‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 112 sur 192 · V' SEMAINE · texte numérisé non relu

V' SEMAINE

5DITB UES SISOlII-tniTÉS DK LA CBÉATIOM DE L'iiUMMB.

PREMIÈRE ÉLÉVATION

Dira met l'homme dans le paradis, et lui amSne tous les uniiMUK pogr le* uomioer.

Après avoir formé l’homme» Dieu commence ù lui faire sentirce qu'il est dans le monde» p.ir deux mémorables circonstances : l'une en lui plantant de sa propre main un jardin délicieux qu'on appelle par.ndis» où il avait ramassé toutes les beautés delà nature» pour servir au plaisir de l’homme, et par là l’élever à Dieu qui le comblait de tant de biens : l'autre en lui amenant tous les animaux comme à celui qui en était le maître, alla de lui faire voir que non-seulement toutes les plantes et tous les fruits de la terre étaient encore â lui; mais tous les animaux, qui par la nature de leurs mouvements semblaient moins sujets a son empire.

Pour le paradis» Dieu ordonna deux choses a l’homme : l’une , de le cultiver g et l'autre , de le ÿorder * : c'est-à-dire, d'en conserver la beauté; ce qui revient encore à la culture. Car au reste» il n'y avait pas d'ennemi qui pdt envahir ce lieu tranquille et saint : l'I operareturfeUuslodiret ilium. Dieu npprenaitàtliomme, par cette figure, à se garder soimême, et à garder à lafoislaplacequ’ilavait dans te paradis. Pour Inculture, cc n'était pas cetteculture laborieuse qui a été la peine de notre péché, lorsqu'il 0 fallu comme arraclier dans la sueur de notre front» du sein de la terre, le fruit nécessaire à la conservation de notre vie : la culture donnée à riiomme l»our son exercice était cette culture comme curieuse,quifaitcultiver les fruits et lesHeurs, plus pour le plaisir que pour la nécessité. Par cc moyen l’homme devait être instruit de la nature des terres et du génie des plantes » de leurs fruits ou de leurs semences : et il y trouvait en même temps la Hgure de la culture des vertus.

En amenant les animaux à riioimne^ , Dieu lui fait voir qu'il eu est le maître» comme un maître dans sa famille qui nomme ses serviteurs , pour la facilitédu commandement. L'iLcriture, substantielle et courte dansses expressions» nous indiqueen même temps les belles connaissances données à riioiuine, puisqu'il n'aurait pas pu nommer les animaux sans en connaître la nature et les différences» pour ensuite leur donner des noms convenables, selon les racines primitives de la langue que Dieu lui avait apprise.

• xtvm, |3, 51. — * 6V». n, la. — ' Jl/ut. is-

LES MYSTÈRES

C’est donc alors qu*il connut les mervetllet de la sagesse de Dieu,dans cette apparence eteetteombre de sagesse» qui parait dans les industries naturelles des animaux. l>ouons Dieu avec Adam , et considérons un moment toute la nature animale » comme l'objet de notre raison. Qui a formé tant de genres d'animaux» et tant d'espèces subordonnées à ces genres, toutes ces propriétés, tous ces mouvements, toutes ces adresses» tous oes aliments, toutes ces forces diverses , toutes ces images de vertu , de pénétration , de sagacité et de violence.’ Qui a fait inarclier, ramper, glisser les animaux.’ Quia donné aux oiseaux et aux |>oissoiis ces rames naturelles, qui leur font fendre leseaux et)esairs?Ceqiii peut- Àre a donné lieu à leur créateur de les produire ensemble, comme animaux d'un dessein à peu près semblable; le vol des oiseaux semblant être une espèce de faculté de nager dans une liqueur plus subtile, comme la faculté de nager dans les pois* sons est une es|>èce de vol dans une liqueur plus épaisse. Le même auteur a faitcescoiivenances et ces différences : celui qui a donné aux poissons leur triste, et, pour ainsi dire, leur morne silence , a donné aux oiseaux leurs chants si divers , et leur a mis dans l'estomac et dans le gosier une espèce de lyre et de guitare, pour annoncer» chacun à leur mode » les beautés de leur créateur. Qui n'admirerait les richesses de sa providence, qui fait trouver à chaque animal, jusqu'àune mouette, jusqu'à un ver, sa nourriture convemible? En sorte que la disette ne se trouve dans aucune partie de sa famille; mais au contraire quel’abondance y règne partout , excepté maintenant parmi les hommes, depuis que le péché a introduit la cupidité et l’avarice.

