LIVRE VIII
Depuis i^4G jusqu'à fan lôfil.
SOMMAtRf
Giurre ouverle milrt Charlr* X' et l.i Ugite de .Smaicaidr. Ttiéjiei de I.ulhpr, qui avait excité le» luUiérienv « pmidre iw armrti. ^üU1*’nü sujet de RUerre A Torcavlem de Herman , arrltcvéque de l'x)loRne. ProdiRieuse iRnorunce de cet archeV(-4|Uft. l.eft prnte»tanU dertiils p.ir Charin» V. {.'électeur de Saxe et le landgrave de Hes)>e pHM)nii)er&. L‘/w/rri»i, ou le livre de remperwir, qui rCRie p.ir pro- V iftion , et en atlendant le concile, leu mattén-s de relîRioo
* niitch.ront. Dtirtt. Fuk.conI.Sl'rpl. ivfl.ap-'l Fci l .4ng.
DES VARIATIONS, LIV. VHI
I»eiir le«proU9ft(antii wulfvient. Les Iroubles cauMS> dans la l'nuM par la nouvelle doctrine d'Osiandnr, lulbùrlen , sur laJuslUicAtinn. Dispulea entre In luthériens aprv^ VIhttrim. IHyrlc . disciple de Melanchlon , tâche de le perdre a r«*ccaiion dt*s cérémonies Indiftérrnles. Il n-nouvrlle la doctrim* de l'ubiquité. L’enspereur presse les lulltérieiis de romparailre au cuoclle de Trente. Cunressluu appelée
Muonique, et celle du duché de NMtlembcrg, dres-séesà a-tle occasion. La dhlinrtlon de* péché» nmrlel» et vé» iilcU. Le mérile <le» bonne* o-uvri*» reounnu de n<H»'«>'»u. (ktnfércnce à Uurtn* pour la concilialum des reli(dons> !>•* luthériens s'y brouillent entre eux , et décident neanniiiiiis d'un coniniun acc«»rd que les U>nue8 œuvres ne sont pas necessaires à wlul. Mort de .Melanchton, dan* une hurrlNe p*'rplexité. Lea xuliinllen* condamné* par les lulheriens dajts un synode tenu a lena. AsMuiblec de lulberien.s tenue à Na(iud>oiirK. puur oomeiiir de U vraie eüiUun de la Ouifession d’AujislMiurq. L’inc**rtltudc demeure au**! grande. L’ubiquité s’efaldit presque dans tout le luliiéraoUme. Nouvelles décision» sur la eoopé* ratiou du libre arbitre. t.es luthériens sont omlraires û eux-nit>me.s; et p*>ur répondre tant aux liljcrtins qu'aux chréliensintirroes.ils tumlx’ifl dans le deml*pé|ayi-inlsn«e. Du livre de la Concorde compile par les lulitcrien», ou toute» leurs décisions sont renfermée*.
La lijiue dé SnialcnHe était redoutable» et Luther l'avait excitée à prendre les ormes d’une maniéré si furieu.se» qu’il n'y avait aucun excès qu’on nendiU craindre. Enné de la puissance de tant de princes conjurés » il avait publié des thèses dimt il a déjà etc parlé'. Jamais on n’avait ricit vu de plus violent, il les avait soutenues dès l'an 15 lO; mais nous apprenons de SIeidan * qu'il les publia de nouveau en 15 15, c'est-à-dire un an avanlsa mort. Là il cumparaitle Pape à un loup enragé» « contre lequel tout
• le monde s'arme au premier signal sans attendre « l'ordre du magistrat. Que si, renfermé dans une
• enceinte» le magistrat le délivre, on peut conti- « nuer» disait-il» à poursuivre celte béte féroce» et A attaquer impumment ceux qui auront empcchê A qu'on ne s’en défît. Si ouest tué dans celteallaquc A avant que d'avoir donné à la UUe le coup mortel , •« il n'y a qu’un seul sujet de se repentir : c*est du ne A lui avoir pas enfoncé le couteau dans le sein. Voila A commeil faut traiter le Pape. Tous ceux qui le dé* A fendent doivent aussi être traités comme le.s sol-
• dais d’un chef de brigands » fussent-ils des rois et A desCé.sars. » SIeidan (qui récite une grande partie de ces thèses sanguinaires) n’a osé rapj>orter ces derniers mots, tant ils lui ont paru horribles: mais Ils étaient dans les tlieses de Luther, et on les y voit encore dans l’édition de ses œuvres
Il arriva dans ce temps un nouveau sujet de querelle. Herman, archevêque de Cologne, s était avisé de réformer son diocèse à la nouvelle manière, et il y avait appelé Melanchlon et Bucer. C'était coiislainmcnt le plus ignorant de tous les prélats, et un homme toujours entraîné où voulaient se.s conducteurs. Tant qu’il écouta les conseils du docte Grop- ])cr, il tint de très-saints conciles pour la défense de l’ancienne foi, et pour commencer une véritable réfonnation de.s mœurs. Dans (a suite les lulhcriens s’emparèrent de son esprit, et le firent donner à l'aveugle dans leurs sentiments. Comme le landgrave parlait une fois à l’empereur de ce nouveau
* n-dc*sii.* Uv. I. — * SUid. tiv. xvi, p. Ml . — ^ F. I , /■</. W7.
réformateur : a Que réformera ce bon homme? lui A répondit-il‘*,à]M‘ine entend-il le latin. En toute.«;a « vie il n’a jamais dit que trois fois la messe : je l’ai A ouïdem fuis; Il n’rn savait pas le commencement. » Le fait était constant; et le landgrave, qui n’o.sail dire qu'il sût un mot de latin, assura çi/ 7/ ara// /a de fxnis livres oUenuinds , et entendail la religion. C’clail l'entendre selon le landgrave, que de favoriser le parti. Comme le Pope et l'empereur s’unirent contre lui, les princes protestants, de leur coté, lui promirent de le secourir^ si on Vattaguail pour la religion*.
