IV« SEMAINE
ÉLirATlOMS SUA LA CABATION DBS ANGES, ET CELLE DE L'HOHMB.
PREMIÈRE ÉLÉVATION
La crûallon tirs angps.
Dieu , qui est un pur esprit, a voulu créer de purs esprits comme lui : qui comme lui vivent d'intelligence et d'amour : qui le connaissent et l'aiment, comme il se connaît et s'aime lui-méine : qui comme lui soient bienheureux en connaissant et aimant ce premier être , comme U est heureux en se connaissant et aimant lui-méine: et qui par là portent empreint dans leur fond un caractère divin par lequel ils sont faits à son image et ressemblance.
Des créatures si parfaites sont tirées du néant comme iesautres : et dès là , toutes parfaites qu'elles sont , elles sont peecables par leur nature. Celui-là seul par sa nature est Impeccable, qui est deluiméme, et qui tel parfait par son essence. Mais comme il est le seul parfait, tout est défectueux, excepté lui i £t U a trouvé de ta dépravation ptême dans ses anges *.
Ce n'est pourtant pas lui qui las a faits dépravés : à Dieu ne plaise! Il ne sort rien que de très-bon d'une main si bonne et si puissante ; tous les esprits sont purs dans leur origine, toutes les natu-
* I, t , s. * Gen. III, 1. — * Dan. id, S2, 83, S«,
a;». M, 87. — * Jobtr, lo.
res intelligentes #taienl saintes dans leur création ; et Dieu y avait tout ensemble formé la nature, et répandu la grdee.
Il a tiré, de ses trésors, des esprits d’une inOnitéde sortes. De ces trésors ioilnis sont sortis les anges : de oes mêmes trésors infinis sont sortirs les fimes raisonnables , avec cette différence que les anges ne sont pas unis à un corps; c’est pourquoi ils sont appelés des esprits purs : au lieu que les finies raisonnables sont créées pour animer un corps; et quoiqu’en elles-mêmes elles soient des esprits purs et incorporels, elles composent un tout qui est mélé du corporel et du spirituel, et ce tout est l’homme.
O Dieu! soyez loué à jamais dans la merveilleuse diversité de vos ouvrages. Vous qui êtes esprit, vous avez créé des esprits! et en faisant ce qu’il y à
de plus parfait , vous n’avez pas dénié l’être à ce
qu’il y a de plus imparfait. Vous avez donc fait également et les esprits, et les corps ; et comme vous avez fait des esprits séparés des corjis , et des corps qui ii’ont aucun esprit, vous avez aussi voulu faire des esprits qui eussent des corps; et c’est ce qui a donné lieu à la création de la race humaine.
Qui doute que vous puissiez et séparer et unir tout ce qui voua plaît? Qui doute que vous ne puissiez faire des esprits sans corps? A-t-on besoin d’un corps pour entendre, et pour aimer, et pour éirelieureux? Vous qui êtes un esprit si pur, n’étesvous pas immatériel et incorporel ? L’intelligence et l’amour, ne sont-ce pas des opérations spirituelles et immatérielles, qu’on peut exercer sans être uni à un cûrps? Qui doute donc quevous ne puissiez créer des intelligences de cette sorte? Et vous nous avez révélé que vous en avez créé de telles.
Vous nous avez révélé que oes pures créatures MoiU iHKombrabUs '. Un de vos propliètes éclairé do votre lumière, et comme trausportc en esprit parmi vos anges, en a vu un mWier de miUiert qui exéculaienl eos ordrei : et dix miUe foh cent mille qui demeuraieiil ea votre présence sans y faire autre cliose que vous adorer, et admirer vos grandeurs. Il ne faut pas croire qu'en parlant ainsi il ait entrepris de les compter. Cette prodigieuse multiplication qu'il en a faite par les plus grands nombres nous signifie seulement qu’ils sont innombrables, et que l'esprit humain se perd dans cette immense multitude. Comptez, si vous pouvez, ou le sable de la mer, ou les étoiles du ciel, tant celles qu’on voit, que celles qu’on ne voit pas : et croyez que vous n’avez pas atteint le nombre des anges. Il ne coûta rien à Dieu de multiplier les choses les plus ezcellentes : et ce qu’il a de plus beau, c’est, pour ainsi dire, ce qu'il prodigue le plus.
Union Dieu ! je vous adorerai devant vos sainte anges ; je chanterai vos merveilles en leur présence > : et je m’unirai en foi et en vérité fi cette immense multitudedes habitants de votre sainttemple, de vos adorateurs perpétuels, d,vns le sanctuaire de votre gloire.
