‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 131 sur 192 · L. drooDcl.loa : le nomdeJéMU · texte numérisé non relu

L. drooDcl.loa : le nomdeJéMU

. Le huitième jour étant arrivé , auquel l'enfant • devait être circoncis , il fut nommé Jésus •. . Jésus souffre d'étre mis au rang des pécheurs : il va comme un vil esclave porter sur sa chair un caractère serviie, et la marque du péché de notre origine. I-e voilà donc en apparence lils d'Adam eomiiie les autres ; pécheur et banni par sa naissance , il failait qu'il portât b marque du péché, comme il en devait porter la peine.

Cependant, au lieu d'étre impur comme nous toius par son origine; parson origine il était saint, conçu du Saint-bisprit qui sancüfie tout, et uni en personne au Fils de Dieu, qui est le .Saint des saints par es ' sence. L’esprit qui nous sanctilie dans notre régénération est celui dont Jésus-Clirist est conçu, dont sa sainte chair a été formée, et qui est in/us naturellement dans son Sine sainte : de sorte qu'il n’a pas besoin d'étre circoncis ; et il ne se soumet à cette loi que pour accomplir toute justice, en donnant au monde l'exemple d’une parfaite obéissance

Cependant en recevant la circoncision, U se rend comme dit saint Paul », débiteur de toute ta toi ' et s’y oblige; mais pour nous, afin de nous affranchir de ce pesant joug. Nous voilà donc libres par l’esclavage de Jésius ; marchons en la liberté des enfants de Dieu ; non plus dans l’esprit de crainte et de terreur, mais dans l’esprit d’amour et de con- Oanee.

I-e nom de .Sauveur nous en est un gage. Jésus nous sauve du péché, ainsi qu’il a été dit; et en remettant ceux qu’on avait commis, et en nous aidant à n’en plus commettre , et en nous conduisant à la vie où l’on ne peut plus en commettre aucun.

C’est par sonsang qu'il doitétre notre Sauveur i. Il faut qu’il lui en coûte du sang pour en recevoir le nom : ce peu de sang qu’il répand, oblige à Dieu

' él. XLT, 1 1 ; ti xxxiii, ». - > Iiic. Il, SI. 1 c»t. V I i ' 8 f/ * //.fr. IX , 13 , M r/ '

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tout lereste; et c’est le commencement de In rédemi>tign. Je vois, ô Jésus! toutes vos veines rompues , toutes vos chairs déchirées , votre tête et votre cité percés ; votre son;; voudrait couler tout entier h itros bouillons ; vous le retenez , et le réservez pour la crois. Recevez donc le nom de Jésus : vous en êtes digne, et vous commcueez à l'aclieter par votre sang. Recevez ee nom , • au(|uel seul tout genou

• fléeJiit dans le ciel, dans la terre et dans les en-

• fera '. L'agneau qui répand son sang est digne de

• recevoir touteadoration, toutculte, toute louange,

• toute action de grêce ’. Et j'ai entendu toute eréa- « ture et dans le ciel et sur la terre, et sous la terre ,

• qui criaient d'une grande vois : Salut à notre

• Dieu*. ■

Le salut vient de lui, puisqu'il nous envoie le Sauveur; salut à l'agneau qui est le Sauveur lui-même! salut à nous qui participons à son nom! s'il est le Sauveur, nous sommes les sauvés , et nous portons ce glorieus nom devant qui tout l'univers fléchit, et les démons tremblent. Ne craignons rien , tout esta nos pieds; songeons seulement à nous surmonter nous-mêmes : il faut tout vaincre, puisque déjà nous portons le nom du vainqueur. Prmez courage, dit-il * , fai vaincu k monde ; et je mettrai dans mon trône celui quiremportera ta cicloire

L’éloUe des mngn.

Voici les premiers fruits du sang de Jésus parmi les gentils.

jVoj« avons vu son étoile Qu’avait cette étoile au^iessusdfs siutreSf qui annoncent dans le ciel la gloire de Dieu? qu’avait^lle plus que les autres, pour mériter d’é'tre appelée l'étoile du Roi des rois, du Christ qui venait de naître , et d’y amener les mages? Balaam, prophète parmi les gentils, dans Bloab, et en Arabie, avait vu Jésus>Clirist comme une étoile ; cl il avait dit : /t se lèvera une étoile de Jacob 7. Cette étoile, qui parait aux mages, était la figure de celle que Ralaatn avait vue : et qui sait si la prophétie de Ralaain ne s'était pas répandue en Orient et dans l’Arabie , et si le bruit n’en était pas venu jusqu’aux mages? Quoi qu'il en soit, une étoile qui ne paraissait qu’aux yeux, n'éuit pas capable d’attirer les mages au Roi nouveau-né; il fallait que l'étoUe de Jacob et Ut lumière du Christ < se fût levée dans leur cœur. A la présence du signe qu’il leur donnait au dehors. Dieu les toucha au dedans par cette inspiration dont Jésus a dit : Nulnepeut venir à moi si mon Père ne le tire 9.

