‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 105 sur 192 · PREMIÈRE SEMAINE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SEMAINE

ÉLÉVATIONS A DIEÜ SUE SON UNITÉ BT SA PBBPECTION.

PREMIÈRE ÉLÉVATION

L’étrede Dleo.

De toute éternité Dieu est, Dieu est parfait, Dieu \ est heureux, Dieu est un. L'impie demande : Tour- / quoi Dieu est-il? Je lui réponds : Pourquoi Dieu ne serait-il pas? Est-ce à cause qu’il est parfait : et la perfection est-elle un obstacle à l’être? Erreur insensée! au contraire, la perfection est la raison d'être. Pourquoi l’imparfait serait-il, et le parfait ne

» T. Il, P U“. — * Ci-i1rMUt.

Diyûizeiu uy vjc»u^lc

es# ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES.

Mrait-il pas? C*est-à*dire pourquoi ce qui Ueot plus du néant serait-il , et que ce qui n'en tient rien du tout ne serait pas? Qu'appeUe-t*oo parfait? Un être à qui rien ne manque. Qu'appelle-t-on imparfait ? Un être à qui quelque chose manque. Pourquoi l’être k qui rien ne manque ne serait-il pas. plutôt que l’être à qui quelque chose manque? l)'où vient que quelque chose est . et qu'il ne se peut pas faire que le rien soit, si ce n'est parce que l'être vaut mieux que le rien, et que le rien ne peut pas prévaloir sur rêtre, ni empêcher l’être d'être? Mais parla même raison, l'imparfait ne peut valoir mieux que le parfait, ni être plutôt que lui , ni l’empêcher d'être. Qui peut donc empêcher que Dieu ne soit? et pou^ quoi le niant de Dieu, que fimpie veut imaginer dans son eaur insensé^ , pourquoi , dis-je , ce néant de Dieu remporterait-il sur l’êlre de Dieu ? et vaut-il mieux que Dieu ne soit pas, que d'être?

ODieulon se perd dans un siKcand aveuglement. L’impie se perd dans le néant de Dieu , qu'il veut préférer à l'être de Dieu : et lui-même, cet impie, ne songe pas à se demandera lui-même pourquoi il est. Mon âme, Âme raisonnable , mais dont b raison est si faible, pourquoi veux-tu être, et que Dieu ne soit pas? Hélas! vaux-tu mieux que Dieu? Ame faible, âme ignorante, dévoyée, pleine d'erreur et d'incertitude dans ton intelligence, pleine dans ta volonté de faiblesse, d'égarement, de corruption ,<de mauvais désirs, faut-il que tu sois, et que la certitude, la compréhension, la pleine connaissance de b vérité, et l'amour immuable de b justice et de la droiture ne soit pas ?

Il* ÉLÉVATION.

Li perfretioo et rélernllé de Dira.

On dit : Le parfait n'est pas : le parfait n'est qu'une idée de notre esprit, qui va s'élévaiitde l'imparfait qu'on voit de ses yeux , jusqu’à une perfection qui n'a de réalité que dans la pensée. C'est le raisonnement que Pimpie voudrait faire dans son cœur insensé, qui ne songe pas que le parfait est le premier, et en soi, et dans nos idées; et que l'imparfait en toutes façons n'en est qu’une dégradation. Dis-moi , mon âme, comment entends-tu le néant, sinon par l'être? Comment entends-tu la privation, si ce n'est par la forme dont elle prive? Comment l'imperfection, si ce n’est par b perfection dont elle déchoit? Mon âme. n'entends-tu pas que tu as une raison, mais imparfaite , puisqu'elle ignore, qu'elle doute, qu'elle erre, et qu’elle se trompe? Mais corn mententends-tu l'erreur, si cen'est comme privation de b vérité ; et comment le doute ou l'obscurité, si ce n'est comme privation de l’intelligence et de b lumière : ou comment enfin l’ignorance, si ce n'est comme privation du savoir parfait : comment dans la volonté, le déréglement et le vice , si ce n’est comme privation de la r^le, de b droiture et de b vertu ? Il y a donc primitivement une intelligence, une science certaine, une vérité, une fermeté, une inflexibilité dans le bien

• P$. xui, I.

une règle, un ordre, avant qu'il y ait une dêdiéance de toutes ces choses : en un mot , il y a une perfection avant qu'il y ait un défaut; avant tout déréglement, il faut qu'il y ait une chose quiesteil^ même sa règle, et qui, ne pouvant se quitter soimême, ne peut non plus ni faillir, ni défaillir. Voilà donc un être parfait : voilà Dieu , nature parfaite et heureuse. IjC reste est incompréhensible, et nous ne pouvons même pas comprendre jusqu'où il est parfait et heureux; pas même jusqu'à quel point il est incompréhensible.

D'où vient donc que l'impie ne connaît point Dieu ; et que tant de nations , ou plutôt que toute b terre ne l'a pas connu ; puisqu'on en porte l'idée en soi-même avec celle de la perfection ? D'où vient cela , si ce n’est par un défaut d'attention , et parce que l'homme, livré aux sens et à rimagination , ne veut pas ou ne peut pas serecueiltiren soi-même, ni s'attacher aux idées pures, dont son esprit embarrassé d'images grossières ne peut porter la vérité simple?

L’homme ignorant croit connaître le cliangement avant riininutabilité; parce qu'il exprime le changement par un terme positif . et riinmutabilité par la négation du changement même : et il ne veut pas songer qu'être immuable c'est être, et que dianger c'est n'êlre pas : or l’être est , et il est connu devant la privation, qui est non-être. Avant donc qu'il y ait des choses qui ne sont pas toujours les mÀues, il y en a une qui, toujours la même, ne souCfrepoint de déclin; et celle-là non-seulement est, mais encore elle est toujours connue, quoique non toujours démêlée ni distinguée, faute d’attention. Mais quand, recueillis en nous-mêmes, nous nous (rendrons attentifs aux immortelles idées dont nous ^portons en nous-mêmes la vérité, nous trouverona que la perfection est ce que l’on connaît le premier ; puisque , comme nous avons vu , on ne connaît le défaut que comme une déchéance de la perfection.

Encore de retre de Dieu , et de ton éternelle

Je suis celui qui suis : celui qui est m'envoie à vous* : c'est ainsi que Dieu se définit lui-même; c’est-à-dire , que Dieu est celui en qui le non-être n'a point de lieu ; qui par conséquent est toujours , et toujours le même : par conséquent immuable : par conséquent étemel : tous termes qui ne sont qu'une explication de celui-ci : Je suis celui qui est. Et c'est Dieu qui donne lui-même cette explication par b bouche de Mabchie, lorsqu'il dit chez ce prophète : Je suis le Seigneur ^ et je ne change pas •.

Dieu est donc une intelligence, qui ne peut ni rien ignorer, ni douter de rien , ni rien apprendre: ni perdre, ni acquérir aucune perfection : car tout' cela tient du non-êtte. Or Dieu est celui qui est, celui qui est par essence. Comment donc peut-on penser que celui qui est ne soit pas, ou que l'idée qui comprend tout l'être ne soit pas réelle; ou que, pendant qu'on voit que l'imparfait

* Exod. IM , 14. — ’ Mal III, 0.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

Mt. on puisse dire, on puisjie penser, en entendant ce qu*on pense, que le parfait ne soit pas?

O qui est parfait est heureux; car il connaît sa perfection : puisque connaître sa perfection est une partie trop essentielle de la perfection pour manquer à Tétre parfait. O Dieu ! vous êtes bien heureux! O Dieu! je me réjouis de votre éternelle félicité! Toute n^criture nous prêche que /'Aomme qui expère en t'ous est heweux ‘ : à plus forte raison êtes-vous heureux vous-même, 6 Dieu en qui on espère! Aussi saint Paul vous nppolle-t'Il expressément bienheureux : Je vous annonce ces choses selon le glorieux Evangile de Dieu bVnheureux *. El encore : 6” estceqnt' nous montrera en son temps celui qui est bienheureux , et le seul puissant y Hoi des rois et Seigneur drs seigneurs , qui seul possède Cimmortalité y et kalnte une lumière inaccessitde , à qui appartient la gloire et un empire étemel, /tinen O Dieu bienheureux! je vous adore dans votre Iranheur. Soyez loué à jamais, de me faire connaître et savoir que vous êtes éternellfinent et immuablement bienheureux. Il n'y n d heureux que vous seul , et ceux qui connaissant votre éternelle félicité, y mettent la leur. Amen, amen.

" de Dieu.

Écoute y Israël: le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur * ; car II est celui qui est. Celui qui est est indivisible : tout ce qui n*est pas le parfait, dégénère de la perfection. Ainsi le Seigneur ton Dieu étant le parfait est seul // n'y a point un autre Dieu que Tout ce qui n'est pas celui qui est jiar essence et par sa nature, n’est pas et ne sera pas éternellement, si celui qui est seul ne lui donne l'être.

S'il y avait plus d'un seul Dieu, il y en aurait une infinité. S’il y en avait une infinité, il n'y en aurait point. Cardiaque Dieu n'étant que ce qu'il e.st , serait fini, et il n'y en aurait point à qui l'infini ne manquât ; ou il en faudrait entendre un qui contînt tout, et qui dès là serait seul. Écoutey Israël : écoute dans ton fond : n'écoute pas à l'endroit où se forgent les fantômes : écoule à l’endroit où la vérité se fait entendre, où se recueillent les pures et simples idées. Écoute là, l.sraël : et là, dans ce secret de ton cœur, où la vérité se fait entendre, là retentira sans bruit cette parole : Ix Seigneur notre Dieu est un seul Seigneur**. Devant lui les deux ne sont pas : tout est devant lui comme n'étant point y tout est réputé comme un néantTy comme un vide, comme une pure inanité: parce qu'il est celui qui est , qui voit tout, qui sait tout, qui fait tout , qui ordonne tout, et qui appelle ce qui n’est pas comme ce qui est*.

t.» pmdf nec ft la providence de Dieu.

Qui est celui qui appelle toute la suite des gêné-

( Pi. xxif, 0. LXXXIII, 13. — * /. Tim. i. 11. — > Ibid. Vf, ts, IS. —* Dent. VI, 4.—* IM. iii,)4. IV, S6, Sg. ~ • f>eut. VI, 4. — * h. XL, 17, tt. IS. Pi. XXXTIII, S. — • RaUl. IV, 17.

rations dis le commeneemenlt C'est moi le Seigneut'y qui suis le premier et le t/emicr<; qui dans le centre de mon éternité vois tout commencer et tout finir.

Babylone, assemble te.x devins : que dis-je, tes devins? assemble tes dieux ; Qu’ils viennent: qu ils nous annoncent les choses futures : qu'ils noue annoncent du moins tous les temps passés ( et qu^s fassent la liaison des uns avec les autres) : nous serons attentifs à vos paroles. DiUs-nous ce qui arrivera, que nous sachions les choses futures ; annoncfz-ies-nous y et nous avouerons que vous êtes des dieux. Faites-nous du bien et du mat y si vous pouvez * ; car si vous le pouvez Caire à votre gré, vous pouvez le prévoir et le deviner. Mais vous n'étes rien , tant que vous êtes de faux dieux. Fotre ouvrage n'est rien non plus : U est au rang de ce qui n'est pas : celui qui vous choisit pour son Dieu est abominable Cest ainsi que le prophète Isaïe , et avec lui tous les saints, convainquent de néant les dieux des païens.

Mais moi y dit le Seigneur par la bouche de ce saint prophète, comme je fais tout, je prédis ce que je veux. Qui sera celui qui le fera venir de Corient : qui l’appellera de loin , afin quille suh:e : qui dissipera devant son épée les nations comtw de la poussière y et les armées devant son arc comme de la paille que le vent emporte Je le ferai venir de l’aquilon et de l'orient ^ celui que je sais et que je vois de toute éternité *. C’est Cyrus que j’ai nommé pour être le libérateur de mon peuple. Il connaîtra mon nom : tous les princes seront devant lui comme des gens qui aniatsenl de la boue. Qui esi-eequi l'a annoncé dès le comnencemeni^} Cestmd leSeigneur, c'est la mon nom :Je ne donnerai pas ma gloire à un autre , ni ma louange aux idoles. Ce que j'ai annoncé au comusencement y et qui a paru le premier dans mes oracles y voilà qu’il arrive. Je découvrirai encore de nouvelies choses : devant qu'elles paraissent y Je rous les ferai entendrei. Israèty tu es un petqde dissipé : qui t'a donné en proie à tes ennemis , si ce n'est le Seigneur lui-même y parce que nous avons péché ? et il a répandu surnous le souffle de sa colère •.

Et maintenant , dit le Seigneur? , je te crée de nouvecM , Jacob; et Je te forme , Israël. Je suis le Seigneur ion Dieu et ton Sauveur, ô Itraèl! Je suis. Il n’y a point de Dieu devant moi, et il n'y en aura jxHnt après. Je suis. Je suis le Seigneur, et il n'y a que moi qui sauve. Dès le commencement Je suis :Je suis le Seigneur votre saint , le roi et te créateur disrail. Ne songez plus aux choses passées, J'en vais faire de nenwettes. J’ai formé ce

* h. XU. 4. — < Ikid. SX, ta. ~ 9 Aid. S4. — * 7&id. 9. — i tbid. 26.

* M. Sossori, eo dtant Ir t. 2 dv cc chapitre, n'a pas exprhné le mot Juttum, le juiU , qui rtt dans le texte 4acrC. Id U fait enteodreqoeCyrov était U ngure de léaua- Chriat , et qi*o e*élaU œ Juste par exœlteooe que le SainS Eaprlt falaiH anooooer priocIpaiemeDU ( Èdit. de Dijàeis.'\ — * ts. XU, M. — t /«. XLU .B, ». — • Aid. S , S4, SS. -•/a. USÉS, I, S, 10. Il, IS. IS, IS, I». SI.

«Nserr.— vove iv.

ÉLÉVATIONS Sim LLS MVSTEUES.

«ÏC.

peuiih futur moi, rt Je ceux qu'il raconte mt. touauqer.

