‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 141 sur 192 · Lue. xxni, 30. — *.V«AA. m, il · texte numérisé non relu

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KF.ÉV AXIONS SUn LES MYSTEHES.

terreur; s’il nous brûle p.ir la frayeur du feueler« nei et de l'itiiplaeable colère de Dieu, un iMptême lui est donné pour nous rafraîchir. Allons donc avec tout Jérusalem et avec toute la Judee, et avec tout le pays que le Jourdain arrose ; allons écouter le prédicateur de la pénitence, et recevons son baptême pour nous y consacrer. Car ce n'est pas ici un de ces faibles prédicateurs qui prcdient la péaiitence dans la mollesse : celui-ci la prêche dans le cilice, dans le jeûne, dans la retraite, dans la prière. Mais allons, en confessant nos péchés, non en général, ce que les plussuperbe:s ne refusent pas; mais confessons chacun en particulier nos fautes cachées, et commençons par celles qui nous humilient davantage. Prenons un confésseur comme Jean-Baptiste, sévère, mais sans être outré. Oir que dit-il aux pécheurs en général : « Que celui qui « a deux habits , en donne à celui qui n'en a pas : et

• que celui qui a de quoi manger en use de même'. • La colère de Dieu est pressante et redoutable : mais consolez-vous , puisque vous avez dans l'anradiie un moyen de l’éviter. Partagez vos biens avec las pauvres : il ne vous dit pas de tout quitter; c'est bien la un conseil |>our quelques-uns, mais non pas un commandement pour tous. Il ne nous accable donc pas par d'excessives rigueurs. Lt que dit-il aux publicains, ces gens de tout temps si odieux? les oblige-t-il à tout quitter? Non ; pourvu qu’ils • ne

• fassent rien au delà des ordres qu'ils ont reçus • Cor la puissance publique peut imposer des péages |X)ur le soutien de l’Êtat : il lui faut laisser arbitrer ce que demandent les besoins publies, cl s’en tenir à l’exécution sans vexer le peuple. Il ne dit non plus aux gens de guerre : Quittez l'épée, renoncez à vos emplois; mais : « Ne faites point de concussion : •» contentez-vous de voire soldeJ. » Le prince rendra compte à Dieu , et des tributs qu'il impose , et des guerres qu'il entreprend : mais scs ministres, qui , sans iri.spirer de mauvais conseils, ne font qu’exécuter les ordres publics, sont n couvert aux yeux de Dieu par l'autorité de Jean. Jésus viendra donner les conseils de perfeetion : Jean s'attache aux préceptes : et, sans prêcher aucun excès, il console tout le monde en ouvrant la porte du ciel aux emplois non-seulement les plus dangereux, mais encore les plus odieux, s'ils sont nécessaires, pourvu qu’on s’y renferme dans les règles.

Le baptême de lean , et eelui de J(*!(us.Clirist.

. Je vous baptise dans l'eau ; mais celui qui vient . après moi, vous baptisera dans le .Saint P^sprit

• et dans le feu t. • Ce que Jésus-Christ explique lui-mème è ses disciples, lorsqu'il leur dit eu innntaiil au ciel : . Jean vous adonné un baptême d'eau, . mais dans peu de Jours vous serez baptisés dans ■ lcSaint-Espril‘. • Saint Paul explique le baptême de Jean par ces paroles : • Jean-Baptiste a baptisé

■ Luc. III. II. — ■ I6U. IJ, 13. I JUJ. II. . iliàl. III, If. MallA. III, 11. ^ * dct. 1,6.

• le peuple du liaplèm.' de la pénitence, en l’avertis-

• saut de croire en celui qui devait venir après lui ;

• c'est-à-dire en Jésus". . Voilà donc deux différences des deux baptêmes : celui de Jean préparait la voie à Jésus-Cbrist , en inoiilrnnt que c'était en lui, et non pas en Jean, qu'il fallait croire pour avoir la réiiiission des pèches; et outre eela le baptême de Jean ne donnait ni le Saint-Esprit, ni la grâce, ni par elle le feu céliste de la charité, qui consume tous les péchés ; et cet effet était réservé au baptême de Jésus-Christ.

Quand saint Jean oppose l'eau de son baptême au feu de celui de Jésus-Christ; et quand Jésus-Christ explique liii-niême que ce baptême de feu et du Saint-Esprit, est celui dont les disciples furent inondes ou jour de la Peiitecîte ; on entend bien qu'il ne faut pas croire que le baplêrno de Jésus- Christ ne soit pas comme celui île Jean un baptême ; mais c'est que celui de Jean ne contenait qu'une eau simple , au lieu que l'eau que donnait Jésus était pleine du Saint-Esprit et d'un feu céleste; c'est-àdire de cc même feu du Saint -Esprit, dont le déluge s'épancha sur toute l'Eglise ilans le cénacle. C'est ce feu qui anime encore aujourd’hui l'eau du baptême, et qui faildirc.au .Sauveur, « qu'on n’a

• point lie part à sou royaume, si l’on no renaît de . l'eau etilii Saint-Esprit";, c'esl-à dire, dans Iclangage mystique, si l'on ne renaît de l'eau et du feu.

Voici doue la consolatum des chrétiens. L’eau du baptême de Jésus.Christ ii’e,st pas une eau vide et stérile : le Saint-Esprit l'anime et la rend féconde; en lavant le corps elle eiinammc le l œur : si mus ne sortez du baptême plein du feu céleste de l’amour de Dieu , cc n'i-st pas le baptême de Jésus-Christ que vous avez reçu. Im pénitence ehrétieiinc. qui n'est autre chose qu'un second baptême , doit être aoiiuee du même leu. . Celui à qui on re-

• met davantage, doit aussi , • dit le Sauveur', . ai-

• mer davantage .. Quand vous'n’avez qtieli-s larmes que la terreur fait répandre, ce n’esl encore que l'eau et le baptême de Jean. Quand vous commeneez à aimer Dieu , • eomnie l’aiileur et la source de toute

• Jusliec', . Jésuscommeneeàvousbaptiscrintérieurcineiit de sou feu; et son sacrement aclièvera l'ouvrage.

Vr ÉLÉVATION.

Quelle est la perfectloB de la péollence.

« Les chemins tortus seront redressés, et les ra- « boleux seront aplanis* : * ce sont les paroles d’fsaïe rai)porlécs par saint Luc. C’est-à-dire gu’il faut que le cœur souffre la violence, si sa pénitence est sincère; car on n’esl pas sans violence sous la bêche et sous le hoyau : il faut que le bois qu’on veut aplanir, gémisse longtemps sous le rabot : on ne réduit pas sans travail ies passions qu’on veut abattre, les habitudc-s qu’on veut corriger ; il vous faut, pour vous redresser, noii-seuiement une inxiiti

' XIX, (. — *-Jo0N. III, 5. — * /.!«*. %ll, 47.

' Cône. Trident. Stu. v|, de JmTtf. cap. «.-*/#. U., 4 . Lhc. III, S.

ferme, mais encore rude d'abord : à mesure qu'elle aranoera son ouvrage, son effort deviendra plus doux ; et à la fîn tout étant aplani , le rabot coulera comme de lui-méme, et n'aiirn plus qu'à dler de légères inégalités, que vous-méine vous serez ravi de voir disparaître, afin de demeurer tout uni sous la main de Dieu, et d'occuper la place qu'il vous donne dans son cdilice. I>cs grands combats sont au commencement; la douce inspiration de la cba> rite TOUS aplanira toutes choses, et c'est alors, comme dit saint Luc, que « ^ous verrez le salut > donné de Dieu. >

Avant que ce salut parût au monde, IsaTc avait prédit que la pénitence devait paraître dans toute sa vérité, dans toute sa régularité, dans toute sa force. Avait-elle Jamais mieux paru que dans la prédication de saint Jean-Baptiste? et la sévérité de la vie s'était-elle jamais mieux unie avec celle de la doctrine? Paraissez doue , il est teiiqis, divin S;iuveur : la voie vous est préparée par la prédication delà pénitence.

ScooDÜe préparation des Toie« du Seigneur, eu monlr.int au inoiHie Jésus-Ctiriat.