L’étoiledes mages est donc l'inspiration dans les cœurs. Je ne sais quoi vous luit au dedans; vous êtes dans les ténèbres et dans les amusements, ou peutêtre dans la corruption du monde; tournez vers l’Orient, où se lèvent les astres; tournez-vous à Jésus-Christ qui est l'Orient, où se lève comme un liel astre l'amour de la vérité et de la vertu. Vous ne

* Philip. Il, lû. — » ripoe. T, la. — ’ Ibid, vn, 10. — * Joan. XVI, J3. — * répoe. liJ, 11. — « Matth. Il, I, 2. — » Num. XXIV, 17. — • Luc. Il , S2. — • Joan. VI, *4.

savez encore ce que c'est, non plus que les mages; et vous savez seulement en confusion que cette nouvelle étoile vous mène au roi des Juifs, des vraie enfants de Juda et de Jacob : allez, marchez, imitez les mages. Mousacons outonéloUe, eltioussommes venus* ; nous avons vu, et nous sommes partis a l'instant Pour aller où? nous ne le savons pas encore; nous commençons par quitter notre patrie. Quittez le monde de même; le monde pour lequel la nouvelle étoile, la cliaste inspiration qui vous ébranle le cœur, commence à vous insinuer un secret dégoût. Allez à Jérusalem , recevez les lumières derCgIise; vous y trouverez les docteurs qui vous interpréteront les prophéties, qui vous feront entendre les desseins de Dieu ; et vous marcherez sûrement sous cette conduite.

Chrétien, qui que vous soyez, qui lisez ceci ; peutêtre, car qui peut prévoir lesdesseins de Dieu ? peutêtre qu'à ee moment l'étoile se va lever dans votre cœur; allez, sortez de votre patrie , ou (dutôt sortez du lieu de votre bannissement que vous prenez pour votre patrie , parce que c'est dans cette corruption que vous avez pris naissance. Dès le ventre de votre mère, accoutumé à la vie des sens, passez à une autre région ; apprenez à connaître Jérusalem , et la crèche de votre Sauveur, et le pain qu'il vous prépare à Bethléem.

Qui sont Icf magf»?

Les mages, sont-ce des rois absolus, ou dépendants d’un plus grand empire ? ou sont-ce seulement de grands seigneurs, ce qui leur faisait donner le nom de rois , selon la eoutumedeieur pays? ou sontce seulement des sages, des philosophes, les arbitres de la religion dans l’empire des Perses, ou, comme on l’appelait alors , dans celui des Parthes , ou dans quelque partie de cet empire, qui s'étendait par tout l'Orient? Vous croyez que j’aille résoudre cesdoutes, et contenter vosdésirs curieux; vous vous trompez; je n'ai pas pris la plume à la main |K>ur vous apprendre les pensées des hommes : je vous dirai seulement que c’étaient les savants de leur pays, observateurs des astres, que Dieu prend par leur attrait, riches et puissants, comme leurs présents le font paraître; s’ils étaient de ceux qui présidaient à la religion, Dieu s’était fait connaître à eux , et ils avaient renoncé au culte de leur pays.

C'est à quoi doivent mener les hautes scieoees. Philosophes de nos jours , de quelque rang que voua soyez, ou observateurs des astres, ou contemplateurs de la uature inférieure, et attachés à ce qu’on appelle physique, ou occupés des sciences abstraites qu'on appelle mathématiques, où la vérité semble présider plus que dans les autres : je ne veux pas dire que vous n'ayez de dignes objets de vos pensées ; car de vérité en vérité vous pouvez aller jusqu'à Dieu, qui est la vérité des vérités, la source de la vé rité, la vérité même, où subsistent les vérités que vous appelez éternelles, les vérités immuables et

> MeUh. U, a.

