‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 17 sur 192 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Itécil des variaHon* et de la réforme Sy4ngleterre sous Henri riHy depuis Van jusqu'à 1517; et sous Édouard f l, depuis UiH Jusqu'à 1553, avec la suite de Vhistoire de Crunmer Jusqu'à sa mort» rn i556.

SOMMAIRE

Ij réformallon anglicane, condamnable par rhl.»loire même deM. Burnel. U divorce de Henri VIU. Son rmportemi'nl poutre |p Salnt-Slése. Sa primauté pcpléslastiqup- Hrincipa et sulle» de ce doKme. Hors ce point, la fol catholique demeure en vm entier. Dt^l-sion de fui de Henri. Se* aIx artirle». Histoire de Thoma» Cranmer, archevêque de Caolorliêri, auteur de la réforinntlon anglirane;fce» iÂehcfrs, sa corrtipUon , son hypocrisie. Ses seiitimenls lionUnix sur la hiérarchie. La cuiiduile de» prétendus rérorrualeurs, pI m particulier celle de Thoma» Cromwell, vice-gérant du roi au spirituel. Celle d’Anne de Boulen , contre laquelle la vengeance divine w* déclare. Prodigieux aveuglement de Henri dan» tout le c«mra de sa vie. Sa mort. Ij ininurlté d'Edouard VI, son fils. I.c» décreUde Henri sont changé». La primauté ecclésiastique du roi demeure seule. Elle eal portée a de» excès, dont le» pmleslant» rougissent. l.a réformai ion de Cranmer appuyée sur ce fondement. Le roi regardé comme l’arbilre de la fol. L'antiquité meprisée. Conllnuelh*» variations. Mort d’F.dnuard VT. Attentat de Cranmer el de» autre* contre la reine Marie, sa »<rur La religion catholique est rétablie. Honteuse fin de Cranmer. Quelques remarque» parUcuUércs sur l’hbloire de M. Burnet , et sur la réfurmaüon anglicane.

mort de Luüier fut bientôt suivie d’une autre mort, qui causa de grands changements dans

la religion. Ce fut celle de Henri VIII, qui, apr?!3 avoir donné de si belles es|>érances dans les premières années de son règne, fît un si mauvais usage des rares qualités d'esprit et de corps que Dieu lui avait données, l^ersonne n’ignore les dérèglements de ce prince, ni l'aveuglement où il tomba par ses malheureuses amours, ni combien il répandit de sans depuis qu'il s’y fut abandonné, ni les suites effroyables de ses mâriases,qui presque tous furent funestes à celles qu'il épousa. On sait aussi à quelle occasion de prince très-catholique il se fit auteur d'une nouvelle secte, également détestée par les catholiques, par les luthériens et par les sacramentaires. Le Saint-Siège ayant condamné le divorce qu’il avait fait, après ving-cinq ans de mariage avec Catherine d’Aragon, veuve de son frèr« Arlhus, el le mariage qu’il contracta avec Anne de Boulen, non-seulement il s'éleva contre rautorité du Siège qui le rondamnait , mais encore, par une entreprise inouie jusques alors parmi les chrétiens , il se déclara chef de l'Église anglicane, tant au spirituel qu’au temporel : etc’eM par-là que commence la reformation anglicane, dont on nous a donné depuis quelques années une histoire si ingénieuse, et en même temps si pleine de venin contre l’Élglise catholique.

Le docteur Gilbert Burnet, qui en est l’auteur, nous reprocliedès sa préface, et dans tonte la suite de son histoire, d'avoir tire beaucoup d'avantage de la conduite de Henri VIII et des premiers réformateurs de l’Angleterre. U se plaint surtout de Sanderus, historien catholique, qu'il accuse d’avoir inventé des faits atroces, afin de rendre odieuse la réformation anglicane. C^s plaintes sc tournent ensuite contre nous et contre la doctrine catholique. « Une religion, dit-il ', fondée sur la faus- « seté, et élevée sur l'imposture, peut se soutenir

• par les mêmes moyens qui lui ont donné nais- « sauce. • Il pousse encore plus loin cet outrageux discours : • T.e livre de Sanderus peut bien être « utile à une Église qui jusqu'ici ne s'est agrandie

* que par des ^ussetes et des tromperies publi- •> ques. » Autant que sont noires les couleurs dont il nous dépeint, autant sont éclatants et pompeux les ornciqeuts dont il pare son Église. « réfor- « mation, poursuit-il, a été un ouvrage de lumière; <1 on n’a pas besoin du secours des ombres |H>ur en « relever l’éclat : et si l’on veut faire son apologie, « il suffit d'écrire son histoire. ■ Voilà de belles paroles; et on n’en employerait pas de plus magnU nques quand même dans les changements de l’Angleterre on aurait à nous faire voir la même sainteté qui parut dans le christianisme naissant. Considérons donc, puisqu'il le veut, celle histoire qui juslilie la réformalion par sa seule simplicité. Nous n’avons pas besoin d’un Sanderus; M. Burnel nous suffît pour bien entendre ce quec’est que cet ouvrage de lumière; et la seule suite des faits, rapportés par cet adroit défenseur de la réformalion anglicane, suffit pour nous en donner une juste idée. Que si

* Refut. d* Sand. I. I,p.

..lyiîL' tJ l'y C.OOglc

DES VARIATIONS, LIV. VII

PAngleterre y trouve des marques sensibles de raveuglemeiit que Dieu répand quelquefois sur les rois et sur les peuples « qu'elle ne s'en prenne pns à moi, puis(]ue je ne fais que suivre une histoire que son parieiiient en corps a honorée d'une approbation si authentique ' ; mais qu’elle adore les jugements cachés de Dieu, qui n’a laissé aller les erreurs de cette savante et illustre nation Jusqu'à un excès si visible, qu'aûn de lui donner de plus faciles moyens de se reconnaître.

Le premier fait important que je remarque dans M. Hurnet, est celui qu'il avance dès sa préface, et qu'il fait paraître ensuite dans tout son livre : c'est que lorsque Uenri VIII commença la réformation , « il semble qu’il ne songeait en tout cela qu'à « intimider la cour de Rome, et à contraindre le

■ pape de le satisfaire : car dans son coeur il crut « toujours les opinions les plus extravagantes de « l'Église romaine , telles que sont la transsubstan-

■ tiation, et les autres corruptions du sacriflee de « la messe : ainsi il mourut plutôt dans cette corn- « munion, que dans celle des protestants. » Quoi qu'en dise M. Burnet , nous n'ncceptcrons pas la | communion de ce prince, qu'il semble nous offrir; et puisqu'il le rejette de la sienne, il résulte d'abord de ce fait, que l'auteur de la réfor* roation anglicane, et celui qui , à \Tai dire, en a posé le véritable fondement dans la haine qu'il a inspirée contre le pape et contre l'Église romaine, est un homme également rejeté et analhématisé de tous les partis.

Ce qu'il y a ici de plus remarquable, c’est que ce prince ne s’est pas contenté de croire en son cccur et de professer de bouche tous ces points de croyance, que M. Burnet appelle les plus grandes et les plus extravagantes de nos corruptions : il les adonnées pour loi à toute l’Église anglicane, en ta nouvelle qualité de chef tourerain de cette Eglise sous J&tus‘ Christ. 11 les a fait approuver par tous les évéques et par tous les parlements, c'est-à-dire par tous les tribunaux , où consiste encore h présent , dans la réformation anglic.ane, le souverain degré de l'autorité ecclésiastique. Il les a fait souscrire et mettre en pratique par toute l'Angleterre, et en particulier par les Cromwell, par les Cranmer, et par tous les autres héros de M. Burnet , qui luthériens 00 Euingliens dans leur cnnir, et désirant d’établir le nouvel Évangile, assistaient Néanmoins a l’ordinaire delà messe, comme au culte public qu'on rendait à Dieu , ou la disaient eux-mémes , et en un mot , pratiquaient tout le reste de la doctrine et du service reçu dans l’Église, malgré leur religion et leur conscience.

Thomas Cromwell fut celui que le roi établit son vicaire général au spirituel en 1.S36, incontinent après sa condamnation, et qu'en 1536 il fit son vice-gérant dans sa qualité de chef souverain de l’Église * : par où il le mit à la télé de toutes les affaires ecclésiastiques et de tout l'ordre sacré,

' Ext cfci Reg. dt ta Chamb. dft Sdga. et des Coatm. du 3 JaitP. 1681 , U déc. I690.et S jnnv. I6SI , à (a UU du t II. de VHisL dt BurntL — * ^imi. hist. t. \,p. 211. iKi6&tkT. TOn nr.

quoiqu'il fiU un simple laïque, et qo'il soit toujours demeuré tel. On n’avait point encore trouvé celte dignité d.nns l'étal des charges d’Angleterre, ni dans ta notice des offices de l'Empire, ni dans aucun royaume clirétien; et Henri VIII lit voir pour la première fois à rAnglelerrc et au monde chrétien un milord vice-gérant, et un vicaire général du roi au spirituel.

L'intime ami de Cromwell , et celui qui conduisit le dessein de la reformation anglicane, fut Thomas Cranmer, archevêque de Cantorliéri. C’est le grand héros de M. Burnet. Il abandonne Henri VIII, dont les scandales et les cruautés sont trop connus. Mais il a bien vu qu’en faire autant de (iranmer, qu'il regarde comme l'auteur de la réfornialion, ce serait nous donner d' abord une trop mauvaise idée de tout cet ouvrage. Il s'étend donc sur les louanges de ce prélat ; et non content d'en admirer partout la modération, la piété et la prudence, U ne craint point de le faire autant ou plus irrépréhensible que saint Alhnnase et saint Cyrille , et d'un si riire mérite, que jamais peuHtre prêtai de l'E~ glisen'a eu pins d'excellentes qualités ^ et moins de défauts ».

Il est vrai qu’il ne faut pas compter beaucoup sur les louanges que M. Burnet donne aux liéros de la réforme ; témoin celles qu'il a données à Montluc, evéque de Valence. •» C'était, dit-il*, un des plus •» sages ministres de son siècle, toujours modéré •> dans les délibérations qui regardaient la cons- « cience; ce qui le fit soupçonner d'élre hérétique. » Toute sa vie a les caractères d’un grand homme ; « et l'on n'y saurait guère blâmer q[ue l'attachement t inviolable qu'il eut durant tant d'années pour la • reine Catherine de Mcdicis. » Le crime sans doute était médiocre, puisqu'il devait tout à cette princesse, qui d'ailleurs était sa reine, femme et mère de ses rois, et toujours unie avec eux ; de sorte que ce prélat , à qui on ne peut guère reprocher que d'avoir été fidèle à sa bienfaitrice , doit être , selon M. Burnet, un des hommes deson siècledesplus élevés au-dessus de tout reproche. Maisil ne fautpas prendre au piod de la lettre les éloges que ces réformés donnent aux héros de leur sec'te. Le même M. Burnet, dans le même livre où il relève Montluc par cette belle louange, en parle ainsi : « Cet évéque a été « célèbre, mais il a eu scs défauts^. « Après ce qu'il en a dit, on doit croire que ces défauts seront légers : mais qu’on achève, et on trouvera que ces défauts qu'il a eut, c’est seulement rfc s’é/re efforcé de corrompre la fille d'un seigneur d'Irlande qui l'avait reçu dans sa maison; c’est d'avoir eu avec lui unecourtisane anglaise qu’il entretenait est que cette malheureuse ayant bu sans réflexion le précieux baume dont Soliman avait fait présent à ce prélat, n il en fut outré dans un tel excès, que ses

■ cris réveillèrent tout le monde dans la maison, où

■ l'on fut aussi témoins de ses emportements et de « son incontinence. « Voilà les petits défauts d’un prélat dont toute la vie a les caractères d’un grand

* Prtf. sur la //. port. /. i , p. isS. — 3 Ibid, p.

homme. La réforme « ou peu délicate en vertu , ou indulgente envers ses liéros, leur pardonne facile* ment de semblables abominations ; et si, pour avoir eu seulement une légère teinture de réformation , Montluc, malgré de tels crimes, est un homme presque irréprochable; i) ne faut pas s’étonner que Cranmer, un si grand réformateur, ait pu mériter tant de louanges.

Ainsi, sans dorénavant nous laisser surprendre aux éloges dont M. Burnet relève ses réformés, et surtout Cranmer, faisons riilstoire de ce prélat sur les faits qu’en a rapportés cet historien, qui est son perpétuel admirateur, et voyons en même temps dans quel esprit la réformation a été conçue.

Dès l’an 1539 , Thomas Cranmer s’était misa la tête du parti qui favorisait le divorce avec Cathe* rine, et le mariage que le roi avait résolu avec Annede Boulen*. En 1530, ilfit un livre contre la validité du mariage de Catherine; et on peut juger de l’agrément qu’il trouva auprès d’un prince dont il flattait la pas>ion dominante. On commença dès lors à le regarder à la cour comme uue espèce de favori, qu’on croyait devoir succéder au crédit du cardinal de Volsey. Cranmer était dès lors cnÿogé dans les senliments de Luther et , comme dît M. Bumet, il était le plus estimé de ceux qui les avaient embrassés y/nne de Boulen , poursuit ret auteur, avait aussi reçu quelque teinture de telle doctrine. Dans la suite il la fait paraître tout a fait liée au sentiment de ceux qu'il appelle les réformateurs. 11 faut toujours entendre parce mot les ennemis ou cachés ou déclarés de la messe et de la doctrine catholique. Tous ceux du même parti, ajoute-t iM, se déclaraient pour le divorce. Voilà les secrètes liaisons de Cranmer et de ses adluTcnts avec la maîtresse de Henri : voilà les fondements du crédit de ce nouveau confident, et les commencements de la réforme d'Angleterre. Le malheureux prince, qui ne savait rien de ces liaisons ni de ces desseins, se liait lui-même insensiblement avec les ennemis de la foi qu’il avait jusqu’alors si bien défsndue;et par leurs trames secrètes, ilservaitsans y penser au dessein de la détruire.

Cranmer fut envoyé en Italie et à Rome pour l’affaire du divorce ; et il y poussa si loin lu dissimulation de scs erreurs , que le pape le fit son pénitencier* : ce qui montre qu’il était prêtre. Il accepta cette charge, tout luthérien qu’il était. De Rome il passa en Allemagne, pour y ménager les protestants ses bons amis : et ce fut alors qu’il épousa la soeur d'Osiandre. On dit qu’il l’avait séduite, et qu'on le contraignit de l’épouser*; mais je ne garantis point ces faits scandaleux , jusqu’à ce que je les trouve bien avérés par le témoignage des auteurs du parti, ou en tout cas non suspects. Pour le mariage , le fait est constant. Ces messieurs sont accoutumés , malgré les canons et malgré la profession de la continence, à tenir de tels mariages pour honnêtes. Mais Henri n'ctaii pas de cet

» fium. I. I , Irr. I , p. IS3. - * Ihid.. p. iM. - * Ibid. iSfc. Ibid. — * !btd. p. las. 141. /M./). lU.

avis, et il détestait les prêtres qui te mariaient. Cranmer avait déjà été <^aasé du collège de Christ à Cambridge, à cause d’un premier mariage. Le second , qu'il contracta dans la prêtrise , lui eût fait de bien plus terribles affaires; puisque même, salon les canons , il eût été exclu de ce saint ordre par un second mariage, quand il eut été contracté devant la prêtrise. Lesréformateursse jouaientenleur cctur et des saints canons, et de leurs voeux : mais, par la craiute de Henri, il fallut tenir ce mariage fort c.aché; et ce grand réformateur commença par tromper son maître dans une matière si importanu •

Pendant qu’il était en Allemagne en l'an 1533, rarcbevêtdié de Cantorbéri vint à vaquer par la mort de Varhain. l^e roi d'Angleterre y nomma Cranmer : il l'accepta. I..e pape , qui ne lui connaissait aucune autre erreur que celle de soutenir la nullité du mariage de Henri , chose alors assez indécise, lui donna ses bulles* : Cranmer les reçut, et ne craignit pas de se souiller en recevant , comme OD pariait dans le parti , le caractère de la Bête.

A son sacre , et devant que de procéder à l’ordination, il fit le serment de fidélité qu'on avait accoutumé de faire au pape depuis quelques siècles. Ce ne fut pas sans scrupule, à ce que dit M. Rurnet; mais Cranmer était un homme d'accommodo* ment ; il sauva tout, en protestant que parce serment il ne prétendait nullement se dispenser de son devoir envers sa conscience, envers le roi et l’état : protestation en elle-même fort inutile; car qui de nous prétend s’engager par ce serment à rien qui soit contraire à sa conscience, ou au service du roi et de son état ? Loin qu'on prétende préjudicier à ces choses , il est même exprimé dans ce serment, qu'oa le fait sans préjudice des droits de son onlre, salco ordine mro*. I«a soumission qu'on jure au pape pour le spirituel, est d'un autre ordre que celle qu'on doit naturellement à son prince pour le temporel ; et, sans protestation , nous avons toujours bien entendu que l'une n’apporte point de préjudice à l’autre. Mais enfin, ou ce serment est une illusion, ou il oblige à reconnaître la puissance spirituelle du pape. I..C nouvel archevêque la reconnut donc, quoiqu'il n'y crût pas. M. Burnet avoue que cet exp^ieiit était peu conforme à la sincérité de Cranmer^ : et, pour adoucir comme il petit une si criminelle dissimulation, il ajoute un peu après : • Si cette conduite ne fut pas suivant les règles les « plus austères de la sincérité , du moins on n’y voit K aucune supercherie. • Qu’appelle-t-on donc supercherie.* et y en a-t-il de plus grande que de jurer ce qu’un ne croit pas, et se préparer des moyens d'éluder son serment par une protestation conçue en termes si vagues? Mais M. Bumet ne nous dit pas que Cranmer, qui fut sacré avec toutes les cérémonies du pontifical, outre ce serment dont il prétendait éluder la force, fit d’autres déclarations contre lesquelles il ne réclama pas ; comme de A recevoir avec soumission les traditions des Pères,

* Sum. t.tj.u.p. 199 - ‘ »» eonMC.Ep,

* Barn L I , th'. ii, p. 100.

DES VARIATIONS, LIV. VU

• et tes constitutions du saint-siège apostolique; |

• de rendre obéissance à saint Pierre en la personne

• du pape, son vicaire, et de ses successeurs, se- [ « ton Tautorité canonique ; degarder la cliastetc > : * ce qui, dans le dessein de l'Église, expressément déclaré dès le temps qu'on y reçoit le sous-diaconat, emportait le célibat et la continence. Voilà ce que M. Burnet ne nous dit pas. Il ne nous dit pas que : Cran mer dit la messe selon la coutume avec son consacrant. Craomer devait encora protester contre cet acte, et contre toutes les messes quMl dit en officiant dans son église ; du moins durant tout le règne de Henri VIII, c'est-à-dire, trente ans entiers. M. Burnet ne nous dit pas toutes ces belles actiuns de son héros. Il ne nous dit pas qu’en faisant des prêtres, comme il en fit sans doute durant tant d’années, étant archevêque, il les fit selon les termes du pontifical, où Henri ne changea rien , non plus qu’à la messe. 11 leur donna donc le pouvoir

« de changer parieur sainte bénédiction le pain et

• le vin au corps et au sang de Jésus-Christ, et H d’offrir le sacrifice, et dire la messe tant pour

• les vivants que pour les morts *. « Il eût été bien plus important de protester contre tant d'actes si contraires au luthéranisme, que contre le serment d’obéir au pape. Mais c’est que Henri VIII , qu’une protestation contre la primauté du pape n’offensait pas, n'aurait pas souffert les autres : c’est pourquoi Cranmer dissimule. Le voilà tout ensemble luthérien , marié , cachant son mariage , archevêque selon le pontificat romain, soumis au pape, dont en son cœur Ü abhorrait la puissance, disant la messe, qu’il ne croyait pas, etdonnant pouvoir de la dire; et néanmoins, selon M. Burnet, un second Athanase, un second Cyrille, un des plus parfaits prélats qui fut jamais dans l'Lglise. Quelle idée nous veut-on donner, non-seulement de saint Athanase et de saint Cyrille, mais encore de saint Basile, de saint Ambroise, de saint Augustin, et en un mot de tous les saints , s’ils n'ont rien de plus excellent ni de moins défectueux qu’un homme qui pratique durant si longtemps ce qu’il croit être le comble de l'abomination et du sacrilège? Voilà comme on s’aveugle dans la nouvelle réforme, et comme les ténèbres, dont l'esprit de réformateurs a été couvert, se répandent encore aujourd'hui sur leurs défenseurs.