Souvenons-nous que la préparation des voies du Seigneur a été mise eu deu.x choses : dans la prédication de la pénitence, et dans la dt^îgnation de la personnede Jésus-Christ. Nous avons vu la première: l>OBson$ à la seconde.

Saint Jean annonce aux Juifs plusieurs choses de Jésus-Christ: la première, qu'il allait venir; la seconde, qu'il était déjà au milieu d'eux sans être connu; la troisième, qui U était , et quelle était sa puissance.

Pour expliquer ce troisième point, il fallait que Jean commeiu^ût à se dépriser lui -même : •» Je ne «suis pas, » disail-il *, ■ celui que vous croyez; il

• en vient un après moi , qui est plus puissant que « moi , et dont je ne suis pas digne de porter ni de « délier les souliers. >

Ce n'était pas assez de parler ain.M en géméral : il explique en quoi consistait cette prééminence de Jésus-Christ. U la fait consister premièrement dans son éternelle préexistence : • Celui, «dit-il J, « qui est

• venu après moi, a été mis devant moi , a été fait

• mon supérieur : • parce qu'il était devant moi de toute éternité. Il était, et ce qu'il était avant Jean de toute éternité, a été cause de l'avantage qu'il devait avoir sur lui dans le temps, et de ce qu'il a été fait son supérieur. La prééminence de Jésus-Christ consiste eu second lieu dans sa plénitude : « Il est « plein de grâcvt et de vcrité4 : > car tout est eu lui, et U est la source de la grâce : ainsi elle regorge de sa plénitude : la gr.ice se muitiplic en nous sans mesure. « Nous avons tous reru de sa plénitude , et

• grâce pour grâce ^ : * une grâce en attire une autre : la grâce de la prière attire celle de l'action :

• Luc. III, e. * Act. un , as. fiatth. m , 1 1 . JV<rrc. 1 , 7. kAfic. III, IA. Joan. I, 37. — * Joan. i, U, 34. — 4 Ibid. |4. — »Jà*d. 16.

la grâce de la patience attire celle de la consolation : la grâce qui nous reud Gdèles dans les moments, ollire colle de la persévérance : la grâce de cette vie attire adte de l'autre. > Motseadoimé la loi',» qui était stérile , et ne consistait qu’en figures; propre à nousdedarer pédieurs, et nou pas à nous justifier; propre à nous montrer le chemin , mais non pas à nous y conduire, ni à nous y faire entrer : « par Jésus-Clirist est venue la grâce • qui nous fait agir; ■ et la vérité, » au lieu des ombres. Knlin le dernier trait de prééminence en Jésus-Clirist , c'est qu'il est « le Fils et le Fils unique, et le Fils « toujours dansle sein de son Père*, «^qui fait que In connaiss^mee de Dieu se va augmenter, puisque c'est celui qui est dans son sein, qui nous en révélera le secret : « Jamais personne n'a vu « Dieu : mais son Fils unique » va nous • dé- « couvrir le secret du sein paternel : » en sorte « qu’en le voyant, • nous » verrons son Père • Faut-il donc s’étonner, si Jean ne se reconnaît |xis digne de lui délier ses souliers? Si Jésus-Christ n'était qu'une créature, Jean en aur.iit-il parlé ainsi? Qui jamais a ainsip.irlé, ou d'Klie, un si grand prophète, ou de Salomon, nu de David, de si grands rois, ou de Moïse lui-mémc? .\ussi n’élaienl-i^ tous que des serviteurs ; mais Jésus^ Christ est le FiUunique^. S'il estétcrndlement dans le sein du Père, il ne peut pas être d'une nature inférieure ou dégénérante : autrement il avilirait, pourainsi parier, le sein où il demeure. Abaissonsnous donc à ses pieds : c'est le seul moyen de nous élever. Jean s'abaisse jusqu’à se juger indigne de déchausser son souver.iln : et Jésus pour le relever viendra bientôt recevoir de lui le b.aptéme : et cette main qui se juge Indigne de toucher les pieds de Jésus, C5/ é/crée, dit saint Chrrsostdme*, au haut de sa tf te ^ ]H)ur verser dessus l'eau bQptis^ mate.

Prcmhrn; manlCrtr de maiiifp,slpr Jt-siu-Christ, avant que de l’avoir TU.

Dieu avait déteniiinéà saint Jean-Baptiste deux temps où il devait faire connaître le Sauveur, dont le premier était avant que de Pavoir vu. Quelle merveille ! Un artisan encore dans la boutique , et I gagnant sa vie, est le sujet des prédications d’un prophète, plus que prophète, et si révéré, qu’on le prenait pour le Christ. C'était de cet homme dans la boutique, que saint Jean disait : //y a un homme au milieu de vous que vous ne connaissez pas , et dont je ne suis pas digne de toucher les pieds Il est plus grand que Moïse : il donne la grâce, quand Moïse ne donne que la loi : il est devant tous les siècles le Fils unique de Dieu , et dans le sein de son Père : nous n'avons de grâce que par lui : cependant vous ne le connaissez pas , quoiqu'il soit au milieu de vous. Dans quelle attente de si hauts

• Joan. 1,17.— » Ibid. 18. — > Ibid. XIV, ». — * Ihb. lu , 5, 6. — 4 ChrysoKt, Uom. i/u/lA

••6. — •Joan. 1,36,27.

ÉLÉVATIONS SUB LES MYSTÈRES

discours deraient-ils tenir le inonde , et quelle préparation des voies du Seigneur! On s’accoutumait à entendre nommer le Fils unique de Dieu , qui venaiten annoncer les secrets : mais , quoi I c'était de ce charpentier qu'on parlait ainsi. Qu'est-ce après cela que la gloire humaine ? qu'est-ce devant Dieu que la différence des conditions ? Jean ne l'avait jamais vu , et ne le connaît peut-être que par l’impression qu’il en avait ressentie au sein de sa mère; elle se continuait, et il éprouvait que le Fils de Dieu était au monde par les efiets qu’il faisait sur lui. Aussi confessait-il , que nous recevons tous de sa pUnUtsde * ; et il sentait que c'était de là que lui venait à lui-méme cette abondance de grâce. Mais il se prépare de plus grands mystères: Jésus va paraître au monde ; et le premier qu’il va visiter, c'est Jean-Baptiste : et si ce ,saint précurseur l'a si bien fait connaître avant que de l'avoir vu, quelles merveilles nous paraîtront quand ils seront en présence I

XXn* SEMAINE.

LE UPTiHB DE JÉSUS.

PRE»nÈRïr ÉLÉVA’nON.

Premier abord de J4mu et de aalnt Jeui.

Pendant que saint Jean-Baptiste faisait retentir les rives du Jourdain, et toute laoontrée d’alentour, de la prédication de la pénitence, et qu'on accourait detouscdtéssàson baptême, où il en faisait attendre un autre plus efficace de la part du Sauveur qu'il an« nonçait : le Sauveur vint fût-même de GoUUe pour être baptisé de la main de Jean *.

Ce fut donc alors qu'arriva ce que Jean raconte ailleurs aux Juifs iJenele connaissais Il parle manifestement du temps qui avait précédé le baptême de Jésus-Christ : car il l’avait trop connu dans son baptême, et par des marques trop éclatantes , pour en perdre jamais l'idée. Mais ce fut lorsqu'il l’aborda la première fols que saint Jean-Baptiste pouvait dire : Je ne le connaissais pas, mais je suis venu donnant le baptême (feau, afin qu'il fût manifesté en Israël Car, outre qu'en baptisant le peuple Jean annonçait, comme on a vu, un meilleur baptême, il devait encore arriver que Jésus- Christ, en se présentant au baptême avec les autres, serait distingué par la manifestation que nous allons voir. Ce fut donc alors que Jean rendit ce témoignage : fai vu le Saint-Esprit descendant du ciel, comme une colombe, et demew‘ant sur lui ; et je ne le connaissais pas : mais celiU qui m'a envoyé baptiser dans Peau , m'a dit : Celui sur qui vous verrez descendre le Saint-Esprit et de-

* Joen. 1, U. — • MattA. ri, II. — 3 Jmm. i, SI. Ibid.

meurer sur lui, c’est celui qui baptise dans le Smnt-Esprit. Et je l'ai vu ; et je Itd rends ce témoignage, que c’est le FUs de Dieu',

Ainsi le ^int-Esprit descendu du ciel, et se reposant sur Jésus-Christ , devait être la marque pour le reconnaître. Cette marque fut donnée à tout le peuple au baptême de Jésus-Clirist : mais saint Jean, qui était l’ami de l’époux , la vit avant tous les autres; et reconnaissant Jésus-Glirist dont il se trouvait indigne de toucher les pieds , il ne voulait pas te baptiser*.

