‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 127 sur 192 · LA NATIVITÉ DII SAINT PSÉCDBSEUB · texte numérisé non relu

LA NATIVITÉ DII SAINT PSÉCDBSEUB

PREMIÈRE ÉLÉV.ATIO.N.

On eceourt Un environs.

le terme d'Élisabeth étant accompli. Us sins et ses parents (secoururent pour (ûlébrer Ut miséricorde que Dieu avait exercée (en lui ôtant sa stérilité), et s'en r^ouir avec elle Les vraies congratulations des amis et des parents chrétiens, doivent avoir pour objet la miséricorde que Dieu nous a faite : sans cela , les compliments n'ont rien de solide , ni de sincère, et ne sont qu'un amusement.

Dieu dispose avec un ordre admirable tout le tissu de ses desseins. Il voulait rendre célèbre la naissance de saint Jean-Baptiste, où celle de son Fils devait aussi être célébrée par la prophétie de Zacharie *, et il importait aux desseins de Dieu , que celui qu'il envoyait pour montrer son Fils au monde fût illustré dès sa naissance : et voilà que, sous le prétexte d’une civilité ordinaire, Dieu amasse ceux qui devaient être témoins de la gloire de Jean- Baptiste, la répandre et s'en souvenir. Car « tout « le monde était en admiration ; » et les merveilles qu'on vit paraître à la naissance de Jean-Baptiste, « se répandirent dans tout le pays voisin : et tous « ceux qui en ouïrent le récit , le mirent dans leur « cœur, en disant : Que pensez-vous que sera cet « enfant ? Car la main de Dieu est visiblement avec « lui*. * Accoutumons-nous à remarquer , que les actions qui paraissent les plus communes , sont secrètement dirigées par l'ordre de Dieu , et serrent à ses desseins , sans qu'on y pense ; en sorte que rien n'arrive fortuitement.

Il' ÉLÉVATION.

La clrconcUioa du saiat préconeor, et le nom qui lui eat donné.

• Le huitième jour, on vint circoncire l'enfant; • et ils lui donnaient le nom de ton père , Zaefaa-

' IM. I, 37. M. — ’ Ibid. »1 , U.

ÉLÉVATIONS SUR LES MÏSIÈBES

• rre : mais Élisabeü) répondit que son nom était

• Jean. On lui remontrait que personne n'avait ce

• nom dans leur parenté : et en même temps ils « demandèrent par signes à son père , quel nom il « lui voulait donner; et il écrivit sur des tablettes,

• que Jean était son nom* ■. On connut donc, par le concours du père et de la mère à lui donner ce nom extraordinaire dans la famille, qu'il était venu d'en-haut : * Et tout le monde était étonné. nom de Jean signîfle grâce, piété, miséricorde : et Oieu avait destiné ce nom au précurseur de sa grâce et de sa miséricorde.

Il parait que Zacharie, à qui on ne parlait que » par signes* , » n'était pas seulement devenu muet par son incrédulité, mais que l'ange l'avait encore frappé de surdité : mais l'ouïe lui fut tout à coup rendue avec la parole, quand il eut obéi à l'ange, en donnant à son fils le nom de Jean. I/obéissance guérit le mal que l'incrédulité avait causé : à l'instant celui qui n’entendait rien que par signes , et ne pariait qu'en écrivant , eut • la bouclie ouverte , « et entonna ce divin cantique.

Le cantique de Zacharie. Première partie : quela »ont les

roMmU dont Msu»-Christ nuua délivre, et quelle est la

jiutice qu*il nous doune.

■ Brni soit le Seigneur Dieu d'Israël • C’est , après être demeuré longtemps muet , une soudaine exclamation pour exprimer les merveilles qu'il avait été contraint de resserrer en lui-méme, touchant le régne du Christ qui était venu, et qui bientdt allait paraître. C'est ce qu’il voit dans son transport; et il voit en même temps la part qu'aura son fila i ce grand ouvrage, qui aont les deux parties de cet admirable cantique.

Cest pour la gloire de Jésus-Christ le témoignage d'un prêtre célèbre panni le peuple, et aussi savant que pieux. C’est pourquoi toutes les paroles de sou cantique ont de doctes et secrets rapports aux promesses faites à nos pères , et aux anciennes prophéties.

Il commence donc par bénir ce Dieu : ■ Parce

• qu'il a visité son peuple, et en a opéré la rédemp-

• tion, > en lui envoyant son Fils, en qui • il nous . a élevé un puissant Sauveur dans la maison de . David son serviteur *. . Voilà comme tout le monde connaissait que le Fils de Marie par elle sortait de David, et en héritait la royauté.

Le mot de . corne . dont il se sert, est un mot de magnificence et de terreur, qui dans le style de rÉcriture signille la gloire, et en même temps une force incomparable pour dissi|ier nos ennrmis. C'est ce que devait faire le Sauveur sorti de David , pour la rédemption du genre humain.