ÉLÉVATIONS SLR

iiiTarîablcs, qui ne peuvent pas ne pas ^tre vérités, et que tous ceux qui ouvrent les yeux voient eneuxnvémes, et néanmoins au-dessus d'eux-méines, puisqu'elles règlent leurs raisonnements comme ceux des autres, et président aux connaissances de tout ce qui voit et qui entend, soit hommes, soit anges. Cest cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences. Cultivez donc ces sciences; mais ne vous I y laissez point absorber. Ne présumez pas, et ne I croyez pas être quelque chose plus que les autres , parce que vous savez les propriétés et les raisons | des grandeurs et des petitesses . vaine pâture des es- i prits curieux et faibles, qui après tout ne mène à I rien qui existe ; et qui n'a rien de solide qu’autant que ; par Pamour de la vérité et l'habitude de la connaître ! dans des objets certains, elle fait chercher la véritable et utile certitude en Dieu seul. j

Et vous, obsemteurs des astres, je vous propose I une admirable manière de les observer. Que David était un sage ol>servatcur des astres, lorsqu'il di.sait : Je pcrrai vos deux , l'œuvre de vos mains ^ la lune et tes étoiles que vous avez fondées * ! Figurez-vous une nuit tranquille et MIc , qui dans un ciel net et I pur étale tous ses feux. C’était pendant une telle nuit j que David regardait les astres , car il ne parle point du soleil : la lune et l'armée du ciel qui la suit faisaient l’objet de sa contemplation. Ailleurs il dit encore : l^s deux racontent la gloire de Dieu : mais dans la suite il s'arrête sur le soleil. Dieu a élahli, dit-il, sa demeuredans le soleil, qui sorl richement paréf comme fait un nouvel c/w/jr du lieu de son ref)os », et le reste : de là il s’élève à la lumière plus belle et plus vive de la loi. Voilà ce qu'opère dans l'esprit de David la beauté du jour Mais dans l’autre psaume, où il ne voit que celle de la nuit, il jouit d'un sacré silence; et dans une belle obscurité ilcontempleladouce lumière que lui présente la nuit, pour de là s'élever à celui qui luit seul parmi les ténèbres. Vous qui vous relevez pendant la nuit, et qui élevez à Dieu des mains innocentes dans Pobscnrité et dans le silence, solitaires, et vous, chrétiens, qui louez Dieu durant les ténèbres, dignes observateurs des beautés du ciel, vous verrez l’étoile qui vous mènera au grand roi qui vient de naître.

D'uù viennent les mânes?

D'où ils viennent? De loin ou de près ? Sont-ils venus en ce peu de jours qui s’écoulent entre la Nativité et l’Epiphanie , comme l'ancienne tradition de l'Église semble l'insinuer? ou y a-t-il ici quelque autre secret ? Sont-ils venus de plus loin , avertis |)eut-étre avant la nativité du grand Roi , pour arriver au temps convenable ? Qui le pourra dire, et que sert aussi que nous le disions.? N'est-ce pas assez de savoir qu’ils viennent du pays de l'ignorance, du milieu de la gentilité où Dieu n'était pas connu, ni le Christ attendu et promis? et néanmoins guidés d'en haut, iis viennent à Dieu et à

• Pt. vin. 4, — » Pi. ivm, 2, e, s, 9 scq.

•Ü.Kl TT. — TOWF I».

LIS MYSTÈRES. 7,1

son Christ , romme les prëmice sacrées de l’Église des gentils.

A la venue du Christ , le monde s'ébranle pour venir reconnaître le Dieu véritable, oublie depuis tant de siècles, • Les rois d'Arabie et de Tharsis,

• les Sabéens, les . Egyptiens, les Cbaldéens, . les

• habitants des îles les plus éloignées , viendront • à leur tour • pour adorer Dieu , et faire leurs pré- " sents' . au roi des Juifs. Apportez, provinces des gentils : . venez rendre au .Seigneur honneur et " gloire ; apportez-lui - ( comme le seul présent digne de lui) . la gloriflcation de son nom ■. •

Pourquoi Dieu appelle-t-il aujourd'hui des sages et des philosophes ? « Il n'y a pas plusieurs sage* . ni plusieurs savants : il n'y a pas plusieurs rirhesni “ plusieurs nobles parmi vous ■ , disait saint PauH , " parce que Dieu veut confondre les savants et les

• puissants de la terre par les faibles , et par ceux « qu’on estime fols, et ce qui est par ce qui n'est

• pas. • Il veut (lourtaiit conimcneer par le petit nombre des s.iges gentils qui viennent adorer Jésus, parce que ces sages et ces savants , des qu’ils voient paraître l'étoile, et à sa première clarté, renoncent à leurs lumières pour venir à Jérusalem et aux docteurs de l'Église, par où il faut arriver ii ee que Dieu leur inspire de chercher. Soumettez, sages du monde, toutes vos lumières, et eclles-là mêmes qui vous sont données d’en haut , à la doctrine de rf;glise; parce que Dieu , qui vous éclaire, vous veut faire humbles encore plus qu’éclairés.