Un des caractères de saint Jean c’est rhumilité, qui paraît dans toutes ses actions et dans toutes ses paroles : mais Jésus le devait surpasser en cette vertu comme en tout le reste, et on ne peut voir sans étonnement, que sa première sortie soit pour se faire baptiser par son serviteur. Et nous rougissons de la pénitence , pendant que Jésus , l'innocence même , se va initier à ce mystère , et ne sort de l’obscurité de son travail méi^aoique, que pour se mettre par le baptême , ne eraigeons point de le dire , au rang des pécheurs !

lU ÉLÉVATION.

JéBiu-Chrbl commande b saint Jean de le baptlaer.

Jfsus-Christ venant au baptême avec tout le reste du peuple, « Jean l'en empêchait, lui disant : C'est « vous qui inedevez baptiser, et vous venez à moi ^ ! « Ce qu'on ressent à cette parole d’humilité etd*é< toniiement est inexplicable. Répétons-la avoc componction : « Kt vous venez à moi î • et vous venez me soumettre cette^ête sur laquelle je vois le Saint- Esprit reposé! Non, non : donnez-moi vos pieds, dont encore je ne suis pas digne; et puisque c’est au baptême de votre sang que je dois tout , laissezmoi vous reconnaître. Mais Jésus lui dit : « Laissez- « moi faire maintenant; car il faut qu’en cette sor* « te nous accomplissions toute justice*. * L’ordre du ciel le demande , et la bienséance le veut : « Decet; il est à propos ; • U est bienséant.

C'était donc l’ordre d'en haut , que Jésus , la vio. time du péché , et qui devait l'dter en le portant , se mît volontairement au rang des pécheurs : c'est làcettejusticequ’il lui fallait accomplir. Et comme Jean en cela lui devait obéissance , le Fils de Dieu la devait aux ordres de son Père. « Alors Jean ne « lui résista plus ^ ; » et ainsi toute la justice fut accomplie dans une entière soumission aux ordres de Dieu.

Accomplissons aussi toute justice : ne laissons rien échapper des ordres de Dieu : allons à la suite de Jésus nous dévouer à la pénitence : souvenonsnous de notre baptême, qui nous y a consacrés ; et puisqu’en effaçant le péché il n'en éteint pas les désirs, préparons-nous à un combat éternel , eotronsen lice avec le démon , et ne craignons rien, puisque Jésus-Clirist est à notre tête.

< Joait. I.as.ss, S4. — > MaUk. m, 14. — * jMi. U, 14. — • ifrirf. I&. — * Ibid. 10.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

m* ÉLÉVATION.

7ékO»-ChrUt est plongé dons le Jourdsio.

Jésus-Christ est donc caché dans les eaux « et sa tête 5 est plongée sous la mnin de Jean. Il porte l’état du pécheur; il ne paraît plus; le pécheur doit être noyé ; et c’est pour lui qu’étaient faites les eaux du déluge. Mais si les eaux montrent la justice divine par cette vertu ravageante et abîmante, elles ontuneaulre vertu ; et c'est cellede purifier et de laver. Le déluge lava le monde, et les eaux purifièrent et sauvèrent les restesdu genre humain. Jésus-Christ plongé dans les eaux leur inspire une nouvelle vertu, qui est celle de laver les âmes. L’eau du baptême est un sépulcre, ■ où nous sommes

• jetés ■ tout vivants « avec » Jésus-Christ ; • mais ■ f>ouryressusciteraveciui Entrons :subissonsla mort que notre péché mérite; mais n'y demeurons pas puisque Jésus-Christ l'a expié en se baptisant pour nous ; sortons de ce mystique tombeau , et ressuscitons avec le Sauveur pour ne mourir plus.

N'oublions Jamais notre baptême , où ensevelis dans les eaux nous devions périr; mais au contraire, nous en sortons purs comme du sein d’une nouvelle mère. Toutes les fois que nous retombons dans le péché, nous nous noyons, nous nous abîmons ; toutes les fois que, par le recours à la pénitence, nous rcsluscitons notre baptême , nous commençons de nouveau à ne pécher plus. Où retournez-vous , malheureux ? ne vous lavez-vous que pour vous souiller davantage? La miséricorde d’un Dieu qui pardonne vous sera-t-elle un scandale ? et perdrezvous la crainte d'offenser Dieu , à cause qu’il est bon ? Quoique la pénitence soit laborieuse, et qu'on ne revienne pas à la sainteté perdue avec la même . facilité qu’on l'a reçue la première fois; néanmoins les rigueurs mêmes de la pénitence sont pleines de douceur. Ces rigueurs tiennent encore plus de la précaution que de la punition. Faitesdonc pénitence de bonne foi ; et songez qu'en vous soumettant aux clefs de l'Église, vous vous soumettez en même temps à toutes les précautions qu’ou vous prescrira pour votre salut. .

ManlfnUUoo de Jêsiu-ChrUL

Vraiment il est réritable tpie • celui qui s’hu-

• milie sera eialté'. > Jean s'humilie, et un Dieu l’eialteen le faisant, pourainsidire.sou consécrateur pour se dévouer sous sa main à la pénitence. Mais Jésus s’humilie beaucoup davaiitaKC, puisqu’il se met aux pieds de Jean, plus que Jean ne voulait être au-dessous des siens , et qu’il le choisit pour le baptiser. Il est donc temps , à Père éternel , que TOUS glorifiiez votre Fils ? Et voilà que • Jésus

• s'élevant de l’eau , où . il s’était enseveli, . le « ciel s’ouvre : le Saint-Esprit , » qui n’avait encore été vu que de Jean-Baptiste , « descend publi- « quement sur le Sauveur, sous la figure d’une

> Rom. VI, s, J, 4. C0I0U.U, IS. - ■ Jfa/M. liiii, 11.

« colombe, cl se repose sur lui'. . En même temps une vois part d’en haut comme un tonnerre;, et on enUndit ces mots hautement et distincteméni ; ■ Celui-ci est mon Fils liien-aimé en qui je me plais. - Cest par là qu’était désigné le Fils unique : . Cest

• mon serviteur, .disait Isaïe •; . c’est celui que «J’ai choisi, et en qui mon âme se plaît. • Mais ce serviteur est en même temps le Fils unique , à qui il est dit : . Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré . aujourd hui ; . et encore : . Je vous ai engendré

• de mon sein devant l’aurore^. . Maiseequi était séparé dans la prophétie, se réunit aujourd’hui dans la dwlaration du Père céleste : . Celui-ci est

• mon Fils bien-aimé en qui je me plais Je m’v plais uniquement , comme dans celui qui est mon unique; je me plais dans ses membres qu’il a choisis , parce que je me plais en lui ; et je n’aime plus rien sur la terre que dans cet unique objet de ma complaisance.

Il noua vaut mieux d’élte aimés de celte sorte , que si nous l’étions en nous-mêmes, puisque, quelque vertueux que nous puissious être , nos mérites bornés ne nous attireraient jamais du côté de Dieu qu’un amour fini : mais Dieu nous regardait eu Jésus-Christ ; l’amour qu’il a pour son Fils s’étend sur nous, ainsi que le Fils le dit lui-méme: • Mon

• Père, je suis en eux, et vous en moi; ... afin que

• l’amour que vous avez pour moi soit en eux , ainsi . que je suis-moi-même en eux

V» ÉLÉVATIO.N.

U muiraUUon de la Trinité : et la conaéenlloo de notre Iwpléme.