M. Burnet prétend que son archevêque fit ce qu'il put pour ne pas accepter cette éminente dignité, et il admire sa modération. Pour moi , je veux bien ne pas disputer aux plus grands ennemis de l’flglise certaines vertus morales, qu’on trouve dans les philosophes et dans les païens , qui n'ont été , dans les hérétiques, qu’un piège de Satan pour prendre les faibles , et une partie de l’hypocrisie qui les aéduit. Mais M. Burnet a trop d'esprit pour ne pas voir que Cranmer, qui avait pour lui Anne de Boulen, dont le roi était si épris, qui faisait tout ce qu’il fallait pour favoriser les nouvelles amours de ce prince , et qui , après s’étre déclaré contre le ma-

' PonU ilom. <« contre. Fphe- — * Pont. Itom. in ont.

liage de Catherine , se rendait si nécessaire pour le rompre , sentait bien que Henri ne se pouvaitjamais donner un plus favorable archevêque ; de sorte (pie rien ne lui était plus aisé que d'avoir l’archevéchë en le refusant , et de joindre à l'honneur d’une si grande prélature celui de la modération.

En effet , dès que Cranmer y fut élevé , U corni mença à travailler dans le parlement à déclarer la nullité du mariage. Dès l’année d’auparavant , c’està-dire en 1533 , le roi avait déjà épousé Anne de Boulen en secret : elle était grosse , et U était temps d’éclater*. L'archevêque, (pii n’ignorait pas ce secret , se signala en cette rencontre • , et ténmigiin beaucoup de vigueur à flatter le roi. Par son autoritéarchiépiscopale , il lui écrivit une grave lettre sur son mariage incestueux avec Catherine * : mariage , disait-il , qui scandalisait tout le monde ; et lui déclarait que , pour lui , il n'était pas résolu à souffrir davantage un si grand scandale. Voilà un homme bien courageux, et un nouveau Jean-Baptiste. Làdessus il cite le roi et la reine devant lui : on procède. La reine ne comparait pas ; l'artdievécpie , par contumace, déclara le mariage nul dès le commencement, et n’oublia pas, dans sa sentence de prendre la qualité de légat du saint-siège , selon la coutume des archevêques de Cantorberi. M. Burnet insinue qu’on crut par là donner plus de force à la sentence ; c'est-à-dire , que l’archevêque , qui en son cœur ne reconnaissait ni le pape , ni le saint-siège , voulait , pour l’amour du roi , prendre la qualité la plus favorable à autoriser ses plaisirs. Cinq jours après, il approuva le mariage secret d’Anne de Boulen, quoique fait avant la déclaration de la nullité de celui de Catherine ; et l'archevêque confirma une procédure si irrégulière.

On sait assez la sentence définitive de Clément Vil contre le roi d’Angleterre. Elle suivit de près celle que Cranmer avait donnée en sa faveur. Henri, <|u*on avait flatté de quelque espérance du côté de la cour de Rome, s’était de nouveau soumis à la décision du saint-siège, même depuis le jugement de l’archevêque. Je n’ai pas besoin de raconter jusqu’à quel excès de colère il fut transporté ; et M ' Burnet avoue lui-même qu’iV ne pnrefa aucune mesure (ianiSOA ressentiment Dès la donc il commença de pousser à l'extrémité sa nouvelle qualité de chef souverain de f Église angticane , sous Jésus-Christ.

Ce fut alors que l’univers déplora le supplice des deux plus grands hommes d’Angleterre en savoir et en piété, Hiomas Morus , grand-chancelier, et Fischer , évêque de Rochestre. M. Burnet eu gémit lui-même , et regarde ta fia tragique de ces deux grands koinmes comme une tache à ta vie de Hettt'i^.

Ils furent les deux plus illustres victimes de la primauté ecclésiastique. Morus , pressé de la re* connaître, fit cette belle réponse: qu'il se défierait de lui-même s’il était seul contre tout le parlement,

* Burn. t. I, /if. Il, p. IDl. — * /fcirf. p. IM. — ^ Ihid.

U , p. I W. — * r. I , tiv. Il , p. I W. — » Ibid. p. n? , SSrf , et.-. fit*. III , p. 483 et tuiv

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mais (jiw, s'il avait contre lui le grand conseil d’Angleterre» il avait pour lui toute rf^glise, ce grand conseil des clirèliens La fin de Fischer ne fut pas moins belle ni moins chrétienne.

Alors eoinmem èrent les supplices indifféremtnenl contre les catholiques et les protestants; et Henri devint le jihis sanguinaire de tous les princes. Mais la date est remarquable. « Nous ne voyons ** nullement» dit M. Burnel, que la cruauté lui ait •« été naturelle; il a régné, poursuit-il, vingt-cinq

• ans sans foire mourir autre personne pour crime

• d'état, » (jue deux homim's» dont le supplice ne lut pculétre reproché. Dans les dix dernicres années de sa rie , il ne garda , dit le même auteur» aucunes mesures dons aes ejcècuUons». M. llurnel ne veut ni qu'on l’imite, ni aussi qu'on le condamne avec une extrême rigueur; mais nul ne le condamne plus rigoureusement que M. Ilurnet lui-méme. C'est lui qui parle ainsi de ce prince ^ « Il fit des dépenses

• excessives» qui l'obligèrent à fouler ses peuples; « il extorqua du parlement, par deux fois, un acquit

• de toutes ses dettes; il falsifia sa monnaie» et

• commit bien d'autres actions indignes d'un roi.

• Son esprit chaud et emporté le rendit sévère et

• cruel ; il fit condamner ù mort un bon nombre de « ses sujets , pour avoir nié sa primauté ecclésiasii*

• que, entre autres Fischer et Monjs» dont le pre*

• mier était fort vieux, et l'autre pouvait passer

• pour l’honneur de rAnglelerrc, soit en probité « nu en savoir. » On peut voir le reste dans la Pré* face deM. Bumet; mais Je ne puis oublier ce dernier trait ; • Ce qui mérite le plus de bldme, c'est, «dit-il, qu’il donna l’exemple pernicieux de fouler « aux pieds la justice » et d’opprimer l’innocence , en

• faisant juger des personnes sans les entendre. » M. Bumet veut oveo tout cela que nous croyions, qu’encore que pour des fautes légères il hainàt les gens en justice , néanmoins • les lois présidaient

• dans toutes ces causes-là; le.s accusés n’étaient ni

• poursuivis ni jugés que conformément au droit * : • comme si ce n’etait pas le comble de la cruauté et de la tyrannie, de faire des lois iniques, comme fut celle de condamner des accusés sans les ouïr, et de tendre des pièges aux innocents, dans les formalités de la justice. Mais qu'y a-t-il de plus affreux que ce qu’ajoute ce même historien * : • Que ce prin-

• ce, soit qu’il ne pdt souffrir qu’on lui conlreillt ,

• soit qu’il fdt enllé du litre glorieux de chef de l’É- « glise, que ses peuples hii avaient déféré, soit que « les louanges de scs flatteurs l'eussent gâté, se per- « suadait que tous ses sujets étaient obligés de ré- « gler leur foi sur ses décisions? * Voilà, comme ditM. Bumet, dans la vie d'un prince» r/w <oc/»« eiodieusesf qu’un honnête homme ne saurait fen excuser; et nous sommes obligés à cet auteur de nous avoir , par son aveti , sauve la peine de rechcrilierdtss preuves de tous ces excès, dans des histoires qui quraienl pu paraître plus suspectes. Mais ce qu’on ne peut dissimuler, c’est que Henri, auparavant si éloigné de ces horribles désordres , n'y

» T. I . tic. n , p. 2-iS. — * iiv- m , P- 2*2. — > PmJ. —

• T. 1, hv. III, i». S*3. - ‘

tomba, de l’aveu de M. Bumet, que dans les dit dernières annéi^s de sa vie, c'est-à dire qu’il y tomba incontinent aprè.s son divorce, après sa rupture ouverte avec l'Fglise, .ipres qu'il eut usurpé , par un exemple inouï dans tous les siècles» la primauté erriésinstique : et ou est forcé d’avouer qu'une des causes de son proiligietix aveuglement fut ce fi/te glorieux de chef de r/'.V//«e, que ses peuples lui avaient déféré. Je laisse maintenant à penser nu leeleurchrétiensicesont làdescaraclères d'un reform.aleiir, ou d'un prince dont la justice divine venge les excès par d'autres excès , qu'elle livre aux désirs de son coeur, et qu'elle abandonne visiblement au sens réprouvé.

I.e supplice de Fischer et de Morus , et tant d'autres sanglantes exécutions» répandirent la terreur dan.s les esprits : chacun jura la primauté de Henri , et on n'osa plus s’y opposer. Celte primauté fut établie par divers décrets du parlement; et le premier acte qu'en fit le roi ,/idde donner à Cromuett ta qualité de son vicaire général au spirituel, et celle de visiteur de tous 1rs couvents et de tous tes privilégiés d'Jngtcferre *. C.élail proprement se déclarer pn|)€ r et cequ'ilya icide plus remarquable, c'était remettre toute la puissance ecclésiastique entreles mains d’unzuinglien, car jeeroisque Cromwell l’était; ou tout au moins d'un luthérien , si M. Burnet l’aimeniieux ainsi. Nousavons vu que Cranmer étiitdu meme parti, intime nmide Cromwell ; et tous deux ils agissaient de concert pour |K>iisser le roi irrité contre la foi ancienne *. [«a nouvelle reine les appuyait de tout .son pouvoir, et fit donner à Schaxton et a Intimer , scs aumôniers , autres protestants cachés» les cvéchés de Salisburv et de Worchestre. Mais» quoique tout fût si contraire à l'ancienne religion, et que les premières puis.sances ecclésiastiques et séculières conspirassent à la détruire de fond en comble, il n’est pas toujours au pouvoir des hommes de pousser leurs mauvais desseins aussi loin qu'ils veulent. Henri n’était irrité que contre le Pape et le saint-ùége. Ce fut donc cette autorité qu'il attaqua seule : et J)ieu voulut que la réformation portât sur le front , dès son origine» le cnractcrc de In haine et de la vengeance de ce prince. Ainsi, quelque aversion que le vicaire général eût de la messe, il ne lui fut pas donné alors de prévaloir, comme un autre Antiochus, contre le sacrifice perpétuel^. Cne de ses ordonnances de visite fut que chaque prêtre dirait la messe tous les jours < , et que les religieux observeraient soigneusement leur règle, el en particulier leurs trois vœux^.

Cranmer fit aussi sa visite archiépiscopale dans sa province; mais ce fut avec ta permission du roi^y on commençait ù faire tous les actes de In juridiction ecclé.«da.stique par l'autorité royale. Tout le but de cette visite , comme de toutes les actions de ce temps, fut de bien établir la primauté ecclésiastique du roi. Le complaisant archevêque n’avait rien tant à cœur alors ; et le premier acte de juridic-

• T. I, /- III, 244. -»/6i4.2i5. - 2 Dan. VUI, 12- ■ *Burm. t.lyt. III, 2il. - » Jbid. 248. - ® f.247.

DES VARIATlOiSS, I.IV. VII. ini

tîon (|ue fit rév^ue du premier siège d'Angleterre, fut de mettre l' Eglise sous le joug , et de soumettre aux rois de la terre la puissance qu'elle avait reçue d'en haut.

Ces visites furent suivies de la suppression des monastères, dont le roi s'appropria le revenu. On cria dans la réforme, comme dans {'l'élise, contre cette sacrilège déprédation des biens consacres à Dieu : mais au caractère de vengeance que la réformation anglicane avait déjà dans son commencement, il y fallut joindre celui d'une si honteuse avarice; et ce fut un des premiers fruits de la primauté de Henri , qui se lit chef de l'Eglise pour la piller avec titre.

Un peu après, la reine Catherine mourut : « II- « lustre par sa piété, dit M. Uurnet ' ,et par son atc lâchement aux choses du cid ; vivant dans l'aus- « térité et dans la mortification ; travaillant de ses « propres mains, et songeant même, ou milieu de « sa grandeur, à tenir ses femmes dans l’occupation

• et dans le travail : • et afin que les vertus plus communes se joignent aux grandes, le même historien ajoute, que les • écrivains du temps nous la « rei>résentent comme une fort bonne femme. » Ces caractères sont bien différents de ceux de sa rivale, Anne de Koulen. Quand on voudrait la justifier des infamies dont ses favoris la chargèrent en mourant, M.Bnrnet ne nie pas que son enjouement ne fût immodeste, ses libertés indiscrètes, sa conduite irrégulière et licencieuse •. On ne vit jamais une honnête femme, pour ne pas dire «ne reine, se laisser manquer de respect, jusqu'à souffrir des déclarations, telles que des gens de toute qualité, et même de la plus basse, en firent à cette princesse. Que dis-je, les souffrir? s'y plaire; et nonseulement y entrer, mais encore se les attirer ellemême, et ne rougir pas de dire à un de ses galants, • qu'elle voyait bien qu'il différait de se ma-

• rier, dans l’espérance de l’épouser elle-même

• après la mort du roi. » Ce sont toutes choses avouées par Anne; et loin d’en voir de plus mauvais œil ces hardis am.nnt.s, il est certain, sans vouloir approfondir davantage, qu'elle ne les en traitait que mieux. Au milieu de cette étrange conduite, on nous assure quelle redoublait ses bonnes aenercs et scs auniOnes et liofs l’avancement de la réformation prétendue, que personne ne lui dispute, voilà tout ce qu'on nous dît de ses vertus.

Mais, à regarder les choses plus a fond, on ne peut s'empêcher de reconnaître la main de Dieu sur celte princesse. Elle ne jouit que trois ans de la gloire où tant de troubles l'avaient établie ; de nouvelles amours la ruinèrent, comme la nouvelle amour qu'on eut pour elle l’avait élevée; et Henri, qui lui avait sacrifié Catherine, la sacrifia bientôt elle-même à la jeunesse et aux charmes de Je.anne Seymour. Mais Catherine, en perdant les bonnes grAccs du roi, conserva du moins son es-

' r I, m. p. W. - 'Ibid. p. ifiS, Î71 , 1W, ete. - I Ibid.

p,2iM.

time jusqu'à la fin , au lieu qu’il fit mourir Anne sur un échafaud, commeune infAme. Cettemort arriva quelques mois après celle de Catherine. Mais Catherinesut conserver jusqu'à In (in le caractère de gravité et de constance qu'elle avait eu dans tout le cours de sa vie Pour Anne, au moment qu'elle fut prise, pendant qu’elle priait Dieu, fondant en larmes, on la vit éclater de rire comme une personne insensée* : les paroles qu’elle prononçait dans son transport, contre sesamants qui l'avaient traîne, faisaient voir le désordre où elle était, et le trouble de sa conscience. Mais voici la marque visible de la main de Dieu. Le roi, toujours abandonné à ses nouvelles amours, fit casser son mariage avec Anne, en faveur de Jeanne Seymour, comme il avait, en faveur d'Anne, fait casser le mariage de Catherine. Elisabeth, en faveur d'Anne, fut déclarée illégitime, comme Marie, fille de Caüierine, l'avait été. Parut! justejugement de Dieu , Anne tomba dan» un abîme semblable a celui qu'elle avait creusé à sa rivale innocente. Mais Catherine soutint jusqu'à la mort, avec la dignité de reine, la vérité de son mariage, et l’honneur de la naissance de Marie : au contraire , par une honteuse complaisance , Anna reconnut (ce qui n’était pas) qu’elle avait épousé Henri durant la vie de milord Perci, avec lequel elle avait auparavant contracté; et contre sa conscience, en avouant que son mariage avec le roi était nui, elle enveloppa dans sa honte sa fille Elisalieih. Afin qu'on vit la justice de Dieu plus manifeste dans ce mémorable événement, Cranmer, ce même Cranmer, qui avait cassé le mariage de Catherine, cassa encore celui d’Anne, à laquelle il devait tout. Dieu frappa d'aveuglement tout ce qui avait contribué à la rupture d'un mariage aussi solennel que celui de Catlteriue; Henri, Anne, l’arcbevêque même, rien ne s’en sauva. L'indigne faiblesse de Cranmer, et son extrême ingratitude envers Anne, furent l'horreur de tous les gens de bien ; et sa honteuse complaisance à casser tous les mariages , au gré de Henri , ota à sa première sentence toute l'apparence d'autorité que le nom d’uu archevêque lui pouvait donner.

M. Bumet voit avec peine une tache si odieuse dans la vie de son grand réformateur, et il dit, pour l'excuser. (ju’Anne déclara en sa présence son mariage avec Perci, qui emportait la nullité de celui qu'elle avait fait avec le roi; de sorte qu’il ne pouvait s'empêcher de la séparer d'avec ce prince , ni de donner sa sentence pour nullité de ce mariage Mais c'est ici une illusion trop manifeste : il était notoire en Angleterre que l'engagement d’Anne avec Perci, loin d'être un mariage conclu, comme on dit, par paroles de présent, n’était pas même une promesse d’un mariage a conclure, mais une simple proposition d’un mariage désiré par le milord < : ce qui, bien loin d'annuler un autre mariage contracté depuis, n’cùl pas oiême été un empêchement à le faire. M. Burnet en convient, et il

* r I. ^ m. P- aeo, eni. -* P. T70. — * r. i,/. i», p. set I, 71. l. Ul, 270, fie.

IÜ2

établit tous ces faits coimne constants Cranmer, i qui avait su tout le secret du roi et d*Aone, n'avait ! pu les ignorer; et Perci, ce prétendu mari de la reine, avait déclaré par serment, en présence de cet archevêque, et encore de celui d'York, ■ qu'il « n’y avait jamais eu de contrat ni même de pro- ■ messe de mariage entre lui et Anne. Pour rendre « ce serment plus solennel , il rei^ut la communion » après sa déclaration en présence des principaux du conseil d’état, > souhaitant que la réception de ce

sacrement fût suivie de sa damnation, s'il avait " été dans un engagement de cette nature. • Un serment si solennel, re<^u par Cranmer, lui faisait bien voir que l'aveu d’Anne n'était pas libre. Quand elle le fit , elle était condamnée à mort , et , comme dit M. Burnet , encore étourdie de l’arrêt terrible qui avait été rendu contre elle *. Les lois la con* damnaient au feu, et tout l’adoucissement dépen* dait du roi. Cranmer pouvait bien juger qu'en cet état on lui ferait avouer tout ce qu’on voudrait, en lui promettant de lui sauver la vie, ou tout au moins d’adouchrson supplice. Cest alors qu'un archevêque doit prêter sa voix h une personne opprimée, que son trouble, ou l’espéranee d'adoucir ta peine, fait parler contre sa conscience. Si Anne sa bienfaitrice ne le touchait pas , il devait du moins avoir pitié de rinnocenee d'Élisabeth , qu’on allait déclarer née en adultère ,et comme telle, incapable de succéder à la couronne, sans autre fondement que celui d’une déclaration forcée de la reine sa mère. Dieu n’a donné tant d’autorité aux évêques , qu'afin qu’ils puissent prêter leur voix aux infir* mes, et leur force aux oppressés. Mais il ne fallait pas attendre de Cranmer des vertus qu'il ne connaissait pas : il n’eut pas même le courage de représenter ou roi la manifeste contrariété des deux sentences qu’il faisait prononcer contre Anne dont l'une la condamnait à mort, comme ayant souillé la couche royale par son adultère; et l'autre déclarait qu'elle n'était pas mariée avec le roi. Cranmer dissimula une iniquité si criante; et tout ce qu’il fit en faveur de la malheureuse princesse, fut d'écrire au roi une lettre, où il souhaite qu’ef/e se trouve innocente*’, qu’il finit par une apostille, où il témoigne son déplaisir de ce que les fautes de cette princesse sotU prouvées, comme on l’en assure : tant il craignait de laisser Henri dans la pensée qu’il pût iroprouver ce qu'il faisait.