Je suis le premier et le dernier , nirore un coup ; et iln 'ijn de Dieu que moi seul. Je suis le Seigneur qui fais tout : qui remis inutiles tous les présages des derins : je leur renrerse t'cspril , et Je change leur sagesse en folle. Mais au contraire, j'esccuttô'ai après plusieurs siècles, et Je ferai rerirre la parole du prophète mon serciteur que j'ai inspiré , et J'accomplirai les prédiclions de mes messagers. Je dis à Jérusalem ruinée et changée en solilinle : Tu seras pleine d'hahitants. Je dis aux villes de Juda: l'ousserei rcért/ifj , je relèverai vos ruines, et je remplirai cos rues solitaires et abandonnées. J'ai ditüCtjrus : T'uttsttcs le prince que fai choisi : vous accomplirez ma volonté. J'ai dit à Jérusalem ; fous serez Mlle; rt an temple réduit en cendres: fous serez foneté de nouveau' . J’ai nommé livras pour accomplir cet ouvrage.

folcl ce qu'a dit le .Seigneur à Cijrus : Mon oint , que J’ai pris par la main pour lui assujettir les naliottS, et mellre en fuite les rois devant lui ; je le livrerai les trésors cachés; ce qu'on aura recelé dans les lieux les plus cachés le sera ouvert : afm que tu saches que je suis te .‘ieigneur , te Dieu d’Israël, qui te nomme par Ion nom. Je ne l'ai pas flit pour l'amour de toi ; mais fiour [amour de Jacob mon serrileiir , el ([Israël que fai choisi. C'est pour lai rpie je t’ai nommé ftar ton nom. Je t’ai représenté , Je l’al figuré tel que lu es. Tu ne me connaissais pas : cl moi je le revêtais de puissance, afin que du levant Jusqu'au couchant on sache qu'il n'ija de D eu que mol; ctque moi, el nonpas un autre. Je suis leSeigneur; c'est moi qui crée la lumière, el qui répands tes ténèbres . je pardonne et jepunis:Jerf/s/W6Hclebien etlemal, lapaixet la guerre , selon le mérite d'un chacun ; je suis le ,'ieigneurqui fats toutes ces choses'. Ainsi parlait Isaïe. Ktdeux cent cinquante ansaprès, Cyrus, vainqueur scion cet oracle, vit la prophétie, et publia cet édit : l'oici ce que dit Cgrus , roi de l'erse. Le Dieu du ciel , le .Seigneur m'a livré Ions les roijaumes de la terre, et m'a commaïuté de rebâtir sa maison dans Jérusalem'.

Ont autres pareils exemples justifient la pre- M-icuce et la providence de Ilieu : mais celui ci inmprcnd tout et ne laisse rien i désirer.

Ia luot^ puissante prot<%tioo de Dieu.

Montez à la cinu d’uM montagne éieoéef vous gui évangélisez, vous gui annoncez à Slon la bonne nouvelle de son salut : élevez une voix puissante, qui annoncez à Jérusalem son bonheur . élevez votre voix, ne craignez pas. Dites aux vides de Juda : f^olci cotre Dieu qui vient à votre secours} c'est votre Dieu qui vient avec force et avec un bras dominant : U vient, et aveclui vient sa récomjfensCf et Sun ouvrage ne manquera pas. Comme un pasteur jHili son troupeau; comme il ramasse avec

• Is sus. 0. 35, go, * U. XLT, I, 3, 4 , 6,a,7.

— i JJ. J»ur. XIXVI, i3, 23. /. Etd., I, 1 , 3. Tl, 3, 3.

son oras pastoral ses tendres agneaux , et qu'il porte lui-même les petits qui ne peuvent pas se soutenir : ainsi fera te Seigneur ».

(Jui est celui qui a mesuré l'immensité des eaux par sa main, el qui a pesé tes deux avec son poignet, et avec trois doigts toute la masse de la terref Qui est celui qui a mis les fnontagnes et les colline* dans une balance », et a pu faire que toute la terre, se servant à elle*mênie de contre-poids , deineunU dans l'cquilibre au milieu des airs? Qui a aidé te*prit du Seigneur , ou qui lui a servi de conseiller, et lui a montré, daivs ces grands ouvrage* ce qu’U fallait faire ^ ? S’il faut lui offrir des sacridcea selon sa grandeur , te Liban n’aura pas assez de bol* , ni la terre assez d'animaux pour son holocauste^. C'est-à-dire, que le cœur de l'homme, quoique plus grand que tout l'univers , et que toute la nature corporelle , n’aura pas assez d’amour ni assez de désirs à lui immoler. Le cœur de l’homme se peid , quand il veut adorer Dieu.

Savez-vons bien le commencement de toutes choses f .Ivez-vous compris tes fondeinenU de Us tirre, ni comme DieusereposesursonvaUetour^, et en fait comme son siège, ou comme rescal>eau de ses pieds ? Levez le* yeux, et voyez q\ti a créé tous ces luminaires, qui les Jail marcher comme en ordre de bataille, et tes nomme chacun par son nom, sans en omettre un seul dan* sa puissance, Jacob, qui, vous défiant de cette puissance, dite» en vous-mfme : Mes voies sont cachées au Seigneur y il ne sait plus où je suis, et mon Dieu n’exercera pas son jugement sur moi, pour me punir ou pour me sauver : ignorez-vous que le .Seigneur est éternel; qu’il a marqué el créé tes limites de la ierref Sans défaillance , sons travail , sans la.ssitude , il agit sans cesse, et sa sagesse est impénétrable. Il rend la force à celui qui est épuisé, il donne du courage et de la vertu à celui qui n’est plus. La jeunesse la plus robuste tombera en faibtesse malgré sa vigueur : mais ceux qui espèrent an Seigneur rerron^ leurs forces se renouveler de jour en .• quand ils croiront être à bout, et n’en pouvoir plus, tout d’un coup ilspousseronldes ailes semblables à celles (T un aigle : ils courront, et ne se lasseront point : ils marcheront , et il* seront infatigables^. Marcliez donc , âmes pieuses, marchez : et quand vous croirez n'en pouvoir plus, redoublez votre ardeur et votre courage.

Je TOUS tirerai , dit le Seigneur 3 , des extrémité* de la terre. Je vou.s ai pris par la main , et je vous ferai revenir du bout du monde : je vous ai dit : l'ous êtes mon serviteur, je vous ai choisi, et ne vous ai pas rejeté. Ne craignez donc rien , puisque je suis avec vous : ne vous laissez point affaiblir , puisque je suis votre Dieu. Je vous ai fortifié , y vous ai secouru ; et la droite de mon Juste , de mon Christ, a été votre soutien. Tous vos ennemis seront confondus , et seront comme n’étant pas ; voit* demanderez où ils sont , et vous les verrez disparus : vos rebelies, qui vous livraient de continuels

• 7i. XL, 9. 10, II. — »/6éd. lî. — * Ibid. 13. — * Jb. 16. — » Ibid. 31, 38. — ♦ Jbid. 8«, rtC. — ’ Ibid. UX •, 10 it luir.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

mtscu/s, urotUcomme n'/fani pas ; tous leurs efforts seront vains et comute un néant : parce que moi f qui suis le Seigneur , je vous ai pris par la main , et Je vous al dit daos le fond du cœur : Ne crnlgtiez point , je vous ai aidé. Jacob qui était petit et faible comme un rermmeau qui à peine se peut traîner \ Israélites qui étiez languissants , abat» tus, et réduits nu rang des morts , je cous ai ressuscités, moi le Seigneur, par mon secours tout puissant; et je suis votre rédempteur, mol le Saint (C Israël. I ousmcllrez ro» ennemis en fuite : vous serez sur eux comme un chariot neuf, armé de tranchants de fer: vousdétruirez lems armées; 1 1 leurs forteresses, fussent-elles élevées comme des montagnes, vous Us réduirez en poudre ; rou» pousserez ros ennemis devant cous, comme un tourbitlon/ait la poussière : et cous vous réjouirez dans le Seigneur, et cotre cceur transporté d’aise triomphera dans le Saint d’Israël.

Il ne faut pas dire que ce soient ici des miracles, des effets extraordinaires de la toute-puissance de Dieu. Dieu ne montre des effets sensibles de cette puissance, que pour nous convaincre de ee qu'il fait en toute occasion plus secrètement. Son bras n*est pas moins fort quand il se cache, que quand U se déclare; il est toujours et partout le tout-puissant, le triompluüeur en /sra<f/ *, comme il s'appelle lui-méme, le protecteur invincible et toqjours présent de ses amis.

Écoute donc, Jacob mon serviteur, Israël que fai élu. I^oici ce que dit le Seigneur : Moi qui te forme, moi qui te crée, qui U tire du néant à chaque moment, qui suis ton secours dès le ventre de ta mère*, dès le commencement de ta vie, dans ta plus grande faiblesse, et parmi les plus impénétrables ténèbres; mon serviteur, quej'alaimé , homme droit que j’al choisi , je t’enverrai du cid mes consoiations, ^‘é/MincAemi des eaux abondantes sur celui qui aura soif, je verserai des torrents sur cette terre desséchée, je répandrai mon esprit sur foi, je te rendrai fécond en bonnes œuvres, et Je 6è/Urni tes productions. Écoutez ces paroles, 5mes désolées, que Dieu semble avoir délaissées dans son courroux, mais que son amour cependant met à l’épreuve. Vous vivrez, cVst moi qui le promets, moi qui suis le véritable et le saint, le fidèle et le tout puissant : je fais tout ce que je veux. Le Seigneur a juré , et il a dit : Si ce que je pense n'arrive pas, sice que je résous ne s'accomplit point , je ne suis pas Dieu : mais je suis Dieu , je suis le Dieu des armées, le Dieu qui fait tout ce qui lui plaît dans le ciel et dans la terre. Le Seigneur a prononcé; et qui pourra anéantir son jugement^} le Seigneur a étendu son bras; et qui en pourra éviter les coups, ou en détourner l'effet.’

La booté de Dieu, et soo inosr envers les sieos.

Cest un père, c’est une mère , c'est une nour-

> ArfP XT, SS. — * tê. xuv , 1, 3, e«r. — ^ ,/oS xi, I.

: rice. Une mère peut-elle oublier son enfant qu'elle a porté dans son sein ? El quand elle l’oublierait, je ne (^ousoub/term/KiJ*, dit le Seigneur. Le Seigneur i ton Dieu t’aporté sur ses bras comme un petit enfant*. C omme un aigle qui porte scs petits, gui étend scs uilessur eux, qui votesureux, elles provoque à voler: ainsi Dieu ne détourne |>oii)t ses regards de dessus son nid , et le garde comme la prunelle de son œil^. H nous porte à ses mamelles pour nous allaiter, il nous met sur ses genoux : et , non conteiilde nous nourrir, il joint à la nourriture les tendresses et les caresses : comme une mère caresse son enfant qui suce son lait, ainsi je vous consoterai*, dit le Seigneur.

Plus que tout cela , c'est un amant passionné, c'est un tendre époux. l'oicice que dit te Seigneur à Jérusalem, à Pâme fidèle : Quand lu es venue au monde, tu étais dans f impureté de ton père Adam , dont tu avais hérité la corruption et le péché. On «e t'avait point coupé le nombril, tu n'avais point été tarée tleau , ni salée de sel, ni enveloppée dans des langes : personne n’acait eu compassion de toi, ni ne t’avait regardée cCun œil de pitié : exposée et jetée à terre comme un avorton par un extrême mépris dés le jour de ta naissance, tu n’éta'is que pour ta perle, et personne n’acaU soin de toi^.yoWh quelle est par elU*même la nature humaine, conçue en iniquité et dans le péché. .'Hors, dit le Seigneur, je f<ü vue en passant,pauvre et délaissée, et pendant que souillée encore de ton sang , et toute pleine de fimpureté de ta naissance, tu n'avais rien qui ne fît horreur, et que tu étais li\Tée inévitablement à la mort. Je l’ai dlt:Jeveuxquetuv'ives. f'is, malheureuse âme, c’est mot qui le dis, vis tout horrible que tu es dans l'impureté de ton sang , dans l’ordure de ton péché. C’est ainsi que Dieu parle à l'âme qu’il lave par le baptême.

Mais ce n'est pas là qu'il borne ses soins .- Tu croissais , dit le Seigneur ; ta raison se formait jieu à peu, et tu devenais capable des ornements qu’on donne à de jeunes filles^, des vertus dont il faut parer les âmes dès leur jeunesse. Tu comn)ençais à pouvoir porter des fruits : tes mamelles s'enflaient et se formaient, et tu éla’u parvenue à l'àge qui donne des amants. Mais , de peur que tu n'en prisses qui fussent indignes de toi , je me suis présenté moi-mêmeà tes désirs. J’al passé, et jetai vue en cet âge : et quoique tu fusses nue et pleine encore de confusion , sans raison , sans règle par toi*méme et dans tes premiers désirs, je t'ai épousée , je t'ai appelée dans ma couche , et à des embrassements qui purifient l'âme : J'ai contracté avec toi un mariage éternel. J'ai fait une alliance avec toi: j'ai juré par ma vérité que je ne t’a* bandonnerais pas, et tu es devenue mienne. Je t’ai lavée d’une eau sainte. Dès les premiers jours de ta naissance, où je t'avais ordonné de vivre, tu avais déjà été purgée par feau du baptême ;

• *. xu*. 15. — * Dtut. L SI. — » u>id. X»iii. IC. II. —

* Jm. lxti. 13, 13. — » Bssek. XVl, 3, 3, «. 5, 6, * tkid. XT^

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

nuis il a faHo te tarer encore des mauvais désirs que la racine impure de ta convoitise poussait sans cesse ;rimpuretc du sang dont tu étais née était en* core sur toi; je l'ai ôtée par de saintes instructions, et j'ai mis sur toi toute la sainteté de ton baptême. Et je tai oint d'une ôuiTe sainte, par l’abondance de mes grâces. Je fai donné des kedAts de diverses routeurs : je t'ai ornée de toutes les vertus ; et fe t'ai chaussée avec soin des plus belles peaux. Je t'ai environnée d'habits de fin lin , qui sout ies justices des saints , et je t'ai recétue des choses iesptus fines* : je t'ai ôté par ma grAce tes désirs grossiers et charnels.

Mon amour a été plus loin ; et ne voulant pas seulement que tu fusses nette et pure, mais encore riche et opulente, /e t’ai donné les grands ornements f des bracelets dans tes bras, un riche collier autour de ton col, des cercles dor et des pierreriespendanies àtes oreilles, et une co«iroM«.e sur ta tête. Tu reluisais toute d’or et d'argent, et tout était riche et magnifique dans tes lieU)Us. Je te nourrissais de ce qu'il y a de meilleur et de plus exquis : toutes les douceurs étaient servies sur ta table. Par ces ornements, par ces soins, ta beauté avait reçu tm si grand éclat, que tout te monde en était ravi. Je fai élevée jusque dans le trùne. Tout l’univers ne parlait que de ta beauté, decette beauté que moi seul je fataisdonnée, dille Seigneur Tdeu *, qui suis le beau et le bon par excellence, et l'auteurdetoute beauté et de tout bien dans mes créatures.