Quel fut le nombre île» tnaf{eaT

On croit vulgairement qu'ils étaient trois, a cause des trois présents qu'ils ont offerts. L'Église ne le décide pas; et que nous importe? C’est assez que nous sachions qu’ils étaient « de ce nombre connu

• de Dieu , du petit nombre , du petit troupeau que

• Dieu choisit <. • Regardez la vaste étendue de l'Orient , et celle de tout l'univers : Dieu n'appelle d'abord que ee petit nombre; et quand le nombre de ceux qui le servent sera augmenté , ce nombre, quoique grand en soi , sera petit en comparaison du nombre infini de ceux qui périssent. Pourquoi ? . O

• homme ! qui êtes-vous pour interroger Dieu * . , et lui demander raison de ses conseils? ProGtez de la grâce qui voua est offerte; et laissez à Dieu la science de ses conseils, et des causes de ses Jugements. Vous êtes tenté d'incrédulité à la vue du petit nombre des sauvés ; et peu s'en faut que vous ne rejetiez le remède qu'on vous présente : comme un malade insensé qui dans un grand hâpital, on un médecin viendrait à lui avec un remède infaillible , au lieu de s’abandonner à sa conduite regarderait 3 droite et à gauche cc qu'il ferait des autres. Malheureux ! songe à ton salut , sans promeuer sur le reste des malades ta folle et superbe curiosité. Les mages ont-ils dit dans leur eccur ; iVallons pas ;

' Pt. LUI, a, 10, II. — ■ Pt. vxïin. a. — • i. Cor. i, as, a7, a» — • Va», vil . 1 1 , 23 ; vx , IS. /.Bf . XII . 32 — > Kom. X, au.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

ear pourquoi .mssi Dieu ii'appelle-l-il pas tous les lioinnies? llsallérent : ils virent, ils adorèrent , ils offrirent leurs présents ; ils furent sauves.

VU ÉI.ÉVATION

L’êtoiie dluparatU

.Soit que Dieu vouldt faire connaître qu'il allait punir les Juifs inqr.its, par la soustraction de ses lumières; soit que l'étoile qui conduisait au roi pauvre, et l'ange qui la guidait, ne vouldt |M)int se montrer où paraissait la pompe d'une cour royale et maligne; soit que l'on n'edt pas besoin de lumière extraordinaire, où luisait comme dans son lieu celle de la loi et des prophètes : fetoile que les mages avaient vue en Orient se cacha dans Jérusalem', et ne reparut aux mages qu'au sortir de cette ville, qui tue les propliéles , et qui ne connut pas le jour où Dieu venait la visiter.

C'est ici encore une ligure de l'inspiration. Elle se cache souvent ; la lumière qui nous avait paru d^abord , se cache tout d'un coup dans les ténèbres ; l'âme éperdue ne sait plus où elle en est, après avoir perdu son guide. Que faire alors? Consultez, et écoutez les docteurs , qui vous conduiront par la lumière des Écritures. L’étoile reparaîtra avec un nouvel éclat. Vous la verrez marcher devant vous plus claire que jamais : et , comme les mages , vous serez transportés de joie. Mais durant le temps d'obscurité, suivons les guides spirituels et les ministres ordinaires, que Dieu a mis sur le chandelier de la cité sainte.

Vil' ÉLÉVATION.

Les docleum Indiquent Bethléem aux mages.

La lumière ne s’éteint jamais dans l’Église. Les Juifs commençaient à se cosrompre ; et le Fils de Dieu sera bientôt obligé de dire « : Gardez-vous

• bien de la doctrine des pharisiens , et des docteurs

• de la loi*. • Cependant dans cet état de corruption, et à la veille de sa ruine, la lumière de la vérité devait luire dans la synagogue, et il devait être toujours véritable jusqu’à la lin , comme dit le même Sauveur, quefes docteurs de ta loi et tes pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse : faites donc ce qu'ils enseignent ( tous ensemble et en corps); mai» ne faites pas ce qu'Ü»/on<». Tant il était véritable que la lumière subsistait toujours dans le corps de la synagogue qui allait périr.

Cest ce qui parut à Jérusalem sur l’interrogation des mages. I.es pontifes et les docteurs de la loi allèrent d'abord au but sans hésiter. Le roi (c'était Hérode) les assembla pour les consulter : il faut répondre alors. Quand les rois, qui interrogent, seraient des Hérodes, on leur doit la vérité , lorsqu’ils la demandent ; et le témoignage en est nécessaire.

le mi des Juifs , disent-ils < , doit naitre dans

* Vatfh. Il, 0, 10. — ■ .V/ffr. »Ti, II, 11. — * VtfUh xxm , », :j — « Malth. ii.l. 5, 8.