Le Père célestea paru sur la montagne où Jésus- Qirist s’est transfiguré ; mais le Saint- Esprit ne s’y montra pas : le Saint-Esprit a paru dans celle où il descendit en forme de langue ; mais on n’y vit pas le Père ; partout ailleurs le Fils paraît , mais seul : .au liaptêmede Jésus-Christ, qui donne naissance au notre , où la Trinité devait être invoquée , le Père paraît dans la voix , le Fils en sa chair , le Saint- Esprit comme une colombe. Les eaux sont sanctifiées par celte présence : en la personne de Jésus- Christ toutcl’Église est baptisée , et le nouvel Adam consacré dans ses trois puissances où consiste l’im.ige de Dieu; ou, si l'on veut, dans ses trois actes principaux , la mémoire, l’intelligence et l’amour. La mémoire ou le souvenir est comme un trésor, la source et le réservoir des pensées : l’intelligence est la pensée intellectuelle elle-même : l’amour est l’union de notre âme avec la vérité qui est son objet. I.a vérité, c’est Dieu même. Disons avec le prophète: • Je me suis souvenu de Dieu,

• et j’en ai été dans la joie ®. • Ne nous contentons pas de nous souvenir de ce que Dieu nous a déjà mis dans l’esprit ; si par la foi il nous fait venir à l’intelligence qui en est le fruit , et qu’il daigne ouvrir nos yeux spirituels pour pénétrer ses mystères, suivons cette impression , et épanchons-nous eu

• HaUh. III, 1», 17. — >/». Xlri, I. — ■ Pi. li,7;ai,S.

— • Mollk. III , 17. - ‘ Joao XVII, X3, ». — • JV. UITI . S.

ÉLÉVATIONS SUR LKS MYSTÈRES

ammir rt actions de ffrflccs. • J’eiilrcrai dans le - sanctuaire du Seigneur; »dans mon intérieur, (|ui est son temple :-ODieu!jc me souviendrai <t de votre seule justice • ! ■ Recevez toutes les pensées qui seront le fruit de ce souvenir. Que votre justice et votre vérité reluisent partout. Que j'aime votre justice, et que je vous serve avec un chaste amour; c’est-à-dire, non par la crainte de la peine, mais par l’amour de votre justice. Père, je vous consacre tout mon souvenir : Fils , je vous consacre toute ma pensée : Esprit saint , tout mon amour se repose en vous : donnez-moi le feu de la charité; et que ce soit là le feu dans lequel Je serai baptisé par la grâce de Jésus-Christ.

la (;en('«logie de Jésu»-Chri*t, par wlnl Luc.

Il y en a qui prélendentqu a l’âge d’environ trente ans, avant que de commencer le ministère public d’enseigner le peuple , on était obligé de donner sa généalogie , cl de la consigner dans le temple ; et que c’est ne qui a donné lieu à saint Luc marquant l’âge de notre Seigneur, de rapporter en même temps sa généalogie à l’endroit de son bapléine : par où il se disposait à commencer son ministère. Quoi qu’il en ioit , il faut toujours se souvenir qu’il n’était (Ils de Joseph qu’en apparence, ut putabatur, comme le remarque saint Luc»; et que de tous les côtés, en quelque sorte qu’on prît sa généalogie, ou selon la nature, ou selon la loi, il était toujours fils de David. Que s'il est vrai qu’il fallût ainsi rapporter sa race pour être admis au ministère d’enseigner; que ce soit un témoignage pour les Juifs, mais non pas une loi pour les chrétiens, qui ne comptent point d’autre race, ni d'autre naissance que celle du baptême , où ils sont tout d’un coup enfants de Dieu. Jcsus-Chrisla montré sa race pour lui et pour nous; il fallait qu’il vint de David, d’Abraliain et du pwiple saint’: mais nous qui sommes sortis de la gentiiité, nous héritons des promesses , comme l’apôtre nousenseigne^, et sommes enfants d’Abraliam et de David par Jésus-Clirist, à qui nous nous sommes incorporés par la foi.

XXIir SEMAINE.

LE JBUlfB BT LA TENTATION DB JBSUS-CHBIST.

PREMIÈRE ÉLÉVATION

J«'%us |)ou&&ê au d»»ert en sortant du baptême.

Jésus, » plein du .Saint-Esprit » qui s’était reposé sur lui sous la figure sensible d'une colombe ,

' Pj. u*. la. — » Luc. III, 2&. — ’ Rof». *u, b. Cul. IM,

" quitta le Jourdain, etfutpou.ssé par l’esprit dant « le désert » C’est-à-dire que tout en sortant du baptême, plein de l’esprit du gémissement, il alla, colombe innocente , commencer sou jeûne , et pleurer nos Incités dans la solitude. Selon saint Mattlûeu , • il y fut conduit par l’esprit * ; » selon saint Marc, « il y fut Jeté, emporté, chassé^; » selon saint Luo, « il y fut poussé. • Quoi qu'il en soit, nous voyons que par le baptême nous sommes séparés du monde, et consacrés au jeûne ou à fabstinencc,età combattre la tentation. Car c’est ce qui arriva au .Sauveur du monde aussitôt après son baptême.

vie clirétienne est une retraite : « Nous ne « sommes plus du monde, comme ■ Jésus-Christ « n’est pas du monde 4. « Qu’est-ce que le monde.’ si ce n’est, comme dit saint Jean : « concupiscence « de la chair • sensualité, corruption dans ses désirs et dans ses œuvres; ou « concupiscence des yeux, ■ curiosité, avarice, illusion, fascination, erreur, et folie dans l'affectation de la science; et enûn, orgueil vl ambition. A ces maux dont le momie est plein, et qui en fait comme la substance,

U faut opposer la retraite, et nous faire comme un désert par un saint dêtacliement de notre cœur.

La vie chrétiemie est un combat : le démon à qui une âmeédvappe, • prend sept esprits plus mauvais

• que lui^, » pour nous tenter avec de nouveaux efforts; et il ne faut jamais cesser de le combattre.

Danscccombat,saintraul nousapprend« une»

éternelle « abstinence; » c'est-à-dire qu’il faut nous sevrer du plaisir des sens , et n'y jamais attacher son cœur. « Car celui qui entre en lice dans le com- « bat de la lutte, s’abstient de tout; il lefaitpourune « couronne qui se fane et se flétrit en un instant :

• mais celle que nous voulons emporter est éter- . « nt*lle7. »

C’est pour réparer et expier les défauts de notre retraite, de nos combats contre les tentations, de notre abstinence, que Jésus-Christ est poussé dans le désert : son jeûne de quarante jours figure celui de toute la vie, que nous devons pratiquer en nous abstenant des mauvaises œuvres, et contenant nos désirs dans les bornes de la loi de Dieu. Ce doit être là le premier effet du jeûne de Jésus-Christ. S’il nous appelle plus haut, et qu'il nous attire, non pas simplement au renoncement par le cœur, mais encore à un délaissement effectif du monde, heureux d'aller jeûner avec Jésus-Christ, faisons notre félicité de sondé-sertî

Ile ÉLÉVATION.

La quaranlalne de J^ua-CiirUt, wIoq «aiot Mâro.

L’évangcHste saint Marc, le plus divin de tous les abréviateurs, abrège en ces termes l’évangile de saint Matthieu : » Il fut dans le désert quarante « jours et quarante nuits ; et ilétiil tenté du diable ; « et il était avec tes bêles; elles anges le servaient*. »

» Lue. IV, I. — • Matth. ir, I. — > Marc, i, iî. — *Jaam. XviH, n. — * i. Joan. il, 10. — • .Vatth. xii, 4S, — ’ /. CVr. IX, ai, âa. — • Marc. |, 13.

K1ÆVATI0NS SUR LES MYSTER^XS.

0«i Ton voit on mi?mc temps, comme dans un tableau , JésuS'Christ seul dans le désert ; où le dia* ble est son tentateur, les b^tes sa compagnie, et les anges ses ministres.

