu'il l'appelle comme il voudra; il faut bien avouer, au fond, qu’il y avait un sommaire de la foi semblable à celui que nous avons : qu’on l'appelle, ou, comme parlait dans un autre endroit le niéme saint Irénée 3, la régie fmnio6i/e de la vérité qu'on recevait dans le baptême , ou, avec toute l'antiquité, le Symbole des apôtres; toujours est-il bien certain que la doctrine u’en pouvait venir que de ces hommes divins qui ont fondé les Églises. Ne vous lassez point, mes cliers frères, et écoutez la suite du passage de saint Irctioe , que Dous avons commencé. « Ceux, dit-îl qui ont re<^u « cette foi sans les Écritures , selon notre langage, « sont barbares ; mais pour ce qui regarde le sens , « les pratiques et la conservation selon ta fui , ils
• sont extrêmement sages, niarclianl devant Dieu « en toute justice, clwstcléet sagesse; et si quel- « qu’un leur annonce la doctrine des hérétiques, € on les verra fermer leurs oreilles et prendre la « fuite le plus loin qu’il leur sera possible, nepou- « Tant seulement souffrir ces blasphèmes ni ces « prodiges, à cause, répondront-ils, que ce n’est « pas là ce qu’on leur a enseigné d'abord. »» Vous le voyez, mes chers frères, ces barbares, si bien instruits sans les Écritures , n’etaient pas de faibles chrétiens, mais très-fermes dans la foi et dans les œuvres, et très-pleinement instruits contre la doctrine des hérétiques. Si c’était moi qui parlasse ainsi; combien votre ministre se récrierait-il que je méprise les Écritures, en les déclarant inutiles! Mais les saints, de qui nous avons retju les livres divins , ne craignent point ce reproche; car ils sa-
' r-rn. adiK Hier. ti6. III, 4. - > f. Intl. paU. Rrp. ém .Vi«. p. 661. — * Lit. 1. e. I. — * Ub. lii, c. 1.
valent que PÉcriture viendrait en confirmation de la foi , qu’ils avaient re^ue sans elle ; et louant b l>onté de Dieu, qui, |H)ur s’opposer davantage a l'oubli des hommes, avait rédigé la foi dans les écrits des apôtres , ils ne laissaient pas de bien entendre qu’on pouvait être parfait clirétien sans les avoir.
Vous voyez maintenant la cause du silence de votre ministre sur le passage de saint Irénée : c’est qu’il a senti qu'il ne laissait point de réplique, et il a seulement tenté de lui opposer un endroit de saint Clirysostôme * , * où il assure positivement « que les Barbares , Syriens , Égyptiens , Indiens,
« Perses, Éthiopiens, avaient appris à philosopher « en traduisant chacun dans sa langue l’évangilo • de saint Jean. • Il triomphe de cette parole en disant : Que M. de Meaux démente , s'il veut, saint Chrysosfôme. Mais je neveux non plus démentir saint Chrvsostume que saint Irénée. Il ne convient qu’aux ennemis de la vérit«‘, de chercher à commettre entre eux ses défenseurs , plutôt que de les concilier ensemble , comme il est aisé en cette occasion.
Il n'y a pas ombre d’opposition entre saint Irénée, qui assure que, de son temps, il y avait des peuples entiers qu’oii regardait dans toute l'flglise comme parfaits chrétiens, sans qu’ils eussent l'Écriture sainte ; et saint Chrysostôme qui dit, deux cents ans après, qu’elle se trouve riiez les peuples qu'on lui vient d’entendre nommer. Car d’ahord U est bien certain que , dès le temps de saint Irénée , des peuples entiers, que saint Chrysostôme n’a pas nommés, avaient reçu la foi. Saint Justin , qu: a souffert le martyre un peu devant saint Ireiiée, compte parmi ceux où la foi avait pénétré, jusqu’.! ces Scythes vagabonds et presque sauvages, qui traînaient sur des chariots leurs familles tou« jours ambulantes ». Qu’on ait traduit l’Écrilurc dans leur langue, ni saint Chrysostôme ne le dit, ni il n’en reste aucune mémoire dans toute la tradition ecclésiastique ; et quand il serait certain (ce qui n’est pa.s) que les peuples dont saint Chrysostônie a parié, comme ayant traduit l’ÉcriCure, seraient les mêmes dont saint Irénée a si positivement assuré qu'ils ne l’avaient pas de son temps, notre cause n’en serait pas moins en sûreté, et il demeurerait toujours pour également incontestable, qu'on peut être parfaitement chrétien sans l'Écriture, parla seule autorité delà tradition, comme a parlé saint Irénée.
Il sera donc véritable qu'on doit à la vérité donner l’Écriture, le plus tôt qu’on peut , à tous les peuples chrétiens; mais, sans discuter davantage ni saint Justin, ni saint Irénée, ni saint Chrysostôme, il n'y a point de protestant si déraisonnable, pour laisser périr quelques peuples dans leur ignorance , sous prétexte qu'on n’aurait encore pu traduire en leur langue les livres sacres.