Regarde, Ame chrétienne, quel amant, quel époux t’a été donné. Il t'a trouvée étant laide, il t’a fait belle; il n'a cessé de t'embellir de plus en plus: il a prodigué sur toi tous ses dons, toutea ses TÎcbesses : il t'a placée dans son trône : il t'a faH reine : ses anges t’ont admirée comme l'épouse du Roi des rois , comme reçue dans sa couche , unie à son éternetie félicité. Comblée de sa gloire et de ses délices, qu'avais-tu à désirer. Ame chrétienne, pour connaître toutes les bontés et tout l'amour de cet é|)oux bienfaisant?

Bonté et amour de Bteaenven lea péciMura pénitents.

On dit par commun proverbe : Si un mari quitte sa femme , et que se retirant de lui elle épouse «n autre mari , ta reprendra-t-Ü f Cette femme ne sera-t-elle pas souillé et abominable ?£*/ toi , Ame pécheresse , tu fes ticréeàtous tes amants. Ce ii’est pas moi qui t’avais quittée : non, je suis un époux fidèle , et qui jamais ne fais divorce de moi-méme : c'est toi , Aine infidèle , qui m'as abandonné , et t’es donn^ non pas à un seul amant , niais h mille et mille corrupteurs, flei^iens toutefois à moi, dit te Seigneur, et je te recevrai^.

Regarde de tous cd/cr;ettant que ta vue se pourra étendre , tu ne verras que des marques de tes infamies. En quel lieu ne t'es-tu pas prostituée , Ame

*j4pue. »1X, a. — > Ezcc. XVI, II, IS, I), 14. — ijtrtm.

impudique, et livrée à tous les désirs de ton cœur? Tu étais comme exposée dans les chemins jntblics, et il n’y avait aucune créature qui necaptivAt ton cœur. Te répéterai-je tes vengeances, tes envies, tes naines secrètes , Ion ambition à laquelle tu sacrifiais tout , tes amours impures et désordonnées? Toute ta terre a été souillée de tes prostitutions et de tes malices. Tu as le front d'une impudique, tu n'as pas rougi de tes excès. Reviens donc du moins dorénavant : appelle-moi mon père , mon époux, et le conducteur de ma virginité. Pourquoi ceux-tu toujours f éloigner de moi comme une femme courroucée , et reux-tu persister dans ton injuste colère? Tu ns dit que tu ferais mal, ta t’en es vantée, et tu l’as fait , et tu Tas pu*. 3 e l’ai abandonnée h tes voies. Reviens, infidèle! et je ne détournerai pas mes yeux de fol : parce que je suis te Saint , dit le Seigneur ; et ma colère ne sera pas éternelle. Connais seulement ton iniquité, et que tuas précariqué contre le Seigneur, H n'y a point d'arbre feuillu , dans la forêt , qui ne soit témoin de ta honte ; ü n'y a point de vain plaisir qui ne t'ait déçue ; et tu ne m'as f)oint écouté, du le Seigneur .Convertissez-vous, enfants rebelles, convertissez-cous* .

Revenez à la maison paternelle, enfants prodigues*, on vous rendra votre première robe, on célébrera un festin pour votre retour , toute la maison sera en joie; et votre père, touclié d'une tendresse particulière, s’excusera envers les justes qui ne l'ont jamais quitté , en leur disant : /bas êtes io^Jou^K avec moi ; mais H faut que je tne réjouisse , jxtreeque cotre frère était mort , et il est ressuscité : il était perdu, et U a été retrouvé *. Réjouissez-vous avec moi, et avec tout le ciel , qui fait une fête de la converaondes pécheurs, et conçoiY une joie plu» grande pour le retour d'un seul , que pour la /;ersécérance de quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n'ont pas besoin de pénitence^.

Revenez donc, enfants désobéissants ; revenez, épouses infidèles , parce que je suis votre époux^. Est-ce ma volonté que Vimpie périsse, et non pas qu’il se convertisse , et qu'il vive? Convertissezvous, fa'ites pénitence, et votre péché ne t'ous tournera pas à ruine. Éloignez de vous foutes vos prévaricalions et vos désobéissances, et faites-vous un cœur nouveau et un nouvel esprit. Et pourquoi voulez-vous mourir, maison d’ Israël , pendant que moi , moi que vous avez offensé, je veux votre vie ? Non, je ne veux point la mort du pécheur, jil te Scigtieur Dieu : revenez, et vivez î.

Cestmoi, c'est moi-méme qui e^ifacevos iniquités pour l'amour de moi-méme, et pour contenter ma bonté; ef Je ne me ressouviendr ai plus de vos péchés. Seulement souvenez-vous de wioi. Aiitrons en jugement l'im acec f autre : je veux bien me rabaisser jusque-là. tlaidez-rotre cause : avezvous de quoi justifier vos ingratitudes* , après que je vous ai pardonné tant de fois ? Jacob , souvenez-

*Jrmn. ni, i, 3,4. s. — */Wrf. I3, 13, il.— * XT. 7i, 93 ft nrrr. — * /Û<f. 31, 39. — * Ibid. S, 7. — * Jerwm III, 14. — £zech. XVIII, S3, 30, 31, 32. — * /«. XLIU, XS.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

rons-en , ne m'oubliez pat. fai effacé comme un nuage vot inlquUêt : j'ai dUiipê vos pêchés , coiimiele soleil dissipe un brouillard. Pécheurs, retournez à moi , parce que Je vous ai rachetés. O deux , chantez ses touanges ; terre, faites retentir vos louanges d’une extrémité à l'autre: montagnes, portez vos cantiques jusques aux nues , parce que le. 'Seigneur a fait miséricorde Autant que te ciel est élevé au-dessus de la terre, autant a-t-il exalté et affermi ses miséricordes : autant que le levant est loin du couchant, autant a-t-il éloigné de nous no* iniquités. Comme UH père a pitié Je ses enfants , ainsi Oieua eu pitié Je nous , parce qu'il cojutait nos faiblesses , et de quelle masse nous sommes pétris, .\oiis ne sommes que boue et poussière; nos jours s'en vont comme une herbe, et tombent comme une fleur : et notre dme , plus fragile encore que notre corps, na point de consistance *.

L'amour de Wfu néprlaé et Implacable.

Parce que vous n'avez pas voulu servir le Seigneur votre Dieu avec piedsir et dans ta joie de poire cceur, dans C abondance de tous biens, vous serez assujetti à un ennemi implacable que te Seigneur enrerra sur vous , dans ta faim, et dans la soif, dans la nudité et dans la disette ; et il mettra sur vos têtes un joug de fer dont uoiu serez aecor bté....*. Et comme te Seigneur a pris plaisir de vous bien faire, de vous multiplier, de »oim enrtehir à pleines mains ; ainsi il prendra plaisir de vous perdre, de vous détruire, de vous écraser i. Peser ces paroles : la mesure de vos tourmenta sera l'amour méprisé.

Pourquoi criez-vous vainement , et que vous sert de pousser jusqu’au ciel vos plaintes inutiles sous la main qui vous brise ? Cotre fracture est inct^ bte ; ta gangrène est dans votre pbtie, et il n'g a plus de remède : ttn’ga plus pour vous de baume ni de ligature. Je vous alfrappéd'un coup d'ennemi^ d’une plaie cruelle: non d’un châtiment paternel pour vous corriger, mais du coup dhine main vengeresse et impitoyable, pour contenter une inexorable justice. Cos péchés sont devenus durs par la dureté de votre coeur, par vos habitudes invétérées, par votre inllexibilitédans lo mat. Et moi aussi, dit le Seigneur, je m’endurcirai sur vous, et j’oublierai que je suis père. Vous implorerez en vain ma miséricorde , poussée i bout par vos ingratitudes : votre insensibilité fait la mienne. Je vous ai fait ce cruel et insupportable traitement, à cause de la multitude de vos crimes, et de vos durs péchés^; à cause do la dureté inflexible de votre cœur rebelle et opimHre.

Jl est temps que te jugement commence par Us malsonde Dieut : Amenez-moi Jérusalem, amenez-nioi cette âme comblée de tant de grâces : je Us

• Im. xijv, si, m,S3. - ■ Pi. al. Il, la, la, u, is. — • Orut. XXVIII, 47, 4S. — * ibid. 63. — * Jmm. XXI, 13. la, 14. — ‘ ibid. I». - ’ i. PiL IV, 17.

perdrai : je l’effhcerai comme on qfftsce un* écriture dont on ne veut pas qu'il reste aucun trait : je passerai et repasserai un stglet de fer sur son visage • , et il n’y restera rien de sain et d’entier.

La latalcté de Dieu: Dieu nt le Saint iTlaraet , le tièa-ialnl, troll fuissainl.

Dieu se délecte particulièrement dans le nom de saint. Il s’appelle très-souvent le Saint d'Israél’. Il veut que sa sainteté soit le motif, suit le princi|ie de la nôtre : Soyez saints, parce que je suis saint >. Sa sainteté, qui fait la consolation de ses lidèles, fait aussi l’épouvante de ses ennemis. A qui est-ce que tu t’attaques, Rabsace insensé? de qui as-tu blasphémé te nom? contre qui as-tu éleré ta voix, et Utncé tesregards superbes? contrele Saint d'Israël, pendantquetu t’emportais comme un furieux contre moi, lonorguellest monté jusqu’àmes oreltlfs. Je mettrai un frein à ta bossche , et un cercle de fer à tes narines ; et je te ramènerai au chemin par où tues venu ?.

F.t ailleurs : Le vigilant et le saint est descendu duclelb-, c'est un ange, si vous voulez : quoi qn’il en soit, sa puissance est dans sa sainteté. La sentence est-partie d’ea haut ;ef ita criépHissamment; Coupez l'arbre , abattez ses branches : Ua été ainsi ordonné dasu l'assemblée Je ceux qui veillent toujours : c'est ta sentence des saints, dont la force est dans leur sainteté. Et après- : tx royaume a été donné au peuple des saints du. Tris-Haut S parce qu’il est saint, et le tout-puissant protecteur de la sainteté. Les païens même savaient la puissance attachée à la sainteté du nom divin. La reine vint dire au roi Balthasar ; Il y a un homme dans votre royaumequt a en bst-méme [esprit dessalais dieux! ; c’était à dire l'esprit de prédiction et d’une efficace divine.

fai ou te Seigneur assis sur un trône élevé et haut, et ce qui était au-dessous Je lui remplissait le temple. Des séraphinsétaientaulour ; [ un avait six ailes, et [autre autant -.deux ailes couvraient la face du Seigneur, deux voilaient ses pieds, et les deux autres servaient à voler. Et ils criaient [un à [autre, et ils disaient: Saint, saint, sainte le Seigneur Dieu des armées; toute la terre est remplie de sa gloire. Et les gonds des portes tremblaient à la voix de celui qui criait; et la maison fut remplie de fumée*. Voilà donc la sainteté de Dieu, voilé pourquoi il est appelé /e^obif tf/sraé/. Il se manifeste â son prophète comme le très-saint , le trois fois saint , dans ses trois personnes : et la gloire et la majesté qui remplissent toute la terre sont l’éclat de sa sainteté, dont il est revêtu comme d'un vêlement*, dit David. Et saint Jean dansl’Apoialypse voit quatre animaux qui ne cessaient de crier jour et nuil: Saint, saint, salut, le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, et qui est, et

* IP. Rtg. III , IL — V P*. MI. 23. /s. XMI , 6 et ailleurs. — > Lev. XI, 44, 4S XII, 3 el ailleurs — * JP. Rr.j. vix, 33, 2S. J». XIXVII, 23, 2V. — • Dan. IV , In , 1 1 , I4. • VII , le, 33. — ' Jtid. V, lOk II. — 'Is. VI, 1, -3, 3,4. —• Pi. UII, 3.

ÉLÉVATIONS sua LI-:S MYSTÈaES.

gui doit venir > . Uetnarquez ce cri partout : il n*y a rien qu'on publie avec un cri plus grand et plus persévérant, rien qui éclate plus hautement dans tout Tuoivers , que la sainteté de Dieu.

I.a sainteté est l’abrégé, et comme un précisdes perfections divines. Le Fils de Dieu même dans sa dernière oraison parlant à sou Père, comme pour renfermer en un seul mot ses perfections, l'appelle mua Péresainf, mon Pérejuste* : et on ne trouve pas, dans son Évangile, qu'il lui ail donné d'autre titre que ces deux, qui n’en font qu’un. T.ui-tnême est connu sous le nom de saint et de juste : La chose sainte naVra en vous sera appttve le Fils de Dieu Le.s démons parlent comme Tange : Je sais gui vous (tes, b .^int de Dieu^. Daniel l’avait nommé en esprit , à cause de son onction , te Saint des saints^. Isaïe l’appelle le Juste Saint Pierre unit ensemble ces deux qualités, en disant : Fous avez renié leSaint et le Justei.

Ce qu'on entend par ta sainteté.

I.,a sainteté est en Dieu une incompatibi tilé essentielle avec tout péché, avec tout défaut, avec toute imperfection d'entendement et de volonté.

Premièrement. L’injustice, l’iniquité , lepéciténe peut étreen lui : il est la règle, et bon par essence, sans qu’il puisse y avoir en lui aucun défaut. Il n’entend et ne veut que ce qu'il faut entendre et vouloir ; son | entendre et son vouloir sont sa nature, qui est tou- Joursexcellente. Sa perfection nmrale et sa perfection naturelle ne sont qu'un : il est également indéfectible parson être, et infaillible dans son intelligence et sa volonté : par conséquent incompatible avec tout péclié, avec tout défaut.

Secondement. Il appartient à lui seul de puriâer du pé<‘hé les consciences souillées ; il est saint et sanctificateur .-il juste et Justifiant te pécheur,

comme dit saint Paul*.