On avait cru son crédit ébranlé par la chute d'Anne. En effet, il avait re^u d'abord des défenses de voir le roi; mais il sut bientôt se rétablir aux dépens de sa bienfaitrice, et par la cassation de son mariage. La malheureuse espéra en vain de fléchir le roi, en avouant tout ce qu'il voulait. Cet aveu ne lui sauva que le feu. Henri lui fit couper la tête^.

jour de l’exécution elle se consola, sur ce qu’elle avait ouï dire que l’exécuteur était fort habile; et d’ailleurs, ajouta-t-elle fai le cou assez petU. j4u même temps, dit le témoin de sa mort , elle y a

' Liv. 1 , 71 , L. tu ,378.—» T. I , liv. m , p. *77. — *

• tbid. p. *7-1, 374. — * r. I, liv. III. p. *77. — • Ibid. *7*.

porté la main, et s’est mise à rire de tout son cceur, soit par l’ostentation d’une intrépidité outrée, soit que la tête lui eût tourné aux approches de la mort : et il semble, quoi qu’il en soit, que Dieu voulait, quelque afiTreuse que fût la fin de cette princesse, qu’elle tint autant du ridicule que du tragique.

Il est temps de raconter les définitions de foi que Henri fit en Angleterre, comme chef souverain de l'Église. Voici , dans les articles qu’il dressa luimême, la confirmation de la doctrine catholique. On y trouve tabsoluHon du prêtre comme • une

• chose instituée par Jésus-Christ, et aussi bonne

• que si Dieu la donnait lui-même, avec la confes-

• sion de ses péchés a un prêtre, nécessaire quand ■ on la pouvait faire '. * On établit sur ce fondement les trois actes de la pénitence divinement instituée, ta contrition et la confession en termes

I formels, et la satisfaction, sous le nom de dignes \ fruits de la repentance , qu’on est obligé de porter,

• encore qu’il soit véritable que Dieu pardonne les « p^és dans la seule vue de la satisfaction de « Jésus-Christ, et non à cause de nos mérites. * Voilà toute la substance de la doctrine catholique. Et U ne faut pas que les protestants s'imaginent que ce qui est dit de la satisfaction leur soit particulier; puisque le concile de Trente a toujours cru la rémission des pédiés une pure grâce accordée par les seuls mérites de Jésus-Christ.

Dans le sacrement de l’autel on reconnaît le I même corps du Sauveur conçu de lat ’ierge, comme I donné en sapropre substance tous les enveloppes ,

I ou , comme parle l’original anglais , sous la forme etfguredupain : ce qui marque très-précisément la présence réelle du corps, et donne à entendre, selon le langage usité, qu'il ne reste du pain que les espèces.

Les images étaient retenues avec la liberté tout entière « de leur faire fumer de l’encens, de ployer « le genou devant elles, de leur faire des offrandes, « et de leur rendre du respect, en considérant ces « hommages comme un honneur relatif qui allait

• h Dieu , et non à l’image *. • Ce n'était pas seulement approuver en général l'honneur des images, mais encore approuver en particulier ce que ce culte avait de plus fort.

On ordonnait d’annoncer au peuple qu'il était bon de prier les saints de prier pour les fidèles , sans néanmoins espérer d’en obtenir les choses que Dieu seul pouvait donner.

Quand M. Burnet regarde ici comme une espèce de réformation, « qu’on ait aboli le service immé-

• dial des images, et changé l'invocation directe « des saints en une simple prière de prier pour les « fidèles ’, * U ne fait qu'amuser le monde; puisqu’il n'y a point de catholique qui ne lui avoue qu’il n’espère rien des saints que par leurs prières, et qu'il ne rend aucun honneur aux images que celui qui est ici exprimé par rapport à Dieu.

On approuve express^ent les cérémonies de l'eau bénite, du pain bénit, de la bénédiction des

* T. I, liv. tu , p. 892. — > thid. p. SM. —

DES VARIATIONS, LIV. VIE. 10

fonU baptiiinaux, et des exorcismes dans le b.iptéme; celle de donner des cendres au comit>encement du car<!nie , celle de porter des rameaux le jour de Pâques fleuries , celle de se prosterner drrant la croix, et de la baiser, pour célébrer ta mémoire de la passion de Jésus-Christ * : toutes ces cérémonies étaient regardées comme une espèce de langage mystérieux, qui rappelait en notre mémoire les bienfaits de Dieu, et excitait Tâme à s’élever au ciel ; qui est aussi la même idée qu'en ont tous les catholiques.

La coutume de prier pour les morts est autorisée , comme ayant un fondement certain dans le livre des Macliabées, et comme ayant été reçue dès le commencement de l'Église : tout est approuvé, jusqu’à l’usage de faire dire des messes pour la déiiorancedes âmes des (répassés * : par où on reconnaissait dans la messe ce qui faisait l'aversion de la nouvelle réforme , c’est-à^irc cette vertu par laquelle, indépendamment de la communion, elle proQlait à ceux pour qui on la disait, puisque sans doute ces âmes ne communiaient pas.

Le roi disait à chacun de ces articles, qu’il ordonnait aux évêques de les annoncer au peuple dont il leur avait commis la conduite: langage jusques alors fort inconnu dans l’Église. A la vérité, quand il décida ces points de foi, il avait auparavant ouï les évêques , comme les juges entendent des experts : mais c'était lui qui ordonnait et qui décidait. Tous les évêques souscrivirent après 12romweli vicaire général et Cranmer archevêque de Cantorbéri.

M. Buruet a de la honte de voir ses réformateurs approuver les principaux articles de la doctrine catholique, et jusqu’à la messe, qui seule les contenait tous. Il les excuse en disant que « divers évé- « ques et divers théologiens n'avaient pas eu au « commencement une connaissance distincte de • toutes les matières; et que, s’ils s’étaient relâ- « chés à certains égarai n’avait été par ignorance, m plutdt que par politique, ou par faiblesse • Mais n’est-ce pas se moquer trop visiblement, que ^ de faire ignorer aux réformateurs ce qu’il y avait de plus essentiel dans la réforme? Si Cranmer et ses adhérents approuvaient de bonne foi tous ces articles , et même la messe , en quoi donc étaient-ils luthériens? Et s’ils rejetaient dès lors en leur coeur tous ces prétendus abus , comme on n’en peut douter, leur signature qu'est-ce autre chose qu’une honteuse prostitution de leur conscience? (^pendant, à quelque prix que ce soit, M. Burnet veut que dès lors ou ait réformé, à cause que dès te premier article de la définition de Henri, on recommandait au peuple la foi à t’iicriture et aux trois avec défense de rien dire qui n’y

fiU conforme : chose que personne ne niait, et qui ainsi n’avait pas besoin d'être réformée.

Voilà les articles de foi donnés par Henri en 1536. Mais quoiqu'il n'edt pas tout mis , et qu'en particulier il y edt quatre sacrements dont il n'avait fait aucune meotion, la confirmation, l’extrême-onction,

' P. tSR. — * Jtar. itet piie I, part. adâ. n I. — ^ Burn. t. I, tiv. III, g. S9». — *P. 293, 209.

l'ordre et le mariage; il est très^constant d'ailleurs qu'il n’y chniigra rien , non plus que dans les autres points de noire fui : mais il voulut en particulier exprimer dans ses arlides ce qu’il y avait alors de plus controversé, afin de ne laisser aucun doute do sa persévérance dans l'ancienne foi.

Kn ce inêine temps, par le conseil de Cromwell, et pour engager sa noblesse dans ses sentiments , il vendit aux gentilshommes de chaque province les terres des couvents qui avaient été supprimés, et les leur donna à fort bas prix. Voilà les adresses des réformateurs, et les liens par où l'on tenait à la réformât ion.

I.e vice-gérant publia aussi un nouveau règlement ecclésiastique, dont le fondement était ].i doctrine des articles qu’on vient de voir si conformes à la doctrine catliotiqiie. M. Burnet trouve beaucoup d’apparence à croire que ce règlement fut dressé par Cr.nnmer <, et nous donne une nouvelle preuve que cet archcvéi|ue était capable, en matière de religion, des dissimulations les plus criminelles.

Henri s'expliqua encore plus précisément sur l’ancienne foi, dans la déclaration de ces six articles fameux qu'il publia en 1539. 11 établissait dans le premier la transsubstantiation; dans le second, la communion sous uue espèce; dans le troisième, le célibat des prêtres, avec la peine de mort contre c-eux qui y contreviendraient; dans le quatrième, l’obligation de garder les vœux; dans le cinquième, les messes particulières; dans le sixième, la nécessité de la confession auriculaire * . Ces articles furent publiés par l’autorité du roi et du parlement, à peine de mort pour ceux qui les combattraient opioiâtrément , et de prison pour les autres , autant de temps qu’il plairait au roi.

Pendant que Henri se déclarait d’une manière si terrible contre la réformation prétendue, Cromwel, le vice-gérant, et l’archevêque, ne voyaient plus d’autre moyen de l'avancer, qu'en donnant au roi une femme qui protégeât leurs personnes et leurs desseins. La reine Jeanne Seymour était morte dès r.in 1.^37, en accouchant d'Édouard. Si elle n'éprouva paslalégèretéde Henri, M. Burnet reconnaît qu’elle en est apparemment redevable à la brièveté de sa vie^. Cromwell, qui se souvenait combien les femmes de Henri avaient de pouvoir sur lui tant qu'elles en étaient aimées, cnit que la beauté d’Anne de Clèves serait propre à seconder ses desseins, et porta le roi à l'épouser. Mais par malheur ce prince devint amoureux de Catherine Howard et à peine eut-il accompli son mariage avec Anne, qu’il tourna toutes ses pensées à le rompre. Le vicegérant porta la peine de l’avoir conseillé, et trouva sa perte où il avait cru trouver soo soutien. On s’aperçut qu'il donnait une secrète protection aux nouveaux prédicateurs, ennemis des six articles et de la présence réelle, que le roi défendait avec ardeur Quelques paroles qu’il dit à cette occasion contre le roi, furent rapportées. Ainsi, par l'ordre de ce prince, le parlement le condamna comme

’ r I. /h». Il, p. aos. — ‘ lÀp. m, au. -• B. aw. - • B. ssa.^i B. 379. - • P. aw.

hérétique et traître 6 Tétât. On remarqua qiTi) fut condamné sans être ouï ■ ; 'etqu'ninsi il porta la peine du détestable conseil dont il avait été le premier autour, de condamner des accus<'s sans les entendre. Et on dira que la main de Dieu n’est pas visible sur ces malheureux réformateurs, qui étaient aussi, comme on voit, les plus mcohants aussi bien que les plus hv{>ocritcs de tous les hommes!

Cromwell prostituait plus que tous les autres sa conscience à la flatterie, puisque par .sa qualité de vic^-gérant il autorisait on public tous les «articles de foi de Henri, qu’il tâchait secrètement de détruire. M. Burnet conjecture que, si on refusa de l'entendre, ■ c’est qu apparemment, dans toute» les a choses qu'il avait faites • pour l.i réformalion prétendue, « il était muni de bons ordres de son " maitre, cl n'avait agi vraisemblablement que par •I le commandement du roi, dont les démarchés «• vers une reforme sont assez connues • Allais à ce coup l'artifice est trop grossier; et pour y être surpris, il faudrait vouloir s’aveugler. M. Burnet osera-t-il dire que les démarches qu'il attribue à Henri vers la réforme ont été an préjudice de ses six articles, ou de la présence réelle, ou de la messe? Il se démentirait lui-méme, puisqu'il avoue dans tout son livre que ce prince a toujours été treszclé, ou, pour parler avec lui, trés-enlété de tous ces articles. Cependant U voudrait ici nous faire accroire que Cromwell avait des ordres secrets pour les affaiblir, pendant qu'on le fait mourir lul-méme pour avoir favorisé ceux qui s'y oppos, aient.

Mais laissons le.s conjectures de M. Burnet, et les tours dont il tflehe en vain de colorer la réformation, pour nous attacher aux faits que la bonne foi ne lui permet pas de nier. Après la condamnation de Cromwell , il restait encore, pour satisfaire le roi , a se défaire d'une épouse odieuse , en ca.ssanl le mariage d’Anne de Clêves. Le prétexté en était grossier. On alléguait pour cause de nullité les fiançailles de cette princesse avec le marquis de Lorraine, pendant que les deux parties étaient en minorité, et sans que jamais ils les eussent ratifiées étant majeurs*. On voit bien qu'il n'y a rien de plus faible pour casser un mariage accompli : mais, au défaut des raisons, le roi avait un Cranmer prêt h tout faire. Par le moyen de cet archevêque, ce mariage fut cassé comme les deux autres : • la sentence en fut prononcée le c neuvième juillet 1540 « signée de tous les ecclé- « siastiques des deux chambres , et scellée du sceau * des deux arclievéqucs • M. Burnet en a honte, et il avoue que « Henri n'avait jamais eu une mnr-

■ que plus éclatante de la complaisance aveugle « de ses ecclésiastiques. Car ils sax'aient, poursuitfc il, que ce contrat prétendu, dont on faisait le . fondement du divorce, n’avait rieti qui portât

■ aîleintc au m.iriage5. » ils agissaient donc ouvertement contre leur conscience; mais, afin qu’on ne se laisse pas éblouir une autre fois aux spécieuses paroles de la nouvelle réforme, il est bonde

• r. M3. wn, W8. — • P. m ~ * P. »73 , 3:s, »s. — • P. 386. ~ i P. SM.

remarquer qu’ils donnent celte sentence en repré^ sentant tecondte vnicerset; après avoir dit que le roi ne leur demandait que ce qui était véritabte, ce qui était juste, ce qui était honnête et saint * / voilà comme parlaient ces évêques corrompus. Cranmer, qui présidait à cette assemblée , et qui en porta le résultat au parlement , fut le plus lâche de tous; et M. Burnet, après lui avoir cherché une vaine excuse, est obligé d’avouer que, craignant qiie ce ne fût la une entreprise formée pour le perdre, il fut de l'avis générai « . Tel fut le courage de ce nouvel Atbanase et de ce nouveau Cyrille.

Sur cette inique sentence, le roi épousa Catherine Howard, assez zélée pour la réforme, aussi ' bien qu'Anne de Boulen : mais le sort de ces réfor- ' niées est étrange. I.a vie scandaleuse de celle-ci lui fit bientôt perdre la tête sur un échafaud; et la maison de Henri fut toujours remplie de sang et d'infamie.

Les prébits dressèrent une Confession de fol. que ce prince confirma par son autorité Là on déclare en termes formels l'observation des sept sacrements : celui de la pénitence dans Tabsoiution du prêtre; la confession nécessaire; la transsubstantiation; la concomitance , ce qui levait, dit M. Burnet , la nécessité de la communion sous les deux espèces ^ ; l'honneur des images , et la prière des saints au même sens que nous avons vu dans les premières déclarations du roi, c’est-à-dire au sens de l’Eglise : la nécessité et le mérite des bonnes œuvres pour obtenir la vie éternelle; la prière pour les morts et en un mol, tout le reste de la doctrine catholique, à la réserve de l'article de la primauté, dont nous parlerons à part.

Cranmer souscrivit à tout avec les autres : car, encore que M. Burnet témoigne que quelques articles avaient passé contre son avis, il cédait à la pluralité; et on ne nous manjue aucune opposition de sa part au d«k’ret commun. I.a même exposition avait été ptibitée par l'autorité du roi dès l’an 1538, signée de dix-neuf évêques, de huit archidiacres, et de dix-sepl docteurs, sans aucune opposition. Voilà quelle était alors la foi de l'Eglise anglicane et de Henri, qu'elle s'était donné pour chef. L’archevêque passait tout contre sa conscience. La volonté de son maître était sa règle suprême; et au lieu du saint-siège avec TEglise catholique, c’était le roi seul qui devenait infaillible.

Cependant il continuait à dire la messe, qu'il rejetait dans son cœur, encore qu'on n’edt rien changé dans les missels. M. Burnet demeure d'accord que « les «altérations furent si légères, qu'on « ne fut point obligé de faire imprimer de nouveau a ni les bréviaires , ni les missels , ni aucun office ■ car, poursuit cet historien, en effaçant quelques « collectes où on priait Dieu pour le pape, Toflice • de Thonuas Bequet, » (c’est saint Thomas de Omtorbéri) « et cehii des autres saints retran- « chés*; » et en faisant outre cela quelques ra/wes

• Juÿvment de Cran, et de* Évoque*. Rec. de Btirit. /. part. t. m , n. 19, />. JIW. p. 3«5. > — T. 3M . 3«. — » P. 301. — ‘ P. 307. — ^ P. *01 , *M. — ® P.M, *01.

DES VARIATIONS, LIV. VII

peu considérables, on se servit toujours des inémes livres. On pratiquait donc au fond le même cuite. Cranmer s'en accommodait; et si nous voulons sa< voir toute sa peine, c'est, comme nous l'apprend M. Burnet * , qu'à la r<'*serve de Fox évêque de Hereford, aussi dissimulé que lui, « les autres évé* « ques de son parti l'embarrassaient plus qu'ils ne

• lui étaient utiles, à cause qu'ils ne connaissaient

• ni la prudence politique, ni l’art des ménage- « ments; de sorte qu'ils attaquaient ouverte-

• MERT des cho.ses qu'on n'avait pas encore abo-

• lies. » Cranmer, qui trahissait sa conscience, et qui attaquait sourdement ce qu'il approuvait et pratiquait en public, était plus habile, puisqu'il savait porter la poli/ique et l’art des ménagements jusqu'au plus intime de la religion.

On s'étonnera peut-être comment un homme de cette humeur osa parler contre les six articles : car c'est là le seul endroit où M. Burnet le fait courageux; mais il nous en découvre lui-même la cause >. C’est qu’il avait un intérêt particulier à?n8 l'article qui condamnait à mort les prêtres mariés, puisqu'alors il l'était lut-mêine. Laisser passer dans le parlement en loi de l’Ctat sa propre condamnation , c'eût été trop ; et sa crainte lui lit alors montrer quelque sorte de vigueur : ainsi , en parlant assez faiblement contre quelques autres articles, il s'expliqua beaucoup contre celui-là. Mais, après tout, on ne voit pas qu’il ait fait autre effort en cette rencontre, si ce n'est qu’nprès avoir tâché vainement de dissuader la loi, il se rangea, selon sa coutume, à l'avis commun.

Mais voici le plus grand acte de son courage. M. Burnet, sur la foi d’un auteur de la Vie de Cranmer, veut que nous croyions que le roi , Inquiété par Cranmer sur la loi des six articles, voulut savoir pourquoi il s'y opposait, et qu'il ordonna au prélat de mettre ses rai.sons par écrit 11 le üt. Son écrit, mis au net par son secrétaire, tomba entre les mains d'un ennemi de (Cranmer. On le porta aussitdt à Cromwell , qui vivait encore , dans le dessein d'en faire prendre l’auteur. Mais Cromwell éluda la chose, et Cranmer sortit ainsi d'un pas dangereux.

Ce récit est tout propre à nous faire voir que le roi ne savait rien en effet de l'écrit de Cranmer contre les articles; que s'il l'eitt su, le prélat était perdu; et enfin qu'il ne se sauvait que par une adresse et une dissimulation continuelle : en tout cas, si M. Burnet l'aime mieux ainsi, je veux bien croire que le roi trouvait dans Cranmer une si grande facilité d'approuver dans le public tout ce que son maître voulait, que ce prince n'avait pas ^oin de se mettre en peine de ce que pensait dans son cœur un homme si complaisant, et ne pouvait se défaire d'un si commode conseil.