On en vint bientôt à la force ouverte. Plus l’empereur témoignait que ce n'était pas pour la religion qu’il prenait les armes, mais pour mettre à la raison quelques rebelles dont l'electeur de Saxe et le landgrave èlaient le.s chefs, plus ceux-ci publiaient dans leurs manifestes que cette guerre ne se faLsait que par la secrète instigation de r.Anlechri.vt romain et du concile de Trente C’est ainsique, scion les thèses de Luther, iis tôthaient de faire paraître licite la guerre qu’ils faisaient à l'empereur. 11 y eut pourtant entre eux mie dispute, comment on traiterait Charles V dans les écrits qu’on publiait. L’électeur, plu.s consciencieux, ne voulait pa.s qu'on lui donnât le nom d'empereur : autrement, dl.sait-il, on ne pourrait pas licitement lui faire la guerre^. I.e landgrave n'.avait point de ces scrupules; et d’ailleurs qui avait dégradé rempereiir? qui lui avait oie l’empire? Voulait-on établir cette maxime, qu'on cessât d'être empereur dès qu'on serait uni avec le Pape? C’était une pensée ridicule autant que criminelle. A la fin, pour tout accommoder, il fut dit que, sans avouer ni nier que Charles V fiUem|H*rtur, ou le traiterait comme se portant pour tel; et par cet expédient toutes les lio.stilltés devinrent permises. Mais la guerre ne fut pas heureii.se jwur les protestants. Abattus par la fameuse victoire de Cliarles V près de l’F.lbe, et par la prise du duc de Saxe cl du landgrave, ils ne savaient à quoi se résoudre. L’empereur leur proposa, de son autorité, un formulaire de doctrine qu'on appela Vinierim , ou le livre de l'einpereur, qu’il leur ordonnait de suivre par provision jusqu’au concile. Toutes les erreurs des luthériens y étaient rejetées : on y tolérait seulement le mariage des prêtres qui s'elaient faits luthériens , et on laissait la communion sous les deux espèces à ceux qui l'avaient rétablie. A Rome on blâma l'empereur d'avoir osé prononcer sur des matières de religion. Scs partisans réiwndaicnt qu'il n’avait pas prétendu faire une décision ni une loi pour l'Eglise, mais seulement prescrire aux luthériens ce qu’ils pouvaient faire de mieux en attendant le concile. Celte question n’est pas de mon sujet ; et il me suffit de remarquer en passant que V intérim ne peut point passer pour un acte authentique de l'Église, puisque ni le Pape ni les évêques ne l'out jamais approuvé. Quelques luthériens l'acceptèrent, plutôt par force qu’autmnent : la plupart le rejetèrent, et le dessein de Cliarles Y n'ent pas grand succès.
' StfiH. l. xvîi, S7«. — * Efiht. fil. Thtod, inter Fi\
OtU'. /i.ffl. — L XUI,3''9, ffc. — < IbiU. ÎIOÎ
IIISTOIRK
Pendant que nous en sommes sur ce livre, il n'est > fias hors de propos «le remarquer «pi'U avait déjà été 1 proposé â la conférence de Kalisbomie, en 1541. Trois théologiens catholiques, Pllu^ius, évéquede ÎSaümbouri4, Oropper elKccius, y dcvaienUrailer, par l'ordre de lempcrcur, de la réconciliation des religions, avec Melanchlon, Ilueer et Pistorius t rois protestants. Ea*ius rejeta le livre ; et les prélats ^ avec les Étals eatholique.s napprouvcrenl pas (ju’on proposât un corps de doctrine sans en communiquer avec lelegaldu Pape, qui élaitalors à Ualisboimc'. C'était le cardinal Cotilaronus, très-savant Ihéo* Ingien, et qui est loue metne par les protestants. Ce légat ainsi consulté répondit qu’une affaire do celle nature devait être « renvoyée au Pape, pour «être réglée ou dans le concile générai qu'on allait • ouvrir, ou par quelque autre manière convenable. ■
Il est vrai qu’on ne laissa pas de continuer les conférences; et quand les trois protestants fjireiil (^nveiius avec Pllngiu.s et (irnpper de quelques articles, on les appela les articles concilies, encore qu’Eccius s’y fût toujours oppose. Ces protestant demandaient que l’empereur autorisât ces articles, ; en attendant qu’on püt convenir des autres*. JU.iis les catholiques s’y opposèrent, et dcelarcrenl plusieurs fois qu’ils ne pouvaient consentir au changeimmt d'aucun dogme ni d'aucun rit reçu dans rÉulîse catholique^. De leur coté les protestants, i qui pressaient la réception des articles conciliés, y donnaient des explications à leur mode, dont un n'etait pas convenu ; et ils lirent un dénombrement | des choses omises dans les art ides conciliés^. Mel.melUon, qui réiligca ces remarques, écrivit à l'empereur, au nom de tous les protestants, qu'on recevrait les articles conciliés, jxnirvu qu'ils Jussent bien entendus^\ c’est-à-dire qu’ils les trouvaient eux-mémes connus en termes ambigus : et ce n'était qu'une illusion d'en presser la réception, comme ils faisaient. Ainsi tous les projets d'accommodement demeurèrent sans effet : cc que je suis bien aise de remarquer par occasion, afin qu'on ne trouve pas étrange (pie je n’aie parlé qu’en passant d'une action aussi célébré que la conférence de Halishonne.
i) s’en tint une autre dans la même ville, et avec aussi peu de succès, en 15 IG. E'enqM^reur faisait cependant retoucher à son livre, où Pllugius, évéqtie de Naüniboiirg, Michel ilelding, l’cvéque titulaire ' deSidon, ctlslebius, protestants, mirent la dernière I main^. Mais il ne fît que donner un nouvel exemple du mauvais succè.s que ces décisions impériales avaient accoutumé d'avoir en matière de religion.
Durant que rem[)creur s’efforcait de faire recevoir son Intérim dans la ville de .Strasbourg, Itiiccr y publia une nouvelle confession de foi?, où celte Eglise déclare qu'elle relient toujours iiumuablenienl sa première confession de foi présejitée à Charles V à Augsbourg en 1530, et qu'elle reçoit
• Sleid. lib. XIV, ^rt. eoU. Rathb. Argent. I5«, p. nw. Ibid. |.'I3. Met. lib. l, ep. 3i,S.v. Art. Hntiih. ibid. ISO. — * Ibid. If.3. Sfeid. ibid. ■— * Ibid. m. — * SUid. Hesp. priNC. 78. A»notala aut nmi*%u in artic. Conril. ni. — ^ I.ib. rp. 25. ad Carol. V. SUid.Ub. xx, 3H.— i Ump. ann, IMS, 3Vi.
aussi raccord fait à Viteovberg avec UiUter ; c’està-dire cet acte où il était dit que ceui mêmes qui n'ont pas la foi , et qui abusent du sacrement, reçoivent la propre sub»tancc du corps et du sang de Jfsiis-Dirist.