Par la considération seconde, tous les animaux sont à l'usage de l'homme, imisqu'ils lui servent à connaître et a louer Dieu. Mais outre cet usage plus universel, Adam connut dans les animaux des propriétés particulières, qui leur donnaient le moyen d’aider par leur ministèreeelui queDieufaisaitleur seigneur. O Dieu, fai considéré vos ouvrages, et j'en ai été effrayé! Qu’est devenu cet empire que vous nous aviez donné sur les animaux? On n'en voit plus parmi nous qu'un petit reste , comme un faible mémorial de notre ancienne puissance, et un débris niailieureux de notre fortune passée.

Rendons grâces à Dieu de tous les biens qu'il nous a laissés dans lesecoursdes animaux ; accoutumonsnous à le louer en tout. Ijouons-le dans le cheval qui nous porte ou qui nous traîne ; dans la brebis qui nous habille et qui nous nourrit ; dans le chien qui est notre garde et notre chasseur; dans le boeuf qui fait avec nous notre labourage. rToubiions pas les oiseaux, puisque Dieu les a amenés à Adam comme les autres animaux; et qu’encore aujourd’hui, apprivoisés par notre industrie, ilsvienuent flatter nos oreilles par leur aimable musique ; et » chantres infatigables et perpétuels, ils semblent vouloir mériter la nourriture que nousieurdonnons. Si nous louons les animaux dans leur travail, et pour ainsi dire dans leurs occupations, ne demeurons pas inutiles; travaillons, gagnons notre pain cliacun dans son

ÉLÉVATIONS SUR LKS MYSTÈRES

fierftee , puisque Dieu l'â nûs à ce pris depuis le péché.

lu ÉLÉVATION,

La création du IipooimI scte.

Kn produisant les autres animaux, Dieu a créé ensemble les deux sexes ; et In fornintiori du second est une singularité de la création de niorr.nie.

Que servait à Thomme d'étre introduit dans ce paradis de délices , dans tout un vaste pays que Dieu avait mis en son pouvoir, et au milieu de quatre grands fleuves dont les riches eaux traînaient des trésors : au reste , sous un ciel si pur, que sans être encore obscurci par ces nuages épais qui rouvrent le nôtre, et produisent les orages, il s'élevait de la terre, par une bénigne chaleur, une vapeur douce qui se distillait en rosée, et qui arrosait la terre et toutes ses plantes? L'homme était seul, et le plus seul de tous tes animaux; car il voyait tous les mitre^ partagés et appareillés en deux .sexes ; et , dit Thlcnlure , il n’y avait que l'iminmo à qui on ne trouvait point d'aifie semblable à lui*. Solitaire , sans compagnie, sans conversation , sans douceur, sans espéranerde postérité , et ne sachant à qui laisser, oit avec qui partager ce grand héritage , et tant de biens que Dieu lui avait donné.8, il vivait tranquille, abandonné à sa providence, sans rien demander. Et Dieu aussi de lui-méme, ne voulant laisser aucun défaut dans son ouvrage, dit CCS paroles : H n’est pas bon que t'hamme soit seul : donnons- lui une aide semblable à /ui‘.

Peut-être donc va-t-il former le second sexe, comme il avait formé le premier ; non : il veut donner au monde, dans les deux sexes, l'image de l'unité la plus parfaite , et le symbole futur du grand mystère de Jésus-Chrisl. C'est pourquoi il tire la feniine de rhotnme même , et la forme d’une côte superflue qu’il lui avait mise exprès dans le côté. Mais pour montrer que c’était là un grand mystère, et qu’il fallaitregarder avec des yeux plus épurésque les corporels; la femme est produite dans une extase d'Adam; et c'est par un esprit de prophétie qu’il connut tout le desseind’un si bel ouvrage. Le Seigneur Dieu envoya un sommeil à Âdam : un sommeil , disent tous les saints, qui fut un ravissement et la plus parfaite de toutes les extases ; et Dieu prit une côte d\4dam , et il en remplit de chair la place L Pie demandez donc point à Dieu pourquoi, voulant tirer de l'homme la compagne qu’il lui donnait , il prit un os plutôt que de la chair ; car s’il avait pris de la diair, on aurait pu demander de même pourquoi il aurait pris de la chair plutôt qu’un os. Ne lui demandons non plus ce qu’il ajotita à la coted’Adam pour en former un corps parfait ; la matière ne lui manque pas : et quoi qu’il en soit , cet os se ramollit entre ses mains. C’est de cette dureté qu'il voulut former ces délicats et tendres membres , où dans la nature innocente il ne faut rien imaginer qui ne fût aussi pur qu’il était beau. T,es femmes n’ont