* ffeh. XII, — * Olin XII, 10. — ï Pt, cxxivii, I, L
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES
O Difu! qui avez daigné nous révéler que vous les avez faits en si grand nombre , vous avez bien voulu nous apprendre encore que vous les avez dis* tribués en neuf chœurs; et votre Écriture, qui ne ment jamais, et ne dit rien d’inutile, a nommé ançffSt det arehanget, des certiUfdes domhiationsy des prineipautéSf des puissances , des trônes, des chérubins, des séraphins*. Qui entreprendra d'expliquer ces noms augustes, ou de dire les propriétés et les excellences de res belles créatures ? Trop content d’oser les nommer avec votre Écriture toujours véritable , je n’ose me jeter dans cette haute contemplation de leurs perfections ; et tout ce que j'aperçois, c'est que parmi ces bienheureux esprits les séraphins qui sont les plus sublimes, et que vous mettez à la tète de tous les célestes escadrons le plus près de vous , n'osent pourtant lever les j^etix jusqu'à votre face. Votre propliète, qui leur a donné six ailes, pour signiGer la hauteur de leurs pensées, leur en donne deux pour les mettre devant votre face : deux pour les mettre devant vos pieds •. Tout est également grand en votre nature, et ce qu’on appelle la face, et ce qu’on appelle les pieds; il n'y a rien en vous qui ne soit incompréhensible. esprits les plus épurés ne peuvent soutenir In splendeur de votre visage : s’il y a quelque endroit en vous par où vous setnhliez vous rapprocher d'eux davantage, et qu’on puisse par cette raison appeler vos pieds, ils le couvrent encore de leurs ailes , et n’osent le regarder. De six ailes, ils en emploient quatre à se cocher à eux-mémes votre impénétrable et inaccessible lumière , et adorer l’incompréhensibilité de votre être; et il ne leur reste que deux ailes pour voltiger si on l’ose dire, autour de vous, sans potivoir jamais entrer dans vos profondeurs, ni sonder cet abtine immense de perfection, devant lequel ils battent à peine des ailes tremblantes, et ne peuvent presque se soutenir devant vous.
O Dieu , je vous adore avec eux. Et , n’osant mêler mes lèvres impures avec ces bouches immortellet qui font retentir vos louanges dans tout le ciel , fattends qu’un de ces célestes esprits me vienne toucherdu feu des charbons qui brûlent devant votre autel. Quelle grandeur me montrez-vous dans res esprits purifiants! et vous me montrez cependant que ces esprits qui me purifient, sont si petits devant voua.
Iji chatfl dn angn.
Tout peut changer, excepté Dieu. Hien n’est immuable (par soi-i^me) parmi ses saints : et les deux ne sont pas purs en sa présence Ceux quit avait créés pour le servir n’ont }>as été stables : et U a trouvé de l'impureté et de la dépravation dans ses anges C'est ce que dit un ami de Job : et il n’en est pas repris par cet homme irrépréhensible. C’était la doctrine commune de tout le inonde , con-
* r$. xc, u.rjii, ♦. .Vt///A. XVIII, 10. I Theu. it, |6. fpk. I, 31. Colots. I, ifl. h. VI, 2. xiivii, Id. — * /s. VI, I. - UWd. - XV, IS. - » IfjiJ. IV, la.
formément à cette pensée ; Dieu, dit saint Pierre • , n*a point épargné les anges pécheurs : mais ii les a précipités (kuu les ténèbres infernales , où Us sont tenus comme par des ehaines de fer et de gros cordages, pour y être tourme^és et réservés aux rigueurs du jugement dernier. Et J^us-Christ a ditlui-méme, pariant de Satan : HfCest pas demeuré dans la drité ■.