Sans parler des peuples barbares qu’on aurait sauvés pur la foi, avant même qu’ils pussent avoir
' r. Il, />. Ul. Ihm, I, inJouH. — » Apol. Il, et «4r. Trt/ph.
SUR LES PROMESSES DE L*ÉGL1SE
les Krritures, il est bien certain que la méthode commune de tous les chrétiens est de faire dire Credo à ceux qu*on instruit, grands et petits, dès qu’on leur présente l'flcriture sainte, et avant qu’ils 4’aieut ouverte. Qu’on dise tout ce qu’on voudra du Symbole des apdtrcs, eesera toujours un fait véritable qu’il est re<^u et pratiqué partout cequi porte le nom de chrétien , et que , pour en suivre la méthode, il faudra toujours faire connaître aux fidèles rEqlise catholique, avant qu'on leur ait nommé l’Kcriture sainte , dont le Symbole ne fait aucune mention; c'est-à-dire que les apdtres, dont ce Symbole a pns tout l’esprit , ont reconnu dans l’Église catholique la source primitive de la foi et du salut.
C’est là que tout liérétique demeurera court; et encore que le nom même de l'Église catholique ne se trouve pas dans l'f^riture , ce sera toujours sous l’autorité de ce nom que les fidèles seront élevés dans la vraie fol. Quand ensuite ils liront l’Écriture ^inte, et que, toujours sous l’inslructioii de l’Église catholique, ils y trouveront la même foi qu’on leur avait annoncée, ils y seront confirmés, leur cœur sera consolé; mais b foi re(^ue de main en ntain par les successeurs des apôtres , sera toujours leur première règle.
Quand le ministre trouve ridicule , et même impossible, que les pasteurs de l’Église reçoivent b foi les uns des autres , • à cause , dit-il > , que
• b foi de l'évêque mourant s'éteint avec lui , sans « qu’il la puisse bisser à son successeur qu'il ne
• connaît pas,» il montre parce mauvais discours qu’il ignore parfaitement l’état de la question. Quand on dit qu'on reçoit b foi de son prédécesseur , on ne veut dire autre chose sinon qu’on se fait une règle inviolable de croire et de prêcher dans l'Église ce qu’on y a cru et prêché devant nous. Tant qu'on persévérera dans cette résolution , on n’enseignera jamais d’erreur, on ne sera jamais dans le scliisme et dans la rupture. Si quelque évêque rompt la chaîne de la tradition , le reste de l’Église réclamera contre : le novateur sera noté éternellement ; et quand il entraînerait son peuple avec lui , son peuple devra sentir dans sa conscience , par la seule innovation de son pasteur, qu'il ne peut plus se sauver sous sa conduite.
I..e ministre met donc tout en confusion, et ne s’entend pas lui-même , lorsqu’il demande si l'évêque « qui meurt, laisse sa foi sur son siège, ou
• s'il peut b laisser de main eu main , comme une « chose matérielle *. • Voici le nœud et la chaloe qui captive tous les esprits. L’Église catholique a toujours pensé, dès son origine, que sa foi ne cliangerait jamais, et ne devait ni ne pouvait jamais ciianger. Aussitôt donc qu’on sent quelque changement dans un corps constitué de cette sorte , en quelque temps que ce soit , on se souvient de la promesse :on rappelle dans son esprit la règle de oê changer point , et de n’avoir jamais besoin de changer : i’innovation est marquée , et en mên>e
■ r. ft , p. sio , su , su, etc.— * ibitt.
temps détestée avec ses auteurs , et b fol demeure immuable dans sa succession.
Cest la consolation des catholiques, toutes les fols qu’ils voient le corps de leurs pasteurs tenir toujours le même langage, et prétdier b même foi. Dans les derniers qui sont en place, ils entendent tous leurs prédécesseurs, et remontenl par les apôtres jusqu'à Jésus-Christ. '
Quand on s’écrie après cela : ■ Pauvre Écri- « ture, comment Dieu vous a-t-il dictée? Que
• vous devenez inutile ! Il n’y a qu’à montrer l’É-
• glise ■ : > encore un coup , on ne s'entend pas. Heureux celui qui , né et instruit dans le sein maternel de l’Église et dans la foi des promesses , n'a jamais besoin de disputer ! S’il s'est écarté de cette voie, ou travaille à le ramener parles Écritures; s’il n’y a jamais été , et qu’il soit encore infidèle, on lui lira les prophéties dont l’Écriture est pleine , et on tâchera de lui en marquer les autres caractères divins. Mais il y aura toujours grande difTérence entre celui qui clierche, et celui qui, bien instruit par l’Église , aura tout trouvé dès le premier pas.