Car c‘ext ainti qu'U est écrit dam U prophète Michée « : El toi, Hetktéem, tu n'es pas la dernière entre les villes de Ju-ia : car de toi sortira le chef qui comluira mon peuple d' Israël. Il fallait avoir de la force pour oser dire à un roi si jaloux de la puissance souveraine, qu'il y avait un roi prédit au peuple, et que cetiit lui qu'on cherchait; de sorte qu’il était au inonde : mais il fallait que la synagogue, quelque tremblante qu'elle fdt sous la tyrannie d'ilérode, rendît ce témoignage.

Voici encore une autre merveille. C’est à la poursuite d’Iiérode que se fait cette authentique déclaration de toute la synagogue. Hérode ne fut poussé à la consulter, que par lajalou-'^e fureur qu'il va bientôt déclarer : mais Dieu se sert des mécliants et de leurs aveugles passions , pour la manifestation de sesvérités.

Il y a encore ici un autre secret. Dieu cache souvent ses mystères d'une manière étonnante. (Tétait un di s embarras de ceux qui avaient de la peine à reconnaître Jcstis-Christ, qu’il {paraissait Oaliléen, et que Nazareth était sa patrie. Le Christ doihil venir de Galilée f L'Ecriture ne noiu apprend-elle pas, disent-ils*, qu'il doit naitredusang de David , et même de la bourgade de Hethléem , où David demeurait J Kt Nathanaël, cet homme sans fard, et ce vrai Israélite , ne fut-il pas luiméme dans cet embarras, quand on lui dit ; Nous avons trouvé le Messie : c’est Jésus de Nazareth , fds de Joseph. Quoi, répliqua-t-il, tenir quelque chose de bon de Nazareth N"est-ce pas Bethléem, U tribu de Juda, qui nous doit donner ce Christ que vous m’annoncez? Quoique Jésus- CItrist pût dès lorsleiirdécouvrir le lieu de sa naissance, nous ne lisons pas qu'il l'ait fait Dieu veut que ses mystères soient cherchés.

Approfondi.ssez humblement : ne vous opiniâtrez pa.s à rejeter Jésus-Christ, sous prétexte qu'un des caractères de sa naissance n’est pas encore i^airci.Si vousclierchez bien, vous trouverez que ceJeeus conçu à Nazareth , et nourri dans cette ville comme dans son pays . par une secrète conduite de la divine sagesse, est venu naître à Bethléem. Ainsi ce qui faisait la difTiculté Se tourne en preuve pour les humbles : et Dieu avait préparé cette solution de l'énigme, premièrement par le témoignage des bergers , mais dans la suite d'une manière plus éclatante à l’avénement des mages dans Jérusalem.

demandequ'ilsy firent hautement du lieu où devait naître le (jhrist , fut connue de tout le monde : et tout Jérusalem en fd troublé, aussi bien qu'IIérode *. La réponse de l’assemblée des pontifes et des docteurs consultés par ce roi , ne fut pas moins célèbre : et le meurtre des innocents d<ans les environs de Bethléem, fit encore éclater ceito vérité. Accoutumons-nous aux dénoûments de Dieu. Qtielle admirable consolation à ceux qui ne savaient pas que Jésus était né à Bethléem , quand ils virent cet admirable accomplissement de la pro-

' Mich. T, 2 — * Joan. VU. 4r, 42. — * Ilnd. t, U, M, I7. - * V.iUh. I, 2, n, «, &.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

pbétie! Avec quelle joies*écrièrent-ils avec le propbè* 1 te: f'’raiment, 6 Bethléem^ tun'es plus, cumineau' parafant, ta plu» })etitedes villesy pui»que tu seras illustrée par la naUsance de celui qui doit conduire Israël* \ La postérité montrera l'étable, ou, comme les païens l’appelaient, la caverne où était né | le Sauveur du mo.vle : et Celse, quoique gentil, en fait mention*. Cette petite bourgade demeurera éternellement mémorable; on se souviendra à ja- ; mais de la prophétie de Michée , qui tant de siècles auparavant a prédit qu’elle verrait naître dans le temps celui dont la naissance est éternelle dans ie sein de Dieu : et, comme parle ce prophète , celui dont la sortie et la production est de toute éternité^.