Le saint prêtre nous fait voir deux choses dans cette rédemption : la première, sont les maux dont elle nous affraiicliit : et la seconde , sont les grâces qu'elle nous apporte.

Premièrement doue ; • Il avait promis par la boii-

• chede ses prophètes, qu’il nous délivrerait de

• nosennemis et de ceux qui nous haïssent '. . Quels sont les ennemis dont nous devons être délivrés? Ce sont, avant toutes choses, les ennemis invisibles qui nous tenaient captifs par le péché, par nos vices, et par tous nos mauvais désirs : ce sont là nos vTais ennemis, qui seuls aussi peuvent nous perdre. Jésus Christ nous délivre aussi des ennemis visibles, en nous apprenant non-seulement à ne les craindre plus , mais encore à les vaincre par la charité et par la patience, selon ce que dit saint Paul • : . Ne vous laissez pas vaincre par le « mauvais , mais surmontez le mauvais par l'abon- « dancedu bien : . soigneux de gagner par la charité vos frères qui vous perséculeiil ; • et cnta.s.saut des

• charlwiis sur leurs têtes, . pour les êehauffer et fondre la glace de leurs cœurs endurcis.

C'est ainsi que le Sauveur nous apprend à vaincre nos ennemis. Mais s’il faut qu'ils soient vaincus manifestement, Dieu les mettra à nos pieds d'une autre sorte, comme il y a mis les tyrans persécuteurs de l’Église : et si le's Juife avaient été fidèles à leur Messie, je ne doute pas que Dieu ne les cdt tirés de leur servitude d’une manière éclatante , pour les faire marcher sans crainte , et servir Dieu en paix.

Quand donc Dieu fait prospérer son peuple contre les ennemis qui les oppriment ; qu’ils regardent ces heureux succès comme une grâce du libérateur qui leur est venu , et qu’ils en profitent pour mieux servir Dieu : autrement, et s'ils en abusent pour mener une vie plus licencieuse, la paix n’est pas une paix sainte et chrétienne , mais un fléau de Dieu plus terrible que la guerre même.

Mais les véritables ennemis dont la défaite nous est promise par le Sauveur, sont les démons, nos vainqueurs dès l’origine du monde; et nos convoitises qui nous font la guerre dans nos membres; et nos péchés qui nous accablent, et nos faiblesses qui nous tuent; et les terreurs de la conscience , qui ne nous laissent aucun repos. Voilà les vrais ennemis, les vrais maux dont Jésus-Christ nous délivre, « pour nous faire marcher sans crainte . en sa présence J. .

Ce n’est p,is assez de nous délivrer des maux : le règne de Jésus-Christ nous apporte la sainteté qui doit avoir deux qualités. La première est exprimée par ces paroles , « afin que nous servions ■ en sainteté et en Justice devant lui < : . c’est-àdire dans une parfaite et véritable sainteté qui ne soit point extérieure, et aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu. Car dans le règne de Jésus- Clirist il ne s'agit pas de purificalions extérieures , ni de vaines cérémonies , ni d’une Justice superficielle^ : il faut être saint à fond, se tenir sous Ira yeux de Dieu, faire tout uniquement pour celui qui sonde le fond des cœurs, et ne songer qu’a lui plaire. Ce n’est pas assez , et voici la seconda

• Luc. 1, sa, ao, ai, as, aa. — • Ibid, as, as. — s /sirf. | i i, 70, 71. — * Rom. xn, sa. si . — 3 lur. 1 74. — as. — ' Jbid. 68, ou. 1 * tbid. 75. — I .VaWl. XV ri V.". ’

ÉLÉVATIONS SUR LES HVSTÉBES

no

qualité de la vraie sainteté ; U faut persévérer dans cct état : une vertu passagère n’est pas digne de Jésus-Christ. Ceux qui, transportés par la douceur d'une dévotion nouvelle, se retirent à la première tentation, sont ceux qu'il ap|>oUe « temporels *, ■ ou justes pour un certain temps , et non pour toujours. La preuve du vrai chrétien est la persévérance; et la gr.'lceque J(isus-€hrist nous apporte est une grâce qui premièrement nous fait vraiment justes devant Dieu, et secondement nous fait justes, persévérants , marchant courageusement et humblement à la fois, sous les yeux de Dieu, durant toute la suite de dos jours.

Commençons donc une vie nouvelle sous le règne de Jésus-Christ : soyons justes à ses yeux , en exterminant pour l'amour de lui toute tache qui offenserait ses regards, et pratiquant une vertu ferme et sévère qui ne se relâche jamais, ni en rien.

IV* ÉI.ÉVATION.

Sur quul toutes ces grâces sont fondées.

r Pour exercer sa miséricorde envers nos pè-

• res, et se souvenir de son alliance sainte, selon « qu'il avait juré à Abraham notre père *. a 11 semble qu'il fallait dire que Dieu exerniit ses miséricordes sur nous en mémoire de nos pères. Mais pour nous ôter davantage toute vue de notre propre justice, et nous faire mieux sentir que nous sommes sauvés par grâce, le saint prêtre aime mieux dire qu'il exerce sa miséricorde envers nos pères qui lui ont plu , qu'envers leurs enfants ingrats : qu'il nous sauve par sa bonté, et non à cause de nos mérites; et |K>ur satisfaire à sa promesse , plutôt qu'en ayant égard à nos œuvres , qui sont si mauvaises.