Dans celle Confession de foi, Biieer n’exelul fornieilement que la transsubstantiation , et laisse en son entier tout ce qui peut établir la présence réelle et .substantteile.
qu'il y eut ici de plus remarquable , c’est que Bucer , qui , en sousiTivant les articles de Smalealde , avait sous(‘nt en même temps, comme on a vu*, la Onfession rf* Augsbourg, retint en meme temps la Confession de Strasbourg; c’est-à-dire qu'il autorisa deux actes qui étaient faits pour se détruire l'un l’autre: car on se peut souvenir que la Confession de Strasbourg ne fut dresstV que pour éviter de souscrire celle ^'Augsbourg • , cl (pie ceux de la Confession d'Augsbourg ne voulurent jamais recevoir paruii leurs frères ceux de Strasbourg ni leurs associés. Müilenanl tout cela s'accorde: c*est-à-diro qu'il est bien permis de changer dans la nouvelle reforme; mais il n'est pas permis d'avouer qu’on change. I.a réforme paraîtrait par cet aveu un ouvrage trop humain; (>t il vaut mieux approuver quatre ou cinq actes conlradietoiris, |H)urviiqu'mi n’avoue pas qu’ils le sont, que de confesser qu'on a eu tort , surtout dans de.s Confessions de fut.
Ce fut la dernière action que Bucer fît en Allemagne. Durant les mouvenu'Dts de r/n/cri»i, il trouva un asile en Angleterre parmi les nouveaux protestants qui se fortifîaient sous Édouard. Il y mourut en grande considération, sans néanmoins avoir pu rien changer dans les articles (|ue Pierre Martyr y avait établis : de sorte qu’un y demeura dans le pur zuinglianistnc. Mais les sentiments de Bucer auront leur tour, et nous verrons les articles de Pierre .Martyr changés sous Élisabetli.
I.es troubles de V Intérim écartèrent beaucoup de réformateurs. On fut scandalise dans le parti même : de leur voir abandonner leurs Églises. n'était pas ' leur coutume de s’exposer |>our elles ni pour la réforme; et on a remarqué, il y a longtemps, qu'aunin d'eux n’y a laissé la vie; si ce n’est Craumer, qui lit encore tout ce qu'il put pour la sauver, en abjurant sa religion tant qu’on voulut. Le fameux Osiandre fut un (le ceux qui prit le plus tôt la fuite. Il disparut loutà coupa Nuremberg, église qu’il gouvernait U y avait vingt-cinq ans, et dc.s le commencement de la réforme ; et il fut reçu dans la Prusse : c’était une des provincesdesplusaffectionnéesauluthéninisme. Elle appartenait àl’ordre Teutonique ; mais le prince .Albert de Brandebourg, qui en était le grand maître, comMit tout ensemble le désir de se marier, de se réformer, et de se faire une souveraineté héréditaire. C’eslainsi que tout le pays devint luthérien ; et le docteur de N’ureinbergyexcita bienl(}t de nouveaux désordres.
André Osiandre s'était signalé parmi les luthériens par une opinion nouvelle qu'il y avait intra-
' CI-üeMUt, Uv. >T. * — Ct-dcu(M , liv. ixi.
DES VARIATIONS, LIV. VIII
diiiU; lur la justiHcation. Il ne voulait pas qu'elle te fit, comme tous les autres protestants le soutenaient, par l'imputation delajusticedeJésus-Clirist; mais par l'intime union de la justice substantielle de Dieu avec nos Jines', fondé sur cette parole souvent répétée en IsaTe et en Jércmie : .Seigneur
etl notre justice'. Car de même que , selon lui , nous vivions i>ar la vie substantielle de Dieu , et t|ue nous aimions par l'amour essentiel qu’il a pour lui-méme , ainsi nous étions justes par sa justice eswnUelle, qui nous était communiquée ; à quoi il fallait. ajouter la sulistonccdu Verbe incarné, qui était en nous par la foi , par la parole et par les sacrements. Dès le temps qu’on dressa la Confession d'Augsbourg, il avait fait les derniers efforts pour faire embrasser cette prodigieuse dt>ctrine par tout le parti, et il la soutint avec une audace extrême à la face de Luther. Dans l'assemblée de .Smalealde , on fut étonné de sa témérité ; mais comme on craignait de faire éclater de nouvelles divisions dans le parti , où il tenait un grand rang par son savoir, on le souffrit. Il avait un talent tout particulier pour divertir I.uthcr; et au retour de la confi rence qu'on eut à Marpourg avec lessaeramentaires, Melancliton écrivait à Camerarius : tkiandre a fort réjoui Luther et nous loust.
C’est qu’il faisait le plaisant, surtout .à table, et qu’il y disait de bons mots , mais si profanes que j'ai peine à les répéter. C'est Calvin i|ui nous apprend , dans une lettre qu’il écrit à iMelanchton sur le sujet de cet lionmie, • que toutes les fois qu’il ■ trouvait le vin bon dans un festin, il le louait, en . lui appliquant cette parole que Dieu disait de . lui-même : Je suis celui qui suis». • bit encore : l'oici le l-'ils du Dieu cicanl. Calvin s'était trouvé aux banquets où il proférait ces blasphèmes , qui lui inspiraient de l’horreur. Mais cependant cela se pass.iit sans qu’on en dit mot. Le même Calvin parle d’Osiandre comme • d’un brutal et d'une bête fa- . rouehe, incapable d'être apprivoisée. Pour lui, . disait-il, dès la première fois qu'il le vit, il en . détesta l'esprit profane et les mœurs infâmes,
• et il l’avait toujours regardé comme la honte du « parti protestant. » C'en était pourtant une des colonnes : l'Église de Nuremberg, une des premières de la secte, l’avait mis à la tête de ses pasteurs dès l’an I5M, et on le trouve partout dans les conférences avec les premiers du parti ; mais Calvin s’étonne « qu’on ait pu l’y endurer si longtemps; . et on ne comprend pas, après toutes ses fureurs,
• comment Melanchton a pu lui donner tant de > louanges. «
On croira peut-être que Calvin le traite si mal , par une haine particulière; car Osiandre était le plus violent ennemi des sacramentaires ; et c’est lui qui avait outré la matière de la présence réelle , jusqu’à soutenir qu’il fallait dire du pain de l’eucharistie : Ce pain est Dieu*. Mais les luthériens n’en avaient pas meilleure opinion : et Melanchton , qui
' Chyt. tib. XVll. Suson. lil. Osiandrieo. p. tU. — * Is.