Ce n’était pas seulement dans ses nouvelles amours qu'il le trouvait si flatteur : Cranmer avait fabriqué dans son es|H'it cette nouvelle idée de chef de l’Église attachée à la royauté : et ce qu'il en dit,

dans une pièce que M. Burnet a donnée dans son Uecueil >, est inouï. Il enseigne donc « que le prince « chrétien est commis immédiatement de Dieu, au-

■ tant pour ce qui regarde l’administration de la

• parole, que pour l'administration du gouverne- « ment politique. Que dans ces deux administra- « tions il doit avoir des ministres qu'il établisse « au-dessous de lui : comme par exemple le chan- - celier et le trésorier, les maires et les shérifs » dans le civil; et les évêques, curés, vicaires et « prêtres, qui auront titre par sa majesté; « dans l'administration de la parole, comme, par •> exemple, révét|ue de Cantorbéri, le curé de

• Winwick, et les autres. Que tous les officiers > et ministres, tant de ce genre que de tout autre, « doivent être destinés, assignés et élus par les

■ soins et les ordres des princes, avec diverses so-

• lennités, qui re sont pas de nécessité, mais « de bienséance seulement; de sorte que si ces

■ charges étaient données par le prince sans de « telles solennités, elles ne ser.iicnt pas moins « données; et qu'il n'y a pas plus de promesse de « Dieu, que la grâce soit donnée dans l'établisse- « ment d’un office ecclésiastique, que dans l'éta- « blissement d'un oflire politique. •

Après avoir ain.si établi tout le ministère ecclésiastique sur une simple délégation des princes, sans même que l'ordination ou la consécration ecclésiastique y fût nécessaire, il va au-devant d’une objection qui se présente d'abord à l’esprit; c’est à .savoir comment les pasteurs exerçaient leur autorité sous les princes infidèles : et il répond, conformément à scs principes, qu’en ce temps il n’y avait pas dans l'Église de vrai pouvoir ou rommandement; mais que le peuple acceptait ceux qui étaient pré.seotés parles apôtres, ou autres qu’il croyait remplis de l’esprit de Dieu, de sa seule rohnté libre ,• et dans la suite les écoutait, comme un bon peuple prêt à obéir aux avis de bonsconseiUei‘s. Voilà ce que dit Cranmer dans une a.sseinblée d’évêques, et voilà l’idée qu'il avait de cette divine puissance que Jésus-Christ a donnée à ses ministres.

Je n’ai pas besoin de rejeter ce prodige de doctrine, tant réfuté par Calvin et par tous les autres protestants ; puisque M. Burnet en rougit lui-même pour Cranmer, et veut prendre pour rétractation de ce sentiment ce qu'il n souscrit ailleurs de l'institution divine des évêques. Mais, outre que nous avons vu que ces souscriptions ne sont pas toujours une preuve de ses sentiments, je dirai encore à M. Burnet qu'il nous caclie avec trop d'adresse les vrais sentiments de Cranmer. Il ne lui importait pas que l’institution des évêques et des prêtres fdl divine, et il reconnaît cette vérité dans la pièce même dont nous venons de produire l'extrait : car il y est expressément porté à la fin, que tout le monde, et Cranmer par conséquent, était d’avis que les apôtres avaient reçu de Dieu le pouvoir de créer des évêques* ou des pasteurs. C'est aussi ce

• Pee. /. pnrf. Uv. ni, n. I ,p. SOI - • Rcc. I. part, tiv III, H. Si.

HISTOIRB

qu'on ne pouvait nier sans contredire trop ouver* temeiit Ixvangile. Mais la prétention de Cranmer et de ses adhérents était, que Jésus-Christ instituait les pasteurs pour exercer leur puissance, comme dépendante du prince dans toutes leurs fonctions; ce qui est sans diflicullé la plus inouïe et la plus scandaleuse flatterie qui soit Jamais tombée dans l'esprit des hommes.

De là donc il est arrivé que Henri TIII donnait pouvoir aux évéques de visiter leurs diocèses avec cette préface : « Que toute Juridiction , tant ecclc- « siastique que séculière, venait de la puissance « royale, comme de la source première de toute « magistrature dans chaque royaume. Que ceux

■ qui jusqu'alors avaient exercé pikKCSi8EUE?«T

■ cette puissance, la devaient reconnaître comme « venue de la libéralité du prince, rt la quitte» « QUAND IL LUI PLAIRAIT. Que sur C6 fondement « il donne pouvoir à tel évéque de visiter .<son dio- « cèse COMME VICAIRE DU ROI*, et par soii auto- « rité, de promouvoir aux ordres sacrés et même « à la prêtrise , ceux qu'il trouvera h propos ' ; » et en un mot, d’exercer toutes les fonctions épiscopales , aoec pouvoir de subdéiéguer, s’il le jugeait nécessaire.

Ne disons rien contre une doctrine qui se détruit elle-inêine par son propre excès , et remarquons seulement celte .'tffreuse proposition, qui fait la puissance des évéques tellement émanée de celle du roi, qu'eîle est même révocable à sa volonté.

Cranmer était si persuadé de cette puissance royale, qu'il n’eut pas de honte lui-même, archevêque de Cantorbéri et primat de toute l’Église d'Angleterre, de recevoir une semblable commission sous Édouard VI, lorsqu'il réforma l’Église à sa mode* : etre fut le seul article qu’il retint de ceux que Henri avait publiés.

On poussa si loin cette puissance dans la réformation anglicane, qu’Éüsabeth en eut du scrupule ; et l'horreur qu’on eut de voir une femme chef souveraine de l'Église, et source de la puissance pastorale, dont elle est incapable par son sexe, Ht qu'on ouvrit enfin les yeux aux excès où on s'était emporté^. Mais nous verrons que sans en changer le fond ni la force, ou y apporta seulement des adoucissements palliatifs; et M. llurnet déplore encore aujourd’hui de voir « l’excommunication,

• un acte si purement ecclésiastique, dont ou de- > vait remettre le droit entre les mains des évê- « ques, et au clergé, ahandonm'e à des tribunaux

• sécularisés*, • c’est-à-dire non-seulement aux rois, mais encore à leurs ofliciers. « Erreur, poiir- « suit ce docteur, qui s’est accrue à un tel point, « qu'il est plus facile d’cii découvrir les incomc-

• nients, que d'en marquer les remèdes. •

Et certainement Je ne pense pas qu'on puisse rien imaginer de plus contradictoire d'un côté, que de dénier aux rois l'administration de la pa-

' Ctmmiu. à Bonner. Ï6. «. 14. p- IH4. — * Bum. II. part. Ü9. 1, p. 90. — * IM. tiv. ni , p. 968, 37t. — * Ibid. Uv. I ,

Y roléa des sacrements; et de l'autre, de leur ac- { corder rexcoinmunicaüon , qui en effet n'est autre I chose que la parole célestearraée de la censure qui I vient du ciel , et une partie des plus essentielles de . radministnitiou des sacrements, puiaqu'assuréi ment le droit d’en priver les fidèles ne peut appartenir qu'à ceux qui sont aussi établis de Dieu pour les leur donner. Mais l’Église anglicane est encore allée plus loin, puisqu'elle attribue à ses rois, et a l'autorité séculière , le droit d’autoriser les rituels et les liturgies, et même de décider en dernier ressort des vérités de la foi, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus intime dans l'adminislration des sacrements, et de plus inséparablement attaché à la prédication de la parole. Et tant sous Henri MH que dans les règnes suivants, nous ne voyons ni liturgie , ni rituel , ni confession de foi , qui ne tire sa dernière force de l’autorité des rois et des parlements, comme la suite le fera connaître.

On a passé Jusqu’à eet excès , qu'au lieu que 1rs empereurs orthodoxes, s’ils faisaient anciennement quelques constitutions sur la foi , ou ils ne le faisaient qu’en exécution des décrets de l'Église, ou bien ils en attendaient la confirmation de leurs ordonnances : mais on enseignait au contraire en Angleterre, « que les décisions des conci-

• les sur la foi n'avaient nulle force sans Kappro-

• bation des princes ' ; » et c'est la belle Idée que donnait Cranmer des déci.sions de l'Église, dans un discours rapporté par M. Bumet.

Cette réforme avait donc son origine dans les flatteries de cet archevêque , et dans les désordres de Henri VIII. M. Burnet prend beaucoup de peine à entasser des exemples 6e princes très-déréglés, dont Dieu s'est servi |K>ur de grands ouvrages*. Qui en doute? Mais, sans examiner les histoires qu’il en rapporte, où il mêle le vrai avec le faux, et le certain avec le douteux, montrera-t-il un seul exemple où Dieu, voulant révéler aux hommes quelque vérité importante et inconnue durant tant de siècles, pour ne pas dire entièrement inouïe, ait choisi un roi aussi scandaleux que Henri VMI, et un évê<Yue aussi lâche et aussi corrompu que Cranmer? Si le scliisme de l'Angleterre, si la réformation anglicane est un ouvrage divin, rien n’y sera plus divin que la primauté ecclésiastique du roi; puisque ce n’est pas seulement par là que la rupture avec Uome, c'est-à-dire , selon les protestants, le fondement nécessaire de toute bonne réformea commencé; mais que c’est encore le seul point où l'on n'a jamais varié depuis le schisme. Dieu a choisi Henri Vlll pour introduire ce nouveau dogme parmi les chrétiens , et tout ensemble il a choisi ce même prince pour être un exemple de ses Jugements les plus profonds et les plus terribles : non de ceux où il renverse les trônes, et donne à des rois impies une fin manifestement tragique; mais de ceux où , les livrant à leurs passions et à leurs flatteurs, il les laisse se précipiter dans le

• //. part. îiv. I , p. Î6I. — » Prf/

DES VARIATIONS, LIV. VIL

plus excessif sTeuglement. Cependant il les retient autant quMI lui platt sur ce penchant, pour faire éclater en eux ce qu*ü veut que nous sachions de conseils. Henri VIII n’attente rien contre les autres vérités catholiques. La chaire de saint Pierre est la seule qui est attaquée : l'univers a vu par ce moyen que le dessein de ce prince n’a été que de se venger de cette puissance pontificale qui le condamnait, et que sa haine fut la règle de sa foi.

Après cela je n’ai pas besoin d’examiner tout ce que raconte M. Burnet, ni sur les intrigues des conclaves , ni sur la conduite des papes , ni sur les artifices de Clément VII. Quel avantage en peut-il tirer? Ni Clément, ni les autres papes ne sont parmi nous auteurs d’un nouveau dogme. Ils ne nous ont pas séparés de ia sainte société où nous avions été baptisés, et ne nous ont point appris è condamner nos ancieits pasteurs. En un mot, ils ne font pas seete parmi nous, et leur vocation n'a rien d’extraordinaire. S’ils n’entrent pas par la porte qui est toujours ouverte dans l'Église , c’està-dire par les voies canoniques , ou qu'ils usent mrl du ministère ordinaire et légitime qui leur a été confié d’en haut , c’est ce cas marqué dans l’Évangile ' , d’honorer la chaire sans approuver ou imiter les personnes. Je ne dois non plus me mettre en peine si la dispense de Jules II était bien donnée, ni si Clément VII pouvait ou devait la révoquer, et annuler le mariage. Car encore que je tienne pour certain que ce dernier pape a bien fait au fond, et qu’à mon avis, en cette occasion, oo ne puisse blâmer tout au plus que sa politique , tantét trop tremblante, et tantôt trop précipitée; CO o’est pas là une affaire que je doive décider en ce lieu, ni un prétexte d’accuser d'erreur l'Église romaine. Ces matières de dispense se règlent souvent par de simples probabilités; et on n’est pas obligé d’y rechercher la certitude de la foi , dont même elles ne sont pas toujours capables. Mais, puisque M. Burnet fait de ceci une accusation capitale contre l’Église romaine , on ne peut presque s’empêcher de s'y arrêter un moment.

Le fait est connu. On sait que Henri VII avait obtenu une dispense de Jules II pour faire épouser la veuve d’Arthus , son fils aîné , à Henri , son second fils et son successeur. Ce prince, après avoir vi\ toutes les raisons de douter, avoit accompli ce mariage étant roi et majeur, du consentement unanime de tous les ordres de son royaume, le 3 juin 1509, c'est-à-dire six semaines après son avènement à la couronne*. Vingt ans se passèrent sans qu’on révoquât en doute un mariage contracté de si bonne foi. Henri, devenu amoureux d'Anne deBoulen, fit venir sa conscience au secours de sa passion; et son mariage lui devenant odieux, lui devint en même temps douteux et suspect K Cependant il en éuu sorti une pnocesse qui avait été reconnue dès son enfance pour l’^ritière du royaume ; de sorte que le prétexte que prenait Henri

I JTffnA. xxnt,s. •>* JÏHrm ï.part. Uv. It.p. 38.— ■Aid.

de faire casser son mariage , de peur, disaft-il, que la Buccession du royaume ne fOt douteuse , n'était qu'une illusion ; puisque personne ne songeait à contester son état à Marie , qui en effet fut reconnue reine d’un commun consentement, lorsque l'ordre de la naissance l'eut appelée à la couronne. Au contraire, si quelque chose pouvait causer du trouble à la succession de ce grand royaume, c’é- ■ tait le doute de Henri ; et il paraît que tout ce qu’il puMia sur rembarras de sa succession ne fut qu’une couverture, tant de ses nouvelles amours, que du dégoût qu’il avait conçu de la reine sa femme, à cause des infirmités qui lui étaient survenues, comme M. Burnet l’avoue lui-même*.

XTn prince passionné veut avoir raison. Ainsi, pour plaire à Henri, on attaqua la dispense sur laquelle était fondé son mariage, par divers moyens , dont les uns étaient tirés du fait, et les autres du droit. Dan» le fait , onsoutenait quela dispense était nulle, parce qu’elle avait été accordée sur de fausses allégations. Mais comme ces moyens de fait , réduits à ces minuties, étaient emportés par la condition favorable d'un mariage qui subsistait depuis tant d’années, on s'attacha principalement aux moyens de droit; et on soutint la dispense nulle, comme accordée au préjudice de la loi de Dieu, dont le pape ne pouvait pas dispenser.

il s'agissait de savoir si la défense de contracter en certains degrés de consanguinité ou d'affinité, portée par le Lévitique*, et entre autres celle d'épouser la veuve do son frère, appartenait tellement à ta loi naturelle, qu’on fût obligé de garder cette défense dans la loi évangélique. La raison de douter était qu’on ne lisait point que Dieu eût jamais dispensé de ce qui était purement de la lot naturelle : par exemple, depuis la multiplication du genre humain , il n'y avait point d'exemple que Dieu eût permis le mariage de frère à sœur, ni Irsautres de cette nature au premier degré , soit ascendant, ou descendant, ou collatéral. Oril y avait dans le Deutéronome une loi expresse, qui ordonnaiten certains cas à un frère d’épouser sa belle-sœur, et la veuve de son frère^. Dieu donc ne détruisant pas la nature , dont il est l’auteur, faisait connaître par là que ce mariage n’était pas de ceux que la nature rejette; et c’était sur ce fondement que la dispense de Jules 11 était appuyée.

Il faut rendre ce témoignage aux protestants d'Allemagne : Henri n'en put obtenir l’approbation de son nouveau mariage, ui la condamnation de la dispense de Jules II. Lorsqu'on parla de cette affaire, dans une ambassade solennelle que ce prince avait envoyée en Allemagne, pour se joindre à la ligue protestante, Meianchton décida ainsi : • Nous n’a- « vons pas été de l’avis des ambassadeurs d'Angle- « terre; car nous croyons que ta loi de ne pas ■ épouser la femme de son frère est susceptible « de dispense , quoique nous ne croyions pas qu’elle • soit abolie^. • Et encore plus brièven>entdans un autre endroit : « Les ambassadeurs prétendent que

I Bmm- J. part. Vtv. R, p. S9. ele. — > LeviL STm, SU. — < DeuU XXV, b. - * U%. IV, ep. ils.

los

• U défense dVpouser la femme de son frère est in-

• (tispensable ; et nous soutenons au contraire qu’on « on peut dispenser*. ■ C'était justement ce qu’on a sait prétendu à Rome; et Clément VII arait appuyé sur ce fondement sa sentence délinitive contre le divorce.

Bucer avait été de même avis sur le même fondement :et nousapprenonsde M. Uurnet que , selon cet auteur, l’un des réformateurs de r.Vngleterre, . la loi du Lévitique ne pouv.iitêtre une loi morale

• ou perpétuelle , puisque Dieu même en avait voulu » dispenser’. »

Zuingle et Calvin avec leurs disciples furent favorables au roi d’Angleterre; et je ne sais si le dessein d’établir leur doctrine dons ce royaume la ne contribua pas un peu à leur complaisance; mais les luthériens n’y entrèrent pas, encore iiue M, Uurnet les fasse un peu varier. • I-eur premiiTc pensée dit-

• il’, fut que les ordonnances du Léviticpie n’é-

• taienl pas morales, et quelles n’avaient nulle

• force parmi les cbréliens. Ensuite ils changèrent « de Bcnliinent, lorsi|ue la question eut été un peu

• agitée, mais ils ne convinrent jamais qu’un ma- . riage déjà fait pilt être cassé. .

Ce fut à la vérité une étrange décision que la leur, telle que nous la rapporte M. Uurnet; puisqu’aprés avoir reconnu que « la loi du I-évitique

• est divine, naturelle et morale , et doit être gar- . dée comme telle dans toutes les Eglises; en sorte

• que le mariage contracté contre cette lui avec la . veuve d'un frère est incestueux • : • ils ne laissent pas de conclure qu’on ne doit pas rompre ce mariage; avec quelque doute d'abord, mais à la lin par une derniere et definitive résolution, de l’aveu de M. Uurnet V : de sorte qu’un mariage incestueux , un mariage fait conire les lois dirineSt Jnoraies et naturelles, dont la vigueur estentiérc dans l’Église dirétienne, doit subsister selon eux, et le divorce en ce cas n’est pas permis.

Cette décision des luthériens est rapportée par M. Burnet à l’an 1530. Celle de Melanchton, que nous venons de produire, est postérieure, et de l’an 1SS6. Et, quoi qu’il en soit , c'e.st un préjugé favorable pour la dispense de Jules II et pour la sentence de Clément Vil , que ces papes aient trouve des défenseurs parmi ceux qui ne cherchaient à quelque prix que ce fût, qu'à censurer leurs actions.

Les protestants d’Allemagne furent si fermes dans ce sentiment, qu’avec toutes les liaisons que Cranmer avait des lors avec eux , il n’en put engager aucun dans le sentiment du roi d'Angleterre, que le seul Osiandreson beau-frère, dont nous verrons dans la suite que l’autorité ne devait pas être fort considérable.

A l’égard des catholiques, M. Burnet nous raconte que Henri VIII corrompit deux ou trois cardinaux. Sans m’informer de ces faits, jeremarquerai seulement qu’une cause est bien mauvaise , lorsqu’elle a besoin d’être soutenue par des moyens si

* lÀr.n, ep. 183. — * Burn. lib. Il, p. US, — ’ Jbid. lU. —

• Hec, tirs PietTS, /. Jnirt. ttt/. U, H. 3S. — S Jbid. ta', U ,p. lit.

infâmes. Et pour les docteurs dont M. Burnet nous vante les souscriptions , quelle merveille , dans un siècle si corrompu , qu’un si grand roi en ait pu trouver qui n’aient pas été à l’epreuve de ses sollicitations et de ses présents ! Notre historien ne veut pas qu’il soit permis de révoquer en doute le témoignage de Fra-Paolo , ni celui de M. de fbou '. Qu’il écoute donc ces deux historiens. L’un dit que Henri, - ayant consulté en Italie, en Allemagne et « en E’rance, il trouva une partie des théologiens

• favorable, et l’autre contraire; que la plugnirt de « ceux de Paris furent pour lui, et que plusieurs

• crurent qu’ils l’avaient fait, plutût persuadés par

• l’argent du roi, que par ses raisons*, a L’autre

• dit aussi que Henri rechercha l’avis des tbéoloa giens, et en particulier de ceux de Paris; et que a le bruit était que ceux-ci, gagnés par argent,

• avaient souscrit au divorce *. >

.le ne veux pas décider si la conclusion de la Faculté de théologie de Paris, que .M. Burnet produit en faveur des prétentions de Henri *, est véritable : d'autres que moi traiteront cette question; mais je dirai seulement qu’elle est très-suspecte, tant a cause du style fort différent de celui dont la Faculté a coutume d’user, qu’à cause que la conclusion de M. Burnet est datée du 2 juillet 1.530, aux Mathurins; au lieu qu’en ce temps, et quelques années auparavant , les assemblées de la Faculté se tenaient ordinairement en Sorbonne.

