‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 129 sur 192 · DI · texte numérisé non relu

DI

ÉLÉVATIONS sua LES MYSTÈBES.

XVl« SEMAINE.

LA NATITITB 1>B jBSUS'CUJlIST.

PREMIÈRE ÉLÉVATION

Songe de Mini Joee^.

A quelle épreuve Dieu ne met-il pas les Ames saintes ! Joseph se voit obligé à abandonner , comme une épouse iofîdèle , celle qu*it avait prise eomme la plus pure de toutes les vierges < ; et il était prêt à exécuter une diose si funeste à la pureté delà mère« et à la vie de Teofant. Car ne pouvant être long-temps sans découvrir la grossesse delà sainte Vierge^ que pouvait-il faire l’ayant aperçue; sinon de la croire une grossesse naturelle ? Car de soupçonner seulement ce qui était arrivé par l’opération du Saint-Esprit t c’était un roiradedont Dieu n’avait point encore donné d’exemple , et qui ne pouvait tomber dans l’esprit humain.

H était juste * ; et sa justice ne lui permettait pas de demeurer dans la compagnie de celle qu’il ne pouvait croire innocente. Tout ce qu’on pouvait espérer de plus doux de la bonne opinion qu’il avait con^e avecraison desa chaste épouse, était , comme il le méditait, sans la diffamer, de larenvoÿer iecrétenheni. C’était , dis-je , ce qu'on pouvait espérer de plus doux ; car pour peu qu’il se fdt livré à la jalousie , qui est dure comme tenfer ^ , à quel excès ne se fût-il pas laissé emporter! Sa justice même l’aurait flatté dans sa passion ; et sous une loi toute de rigueur , il n'y a rien qu’il n'eût pu «itreprendre pour se venger. Mais iàus commençait à répandre dans le monde l’esprit de douceur, et il en flt part à celui qu’il avaiteboisi pour lui servir de père.

Joseph , le plus modéré comme le plus juste de tous les hommes, ne songea seulement pas éprendre ce parti extrême , et voulait seulement quitter en secret celle qu’il ne pouvait garder sans crime. Cependant, quelle douleur de se voir trompé dans ropinion qu’il avait de sa chasteté et de sa vertu ! de perdre celle qu’il aimait , et de la laisser sans secours , en proie à la calomnie et à la vengeance publique ! Dieu lui aurait pu éviter toutes ces peines , en lui révélant plus tôt le mystère de la grossesse desa chaste épouse; mais sa vertu n’aurait pas été mise à l'épreuve qui lui était préparée; nous n’eussions pas vu la victoire de Joseph sur la plus indomptable de toutes les passions; et la plus juste jalousie qui fut jamais u’eût pas été renversée aux pieds de la vertu.

Nous voyons par le même moyen la foi de Marie. Elle voyait la pe’uie qu’aurait son époux , et tous les inconvénients de sa sainte grossesse; mais, sans en paraître inquiétée, sans songer à prévenir re cher époux , ni à lui découvrir le secret du ciel , au hasard de se voir non-seulement soupçonnée et

» STd/M. I, iS. — * tbid- IS. — * Cant. Viu, S.

I abandonnée , mais encore perdue et condamnée , elle abandonne tout à Dieu, et demeure dans sa paix.

Dans cet état, « l’ange du Seigneur fut envoyé « à Joseph , et lui dit : Joseph , flls de David , ne

• craignez-pas de prendre avec vous Afarie votre « épouse; car ce qui est né en elle est du Saint- > Esprit • Quel calme à ces paroles! quel ravissement! quelle humilité dans Joseph! Laissons-lo concevoir à ceux à qui Dieu daigne en donner la connaissance.