XVUI. fl, IS, XVTIII. Jer. XXIII. — * tib. IV, ep. SS * Cal.
rp. ad Wrf.lM. - ‘Cédmus, lie II.
trouvait souvent à propos , comme Calvin lui reproche, de lui donner des louanges excessives, no laisse pas, eu écrivant à ses amis, de blâmer son extrême arrogance^ ses récerieSf ses autres excès , et les prodiges de ses opinions ■. Il ne tint pasàOsiandre qu’il n’allât troubler l'Aiiglelerro, où il espérait que la considération de son beau-frère Craumer lui donnerait du crédit : mais Melanchton nous apprend que des personnes de savoir et d'autorité avaient représenté le péril qu’il y avait « d'attirer • en ce pays-là un homme qui avait répandu dans •I l’Église un si grand chaos de nouvelles opinions, • Cranmer lui-même entendit raison sur ce sujet, et il écouta Calvin, qui lui parlait des illusions dont Osiandre fascinait les autres, et se fascinait luimême ■.
Il ne fut pas plutôt en Prusse, qu’il mit en feu l’université de Kœnisberg, par sa nouvelle doctrine de la justification *. Quelque ardeur qu il eilt toujours eue à la soutenir, il craignit, disent mes auteurs, la magnanimité de Lutheri \ et durant sa vie il n’osa rien écrire sur cette matière. Le magnanime Luther ne lecraignait pas moins : en général, la réforme, sans autorité, ne craignait rien tant que de nouvel les divisions, quelle ne savait comment finir; et pour ne pa-s irriter un homme dont l'éloquence était redoutée , on lui l.iissa débiter ilc vive voix tout ce qu'il voulut. Quand il se vit dans la Prusse , affranchi du joua du parti, et , ce qui lui enfla le cœur, en grande faveur auprès du prince , qui lui donna la première chaire dans son université, il éclata de toute sa force , et partagea bientôt toute la province.
D'autres disputes s'allumaient en même temps dans le reste du luthéranisme. Celle qui eut pour sujet les cérémonies , ou les choses indifférentes, fut poussée avec beaucoup d’aigreur. Melanchton, soutenu des académies de Leipsick et de Vitemberg, où il était tout puissant, ne voulait pas qu'on les rejetât*. De tout temps ç’avait été son opinion, qu'il ne fallait changer que le moins qu'il se pouvait dans le culte extérieur''. Ainsi, durant i'tnieriin, il se rendit fort facile sur ces pratiques indifferentes , et ne croyait pas, dit-il, que pour un surplis, pour quelques fêtes, ou pour [ordre des leçons i, il fallût attirer la persécution. On lui fit un crime de cette doctrine , et on décida dans le parti , que ces choses indifférentes devaient être absolument rejetées* , parce que l’usage qu’on en faisait était contraire à la liberté des Éiglises, et enfermait, disait on, une espèce de profession du papisme.
àlais Flaccius Illyrictis, qui remuait cette question , avait un dessein plus caché. Il voulait perdre Melanchton, dont il avait été disciple; mais dont il était ensuite tellement devenu jaloux , qu’il ne le pouvait souffrir. Des raisons particulières l'obligeaient à le pousser plusque jamais ; car, au lieu que
* JJb. n. cp, 3I0.5S0, Ul , etr. — * Catv. ep. ad Crama, enl. 131. — * .dead. Regionioillana. Chytr. ibid. p. 415. — ‘ Strid. «6. XXI, MS; ixil. 37".—* Lih. I, ep. I«. ail Phit. Caat, an. 1525. — ' Lib.u, ep.-o. Lib. n, 3e. — •Coectad. p. Sli, Tas.
iijsToiiu:
MH;mdilon tàchail aiors d'aftaililir la (loi'liiiie de i îailher sur la prësenrt* rMIt*, lllyrie el ses amis } Toutrairnt jus(|u’à établir rtilâquité ' . Kn effet, nous \ la vovons décidée par la pluiwrt des Kalises liitlM'* rieniies; et les actes en sont imprimés dans le livre de la (’oncorde , que presque toute T Allemagne lu* tliérienne a reçu.
Nous en parlerons dans la suite : et, |K»ur suivre l'ordre des temps, il nous faut parier maintenant de la Confession de foi tpi’on appela saxonique, et de celle de Virlemberti* : ce ii'esl point Vilember:/ en Saxe, mais la capitale du duché de Virlemberu.
Klles furent faites tontes detix à peu près dans le nuhne temps, c‘e.st*:Vdire en t5j| et 1G'>3, pour être présentées aiieoneile de Trente, où Charles V victorieux voulait que les protestanlseomparussent.
\ji Confcssionsaxoïiiquefuldressée par Meianeh* ton : et nous apprenons de Sieiduii ^ (jue ce fut par ordre de rèiecleur Maiirire, que rempereur a^ail mis à la plaee de Jean-Tràlérie. Tous les dorleurs et tous les pasteurs, assenihtés solennellement à I.(‘ipsiek , lapprouvérenl d'une commune voix; et il ne devait rien y avoir de plus authentique qu'une Confession de foi faite par un homme si célébré , pour être proposée dans un concile général. Aussi i lit-elle reinie non-seuh*meiil dans toutes les terres (le la maison de Saxe et de plusieurs autres princes , niais encore par les f'.glises de Ihmiéranie et par celle de Straslmurg ■>, comme il parait par les sou* scriptions et les déclarations de ces flglises. Brentiusful routeur de In Confession de Virlemberp^; et c’étail, après ^lelanehton, riminme le plus célèbre de tout le parti. I.a Confession de Meianchton fut ap|>eléc par lui-méme la répétition de la (,‘onfe.ssion d’Augsbourg. Oirlstophe , duc de Virtemherg, par raulorite duquel la Confession de Virtemberg fut publiée, déclare aussi qu'il conlirme et ne fait que répéter la Confession d'Augsbourg. Mais, pour ne faire que la répéter, il n'<‘tait pas besoin d'en faire une autre ; et ce terme de répétition fait voir seulement qn’on avait honte de produire tant de nouiclles Confessions de foi.
F.n effet, pour commencer par la saxonique, l'artiete de reucharistie y fut expliqué en des tennes bien différents de ceux dont on s’était servi à Augsbmirg. Car, pour ne rien dire du long discours de quatre ou cinq pages que Meianchton substitue aux deux ou Iroislignesdu dixième article d'Augsboui^, où celle inaticre est décidée, voici ce qu'il y avait d'essentiel : « Il faut, disait-il apprendre aux « hommes que les sacrements sont des actions in- « stilmVs de Hieu.el qi>e les choses ne sont saerc-
• ments que dans le temps de l'usage ainsi établi ;
> maisqiie.dans l'usage établi deeettecommunion,
" Jésus-Christ est véritahlement et substantielle*
• ment présent, vraiment donnéâceuxqui re<^oivent « le corps et le sang de Jésus-Christ ; par où Jésus*
■ Christ témoigne qu'il est en eux, et les fait ses
• membres. •
* .X/Wrf. /ifc. XXT, 3A.V, XXII, .X7S. — f Sffnt. CcH.U. IMH. p. IH. n». — » Lir. \xii. - < Sÿiit. (irn. II. p MXeluq.