Troisièmement. Il est incompatible avec les pécheurs,et les rejettede devant lui partoutesa sainteté, ci par toute son essence, tje matin , et dans le temps que les peusées sont les plus nettes , et qu’on en doit offrir à Dieu les prémices, .Çcf^ncur, dit le Psalmiste, ie me présenterai decanl vous , et je verrai clairement,dans votre lumière, que un Dieugui ne mutez point C iniquité. t£ malin n’habite jmint auprès de vous ; et tes injustes ne subsisteront point devant vos yeux. Fous haïssez fout ceux gui commettent des))échés; vous perdrez fous ceux qui profèrent des mensonges : l’homme .sanguinaire et l'homme trom}ieur sont en abomination devant te Seigneur^.

Qualricincmcnt. Les pécheurs l’attaquent inutileiiKMit par leur rébellion : et sa sainteté demeure inviolubb' au milieu (les impiétés, des blasphèmes,

’ .■épftr. IV , R. — * Jontt. XVII , 1 1 , ÎT» — * I , .15. —

• .V/-rr. I, 2*. — ^ Pan. — • l». \LV, 31. — ’ Act. III,

U. » H»tn. IM, 2>. — * r». V, 6, 0, 7.

des iinfHireUs, dont tout l’uiiivcn est rempli par la malice des hommes et des démons.

CinquièmemenL II demeure saint, ijuoique pour punir les pécheurs îl les livre à leurs mauvais désirs; parce que les y livrer n'est pas les produire. Dieu ne fait que se soustraire lui-inéine à un cœur ingrat; et cette soustraction est sainte , parce que Dieu se soustraitjustementlui-mémeàceux qui le quittent, et punit leur égarement volontaire en les frapp.mt d'aveuglement. Il fait tout dans l'homme, rsceplé le wul péché, où son action ne se mêle point. Celui qu'il permet ne le souille point, parce que lui seul il en peut tirer un bien infini , et plus grand que n'c st la inalicedetous les péchés ensemble : commequand il tire de la malice des Juifs un s,acrifice si saint, qu’il y a de quoi e.vpier tous les crimes.

Sixièmement. Il purifie lesjiistrs par mille épreuves : il les met dans le creuset et dans le feu , dans le feu de cette vie, dans le feu de l’autre ; et rien de souUté h ‘entre en son royaume *.

Enfin, sa sainteté est la conviction de toute l’iniquité des hommes. Malheur à mol, s’écrie Isaïe • , après avoir vu la majesté du trois fois saint : malheur à moi avecmet lèvres impures, uumilieuituH peuple souillé î J'ai vu de mes yeux le roi des armées. l'a, dil-U, et dis à ce peuple: Écoulez, et ne eomprenezpas. Jveugle te eceux de cepeupk, appesantisses oreilles, ferme ses yeux. C’est l’effet de la sainteté de Dieu, lorstprelle a été méprisée. Je serai sanctifié au milieu d’eux en les punissant , je laverai mes mains dans leur sang, et ma juste vengeance fera éclater ma sainteté.

La choses saintes sont pour les saints, a'écriait.on autrefois avant la communion. Il n'y a qu'un saint, un seul Seigneur, un seul Jésus- Christ , réponiail le peuple. O Seigneur! saneUfieanous , afin que nous sanctifiions et glorifiions votre nom. En vérité, en vérité, je vous le dis : Je ne vous connais IKSS : relires-vous de mol, vous tous qui opérez l'Iniquité

Approchez, péclieurs pénitents; purifiez-vous I dans la source de la pureté. Si vos péchés sont * rouges comme l'écarlate, je tes blanchirai comme la neige h Quel merveilleux changement! l'fithioplen n’a plus la peau noire, elle éclate d’une céleste blancheur ; la sainteté de Dieu a fait cet ouvrage. Soyez donc saints, parce que je suis salut, dit le Seigneur Soyez Siiints, ministres de Dieu et de ses autels, dispensateurs de sa parole et de ses mystères , parce que Dieu vous a choisis pour sanctifier son peu|de. Peuple de Dieu , soyez saint, parce que Dieu habite au m ilieu de vous ‘ : sanctifiez vos éiiie.s où il veut établir sa demeure, et vos corps qui sont les temples de son Saint- Esprit.

' .tpar. x«t, 17. — ’Jt. VI. S. 0. 10. - ■ VII, TS. —

' /». I, 18. — I Uvit. XI. IX, 4». / Prtr. I, IS. — • UvU. XXVI, î. J. Cor. III, 10, 17. //. Cor. VI. 14.

Diyiii^LU uy vjvjvj^Ic

ÉLÉVATIONS SOU L^:S M«TK«ES

Il* SEMAINE.

CLiVÀTIOKS K LA TBÈS-SATNTK TOIKITÉ.

TBEMIÈaE ÉLÉVATION.

Dka est féoood : IHea • 110 fils.

Pourquoi Dieu n"aurait-il pas de lils? Pourquoi celte nature bienheureuse manquerait-elle de cette parfaite fécondité quelle donne à ses créatures? IaC nom de père nt ii si déshonorant et si indiftne du premier être, qu'il ne lui puisse convenir selon sa propriété naturelle? ;Vo/ qui fais enfanter lex auireXf ne pourral-jt pas enfanter r?ioi-m<*me ‘ ? El s’il est si beau d’avoir, de sc faire des enfants par l’adoption, n’est-il pas encore plus beau et plus grand d'en engendrer par nature?

Je sais bien qu'une nature immortelle n'a pas besoin, comme la notre mortelle et fragile, de se renouveler, de se perpétuer, en substituant à sa place des enfants qu'on laisse au monde quand on le quitte. Mais en soi-niéme, indépendamment de cette nécessaire réparation, o'est-il pas beau de produire un autre soi-méme par abondance , par plénitude, par l'effet d’une inépuisable communication,en un mot par fécondité, et par la richessed'une nature heureuse et parfaite?

C’est par une participation de celte bienlteureuse fécondité que l'homme est fécond. Quand il serait demeuré immoiiel , selon le premier dessein de sa création ; quand il eOt plu à son créateur de consommer au temps destiné sa félicité sur la terre; on entend toujours que de soi il est beau d'être fécond , et d’engendrer de sol-méine, et de sa propre substance, un autre soi-même. Qu'on laisse cette féconde elBcacité dans sa pureté primitive et originaire, elle pourra cesser quand Dieu voudra, quand le nombre d’hommes qu'il veut rendre heureux sera complété; mais d'ellc-même elle sera toujours regardée comme riche et comme parfaite. Et d'où viendrait cette perfection, sinon de celle de Dieu toujours fécond en lui-même et toujours père?

Quand le Sage a prononcé ces paroles : Qui est celui qui est élevé au plus haut des deux par sa puissance, et qui en descend continuellement par ses soins? qui tient les venis en ses mains, qui tient ta mer dans ses bornes , et mesure tes extrémités de la terre i Quel est son nom , et quel est le nom de son Jih , si vous le savez >? (ie n'est pas là une simple idée, et des paroles en l'air : il a prétendu proposer un mystère digne de Dieu, et quelque chose de très-véritable et de très-réel, quoique en même temps incompréhensible. Duos sa nature infinie il y a vu un père qu’on ne corn-

• 1$. Lïvi, 9. — * Prov. XXX, «.

prend pas , cl un fils dont le nom n't«t pas connu- Il n’est donc plus question que de le iioininer, et on le doit reconnaître, pourvu qu'on avoue qu'il est ioefTable.

C’est-à-dire que, pour connaître le Fils de Dieu, il faut s'élever au-dessus des sens, et de tout ce qui peut être connu et nommé parmi les hommes : il faut ôter toute imperfection au nom de flis, pour ne lui laisser que ceci, que tout fils est de même nature que son père, sans quoi le nom de fils ne subsiste plus. Un enfant d'un jour n'est pas moins homme que son père ; il est un homme moins formé, moins parfait; mais pour moins homme cela ne se peut, et les essences ne se peuvent pas diviser ainsi. Mais si un homme et un fils de l'homme peut être imparfait, un Dieu et un Fils de Dieu ne le peut pas être. Otons donc celte imperfeelioii au Fils de Dieu , que demeurcra-l-il autre clmsc, sinon ce qu'ont dit nos Pères dans le concile de Nicée, et dès l'origine du christianisme, qu'il est Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu devrai Dieu : fils parfait d’un père pAirfail, d’un père qui, n’atlendani pas sa fécondité des années, est père dès qu'il est; qui n’est jamais sans fils : dont le fils n'a rien de dégénérant, rien d’imparfait, rien à attendre de l’âge ; car tout cela n'est que le defaut de la naissance des hommes.

Dieu le Père n'a non plus le besoin de s’associer à quelque autre chose que soi, pour être père et fécond ; il ne produit pas hors de luimême c<et autre lui-même; car rien de ce qui est hors de Dieu n'est Dieu. Dieu donc conçoit en lui-même; il porte en lui-même son fruit, qui lui est eoéternel. Encore qu’il ne soit que père, et que le nom de mère, qui est attaché n un sexe imparfait de soi et dégénérant, ne lui convienne pas, il a toutefois un sein comme maternel où il porte son fils : Je t'ai, dit-il engend/r anjourd'hui d'un sein maternel, ex utero. Kl le Fils • s’appelle lui-même le Fils unique qui est dans le sein du Père » : caractère uniijuement propre au Fils de Dieu. Car où est le fils, excepté lui, qui est toujours dans son père, et ne sort jamais de son sein? Sa conception n’est pas distinguée de son enfantement; le fruit qu’il porte est parfait dès qu’il est conçu , et jamais il ne sort du sein qui le porte. Qui est porté dans un sein immense est d'abord aussi grand et aussi immense que le sein où il est conçu, et n’en peut jamais sortir. Dieu l’engendre, Dieu le rernii dans son sein, Dieu le conçoit. Dieu le porte, Dieu l'enfante : et la sagesse éternelle, qui n'est autre chose que le Fils de Dieu, s’attribue, dans Salomon, et (ïétre conçue y eXiïétre enfantée ^ : et tout cela n’est que la même chose.

Dieu n'aura jamais que ce fils, car il est parfait , et il ne peut en avoir deux r un seul et unique

' Pi. r:tx, a. — * C'rst Aaint Jp.\n-BaptUte qui parle ainsi du Verbe incariK'. ( Eiiil. de üèforit.) — * Joan. l, is. — » Pnv viu, 91, 9*.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

enfantemfnt de celte nature parfaite en épuise i toute la fécondité, et en attire tout l'amour. C'est pourquoi le Fils de Dieu s'appelle luinnéme rUni* que, le Fils ui.ique, UnigfnHus ’ : par où il démontre en même temps qu'il est Fils, non par grdceet par adoption, mais par nature. Kt le Père, conQnnant d'en haut cette parole du Fils, fait partir du ciel celle voix : Celui-ci est mon Fils bien-aiméf en qui je me suis plu * : c'est mon üls , je n'ai que lui, et aussi de toute éternité je lui ai donné et lui donne sans ün tout mon amour.

Ile élévation.

Dieu de IMeu : le Fils de Dieu ne dégénère pas.

Un Dieu peui-il venir d'un Dieu? Un Dieu peut-il avoir l'être d'un autre que de lui-méme? Oui, si ce Dieu est fils. 1! répugne à un Dieu de venir d'un autre comme créateur qui le tire du iiéant; mais il ne répugne pas à un Dieu de venir d'un autre, comme d'un père qui l'engendre de sa propre substance. Plus un fils est parfait, ou, si l’on peut ainsi parler, plus un fils est fils, plus il est de même nature et de même substance que son père , plus il est un avec lui ; et s'il pouvait être de même nature et de même substance individuelle, plus il serait fils parfait. Mais quelle nature peut être assez riche , assez infinie , assez immense pour c(‘la , si ce n'est la seule infinie et la seule immense, c'est-à-dire la seule nature divine ? C'est ainsi qu’il nous a été révélé que Dieu est père, que Dieu est fils, et que le Père et le Fils sont un seul Dieu, parce que le Fils engendré de la substance de son Père, qui ne souffre point de division et ne peut avoir de parties, ne peut être rien moins qu'un Dieu, et un même Dieu avec son Père; car qui dit substance de Dieu la dit toute, et dit par conséquent Dieu tout entier.

Qui sort de Dieu de cette sorte, c'est-à-dire de toute sa substance, possède en même temps son éternité tout entière, selon ce que dit le prophète : Sa sortie est dès te commencement, dés les Jours de l’éternité parce que l’éternité est la substance de Dieu; et quiconque est sorti de Dieu et de sa substance en sort nécessairement avec une même éternité, une même vie, une même majesté. Car si un père transmet à son fils toute sa noblesse, combien plus le Père éternel communiquet-il à son Fils toute la noblesse avec toute la perfection et réternité de son être? Ainsi le Fils de Dieu nécessairement est coéteruel à son Père : car il ne peut y avoir rien de nouveau ni de temporel dans le sein de Dieu. La mutation et le temps, dont la nature est de changer toujours, n'approche point de ce sein auguste; et la même perfec- Uun, la même plénitude d'être qui en exclut le néant, en exclut toute nature changeante. En Dieu tout est pennanent, tout est immuable; rien ne s'écoule dans son être, rien n’y arrive de nouve.au;

< JtoH. I, 18. - > Luc. IX, 3&. — * .Vick. V, 1

et ce qu'il est un seul moment , si on peut parler de moment en Dieu , il l'est toujours.

.4 a commencement le t 'erbe était *. Remontez à l'origine du inonde, le f 'trhe était. Remontez plus haut si vous pouvez, et mettez tant d'années que vous voudrez les unes devant les autres, il était: il est coiiime Dieu celui qui est. Saint Jean disait dans l’Apocalypse* : La grâce vous soit donnée par celui qui n'est autre que celui qui est, qui était et qui viendra : c'est Dieu. Kt un peu après , c'est Jrsus-Cbrist , dont saint Jean dit : Le voilà qui vient dans les nues. Kt c'est lui qui prononce ces paroles : Je suis l’alpha et toméga, le commencement et la fm , dit le Seigneur Dieu, qui est et qui était, etqui viendra. Jésus-Clirist esldonc, comme son Père, celui qui est et qui était : il est celui dont l'immensité embrasse le commencement et la fin des choses : et comme Fils , et étant de même nature, de même substance que son Père, il est de même être, de même durée et de même éternité.

lir ÉLÉVATION.

Image» dan» la naturr : de la luUunce du Üla do Dire.