Comment ites-vous tombé du ciel, 6 bel astre du matin S^otss portiex en vous k sceau de ta ressemblance, plein de sagesse et duneparfaite beauté; vous ave* été avec tous tes es;>rj^ sanct\/iés dans le paradis de votre Dieu, tout couvert de pierres précieuses, des lumières et des ornementa de sa grâce. Comme un chérubin a ks ailes étendues , vous avex brlUi dans Us sainte montagne de Dieu au milieu des pierreries embrasées : parfait dans roj voies dés te moment de votre création. Jusqu’à ce que Hniquité s’est trouvée en vous *. Comment s’y est-elle trouvée, par où y est-elle entrée ? L’erreur a-t-elle pu s’insinuer au milieu de tant de clartés , ou la dépravation et l’iniquité parmi de ai grandes grâces ? Vraiment tout ce qui est tiré du néant en tient toujours. Vous étiez sanctifié, mais non pas saint comme Dieu : vous étiez réglé d’abord, mais non pas comme Dieu, dont la volonû est sa règle, d’ua libre arbitre indéfectible. Une de vos beautés était d'être doué d’un libre arbitre; mais non pas comme Dieu, dont la volonté est sa règle, et dont le libre arbitre est indéfectible. Esprit superbe et malheureux , vous voua êtes arrêté en vous-même : admirateur de votre propre beauté, elle vous a été un piège. Vous avez dit ; Je suis beau , je suis parfait, et tout éclatant de lumière ; et au lieu de remonter à la souroe d’où vous venait cet éclat, vous avez voulu comme vous mirer en vous-inéme. Et c’est ainsi que vous avez dit : Je monterai jusqu'aux deux , et je serai semblable au Trés-JIaut $. Comme un nouveau Dieu , voue avez voulu jouir de vous-même. Créature si élevée par la grâce de votre créateur, vous avez affecté une autre élévation qui vous fût propre, et vous avez voulu vous élécer un trône audessus des astres, pour être comme le Dieu, et de vous-même, et des autres esprits lumineux que vous avez attirés à l’imitatiou de votre orgueil. Et voilà que tout à coup vous êtes tombé : et nous qui sommes en terre, nous vous voyons roâlme au-dessous de nous. C’est vous qui l’avez voulu, ange superbe, et il ne faut point clierclier d’autre cause de votre défection, que votre volonté propre.
Dieu n’a besoin ni de foudre, ni de la force d’ua bras indomptable, pour atterrer ces rebelles; il n’a qu'à se retirer de ceux qui se retirent de lui, et qo'à livrer à eux-mêmes eeux qui se clierclient eux-mêmes. Maudit esprit laissé à toi-même, il n’en a pas fallu davantage pour te perdre. Esprits rebelles qui l’avez suivi, Dieu, sans vous ôter votre intelligence sublime , vous l’a tournée en supplice : vous avez été les ouvriers de votrem.ilheur; et dès que
» //. Ptl. Il, 4. — *Joam. VIH, 44. - * /i. XLV, tS. — •
< Bx«x:h. xxkviii, 13, 13, U, U. — » J%. Mvt IS. 14, II.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES
vous TOUS êtes aimés vous-mémfs plus que Dieu , tout en TOUS s’est chaugé en mal. Au lieu de votre sublimité naturelle, vous n’avez plus eu qu’orgueil et ostentation ; les lumières de votre intelligence se sont tournées en finesse et artifices malins : l’homme, que Dieu avait mis au-dessous de vou.«, est devenu l'objet de votre envie : et, dénués de la charité qui devait faire votre perfection, vous vous êtes réduits à la basse et malicieuse occupation d’étre premièrement nos séducteurs, et ensuite les bourreaux de ceux que vous avez séduits. Ministres injustes de la justice de Dieu, vous l’éprouvez les premiers : vous augmentez vos tourments en leur faisant éprouver vos rigueurs Jalouses : votre tyrannie fait votre gloire, et vous n’éies capables que de ce plaisir noir et malin , si on le peut appeler ainsi, que donne un orgueil aveugle et une lusse envie. Vous êtes ces esprits privés d’amour, qui ne vous nourrissez plus que du venin de la jalousie et de la haine. Et comment s'est fait en vous cegrand changement? Vous vous êtes retirés de Dieu, et il s’est retiré: e'est là votre grand supplice, et sa grande et admirable justice. Mais il a pourtant fait plus raoore : il a tonné, il a frappé : vous gémissez sous les coups incessamment redoublés de sa main invincîNe et infatigable. Par ses ordres souverains, la créature corporelle, qui vous était soumise natureHement, vous domine et vous punit : le feu vous tourmente ; sa fumée , pour ainsi parler , vous étouffe ; d’épaisses ténèbres vous tiennent captifs dans des prisons éternelles. Maudits esprits, bats de Dieu et le haïssant, comment êtes-vous tombés si bas? Vous l’avez voulu, vous le voulez encore , puisque vous voulez toujours être superbes , et que par votre orgueil indompté vous demeurez obstinés à votre malheur.