Dans les notes que Charles Dumoulin, ce célèbre jurisronsulte, a faites sur les conseils de Decius, il y est parlé d’une délibération des docteurs en théologie de Paris en faveur du roi d’Angleterre, le premier juin 1530*; mais cet auteur la marque en Sorbonne. Au reste, il fait peu de ras de celte délibération, où l’avis favorable au roi d’Angleterre passa de cinquanle lrois conire qitaranlc-deuT, c’est-à-dire de huit voix seulement, tlanl, dit-il, on ne devait pas beancoup se mettre en /lehie, a cause des angelots d'.lngkterre qu’on avait distribués pour les acheter; ce qu’il assure avoir reconnu par des attestations que tes présidents Dufresne et l’oliot en avaient données par ordre de Franrois I". D’où il conclut que le vrai avis de la Sorbonne, c’est-à-dire, le naturel, et celui qui n’avait pas été acheté, était celui qui favorisait le mariage de Henri et de Catherine. Au surplus, il est bien certain que dans le temps de la délibération, François, qui favorisait alors le roi d’Angleterre, avait chargé M. I.iset, premier président , de solliciter pour lui les docteurs , comme il parait par les lettres qu’on a encore en original dans la bibliothèque du Roi, où il rend compte de ses diligences. Savoir maintenant si cette délibération fut faite par la Faculté assemblée en corps, ou si c’est seulement l’avis de plusieurs docteurs, qu’on publia eu Angleterre, sous le nom de la Faculté, comme il arrive en cas semblable : c’est ce qu’il ne m’importe guère d’examiner. On voit assez que la

I ’ r I. Prrf — ’ Cône. Trib. lib. i, «n». I&M. —

I » Th. iliit. /iô. I, an- »M*. — * dftPiiee», Lfort. l,

t II,/», i, «. adCoftt.Wl.

DES VAniATIONS, LIV. Vit.

conscience du roi d’AnjïU'lerreclail plutôt chargée que soulagée par de semblables consultations, faites par brigues, par argent, et par l*aulorité de deux si grands rois. I^s autres, qu’on nous rapjïorte, ne se firent pas de meilleure foi. M. Burnet rapporte lui-méine uue lettre de l’agent du roi d'Angleterre en Italie, qui écrit gne s il avait assez, d'argent , il engagerait tous les théologiens d / talie à signer*. C’était donc l’argent, et non pas la volonté qui lui manquait. Mais sans m’arrêter davantage aux historiettes que .M. Burnet nous raconte avec une si vaine exactitude * , il u'y a personne qui n'avoue que Clément VU eût été trop indigne de sa place, si dans une affaire de cette importance il avait eu le moindre égard à ces consultations mendiées.

Kn effet, la question fut déterminée par des principes plus solides, il paraissait clairement que la défense du Lévitique ne port.iit point le caractère d'une loi naturelle et indispensable, puisque Dieu y dérogeait eu d'autres endroits. La dispense de Jules Il , appuyée sur cette raison, avait un fondement si probable , qu'il parut tel même aux protestants d'Allemagne. Qu'il y oit pu avoir .sur celle matière quelque diversité de sentiments, c'est assez qu'il ne fdt pas évident que la dispense fût contraire aux lois divines auxquelles les chrétiens sont obligés. Celte matière était donc de la nature decelles où tout dépend de la prudence des supérieurs, et dans lesquelles la bonne foi doit faire le repos des consciences. 11 n'était aussi que trop visible que, sans ses nouvelles amours Henri Mil n'aurait jamais fatigué r^glise de la honteuse proposition d’un divorce, après un mariage contracté et continué de bonne foi depuis tant d'années. Voilà le nœud de l'affaire; cl sans parler de la procédure, où peutêtre on aura mêlé delà politique, bonne ou mauvaise, le fond de la décision de Clément VII sera un témoignage aux siècles futurs , que l’Eglise ne sait point flatter les passions des princes, ni approuver les actions scandaleuses.

Nous pourrions finir en ce lieu ce qui regarde le règne de Uenri VIII, si M. Burnet ne nous obligeait à considérer deux commencements de réformation qu’il y remarque : l'un , que ce prince ait mis l'Ecriture sainte dans les mains du peuple; et l’autre, qu’il ait montré que chaque nation pouvait se réformer d’elle-méme.

Pour ce qui regarde la Bible, voici ce qu’en disait Henri VIII en 1540, à la tête de l'Kxposition chrétienne dont nous avons parié : Que, « puisqu’il y avait des docteurs dont l'office était « d’instruire les autres hommes , il fallait aussi « qu’il y eût des auditeurs qui se contentassent

> d’entendre expliquer la sainte Ecriture, qui en ■ imprimassent la substance dans leurs cœurs, « et qui en suivissent les préceptes dans leur

> conduite , sans entreprendre de la lire eux-m£- N MES : et que c'était là le motif qui l’avait porté « à priver plusieurs de ses sujets de l’usage de la

» Liv. 1,1». 1». — » /frw.

« Bible , leur laissant au reste l'avantage de reo- > tendre interpréter à leurs pasteurs *. >

Ensuite il en accorda la lecture , la même année , à condition que le peuple ne se donnerait pa» la liberté d'expliquer tes Écritures, et tirer des raisonnements • ; ce qui était les obliger de nouveau à se rapporter, dans l'interprétation de l'Ecriture, à l’Église et à leurs pasteurs; auquel cas on est d'accord que la lecture de ce divin livre ne pouvait être que très-salutaire. Au reste, si l’on mit alors la Bible en langue vulgaire, il n’y avait rien de nouveau dans cette pratique. Nous avons de semblables versions à l’usage des catholiques dans les siècles qui ont précédé les prétendus réformateurs ; et ce n’est pas là un point de nos controverses.

Quand M. Burnet a prétendu que le progrès de la nouvelle réformation était dû à la lecture des livres divins, qu’on permit au peuple, il devait dire que celte lecture était précédée de prédica. lions artificieuses, par où l’on avait rempli l'esprit des peuples de nouvelles interprétations. Ainsi un peuple ignorant et passionné ne trouvait en effet dans l'Écriture que les erreurs dont il était prévenu; et )n témérité qu'on lui inspirait déjuger par son propre esprit du vrai sens de l'Écriture, et de former sa foi de lui-même, achevait de le perdre. Voilà comme les peuples ignorants et prévenus trouvaient la réfonnation prétendue dans l'Écriture : mais il n’y a point d'homme de bonne foi qui ne m’avoue que par les n>êmes moyens les peuples y auraient trouvé l'arianisme aussi clair, qu'ils se sont imaginé y trouver le lutliéranisme ou le calvinisme.

J/>rsqu’on a mis dans la tête d’un peuple ignorant que tout est si clair dans l'Écriture, qu’il y entend tout ce qu’il y faut entendre, et qu’ainsi il se peut passer du jugement de tous les pasteurs et de tous les siècles : il prend pour vérité coi>stante le premier sens qui se présente à son esprit; et celui auquel il est accoutumé lui parait toujours le plus naturel. Mais il faudrait lui faire entendre que c'est là souvent la lettre qui tue , et que c'est dans les passages qui paraissent les plus clairs, que Dieu a souvent caché les plus grandes et les plus terribles profondeurs.

Par exemple, M. Burnet nous propose ce passage, Buoez-en tous , comme un des plus clairs qu’on se puisse imaginer, et celui qui nous mène le plus promptement à la nécessité des deux espèces. Mais il va voir, par les choses qu’il avoue lulroéme, que ce qu'il trouve si clair devient un piège aux ignorants : car cette parole , Buvez^n tous ^ dans rinstitution de l'eucharistie , quelque claire qu’il veuille se l’imaginer, après tout ne l’est pas plus que celle-ci dans l'institution de la Pâque : f^ous mangerez l’agneau pascal , avec la robe re* troussée, et vn béton à ta main^ : debout par conséquent, et dans la posture de gens prêts à partir; car c’était là en effet l'esprit de ce sacre-

' LÀh. lit, p. 403. — * Ihid. p. 416. - * Exod. tll, (I.

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menu Toutefois, M. Buroet nous apprend que les Juit's ne le pratiquaient point ainsi * : qu’ils étaient couchés en mangeant l’agneau , comme dans les autres repas, selon la coutume du pays; et que t:t chatigemeni , qu'ils apportèrent à l'institution divine , était si peu criminel , que JésuS’Christ ne /U pas de scrupule de s’y conformer. Je luidemande j en ce cas , si un homme qui aurait pris à la lettre ce j commandement divin, sans consulter la tradition et l'interprétation de r^'4;lise, n’y aurait pas trouvé sa mort certaine, puisqu’il y aurait trouvé la con> damnation de Jésus-Clirist : et puisque cet auteur ajoute après, qu’on doit attribuer à l'Église chré~ iienme la même puissance qu'à t Église judaïque ; pourquoi dans la nouvelle Pâque un chrétien croira*t>il avoir tout vu sur la cène, en lisant les paroles de rinsiitution ; et ne sera-t'il pas obligé d’examiner , outre ces paroles , la tradition de l’Église, pour savoir ce qu’elle a toujours regardé dans la communion comme nécessaire et indispensable? C’en est assez, sans pousser plus avant cet examen, pour faire voir à M. Burnet, qu'on ne peut se dispenser d’y entrer , et que la clarté prétendue qu’un ignorant croit trouver dans ces paroles, Bucez-enrtous » n’est qu’une illusion.

Pour le second fondement de réformation qu'on prétend posé par Henri VIII , M. Bumet le fait consister en ce qu’on déclara que « l’Église de chaque

• État faisait un corps entier, et qu’ainsi l'Église

• anglicane pouvait , sous l'autorité et l’aveu de son ■ ch^, c’est-à-dire de son roi , examiner et réformer « les eomiptioDs, soit de la doctrine ou du ser- « vice *. » Voilà de belles paroles. Mais qu'on en pénètre le sens, on verra qu’une telle réformation n'Mt autre chose qu'un schisme. Une nation qui ne regarde comme un corps entier, qui règle sa loi en particulier, sans avoir égarà à ce qu’on «roit dans tout le reste de l’Église, est une nation <pii se déladie de l’Église universelle, et qui renonce à Tuntté de la foi et des sentiments, tant recommandée à l’Église par Jésus-Christ et par ses apôtres. Quand une Église ainsi cantonnée se donne son roi pour son chef, elle se fait en matière de religion un principe d’unité que Jésus-Christ et l'Évangile n'ont pas établi : elle change l’Église en corps politique , et donne lieu à ériger autant d'^lises séparées qu’il se peut former d’Etats. Cette idée de réformation etd’Église est née dans l’esprit de Henri VIII et de ses flatteurs ; et jamais les chrétiens’ne l’avaient

I eoBoue.

On nous dit que « tous les conciles provinciaux

• de l'anciMine Église fournissaient l'exemple « d'une semblable pratique, ayant condamné les « hérésies et réformé les abus^. > Mais cela, c'est visiblement donner le change. Il est bien vrai que les eoncHes provinciaux ont dû condamner d'abord les hérésies qui s'élevaient dans leur pays; car, pour y rén^ier, eût-il fallu attendre que le mal gagnât, et que toute l’Église en fût avertie? Aussi n’est^ce que là notre question. Ce qu'il fallait noua

* ri. part. liv. I, p. SSa. - * PHf. l. part. l. Ul, p.

m. * iM.-

faire voir, c'est que ces Églises se regardassent comme un corps entier , àla manière qu’on leflt en Angleterre; et qu'on y réformât la doctrine, sans prendre pour réglé ce nu’on croyait unanimement dans tout le cor(>s de l'Église. C’est de quoi on ne produira jamais aucun exemple. Lorsque les Pères d’Afrique condamnèrent l'hérésie naissante de Célestius eide Pelage, ils posèrent pour fondement la défense d’entendre l’Écriture sainte « autrement « que toute l’I-lglise catholique répandue par toute « la terre ne l'avait toujours entendue Alexandre d’Alexandrie posa le même fondement contre Arius, lorsqu’il dit en le condamnant : • Nous ne connais- > sons qu'une seule Église catholique et apostoli- " que , qui , ne |K>uvant être renversée par toute la « puissance du monde, détruit toute impiété • et toute hérésie. > Et encore : « Nous croyons dans « tous ces articles ce qu'il a plu à l'Église apostoli- « que *. > Cest ainsi que les évêques et les conciles particuliers condamnaient les hérésies par un premier jugement, en se conformant à la foi commmo de tout le corps. On y envoyait ces décrets à toutes les Églises; et c’était de cette unité qu’ils tiraient leur dernière force.

Mais on dit que le reinede du concile universel , aisé sous l’empire romain lorsque les Églises avaient un souverain commun , est devenu trop difficile , depuis que la chrétienté est partagée en tant d’États ^ : autre illusion. Car premièrement le consentement des Églises peut se déclarer par d'autres voies que par des conciles universels: témoin dans saint Cyprien la condamnation de Novatien ; témoin celle dé Paul de Samosate , dont on a écrit qu’il avait été condamné par le concile et le jugement de I tous les icéques du monde ^ , parce que tous avaient ! con8entiauconciletenucontreluiàAntioche;témoin I enfln les pélagiens , et tant d’autres hérésies , qui j sans concile universel ont été suffi stroment condamnées par l'autorité réunie du pape et de tous les évêques. Lorsque les besoins de l’Église ont demandé qu'on assemblât un concile universel , le Saint-Esprit en a bien trouvé les moyens ; et tant de conciles qui se sont tenus depuis la chute de l'empire romain, ont bien fait voir que pour assembler les pasteurs quand il a fallu , on n’avait pas besoin de son secours. Cest qu’il y a dans l'Églisa catholique un principe d’unité indépendant des rois de la terre. Le nier, c’est faire l'Église leur captive, et rendre défectueux le céleste gouvernement institué par Jésus-Christ. Mats les protestants d'Angleterre n’ont pas voulu reconnaître cette unité , à cause que le saint-siège en est dans l'extérieur le principal et ordinaire lien; et ils ont mieux aimé, même en matière de religion, avoir leurs rois pour leurs chefs, que de reconnaître dans la chaire de saint Pierre un principe établi de Dieu pour l'unité chrétienne.

Les six articles publiés de l'autorité du roi et du

> Cane. MUev. cap. 3. ComeiL t u^eoL l&as. — * Kp. Mes. ad Àtexand. Conrtantin op. Cane. Labb. t n, eof. M. et Theod. Hiâ. Bect. M , r. i. - » Burn. ikid. - * Bpitt. AUx. ad Alex. CoH$tantin.

Ilf

DES VARIATIONS, LIV. VII

parlement tinrent lieu de loi durant tout le règne de Henri VIII. Maistjue peuvent sur les consciences des decrets de religion, qui tirant leur force de l’autorité royale , à qui Dieu n’a rien commis de semblable, n'ont rien que de politique? Encore que Henri VIII les soutint par des supplices innombrables, et qu'il fit mourir cruellement non-seulement les catlioliques qui détestaient sa suprématie, mais encore les luthériens et les ziiingliens qui attaquaient aussi les autres articles de sa foi; toutes sortes d’erreurs se coulaient insensiblement dans l'Augielcrre , et les peuples ne surent plus à quoi se tenir, quand ils virent qu’on avait méprisé la chaire de saint Pierre, d'où l’on savait que la foi était venue en cette grande lie ; soit qu'on voulût regarder la conversion de ses anciens habitants sous le pape saint Éleuthère, soit qu’on s'arrêtât à celle des Anglais, qui fut procurée par le pape saint Grégoire.

Tout l’état de l'Église anglicane , tout l’ordre de la discipline , toute la disposition de la hiérarchie dans ce royaume, et enfln la mission aussi bien que la consécration de ses évéques , venait si certainement de ce grand pape et de la chaire de saint Pierre , ou des évéques qui la regardaient comme le chef de leur communion, que les Anglais ne pouvaient renoncer à cette sainte puissance , sans affaiblir parmi eux l’origine même du christianisme, et toute l’autorité des anciennes traditions.

Lorsqu'on voulut affaiblir en Angleterre l’autorité du saint-siège, on remarqua • que saint Gr^oire « avait refusé le titre d'évéque universel à peu près

• dans le même temps qu'il travaillait à la oonver-

• sion de l’Angleterre : et ainsi , concluaient Cran- « mer et ses associés , lorsque nos ancêtres ret^urent « la foi , l’autorité du siège de Rome était dans nne « louable modération >

Sans disputer vainement sur ce titre d’universel que les papes ne prennent jamais, et qui peut être plus ou moins supportable, selon les divers sens dont on le prend , voyons un peu dans le fond ce que saint Grégoire , qui le rejetait , croyait cependant de l’autorité de son siège. Deux passages connus de tout le monde vont décider cette question.

• Pour ce qui regorde, dit-il *, l’Église de Cons- « tantinople, qui doute qu’elle ne soit soumise au « siège apostolique? ce que l’empereur et Eusèbe

• notre frère, évêque de cette ville, ne cessent de

• reconnaître. * Et dans la lettre suivante, en parlant du primat d’Afrique : • Quant à ce qu’il dit, qu'il

• est soumis au siège apostolique ; je ne sache aucun

■ évêque qui n’y soit soumis lorsqu'il se trouve dans « quelque faute. Au surplus, quand la faute ne

■ l'exige pas, nous sommes tous frères, selon la « loi de rbumilitc^. • Voilà donc manifestement tous les évêques soumis à l’autorité et à la correction du saint-siège; et cette autorité reconnue même par l'Église de Constantinople , la seconde Église du monde dans ces temps-là en dignité et

■ Airm. I. part. i. H, p. SOi. — » Lib. vu, EpUt, 61, tmme L. u, ep. la, t. on. -> * Lib. vu. Ep. 66; nunc

A. IX , f P 60 , col. 076.

CD puissance. Voilà le fond de la puissance pemtiflcale : le reste, que la coutume ou la tolérance, ou l'abus même, si l'on veut, pourrait avoir introduit ou augmenté, pouvait être conservé, ou souffert, ou étendu plus ou moins, selon que l'ordre, la paix et la tranquillité publique le demandaient. Le christianisme était né en Angleterre avec la recoouaissance de cette autorité. Henri Vlll ne la put souffrir, même avec cette louaUe modération que Cranmer reconnais.sait dans saint Grégoire : sa passion et sa politique la lui firent attacher à sa couronne; et ce fut par une si étrange nouveauté qu'il ouvrit la |>orte à toutes les autres.

On dit que sur la fia de ses jours ce malheureux prince eut quelques remords des excès où ila’était laissé emporter, et qu'il appela les évêques pour y chercher quelque remède. Je ne le sais pas : ceux qui veulent toujours trouver dans les pèclwurs scandaleux, et surtout dans les rots, de ces vifs remords qu'on a vus dans un Antiochus, ne connaissent pas toutes les voies de Dku, et ne font pas assez de rcfleiion sur le mortel assoupissement et la fausse paix où il laisse quelquefois ses plus grands ennemis. Quoi qu'il en soit , quand Henri VIII aurait consulté ses évéques, que pouvait-on attendre d’un corps qui avait mis l’Êglite et la vérité sous le joug? Quelque démonstration que fit Henri, de vouloir dans cette occasion des conseils sincères , il ne pouvait rendre aux évêques la liberté que ses cruautés leur avaient ôtée : ils craignaient les fâclieux retours auxquels ce prince était sujet ; et celui qui n’avait pu entendre la vérité de la bouche de Thomas Morus son chancelier, et de celle du saint évêque de Rochestre , qu’il fit mourir l’un et l’autre pour la lui avoir dite franebement , mérita de ne l'entendre jamais.

Il mourut en cet état; et il ne faut pas s’étonner si les choses empirèrent par sa mort. Peu à peu tout va en ruine , quand on a ébranlé les foi»dements. Édouard VI , son fils unique , lui succéda , selon les lois de l’État. Comme il n’avait que dix ans , le royaume fut gouverné par un conseil que le roi défunt avait établi : mais Édouard Seymour, frère de la reine Jeanne , et oncle maternel du Jeune roi , eut l’autorité principale, avec le titre de protecteur du royaume d’Angleterre. Il était zuînglien dans le cœur, et Cranmer était son intime ami. Cet archevêque cessa donc alors de dissimuler, et tout le venin qu’il avait dans le cœur contre l’Église eatboligue parut.