Pourquoi Jésus avec les bétos, et quelles compagnes lui donne-t-on dans le désert? Fuyez les bonimus, disait cette voix à im ancien solitaire. Les bétes sont demeurées dans leur état naturel , et, pour ainsi parler, dans leur innocence; mais parmi les bomines tout s’esl perverti par le péché. • Toute

• chair a corrompu ses voies •. » On ne trouve parini les hommes que dissimulation, infidélité, amitié intéressée, commerce de flatteries pour s’amuser les uns les autres , mensonges , secrètes envies avec l’ostentation d'une trompeuse bienveillance, inconstance , injustice et corruption. Fuyons du moins en esprit; lesbétes nous seront meilleures que la conversation des liommes du monde.

Nous serons exposés à la tentation avec Jésus- Christ notre modèle, mais comme lui nous aurons aussi les anges pour ministres. A la lettre, ils viennent servir le .Sauveur dans le besoin où il voulut être après un si long jeûne ; mais en même tem])s nous devons nous souvenir qu’ils sont « t^prits adinmis- « trateurs pour ceux qui sont appelés au salut *; « et qu’en riionneur du Sauveur ils se rendent les ministres de ceux qui jeûnent avec lui dans le désert, qui aiment la prière et la retraite, et qui vivent dans l’abstinence de ce qui contente la nature, n’y donnant jamais leur coeur.

nie ÉLÉVATION.

Les ln>U tenlationii, cl le moyen de les valocre.

« Après qu'il eut jeûné quarante jours et quarante « nuits, il eut faim * ; » car il avait bien voulu sc soumettre à cette nécessité. Étant donc pressé de la faim, selon la faiblesse de la chair qu'il avaitpri.se, le diable profita de cette occasion pour le tenter :

• Si vous êtes le Fils de Dieu, ordonnez que ces « pierres se changent en pain; « ou, comme l'exprime saint Luc : « Dites à cette pierre qu’elle se change

• en pain <. » Étrange tentation, de vouloir persuader au Sauveur, qu’il se montrât le Fils de Dieu, et fit preuve de sa puissance, pour satisfaire aux goûts et aux besoins de la chair. F.ntenduns que c'est là aussi le premier appât du monde : il nous attaque par les sens, il étudie les dispositions de nos corps, et nous fait tomber dans ce piège. Telle e»t donc la première tentation , qui est celle de la sensualité.

I.a seconde tentation , ainsi qu’elle est rapportée par saint Matthieu, est d’enlever Jésus-Christ dans la cité sainte , et le mettre sur le haut du temple , en lui disant ; ■ Si vous êtes le Fils de Dieu , jelez- « vousenbas;caril est écrit : Que les anges ont reçu « un ordre de Dieu pour vous garder dans toutes vos

• voies: ils vous porteront dans leurs mains, de |>eur « que vos pieds ne se heurtent contre une pierre*. *

» n<*B. vi,M. — * Heb. I, li. — » IV, 2, 3, -

‘ f.uc IV, 3. — ‘ Matth. IV, 6, «.

Nous éprouvons cette tentation, lorsque, séduits par nos sens, sans craindre notre faiblesse, nous nous jetons, comme dans un pré(‘ipice, dans l'occasioii du péché, sous l’es|iérance téméraire d’un secours extraordinaire et miraculeux. C’est ce qui arrive à tous les pécheurs, lorsqu’ils méprisent les précautions qui font éviter les périls où l’on a souvent succombé : ce qui est tenter Dieu de la manière la plus insolente.

La troisième tentation vient directement flatter l’orgueil. Le démon nous élève sur une montagne, d'où il nous découvre tous les empires du monde , qu’il promet de nous donner, si nous l’adorons'. Voilà comme il flatte la sensualité, la témérité et l’ambition : et voyez comme il sait prendre son temps : il attaque par le manger celui qui est comme épuisé par mi si long jeûne; il porte à une téméraire confiance en Dieu, celui qui vient de le contenter par le sacrifice d'un jeûne si agréable :«t, dans une preuve de vertu si donnante, il lente, par l'ambition de commander à tout le monde, celui qui , se commandant si hautement à lui-méme , mérite devoir le monde entier à ses pieds, et gouverné par scs ordres.

Telles sont • les profondeurs de Satan ». ■ Que ■ j’ai peur, » dit le saint apôtre*, qu'il ne nous déçoive par ses finesses,* ainsi qu'il a séduit Éve! • Et encore * : « Ne nous laissons poiut tromper par « Satan : car nous n'ignorons point ses pensées, ses « adresses , ses artifices • ; comme il sait prendre le temps , et se prévaloir, de notre faiblesse.

Nous navons à lui opposer que la parole de Dieu. A chaque tentation Jésus-Christ oppose autant de sentences de l'Écriture. T.isons-t:i nuit et jour : passons notre vie à méditer la loi de Dieu : c'est le moyen d'opposer sa parole à notre ennemi , et de le renvoyer confus.

IVo ÉLÉVATION.

Qui'J rcmed« 1! faut opposer à cli.iquf lenl.ilion.

On oppose à la tentation des remèdes ou particuliers ou généraux.

Les remèdes généraux sont le jeûne, la prière, U lecture, la retraite, où est renfermé le soin d’éviter les occasions : à quoi on peut ajouter l'oceupation et le travail.

Pour bien comprendre les remèdes partieuliert, allons à l'école du Fils de Dieu , et voyons ce qu'il pratique.

A la tentation de la sensualité , et en particulier à celle de la faim, il oppose, qu'on ne vit pas seulement du pain; que Dieu a envoyé la manne à son peuple pour le soutenir dans le désert; qu’il n'y a donc qu'à s'ai>andonner à sa providence paternelle; qu’il nourrit tous les animaux, jusqu'aux corbeaux , jusqu'aux serpents, et jusqu'à un ver de terre, sans qu'ils sèment, ni qu’ils labourent : qu'il ne faut point désirer le plaisir des sens : que sa parole , que sa vô-

* Vallh. IV, 8. — * .4poc U, at. — ’ 4f. Car. XI, 1. — * Ibid. II. II.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

ritè est le vériuble soutien et le nourrissant plaisir des âmes. Et tout cela est compris dans cette parole de rEeriture citée à cette occasion par le Sauveur : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais en* « eore de toute parole, » ou de toute cliose « qui « sort de la bouche de Dieu ' . •

A la seconde tentation Jésus*Christ oppose ces mots: « Tu ne tenteras pointieSeifineur ton Dieu*. > Celui qui entreprend des choses trop hautes , que Dieu ne lui ordonne, ni ne lui conseille, sous prétexte qu'il fera en sa faveur quelque chose d’extraordinaire qu'il n'a |K)int promis , tentele Seigneur son Dieu. Il tente encore le Seigneur son Dieu lorsqu'il veut entendre par un effort de son esprit ses inaccessibles mystères, sons songer que • celui qui en-

• treprend de sonder la majesté sera opprimé par sa

• gloire^. » Ceux-là donc tentent le Seigneur leur Dieu , et n'écoutent pas ce précepte : « Ne cherchez « point des choses plus hautes que vousC » Celui aussi qui entreprend de grands ouvrages dans l'ordre de Dieu , niais le fait sans y employer des forces et une diligence proportionnée , tente Dieu manifestement, et attend de lui un secours qu'il n'a point promis. Il en est de même de celui qui se jette volontairement dans te péril qu'il peut éviter : car s'il le peut, U le doit, et non par une téméraire confiance liasarder volontairement son salut. Celui qui dit par le sentiment d'un faux repos : Je m’abandonne à la volonté de Dieu . et je n'ai qu'à le laisser faire : au lieu d'agir avec Dieu et de faire de pieux efforts, flatte la mollesse, entretient la nonchalance, et tente le Seigneur son Dieu, qui veut que nous soyons coopérateurs de sa sagesse et de sa puissance. Dites donc, en faisant ce que vous pouvez de votre cdlé, comme il l’ordonne : Je me repose sur Dieu, je le laisse faire : car alors on ne songe qu’à se tirer du trouble, de ragitation, de l'inquiétude : autrement vous tentez Dieu, et vous vous jetez à terre du haut du pinacle, dans re.<:pérance de trouver entre deux les mains des anges.