* C*’*!. Il, în. — * ihitf. 18. — * tlid. 51

qu'a se souvenir de leur origine ; et, sans trop vanter leur délicatesse, songer après tout qu’elles viennent d'un os surnuméraire , où il n’y avait de beauté que celle que Dieu y voulut mettre.

Mon Dieu! que de vains discours Je prévois dans les lecteurs, au récit de ce mystère! Mais pendant que je leur raconte un grand et mystérieux ouvrage de Dieu, qu’ils entrent dans un esprit sérieux, et, s'il se peut , dans quelque sentiment de cette admirable extase d'Adam, pendant laquelle il édifla, U bâtit en femme ta côte d'Àdam ' : grave expression de l'Écriture, pour nous faire voir dans la femme quelque chose de grand et de magniflque, et comme un admirable édifice où il y avait de la grâce, de la majesté, des proportions admirables, et autant d'utilité que d'ornement.

La femme ainsi formée est présentée de la main de Dieu au premier homme, qui ayant vu dans son extase ce que Dieu faisait : Cest ici, dit-il d'abord, T os de mes os, et la chair de ma chair : elle s'appellera Virago, parce qu'elle est formée de l'homme; et Fhomme quittera son père et sa mère, et il s'unira à sa femme *. On peut croire par cette parole, que Dieu avait formé la femme d’un os revêtu de chair; et que l’os seul est nommé comme prévalant dans cette formation.

Quoi qu’il en soit, encore une fois, sans nous arrêter davantage à des questions curieuse.s, et remarquant seulement en un mot ce qui paraît dans le texte sacré; considérons en esprit cetto épouse mystérieuse, c’est-à-dire, la sainte Église, tirée et comme arrachée du sacré côté du nouvel Adam pendant son extase, et forn>ée, pour ainsi parler, par cette plaie, dont tonte la consistance est dans les os et dans les chairs de Jésus- Christ, qui se l'incorpore par le mystère de l'incarnation, et par celui de l’eucharistie qui en est une extension admirable. Il quitte tout pour s’unir à elle : il quitte en quelque façon son père qu'il avait dans le ciel , et sa mère la synagogue d'où il était issu selon la chair, pour s’attacher à son épouse ramassée parmi les gentils. C’est nous qui sommes cette épouse; c’est nous qui vivons des os et des chairs de Jésus-Chri.xt, par les deux grands mystères qu’on vient de voir. Cest nous qui sommes f comme dit saint Pierre cet édifice spirituel et le temple tirant du Seigneur^ bâti en esprit dès le temps de la formation d’Ève notre mère , et dès l’origine du monde. Considérons dans le nom d'Ève, qui signifie mère des vivants, et l’Église mère des véritables vivants , et la bienheureuse Marie la vraie mère des vivants, qui nous a tous enfantés avec Jésus-Christ, qu’elle a conçu par la foi. Ohomnie! voilà ce qui t’est montré dans la création de la femme, pour prévenir, par ce sérieux , toutes les frivoles pensées qui passent dans l'esprit des hommes au souvenir des deux sexes . depuis seulement que le péché en a corrompu {'institution. Revenons à notre origine, respectons

' V.tH. II. M. - » tUiL 3f *1. — > /. Pet. Il , ».

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05 J ÉLÉVATIONS SI R

Vüuvrape de l>ieu et son dessein primitif; éloignons les penM'es de la chair et du sang; et ne nous pion, ceons point dans cette boue, pendant que, dans le récit qu’on vient d’entendre, Dieu prend tant de soins de nous eu tirer.

II le élévation.