Voyez cette délicate vapeur que la mer doucement touchée du soleil, cl comme imprégnée de sa chaleur, envoie jour et nuit comme d'elle-même vers le ciel, sans diminution de son vastesein. Cest pourtant le plus pur de sa substance, et quelque chose de même nature, quoique non de même matière , que les eaux qu'elle se réserve. A insi , dit Salomon , ta sagesse que Dieu engendre d.ins l'éternité est une vapeur de sa foufe-pnissanfe rertn , et une très-pure émanation dosa clarté

On peut entendre encore, par cette vapeur, la chaleur même qui sort du soleil , dont nul ne se peut cacher^, comme dit David. Quoi qu'il en soit, on voit que le Sage cherche, par toutes ces comparaisons , à nous faire entendre une génération qui n'altère ni n'entame point la substance; et dans le Père et le Fils , une distinction qui n'en ote point l'unité. Cest ce qui ne se trouve pas dans les créatures, et encore moins dans les créatures corporelles : mais il nous propose pourtant ce qu'il y a de plus épuré dans la nature sensible , pour en tirer des images les plus dégagées qu'il sera |K>s.xible de l'altération qui parait dans les productions ordinaires.

Considérez cet éclat, ce rayon, cette splendeur qui est la production et comme le fils du soleil : elleeii sort sans le diminuer, sans s'en séparer ellemême, sans attendre le progrès du temps. Tout d'un coup, dè^que le soleil a été formé, sa splendeur est née et s'est répandue avec lui , et on y voit toute la beauté de cet a.slre. Ainsi , disait Salomon, la sagesse sortie du sein de Dieu est la délicate vapeur, la très-pure émanation , le vif re-

• Jwm. I, I. — » !, 4, 7, 8. — * Sftp. Vit, Si. - * Fs.

svm, 7

viv>U^Ic

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES

JaiRissêfnent, Cédât de sa lumière étemelle * : ou , fomine (tarie saint Paul , c'est le rayon rcsplendlssant de la gloire de Dieu etl’etupreintedesa suhs’ tance Dès que la lumière est, elle éclate : si Té* l’iat et la splendeur du soleil u'est pas étemelle, cVst que la lumière du soleil ne Test pas non plus : et par une contraire raison , si la lumière était éter* iielle . son éclat et sa splendeur le seraient ausu. Or, Dieu est une lumière où il n'y a pas de ténèbres; une lumière qui , n'ctaiit point faite, subsiste éternellement par elle-méine r et ne connaît ni commencement ni dé<‘lin. Ainsi son éclat, qui est son Fils, est éternel comme lui, et ne se divise pas de sa substance. Tous les rayons, pour ainsi parier, tiennent au soleil; son éclat ne se detacliejnmais : ainsi , sans se détacher de son Père , le Fils de Dieu en sort éternellement : et mettre Dieu sans son Fils , c'est mettre la lumière sans rayon et sans splendeur.

Mais passons à l'autre expression de saint Paul. 1^ Fils de DieUf dit l'apôtre , est le caractère et l'empreinte de la subslance de son Père^. Lorsqu'un sceau est appliqué sur de la cire, crtte cire, sans rien détacher du sceau qui s'inijirime en elle , en tire la ressemblance tout entière, et se l'incorpore, en sorte qu’on ne peut plus l'en séparer. Regardezda bien, aucun trait ne lui est échappé, et cependant tout est demeuré dans le sceau sous lequel elle a pris sa forme. Ainsi le Fils de Dieu a tout pris du Père sans lui rien ôter : il en est la parfaite image, /’empremte, l'expression tout entière non de sa Ogure, car Dieu n'en a point; mais, comme parle saint Paul , de sa substance : selon la force de l’original, on pourrait traduire, de sa personne. Il en porte tous les traits : c'est pounjuoi il dit, Qui me votif voit mon Pérei; et ailleurs : Comme le Père a la vie en soi, ainsi il a donné à ton Fils d’avdr la vie en soi^. Comme le Père ressuscite les morts et leur rend la v'te, aussi le FlLs donne ta vie à qui U luiptaU^. Ktil n'exprime pas seulement son Père dans les effets de sa puissance; il en exprime tous les traits , tous les caractères naturels et personnels ; en sorte que, si on pouvait voir le Fils sans voir le Père , on le verrait tout entier dans son Fils.

Mais qui pourrait expliquer quels sont ces traits et ces caractères du Père éternel qui reluisent dans son Fils? Cela n'est pas de cette vie : et tout ce qu'on en peut dire , c'est que n'y ayant rien en Dieu d'accidentel, tous ces traits du Père que le Fils porte empreints dans sa personne sont de la substance ou de la personne du Père. Il est cette impression substantielle que le Père opère de tout ce qu'il est ; et c'est en opérant cette impression qu'il engendre son Fils.

Voici dans le Sage quelque cliose de plus délicat. La sagesse, éternellement con<^ue dans le sein de Dieu, est un miroir sans lâche de sa majesté, et l'image de sa bontéf. Cest quelque chose de trop

• Su/). VII, as. — * Htb. I, a. — * ibitt. 3. - * xiv, %. — * Ibid. V, 3®. — ® îbiii. V, 31. — • Sup. VI, 30.

grossier pour le Fils de Dieu, que l'impressioii d'un cachet, ou que l'expression de la ressemblance dans une image qu'on taille arec un ciseau, ou qu'on fait avec des couleurs. La nature a quelque chose de plus délicat : et voici, dans de claires eaux et dans un miroir, un nouveau secret pour peindre et faire une image. Il n’y a qu’à présenter un objet, aussitôt il se peint lui-méme, et cet admirable tableau nedégénère par aucun endroit de l'original : c’est en quelque sorte l’original même. (>pendant rien ne dépérit ni à l'original , ni à la glace polie où il s'est imprimé lui-méme tout entier. Pour achever ce portrait , on n'a pas besoin du secours du temps, ni d’une ébauche iin|>arfaite : un même instant le commence et l’achève ; et le dessin comme le (Ini n'est qu'un seul trait.

Image plus épurée daoa la créalore raiaooiiable.

Tout cela est mort : le soleil , son rayon , sa chaleur; un cachet, son expression; une image ou taillée ou peinte; un miroir et les ressemblances que les objets y produisent, sont choses mortes. Dieu a fait une image plus vive de son éternelle et pure génération; et afin qu'elle nous fût plus connue, c'est en nous-mêmes qu’il l'a faite.

11 l'a faite, lorsqu'il a dit : Faisons l'homme'. Il voulut alors faire quelque chose où fût déclarée l’opération de son Fils , d'un autre lui-même, puisqu'il dit : Faisons. Il voulut faire quelque chose qui fût vivant comme lui, intelligent comme lut, saint comme lui , heureux comme lui : autrement , on ne saurait ce que voudrait dire, Faisons Chomme à notre image et ressemblance. A nofre image , dans le fond de sa nature ; à noire ressemb/ance, par ta conformité de ses opérations avec la nôtre, éternelle et indivisible.

Cest par l'effet de cette parole, Fitisons Chomme à notre image, que l'homme pense ; et penser, c’est concevoir. Toute pensée est conception et expression de quelque chose : toute pensée est l’expression; et par là une conception de celui qui pense, si celui qui pense pense à lui-même et s’entend luimême : et c'en serait une conception et une expression parfaite, étemelle, substantielle, si celui qui pense était parfait , étemel, et s’il éteit par sa nature tout substance, sans rien avoir d’accidentel en lui-même , ni rien qui puisse être surajouté à sa pure et inaltérable substance.

Dieu donc, qui pense substantiellement, parfaitement , éternellement, et qui ne pense , ni ne peut penser qu’à lui-même, en pensant C4)nnalt quelque chose de substantiel , de parfait et d'éteTnei comme lui ; c’est là son enfantement , son éternelle et parfaite génération. Car la nature divine ne connaît rien d'imparfait ; et en elle la conception ne peut être séparée de renfantemeot. C’est donc ainsi que Dieu est Père ; c’est ainsi qu’il donne la naisMiiee

• CtH. 1, sa.

ELEVATIONS SUE

à ua Fils qui lui est égal : c'est là cette éternelle et parfaite fécondité , dont l’excellence nous a ravi , dès que sous la conduite de la foi nous avons osé y porter notre pensée. Concevoir et enfanter de cette sorte , c’est être la perfection et l’original : et con> cevoir et e-iifanter comme nous faisons â notre ma* nière imparfaite » c’est être fait à l’image et ressem* blance de Dieu.

Nous pouvons donc maintenant répondre à la question de Salomon : Dites-nous son nom, et le nom de son Fils , si vous le savei \ Nous le savons à présent qu'il nous l'a appris. Son nom est le Ferbe*^ la parole : non une parole étrangère et accidentelle; Dieu ne connaît rien de semblable; mais une parole qui est en lui une personne subsistante, coopératrice, concréalrice, el

nrranyeant toutes choses arec /«i comme dit le même Salomon : une personne qui n'a point commencé, puisque, dit saint Jean, au commencement elle était < : une personne qui est un avec Dieu, puisque, dit le même saint Jean ,e//e ex/ /Jlru, et que Dieu essentiellement est un: une personne qui est |K)urtant distincte de Dieu, puisque, continue le même apôtre , elle est en Dieu , avec Dieu, chez Dieu , apud Deutn , son Fils unique qui est dans son sein, in sinu Falris^^ qu’il envoie au monde, qu’il fait paraître dans la chair comme le Fils unique de Dieu. Voilà son nom : c'est te I erbe, c'est la parole, la parole, dis-je, par laquelle un Dieu éternel et parfait se dit lui-même à lul-mérac tout ce qu'il est, et conçoit, et engendre, et enfante tout ce qu'il dit; enfante par conséquent un fKirfait, un coétemel, un coeasentiel et consubstantiel.

Ne trouvons point ce mystère indigne de Dieu, puisqu’il ne lui attribue rien qui ne soit parfait : oe trouvons point incroyable que Dieu ait révélé le mystère de son étemelle génération à ceux qu’il avait faits a sa ressemblance, en qui il avait imprimé une faible image de cette éternelle et parfaite production. Soyons attentifs à nous-mêmes, à notre conception, à notre pensée; nous y trouverons une idée de cette immatérielle, incorporelle, pure, spirituelle génération que l’Evangile nous a révélée.

Sans cette rc\*élation , qui oserait porter ses yeux sur cet admirable secret de Dieu? Mais après la foi , nous osons non-seulement le contempler, mai.s encore en voir en nous une image : nous osons en quelque sorte transporter en Dieu cette conception de notre esprit, et la dépouillant de toute altération, de tout changement, de toute imperfection, il ne nous reste que la pure, que la parfaite, l’inror- |K>relle , l'intellectuelle naissance du Fils de Dieu : et dans son Père, une fécondité digne du premier F.tre par sa plénitude, par son abondance, par l’infinité d'une nature parfaite, et parfaitement communicative, non-seulement au dehors, oii tout re qu’elle produit dégénère jusqu’à l’infini, parccqu'au

' Prav. XXX, 4. — * Jaon. i, a. — 3 Proc, viii, î7, 3o.—

* Jc’n. I, I . a. - * ibtd. la.

LES MYSTÈBES.

fond U vient du néant, et ne peut perdre la bansesae de cette origine; mais encore en elle-méine, et au dedans , où tout ce qu’elle produit , étant produit de sa substance , et de toute sa substance 4ui est nécessairement égal eu tout.

Le Saint-lispHl : U Trinilé tout «nllère.

Dieu est donc fécond ; Dieu a un fils. Mais où est ici leSaînl-EspritPetoù est la Trinité sainte et parfaite, que nous servons dès notre baptême? Dieu n*aime-t-ll pas ce Fils , et n’en est-il pas aimé ? Cet amour n'est ni imparfait, ni accidentel à Dieu; l’amour de Dieu est substantiel comme sa pensée : et le Saint-Esprit qui sort du Père et du Fils, comme leur amour mutuel , est de même .substance que i’uiiet l'autre, un troisième consubstantiel, et avec eux un seul et même Dieu.

Mais pourquoi donc n’est-il pas Fils , puisqu'il est par sa production de même nature? Dieu ne l’a pas révélé. Il a bien dit que le Fils était unique* , car il est parfait , et tout ce qui est parfait est unique : ainsi le Fils de Dieu, Fils parfait d’un Père parfait, doit être unique; et s’il pouvait y avoir deux fils, la génération du fils serait imparfaite. Tout ce donc qui viendra après ne sera plus fils : et ne viendra point par génération , quoique de même nature. Que sera-ce donc que cette finale production de Dieu ? C'est une procession , sans nom particulier : le Sainl-F.sprit procède du Père » , le Saint-Esprit est l’esprit commun du Père et du Fils : te Saint-Esprit preiul du Fils ^ ; et /c Fils Cenvoie ^ comme le Père. Taisez-vous , raisonnements humains ; Dieu a voulu expliquer que la procession de son Verbe était une véritable et parfaite génération : ce. que c'était que la procession de son Saint-Esprit, il n’a pas voulu le dire , ni qu’il y eût rien dans la nature qui représentât une action si substantielle, et tout ensemble si singulière. C’est un secret réservé à la vision bienheureuse.

O Dieu Saint-Esprit! vous n'êtes pas le fils , puisque vous êtes l'amour étemel et subsistant du Père et du Fils : qui supposez par conséquent le Fils engendré, et engendré coinjiie Fils unique, à cause qu'il est parfait. Vous êtes parfait aussi , et unique en votre genre et en votre ordre : vous n’êtes pas étranger au Père et au Fils , puisque vous en êtes l'amour et l’union éternelle : vous procéilez nécessairement de l'un et de l'autre, puisque vous êtes leur amour mutuel : qui vous voudrait séparer d'eux les séparerait eux-mêmes entre eux , et diviserait leur règne éternel.

Vous êtes égal au Père et au Fils , puisque nous sommes également consacrés ow nom du Père, et du FilSf et du Saint-Esprit et que vous avez avec eu X un même temple qui est notre âme, notre corps tout ce que nous sommes. Rien d'inégal, nid'étran-

* Jm/r. 1, 18. — * Jttnn. XV, 'iS.—*Jnan. xti, I*. -- * ibid. 7. - ‘ MuUh. XlTlll, le. Cor. lil, 14, 17, Vl, If.

ELKVATIO^S SUR LliiS MYSTERES. CSS

per au P^rc el au Fils, ne doit être nommé avec eux eu égalité : je ne veux pas être baptisé et coii' saeré au nom d’un conseniteur, je ne veux pas être le temple d'une créature : ce serait une idolâtrie de lui bâtir un temple , et à plus forte raison d’être et se croire soUméme son tetnpie.