Pourquoi opposer à la tentation de l'ambition ces paroles : • Tu adoreras le Seigneur ton Dieu , et le

• serviras seul ^ » Les hommes ambitieux s’adorent eox-mémes : ils se croient les seuls dignes de commander aux hommes, et de remplir les grandes places : ils ont une merveilleuse complaisance pour les conseils qu'ils ont imaginés pour y parvenir ; ils le mettent au-dessus de tous les hommes, dont iis croient faire des instruments de leur vanité : tous ceux-là s'adorent eux-mémes , et veulent que les autres les adorent Ceux qui s’imaginent avoir ce que le monde appelle esprit supérieur; qui, ravis de la prétendue supériorité de leiirgénie à manier les hommes et les an*aires , croient s'élever au-dessu.s de tout le genre humain , s'adorent eux-mémes , et , se croyant les artisans de leur grandeur, les fabricateurs de leur fortune , les auteurs de leurs beaux talents , de leur habileté , de leur éloquence , ils disent :

• Notre langue est de nous ; « et nous nous sommes

« VcIlA. IT, 4. — * Ihiâ. 7. fytut. ni , iS. — » Prar. xxv, r; — < Ecrti, Ml. 22, — * rv, 10. DfHt, V|, 13. i, JO.

faits Dous-mémes : « qui est au-dessus de nous*? »

En s'adorant eux-mémes, et en adorant leur propre orgueil. Us adorent en quelque sorte le diable (|ui Ta inspiré. Car le propre de ce superbe esprit , est d'avoir voulu s’égaler à Dieu, et s’adorer luiméme; et il règne sur ceux qu'il attire dans ses sentiments et dans ses révoltes.

Pourquoi Jésus-Ciirist ne dit-il rien à la vanterie du démon , qui se glorifie « d'avoir tous les empires « en sa puissance, et de les distribuer à qui il lui plaît, «avec toute la gloire qui y est attachée >.’• Il est vrai qu'en un certain sens il est le maître de l'univers, par le péché qu'il y a introduit , par le règne de l’idoiàtrie, qui était comme universel. Il est vrai encore qu’en remuant les passions et l'ambition des hommes, il donne des fondements à la plupart des conquêtes et de.s empires qui en ont étéTouvrage : il n’est pas vrai toutefois qu'il doune les empires ; parce que ces violentes passions des hommes n'ont que l’effet que Dieu veut, et que c'est lui qui donne la victoire. Mais Jésus-Christ le laisse se repaître de sa faussegloire ; et, content d'apprendre aux hommes à adorer Dieu, il leur apprend à la fols que par là ils renverseront le superbe empire du démon , déjà prêt à tomber à terre.

De U pnlnaoee du démoo sur le genre humln.

Quand Dieu créa les purs esprits, autant qu’il leur donna de part à son intelligence , autant leur en dunna-t-il à son pouvoir : et en les soumettant à sa volonté, il voulut, pour l'ordre du monde, que les natures corporelles et inférieures fussent soumises à la leur, selon les bornes qu'il avait prescrites. Ainsi le monde sensible fut assujetti à sa manière au monde spirituel et intellectuel : et Dieu Qt ce pacte avec la nature corporelle, qu’elle serait mue à (a volonté des anges , autant que la volonté des anges , en cela conforme à celle de Dieu , la déterminerait à certains effets.

Concevons donc que Dieu, moteur souverain de toute la nature corporelle , ou la meut , ou la contient dans une certaine Rendue , à la volonté de ses anges. Parmi les esprits bienlieureux il y en a qui sont appelés des vertus , dont il est écrit : • Anges du Sei- • gneur, bénissez le Seigneur, bénissez le Seigneur, vousfqu'il appelle) « ses vertus ou sespnissances^* Et encore : • Anges du Seigneur, louez le Seigneur : « Vertus du Seigneur, louez le Seigneur » Cest peut-être de ces vertus ou de ces puissances qu'il est écrit : « Dieu sous qui se courbent ceux qui portent « le monde » Et, quoi qu'il en soit, nous voyons dans toutes ce.s parolea une espèce de présidence de la nature spirituelle sur la corporelle.

Combien la force des anges prévaut a celle des hommes et des animaux , et quelle domination elle est capable d’exercer sur eux sous l'ordre de Dieu , il l'a lui-même déclaré par le carnage effroyable que

* Pt. XI, 5. — • Lhc. !▼, 6. — * p$. at^ », IJ. «

III, &fi, ei. Pt. CSLTIII, 2. — *Jnb. Ift, ra.

ÉI.ÊV AXIONS SUR

fit un seul ange dans toute rf:gypte,dont il fil mou« rlr tous les premiers-nés, autant parmi les animaux que parmi les hommes ' ; et encore par celui qui se fit si promptement dans Tarmée deSennacIicrib, qui assiérait Jérusalem

On pourrait pourtant demander si Dieu conserve le même pouvoir aux anges déserteurset condamnés ; mais saint Paul a décidé la question, lorsque pour exciter Ica fidèles à résister vigoureusement à la tentation , il les avertit que « uous n’avons pas à lutter « contre la chairet le sang, mais contre des princes « et des puissances , • qu'il appelle encore , à cause de leur origine, dés vertus des c/eux^, après mémo qu’ilsen ont été précipités : pour nous montrer qu’ils conservent encore dans leur supplice la puissance comme le nom qu’ils avaient par leur nature. Et il ne faut pas s’en étonner, puisque Dieu , qui les pouraitj'ustement priver de tous les avantages naturels , a mieux aimé faire voir en les leur conservant , que tout le bien de la nature tournait en supplice à ceux qui en abusent contre Dieu. Ainsi l’intelligence leur est demeurée aussi perçante et aussi sublime que jamais ; et la forcede leur volonté à mouvoir les corps, par celte même raison, leur est restée, comme du débris de leur effroyable naufrage.

Que si l’on dit que la forcede la volonté des anges venait de la conformité à la volonté de Dieu , qu’ils ont perdue, on ne songe pas que Dieu veut encore les faire servir de ministres à sa justice : et en cela leur volonté sera conforme à celle de Dieu; parce qu'ils feront encore, par une volonté mauvaise , la même chose que Dieu fait par une volonté qui est toujours bonne.

Ainsi tous les avantages naturels sont demeurés aux démons pour leur supplice. Dieu leur a tout changé en mal, et leur noblesse naturelle se tournant en faste , leur intelligence en finesse et en artiîlce, et leur volonté en partialité et en jalousie, ils sont devenus su|)erbes , trompeurs et envieux , et réduits par leur misère au triste et noir emploi de tenter les hommes : ne leur restant plus, au lieu de la félicitédont ils jouissaient dans leur origine, que le plaisir obscur et malin que peuvent trouver des coupables à se faire des complices, et des malheureux à se donner des compagnons de leur disgrâce. Dieu nous veut apprendre par là quelle estime nous devons faire des dons naturels, de la pénétration, de ' l'tntelligence et de la puissance : pui.sque tout cela reste aux démons, qui n'en sont ni moins malheureux, ni moins haïssables. Et leur pouvoir sur les hommes, loin de diminuer, s'est plutôt accru dans la suite par le j>éché qui nous a faits leurs esclaves. Au commencement Dieu avait mis l'hoimne au-dessous de l’ange ; mais seulement, comme dit David, un peuau-dessous< Mais par le péché, le diable, qui nous a vaincus, est devenu noire maître; et nous, comme dit Jésus-Christ lui-même, cn/an/.t </u diaesclaves livrés à ce tyran , non-seulement nous ne saurions nous tirer de cette servitude, mais nous

• Ezn-Î. II. 4, a, XII, 12, M, 22. XIII, IS. — * IF. ffrj. \lx, 3s. - * Bphcn. VI, 11, 12. — * Pi. VIII, 6. — * JWH. »*v, 31, 11.

LES MYSTÈRES

ne pouvons pas même faire de nous-mêmes le moindre effort pour en sortir ; en sorte que le démon est appelé par Jésus-Christ : le prince du monde.