Pour préparer la voie à la réformation qu’on méditait sous le nom du roi, on commença par le reconnaître , comme on avait fait Henri , pour dief souverain de l’Église anglicane au spirituel et au temporel. La maxime qu’on avait établie dès le temps de Henri VIII , était que le rot tenait la place du pape en Angleterre Mais on donnait à cette nouvelle papauté des prérogatives que le pape n’avait jamais prétendues. Les évêques prirent d’Édouard de nouvelles commissions révocables à la volonté du roi, comme Henri l'avait déjà déclaré;

^ Enm. !. p^irt. tic. n.p. 339. S3i>.

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i>t on crut que , pour avancer la réformation, il fallait tenir le* évéques sous le joug d'une puissance arbitraire*. L'archevêque de Cantorbéri, primat d'Angleterre > fut le premier à baisser la tête aous ce joug honteux. Je ne m'en étonne |)as , puisque c'était lui qui inspirait tous ces sentiments : les autres suivirent ce pernicieux exemple. On se relâcha un peu dans la suite; et les évéques furent obligés à recevoir, comme une grâce, que le roi donnât lesévéebis àvif .On expliquait bien nettement dans leur commission, comme on avait fait sous Henri, selon la doctrine de Cranmer, que la puissance épiscopale , aussi bien que celle des magistrats séculiers , émanait de la royauté comme de sa source , que les évéques ne l'exerçaient que précairement, et qu'ils devaient l'abandonnera la volotilédu roi , d'où elle leur était communiquée. I.eroi leur donnait pouvoir « d'ordonner et de dé- « poser les ministres, de se servir des censures ec- « ciésiastiques contre les personnes scandaleuses; et,

• enun mot, de faire tous les devoirs delà charge

• pastorale; ■ tout cela au nom du roi et sous son autorité On reconnaissait en même temps que cette charge pastorale était établie par la parole de Dieu y car il fallait bien nommer cette parole dont on voulait se faire honneur. Mais encore qu'on n'y trouvât rien pour la puissance royale , que ce qui regardait l'ordre des affaires du siècle, on ne laissa pas de l'étendre Jusqu'à ce qu'il y a de plus sacré dans les pasteurs. On expédiait une commission du roi à qui on voulait pour sacrer un nouvel évêque. Ainsi, selon la nouvelle hiérarchie, comme l'évêque n’était sacré que par l’autorité royale, ce n'était que par la meme autorité qu'il célébrait les onJinations. La forme même et les prières de l'ordination, tant des évêques que des prêtres , furent réglées au parlement *. On en fit autant de la liturgie , ou du service public , et de toute l'administration des sacrements. En un mot, tout était soumis à la puissance royale ; et en abolis.sant l'ancien droit, le parlement devait faire encore le nouveau corps de canons^. Tous ces attentats étaient fondés sur la maxime dont le parlement d'Angleterre s'était fait un nouvel article de foi , « qu'il n'y •I avait point de Juridiction « soit séculière, soit ec- « clésiastique, qui ne ddt être rapportée à l’auto- « rité royale , comme à sa source ^ .»

II n'est pas ici question de déplorer les calamités de n'élise mise en servitude, et honteusement dégradée par ses propres ministres. II s'agit de rapporter des faits, dont le seul récit fait assez voir l'iniquité. Un peu après, le roi déclara qu'il allait ■ faire la visite de son royaume, et défendait aux

• arclievêques et à tous autres d'exercer aucune ju- « ridiction ecclésiastique tant que la visite dure-

• rait? . • Il y eut une ordonnance du roi pour .se faire recommander dans lea prières publiques

• comme le souverain chef de l'Église anglicane;

* Bunt. II. pari. liv. i , p. ft , S12. Rec. des piû. II.p<irt. liv.iy p. 90. — * 16. ft ‘£il. — * If. p‘}ft. tip. r, 332. * ~ II. part. p. 212, 2lfl, 217. — > Ibid. 213, 2U. - ® X6. 63. ~

» Ibid. 37.

• et la violation de cette ordonnance emportait la « suspension, la déposition et l'excommunira- « tion *. ■ Voilà donc avec les peines ecclésiastiques tout le fond de l'autorité pastorale usurpé ouvertement par le roi , et le dépôt le plus intime du sanctuaire arraché à l'ordre sacerdotal , sans même épargner celui de la foi , que les apôtres avaient lais.sé à leurs successeurs.

Je ne puis m’empêcher de m’arrêter ici un moment, pour considérer les fondements de la réformation anglicane, et cet ouvrage de lumière de M. Burnet , dont on fait l'apologie en écrivant son histoire. L’Église d’Angleterre se glorifie plus que toutes les autres de la réforme, de s'être réformée selon l’ordre, et par des assemblées légitimes. Mais pour y garder cet ordre dont on se vante, le premier principequ'Hfallaitposcrétaltquelesecclésiastiques tinssent du moins le premier rang dans les affaires de la religion. Mais on fit tout le contraire ; et dès le temps de Henri VIII ils n'eurent plus le pom'oîr de s’en mêler sans son ordre «.Toute la plainte qu’ils en firent fut qu’on les faisait déchoir de leur privilège ; comme û se mêler de la religion était seulement un privilège, et non pas le fond et l’es.scnce de l’ordre ecclésiastique.

Mais on pensera peut-être qu'on les traita mieux sous Édouard, lorsqu'on entreprit la réformation , d'une manière que M. Burnet croit bien plus solide. Tout au contraire : ils demandèrent conima une grâce au parlement, « du moins que les af- « foires de la religion ne fussent point réglées sans « que l'on edt pris leur avis, et écouté leurs rai- « sons^. • Quelle misère de se réduire à être écoutés comme simples consulteurs, eux qui le doivent être comme Juges, et dont Jésus-Christ a dit : Qui vous écoute, m'écoute^l Mais cela, dit notre historien, ne teur réussit pas. Peut-être qu’ils décideront du moins sur la foi dont ils sont les prédicateurs. IMullement. I.e conseil du roi résolut > d'envoyer des visiteurs dans tout le royaume,

• avec des constitutions eccU^iastiques et des A articles de foi » et ce fut au conseil du roi, et par son autorité, qu’on régla ces articles de religion^ qu’on devait proposer au peuple. En ailendaiit qu’on y eût mieux pensé, on s'en tint aux six articles de Henri VIH; et on ne rougissait pas de demander aux évéques une déclaration expresse

• de faire profession de la doctrine, selon que de « temps en temps elle serait établie et expliquée « par le roi et par le clergé?. ■ Au surplus, il n’était que trop visible que le clergé n’était nommé que par cérémonie, puisqu’au fond tout se faisait au nom du roi.

Il semble qu’il ne faudrait plus rien dire après avoir rapporté de si grands excès. Mais ne laissons pas de continuer ce lamentable récit. Cest travailler en quelque façon à guérir les plaies de l'Église, que d'en gémir devant Dieu. Le roi se rendit tellement le maître de la prédication,

* P. (I. — » Burnet, II. part. tip. I , p. 72. — • Ibid. 73. — • Luc. X. 16. - * Burnet, II. part. /«•. I, ^.37, 39 —•P. 39. — ’ P. 62

DKS VARIATIONS, LIV. VIL

((u'il y eut m^:ne un âiit qui « dcft^ndail do pré-

• cher 6ans sa permission» nu sans celle de ses ■ visiteurs, de l’arelievéque de (laiilori)éri, ou de « l’évéque diocésain*. » Ainsi le droit principal était au roi , et les évêques y avaient part avec sa ()ermission seulenienl. Quelque temps après, le conseil permit de prêdier à ceux fjui te senfiraienf animé.t du Saint-t'sprU*. Le conseil avait cliangc d’avis. Après avoijr fait drjiendre la prédication de la puissance royale, on s’en remet à la discrétion de ceux qui s'iina}îineraîent avoir en eux-mèmes le Saint Ksprit; et on y admet par ce moyen tous les fanatiques. Un an après, on changea encore. • Il

* fallut ôter aux evéques le pouvoir d’autoriser les » pré<iieateurs, et le réserver au roi et à l archevè- - que^. *< Far ce moyeu il sera aisé de faire prêcher telle hérésie viu’on voudra. Mais je n’en suis pas à remarquer les effets de cette ordonnance. O qu’il faut considérer, c’est qu'on ait remis au prince ^cul toute l'autorité de la parole. On poussa In chose si loin , qu après avoir déclaré au peuple que le roi faisait travailler à ôter toutes les matières de coiil reverses, jn dè/fitdaUfen attendant, genéralemenf à fous tes prédicateurs de prêcher dans guHquc assemb’èe que ce fût . Voilà donc la prédication suspendue par tout le royaume , la bouche fermée aux evêques par l'aulorilé du roi , et tout cji allcnle uc ce que le prince établirait sur la foi. On y joignait mi avis de recevoir arec soumission tes àrdi'es qui seraient bientôt envoijés. C’est ainsi que s’est établie la réformaliun anglicane, e/ ce/ ouvrage de lumière, donton fait, selon M. Burnet^, l'apoiogieen écrivant son histoire.

Avec ces préparatifs, la réformation anglicane fut eoamiencée par le duc de Sommerset et par Cronmer. D’abord la puissance royale détruisit la fo que la puissance royale avait établie. Les six articles, que Henri VIII avait publiés avec toute .son autorité spirituelle et temjHirelle, furent abolis^ : et malgré toutes les prérautions qu’il avait jirisps par son testament pour conserver ces précieux restes de la religion catholique, et peut-être jx)ur la rétablir tout eiitiere avec le temps, la doetrinezuinglicniie, tant détestée par ce prince, gagna le dessus.

Pierre Martyr Florentin, el*Rernardin Ociiin, qui depuis fut rennemi déclaré de la divinité de Jésus-Christ, furent appelés pour commencer cette réforme. Tons deux avaient quitte, comme les autres réformateurs, la vie monastique pour celle du mariage. Pierre Martyr était un pur zuinglien. I.a doctrine qu’il proposa sur reucharislie en Angleterre, en lâ49, 50 réduisait à ces trois thèses : F* qu’il ny avait point de transsubstantiation ; 2" que ie corps et te sang de Jésus-Christ n étaient point rnrf)orcllement dans l’eucharistie ni sous tes espères; 3» qu’ils étaient unis sacramentellement, c’est-à-dire, figurément, ou tout au plus en vertu, OH pain et au c/nî.

* Bum. II. jutrt. liv. I, p. RS.- * /». 00. - 3 /*. IM. -* PUd. t prif. —*II. firl. liv. t.p.W —'i llosp.II.part.u». MTf f. *(Vl, 20« f/ liuriK II. port. Vn\ l,p. ICI.

BU6St'('.T. — T li: l>.

Buccr ii’approuxA point la seconde thèse; car, comme nous avons vu, il voulait bien qu'on exclût une présence locale, mais non pas «ne présence corporelle et substantielle. Il soutenait que Jésiis- Lhrist ne pouvait pas être éloigné de la cene, et qu’il était tellement au ciel, qu’il ri’étail pa.s substantiellement éloigné de l’eucharislie. Pierre Martyr croyait que c'était une illusion d’admettre une présence corporelle et subslaoliclle dans la cène, sans y admettre la réalité que les catholiques soutenaient avec les luthériens : et, quelque respect qu’il eût pour Rucer, le seul des protestants qu’il cnrrsidérait, il ne suivit pas son avis. On dressa en Angleterre une formule selon le sentiment de Pierre Martyr. On y disait ■ que le corps de Jésus- « Christ n’était qu’au ciel ; qu'il ne pouvait pas être > réellement présent en divers lieux; qu’ainsi on « ne devait établir aucune présence réelle ou cor- « porelle de son corps et de son sang dans l’eucha- « ristie*. > Voilà ce qu’on déiinit. Mais la foi n’était pas encore en son dernier état, et nous verrons en son temps cet article bien réforme.

Nous sommes ici obligés a .M. Huruel d'un aveu considérable : car il nous accorde (|ue la présence réelle est reconnue dans l'Kglise grecque. Voici ses paroles : « Le sentiment des lulbériens semblait « approelier assez de la doctrine de l’KgUse grec- ■ quü , qui avait enseigné que la substance du pain «et du vio, et le corps de Jcsus-Llirist, étaient « dans le sacrement *. >• II est en cela de meilleure foi que la plupart de ceux de sa religion : mais en même temps il oppose une plus grande autorité aux nouveautés de Pierre Martyr.

f.'esprit de changement se mit alors tout à fait en Angleterre. Dans la réforme de la liturgie et des prier<*s publiques, qui se lit par l’autorité du parlement (car Dieu n’en éc outait aucunes que celles-là), on avait dit que les commissaires nommés par le roi pour les dresser en • avaient achevé l’ouvrage d’un « consentement unanime, et par l’assistance du

• Saint-Ksprit. » I/on fut étonné de celte expression : mais les réformateurs surent bien répondre « que cela ne s’entendait pas d'une assistance ou « d'une inspiration surnaturelle, et qu’autremenl

• il n'eiU point élc permis d'y faire des cliangen ments. • Or ils y eu voulaient faire, ces reformateurs, et ils ne prétendaient pas former d'abord leur religion. En effet, on fil bientôt dans la liturgie des cliangeinents très-considérables; et ils allaient principaleinent à ùler toutes les traces de l'antiquité que l'on avait conservées.

Ou avait retenu cette prière dans la consécration de rciicharistic : ■ Bénis, ô Dieu! et sanc- •> tifle ces présents, et oes créatures de pain et " de vin, afin qu’elles soient pour nous le corps « et le sang de ton très-cher Fils, etc. L » On avait voulu conserver dans cette prière quelque chose de la liturgie de l’Eglise romaine, que le moine saint Augustin avait portée aux Anglais avec le christianisme, lorsqu'il leur fut envoyé par saint

• Iturn. p. 5ja,COI. — ^ Ibui p. - > Uv. t, f. iH.

Digif/-':-:! hv Coo-.iL

(;ré«oire. Mais, bien qu’on IVûl affaiblie en y retraiurhant quelques termes» on trouva encore ^«Vf/e sentait trop la transsttbstantiation^ ou ta

présence corporelle *; et on Ta depuis ciitièremeiit effacée.

Elle était pourtant encore bien plus forte» comme le disait l'K^lise an;:iieane» lorsqu'elle reçut le christianisme : car» au lieu qu’on avait mis dans la liturgie réformée, que ces présents soient pour nous le corps et le sanq de Jésus-Christ , ü y a dans l’original : que cette oblation nous soit faite le corps et le sang de Jésus<'hrist. Ce mot de faite signiGc une action véritable du Saint-Esprit qui change t'es dons » conformement à ce qui est dit dans les autres liturgies de raiitiquilé : • Faites» oScigueur! de ce " pain le propre corps» et de ce vin le propre sang « de votre Fils» les changeant par votre esprit • saint*! • El ces paroles, noussoit faite le corps et le sang, se disent dans le même esprit que cellesci d’Isaïe : [’n petit enfant nous est né; un fils nous est dontté ^ : non {>our dire que les dons sacrés ne sont faits le corps et le sang que lorsque notis les prenons» comme on l’a voulu entendre dans la réforme; mais pour dire que c’est pour nous qu’ils sont faits tels dans l'eucharistie; comme c’est pour noua qu’ils ont été formés dans le sein d’une Vierge. La reformation anglicane a corrigé toutes ces choses , qui ressentaient trop la transsubslaniiaiioH. I.e mot d’oblation eût aussi trop senti le sacrifice : on l’avait voulu rendre en quelque façon par le terrn; de présents, A la lin on l'a dté tout à fait, et l'I^.glise anglicane n'a plus voulu enten* dre la sainte prière qu'elle entendit» lorsqu’en sortant des eaux du baptême on lui donna la première fois le pain de vie.

Que si on aime mieux que le saint prêtre Augustin lui ait porté la liturgie ou la messe gallicane que la romaine, à cause de la liberté que lui en laissa saint Grégoire 4» il n’importe : la messe gallicane dite par les Hilaire et par les Martin ne différait pas au fond de la romaine» ni des autres. Le Kyrie eleison, le Pater, dit en un endroit plutôt qu’en un autre» et d’autres clyoses aussi peu essentielles» faisaient toute la différence; et c’est pourquoi saint Grégoire en laissait te choix nu saint prêtre qu'il envoya en Angleterre^. On faisait en France» comme à Rome, et dans tout le reste de l’Eglise, une prière pour demander l.i transformation et le cliangemcnt du |)ain et du vin au corps et au sang, l’artout un employait auprès de Dieu le mérite et l'entremise des saints; mais un mérite fondé sur la divine miséricorde, et une entremise appuyée sur celle de Jésus-Christ. Partout on y offrait pour les morts; et on n'avait sur toutes ces choses qu’un seul langage en orient et eu occident» dans le midi et dans le nord.

La réformation anglicane avait conservé quelque chose de la prière pour les morts du tcmjis d’Edouard, car ou y recommandait encore à la

t.tx I ,p. 2f*H. — * /.i7. fte S. fioM. Eilit. P'Ufit. app.

finy. c:9fi OüZ -*/*. n.«. — If jwir/. /»r.i»p- u». — ^ Crrg. lib. \\},«phl. 6i t. II, rot. OtO-

bonlc infinie de Dieu les àmrs des trépassés*. Oo demandait, comme nous faisons encore aujourd'hui <lans les obsèques» pour l’^lme qui venait de sortir du monde, la rémission de ses péchés. M;ns tous CCS restes de l’ancien esprit sont abolis : cette pnere ressentait trop le purgatoire. 11 est certain qu'oii l'a dite des les premiers temps en orient et en occident : n’importe, c'était la messe «lu Pape et de rhgiise romaine : il la faut bannir d’Angleterre, et en tourner toutes les paroles dans le sens le plus odieux.

Tout ce que la réforme anglicane tirait de l'antiquité, le dirai-je.^ elle l’altérait. La coidirmatioii n'a plus été qu’un catéchisme pour faire renouveler les promesses du baptcnie*. Mais, disaient les catholiques, les Pères, dont nous la tenons par une tradition fondée sur les Actes des ap<Ures et aussi ancienne que l’Église , ne disent pas seulemeut un mol de cette idée de eateeliisme. Il e.st vrai , et il le faut avouer, un ne laisse pas de tourner la coiilirmatiun en celte forme : autrement elle serait trop papistique. On en dte le saint chrême , que les Pères les plus anciens avaient appelé l'instrument du S;iint- Esprit ^ : l'onction même à la ün sera ôtée de rexlrême-onction*, quoi qu’en puisse dire saint Jacques; et malgré le pape saint Innocent, qui parlait de cette onction au quatrième siècle, on décidera que rextrême-onction ne se trouve que dans le dixième.

Parmi ces altérations trois i4ioses sont demeurées , les ceremonies s,acrees, les fêles des sainLs , les abstinences et le carême. On a bien voulu que dans le service les prêtres eussent des habits mystérieux» symboles de la pureté et des autres dis|>ositionsqiie demande le culte divin. On regarda les cérémonies comme un langage mystique^; et Calvin parut trop outre en les rejetant, ün retint l’usage du signe de la croix^, pv)ur témoigner solennellement que In croix de Jesus-Chrisl ne nous fait point rougir. On voulait d'abord que « le s.icre- « ment du liaptême» le service de In conflrnution

• et la consécration de reucharistie fussent témoins

• du respect qu’on avait pour celle sainte cerémo- •« nie. « A la lin néanmoins on l'a supprimée dan.s la eoiinriuation et dans la consécration’ , où .saint Aiigu.stin avec tmiff l'antiquité témoigne qu'elle n toujours été pratiquée; et je ne sais pourquoi elle est demeurée seulement dans le baptême.

M. Rurnet nous justifie sur les fêtes et les abstinences. Il veut que les jours de fêles ne soient fuss estimés saint.sd'une sainteté actueltcet naturelle*. Nous y consentons; et jamais personne n'n imaginé cette sainteté actuelle et naturelle des fêtes qu’il se croit obligé à rejeter. H dit « qu'aucun de ces jours N n'est proprement dédié h un saint» et qu'on le-s

• cons.aere à I )ieu en la mémoire des saints dont on

• leur donne le nom. « C'est notre même doctrine. Enfin on nous justifie en tout et partout sur cette matière , puisqu'on demeure d'accord qu'il faut ob-

'flf/Tn.p. l'i, lie.-»/». I07, n«, ans. -*P. io7, im. »5.— • P. H6. 3WV. — * P. lai, M». - «P. I70 1*01.