— * /(firf. — ♦ C-tp. i!<- i\vm Sfnt. t»'m II- ptrt. p. 7J.
j Meianchton évite de mettre ce qu'il avait mis ^
I Augslwiurg, • que le corpset le sang sont vraiment \ « donnés avec le pain et le vin; ■ et encore plus ce que LutluT avait ajouté â.SinalcaIdc, -quelepainet
• le vin sont le vrai corps et le vrai sang de Jésus- •* (Christ, qui ne sont pas seulement donnés et re- « rus par les chrétiens pieux, mais encore par les im* ■ pie.s. » Ces importantes |Kiroles,qucI.uther avait choisies ave^ tant de soin pour expliquer sa doctrine, quoique signées par Meianchton à .Smalcalde, comme on a vu, furent relmnchécs par Melanch* ton même de sa Confession saxonique. Il semble qu’il ne voulait plus ()ue le corps de .lesiis*(Uirist fut pris parla bouche avec le pain,niqu'<i fût rei;u substantiellement par les impies , encore qu'il ne niât pas une présence substantielle où Jésus-CI)risl vint à se% (idcles, non-seulement par sa vertu et par son esprit , mais encore en .sa projjre chair et en sa propre substance, détaché néanmoins du pain et du vin : car il fallait que reucharistie prmluisit encore eette nouveauté, et que, selon la prophétie du saint vieillard Siméon, Jésus-Uirist y fiH dans les derniers siècles en butte aux contradictions ' , comme sa divinité et son inrarnatioii l'avaient etc dans les premiers.
Voilà comme on rép<*tait la Confession d'Aiigshourg et la doctrine de Luther dans la (â)nfessiou saxonique. !.a Confession de Vir1eml)erg ne s'éloigne pas moins de celle d'.AiigsiKmrg, et des articles de Smalcalde. Klle dit que te vrai corpset le rrtù sanq est distribué dans l'eucharistie; ci rejette ceux qui disent que te pain et le rin sont des signes du corps et du sang de Jésus-Christ absent *. Rlle ajoute « qu'il est au (>ouvoir de Dieu d anénnlir la « siibslanee du pain , ou de la changer en son corps ; « mais que Dieu n'use pas de ce pouvoir dans la
• cène, et que le vrai pain demeure avec la vraie « présence du corps. » Klle établit manifestement la roncomilanre, en décidant • qu’eneoreque Jésus-
• Christ soit distribué tout entier tant dans le pain
• que dans le vin de reucharistie, l'usage des deux •< parties ne laisse pas de devoir être universel. ■ Ainsi elle nous accorde deux choses : l'uue, que la transsubstantiation est possible.el l'autre que la concomitance est certaine : mais, encore qu'elle défende la réalité jusqu'à admettre la com-omilamx*, elle ne laisse pas d‘expli<|uer cette parole : Ceci est mott corps f par celle d'Kzéehiel, qui dit : Celle-tà est Jét'usalem, en montrant la représentation de celte ville.
(."est ainsi que tout so confond, lorsqu'on sort du droit sentier |>our suivre s*'s propres idées. (A)mme les défenseurs du sens ligure re<;oivent quel, que impression du sens littéral , ainsi les défenseurs du sens iiUérat sont quelquefois éblouis |wtr les trompeuses subtilités du sens figuré. Au reste, il ne s'agit pas ici de savoir si , à force de rafüncr sur des expre.‘>sions differentes de tant de (^onfes^sions de foi, on trouvera quelque moyen violent de les réduire à un sens conforme. Il me suffit de faim observer combien de peine ont eu à se contenter do
• /.m. Il, a». — * ConJ. f'irtemb. cap. de t'nch. \ biti. p. IIS.
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D1CS VAHIATIONS. UV. VIH.
leurs propres (kuifessiotis Je foi « ceux qui ont quitté la foi de rKglise.
Ia?s .lutrcs articles de ces Confession de foi ne sont pas moins remarquables que ce ui de l'eucharistie.
La Confession saxoni(]ue reconnaît que ■ la vo>
• lonté c^t libre; que Dieu ne veut point le pt'clté,
• ni ne l'approuve , ni n’y coo|ktc : mais que la li-
• bre volonté des Iinmipes et des diahle.s est cause - de leur péché et de leur chute » Il faut louer Melanchtnn d'avoir ici corrigé Luther, et de s'élre corrigé lui-méme plus clairement qu'il n'avait fait dans la Confession d'Auqsbourg.
Nous avons déjà reniarqué <|u*il n'avait nronnu à Augsboiirtf l’exercice d*i libre arbitre que dans le.s actions de la vie civile ^ et que depuis il l'avait étendu mémeaux actions chrétienne». C’est ce qu’il commence à nous découvrir plus clairement dans la (à)nffssion saxonique * : car, apres avoir expliqué la nature du libre arbitre et le choix de la volonté, et avoir aussi expliqué qu'elio ne suHit pas seule [K)tir les (Tiivrcs que nous appelons surnaturelies, il répète par deux fois que ia volonit\ après avoir recule Saint-Kspritf }ie demeure pas oUice, c'esla dire, quelle n'est pas sans action ; ce qui semble lui donner, comme fait aussi le concile de Trente, line action libre sous la conduite du Saiat-Ksprit, qui la meut intérieurement.
Lt ce que Melanchton nous donne à entendre dans cette Confession de foi, il l’explique plus clairement dans ses lettres; car il en vient jusqu'à reconnaUre dans les leuvrcs surnaturelles la volonté humaine, selon rexpression de l'école, comme un ngent partial ^ agens iHirtiale^; c’est-à-dire que I iiomnie agit avec Dieu , et que des deux il sq fait iin asent total. C'est ainsi qu'il s'en était expliqué (ions la conférence de Uatisboune , on I.Vlt . Kt encore qu'il sentît bien que cette manière de s'expliquer dépiairnil aux siens, il ne laissa pas de passer outre, acause, dit-il, que la chose est véritable. Voilà comme il revenait des excès <jue Luther lui avait appris, encore que Luther y eiU persisté jusqu'à la lin. Mais il s'explique plus amplement sur celle matière dans une lettre écrite à* Calvin. • J’a-
• vai.s, dit-il 4, un ami qui, en raisonnant sur la «t prédestination, croyait é^talemeiit ces deux cho- M ses : et que tout arrive parmi les hommes comme « l’ordonne la Providence, et qu'il y a néanmoins de n la contingence. U avouait ee;)endaat qu'il ne pou- M vait pas concilier ces choses. Pour moi , qui tiens, « pour.suit-il,qut‘ Dieu n'est pas la cause du péché, « H ne veut pas le péché, je reconnais cette conit tingeiieo dans l’inlinnitéde notre jutfenient, afin « que les ignorants confessent que David est tombé fl de lui-mcme, et jKir sa propre volonté, dans le fl piThé; qu'il pouvait conserver le Sainl-Kspril « qiTil avait eu lui, et que dans co combat il « faut reconnaître quelque action delà volonté. » Ce qu'il conÜrme par un pas.sage de saint Basile,
t P. M. — ’ r<ip. rfc irm. pivr. rfr tib. «trè. etc. S^nt. C. II. part. p. 51, flo, fli . f/'*. — * /.i'i. IV, rp. iW. ' Ej». Vef.