Dieu donne à riiomm»* un commîtndfment, pI rn%«*rlit de Min franc arhilrc, et tout rnscmble dr m sujétion.

ton* mantjere:^ île toits tes fruits du paradis; mais vous ne 7/iaufferez point de t'arhre de ta science du bien et du mal : car, au jour que vous en mangerez, vous mourrez de mort * ; la mort vous sera inévitable.

Éve fut présente à cc commandement, quoique, par anticipation, il soit rapporté avant sa prodiic* tion; ou, en tout cas, il fut répété en sa présence, puisqu'elle dit au serpent : Seigneur

nous a commandé de ne jmiid manger ce fruit * : si ce n’est qu’on aime mieux croire qu’elle apprit d’Adam la défense de Dieu ; et que dès lors il ait plu à Dieu de nous enseigner que c’est un devoir des femme.srfi«fcm)ycr, comme dit saintPaul, dans ta maison et en particulier leurs maris et d'attendre d'eux les ordres de Dieu.

Quoi qu'il en soit. Dieu fait deux choses par ce commandement : il enseigne à l'homme premièrement son libre arbitre , et secondement sa sujétion.

Le libre arbitre est un des endroits de l'homme où l’image de Dieu parait davantage. Dieu est libre à faire ou ne faire pas au dehors tout ce qui lui plaît; parce qu'il n'a besoin de rien, et qu’il est supérieur à tout son ouvrage : qu’il fasse cent mille mondes, il n’en est pas plus grand; qu'il n'en fasse aucun , il ne l’est jw-s moins. Au dehors, le néant ou l'étrc lui est égal; et il est maître ou de ne rien faire, ou de faire tout cc qui lui plaît. Que l'dinc raisonnable puisse aussi faire d'ellc-inéiue, ou du corps qui lui est uni, ce qui lui plaît, c'est assurément un trait admirable , et une admirable participation de l’être divin. Je ne | suis rien ; mais parce qu'il a plu à Dieu de me faire à son image, et d'imprimer dans mon fond une ressemblance quoique foible de son libre arbitre, je veux que ma main se lève, que mon bras s’étende, que ma léle, que mon corps se tourne, cela SC fait : je cesse de le vouloir, et je veux que tout se tourne d'un autre côté ; cela se fait de même. Tout cela m’est iiuiifïerent ; je suis aussi bien d'un côté que d'un autre ; et de tout rein il n’y en a aucune raison que ma volonté; cela est, parce que je le veux ; et je le veux , parce que Je le veux ; et c'est là une dernière raison , parce que Dieu m'a voulu donner cette faculté; et quand même il y a quelque raison de me déterminer à Tun plutôt qu'à l'autre, si cette raison n'est pas pressante, et qu’il ne s’agisse pour moi que de quelque commodité plus ou moins glande , je puis aisément ou me la

' C*-». U je. 17. — » Gen. lit, 3. - > Cor. xiv, 3i.

LES MYSTÈRES

donner, ou ne mêla donner pas; et je puis ou me donner ou m’ôter de grandes commodités , etsijo veux, des incommodités et des peines aussi grandes. Et tout cela, parce que je le peux; et Dieu a soumis cela à ma volonté; et je puis même user de ma liberté, jusqu'à me procurer à moi-méme de grandi's souffrances, jusqu'à m’exposer à la mort, jusqu’à me la donner : tant je suis maître de moiméme, parce trait de la divine ressemblance qu’on appelle le libre arbitre. Et si je rentre au dedans de moi, je puis appliquer mon intelligence à une infinité d'objets divers, et à l'un plutôt qu’à l'autre, et à toùt successivement, à commencer par où je veux; et Je puis cesser de le vouloir, et même vouloir le contraire, et d'une infinité d'actes de ma volonté Je puis faire ou celui-ci ou celui-là , sans qu'il y en ait d'autre raison, sinon que je le veux ; ou s’il y en a d’autre raison , je suis le maître de cette raison |>our m'en servir ou ne m'en servir pas , ainsi que je le veux. Et parce principe de libre arbitre , je suis capable de vertu et de mérite; et on m'impute à moi-méme le bien que je fais, et la gloire m’en appartient.

Il est vrai que je puis aussi me détourner vers le mal , et mon oeuvre m’est imputée à moi-même. PU je commets une faute dont je puis aussi me repentir ou ne me rc|>tnlir pas; et ce repentir est une douleur bien différente des autres que je puis souffrir. Oir je puis bien être fiché d’avoir la fièvre, ou d'être aveugle , mais non pas me repentir de ces maux, lorsqu’ils me viennent malgré moi. Mais si je mens, si je suis injuste ou médisant, et que j’en sois fiché, cette douleur est un repentir que je puis avoir et n'avoir pas : heureux, si je me repens du mal , cl que volontairement Je persevère dans le bien!