Ainsi notre délivrance ne consiste plus qu'en ce que cet e.sprit superbe qui domine sur tous les esprits d’orgueil, ayant osé attenter d’une manière terrible contre la(>crsonne du Fils de Dieu, enrore « qu’il n’y trouvât rien qui fût à lui : » in me non habel quidquam * : par là a perdu sonempire. Qui ne serait étonné de lui voir enlever le Fils de Dieu sur une haute montagne et sur le pinacle du temple.’ Gomment fut-il permis à cet esprit impur, nonseulement de toucher à ce corps innocent et virginal, mais encore de le transporter où il voulait, comme s’il en eût été le maître? Mais c'est là qu’il a perdu ses forces : il ne peut plus rien, parce qu’il a voulu trop pouvoir. Le Fds de Dieu l'a vaincu en le laissant faire, et il a promis à ses fidèles d'anéantir sa puissance.

CeltcpromessG est contenue dans ces paroles de l’apôlre : « Dieu est fidele; et il ne permettra pas « qtie vous soyez tenté par-dessus vos forces Les « anges saints viendront à votre secours L » Vous avez « pour bouclierin foi*, » pourarmes invincibles • le

• jeûne et la prière®, » et Jésus*Chri.st même pour soutien. .Souveitez-vons seulement qu'il est dit de lui : « Il n’est pas demeuré dans la vérité; la vérité « n’est pas en lui ; il est menteur, et père du men- « songe? : •cesontiesparolesdü Sauveur. Ainsi ayant perdu à jamais la vérité , Il ne lui reste plus à vous proposer que le faux, l'illusion , la vanité même. Songez aussi que le même Sauveur a dit de cet esprit mensonger, qu’il est « homieidedès Iccomnien-

• cernent *.> Il a tué nos premiers parents, et par lui la mort est entrée 9. Il vient donc encore à vous avec un esprit homicide : les pijisirs qu'il vou.s propose sont un poison; ses e.spérances, un piège; la vengeance où il vous anime, une cruauté contre vous-même : et le couteau qu’il vous présente contre votre ennemi, plus contre vous que contre lui, vous percera le sein , pendant qu'il ne fera que lui eOleum la peau.

Comment Jèsut-Chrbt a 6(é tenté.

Un saint pape a remarqué , et après lui tous les saints docteurs, que la tentation nous attaque en trois manières, par la suggestion , par la délectation et parle consentement. La suggestion consiste dans une pensée, soit que le démon la jette immédiatement dans l’esprit , soit que ce soit en nous proposant des objets extérieurs. Le démon ii’a pas pu aller plus avant dans la tentation du Fils de Dieu : mais à notre égard, quand la pensée est suivie d'une complnis,incÆ volontaire , et que l'esprit s'y arrête, on doit croire que le consentement « qui •

» Joa». lit, 31. XIV, .10. XVI, II. — * Ibid. XIV, 30. — * /. OfT.X, n. — * Pi. xc. II. 12, IS, I«. — » Pph.M, II. -

• Vi/th XVII, 20 — ’ JMH. VIH. 44. — • — *SUp,

n. 2* — Crrÿ. V.ïj. 1. 1. f« k'vang. hom. xvi.w. l.

if

Diylil-l'-'U

DüSSlfT. — TO¥E IV.

,5, ÉLÉVATIONS SLR

eommedisaitsaint Jacques,' . enfante la mort, »8ui- , trra bientôt.

AiTÔtea doncl.awnutiondos le premier |Kis qm est innocent , et qui a pu être dans le Fils de Dieu; mais rejetcz-la aussi de môme. Car si vous lui laissez le moyen de vous chatouiller les sens, et si le démon, qui peut même, comme vous voyez, remuer les corps, semet à asiter les humeurs , quelle tempête ne s'élèvera p,isdans votre intérieurHà-pendant Jésus dormira peut-être ; réveillez-ie donc promptement; réveillez la foi endormie; coupez court, et rompez le premier coup. Prévenez le plaisir naissant , ou des sens, ou de l'ambition, ou de la vengeance; de peur que , se ré[>andant dans toute votre âme, il ne rentralue trop facilement au con- ■entement si artilicieusement préparé.

L« dlAble «e retire, mais pour rcYenir

m Kt nprès que toute la tentation fut accomplie « c le diable sc relira (wur un temps •. » Il ne quitte donc jamais prise, quoique repoussé et vaincu : il revint plus d’une fois tenter Jésus-Ciirist ; et apparemment il fit de nouveaux efforts dans le temps de sa Passion et à Tlieure de sa mort , qui est le « temps » que plusieurs entendent dans cetendroit de saint Luc. Quoi qu’il en soit, nous devons en* tendre qu’il faut toujours veiller, et se tenir prêt.

Il est naturel à niommc de se reLVIier après le travail. Jamais il ne fait si bon recommencer le combat, que lorsqu’aprè.s une |>énible victoire on ^ cesse d’élre sur ses gardes : c’est alors qu’on périt. On se dit ù soi-méme : U faut se donner un peu de repos; j’ai vaincu par un grand effort : qu’ai-je ,î craindre? Les Rots sont calmés, les vents apaisés, le ciel serein; on s’abandonne au sommeil; l'ennemi revient, et reprend toutes les dépouilles qu’il avait perdues.

Mais croyons que le grand effort de la tentation est dans les approches de la mort : parce que premièrement c’est le temps de la décision; et secondement , c’est le temps de la faiblesse. O Dieu ! jamais je ne suis plus faible; tout s’émousse dans In vieillesse, et le courage plus que tout le reste : « Mon « Dieutne me délaissez pas dans le temps de ma dé- « faillance » Quand la force me manque, et queje n’ai point de ressource ni de courage, mes esprits sont offusqués; j'ai dans le coeur « une réponse de • mort 4 > et de désespoir : Mon Dieu, aidez-moi. Voici le temps dont saint Luc disait : « Il le quitta «jusqu’au temps^ : «jusqu'au temps de défaillance et d'horreur, jusqu'au temps oîi, dans le dernier affaiblissement, lesinonients sont les plus précieu.x.

‘ Jac. I, ï*, l&. — * Lue. iv, |J. — * P#, ux , 9, 10, Jf, l*. — * H. Cwr. I , ü. -a.» Luc. IV, 13.

LES MYSTEHES

.Wiv- SEMAINE.

SmiB DU TÉMOinSAOK DE SAIKT JEAN" BAPTISTE.

PRF.MIÈRE ÉLÉVATION.

Jean déclare qu*U n'étAU rien de ce qu'on pensait

Après lesmeneillesqui parurent au baptême de Jésus-Christ, il y a sujet de s’étonner qu’il disparaisse tout d'un coup, pour s'enfoncer dans ledé> sert durant quarantejours et sautant de nuits. Après cela il revint, et commença de prêcher. Pendant 80 retraite dans le désert, et après Jean continuait a lui rendre témoignage. Et ce fut alors que Jérusalem, étonnée delà prédication du saint précurseur, lui députa, pour ainsi dire, dans les formes, des prêtres et des lévites du nombre des pharisiens qui l’interrogèrent juridiquement. «Qui êtes-vous? • lui dirent-ils. Car ils en avaient conçu une si lumte opinion qu'ils ne (tf'urent rien moins de lui, sinon qu’il était le Christ. « Mais il confessa , et ne le nia « pas , et il confessa qu’il n'était point le Christ *. • Cette façon de parler de l'évangéliste fait entendre qu'il prenait plaisir à le répéter. Moi le Christ! Je ne le suis pas ; non , encore un coup , je ne le suis pas. « Quoi donc! êtes-vous Élie? Non, « dit-il. Qu*il aime è dire ce qu’il n’est pas , et à se réduire dans le néant! ■ Êtes-vous prophète? Non : « toujours non , et toujours non : ce n'est qu’un non partout; et Jean n’est rien à ses yeux. Il est pourtant « pro- • phète, et plus que prophète», «et le plus excellent de tous les prophètes : « il est Élie • en vertu : et quoiqu'il ne le soit pas en personne, il est plus qu'Eiie, puisque par la sentence de Jésus-Christ « il est plus « grand que tous les prophètes. » Et quoiqu'il soit si excellent , il n'est rien. Il n’a rien à dire de luimême. Il prend le côté qui est contre lui. Car en effet il n’est pas prophète comme les autres , pour prédire le Christ à venir, lui qui devait le montrer présent. « Qui êtes-vous donc ^? • Il faut |Kirler : car ceux que l’on vous envoie doivent rendre compte au sénat de Jérusalem, qui les avait députés à Jean. « Je suis 1.1 voix de celui qui crie. » Qu’est-ce qu’une voix? Un souffleqiii se perd en l'air ;je suis une voix , un cri , si vous le voulez : saint Jean s’exténue jusque-Kî. On envient à tourner contre lui toutes scs ré|K)nses; « Pourquoi donc baptisez-vous, « si vous n'êtes ni le Christ , ni Élie, ni prophète < ? « Je baptise, » il est vrai, « mais dans l'eau • :je ne fais que jeter sur les têtes pénitentes une eau stérile, et plonger le.s corps dans une rivière : « Mais il y en a « un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. « Le voilà donc encore une fois au-dessous des pieds de Jésus, • indigne de lui dénouer le cordon de ses « souliers^. « Comme il se baigne dans l’humilité et dans le néant! Non, non, non, dit-il toujours.