Admirons comme Dieu sait troubler les hommes par de terribles difücultés, et en même temps les calmer d'une manière ravissante. Mais il faut être attentif à tout, et ne ùen oublier : car tout est digne d'attention dans l'œuvre de Dieu; et l'oeuvre de Dieu se trouve en tout, parce que Dieu répand partout des épreuves de la foi et de l'espérance. Commençons par croire, malgré les dilTicultés : car c'est ainsi que lit le bon et sincère Nathanaël, qui sans attendre l'éclaircissement de la difficulté sur Nazareth, touché des autres motifs qui l'attiraient, dit h Jésus : fous êtes le Fils de Dieu : üQus êtes te roi (C Israél. Ft Jésus lui dit : y<nu verrez de plus grandes choses^. Parce que vous avez cru d'abord, dès la première étincelle d'une lumière quoique faible et petite encore, de bien plus grands secrets vous seront révélés.

VIH' ÉLÉVATION.

La Jatoosie et ThypocrUle d'Hérode : u politique trompée.

Siméon nous dira bientôt que Jésus est venu au monde , ajin que le secret caché dans le coeur de fUusieurs fût révélé^. Quel secret doit être ici révélé? Le secret des politiques du monde; le secret des grands de la terre ; la jalousie secrète des mauvais rois; leurs vains ombrages; leurs fausses délicatesses; leur hypocrisie; leur cruauté : tout cela va paraître dans Hérode.

Au nom du roi qui était venu , et à qui il voyait déjà occuper son tréne, touché par l'endroit le (dus sensible de son cœur, il ne s’emporta point contre les pontifes qui avaient annoncé ce roi aux Juifs, ni contre les mages qui avaient fait la demande : en habile politique il va à la source, et conclut la mort de ce nouveau roi. Allez , dit-il aux mages , in formez-vous arec soin de cet enfant ; et quand vous Courez trouvé ffaites-le-mol savoir, afin que faille aussi t’adorer, à cotre exemple^. Le cruel ! il ne songeait qu’à lui enfoncer un poignard dans le sein; mais il feiot une adoration pour couvrir son crime. !

Quoi doncl Hérode était-il un homme sans religion? Ce o’est pas là son caractère; U reconnaît

' Kiaiih. n, s. — * Orif. cotUr. CeU. 1. 1, n* 61. — * Mich.

* Joan . t , 40 , 60- — * Luc. ir, ». — • lUatth. ii , e. •

I la vérité des prophéties, et sait de qui H en faut atten- I dre l'intelligence; mais l'hypocrite superstitieux ee sert de ses connaissances pour sacrifier ie Christ du Seigneur à sa jalousie.

Que de secrètes terreurs Dieu envoie aux âmes ambitieuses! Hérode n'avait rîeu à craindre de ce nouveau roi, dont le royaume n’est pas de ce monde ' : et lui qui donne le royaume du ciel , il ne désire point ceux de la terre. Mais c'est ainsi qu'il eff^raye le$ grands de la terre, si jaloux de leur puissance : et il faut que leur ambition soit leur supplice.

Mais en même temps Dieu se rit, du plus haut des cieiix, de leurs ambitieux projets. Hérode avait poussé jusqu'au dernier point les raffinements politiques : Allez, informez-vous soigneusement de cet enfant*. Voyez comme il les engage à une exacte recherche, et à un fidèle rapport : mais Dieu souffle sus les desseins des politiques, et il le..s renverse. Jésus dit à un autre Hérode, fils de celui-ci, et qui comme lui craignait que le Sauveur ne voulût régner àsa place ; • Allez, dites à ce renard • (a ce malheureux politique) «qu'il faut,« malgré lui,

■ que je fasse ce quej’ai à faire aujourd'hui, et de-

■ main, et que ce n'est qu'au troisième jour * (et à la troisième année de ma prédication } « que je dois • être consommé ^ « par ma mort 11 est dit de même à son père: Il faut, malgré vos finesses et votr< profonde hypocrisie, que cet enfant que vous vouiez perdre par des moyens qui vous paraissent si bien concertés ; il faut qu'il vive et qu'il croisse, et qu'il fasse l'œuvre de son Père , pour lequel il est envoyé*. Quand vous aurez trompé les hommes, tromperez-vous Dieu? Votre jalousie ne fera que se tourmenter davantage , quand elle verra hors de ses mains celui qui l’effraye. Quecraignous-nous dans l’œuvre de Dieu? Les obstacles que nous suscitent les grands de la terre et leur fausse politique? Quand le monde sera plus fort que Dieu, nous devons tout craindre : tant que Dieu sera comme H est, le seul puissant^, nous n'avons qu’à marcher la tête levée.

Les niiges adoreot renfsnt, et loi (cMit leurs préseoU.