L’exemple des hérésies lui fera sentir b sûreté où U faut marciier. Cette voie , nous a-t-on dit , mène à n^^noraNce*. Voyons donc ce qu'ont appris ceux qui l’ont quittée, et qui ont voulu être plus sages que l’Église catholique. C’est par là que lesmarcionites et les manichéens ont appris que l’J’lglise précédente avait falsifié les Écritures canoniques, et qu’il y avait deux premiers principes, dunt l'un était la cause du |>éché : les ariens ont appris que le Fils de Dieu était une créature , et ne pouvait être appelé Dieu qu'improprement : les pébgiens ont appris qu'il n’y avait que les simplet et lesignorants qui pussent croire qu’on fût pécheur par le péché de son père ; ou que l'on eût besoin de la grâce, à chaque acte de piété que produisait le libre arbitre. Viclef a appris qu’il n’y a )K)int de libre arbitre, et que Dieu était auteur du péclié : Luther, Melanchton, Calvin et Rèze, avec les autres réformateurs du seizième siècle , ont succedéà cette science : les luthériens , en particulier, ont appris à sauver la réalité par leur ubiquité; elles calvinistes, à mettre au rang des saints et à recevoir aux mystères ceux qui tiennent ce prodige de doctrine , aussi bien que le semi-pélagianisme , dont les mêmes luthériens sont convaincus. Les calvinistes ont pour leur compte particulier l'inamissibilité de la justice , et la sanctification de tous les enfants des fidèles dans le sein de leurs mères. Ces deux dogmes sont définis dans le synode de Dordrect : b cliose n’est pas douteuse parmi les gens de bonne foi : la suite de ces deux dogmes, c'est que jusqu'à la fin du monde la grâce ne peut sortir d'une famille où elle est entrée une fois, et que David dans ses deux crimes. Salomon dans ses idolâtries , et saint Pierre dans son reniement , n’ont point perdu la justice.
C'est ainsi que se sont rendus savants ceux qui
• P. 647, 6t«, 649, eic. — > P. 646, 66S.
cas n» msTBUcnoN
ont renoncé à la foi de l'Église. Tous ces faits que j'ai posés sont demeurés et demeureront étemeilemont sans réplique. I^s catholiques évitent par leur soumission ces sciences Jcuasement nommées' et ils éprouvent beiireusement que c’est tout sa- Toir que den'en pas vouloir savoir plus que l'Kglise, c’est «àHlire de ne vouloir pas être savant jAusqu'Ü \e fatU *.
Mais on doit bien se garder de croire que , sous Cf prétexte, nous négligions d’enseigner au peu* pie les vérités de la religion. Il n'y a qu'à lire nos Gauchismes; et, puisque c'est moi qu'on prend à partie, et qu’on accuse de vouloir introduire l’ignorance , sou.s prétexte de faire valoir la promesse de Jésus-Christ, il vous est aisé de connaître la calomnie. Car, puisqu’on vient de parler de Catéchisme, si vous voulez jeter les yeux seulement sur celui que j’ai mis en main au |H>uple que je sers( et chaque évéque vous en dit autant dans les diocèses où vous êtes, avec encore plus de confiance), vous verrez, qu’à l’exeinple de saint Paul, nous ne leur avons rien soustrait de ce (fui est utile à leur salut, et que nous leur annonçons, en toute vérité et pureté, ta connaissance de Dieu, et la foi en Jésus^Christ notre Seigneur
Dites-nous donc, mes frères, en quoi nous entretenons l’ignorance Vos ministres voudraient bien qu’on crdt que nous n’instruisons pas assez notre peuple sur la connaissance de Dieu et contre l'idokUrie. Mais ils savent bien le contraire; ils savent bien , dis-je , que nous enseignons parfaitement que Dieu est seul , et que seul il a tout tiré du néant. Le reproche d’idolâtrie toml)e visiblement par ce seul dogme. Aussi vos miiiistre.s ne nous le font plus que par coutume ou par engagement ; et leur conscience les dément , comme la nétre nous lait inépriserde vains reproches, où nous ne sommes touchés que de l’injustice de ceux qui osent encore les renouveler.
Si par là ils sont contraints d'avouer qu'avec un tel sentiment il est iini>ossiblc qu'on soit idolâtre dnn.ssnn cœur, et qu’ils tâchent de trouver notre Idolâtrie dans notre culte extérieur, ils n’entendent pas la nature de ce culte, qui, ne pouvant être autre diuse que la démonstration des sentiments intérieurs, ne permet en aucune sorte qu’on soupçonne d’idolâtrie ceux qui connaissent Dieu en vérité, cl l'adorent seul au-dedans.
Mais si nous enseignons très-purement laconnaissance de Dieu, nous ne sommes pas moins soigneux de faire connaître Jésus -Christ. Pcul-on nous reprocher avec la moindre vraisemblance que nous taisions à nos peuples qu'étant Dieuetlmmme, la satisfaction qu'il a offerte pour nous à la croix est infinie et sural>ondante; en sorte qu'il n'y manque rien, et qu’il ne reste autre chose à faire au chrétien que de s’en appliquer la vertu par une foi vive? En quelle conscience pourrait-on dire que nous UissoDS ignorer celle foi, ni qne nous puissions après cela égaler le Uni à l’infini , et comparer au-
• /. Tim. «1 , JO. — • Row. ’iH, 5. — » Jrt. xx, JO, 31.