Ce n’est pas qu'il ne faille croire que Dieu donne des mérites à ses saints ; mais c'est que ces mérites sont des grâces ; c'est que la grâce qui nous les donne nous est donnée sans mérite : ou a des mérites, quand on est saint; mais pour être saint, il n'y a point de mérite : la récompense est due après la promesse; mais la promesse a été faite par pure bonté : la récompense est due encore une fois à ceux qui font de bonnes œuvres ; mais la grâce qui n'est point due, précède afin qu'on les fasse. Knfanls de grâce et de promesse, vivez dans celte foi : c>st la nouvelle alliance que Dieu a faite avec nous : « Que ! « nulle chair ne sc glorifie en sa présence ; et que > celuiquisegloriQe, se glorifie en notre Seigneur

Quel c»t le ferment de Dieu : et ce qu’il opère,

« Selon qu’il avait juré à notre père Abraham <. » Je ne puis mieux exprimer le mystère de ce serment , que par ces paroles de fépître aux Hébreux * :

« Dans la promesse que Dieu lit à Abraham,

• n'ayant point de plus grand que lui par qui il

» .Vorc. IV. le, 17. — ^Luf. I, n,7a. — > Cerr. i, 20,ar — •Luc. 1,73. — * Ikb. VI, 13, 14, 17.

• pilt jurer, il jura par lui-méme, . comme il est écrit : . J'ai juré par moi-méme, dit le Seigneur; • et ajouta : . Si je ne vous comble de bénédictions,

• et si je ne multiplie votre race jusqu’à l’infini > : > suppléez, je serai un menteur, moi qui suis la vérité même. • Abraham, • continue l’apôtre >, • ayant - attendu avec patience , a obtenu l’effet de cette

• promesse; car comme les hommes jurent par

• celui qui est plus grand qu'eus, et que le ser-

• ment • où ils font entrer la toute-puissance et la vérité de Dieu dans leur engagement, . est la plus

• grande assurance qu’ils puissent donner pour

• terminer tous leurs différends, • dont aussi le sernieut est la décision ; . Dieu voulant aussi faire » voir avec plus de certitude aux héritiers de la

• promesse, la fermeté immuable de sa résolution , " a ajouté le serment . à sa parole : « afin qu'étant

• appuyés sur res deux choses inébranlables, par

• lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe • ( c'est-à-dire sur la parole de Dieu, et sur le jurement qui ia confirme), • nous ayons une puis-

• santé consolation, nous qui avons mis notre ro- . fuge dans la possession des biens proposés à notre

• espérance. .

Il ne faut point ici de commentaire; il n’y a qu’à écouter foutes ces paroles, et nous en laisser pénétrer. Prenons garde seulement qu’en nous attachant à la promesse, nous ne présumions pas plus qu'il ne nous c.st promis : Dieu a promis à la pénitence la rémission des péchés ; mais il n’a pas promis le temps de faire pénitence à ceux qui ne cessent d’en abuser.

VP ÉLÉVATION.

Secooôu parUe de U proptiétu> du Mint eanUqiM qui regarde Mini Jcan-Dcptistc.

• Et VOUS , enfant , vous serez appelé le prophète « du Très-Haut » son prophète particulier et par excellence : prophète «et plus que propliète^, • tomme l'appelle le Sauveur, puisque non seulement vous l'annoncerez comme celui qui va venir à l'instant, mais encore que vous le montrerez au milieu du peuple, comme celui qui est venu ^ « Vous mar- « cherez devant le Seigneur pour lui préparer ses « voies *. ■ Voilà donc comme Zacharie appelle Jésus-Christ# lcTrès-Haut,»et,«leSeigneur; ■c’est-'' à-dire, dans un seul verset, il l’appelle par deux fois,

« Dieu. ■ Voilà donc le caractère de la prophétie de saint Jean-Baptiste , marqué distincteineiit par Zacharie, qui est de marcher devant le Seigneur pour lui préparer sa voie. Et ce caractère est tiré de deux anciennes prophéties; l'une d'Isaïe 7 : « Une « voix est entendue dans le désert : Préparez la B voie du Seigneur; faites ses sentiers droits.» L'autre de Malachie en conûrmation > : «J’enverrai «I mon ange; mon envoyé paraîtra, et préparera les

• Ctiu XXII, la, 17, la. ■— î lieb. vi, is, la, I7, is. —

• Aifc. I, 7«. — * .VfUth. XI, 9. — * Joo». I, is, so, 27, 29 âttrq. — • /,ur. l, 76. — * 1$. XL, 3. Matlh. Iil, 3. .Varr. i,

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