Après que les mages se furent soumis aux prêtres et aux docteurs , et so furent mis en chemin , selon leur précepte ; Céloile parait de nouveau, et les mène où était C enfant^. Fut-ce à l'étable ou à la crèche? J oseph et Mariey laissèrent-ils l'enfant ? et ne songèrent-ils point, ou bien ne purent-ils point pourvoir à un logement plus commode? Contentons-nous des paroles de l'Èvangile ; L’étoiie s'arrêta sur le lieu où était l’enfant. Sans doute, ou dans le lieu de sa naissance, ou auprès, puisque c’était là qu’on les avait adressés : et on doit croire que ce fut à Bethléem même, afin que ces pieux adorateurs vissent l’accomplissement de la prophé-

• Joan. xviit, M. — * Malth. ii, S. — * Luc. xjil, 3S. 3X — 4 Joan. tv, 34. — * /. Titn. vi, 16. — • MatiH. ii, 0.

lu

^':LKVA'rlo^s St U

lie qu'on leur avait enselmi^e. Quoiqu'il en soit : lis rador&f ut, et iui firent leurs présents*.

Faisons les nôtres à leur exemple» et que res présents soient magnifiques. I.es mages offrirent avec abondance» et de l'or, et les parfums les plus exquis, c'est-à-dire l'encens et la myrrhe.

Recevons l'inlerprclation des .saints docteurs, et que l'Église approuve. On lui donne de l'nr comme à un roi : l'encens honore sa divinité; et la mvrrhe son humanité et sa sépulture» parce que c'était le parfum dont on embaumait les morts.

L’or que nous devons offrir à Jésus-Christ, c’est un amour pur, une ardente cliarilé, qui est cet or appelé dan.s l'Apocalypse», C or purifié par te feu qu'il faut acheter de Jésus-Christ.

Comment esl-ee qu’on achète ramoiir? par famour même : en aimant on apprend à mieux aimer; en aimant le prochain» et en lui faisant du bien , on apprend à aimer Dieu : et c’est à ce prix qu’on achète son amour. Mais c'est lui qui commence en nous cet amour, qui va sans ce.sse s'épurant au feu des afflictions par la patience.

Jerous conseUle-t dit Jésiis-tilirisl, d'acticter de moi ret or^. Ohtenez-le par vos prières : n’épargnez aucun travail pour l'acquérir. Joignez-y l'encens. Qu'est-ce que l'encens du chrétien? L'encens r.st quelque chose qui s'exhale, qui n’a son effet qu'en se perdant. Exhalons-nous devant Dieu en pure perte de nous-mêmes; puisque celui qui pci'd €on d//iefa gagne Celui qui renonce a soi-même, celui qui s'oublie, qui se consume lui-mcme devant Dieu , est celui qui lui offre de l'encens. Épanchons nos cœurs devant lui; offrons-lui de saintes prières qui montent au ciel, tout eusemhie qui se dilatent dans l'air, et qui édifient toute l’Eglise. Disons avec David ; J'ai en moi mon oraUon au Dieu de ma fie*; j'ai en moi l'encens que je lui offrirai, et l'agréable parfum qui (M'mélrerajn.squ'àlui. Ce n'e.st rien, si nous n’y ajoutons encore la myrrhe; c’està-dire, un doux souvenir de la passion et de la .sépulture du .Sauveur : ensevelis acec lui, comme dit saint Paid®. Car sans sa mort il n'y a point d’oblation sainte; il n’y a point de vertu ni de bon exemple.

Après avoir offert ces présents à Dieu, croirons-nous être quittes envers lui? non, puisqu'au contraire, en lui donnant ce que nous lui devons, nous contractons une nouvelle delteT. .Vo«j vous donnons, disait David, parmi ces riches offrandes, ce que tvous avons reçu de votre main (Combien plus avons-nous reçu de sa main cet or de la charité ; cet encens intérieur de notre cœur épanché dans la prière; celte pieuse et tendre méditation de la passion et de la mort de Jésus-Clirisl ! Je le reconnais, ô Sauveur! plus je vous offre, plus je vous suis redevable : tout mon bien est à vous ; et, sans en avoir besoin, vous agréez ce que je vous

* U, II. — * dpor. lll. 18 - * D>>à. — * Valth.

XVI, as. Lut. xit, 33. — » /»». xu, 9. — * Ham. vi, ♦. —

♦ S. Aug. .Srnn. 29D, de nal. Apostat. Pttr. et Paul, n* 3. —

• parai. XXIX , U

Ll-:s MVSTKUKS.

donne , à cause que c’est vous-même qui me l'avet premièrement donné, et que rien n'est agréable A vos yeux , que ce qui porte votre, marque et qui vient de vous.