\ntct ep 3HI.
OÙ il dit : Agez seulcme^U la colonlé ^et Dieu vient a vous. Par où Meiam hton semblait insinuer, nonseulement que la volonté agit, niais quelle commence; ce que saint Basile rejette en d’antres endroits et ce qu'il ne me parait pas que Melanchton ait jamais assez rejeté, puisque même nous avons vu qu'il avait coulé un mot dans laConfe.s.sjond’Aussbourg, où il semblait insinuer que le grand mal est de dire, non que la volonté puisse coin mencer, mais qu’elle puisse ffcAcrer par ellomémc l'œuvre de Dieu*.
Quoi qu’il en soit, il est certain qu’il reconnaissait l'cxercice du libre arbitre dans les operation.» de la grâce; puisqu'il avouait si clairement que David pouvait conserver le Saint-Ksprit , quand il le perdit; comme il pouvait le perdre, quand il le conserva : mais, encore que ce fdt là son sentiment il , n’osa le déclarer nettement dans la Confession saxonique . trop heureux de le pouvoir insinuer dout cernent par ces paroles : lei volonté n’est pas oisive,
; ni sans action.
I C'est que Luther avait tellement foudroyé le li- ! bre arbitre, et avait laissé dan.» sa secte une telle 1 aversion pour son exercice, que McKinchlon n’osait I dire qu'en tremblant ce qu’il en croyait, et que ses I propres Confe.ssions de foi étaient ambiguës.
I Mais toutes ces précautions ne le sauvèrent pas de la censure, illyric cl ses sectateurs ne lui purent souffrirce petit mut qu'il avait mis dans la Confession saxonique, qwe fa volonté n'est pas oi.dve^ ni I saits action. Ilscomlamnèrentcelteexpression dans diux assemblées synodales, avec le passage de saint Basile dont nous avons vu que Melanchton sc servait.
Otte condamnation est insérée dans le livre de la Concorde ‘. Tout l'honneur qu'on fait à Melanchlon , c'est de ne le pas nommer, cl de condamner scs expressions sous le nom général de nouveaux auteurs, ou sous le nom des papistes et des scnla.stiques. Mais qui considiTera avec quel soin on a choisi les expressions de Melanchton pour Ici condamner, verra bien que c'e.st à lui qu'on en voulait , et les luthériens de bonne foi en sont d’accord.
Voilà donc enfin ce que c’c.xl <jue les nouvelles sectes. On s’y laisse prévenir contre des dogmes certains, dont on prend de fausses idé(>s. Ainsi Mehiiichton s’était emporté d’abord avec Luther contre le libre arbitre, et n'en voulait reconnaître aiii cune action dans les œuvres surnaturelles. Convain- I eu de son erreur, il iicndie à l'extrémité opposée; i et, loin d'exclure faction du libre arbitre, il sc I porte a lui attribuer le commencement des œuvres surnaturelles. Quand II veut un peu revenir à la vérité, et dire que le libre arbitre a .son action dar.s les ouvrage.» delà grâce, il se trouve condamné p.ir le.s siens. Telles sont les agitations et les emliarr.s 1 où l’on tombe en secouant le joug salutaire de fai > toriléde fflglise.
j M.ais encore qu'une partie des luthériens ne veuille
pas recevoir ces termes de Melanchton, la volon'é n’est pas sans action dans les opéntionsdcla grSce ;
' C»nf. .^H7 nrt xvni m. — ’Tr. .«»,
ç'-ti
niSTOlHK
je ne sms coniinent ils peuvent nier la chose, puisqu'ils confessent tous d’un commun accord que riioinine qui est sous la grâce I» peut rejeter et la perdre.
C'est ce qu’i's ont assuré djins la Confession d’Augsbourg; c’est ce qu'lis ont répété dans l'apologie ; c'est ce qu'ils ont de nouveau décidé et inculqué dans le livre de la Concorde ' : de sorte (ju'i! n’y a rien de plus certain parmi eux. D'où il paraît qu'ils reconnaissent, avec le concile de Trente, le libre arbitre agissant sous l’opération delà grâce jusqu'à la pouvoir rejeter; ce qu’il est bon de remarquer, h muse de queiques ums de nos calvinistes, qui, faute de bien entendre l’ctnt de la question, nous font un crime d'une doctrine qu'ils ne laissent pas de supporter dans leurs frères les luthériens.
Il y a encore dans la Confession saxonique iin article d’autant plus considérable, qu'il renverse un des fondements delà nouvelle réforme. Klle ne veut pas reconnailre que la distinction des péchés entre les mortels et les véniels soit appuyée sur la nature du péché mémo : mais ici les théologiens de Saxe confessent, avec Melanchlon, qu'il y a de deux sortes de péchés : •« les uns qui chassent du « cœurle Saint-Ksprit, et les autres qui ne le chas- « sent pas*. «Pour expliquer la nature de ces péchés différents, on remarque deux genres de chrétiens, « dont les uns répriment la convoitise, elles autres
■ lui ob<rissent. Dans ceux qui la combattent, pour-
■ suit-on, le péché n’est pas régnant, ilesl vemel; - il ne nous fait pas perdre lcSainl-Espril,llne ren- « verse pas le fondement, et n’est pas contre la « conscience. » On ajoute, que ces sortes de péchés sont couverts ;c‘e%i‘h-dire^ qu'ils ne sont pas impuiésparla miséricorde de Dieu. Selon celte doctrine, il est certain que la distinction des péchés mortels et véniels ne consiste pas seulement eu ce que Ditu pardonne les uns et ne pardonne pas les nutre.s , comme on le dit ordinairement dans la prétendue réforme; mais qu'elle vient de ta nature de la chose. Or, il n'eu faut pas davantage pour condamner la doctrine de la justice impiitalive; puisqu’il demeure pour constant que, malgré les péchés où le juste tombe tous les jours, te péché ne règne pas en lui, mais plutôt que la diarité y règne, et par conséquent la ju.sticc : ce qui suflil de soi-mème pour le faire nommer vraiment juste, puisque la chose est dénommée par ce qui prévaut en elle. D'où il s'ensuit que, pour expliquer la justification gratuite, il n'est pas nécessaire de dire que nous soyons justifiés par imputation, et qu’il faut dire plutôt que nous sommes vraiment justifiés par une justice qui est en nous, mais que Dieu nous donne.