« Elle enfantera un Fils, et vous lui donnerez le

• nom de ■ Jésus*. Pourquoi « vous? » Vous n’eo êtes pas le père ; il n’a pas de père que Dieu ; mais Dieu vous a transmis ses droits; vous tiendrez lieu de Père h Jésus- Christ : vous serez son père en effet d’une certaine manière, puisque, formé par le Saint-Esprit dans celle qui était àvous , U estaussi à vous par ce titre. Prenez donc avec l’autorité et les droits de père un cceur paternel pour Jésus. Dieu , • qui fait en particulier tous les cœurs des

• hommes^, ■ fait aujourd’hui en vous un cœur de père : heureux, puisqu'en même temps il donne pour vous à Jésus un cœur de Üls ! Vous êtes le vrai époux desa sainte Mère; vous partagez avec elle ce Fils bien-aimé, et les grAces qui sont attachées à son amour. Allez donc : à la bonne heure , nommez cet enfant; donnez-lui le nom de Jésus pour vous et pour nous, afin qu’il soit notre Sauveur comme le vôtre.

Il* ÉLÉVATION.

8u U prédicUoQ d. Il riiÿolté de la sainte mère de Dieu.

Tout ceci a été fait pour accomplir ce que te Seigneur avaUditpar haie t : T'oict qu'une vierge concevra dam ton se/n, et enfantera un fût ; et rou« nommerez ton nom Emmanuel t c'est./i-dire , Dteu avecnout‘.

C’est la gloire de l’Église chrétienne. Quelle autre société a seulement osé se vanter d’avoir pour instituteur le filsd'une vierge ?Un8i beau titre n’était jamais tombé dans Tesprit humain ; et cette gloire était réservée au christianisme. Aussi est-ce la seule religion où la perpétuelle virginité a été en honneur ; où elle a été consacrée à Dieu ; où l’on a aouflert toutes sortes de persécutions et la mort même, plutét que de consentir à un mariage humain. Jésus-Christ s’est déclaré l'époux des vierges : c’est lui qui a fait connaître au monde ces eunuques ipirilueii, autrefois prédits par les prophètes*, mais qui n'ont paru que dans la religion chrétienne.

II a in.spiré à son apétre, que la sainte virginité est la seule qui peut consacrer parfaitement à Dieu un cœur incapable de se partager 7. Fils d'une Vierge, vierge lui-méme; qui a pris pour son précurseur Jean-Baptiste , vierge , et pour son disciple hienaimé, saint Jean, vierge aussi , selon toute la tradition chrétienne; dont les apôtres, qui ont tout

‘ A/itllh. 1 , 30. — * Ibid. 3i. — • /*f. x»ut, 16. — * jVaUA.

1, SS, 8, M. — S /«. Tll , 14. — * li. IVI, 8, 4, 8. MaUk, XIX , 13. — 7 /. Cor. Vil, 33, 33, 3«, 3&.

ÉLKVA'nO.NS SLR LKS MVSTÈUt-IS.

quitté, ont quitté principnlenienl leurs femmes ( ceux qui en avaient) pour le suivre; toujours par conséquent dans la compagnie et, pour ainsi dire, entre U's mains de la continence : où il ne faut |)ft8 s'étonner si, comme la foi , la sainte virginitéa eu ses martyrs. Aussi les persécuteurs même ont reconnu la pudeur des vielles chrétiennes. O/i Us voyait ^ dit saint Ambroise *♦ affronter tes supplices, et craindre les regards : tmpavidas ad cruciaf us , enihescentes ad aspectus : au milieu des tourments et livrés aux bêles farouches , et à des taureaux furieux qui les jetaient en Pair, soigneuses delà pudeur, méprisant les tourments et la vie, et n’ayant, pour ainsi parler , que le front tendre dans un corps de fer ; dignes témoins, dignes martyres de celui qui est tout ensemble Fils de Üieu , et fils d’une vierge.