’ P • P îàl.

Digitizeu uy

DES VARIATIONS, LIV. VII

server ces jours par un principe de conscience* . I Ceux donc <\u\ nou:ü objectent ici que nous suivons ' les commandemenis des hommes* n'ont qu’à faire cette objection aux Anglais; ils leur répondront pour nous.

Ils ne nous justifient pas moins clairement du reproche qu'on nous fait d'enseigner une doctrine de démons, en nous abstenant de certaines viandes par pénitence. M. Burnel répond pour nous * , lorsqu'il n blâme les mondains qui ne veulent pas con-

• revoir que l’abst inence assaisonnée de dévotion , et « accompagnée de la prière» est peut-être un des « moyens les plus efficaces que Dieu nous propose « pour mettre nos âmes dans une tranquillité né-

• cessaire, et pour avancer notre sanctification. » Puisque c'est dans cet esprit, et non pas, comme plusieurs seriraasincnt.paruneespèccde police temporelle, que l’Eglise anglicane a défendu la viande au vendredi, au samedi , aux vigiles, aux quatretemps, et dans tout le carême , nous n'avons rien sur ce sujet à nous reprocher les uns aux autres, il y a seulement sujet de s'étonner que ce soit le roi et ie parlement qui ordonnent ces fOtes cl ces abstinences, que ce soit le roi qui déchreles jours maiffres, et qui dispense de ces observattees *; et enfin, qu'en matière de religion , on ait mieux aimé avoir des commandements du roi que des commandements de l’Eglise.

Mais ce qu'il y a de plus surprenant dans la réformation anglicane, c'est une maxime de Craniner. Au lieu que dans la vérité le culte dépend du dogme, et doit être réglé par là, Cranmer renversait cet ordre; et, avant que d'examiner la doctrine, il supprimait dans le culte ce qui luidépîaisait ie plus. Selon M. Burnel , « l’opinion de la présence de Jé- « sus-christ dans chaque miette de pain a donné « lieu au retranchement de b coiq>e^. Et en effet,

■ poursuit- il si cette hypothèse est juste, la « communion sous les deux espèces est inutile. • Ainsi la question de la nécessité des deux espèces dépendait de celle de la présence réelle. Or en I ô48 rAngleterre croyait encore la présence réelle , et le paiHemenl déclarait que • le corps du Seigneur était « conlcim dans chaque morceau, et dans ks plus « petites portions de pain?. » Cependant on avait déjà établi la nécessité de la communion sous les deux espèces; c’est-à-dire, qu'on avait tiré la conséquence avantqncdc s’étre bien assurédii principe.

D'année d’après, on voulut douier de la présence réelle; et la question n était }xts encore décidée* , quand on supprima par provision l’adoration de Jésus-Christ dans le sacrrmenl : de même que si on disait, en voyant le peuple dans un grand respect, comme en présence du roi ; C’aMumenrons par empêcher tous ces honneurs; nous verrons après si le roi est là, et si ces respects lui sont agréables. On ôta de même l'oblation du corps et du sang, encore que cette oblation , dans le fond , ne soit autre chose que la consécration faite devant Dieu de ce

• BHtn. p. «U.-* fiatth. XV, 9. — * Bur/i. p. U5. -* P. lU, 294. — * P. atl. — • II. par/, p. 61. — ’ P. 97. — * P. ni.

tIS

corps et de ce sang comme réellement présents avant la manducation : et, sans avoir examiné le principe, un eu avait déjà renversé la suite iniàiilibic.

I.<'i cause d'une conduite si Irrégulière, c'est qu’oii menait le peuple par le motif de la haine, et non par celui de la raison. Il était aisé d'exciter la haine contre certaines pratiques dont on ne montrait ni la source ni le droit usage , surtout lorsqu'il s y était mêlé quelques abus : ainsi il était aisé de rendre odieux les prêtres qui abusaient de la inCsSsc pour un gain sordide; et la haine, une fois échaulïec contre eux , était tournée insensiblement par mille artifices contre le mystère qu'ils célébraient , et même , comme on a vu ' , contre la présence réelle qui en était le soutien.

On en usait de même sur les images; et une lettre française que M. Burnet nous a rapportée d'Édouard VI à son oncle le protecteur, nous le fait voir. Pour exercer le style de ce jeune prince, ses maîtres lui faisaient recueillir tous les passages ou Dieu parle contre les idoles. « J'ai voulu, di&ait-ii,

• en lisant la sainte Écriture , noter plusieurs lieux

« qui défendent de n'adobrb m paibe aucunes « images, non-seulement de dieux étrangers, mais «aussi de ne funner aucune chose, pensant la « PAIUB semblable A LA UAiESTÉ DE DlEU le « Créateur*. • Dans cet âge crétlule, il avait cru simplement CP qu'on lui disait , que les catholiques faisaient des images, tes faire semiUiUes u

la majesté de Dieu; elces grossières idées lui causaient de l'étonnement et de l'horreur. • Si ni'csba- « his, poursuit-il dans le langage du temps, vu que « lui-mesmeet son Saint-Esprit l'n si souvent de- « fendu, que tant de gens ont o.st' commettre idolas- « trie, E.\ FAISA^IT ET ADORAXT IcS illiagCS. » U ntlache toujour.s , comme oii voit , la même haine à les faire <|u'à les adorer ; et il a raison , selon les idées qu'on lui donnait; puisque constamment il n'est pas permi.s de faire des images, dans la pensée de faire quelque chose de semblable a ta majesté du Créateur. • tbr, comme ajoute ce prince, « Dieu ne |>eut être vu en choses qui soient inaté-

• riellcs, mais veut être vu dan.s ses œuvres. * Voilà comme on abusait un jeune enfant, on excitait sa iiainc contre les images païennes, où on prétend représenter la Divinité : on lui montrait que Dieu drfend de faire de telles images; mais on n'nvait garde de lui enseigner que celles des catholiques ne sont pas de ce genre; puisqu’on ne s'est pas encore avisé de dire qu’il soit défendu d’en faire (le telles , ni de peindre Jésus-Christ et scs saints. Un cnfantde dix à douzeans n'y prenait pas garde de si près : c'était assez qu'en général et confusément on lui décriât les images. Celles de l'Église, quoique d'un autre ordre et d'un autre dessein, passaient avec les autres : ébloui d'un raisonnement spécieux et de l'autorité de ses maîtres, tout était idole pour lui; et la haine qu'il avait contre l'idolâtrie se tournait aisément contre l’Église.

* Ci dPM.u», liv. Tt. — * Bec. n. pnrl. Itv. il . 68

,c,gk

HISTOTHK

Le peuple n'i tnit pus plus Hn, il il n'était que trupaisé de ranimer pur un semblable artilice. Après cela on ose prendre les proi?rès soudains de la réforme pour un miracle visible et un (éinoiRna^e de la main de Dieu». Comment M. Iturnet ra-l-il osé dire, lui qui nous découvre si bien les causes profondes de ce malheureux succès? lin prince prévenu d'un amour aveugle, et condamné parle Pape, fait exagérer des faits particuliers, des exactions odieuses, des abus reprouvés par ri''glise même. Toutes les chaires résonnent de satires contre les prêtres ignorants et srantlalcux : on en fait des comédies et des farces publiques, et M. Rurnet luiiiiéme en est indigné. Sous rautorile d'un enfant et d’un protecteur entêté de la nouvelle héri'sie, on pousse encore plus loin In satire et l'invective : les peuples , déjà préeenus d'un/' scrrt7c arcisîon pour leurs conducteurs spiriturts * , écoutent avidement la nouvelle doctrine. On ôte les difliculü*s du mystère de l’eueharislie ; et an lieu de retenir les sens asservis , on les Halte Les prêtres sont déchargés delà continence, les moines de tous leurs vœux, tout le monde du |oug de la confession, salutaire à la vérité pour la correction des <ices, mais pesant à la nature. On priVhait une doctrine plus libre, et 71//, comme dit M. Biirnet, traçait un r/ieminsinipic et aisé jxvir atter au eUi Des lois si commodes trouvaient une facile exécution. i)c seize mille ecclésia.sliinies dont le clergé d'Angleterre était compose, M. Rurnet nous raconte (juc les trois quarts renoncèrent à leur célibat du temps d'I^.iiounrd*, c'csl-à-dire en cinq ou six ans, et ou faisait de bons réformés de ces mauvais ecclésiastiques qui renon<;;aienl n leurs vœux. Voilà comme on gagnait le clergé. Pour les laïques, les biens de l’KRÜse étaient en proie ; rargenteriedes sacristies enrichissait le Hso du prince : la seule cliAssc de saint Thomas de Cantorbéri, avec les inestimables présents qu'on y avait envoyés de tous eûtes, produisit au trésor royal des sommes immenses». C'en fut assez pour faire dégrader le saint martyr. t)ii le condamna pour le piller; et les riches.sesde son tombeau tirent une partie de son crime. F.n- Nn on aimait mieux piller les églises que de faire un bon usage d«* leurs revenus, scion l'intention des fondateurs. Quelle merveille qu'on ait gagné si promptement et le.s grands, et le clergé, et le.s peuples! N'est-ce pas au contraire un miracle visible, qu'il soit resté une étincelle en Israël , et que les autres royaumes n'aient pas suivi Pexemple de l'Angleterre , du Danemark , de l.i Suède et de l’Allemagne, réformés par cc.s moyens?

Parmi toutes ces reformations la seule qui n'avancail pas ét.ail visiblement eellcdes mœurs. Nmi.s avons vu sur ce point connne rAlleniagnc avait prolîté.de la réforme deT.uther; et il n'y aqu’àlire rhislnire de M. Rurnet pour voir qu'il n'en allait pas autrement en Angleterre. On a vu Henri VIÎI «on premier réformateur : l'ambitieux duc de Sommerset fut le second. H s’égalait aux souverains,

* part. ti». I, p. te, eic. — » fS/'/. - * Ihitt. — * Wd Hv U, lis. l’jul.l.pirt.

I lui (|ui n't'Iail (JU un sujet, et |irennit le lilrt Je iliie (le Summirsel imr tn tjrâee de Oku'. Au milieu I des désordres de V Anijtelerre , cl des raraijes que I ta /leste faisan a hindres, il ne soiiReail qu'à bâtir le plus masriiflque palais qu'on eiU j.amais su; et, pour comille iriniquilé, il le bâtissait des rut- ; nés d'éijtises et (f hôtels d'éeéques, et des revenus ; que lui cédaient tes érfques et les chapitres • ; car il fallait bien lui rfsJer tout ce qu'il voulait. Il est vrai qu'il en prenait lin don du roi : nmis c'était le crime d abuser ainsi de l'autorité d'un roi enfant, et d'acroulimier sou pupille à ces donations sacrilèges, le passe le reste des attenlat.s qui le firent condamner par arriH du parlemrnt, premièrement, à (ler- I dre l'autorité qu'il avait usurpée sur le conseil, et ensuite à perdre la vie. Mais.s.ins examiner les raisons qu il eut de f.iire couper la tête à son frère l'amiral, quelle honte d'avoir fait .subira un bomme de oeltc dignité, cl à son propre frère, la lui inique d'être roiidamné sur de simples dépositions, et sans écouter ses défenses > Kn i ertu de celle coutume , l'amiral fut jugé, comme tant il'autrcs, sans être ouï. r.e proicclciir obligea le roi à ordonner aux j comimincs de passi-r outre au procès, sans entendre l'accuse ; et c'est ainsi qu'il instruisait son pu|iillc à faire justice.

l\l. lluriicl.se met fort en peine pourjustilier son ' Cranmer dccc qu'il .signa , étant évêque, l'arrêt de mort de ce malheureux, cl sc mêla, conire les canons. d.aiis une cause de saiigt. .Sut cela, il fait à son ordinaire un de ces plans spérieux , où il ifirlic toujours iiidircclemcnl de rendre odieuse la foi de rixglise, et d'en cbider les canons : mais il ne. (irend |kis garde au principal. S'il fallait chereber des excuses à Cranmer, ce n'ètait pas seulement I pour avoir violé les canons, qu'il devait rcspeclor I plus que tous les autres, étant arebevêque; mais I pour avoir violé la loi naturelle observée par les

I païens niêmrs, de ne condamner aucunaecusé sans • lentendre dans ses défenses^. Cranmer, malgré I cette loi, condamna l'amiral, et signa l'ordre de l'excruter. Un si grand refunnatcur ne devait-il I pas s’élever contre une coiilumc si barbare.’ .Mais non, il valait bien mieux démolir les autels, abal- I treles images, sans épargner celle de Jcsus-Cbrist ; et abolir la iiiesso, que tant de saints avaient dite et entendue depuis rétablissement du christianisme parmi 1rs Anglais.

l’oiir achever ici la vie de Cranmer, à la mort d'Cdouard VI il signa la disjiosilian où ce jeune priiice, en haine de la princesse sa sœur, qui était catholique, cbaiigeait l’ordre de la succession. M. Diirni t veut qu'on croie que rarclicvcqiic souscrivit avec peine'-. Ce lui est a.ss</. que n- grand réformateur fasse les crimes avec quelque répiignanee ; mais cependant le conseil , dont (iranmer était le chef, donna tous les ordres pour armer le (iciqile contre la reine Marie, et poursoutenir l'usurp.xtrii-o Jeanne de .Siiffolk ; la prédiration y fut employée; et Ridiey.évéque de I-oiidros , eut charge de parler

I r. M. -iiui -if i-.i - • /iH. - i Ici, s, T, ,

, Il P‘,rl /I. ail.

Dighi-toa !'y C

DKS VAUIATIO.NS, UV. VII.

jv»ur elle dans la chaire *. Quand elle fut sans ’ esperauce, Cranmer, av<*c Ions les autres, avoua son crime, cl eut recours à la cléinenee de la reine. > Otte princesse rt tahlissait la religion catholi']iie, ^ et l'Angleterre se réunissait au saint-siège. Comme ; 01» avait loiijours vu Crantner areoinmoüer sa religion à celle du roi, unmit aisément qu’il suivrait celle de la reine, et qu'il ne ferait non plus de difiicuIUi de dire la messe, qu'il n'en avait fait sous ileuri, treize ans durant, sans y croire. ’d.aislVngagtv mentetait trop fort, et ilseseraitdèclaré trop évidemment un homme sans religion, en changeant ainsi U tout vent. On le mit dans la Tour de I^ndres,

1 1 i»«ur le crime d’Élat, et pour le crime d’iiércsie •. il fut dépi.»sé p.ar rauturilede la reine Cette nulurité était légitimé à son égard, puisqu’il l'avait reconnue, et même établie. C'cLul par celle aulorilé qu’il avait lui-mcnie déposé Bonner, c\ér|iie de Londres; et il fut puni par les lois qu'il avait faites. Par une raison semblahle, lesév c({ues qui avaient reçu leurs évécliès pour un cerlain temps furent rt*voqiiés^; cl jusqu’ace que l’ordre ccelcsi.isliqiie fiU entièrement rétabli, ou agit contre les protestants selomleurs maximes.

Apres la déposition de Oanmer, on le laissa quelque temps en prison. Lnsiiite il fut diVInré hérétique, et il reconnut Uù’ïuêmequec'tiaii fwnr avoir «<>' la présence corporelle de Jésus-Chrht dans fcuduivUtie^. Ou voit par là en quoi on faisait consister alors I.a principale partie de la réformation d’Kdouard VI ; et je suis bien aise de le faire remarquer ici, parce que tout cela sera changé sous l-;lisaMli.

Lorsqu'il s'agit de décerner dans les formes du supplice de Cranmer, ses Juges furent comjwsés de commi.ssaires du l*ape et de cürnini.ssairt‘S de Philippe et de Marie; car la reine avait alors épousé Pliilippe 11 , roi d'i'spagne. L’accusation roula sur les mariages et les hérésies de Cranmer. .M. Burnel nous apprend que la reine lui pardonna le crime li'ctat pour lequel il avait di^à été condamne dans le parlement, il avoua lej faits qu'on lui imputait sur sa doctrine et ses mariages, « et remontra scu- • leincnt qu’il n’avait jamais forcé personne de si- « gner ses sentiments®. •

A entendre un discours si plein de douceur, on pourrait croire que Cranmer n'avait jamais coudamné personne pour la dm't rine. Mais, iKHir ne point ici parler de i'einprisnimementde Gardincr, évêque, de \Vinchcstre, de celui de Bonner, évêque de I.ondres7, ni d'autres choses semblables, l’arehevèquc avait souscrit, sous Henri, au jugement où I,am- Ik'rt, et ensuite Anne Askew, furent condamnés à mort pour avoir nié la présence réelle ■; et sous Lilouard, à celui de Jeanne de Kent, et à celui de George de Pare, hrdirt pour leurs hérésies». Bien plus, fàlouard, porté à la clémence, refusait de signer l'arrct de mort de Jeanne de Kent, et il

» Lit. Il.p.asfl ft P. a:4.“ ' P. iU. P. \12.

- vp. vas. *' II. p^rl. lir. U.p. »96. — ’ Vnd, hr. i , p. sa. M. • I. jiftrt. fiv. M. p. aux Liv. m, P l«7. — ' II. {Hiff fie. I.

I' UiO, ITI.

n’y fut détermine que par l'autorité do Cranmer*. Si dune on le condamna pour «Muse d’hércsie, il en avait lut-mJuK' tres-souvent donné )'e.temple.

Dans le dessein de prolonger rexécution de sou jugement, il déclara qu'il élail prêt d'aller soutenir sa doclrine devant le Puf>e*^ san.s iié.anmums le reconnnitre : du Pape, nu nom duquel on le condamnait, il appela au concile général, ('ommcil vit qu'il ne gagnait rien , il abjura les erreurs de Luther et de Zuintjle. et reconnut di.stinctement, avec la présence réelle, tous les autres poinlsde la foi catholique. L’abjuration qu'il signa était conçue dans les tenues qui marquaient le plus une véritable douleur de s'êlrc laissé séduire. l>es réformés furent consternés. Ce|>endant leur réformateur lit une seconde abjuration <; c’esl-â-tlire , que lorsqu’il vit, malgré son abjuration précédente, que la reine ne lui voulait pas parduimcr, il revint à scs premières erreurs; mais il s'rn di-dll bientôt, aifant encore, dit M. Burnet, de faibles espérances d'obtenir sa fjrdce. Ainsi, poursuit cet auteur, 175^ laissa penumhr ds mettre an net son abjuration, et de la signer de nouveau. Mais voici le secret qu'il trouva pour UK*ttre sa conscience à couvert. M. Burni't contimie : « Appnihendant d'élre brillé, lual- « gré en qu'il avait f.ùt, il écrivit secrètement une « confession sincere de sa créance, cl. la porta avec «• lui qiiaml on le mena au supplice. • Cette confession, ainsi secrvleinent écrile , nous fait assez voir qu’il ne voulut point paraître protestant, tant qu'il lui resta quelque e.spérance. Kufm, comme il en fut tout a fait déchu , il .se résolut à dira ce qu'il avait dans le cœur, et à se donner la ligure d'un martyr.

M. Burnet emploie toute son adresse à couvrir la honte d’une mort si misérable ; et après avoir allégué eu faveur de son héros les fautes de saint Athaiiase et di' saint Cyrille, dont nous ne voyous nulle mention dans rilistnirc ecclésiastique, U allègue le reniement de saint Pierre, très-connu dan.v rflvangile. Mais quelle cotnparnison de la faiblesse d'un moment de ce grand ajHltre, avec la misère d'un homme qui a trahi sa conscience durant presque tout le cours de sa vie, et treize ans durant, a commencer depuis le temps de son épiscopat ! Qui jamais n'n osé se déclarer que lorsqu’il a eu un roi pour lui? et qui enlin, prêt à mourir, confessa tout ce qu'on voulut , tant qu’il eut un moment d’esperance; en sorte que sa feinte abjuration n’est visiblement qu’une suite de la lâche dissimulation de toute sa vie?