Je ne sais pourquoi Mcianchtoii nemit pas dans la Confession saxonique ce qu'il avait mis dans la Confession d'Augslwurg et dans l'apologie, sur le mérite des bonnes œuvres. Mais il ne faut pas conclure de là que les lutbêrieus eussent rejeté cette doctrine; puisqu'on trouve dans le meme temps un chapitre de b Confession de Virtemberg, où il est
• f* ÛV5, tic. — * P.1%.
I dit «que les bonnes œuvresdoivenlétre nécessaire- «ment pratiquées; et que, par la bonté gratuite
• de Dieu, elles MÉRITENT leurs récompenses cor- « porelles et spirituelles*. •
Ce qui fait voir, en passant, que la nature du mérite s'accorde parfaitement avec la grâce.
Kn 1557, il se lit à Worms, par l'ordie de Charles V, une nouvelle assemblée* pour concilier les religions. Pflugius, l'auteur de l’Intérim ^ y présidait. M.Burnet, toujours attentif à tirer tout à l’avantage delà nouvelle reforme, en fait un récit abrégé, où il représente les catholiques comme gens qui , «ne iMuvant vaincre leurs ennemis, les divisent, «et Ie.s animent les uns contre les autres dans des
• matières peu importantes ». » Mais le récitde Melanchton va découvrir le fond de l'affaire I>è8 que les docteurs protestants nommés pour la conférence furent arrivés à Worms, les ambassadeurs de leurs princes les assemblèrent, pour leur dire, de In p<art des mêmes princes, qu’il fallait avant toutes choses, et avant que de conférer avec les catholiques , « s'ac- « corder entre eux, et en même temps condamner « quatre sortes d’erreurs : !• celledes zuingliens ; 2*
• celled'Osiamire sur la justification: 3<* la proposi- « tionqui assure que les bonnes œuvres sont tiécessai- « res au salut : 4* et enfin l'erreur de ceux qui avaient
• ret^u les cérémonies indifférentes. » Ce dernier article regardait nominéincut Mclanchton; et c’était lllync, avec sa cal>ate,qui le proimsait. ülelanchton avait été averti de scs desseins, et il écrivit durant lo voyage, àson ami Carnerarius,» qu'à table, et parmi
• les verres, on dressait cerlainsarlicles préliminaires «qu'on prétendait faire signer à lui et à Rrentiu.s^. •
II était alors fort uni avec le dernier, et il représent*’ Iliyric , ou quelqu'un de cette cabale , comme une furie qui allait de porte en porte animer le monde. On croyait aussi, dans le parti, Melanchlon assez favorable aux zuingliens, et Brentius à Osiandre. Le même Melanchlon paraissait porté pour b nécessité des bonnes œuvres; et toute cette entreprise le regardait visiblement avec ses amis. Ce n'etait donc pas Jusqu'ici les catholiques qui travaillaient à diviser les protestants. Ils se divisaient assez d'eux-inémes ; et ce n’étnît pas, comme le prétend M. Burnet, sur des matières }>€u impor^ tantes t puisqu’à b réserve de la question sur les choses indifférentes, tout le reste, où il s’agi.ssait delà présence réelle, de b justillcation monstrueuse d’Osiandre, cl de la manière dont on jugerait les bonnes œuvres nécessaires, était de la dernière conséquence.
Sur le premierdeces points, Melanchtondemeurait
« Confet. nrt. eop de bonis operih. , ibid.,p. lOS.
’ Oltc conftTPttce se tint nu mois d'aoiU iss?,pâr le« gnins (te rrrdinnml , successeur de Charles V, son frère. Quoique cc prince eul abdique en laveur de PerdUmud »JéA I nnuée ibM, cependant celui-ci ne fut reconnu empereur qu’en liSS; mais ü gérait les affaires de l'Einplrc. enqu.xnie de roi de* Ronnius. [ÉdU. de renaiUts.)
* Buro. U.p. liP. u,p. MI. — * Vf/. //*. I, ep. 7u. ^utdrm ep. ad ^Ibrr. llurd. et ad Buliainy apud Uotp. «h. 1W7.SV). — * Lib. tnp
DES VAIUATIONS, UV. VIII.
d'AM'ord que les zuhigUens méritaient d'être condam^iés, aussi bien que les papistes : sur te second » <|u'Osioiidre n était pas moins digne de censure : sur ic troisième , que de cette proposilioti , les bonnes ceueres sont nécessaires au salut ^ W en fallait retrancher le dernier mot'; de manière queles bon* nés œurres, malgré l'Évangile, qui cric que sans elles on n'a point de part au royaume de Dieu, demeuraient nécessaires , à la vérité, mais non pas pour lesaluî. Et tiu lieu que M. Durnet nous a dit que les protestants admettaient tout d'une voix celte nécessité desbonnes Œuvres pour être sauvé*, nous lu voyons au contraire également reJetee par les ennemis de Melanchton et par lui-même , c'est-àdire, par les deux partis des protestants d'Alle* ma^ne.
Pou r (!« qui regarde Osiandre , Brentius ne manqua (lasd'en prendre le parti , non pas en défendant la doctrine qu'on lui imputait, mais en soutenant qu'on n'entendait pas la i^ensée de cc't auteur, quoique Osiandre l'eilt expliquée si nettement, que ni Metaiiclilon ni personne n’en doutait. I) paraissait donc bien aisé, parmi les luthériens, do convenir des condanmations que demandait lliyric avec ses amis : mais Melanchton les empêcha , craignant toujours d'exeiter de nouveaux troubles dans la réforme, qui, à force de se diviser , semblait devoir s'en aller par piêees.