Voilà dans ma liberté un trait défectueux, qui est de pouvoir mal faire ; ce trait ne me vient pas de Dieu , mais il me vient du néant dont je suis tiré. Dans ce defaut, je dégénéré de Dieu qui m'a fuit : car Dieu ne peut vouloir le mal ; et le Psalmiste lui chante : fous êtes un Dieu qui tie voulez fXîs Ciniquifé Mon Dieu , voila le defaut et le caractère de la créature! Je ne suis pas une image et ressemblance parfaite de Dieu , Je suis seulement fait à l'image : j'en ai quelque trait, mais parce que je suis, je n'ai pas tout ; cl on m’a tourné à la ressemblance; mais je ue suis pas une ressem- , blance, puisqu'cnlin je puisptxhcr. Je tomtjedans le défaut par mille endroits, par l’imperfection, par la multiplicité, par la variabilité de mes actes; tout cela n'est pas en Dieu, et je dégénère par tous ces endroits ; mais l’endroit où je dégénère le plus, le faible, et pour ainsi dire la honte de ma nature, c'est que je puisse pécher.

Dieu dans l'origine m’a donné un précepte; car il était juste que je sentisseque j'étais sujet. Je suis une créature à qui il convient d'être soumise ; Je suis né libre, Dieu l’a voulu ; mais ma liberté n’est pas une indépendance : il me fallait une liberté sujctic , ou si l'on aime mieux parler ainsi avec un

• Pt. V, s.

EI.KVATIONS SUR LES MYSTÈRES

Père de TÊ^Use, une servitude libre sous un sei* gneur souverain : Libéra serritas : et c’est |>ourquoi il nie füllait un precepte pour me faire sentir que j'avais un maître. O Dieu! le précepte aisé que vous m'avez donné d'abord; panni tant d'arbres et de fruits «était-ce une chose si dinicile de m'abstenir d'un seul? Mais vous vouliez seulement me faire sentir par un jouit aisé » et avec une main i^ère, que j’étais sous votre empire. O Dieu ! après avoir secoué le joug « il est juste que je subisse celui des travaux, de la pénitence et de la mort que vous m’avez imposé. O Dieu! vous êtes mon roi ; faites-moi ce que vous voudrez par votre justice, mais u'oublirz pas vos miséricordes.

^ Sur l'arljrc de la jdence du hlen cl du mal ; el »ur Tiirbre de vie.

On peut entendre que Dieu avait produit de la terre , tout arbre beau à voir y et agréable an goût; et il avait mU aussi dans te milieu du paradis Larbre de vie, et T arbre de la sciencedu bien et du mal *. Dieu pouvait annexer aux plantes certaines vertus naturelles par rapport à nos cor|>s : et il est aisé à croire que le fruit de l’arbre de vie avait la vertu de réparer le corps par un aliment si proportionné et si effieace, que Jamais on ne serait mort en s'eu servant. Mais pour l’arbre de la science du bien et du mal , comme c’était là un effet tjui passait la vertu naturelle d’un arbre , on leurrait dire que cet arbre a été ainsi appelé par l’événement, à cause que l'homme, en usant de cet arbre contrelecommandemenlde Dieu, a appris la malheureuse science qui lui fait discerner par expérience le mal que sou infidélité lui attirait , d'avec le bien où il avait été créé, et qu'il devait savoir uniquement, s’il eiH persévéré dans rinnoeenre.

On peut encore penser tjue la vertu de donner à l'homme la science du bien et du mal . était dans cet arbre une vfrtu surnaltirelle semblable à celle que Dieu a mise dans les sarremenU, comme dans Tenu la vertu de régénérer l’intérieur de I homine, et d'y répandre la vie de la grâce.