Avec cela, si Dieu le permet, on nous vantera encore la vigueur de ce per|»étuel flatteur des rois qui a tout .vacriGé à la volonté de ses maîtres, cassant tout autant de mariages, souscrivant à toui autant de i*oiidaimiatiuns, et consenUnt à tout autant de lois qii'oii a voulu, même à celles qui étaient ou en vérim, ou, selon son sentiment, les plus iniques; qui enlin n'n point rougi d'asservir la céleste autorité des évêques à celle des rois de

' Uv. I.p. I7«». •*/*, 4'‘7. ■ P »;»s. - * P. —

* M BurnrI.p WX ,

OjQitiZtmj uy

In terre, et h rendre l’K^lise leur captive dans la discipline, dans la prédication de la parole, dans railministration des sacrements, et dans la foi. <>pendant M. Burnet ne trouve cmi lui qu’une tache retnarqiiabte ' , qui est celle de son abjuration ; et pour le reste, U avoue seulement (encore en veutil douter) qu’i/ a été peut-être un peu trop soumis aux votantes de Henri t Ht. Mais ailleurs, pour le justifier tout à fait, U assure que s’il eut de la complaisance ;>our Henri, ce Jut tant que su conscience te lui permit •. Sa coticience lui permettait donc de casser deux mariaftes sur des prétextes notoirement faux, ft qui n'av.iienl d’autre fondement que de nouvelle amours? Sa conscience lui permettait donc, étant luthérien, de souscrire à des articles de foi où tout le luthéranisme était condamné, et où la messe, finjuste o!»jel de l'iiorreur de la nouvelle réforme, était approuvée? Sa conscience lui perniellait donc de la cÆléhrer sans y croire, durant toute la vie do Henri; d’offrir à Dieu, même pour les morts, un sacrifice qu’il regardait comme une abomination ; de consacrer des prêtres, a qui il donnait le pouvoir de l'offrir; d'exiger de ceux qu’il faisait sous-diacres, selon la formule du Pontifical, auquel on n'avait encore osé toucher, la continence, à laquelle il ne se croyait pas obligé lui-méme, puisqu'il était marie; de jurer l'obéissance au Pape, qu’il regardait comme l'Antedirist; d'en recevoir des bulles, et de se faire instituer arclicvêque par son autorité; de prier les saints et d'encenser les Images, quoique, selon les maximes des luthériens, tout cela ne fiU autre chose qu’une idoUHrie; enfin, de professer et de pratiquer tout co qu'il croyait devoir 6lcr de la maison de Dieu , comme une exécration et un scandale?

Mais c'est que •• les réformateurs (ce sont les

• paroles de M. Burnet) ne savaient pas encore

• que ce fût absolument un pédië , de retenir tous - ces abus, jusqu’à ce que l'oix^asion sc [►résenlât « de les abolir^. • Sans doute ils ne savaient pas que ce fût absolument un péché que de changer selon leur pensée la cène de Jésus-Christ en un sacrilège, et de se souiller par l'idoliUrie? Pour s'abstenir de ces choses, le commandement de Dieu ne suffisait pas, il fallait attendre que le roi et le parlement le voulussent?

On nous allègue >i.iaman, qui, obligé par sa charge de donner la main à son roi, ne voulait pas demeurer deliout pendant que son maître fléchissait le genou dans le temple de Remmoti C et on compare des actes de religion avec le devoir et la bienséance d'une charge séculière, ün nous allègue les apôtres, qui, après l'abolition de la loi mosaïque, adoraient encore dans le temple, retenaient la circoncision, et oXft aient des sacrifices; et on compare des cérémonies que Dieu avait instituées, et qu'il fallait, comme disent tous les saints Pères, ensevelir avec honneur, à des actes que Ton croit être d'une manifeste impiété. On nous allègue les mêmes a|>otres, qui sc faisaient tout à tous, et

» P. bos.-’ P. wa. - * T. U PreJ- - * tf’- K'3' V* I». '»

les premiers chrétiens, qui ont adopté des cérémonies du paganisme. Mais si les premiers chrétu'sv ont adopté des cérémonies indifférentes , s’ensr lt-il qu'on en doive pratiquer qu'on croit pleines de sacrilège? Que la réforme est aveugle, qui, pour donner de l'horreur des pratiques de l'flglise, les appelle des idolâtries! qui, contraire à elle-mcme, lorsqu'il s’agit d’excuser les mêmes pratiques dans ses auteurs , les traite d’indifTérentes, et fait voir plus clair que le jour, ou qu'elle se moque de tout l'univers en appelant idolâtrie ce qui ne l'est pas, ou que ceux qu’elle regarde comme ses héros sont les plus corrompus de tous les hommes! Mais Dieu a révélé leur hypocrisie par leur historien; et c’est M. Burnet qui met leur honte en plein jour.

Au reste, si, pour convaincre la réformation prétendue par elhwnême, je n'ai fait pour ainsi dire qu'abréger l'histoire de M. Burnet, et que j’aie reçu comme vrais les faits que j'ai rapportés; par là je ne prétends point accorder les autres, ni qu'il soit permis à M. Burnet de faire |>a$ser tout ce qu’il raconte, à la faveur des vérités désavantageuses à sa religion qu’il iia pu nier. Je ne lui avouerai pas, par exemple, ce qu’il dirsans témoignage et sans preuve, que c’était une résolution prise entre François l'' et Henri VIH de se soustraire de coixeert à l'obéissance du Pape, et de changer la messe en une simple communion, c'està-dire, d'en supprimer l'oblation et le sacrifice <. On n’a jamais ouï parler en France de ce fait, avancé par M. Burnet. On ne sait non plus ce quo veut dire cet historien, lorsqu'il assure que ce qui fit changer à François la résolution d'aholir la puissance des papes , c’est que Clément Vil * lui ac-

• corda tant d’autorité sur tout le clergé de France,

* que ce prince n’en edi pas eu davantage en cré.ant ■ un patriarche » ; «* car ce n'esl là qu’un discours en l'air, et une chose inconnue à notre histoire. M. Burnet ne sait pas mieux l'histoire de la religion protestante, lorsqu'il avance si hardiment, comme chose avouée entre les réformateurs, que lesbonnes (encres étaient indispensablement nécessaires pour te salut^; car il a vu et il verra celle proposition, ixs bonnes a’iwres srmt nécessaires au salut, expressément condamnée par les luthériens dans leurs assemblées les plus solennelles *. Je m’éloignerais trop de mon dessein, si je relevais les autres faits de celte nature : mais je ne puis m’empêdicr d'avertir le monde du peu de croyance que mérite cet historien sur le sujet du concile de Trente, qu’il a parcouru si négligemment, qu'il n’a pas même pris garde au titre que ce concile a mis à la tête de ses décisions; puisqu’il lui reproche dai'oir usurpé le titre glorieux de très-saint concile œcuna nique, représentant l' Église universetlc ^ ; bien que cette qualité ne se trouve en aucun de ses décrets : chose peu importante en elle-même, puisque ce n'est pas cette expression qui constitue un concile; mais enfin elle h'eùt pas échappé à un

» 1. part. tiv. Il, p. IO«. Ibid. Uw m. p. *67. — * Ibid. p. I9fl. — » t.piir/. /4c. III. p. aoa. - ‘CidfMOs, /ir.v.et rl-apres. In-, vni. — *11. part. — tiv. x,p. -2».

vjvjOgIc

T)h:s vaiuations, liv. vu.

homme qui aurnit seulement ouvert le livre avec quelque attention.

0>4 se doit donc bien c<>^iler de croire notre hi<«lorien on ce qu'il prononce louchant re concile sur la foi de Fra-Paolo, qui nVn est pas tant riiislorien que Tenuemi dotMorê. M. Hurnet fait semblant de croire (|ue cet auteur doit être pour les catho* liques nu-dessus de tout reproche, parce qu'il est fie /eur parti * ; et c'est le commun nrtilice de tous les protestants. Mais ils savent bien en leur conscience que ce Fra-Paolo, qui faisait semblant d'être des noires, nVtnit en effet qu'un protestant habillé en moine. Personne ne le connaît mieux que M. Burnct, qui nous le vante. I..ui, qui le donne dans son histoire de la réformation pour un auteur (te notre parti , nous le fait voir, dans un autre livre qu'on vient de traduire en notre langue, comme un protestant caché, qui rrçardait /a liturgie Quglieane comme son modèle * ,• qui , «à l'occî!sion des troublt'S arrivés entre Paul V et la république de Venise, ne travaillait qu’à porter celle république à une entière séparation^ non-seulement de ta court mais encore de. t'Kglise de Rome; qui se croyait (fans une figiise corrompue et dans une communion idolfUrCt où il ne laissait pas de demeurer; (pli écoutait tes confessions ^ gui disait ta messCt et adoucissait les reproches de sa conscience en omettant une grande ftartie du rmwn, et en gardant le silence dans les parties de l'office gui èiaient contre sa conscience. Voilà ce qu’écrit AI. Burnet dans la Vie de (iiiillaume Bedcll, évêque protestant de Kilmore en Irlande, qui s'était trouvé à Venise dans le temps du üémélé, et à qui Fra-Paolo avait ouvert son cœur. Je n'ai pas besoin de parier des lettres de cet auteur, toutes protestantes, qu'on avait dans toutes les bibliothèques, et que Genève a enfin rendues publiques. Je ne parle à M. Burnet que de ce qu’il écrivait lui-méinu |>emlaiitqu'ii comptait parmi nos auteurs t'ra-Paolot protestant sous un froc, qui disait la messe sans y croire, et qui demeurait dans une Ëlgiise dont le culte lui paraissait une idolâtrie.

Mais ce que je lui pardonne le moins, c'est ces image.s ingénieuses qu'il nous trace, à l'exemple de Fra-Paolo, et avec aussi |>cu de vérité, des anciens dogmes de l'Kglise. Il est vrai que cette invention est aus.si commode qu'agréable. Au milieu de son récit, un adroit historien fait couler tout ce qu'tl lui plaît de ranti(|uité, et nou.s en fait un plan à sa mode. Sous prétexte qu’un historien ne doit ni entrer en preuve, ni faire lo docteur, on se contente d'avancer des faits qu’on croit favorables à 8a religion. On veut se moijuer du culte des images ou des reliques, ou de l'autorUé du Pape, ou de la prière (Kiur l(*s morts , ou même, pour ne rien omettre , du pallium : on donne à ces pratiques telle forme et telle date qu'on veut. On dit par exemple que \epaUiumt honneur chimérique , est de l'invention de Paschal II quoiqu’on le trouve cinq cents ans devant les lettres du pape Vigile et

' l.par/. Pr^. — * Fieda Guitl. Bnlell,éf. de Kitmortt en Irttmda — * P. é03.

de saint (iié^;oire. la- crédule lecteur, qui trouve une histoire toute p.iréc de ces réllesions , et qui voit partout , dans un ouvram- dont le car,tclcrc doit être la sineérité, un abréjté des aiiliqiutés de plusieurs sièeles, sans songer que l'auteur lui donne ou ses prevenlinns ou ses cntijeetures pour des vérités constantes, en admire rerudition eomtue les tours agréables, et croit être à l'origine des ehoses. Mais il n'est pas juste que .M. Burnet, sous le titre insinuant d'Iiistorien , décide ainsi des antiquités, ni que Fra-Paolo, qu'il a imité, acquière le droit de faire croire tout ce qu’il voudra de notre religion, à cause que sous un froc il raebait un coeur calviniste, et qu’il travaillait sourdement a decréditer la messe qu'il disait tous les jours.

Qu'on ne croie donc plus M. Burnet eu ce qu'il dit sur les dogmes de l'Ivglise, (pi'il tourne tout a contre-sens. .Soit qu'il parie par liii-méme, ou qu'il introduise dans son histoire quelqu’un qui parle contre noire doctrine, il a toujours un dessein secret de la décrier. Peut-onsouffrir.sonCranmer, lorsque, abusant d'un traité que Gerson a fait rfc aufcrib'iti/ale Papa:, il en conclut que, selon ce docteur, on peut fort bien te passer du l’ape‘t au lieu qu'il veut dire seulement , comme la suite de cet ouvrage le montre d’une manière à ne laisser aucun doute, qu’on peut déposer le Pape en certains cas. Quand on raconte sérieusement de pareilles choses, ou veut amuser le monde , et on s’ote toute crovanoe parmi les gens séVieux.

Mais l’endroit où notre historien a épuisé toutes •es adresses, et usé pour ainsi dire toutes ses plus Ikdles couleurs , est celui du célibat des eoolésiastiques. Je ne prétends pas discuter ce qu’il en ilit sous le nom de Cranmer ou de lui-niéme *. Ou peut juger de »'S remarques sur l’antiquité par celle.s qu’il fait sur le l’ontilical romain, dont on avouera bien que Ica sentiments sur le célibat ne sont pas obscurs. • On considcr.ait , dit-il que l'eng.ige-

• ment où entrent les gens d'église, suivant les cr-ré-

• monios du Pontifical romain, n’emporte pas né-

• eessairenient le célibat. Celui qui confère les ordres

• demande à celui qui les reçoit , s’il promet de ri- . vre dans la chasteté et dans la sobriété .' à quoi le

• sous-diacre répond : Je le promets. . M. Burnet conclut de ces paroles , qu’on n’obligeait qu’à la chasteté qui ■ se trouve parmi les gens maries , de . même que parmi ceuxqui ne le sont pas. . Mais l’illusion est trop grossière pour être soufferte. Les paroles qu'il rapporte ne se disent pas dans l’ordinatiou diisous-diacre, mais dans celle de l'évêque J. Ktdans eelle du sous-diacre on arrête celui qui se présente à eet ordre, pour lui déclarer quejusqu'a/ors lia été libre ; niais que s’il passe plus avant , il faudra garder la chasteté^ . M. Ituniet dira-t-il encore que la chasteté dont il est ici question est eelle qu'on garde dans le mari.nge, et qui nous apprend à nniu abstenir de tous les plaisirs illicites ( Kst-cc donc qu’il fallait attendre le sous-diacooat pour entrer

* I. pari. tir. Il,p. ‘iSI. — */Sig, liv. III, p. 3S3. — * Il.pafl tir. I , p. I3S. — * Pont. Hvni. m Cons. fpitvr—t Pomt, hom, in OrùîM. SubduK.

dans c«Ue obligation? Et qui ne reconnaît ici cette prote.ssion de la continence imposée « selon les anciens canons, aux principaux clercs , dès le temps qu'on les élève au sous-diocoiiat?

M. Burnet répond encore que, sans s'arrêter au Ponliljcal, les prêtres anglais qui se marièrent du temps d'Edouard avaient été ordonnés sans qu'on leur en eiU fait la demande, et par conséquent sans en avoir faille vtpu «.Mais le contraire paraît par luimême; puisqu'il a reconnu que du temps de Henri VIII on lie retrancha rien dans les rituels, ni dans les autres livres d'offices, si ce n’est (|uelques prières outrées qu’on y adressait aux saints, ou quelque autre chose peu importante; et on voit bien quece prince n'avait garde de retrancher dans l’ordination Ja profession de la continence, lui qui a défendu de la violer, premièrement sous peine de mort, cl lorsqu'il s’est le plus reli'iché, nous jmnfi de confiscation de tous biens *. C’est aussi pour celte raison que Cranmer n'osa jamais déclarer sou mariage durant la vie de Henri . et il lui fallut ajouter à un mariage défendu la honte de la clandestinité.

Jû ne m'étonne donc plus que, sous un tri archevêque, on ait méprisé la doctrine de ses saints prédécesseurs, d’un saint Dunstan, d’un Lanfranc, d’un saint Anselme, dont les vertus admirables, et en particulier la continence, ont été l'hoimeur de l'Église. Je ne m'étonne pas qu’on ait effacé du nombre des saints un saint Thomas de Cantorbëri , dont la vie était la eondamn.itlon de Thomas Cranmer. Saint Thomas de Cantorbëri résuta t«ix rois iniques; Thomas Cranmer leur prostitua sa eonscieuce, et flatta leurs passions. E'uti banni , privé de ses biens , persécuté dans les siens et dans sa propre personne, ; et atïligé en toutes manières, acheta la liberté glo- I lieuse de dire la vérité comme il la croyait, par un | mépris courageux de la vie et de toutes ses eximmo- j dites : l’aulre, pour plaire à son prince, a passé sa , vie dans une honteuse dis.simuIation, et n’a cessé ' d'agir en tonl contre sa croyance. L’un combattit ; jusqu'au sang pour les moindres droits de l’Église ; et en soutenant ses prérogatives, tant celles que Jé- , s'is-Christ lui avait irquises par son .sang, que celles que les rois pieux lui avaient données, il défendit jusqu'aux dehors de cette sainte cité : l’autre en livra aux rois de la terre le depot le plus intime, la parole, le culte, les sacrements, les clefs, l’autorité, les censures, la foi même : tout enfin est mis sous le joug ; et toute la puissance ecclésiastique étant réunie au trône royal , l'Église n’a plus de force qu’autanl qu'il plaît au siècle. L’un enfin , toujours intrépide et toujours pieux pendant sa vie, lefut encore plus à la dernicre heure : l'autre , toujours faible et toujours tremblant, l'a été plus que jamais dans les approclies rie la mort; et à l'âge de soixante-deux ans il a sacrifié à uii misérable reste de vie sa foi et sa conscience. Aussi n'a-l-il laissé qu'un nom odieux parmi les hommes ; et, pour l’excuser dans sonparti même , on «t’b que des tours ingénieux que le.s faits dftTu ntenl : mais la gloire de saint Thomas de

'^1 I , p. I?9. — 'itfrf lit'. 3KS. - i

Cantorbëri vivra autant que l'Église ; et ses vertus , que la France et l’Angleterre ont révérées comme à l’cnvi , ne seront jamais oubliées. Plus la cause que ce saint martyr soutenait a paru douteuse et équivoque aux (H)litiques et aux mondains, -plus la divine puissance .s est déclarée d'en liant en sa faveur, [>ar les cliâtiments terribles qu’elle exerça sur Henri II, qui avait |)ersi'rulé le saint prélat ; par la pénitence I exemplaire de tv prince, qui seul put apaiser l’Ire de Dieu; et par des iiiiractesd'im si grand éclat .qu'ils attireront non-seulement le.srois d’Angleterre, mais encore les rois de France, à son tombeau .- mjr.icles d’ailleurs si continuels, et si attestés parle concours unanime de tous les écrivains du temps, qne pour les révoquer on doute il faut rejeter toutes Us lilstoires. Cependant la réforination anglicane a rayé un si grand homme du nombre des saints. Mais eile a porte bien plus haut ses attentais : il faut qu’elle dégradé tous les saints qu’elle a eus depuis qu'elle a été chrétienne. Bcde, son vénérable historien , ne lui a conte que des fables, ou en tout cas des histoires jieu prisées, quand il lui a raconté les merveilles de sa conversion, et la sainteté de ses pasteurs, de ses rois, et de ses religieux. Le moine saint Augustin, qui lui a porté l’Évaugile, et le pa[>e saint Grégoire, qui i’a envoyé, ne se sauvent pas des mains de la réforme : elle les attaque par ses écrits. Si nous l’en croyons, la mis.sion dis saints qui ont fondé i'Égli.se anglicane est l’ouvrage de l’ambilion et de la politiquedes papes ; et en convertissant les Anglais, saint. Grégoire , un pape si humble et si saint, a prétendu (os assujettir ii son siège plutôt qu’à Jnsus-Christ*. Voilà ce qu'on publie en Angleterre; et s,! réforination s'établit en foulant aux pieds, jusque dans la source, tout le christianisme de la nation. Mais une nation si savante ne demeurera pas longtemps dans cet éblouissement : le rcsjiecl qu’elle conserve pour les Pères, et î«*s curieuses et continuelles recherches sur l’antiquité, la ramèneront à la doctrine des premiers siècles. Jene puis croirequ’elle persistedans la haine qu’elle a conçue contre la chaire de saint Pierre , d’où élit* a rw;u le christianisme. Dieu travaille trop puissamment à son salut en lui donnant un roi incomparable en courage comme en piété. F.nün les temps de vengeance et d’illusion passeront, et Dieu écoutera les gémissements de ses saints.

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