Fils de Dieu , et fils d’une vierge, ('.es deux choses devaient aller ensemble , afin qu’on piU dire en tout sens ; Qui comprendra sa génération^} toujours X'irginale , et dans lesein de son |>ère, et dans celui de sa mère. O Jésus! nous la croyons , si nous ne |K)uvonspas la comprendre. FJIenoiisapprend qu'il n'y arien de plus incompatible que l’impureté et la religion chrélietme. Élevé parmi des mystères si chastes, qui |)cut souffrir de la corruption dans sa diair.’ seul nom deJésus n’inspire-t'il pas la pureté? Qui peut seulement le prononcer avi*c des lèvres souillées? Mais qui peut approcher de son saint corps, l'unique fruit d'une mère vierge; si pur, qu’il n’a pu souffrir, ni en lui-même, ni en sa Mère même, la sainteté nuptiale : qui peut, dis-je, approcher de ce sacré corps avec des sentiments impurs? ou ne pas consacrer son corps , elwcun selon son état , à la pureté , après l’avoir reçu ? Ministres sacrés de ses autels, soyez donc purs comme le soleil ; chrétiens en géjjéral, détestez toute impureté ; vierges consacrées à Jésu.s•(JJ^i^t, ses chères épouses , soyez jalouses pour lui ; et ne laissez en vous aucun reste d'un vice qui a tant de secrètes brandies. Mais si vous voulez être vierges de corps et d’esprit , humiliez-vous : n'aimez ni les regards, ni les louanges des hommes : ca(diez-vons à vousmêmes, comme une vierge pudique, qui, loin de se faire voir, n’ose pas seulement se regarder, quoique seule: un regard sur vous-même, une complaisance, non-seulement pour cette fragile beauté qui pare lasuperficie du corps, mais encore [nuir la beauté intérieure , est une es|>éce d’abandonnernent. Femmes clu-étiennes , vierges chrétiennes, et vous dont le célibat doit ctreriionneur de l'Église, soyez soigneux d'une réputation qui fait l'édification publique. Considérez Jésus-Clirist, notre pontife , parmi tous les opprobres qu'il a soufft^rU, jusqu'à être accusé comme un homme qui aimait le vin et la bonne chère il n'a pas voulu que sa pudeur ait jamais eu la moindre atteinte. Ona étonnaitde U voir parler en parficutier à une femme*, qu'il convertissait , et avec elle sa patrie : et il agissait en tout d'une manière si épurée et sisérieuse,

' .Cm*- de f’irj. — * /* Ull.S — * VatiS xi, |g VtWM IV, -T.

que, malgré la malignité de s«» ennemis, son intégrité de ce côté-là e.sl demeurée sans soupçon. Pourquoi l’a-t-il voulu de cette sorte, si ce n’est pour nous; afin de nous faire voir combien nous devons être soigneux , autant qu’il nous e.st (wssible , de n'être pas seulement soupçonnés dans une matière si délicate , où le genre humain est si emporté , si malin , et si edfieux ?

Eooorv sur la pprpc'liiflle virgioUé de Marie.

Pourquoi, saint évangéliste , avez-vous dit ces*' paroles : £7 non cognoscebat eam donec peperil : lit il ne l avait pas connue, quand elle enfanta son fils premier-né »? (}ue ne disiez-vous plutôt qu’il ne la connut jamais, et qu'elle fiit vierge perpétuelle? I>es évangélistes disent ce que Dieu leur met à la bouche. Saint Matthieu avait ordre d'expli* quer précisément ce qui regardait l’enfantement virginal , et raccomplissement de la prophétie d’Isaïe , qui |)ortait qu’une vierge concevrait et enfanterait un fUs *.

Au reste, on ne peut penser .sans horreur, que ce sein virginal où le Saint-Ksprit avait opéré, dont Jésus-Christ avait fait son temple, ait jamais pu être souillé; nique Joseph, ni que Marie même, aient pu cesser de le respecter. Avant sa conception et son enfantement, elle avait dit en général : Je ne connais point d'honme ^ : saint Joseph était entré dans ce dessrin; et y avoir manqué après un enfantement si miraculeux , c'eût été un sacrilège indigne d'eux, et une profanation indigne de Jésus-Christ même. Les frères de Jé.sus mentionnés dans l'Évangile, et saint Jacques qu’on appela frère du Seigneur, constamment ne l'étaient que par la parenté , comme on pariait en ce temps : et la sainte tradition ne l'a Jamais entendu d'une autre sorte. Qui a jamais seulement pensé parmi les chrétiens, que Jésus ne fût pas le fils unique de Marie, comme de Dieu? .Si (ce qui est aborni- ' nable à penser) il n'eût pas été son fils unique, lui mirait-il, en la quittant, donné un fils d’adojitioD? Kt quand il dit à saint Jean : • Voilà votre « mère; » et à elle : « Voilà voire fils ■ ne montre-t-il pas qu’il suppléait par une espèce d’adoption, ce qui allait manquer à la nature? Loin de la pensée des chrétiens le blasphème de Jovinien, qui a été l’exécration de toute l’Église! Dieu a marqué aux évangélistes ce qu’ils devaient précisément écrire, et ce qu’il voulait qu'on ré^rvàt à la tradition de son Église, pour l'expliquer davantage. Apprenons de là qu'il faut penser de Marie tout ce qu’il y a de plus digne et d'elle et de Jésus-Christ, quand même l'Écriture ne i’eurait pas toujours voulu exprimer avec la dernière précision et netteté, et qu'il aurait plu à Dieu le laisser expliquer à fond à la tradition de son Église, qui a fait un article de foi de la perpétuelle virginité de Marie.