TrlDlté erén; imisp de rincre^, et ocmbom elle lncompréhei)»ible.

Revenons encore à nous-memes : nous sommes, nous entendons, nous voulons. D’alwrd, entendre et vouloir. Si c’est quelque chose, ce n’est pas ahsolnment la même chose; si ce n'était pas quelque chose, ce ne serait rien, elil n’y aurait ni entendre ni vouloir : mais si c’etait absolument la même chose, on ne tes distinguerait pas; mais on lesdistinsue, car on entend ce qu’on ne veut pas, ce qu'on n’nime pas, encore qu’on ne puisse aimer ni vouloir ce qu’on n’entend point. Dieu même cntenl et connaît ce qu’il n’aime pas, comme le pccliê: el nous, combien de choses emenrlons-nous que nous haïssons, et que nous ne voulons ni faire ni sniifTrir, pareeque noiisentendonsqu’clles nous nuisent? Nous entendons ce que c’estque se précipiter du liaut tl'une tour, el ce mouvcmetil n'est pas moins bien entendu que les autres: mais cependant on ne le veut pas, à cause qu'il nous est nuisible.

Nous sommes donc quelque chose d'intelligent, quelque chose qui s’entend et s'aime soi-niêine ; qui n’aime que ce qu’il entend , mais qui peut connaître el entendre ce qu’il n'aime pas : toutefois on ne l’aimant pas, il sait et entend qu'il ne l’uiine pas : et cela même il veut le savoir, et il ne veut pas l’aimer, parce qu’il sait ou qu'il croit qu’il lui est nuisible; mais au contraire il veut ne Tuimer pas. Ainsi entendre et aimer sont choses distinctes ; mais tellement inséparables, qu’il n’y a point de connaissance sansquelque volonté. Kt si rhomiuesemblableàrange connaissait tout ce qu'il est, sa connaissance serait égale à son être : et s'aimant à proportion de sa connaissance , son amour serait égal à l’un et à l’autre. F.t si tout cela était bien réglé , tout cela ne ferait ensemble qu’un seul et même bonheur de la même âme, et, à vrai dire, la même âme heureuse : en ce que par la droiture de sa volonté , conforme à la vérité de sa connaissance, elle serait juste. Ainsi ces trois choses bien réglées , être, connaître et vouloir, font une seule âme heureuse et juste , qui ne pourrait ni être sans être connue, ni être connue sans êtrcaimée;nidistrairedc soi-même uiiede ces choses, sans se perdre tout entière avec tout son bonheur. Car que scrait-ce à une âme que d'être sans sc connaître; et qtie serait-ce de se connaître, sans s'aimer de la manière qu'il faut s’aimer ;>our être véritablement heureux; c’est-à-dire sans s’aimer par rapport à Dieu, qui est tout le fondement de notre bonheur ?

Ainsi, nnotre manière imparfaitect défectueuse, nous représentons un mystère incompréhcusibic.

Une Trinité créée que Dieu fait dans nas âmes nous représente la Trinité incréée , qne lui seul pouvait nous révéler; et pour nous la Caire mieux représenter, il a mêlé dans nos âmes, qui la représentent , quelque chose d’iiicompréhensibie.

Nous avons vu qu’entendre et vouloir, connaître et aimer sont actes très-distingués : mais le sontils tellement, que ce soient choses entièrement et substantiellement différentes? Ola ne peut être : la connaissance n'est autre chose que la substance de l’âme affectée d’une certaine façon ; et la volonté n’est autre chose que la substance de l’âme alTertée d’une autre. Quand je change ou de pensée et de volonté, ni-je celle volonté el cette pensée sans que ma .substance y entre? Sans doute elle y entre, cl tout c^'la, au fond, n’est autre chose que ma substance alïcctiH*, diversifiée, modillée de differentes m.anieres; innisdansson fond toujours la même. Car, en ch.nngeaiit depen.<^ée, jene change pas de substance; et ma substance demeure une, pétulant que mes [HMisées vont et viennent , el |)cndaot que ma volonté va se distinguant de mon âme, d'où elle ne cesse de sortir : de même que ma connaissance va se distincuant de mon être, d’où elle sort pareillement : et {tendant que tous les deux, je veux dire ma connaissance et nia volonté , se distinguent en tant de manières, et se portent successivement à tant de divers objets, ma substance est toujours la même dans son fond, quoiqu’elle entre tout entière dans toutes ces manières d’être si différentes.

Voilà déjà en moi un prodige inconcevable ; mais ce prodige s'étend dans toute la nature I..e mouvement et te repos, choses si distinctes, ne sont dans le fond que la substance qui se meut et qui se repose; qui change h la vérité, mais non dans son fond, quand elle passe du mouvement au repos, et du repos nu moiivemeot. Car ce qui se meut mainteuant, c'est la même chose qui se reposera bientôt : et ce qui SC repose en ce moment est la même chose qui bientnt sera mise en mouvement. Kt le niouvemeni droit, et l'oblique , et le circulaire, sont des mouvements divers entre eux, mais qui n'ont qu’une seule et même substance; et cent circulations successives d'un même corps ne sont au fond que ce même corps agité en cercle. Ft tout cela est distinct et un; un en substance, distinct en manicres. Ktees manières, quoique di^érentes, n'ont toutes qu'un même sujet, un même fond, une seule el même substance.

Je ne sais qui se peut vanter d'entendre cela parfaitement : ni qui pourra se bien expliquer à soit même ce que les manières d’être ajoutent à l’être : ni d’où vient leur distinction dans l’unité et indentité qu’elles ont avec l'être même : ni comment elles sont des clioses , ni comment elles n'en sont pas. Ce sont des choses: piils(|ue si c'était un pur néant, on ne pourrait véritablement ni les assurer ni les nier; ce n’en sont point, puisqu’en elles-mêmes elles ne subsistent pas. Toutcela nes'entend pas bien; tout cela est pourtant chose véritable : et tout cela nous est une preuve que, même dans les choses naturelles,

•t6 ÉLÉVATIONS SUR

f uniié est un principe de multipUcité en elle-même , et que l'unité et la multiplicité ne sont pas autant incompatibles qu'on le pense.

O DieUt devant qui je me considère moi-même, et me suis h moi-même une grande énigme! j’ai vu en moi ces trois choses, être, entendre, vouloir. Vous voulez que je sois toujours, puisque vous m'avez donné une âme immortelle , dont le bonheur ou le malheur sera éternel : et si vous vouliez , j'entendrais et voudrais toujours la même chose; car c'est ainsi que vous voulez que je sois toujours, quand vous me rendrez heureux par votre présence. .Si je ne voulais et n'entendais éternellement que la même chose, comme je n'ai qu’un seul être, je n’aurais aussi qu'une seule connaissance et une seule volonté, ou si l'on veut, un seul entendre et un seul vouloir. Cependant ma connaissance et mon ,nmour, ou ma volonté, n'en seraient pas pour cela moins distingués entre eux, ni moins identiflés; eVst-â-dire n en seraient pas moins un avec le fond de mon être, avec ma substance. Et mon amour ou ma volonté ne pourraient pas ne pas venir de ma connaissance : et mon amour serait toujours une ciiose que je produirais en moi-même , et je ne produirais pas moins ma connaissance : et totijours il y aurait en moi trois choses, l'être produisant la connaissance, la connaissance produite, et Pamour aussi produit par l'un et par l'autre. Et si j'étais une natureiucapable deUnit accidentsurvenu h sa subs- Lince, et en qui il fallût que tout fût substantiel, ma connaissanceetmonaniourseraientquelque chose de substantielet de subsistant : et je .serais trois personnes subsistantes dans une seule substance; c'està-dire je serais Dieu. Mais comme il n’en est pas ainsi . je suis seulement fait à l'image et à la ressemblance de Dieu, et un crayon imparfait de cette unique substance qui est tout ensemble Père , Fils et .Saint-Esprit : substance incompréhensible dans sa trine divinité , qui n'est au fond qu'une même chose, souveraine, immense, étemelle, parfaitement une en trois personnes distinctement subsistantes , égales, coiisubstanüelies; à qui est dû un seul culte, une seule adoration, un seul amour; puisqu’on ne peut ni aimer le Père sans aimer son Fils, ni aimer le Fils sans aimer son Père, ni les aimer tous deux sans aimer leur union éternellement subsistante, et leur amour mutuel. Et pour aider la foi qui m'attache à ce mystère incompréhensible, j’en vois en moi-même une ressemblance qui , tout imparfaite qu'elle est , ne laisse pas d’avoir quelque chose qiiejene puis comprendre; et je mesuisà moi-même uninystèrcimpénrtrable. Et pour m’ôtertoutepeine de perdre en Dieu toute ma comprelieiision, je commence par la perdre premièrement, non-seulement dans tous les ouvrages de la nature, m.iis encore dans moi-même plus que dans tout le reste.

VIP ÉLÉVATION.

FécuDilité lin arts.

Je suis un peintre, un sculpteur, un architecte ; fai mon art, j’ui mon dessein ou mon idée; j'ai le

LES MYSTÈRES

choix et la préférence que je donne à cette klée ptf un amour particulier. J'ai mon art, j'ai mes règles, mes principes, que je réduis, autant que je puis, à un premier principe qui est un , et c'est par là que je suis fécond. Avec cette r^le primitive et ce principe fécond qui fait mon art, j'enfante au dedans de moi un tableau, une statue, un édifloe, qui dans sa simplicité est la forme, l'origtoal, le modèle immatériel de ce que j'exécuterai sur la pierre , sur le marbre , sur le bois, sur une toile où j'arrangerai toutes mes couleurs. J 'aime ce dessein, celte idée , ce ûls de mon esprit fécond et de mon art inventif. Et tout cela ne fait de moi qu'un seul peintre, un seul sculpteur, un seul architecte; et tout cela se tient ensemble et inséparablement uni dans mon esprit ; et tout cela dans le fond , c est moii*èspril même, et n’a point d’autre substance; et tout cela est égal et insé|)arai)le.

I..equel des trois que l’on dte, tout s’en va. Le premier, qui est l'art, n'est pas plus parfaitquele second, qui est l'idée, ni le troisième, qui est l’amour» L'art produit l’un et l’autre, et ou suppose quil existe quand il les produit. On ne peut dire ce qui est plus beau , ou de commencer ou de terminer, ou d'être produit ou de produire. L’art, qui est comme le père, n'est pas plus beau que l'idée, qui est le fils dere.spril;cl ramour qui nous fait aimer cette belle production est aussi beau qu'elle : par leur relation mutuelle chacune a la beauté des trois. Et quand il faudra produire au dehors cette peinture ou cet édifice, Part, et l'idée, et l'amour y concourront également, et en unité parfaite ; en sorte que et bel ouvrage se ressentira également de Part, de l'idée, et de Pamouroii delà secrète complaisance qu'oi» aura pour elle.

Tout cela, quoique immatériel, est trop imparfait et trop grossier pour Dieu. Je n’ose lui en faire l'application ; mais de là, aidé de la foi, je m'élève et je prends mon vol; et cette contemplation de ce que Dieu a mis dans mon âme quand il Pa créée à sa ressemblance, m'aide à faire mon premier effort.

vin* Elévation.

Sdg«^ raéentielle, personnelle, fngrmlniiile rl engeudree.

Dieu m'a pofseriée, dit la Sagesse ' : c’est-à-dire Dieu m'a engendrée, conformément à cette parole d'Eve, quand elle enfanta Caïn : J'aiy dit-elle, possédé un homme par la grâce de Dieu*. Il m’a engendrée , avant que de rien faire : Je suis ordonnée , et garde mon rangrfe toute éternité et de toute antiquité, nuan/ç/ze la terre fâf fnlte: tes abîmes n'étaient pas encore^ et fêtais déjà conçue. Dieu m'enfantait devant tes coltines 5; c’cst-à-dîre devant tou» les temps et de toute éternité , parce qu’il n'y a que l’éternité avant tous les temps. Mais Dieu n’a-t-il de sagesse que celle qu'il engendre.’ A Dieu ne plaise t

• Prtn. VIII, ac. — • OtH. rv, I. - ' Prvi\ tui. ai, la»

ELÉVATIOKS SUR LES MYSTERES

e*r noiu mjiiips nous ne pourrions pas produire en nous noire verbe . notre parole intérieure , s'il n'y avait en nous un fond de raison dont notre verbe est le fruit : à plus forte raison y a-t-il en Dieu une lagesse essentielle, qui, étant primitivement et originairement dans le Père, le rend fécond pour produire dans son sein cette sagesse qui est son Verbe et son Fils, sa parole, sa raison, son intelligence, ton conseil ; l'idée de ce divin ouvrier qui précède tous ces ouvrages; le bouillonnement, pour ainsi dire , ou la première effusion de son cœur ; et la seule production qui le fait nommer vraiment Père avant tous les temps. Cal de là donc , dit saint Paul, que vient /oaie paternUé dont le ciel et dam h terre C'est de là que nous al donnée, à nous qui croyant au Filt unique, la puiuance d'étre e>\fanlttle nieu à son image, en naistanl non du rang , ni tie la rolonlé de la chair, ni de la volonté deChomme, malt (le Dieu ■ , qui, par sa bonté et |>ar la grâce de son adoption , a daigné nous associer à son Fils unique.

l.X» ÉLÉVATION.

la iK^Uludr de riime : imsse de celle de Dieu , heureus rtar» la Irlnlté de aes penonnet.

Quand Dieu m'a fait à son image et ressemblance, il m'a fait pour être heureux comme lui, autant qu'il |ieut convenir à une créature; et c'est pourquoi il me fait trouver en moi ces trois clioses , moi-méme qui suis fait pour être heureux, l'idée de mon bonlieur, et l'amour ou le désirdu même bonheur, frois ehosesqueje trouve inséparables en moi-même, puisque je ne suis jamais, sans êtreunechosequi est faite pour être heureuse , et par conséquent qui porte en soi-même, et l'idée de son bonheur, et le désir d'en jouir provenant nécessairement de cette idée.

Qu'on me demande laquelle de ces trois clioses je voudrais perdre plutôt que l'autre, je ne saurai que répondre. Car premièrement, je ne veux point perdre mon être ; je veux, pour ainsi parler, encore moins |ierdrc mon bonheur, puisque sans bonheur *il vaudrait mieux pour moi que je ne fusse pas, conformément à cette parole du Sauveur sur son malheureux disciple : Il vaudrait mieux à cet homme de n'avoir jamait été Je ne veux donc non plus periire mon bonheurque mon être, ni non plus perdre ridée et l’amour de mon bonheur que mon bonheur, puisqu'il n'y a point de bonheur sans cette idée et cet amour.