Créature, quelle que tu sois, et si parfaite que tu te croies, songe que tu as été tirée du néant : que de toi-même tu n'es rien ; c'est du coté de cette basse CN^igine que tu peux toujours devenir pà;heresse, et dès là éternellement et iniinin)ent malheureuse.
Superbes et rebelles, prenez exemple sur le prince de la rébellion et de l'orgueil; et voyez, et considérez, et entendez ce qu’un seul sentiment d'oi^eil a fait en lui , et dans tous ses sectateurs.
Fuyons , fuyons , fuyons-nous nous-mêmes ; rentrons dans notre néant ; et mettons en Dieu notre appui comme notre amour. Amen, amen.
nie ÉLÉVATION.
La perséréraDce et U béaUlude (14*$ aalnU : leur miaUtére envers les élus.
// y eut un grand conibat dans te eiet : Michel et ses anges combattaient contre le dragon : te dragon et ses anges combatfa ient contre tui : et la force leur manqua : ils tombèrent du ciel, et leur place ne s‘y trouva plus* .
Quel est ce comûit ? Quelles sont les armes des
• Mpttr. XII, 7, 1».
I puissancesspiriuielles? AToita tCauems point à etm- I battre contre la chair et le sang , mais contre des maHces spirituelles qui sont dans les deux..., et dans cet air téncbreuxqui nous environne ^
Il ne faut donc point s'imaginer dans ce combat, ni des bras de cliair, ni des armes matérielles, ni du sang répandu, comme parmi nous : c'est un conOit de pensé.es et de sentimeuts. L'ange d’orgueil , qui est appelé le dragon , soulevait les anges , et disait : Nous serons heureux en nous-inémes, et nous ferons comme Dieu notre volonté. Et ^lichel disait au contraire : Qui est comme Dieu? qui se peut égaler à lui ? d’où lui est venu le nom de 3/fchei; c'est-à-dire, qui est comme Dieu ? Mais qui doute , dans ce combat , que le nom de Dieu ne l’emporte? Que pouvez-vous, faibles esprits; faibles, dis-je , par votre orgueil? que pouvez-vous contre l'humble armée du .Seigneur qui se rallie à ce mot : Qui est comme Dieu ? Vous tombez du ciel comme un éclair; et votre place, qui était si grande , y denseure vide. O quel ravage y a fait votre désertion! quels vastes espaces demeurent vacants! ils ne le seront pas toujours, et Dieu créera rUonime pour remplir oes places que votre désertion a laissées vacantes. Fuyez, troupe malheureuse! Qulestcom^ me Dieu? Fuyez devant Micliel et devant ses anges.
Voilà donc le ciel purifié : les esprits hautains en sont bannis à jamais ; il n'y aura plus de révolte , il n'y aura plus d'orgueil, ni de dissension : c’est une Jérusalem , c'est une ville de paix , où les saints anges unis à Dieu, et entre eux, voient élerneltentent ta face du Père* ; et , assurés de leur félicité, attendent avec soumission le supplément de leurs ordres qui leur viendront de la terre.
Saints et bienheureux esprits , qui vous a donné de la force contre cet esprit superbe , qui était un de vos premiers princes , et peut-être le premier de tousPQui ne voit que c'est le nom de Dieu , que vous avez mis à votre tête , en disant avec saint Michel : Qui est comme Dieu 7 Mais qui vous a inspiré cet amour victorieux |>our le nom de Dieu ? Ne nous est-il pas permis de penser que Dieu même vous a inspiré, comme il a fait aux saints hommes, cette dilection invincible et victorieuse qui vous a fait persévérer dans le bien ; et de rJiantcr en action de grâces de votre victoire , ce que dit à Dieu un de ses saints : C'est à vous gu'iU doivent leur être ; c'est à vous qu'ils doivent leur vie ; c'est à vous qu'ils doivent de vivre justes ; c'est a vous qu'ils doivent de vivrehe>treux ^ ? Ils ne se sont pas faits eux-mêmes ineilipurset plus excellents quevousne les avez faits ; ce degré de bien qu’ils ont acquis en persévérant leur vient de vous. Et, comme dit un autre de vos saints : La même grâce qui a relevé l'homme tombé, a opéré dans tes auges saints le bonheur de ne tomber pas : elle n'a pas délaissé l'homme dans sa chute; mais elle n'a pas permis que les anges bienheureux tombassent L
» F.phtt. VI. 2. — * XVIII, iü. —* s. Âm$. —
* S- Ut rn. Scrm. xvu, Cant. n. 0.