Mois que donnerons-nous encore à Jésus-Christ ? le mépris des biens de la terre. Que les mage.s sortirent contents de trouver le Roi des Juifs, qu'ils étaient venus chercher de si loin, que l’étoile, que ta prophétie leur avait montré ; de le trouver, disje, ou dans son étable, ou dans un lieu toujmirs pauvre, sans faste, sansappareil ! qu’ils reimimèrent contentsde l’usage qu'ils avaient fait de leurs richesses en les iui offrant! Offrons-lui tout dans ses pauvres : la partie que nou.s leur donnons de nos biens, est la seule qui nous demeure; et |>ar ceUe-là que nous quittons, nous devons apprendre à nous «légoiUer, à nous détacher de l'autre.

|j*^ m.igrs n-loiirncnt p.ar une auUg voli'.

• Après avoir adoré l'enfant, avertis en songe • par un oracle du ciel « de ne retourner plus à «Hérode, ils retournèrent en leur pays par un • autre chemin *. * .Ainsi fut trompée la politique d'IIérode : mais Dieu veut en même temps nous apprendre à corriger nos premières voies ; et après avoir connu Jésus-Christ, de ne marcher plus par le même chemin. Ne nous imaginons pas qu'un changement médiixere nous sufllse, pour changer les voies du monde dans les voies de Dieu, n Mes « pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne

■ sont pas vos voies, dit le Seigneur. ■ Et voyez quel en est l'éloignement : « Autant que le levant est m éloigné du couchant, autant mes pensées sont

■ éloignées de vos pensées, et mes voies de vos

■ voic.s ». » Ainsi, pour aller par une autre voie, pour (piitter la région des sens, et s’avaheer par les voies de Dieu , il faut être bien éloigné de soimême ; et la conversion n'est pos un |>etit ouvrage.

Nous avons , comme les mages , à retourner dans notre patrie. Notre patrie, comme la leur, est en Orient. C’est vers l'Orient que Dieu avait planté son pamdi.s : il nous y faut retourner. Dans quelle sainteté, dans quelle grAcc, dans quelle simplicité l'homme avait-il été caréél « Dieu l’avait « fait droit et simple , et il s'est lùi-même jeté dans « des disputes infinies*, Pourquoi tant contester contre Dieu ? « Crains Dieu, et observe scs cominan- > déments: c'est In tout riioinine L » Homme, ne dispute plus sur In nature de ton âme, sur les conditions de ta vie: craindre Dieu et lui obéir, c'est tout l’homme. Que cela est clair! que celte vote est droite! que cette doctrine est simple! On devait l'apercevoir d’abord , cl dès le premier regard sc jeter dans cette voie. Pourquoi tant de laborieuses recherches? c'est que l’homme, à qui Dieu avait d’abord montré son salut et sa vie dans son saint

• Matlh. Il .ta. — * ît. LV, s, P. — 3 Bcct. Vil, 30. — ' Ibid. XII, 13.

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ELEVATIONS SÜH LES MYSTÈRES.

rommandemeiit, sVst laissé trahir par ses sens; et ' la trompeuse beauté du fruit défendu a été le piège ' que l’ennemi lui a tendu : de la il s'est engagé dans un labyrinthe d’erreurs où il ne voit plus d’issue.

• Revenez .enfants d'Israël , à votre cœur ■ : •connaissez votre égarement; changez votre voie. .Si jusqu’ici vous avez cru vos sens , songez à présent qtie ■ le juste vit de la foi *, • Si jusqu'ici vous avez voiil» plaire aux hommes, et ménager une fausse gloire, songez maintenant à glorilicr Dieu, à qui seul la gloire appartient. Si jusqu’ici vous avez aimé ce qu’on appelle les aises et les plaisirs, accoutumez-vous à goûter dams les maladies, dans les contradictions, dans toutessorles d’incommodités, l’amertume qui vient troubler en vous la joie des sens, et y réveiller le goût de Dieu.

malédiction inévitable. Mais voiei que Jésus oi Marie venaient la piirilier, en subissant volonturement et t>our Texemple du monde» mie loi pénale» à laquelle Us n'étaient soumis qu’à cause que le secret de l’enfauteinent virginal n’était pas connu.

D.^ns cette purification les parents devaient offrir a Dieu un agneau; et s’ils étaient pauvres et Il Cil avaient pas le moyen, iis pouvaient offrir à la place "deux tourtereilcs, ou deux petits de colombe • pour être immolés, l’un en holocauste» et Taotre •• ( selon le rit du sacrifice ) ■ pour le péché *. • Kt voila ce que portait la loi de Moïse» à l’opprobre perpétuel des enfants d'.tdam et de toute sa race pcclieresse.

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