Quoi qu'il en soit , sans rechercher curieusement îe .siMTet de l’œuvre de Dieu , il me suffit de savoir r{iie Dieu avait défendu alisolinnentet dès l'origine, l’usage de l’arbre de la science du bien et du mal , et non pas l'usage de l’arbre de vie. Voici ses paroles: iMangz du fruit de tous les arbres du paradis; mais ne mangez point de celui de Vnrbre de la sciencedu bien et du mal *. Il n’y avait donc que cc .seul fruit qui filt défendu, et celui de l’arbre de vie ne le fut qu'après le pèche, conformément à cette parole: Prenons garde qu'il ne met/e encore la main sur l’arbre de vie, et qu'il ne vive éternellement

O Dieu! je me soumets à vos défenses; je renonce à toute science curieuse , puisque vous m’en défendez l’usage; je ne devais savoir par expérience

* Ci*», II, » — » thid. ift, 17. — » Gtn. ru, xa.

que le bien : je me suis trop mal trouvé d’avoir voulu savoir ce que vous n'aviez pas voulu m'apprendre; et je me contente de la science que vous me voulez donner. Pour l'arbre de vie , vous m’en aviez permis l'usage , et je pouvais être immortel avec ce secours, et maintenant vous me le rendez par In croix do mon Sauveur. Le vrai fruit de vie pend à cet urbir mystérieux, et je le mange dans l'eucharistie de des.sus la croix, en céh'brarit ce mystère selon le précepte de Jésus-Christ , en mémoire de sa mort , conformément à cette parole : Faites ceci en mémoire de moi *; el celle-ci de saint Paul : Toutes tes fois que vous mangerez de ce pain céleste, e/çne vous boirez de cette coupe bénite, vous annoncerez, vous publierez, vous célébrerez la mort du Seigneur*. C’est donc ici un fruit de mort et un fruit de vie; uu fruit de vie, puis<)ue Jésus-Christ a dit : fus f)éres ont mangé la manne, et ils sont morts : mais quiconque mangera du jxiin que je vous donnerai, ne mourra Jamais L’eucliaristie c.st donc un fruit et un pain de vie. M.ais en meme temps c’est un fruit de mort, puisqu'il fallait pour nous vivifier que Jésus goûtât la mort pour nous Ions et que , rappelés à la vie par cette mort, nous portassions continuellement en nos corps la mortification rfc Jésus*, par la mort de nos passions, et en mourant à nous-mêmes et à nos propres désirs, pour ne vivre plus qu’a celui qui est mort et ressuscité pour nous ®. Pesons ces paroles et vivons avec Jésus-Christ, corfimc lui mortifiés selon la chair, et vivifiés selon l'esprit, ainsi que disait saint Pierre?.

V« ÉLÉVAT10\.

Dfrnim* >inpuralitc* de ta création de riiomme dans son immorUlité.

Nous ne comptons plus les admirables singularités de la création de l'Iiomme, tant le nombre en est grand ; mais la dernière est riininortaiité. O Dieu! quelle merveille! tout ce que je vois d'animaux autour de moi sont sujets à la mort ; moi seul avec tm cx)rps composé des mêmes éléments , je .suis immortel par mon origine.

Je pouvais motirir cependant , puisque je pouvais péclier; j’al péché, et je suis mort : mais je pouvais ne pas mourir, p.arceqiicje pouvais ncpas pécher, et que c’est le péché seul qui m’a privé de l’usage de l’arbre de vie.

Quel iKtnhciir! quelle perfection de l'homme! Fait à l'image de Dieu par un dessein particulier de sa sagesse; établi dans un paradis, dans un jardin délicieux où tous les biens alMandaicnt, sous un ciel toujours pur et toujours bénin; au milieu des riches eaux de quatre neuves;sans avoir I à craindre la mort, libre, heureux, tranquille, sans aucune difformité ou infirmité, ni du côté de l'esprit , ni du coté du corps ; sans aucun besoin

' Lue. xxn, IP. — * /. Cor. Xf, M. — vi, 4P, mi. —

* tirb. U, 9. — * il. Cor. |T, 10. — • Jbid. V, IS, — » I. IV/. Ul, I».

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

dliabits, avec une pure et innocente nudité; ayant mon aalutet mon bonheur en ma main; le ciel ouvert devant moi pour y être transporté quand Dieu voudrait, sans passer par les ombres affreuses de la mort! Pleure sans lin, homme misérable qui as perdu tous ces biens, et ne te console qu'en Jé* sus^^lirist qui te les a rendus; et encore dans une plus grande abondance!

VP SEMAINE.

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