' Joan. r, lo, 9o, si. — * Mattk, xt, 9, 10, U. — >

l, », 33. — • Ibid. U6, 2«. “ * Ibid. 27.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

Paut'il dire quelque ctiose f ce n*est qu’une voix sanscorpset sans consistance. Quelquegratidqu'on soit, l'humilité qui ne peut mentir ne laisse pas de trouver moyen d’anéantir tous ses avantages. Apprenons a dire : Non ; mais sincèrement , lorsriu’on nous loue; sans exagération , sans emphase, sans trop d'effort. Car souvent tout cet effort est un artifice pour nous attirer des louanges, ou du moins de l'attention du côté des hommes. L'humilité ne songe point à s'étaler. Un simple non , sec et court, qui détruit tout, lui suffit, parce que ce non , dans sa sécheresse et dans sa brièveté, cache tout, fait tout disparaître, jusqu'à l'humilité même.

Il« ÉLÉVATION.

SiUnt Jean appelle léaiu V Agneau da Dieu.

• Ceci, «eequ’on vient d’entendre, « $e passa en Bé>

« thanie, au delà du Jourdain, où Jean donnait le

• baptême. Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait à «lui; et il dit : Voilà l’Agneau de Dieu, voilà celui « qui ôte les péchés du monde ' . • Il faut bien entendre ce témoignage de saint Jean-Baptiste, où il dé* couvre un grand secret de Jésus-Christ. 11 le vit donc venir à lui : car il continua Tarte d'humilité I qu'il avait fait, lorsque Jean, étonné de sjn abais- I sement, s'écria : « Je dois être baptisé par vous , et

• vous venez à moi ! • Mais il fallaitque Jéa is honorât Jean qui lui rendait témoignage, et qu’il confirmât sa missiûu en allant à lui. Car si Jean devait faire connaître Jésus , Jésus aussi le devait faire connaître en son temps, d'une manière bien plus haute; et c'est un des mystères compris sous cette parole :

« Laissez-raoi faire; car c’est ainsi que njus devons

• accomplirloute justice ■, • c’est-à-dire nous rendre Tun à l'autre le témoignage mutuel que tious nous levons. Jean donc, voyant Jésus venir à lui enrore une fois, le montra à tout le peuple, en disant :

« Voilà TAgneau de Dieu, voilà celui qui ôte le péché K du monde*. - Tous lesjours, soir et matin, on immolait dans le temple un agneau , et c'était là ce qu'on appelait le« sacrifice continu » ou perpétuel. Ce fut ce qui donna occasion à Jean de prononcer les paroles qu'on vient d’eulendre : peut-être môme que Jésus s’approcha de lui à Theure où tout le peuple savait qu’on offrait ce sacrifice. Quoi qu’il en soit, dans ce témoignage qu'il rend au Sauveur, lui qui l’avait fait connaître comme « le Fils unique « dans le sein du Père » dont il venait déclarer les profondeurs , le fait connaître aujourd'hui comme la victime du monde. No croyez pas que cet agneau qu'on offre soir et malin en sacrifice perpétuel, soit le vrai agneau, la vraie victime de Dieu; voilà celui qui s'est mis « en entrant au monde à la place « de toutes les victimes^ : «c'est aussi celui qui est la victime publique du genre humain , et qui seul peut expier et ôter ce grand péché qui est la source de tous les autres , et qui pour cela peut être appelé

• le péché du monde, • c’est-à-dire, le péchéd'Adam,

» Joau. 1,28 , 29. — > .VaUk. III, 15. — * Joan. I, 29. —

• Eivd. iiix, ^8, 39 et teq. Ah«, xivih, 3, 4 et ug. —

» John, i, M, I«. — ‘ Ps. XXXU, 7, 8. Ileb. X, B, 6, 7.

qui est celui de tout Tunivers. Mais en ôtant cc |)cdié, il ôte aussi tous les autres. Venez à lui , petits et grands, cumme à celui qui vous purifie de tous vos pèches : « (^ir nous u’avuns point été ra-

• cheles de nos erreurs par or ni par argent; niais « par le sang innocent de Jésus-Christ comme d'un « agneau sans tache, prcvuctpn^estiiié devant tous

• les temps, et déclaré dans nosjours*. > Baptisonsnous donc dans cc sang : je m'y suis baptisé moiméme , et dès le sein de ma mère j'en ai senti la vertu : je le montre donc aux autres, moi qui l'ai connu le premier. Regardez-ie cet Agneau de Dieu qu'Isaîe a vu en esprit, lorsiiu’il le représenta comme « l’agneau qui se laissera non-seulement « tondre, mais « écorcher, pour ainsi parler, et « immoler sans se plaindre' : • que Jérémie voyait, représentait en sa personne, lorsqu'il dit : ■ Je suis « comme un agneau innocent qu'on porte au sacri-

• fice*. • Le voilà cet Agneau si doux, si simple, si patient, sans artifice, sans tromperie , qui sera immolé pour tous les pécheurs. Il a déjà été immolé en figure : et on peut dire en vérité « qu’il

• a été tué et mis à mort dès l'origine du monde *. * Il a été massacré en Abel le juste ; quand Abraham voulut sacrifier son fils , il commença en figure ce qui devait être achevé en Jésus-Clirist. On voit aussi s’accomplir en lui ce que commencèrent les frères de Joseph. Jésus a été haï, persécuté, poursuivi à mort par ses frères : il a été vendu eu la personne de Joseph, jeté dans une citerne, c'est-à-dire livré à la mort ; il a été avec Jérémie dans le lac profond, avec les enfants dans la fournaise, avec Daniel dans ta fusse aux lions. C'était lui qu’oo immolait en esprit dans tous les sacrifices. 11 était dans le sacrifice que Noé offrit en sortant de Tarchc , lorsqu’il vit dans Tarc-en-ciel le sacrement de la paix; dans ceux que lespatriarclies offrirent sur les montagnes, dans ceux que Moïse et toute la loi offrait dans le tabernacle , et ensuite dans le temple : et n'ayant jamais cessé d'éire immolé en figure, il vient maintenant l'être en vérité.

Et le voyant donc coiniiie V.^yneau de Dieu , saint Jean le voyait déjà comme nageant dans son sang. Nous Tavoas en cet état dans l’eucharistie : et encore que sou sang n'y soit plus répandu avec violence , U y ruisselle dans le calice ; il y coule dans nos corps et dans nos cœurs. IMungcons-nous dans le sang de cet agneau : portons ses pluies et sa mortification en nos corps^ : toujours tué, toujours immolé, il veut encore Tétre en nous comme dans ses membres.

Jean fait souvenir le peuple dr l.i manière duut U avait annoncé et connu Jc»us*Cliri»l.

Saint Jean avait toujours dit, avant même que Jésus-Cliri&t parfit au monde, qu'iV y acait quelqu'un dans te monde dont U n était pas digne de

' /. Pet. I. IR, 10, 20. ~ * /*. LUI, 7. — ^Jerem. il, 19.

• SMI , 8. — * Jt. Car. VI , 9 , lU.

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