• .VflMA. I, 'SS — » /«. ^n. M. — » !mc. I, 31 — ^ V«J*t XU , W, 3?

D gil!.'OL. IJV

ÊLËVATlO^S SUR LES MYSTÈRES.

Quand est-ee qu*ü a plu à Dieu de manifester au monde la merveille de l'enfantement virginal.’ Constamment ce n’a pas été durant la vie du Sauveur, puisqu'il lui a plu de naître et de vivre sous le voile du maringe : en quoi il a confirmé que le mariage était saint, puisqu'il a voulu paraître au monde sous sa couverture. On a donc prêche là gloire de renfantement virginaK quand on a prédié toute la gloire du Fils de Dieu : et, en attendant, Dieu préparait à la pureté de Marie, en la personne de saint Joseph son cher époux , le témoin le moins suspect et le plus certain qu'on pût jamais penser.

IVe ÉLÉVATION.

Soreci parole» d'iMie rapportée» par PêvuigéUite : Son nom

fera appelé Emmanuel.

• Son nom sera Emmanuel : Dieu avec nous » Ce sont de ces noms mystii]ues que les prophètes donnent en esprit, pour exprimer certains effets de la puissance divine, sans qu’il soit besoin pour cela qu'on les porte dans l’u.sage. Si nous comprenons la force de ce nom, ■ Kmmanuel, » nous y trouverons celui de Sauveur. Girqu’est-cc qu’être Sauveur, si ce n’est d'ôter les péchés, comme l’ange l'a interprété? Mais les péchés étant utés, et n’y ax'nnt plus de séparation entre Dieu et nous, que reste-t-il autre chose, sinon d'étre unis à Dieu, et que Dieu soit avec nous parfaitement? ^ous sommes donc parfaitement et éternellement sauvés , et nous reconnaissons en Jésus qui nous sauve, un vrai • Emmanuel. > Il est Sauveur, parce qu'en lui Dieu est avec nous ; c'est un Dieu, qui s’unit notre nature : étant donc réconciliés avec Dieu, nous sommes élevt^ par la grâce jusqu’à n'étreplus qu’un même esprit avec lui.

C’est ce qu’opère celui qui est à la fois ce que Dieu est, et ce que nous sommes; Dieu et homme tout ensemble. « Dieu était en « Jésus-Christ, « se « réconciliant le monde, ne leur imputant plus leurs « péchés *, • et les effaçant dans ses saints. Ainsi Dieu est avec eux parce qu’ils n’ont plus leurs péchés.

Mais ce n’etait rien, si en même temps Dieu n’eût été avec eux pour les em|>écher d’en commettre de nouveaux. Dieu est avec vous dans le style de l’Écriture, c’est-à-dire que Dieu vou.s protège; Dieu vous aide, et encore avec un secours si puissant que vos ennemis ne prévaudront pas contre vous. • Ils combattront, • disait le prophète*, « et ils ne prévaudront pas, parce que je * suis avec vous. • Soyez donc avec nous, ô Emmanuel! afin que, si après le pardon de nos péchés nous avons encore à combattre ses pernicieuses douceurs, ses attraits, ses tentations, nous en demeurions victorieux.

Est-ce là toute la grâce de notre Emmanuel? Non sans doute : en voici une bien plus haute, qui aussi est la dernière de toutes : c’est qu’il sera

» Se. VII, li. Matth. I, ja. — > //. Cor. v, |9. - » jrrem.

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