S'il y a quelque chose en moi qui ait toujours été avec moi-même , c'est cette idée, et cet amour de mon bonheur ; car je ne puis jamais avoir été sans hiir ce qui me nuisait, et désirer ce qui m'était convenable; ce qui ne peut provenir que du désir d'être heureux , et de la crainte de ne l'être pas. Ce sentiment commence à paraître dès l'enfance; et comme on l'apporte en venant au monde, on doit l'avoir eu , quoique plus obscurément et plus luuidement, jusque dans le sein de la mère.

■ Mfhtt. ni, is. - > /on«. I, It, I a. - > ÂluM. un, St.

Voilà donc une idée qui naît en nous avec nous et un sentiment qui nous vient avec cette idée; et tout cela est en nous avant tout raisonnemeiit et toute réflexion.

Quand la raison commenceà poindre, elle ne fait autre chose que de chercher les moyens , bons ou mauvais , de nous rendre heureux : ce qui muntre que cette idée et cet amour du bonheur est dans le fond de notre raison.

D'une certaine façon, cette idée qui nous fait connaître notre bonheur, et ce seutimeiit qui nous le fait aimer, font de tout temps notre seule idée et notre seul sentiment. Pour le sentiment, il est clair, puisque tous nos autres sentiments se rap|iortent à celui-là : et pour l'idée du bonheur, il n'est p.as moins clair que c’en est une suite, puisque ce n'est que pour remplir celle-là que nous nous rendons attentifs à toutes les autres. Sup|Wsons donc que Dieu , qui nous donne tout et peut aussi nous ôter ce qui lui plaît, nous ôte tout, excgpté notre être, et l’idée de notre bonheur, et le désir qui nous pressa de le rechercher, nous serons quelque chose de fort simple ; mais dans notre simplicité nous aurons trois clioses qui ne diviseront point notre unité simple, mais plutôt qui concourront toutes trois à sa perfection.

Alors serons- nous heureux f Hélas! point du tout. Nous désirerons seulement de l'être, et par conséquent nous ne le serons pas, puisque le bonlieur ne peut consister avec le besoin , dont le désir est la preuve.

Que faut-il donc ajouter à tout cela pour nous rendre heureux ? il faut ajouter à l'idée confuse que j’ai du bonheur la connaissance distincte de l'objet où il consiste , et en même temps changer le désir confus du bonlieur en la possession actuelle de ce qui le fait.

biais où peut consister mon bonheur que dans la clmse la plus parfaite que je connaîtrai , si je la puis posséder ? Ce que je connais le plus parfait , c'est Dieu sans doute, puisque même je ne puis trouver en moi-méme d'autre idée de perfection que celle de Dieu. Il reste à savoir si je le puis po.xséder. .Mais qu'est ee que le posséder, si ce n'est le connaître? Se possède-t-il autrement lui-même qu’en connaissant sa perfection ? Je suis donccapable de le posséder, puisque je suis capable de leconiialtre , pourvu qu'en le connaissant je me porte aussi à l'aimer : puisque le connaître sans l’aimer, c'est le méconnaître en effet.

Aprèseette heureuse addition qui s'est faite à la connaissance et à l’idée que j’avais de mon bonlieur, serais-je heureux ? Point du tout. Mais quoi ! je connais et j'aime Dieu, et cela même, avonsnous dit , c'est le posséder, et c’est posséder ce que je connaisde meilleur; et nous avons dit que cela est être heureux ; je le suis donc ? Cependant si j’étais heureux , je n'aurais rien à désirer : puis-je dire que je n’ai rien à désirer? f.x)in de moi cet aveuglement ! je ne suis donc pas heureux.

Il faut donc encore chercher eu moi-même ce qui me manque. Je connais Dieu , je ravoue,mais

Éf.ÉVATIOltS SÜB

«rè«-imparfaitcmfiil : ce qui fait que mon aoioiir pour lui est trop faible; et de là aussi me vient la faiblesse de désirer tant de choses bonnes ou mau-* vaises. J’ai donc à désirer de connaître Dieu plus parfaitement que je ne fais : De le connaître , comme dit saint Paul, ainsi que j'en suis connu ■ ; de le connaître à nu, o ilécouoert, en un mot de le voir /ac* à face ■ , sans ombre , sans voile, sans obscurité. Que Dieu m'ajoute cela, qu’il me dise comme à Moïse : Je te montrerai tout bien t ; alors je dirai avec saint Philippe : Maître, cela nous suffit s. Mais cela n'est pas de cette vie. Quand ce bonheur nous arrivera, noos n’aurons rien à désirer pour la connaissance : mais pour l'amour, que serace ? Quand nous verrous Dieu face è face , pourronsnous faire quelque chose de plus que l'aimer ? Non sans doute ; et saintPaul aditquef’amoi/rdemeure éternellement, sans Jamais se perdre Qu’aura donc de plus notre amour dans cette étemelle et bienlienreiise occupation , sinon qu'il sera parfait, venant d'une parfaite connaissance? Et il ne pourra plus dianger comme il peut changer en celte vie : et il absorbera toutes nos volontés dans une seule, qui sera celle d'aimer Dieu: Itn'ÿ aura plus de gémissement, et nos larmes seront essugées pour jamais^, et nos désirs s'en iront avec nos besoins. Alors donc nous serons réduits à la parfaite unité et simpl'ieité. Mais dans cette simplicité nous porterons la parfaiteimage delà Trinité, puisque Dieu uni au fond de notre être , et se manifestant luiinéme , produira en nous la vision bienheureuse qui sera en un sens Dieu même , lui seul en étant l'objet comme la cause : et parcelle vision bienheureuseil produira un éternel et insatiable amour, qui ne sera encore autre diose en un certain sens que Dieu même , vu et possédé ; et Dieu sera tout en lousT, et il sera tout en nous-mêmes, un seul Dieu uni à notre fonds, se produisant en nous par la vision , et se consommant en un avec nous par un éternel et parfait amour.

Alors s'accomplira notre parfaite unité en nousmêmes , et avec tout ce qui possédera Dieu avec nous : et ce qui nous fera tous parfaitement un, c'est que nous serons , et nous verrons , et nous aimerons ; et tout cela sera en nous tous une seule et même vie. Et alors s’accomplira ce que dit le •Sauveur. Comme rous, mon Père , êtes en moi et mot en cous , ainsi ils seront un en nous ' ; un en eux-mêmes , et un avec tous les membres du corps de rf/glise qu'ils composent.

Formons donc en nous la Trinité sainte , unis à Dieu,connaiss.int Dieu.aim.int Dieu. Et comme notre connaissance, qui à présent est imparfaite et obscure , s'en ira ; et que l'amour est en nous la seule chose qui ne s'en ira jamais et ne sc perdra jioint, aimons, aimons, aimons : faisons sans fin ce que nous ferons sans fin; faisons sans fin, dans le temps, ce que nous ferons sans fin dans l'éternité.

' /. Cor. xiu, 12. ~ > IL Cor. Il, IS. — * £xod. xxsiii, IV. — i Joan. XIV, S. — */. Cor. xill, 8.— S Jpor. lil, 17, /. Cor. XV, sa. — * Jon, xvn, si.

LKS MYSTÈRES.

Oli ! que le temps est incommode f Que de besotfM dccablanU le temps nous apporte I Qui pourraH souffrir les distractions Jes interruptions, les tris« tes nécessités du sommeil, de la nourriture, des autres besoins? Mais celles des tentations, des mauvais désirs, qui n’en serait honteux autantqu’af* fli^é ? oMaUteureux homme que je suis, qui me dé- Urrera de ee corps de mort * f O Dieu , que le temps est lonff , qu’il est pesant, qu’il est assommant ! O Dieu éternel, tirez>moi du temps, fixez-nH)i dans votre éternité! En attendant, faites-moi prier sans cesse , et passer les jours et les nuits dans la con* templation de votre loi, de vos vérités, de vousmême, qui êtes toute vérité et tout bien. Amen, amen-

IIP SEMAINE.

ÉLÉVATIONS SUR LA CREATION DR L’ONlVBlt.

PREMIÈRE ÉLÉVA'nON.

Dieu n'm est pas plus Rrand , nt plus beoreux , pour avoir créé l'univert.

Recueilli en moi-même , ne voyant en moi que péclié, imperfection et néant, je vois en même temps au-dessus de moi une nature lieureuse et parfaite : et je lui dis en moi-même, avec le Pulmiste : rous êtes mon Dieu; vous n'avez pas besoin de mes biens * : vous n’avez besoin d'aucuns biens. Que me sert, dites-vous par votre prophète, la HiuUitude de vos victimes ^ ? Tout est à moi : mais je n’ai pas besoin de tout ce qui est à moi, il me suflit dëtre, et je trouve en moi toutes choses. Je n’ai pas besoin de vos louanges : les louanges que vous me donnez vous rendent heureux, mais ne me le rendent pas, et je n’en ai pas besoin. Mes œw vres me huent *. Mais encore n’ai-je pas besoin de la louange que me donnent mes œuvres: toatme loue imparfaitement, et nulle louange n'est digne de moi, que celle que Je me donne moi-même en jouissant de moi-même et de ma perfection.

Je suis celui qui suis C’est assez que je sois , tout le reste m’est inutile. Oui , seigneur , tout le reste vous est inutile, et ne peut faire aucune partie de votre grandeur :vous n’étes pas plus grand avec tout le monde, avec mille millions de mondes, que vous l'êtes seul. Quand vous avez fait le monde, c'est par bonté et non par besoin. Il vous convient de pouvoir créer tout ce qui vous plaît : car il est de la perfection de votre être , et de l'efDcace de votre volonté, non-seulement que vous soyez, mais que tout ce que vous voulez soit : qu'il soit, dès que vous le voulez, autant que vous le voulez, quand vous le voulez. Et quand vous le voulez, vous œ commencez pas à le vouloir : de toute éternité voua voulez ce que vous voulez, sans jamais changer :

• Aom.Vll,34. -*i»J.XT, *. — > l$.l. II. — * XVW, I. ~ * Exod if, 14.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

rien ne commence en vous, et tout commence borsdevous parvotre ordre éternel. Vous manque* t*il quelque chose, parce que tous iie faites pas tant de choses que vous pouvez faire? Tout cet univers que vous avez fait n’est qu’une petite partie de ce que vous pouviez faire, et après toift n’est rien de* vant TOUS. Si vous n’aviez rien fait,l’étre inan* querait aux choses quevousn’auriez pas voulu faire : Niais rien ne vous manquerait, parce qu’indépendaimnent de toutes choses, tous êtes celui qui est, et quiest tout ce qu'il fautétre pour être heureux et parfait.

O Père éternellement et imJépendainmentdetoute autre chose ! votre Fils et votre Ksprit saint sont avec TOUS : vous n'avez pas besoin de société, en voilà une en vous*iuémecteriielle et inséparable de vous. Content de cette infinie et étemelle communication de votre parfaite et bienheureuse es* seiice, à ces deux personnes qui vous sont égales, qui nesont point votre ouvrage, mais vos coopérateurs , ou pour mieux dire , avec vous un seul et mêmecréateur de tous vos ouvrages ; qui sont comme vous, non parvotre commandement , ou par un effet de votre toute-puissance, mais parla seule perfection et plénitude de votre être ; toute autre eominunication est incapable de rien ajouter à votre grandeur, à votre perfection, àvoUre félicité.

Il' ÉLÉVATION.

Avant la créaUoo , rien o'éUU qoe Dieu.

Puisque j'ai commencé ^ je continuerai de parler à mon Seigneur, quoique je ne soisquepoussièreet cendres Kt de quoi vous parlerai-je, Seigneur? Par où puis-je mieux commencer à vous parler que par où vous avez vous- même commencé à parler aux hommes? J’ouvre votre l^lcriture, et j’y trouve d'abord ces paroles ; Au commencement Dieu a créé le eVi et la terre*. Je ne trouve point que Dieu, qui a crée toutes choses , ait eu besoin , comme un ouvrier vulgaire , de trouver une matière préparée sur laquelle il travaillât, et de laquelle il fit son ouvrage. Mais n'ayant besoin pour agir que de lui* même et de sa propre puissance , il a fait tout son ouvrage. Il n’est point un simple faiseur de formes et de figures dans une matière préexistante ; il a fait et la matière et la forme , c’est-à-dire son ouvrage dans son tout. Autrement son ouvrage ne lui doit pas tout, et dans son fond il est indépendamment de son ouvrier. Mais il n’en est pas ainsi d'un ouvrier aussi parfait que Dieu. Lui qui est In forme des formes et l’acte des actes, il a fait tout ce qui est selon ce qu'il est, et autant qu’il est ; c’està-dire que comme il a fait la forme, il a fait aussi ee qui était capable d'être, formé, paree que eela même c’est quelque, chose <{ui, né pouvant avoir de soi-méme d’être formé , ne peut non plus avoir de soi-méme d'être formable.

Cest pmirquoKje lis ainsi dans votre Écriture

toujours véritable : commencement Dieu a créé

le ciel et la terre. Et la terre était inutile , informe, vide, invisible , confuse : et les ténèbres couvraient la face de i'ahime , qui était la mer. Et i'esprit de Dieu, le Saint-Esprit en figure, selon la première signification de la lettre , un vent , un air que Dieu agitait , était porté sur tes eaux», ou posait surelles. Voilà cette matièreeonfuse, sans ordre, sans arrangement , sans forme distincte. Voilà ee chaos, cette confusion, dont la tradition s’estcon* servée dans le genre humain, et se voit encore dans les poètes les plus anciens. Car c'est ce que veulent dire ces ténèbres , cet abîme immense dont la terre était couverte, ce mélange confus de toutes choses , cette informité , ai l’on peut parlerde cette sorte, de la terre vide et stérile. Mais en même temps tout cela n’est pas s.in$ commencement , tout cela est créé de Dieu : Ju commencement Dieu a crééte ciel et la terre. Cet esprit, oetair ténébreux qui se portait sur les eaux, venait de Dieu, et n'était fait ni agité que de sa main ; en un mot, toute cette masse, quoique informe, était néanmoins sa créature, le commencement et l’ébauche, mais toujours de la même main , de son grand ouvrage.

O Dieu, quelle a été l’ignoranee des sages du monde, qu’on a appelés philosophes, d’avoir cru que vous, parfait architecte, et absolu formateur de tout oe qui est , vous aviez trouvé aous vos mains une matière qui vous était ooéternelle, informe néanmoins, et qui attendait de vous sa perfection l Aveugles , qui n’entendaient pas que d’être capable de forme, c’est déjà quelque forme; c’est quelque perfection, que d’être capable de perfection : et si la matière avait d’elle-méme ce commencement de perfection et de forme, elle en pourrait aussitôt avoir d'elle-même l’entier accomplissement.

Aveugles, conducteurs d’aveugles, qui tom^bei dans le précipice, et y jetez ceux qui vous suivent *, dites-moi qui a assujetti à Dieu ce qu'il n’a pas fait, ce qui est de soi aussi bien que Dieu, ce qui est indépendamment de Dieu même? Par où a-t-U trouvé prise sur ce qui lui est étrangère! I indépendant de sa puissance ; et par quel art ou par quel pouvoir se l’est-ü soumis? Comment s’y prendra-t-il pour le mouvoir? Ou, s'il se meut de lui-même, quoique encore confusément et irrégulièrement, comme on veut se l'imaginer dans oe chaos ; comment donnera la règle à ces mouvements celui qui ne donne pas la force mouvante? Cette nature indomptable échapperait à ses mains; et ne s'y prêtant jamais tout entière, elle ne pourrait être formée tout entière selon l'art et la puissance de son ouvrier. Mais qu’est-ce après tout que cette matière si parfaite, qu’elle ait d’elle-mémece fond de son être; et si imparfaite, qu’elle attende sa perfection d’uo autre? Son ornement et sa perfection ne sera que son accident, puisqu’elle est éternellement informe. Dieu aura fait l’accident, et n’aura pas fait la substance? Dieu aura fait l’ar*

• 0<%. I i,s. ~ > Matih. tv, 14.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

rangement des lettres qui composent les mots, et n*aura pas fait dans les lettres la capacité d'étre arrangées? O chaos et confusion dans les esprits, plus encore que dans cette matière et ces mouvements qu'un imagine éternellement irr«'*guliers et confus! Ce chaos, cette erreur, cet aveuglcineut était pourtant dans tous les esprits et il n'a été dissipé que par ces paroles : Ju commencement Dieu a créé le ciel et la terre; et par celles^:! : Dieu a eu toutes le» choses qu'il avait faites, et elles étaient très-bonnes < : parce que lui seul en avait fait toute la bonté : toute la bonté , encure un coup , et oon*seulement la perfection et la (in, mais encore le commencement.

m* ÉLÉVATION.

Dieu n*a ru b«»oi» de trouver ni uo Uni pour placer le

moAdr, iii un Irmpe pour y aulgner le cooiDiciia'inenl de

toutes cho»n.

Faible et imbécile que je suis, qui ne vois que des artisans mortels, dont les ouvrages sont soumis au temps, et qui désignent par certains moments le commencement et la Onde leur travail, qui aussi ont besoin d'étre en quelque lieu pour agir, et de trouver une place pour y fabriquer et poser leur ouvrage! Je veux imaginer la même chose, ou quelque chose de semblable, dans ce toutpuissant ouvrier qui a fait le ciel et la terre : sans songer que s'il a tout fait, il o fait le temps et le lieu; et que ces deux choses, que tout autre ouvrier que lui doit trouver faites, font elles-mêmes partie de son ouvrage.

Cependant je veux m'imaginer il y a six ou sept mille ans, et avant que le monde fût, comme une succession infinie de révolutions et de moments enire-suivis , dont le Créateur en ait choisi un pour y Qxer le comineneemeiit du monde : et je ne veux pas comprendre que Dieu, qui fait tout, ne trouve rien de fait dans son ouvrage , avant qu'il agisse : qu'ainsi avant le commencement du monde il n'y avait rien du tout que Dieu seul : et que dans le rien il n'y a ni succession , ni durée, ni rien qui soit, ni rien qui demeure, ni rien qui passe ; pa^ que te rien est toujours rien, et qu'il n'y a rien hors de Dieu que ce que Dieu fait.

Élevez donc, Seigneur, ma pensée au-dessus de toute image des sens et de la coutume, pour me faire entendre, dans votre étemelle vérité, que vous, qui êtes celui qui est. êtes toujours le même sans succession ni changement; et que vous faites le changement et la succession partout où elle est. Vous faites par conséquent tous les mouvements et toutes les circulations dont le temps peut être la mesure. Vous voyez dans votre éternelle iniclligeiiee toutes les circulations différentes que vous pouvez faire; et les nommant, pour ainsi dire, toutes par leur nom, vous avez choisi celles qu’il vous a plu, pour les faire aller les unes après lea autres. Ainsi la première révolution que vous avez faite du cours du soleil, a été la première année; et le premier

• Cm. h I.SI.

mouvement que vous avez fait dans la matière, t été le premier jour. Le temps a commencé selon qu'il vous a plu ; et vous en avez fait le commencement tel qu'il vous a plu; comme vous en avez fait la suite et la succession , que vous ne cessez de développer du centre immuable de votre éternité.

Vous avez fait le lieu de la même sorte que vous avez fait le temps. Pour vous, ô Dieu de gloire et de majesté, vous n’avez besoin d'aucun lieu : vous habitez en vous-même tout entier. Sans autre étendue que celle de vos connaissances , vous savez tout ; ou celle de votre puissance , vous pouvez tout ; ou celle de votre être, de toute éternité vous êtes tout. Vous êtes tout ce qui est nécessairement; et ce qui peut ne pas être, et qui n'est pas éternellement comme vous, n’ajoute rien à la perfection et à la plénitude de l’être , qne tous possédez seul. Qu'ajouterait à votre science, à votre puissance, à votre grandeur, quelque espèce d'étendue locale que ce soit? Rien du tout. Vous êtes dans vos ouvrages par votre vertu, qui les forme et qui les soutient; et votre vertu c'est vous-même , c'est votre substance. Quand vous cesseriez d'agir, vous n’en seriez pas moins tout ee que vous êtes, sans avoir besoin ni de vous étendre , ni d’être dans vos créatures, ni dans quelque lieu ou espace que ce soit. Car le lieu ou l'espace estuneéteodue: et un espace et une étendue, des proportions, des distances, des égalités, ne sont pas un rien; et si on veut que vous trouviez toutes faites ces distances, ces étendues, ces proportions , sans les avoir faites vous-même, on retombe dans l'erreur de ceux qui mettent quelque chose hors de vous qui vous soit nécessairement coéternel , et ne soit pas votre ouvrage.

O Dieu! dissipez ces fausses idées de l'esprit do vos serviteurs. Faites-leur entendre que sans avoir besoin d'être nulle part, ou de vous faire une demeure, vous vous étiez tout à vous-même; et qu^ lorsqu’il vous a plu, sans aucune nécessité, de faire le monde, vous avez fait avec le monde , et le temps et le lieu, toute étendue, toute succession, toute distance; et enfin que de toute éternité, et avant le commencement, il n’y avait rien du tout que vous seul; vous seul, encore une fois, vous setil n’ayant besoin que de vous-même. Tout le reste n'étnit pas; il n’y avait ni temps, ni lieu, puisque le temps et le lieu sont quelque chose; il n'y avait qu'une pure possibilité de la créature que vous vouliez faire, et cette possibilité ne subsistait que dans votre toute-puissance.

Vous êtes donc éternellement : et parce que vous êtes parfait, vous pouvez tout ce que vous voulez; et parce que vous |>ouvez tout ce que vous voulez, tout vous est possible; et il n'est possible radicalement et originairement, que. parce que vous le pouvez.

Je vous adore, ê celui qui pouvez tout! et Je me soumets ^ votre toute-puissance, pour ne vouloir éternellement que ce que vous voulez de moi, et ne me réserver de puissance que pour l'acooniplir.

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ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES. 641

TiHcAtt et liberté du eonunaïuteinent divin.

Dieu dit ; Que la tmniére soit; et la lumière fut roi dit ; Qu’un marche; et l'amide marche : qu'on fasse telle évolution: et elle se fait : toute une armée se remue au seul commandement d'un prince, c'est-d-dire à un seul petit mouvement de scs lèvres. C'est, parmi les choses humaines, l’image la plus excellente de la puissance de Dieu ; mais au fond que cette image est défectueuse! I>ieu n'a point de lèvres à remuer; Dieu ne frappe point l'air avec une langue pour en tirer quelque son; Dieu n'a qu’à vouloir en lui-méme ; et tout ce qu'il veut éternellement s'accomplit comme il l'a voulu, et au temps qu'il a marque.

Il dit donc : Que la lumière soit; et elle fut : Qu'il y ait un firmament ; et il y en eut un ; Que le» eaux t'atsemblent ; et elles/urent astemblées : Qu'il t'allume deux grand» luminaire»; et il» t'allumèrent ; Qu'il sorte de» animaux; et II en sortit • : et ainsi du reste : Il a d'U, et les chose» ont été faite» : il a commandé, et elles ont été créée» /lien ne résiste à sa roix i : ft l’ombre ne suit pas plus vite le corps , que tout suit au commandement du Tout-Puissant.

Mais les corps jettent leur ombre nécessairement, le soleil envoie de même ses rayons; les eaux bouillonnent d’une source conune d'clles-mêmes , sans que la source les puisse retenir; la chaleur, pour ainsi parler, force le feu à la produire ; car tout cela est soumis à une loi et à une cause qui les domine. Mais vous , ô loi suprême , ô cause des causes ! supérieur à vos ouvrages , maître de votre action ; vous n’agissez hors de vous qu’auUnt qu’il vous plaît. Tout est également rien devant vos yeux ; vous ne devez rien à personne; vous n’avez besoin de personne; vous ne produisez nécessairement que ce qui vous est égal; vous produisez tout le reste par pure bonté , par un commandement libre ; non de cette liberté changeante et irrésolue qui est le partage do vos créatures; mais par une éternelle supériorité que vous exercez sur les ouvrages, qui ne vous font ni plus grand ni plus heureux ; et dont aucun, ni tous ensemble, n’ont droit à l’être que vous leur donnez.

Ainsi , mon Dieu , je vous dois tout. Je devrais moins à votre bonté, si vous me deviez quelque clmse , si votre libéralité était nécessaire. Je veux vous devoir tout ; je veux être à vous de la manière la plus absolue et la plus entière; car c’est celle qui convient mieux à votre suprême perfection, à votre domination absolue. Je consacre à votre empire libre et souverain tout ce que vous m’avez donné de liberté.

■ coti.a. -• Ce». b», s,». n.M.at. ->P«.iisii,

t. — * JudUb. ivr. 17.

MMSLXT. ~ Tons IV.

V ÉLÉVA'nON.

Lf jour».

Le dessein de Dieu dans la création , et dans la description que son Saint-Esprit en a dictée à Moise • , est de se faire connaître d’abord comme le tout-puissant et très-libre créateur de toutes choses, qui, sans être astreint à une autre loi qu'à celle de sa volonté , avait tout fait sans beso’m et sans contrainte, par sa seule et pure bonté. C’est donc pourquoi lui qui pouvait tout; qui pouvait, par un seul décret de sa volonté, créer et arranger toutes choses ; et par un seul trait de sa main , pour ainsi parler, mettre l’ébauche et le fini dans son tableau , et tout ensemble le tracer, le dessiner et le parfaire; il a voulu néanmoins suspendre avec ordre l'efOcace de son action , et faire en six jours ce qu’il pouvait faire en un instant.

Mais la création du ciel et de la terre , et de toute cette masse informe que nous avons vue dans les premièces paroles de Moïse , a précédé les six jours qui ne commencent qu'à la création de la lumière. Dieu a voulu faire et marquer l’ébauche de son ouvrage , avant que d’ en montrer b perfection; et apiés avoir fait d’abord comme le fond du monde, il en a voulu faire l’omeroent avec six différents progrès, qu’il a voulu appeler six jours. Et il faisait ces six jours l’un après l’autre , comme il faisait toutes choses ; pour faire voir qu’il donne aux choses l’être, la forme, la perfection, comme il lui plaît, autant qu’il lui plaît, avec une entière et parfaite Kberté.

Ainsi, il a fait la lumière avant que de faire les grands luminaires où il a voulu la ramasser; et M a fait la distinction des jours , avant que d'avoir créé les astres dont il s’est servi pour les régler parfaitement ; et le soir et le matin ont été distingués , avant que leur distinction et la division parfaite dn jour et de la nuit fdt bien marquée ; et tes arbres, et les arbustes, et tes herbes ont germé sur ta terre par ordre de Dieu, avant qu’il edt fait le soleil, qui devait être le père de toutes les plantes; et il a détaché exprès les effets d’avec leurs causes naturelles, pour montrer que naturellement tout ne tient qu’à lui seul , et ne dépend que de sa seule volonté. Et il ne se contente pas d’approuver tout son ouvrage .après Pavoir achevé , en disant qu'il était très-beau et très-bon ; mais il distingue chaque outrage en particulier, en remarquant que chacun est beau et bon en soi-même ; il nous montre donc que chaque chose est bonne en particulier, et que l’assemblage en est frér-ion’. Car c’est ainsi qu’il distingue la beauté du tout d’avec celle des êtres particuliers; pour nous faire entendre que si toutes choses sont bonnes en elles-mêmes, elles reçoivent une beauté et bonté nouvelle , |ur leur ordre, par leur assemblage , par leur parfait assortiment et ajustement les unes avec les autres , (A par le secours admirable qu’elles s’entre-donnent.

Ainsi la création de l’univers, comme Dieu l'a

' Cen I — ’ Cf». I, 31 ttid. 4 </ ttf.

DiÿiiiztaJ

\oulu faire, et comme il en a inspiré le récit h Moïse, le plus excellent et le premier de ses prophètes , nous donne les vraies idées de sa puissance, et nous fait voir que s'il a astreint la nature à c*erlaines lois, il ne s’y astreint lui-inêine qu'autont qn il lui plaît, se réservant le pouvoir suprême de détacher les effets qu’il voudra, des causes qu’il leur a données dans Tordre commun ; et de produire ces ouvrages extraordinaires que nous appelons miracles, selon qu’il plaira à sa sagesse éternelle de les dispenser.

Rlévations sur les mystères.

Vf ÉLÉVATION.

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