Os disputes des prote.stants vinrent bientôt aux oreilles des catholiques; car lliyric et ses amis faisaient grand bruit, non-seulement à Worms, mais encoredans touteTAllernagne. Le dessein des catholiques était de presser dans la conférence la nécessité de déférer aux jugements de l'Ëglise, pour mettre lin aux disputes qui s'élèvent parmi les chrétiens; et les contestations des protestants venaient très à propos pour ce dessein, puisqu'elles faisaient paraître qu'eux-mêmes, qui disaient tant que l'Écriture était claire et pleinement suffisante pour tout régler, s'accordaient si peu, et n'avaient pu encore trouver le moyen de terminer entre eux In moindre dispute. La faiblesse de la réforme si prom. ptea produiredesdiBicultes, etsi impuissante pour les résoudre, paraissait visible. Alors lliyric et ses amis, pour faire voir aux catholiques qu'ils ne manquaient pas de force pour condamner les erreurs nées dans le parti protestant , firent voir aux députés catholiques un modèle qu'üs avaient dressé des condamnations que leurs compagnons avaient rejetées: ainsi la division éclata d'une manière à ne pouvoir être cachée. Les catholiques ne voulurent plus continuer les conférences , où aussi bien on n'avançait rien , et laissèreut les iilyriciens disputer avec les melanchtonistes, comme saint Pau) laissa disputer les pharisiens et les sadacéens^ , en tirant tout le profit qu’il avait pu de leurs dissensions connues.
On attendait dans la Prusse quelque chose de vigoureux , et quelque ferme décision contre Osiandre, dont l’insolence ne pouvait plus être supportée.
• Loc. êvp. f»/.— * f’oycz d'drMUS, Uv vu.— * Atl. xxm, •.
Il témoignait ouvertement faire peu d'étal de la Confessiond’AugslK)urg,et de Melanditon qui l'avait dressée , et des mérites de Jésus-Christ même , dont il ne faisait nulle mention dan.s la justification des péclieurs '. Quelques Uiéologiens de K Œnisherg s’oj>posaient le plus qu’ils pouvaient à sa doctrine, et entre autres Frédéric Staphyle , un des plus célèbres |irofesseurs en théologie de cette université , qui avait ouï, durant seize ans , Luther et Melanchton à Vilemberg*: mais, comme ils ne gagnaient rien avec leurs doctes ouvrages , et que rélm|uence d'Osiandre entraînait le monde , ils eurent recours à l’autorité de l’Église de Vltemherg, et du reste de l’Allemagne protestante. Lorsqu'ils virent qu’au lieu des condamnations précises et vigoureuses dont la foi infirme des peuples avait besoin , il ne venait de ce côté-là que de timides écrits dont Osiandre tirait avantage, ils déplorèrent Infaiblessedu parti , où il n'y avait nulle autorité contre les erreurs, .Staphyle ouvrit les yeux, et retourna au giron de l'Église ealholique.
L’année suivante , les luthériens s'assemblèrent à Francfort pour convenir d'une formulesur l’eucharistie, comme si on n’eilt rien fait jusqu'alors. Ofi commença, selon la coutume, en di.sant qu'on ne faisait que répéterla Confession d'Augslwiirg. On y ajoutait néanmoins • que Jésus-Christ était donné « dans l'usage du sarremenl vraiment clsiihstantiel-
■ Icmentet d'une manière vivifiante; que ce sacre-
• ment, contenait deux choses, c'est-à-dirr, le pain « et le corps; et que c'est une invention des moines,
■ Ignort^e par loulcl'anlîquité, dedire que le corps
• nous soit donné dans l'es|»èce du pain^. »
Étrange confusion I L’on ne faisait , disait-on, que
répéter la Confession d’Augsbourg; et cependant cette expression que l'on condamnait ù Francfort, que le coips fût présent sous les espèces, se trouve dans une des éditions de celte même Confession qu’on se vantail de ré|»éter, et encore dans l'cditton qu'on reconnaissait à Francfort même pour si véritable, qu'encore aujourd’hui, dans les livres rituels dont se sert l'ÉglLse française de cette ville, nous lisons l'article X de la Confession d'Augsbourg couché en ces termes ; Ç^w'on reçoit le corps et le sang sous les espèces du }>ain et du vin.
Mais la grande affaire du temps parmi les luthériens fut celle de rubKjuité, que Vestphnle, Jacques-André Smldelin , David Cliytré et les autres établissaient de toutes leurs forces. Melanchton leur opposait deux raisons qui ne pouvaientpasêtre plus convaincantes : l'une, quecettedoctrine confondait lesdeux naturesde Jésus-Christ , le faisant immense non-seulement selon sa divinité , mais encore selon son humanité, et même selon son corps : l'autre, qu'elle détruisait le mystère de l'eucharistie , à qui on ôtait tout ce qu'il avait de particulier, si Jésus- Christ comme liomme n’y était présent que de la même manière qu’il l'est dans le bois ou dans les pierres. Ces deux raisons faisaient regarder à Me-
' Cbyf. in. &ue. tib. 17. üt- Otinnè. p. «tt, tt s/'q. ■
• Jbtd. p. iV«. —» lio$p./. iS4.
illSTOlHK
laiiclitoii 1.1 (iiKUiiie de l’ubiquité avec horreur; et . l'aversion qu'il en avait lui faisait insensiblement tourner sa conliance du côte des défenseurs du sens ' figuré,, licniretenait un commerce parlieiilier avec j eux , principalement avec Calvin. Mais il est eertain | qu’il ne trouvait pas dans ses sentiments ce qu’il désirait.
(iilvin soutenait opiniitrément qu’un fidèle régénéré une fois ne pouvait perdre la gr.ice; et Melanebton convenait avec les autres luthériens que cette doctrine était condamnable et impie Calvin ne pouvait souffrir la nécessité du baptême, et Melanebton ne voulut jamais s’en départir. Calvin condamn.iitccqucdisait Mclancbton sur la coopération du libre arbitre , et Melancliton ne croyait pas pouvoir s’en dédire.
ün voit assez qu’ils n’étaient nullement d’accord sur la prédestination ; et quoique Calvin réiiélét sans cesse que Melanchton ne pouvait pas s’em(iéclier d’étre dans son cœur de même sentiment que lui , il n’a jamais rien tiré de Melanchton sur ce sujet-là.
Pour ce qui regarde la cène, Calvin se vante partout que Melanchton était de son avis : m.iis comme il ne produit aucune parole de Melanchton qui le di e clairement, et qu’au contraire il l’accusc dans toutes ses lettres et dans tous scs livres de ne s’etre jamais as.sez expliqué sur cc sujet, je crois qu’on peut douter raisonnahlemeutdcce qu’avance Calvin ; et il me semble que cc qu’on peut dire avec le plus de vraisemblance , c’est que ces deux auteurs ne s’entendaient pas bien l’un l’autre ; Melanchton étant ébloui des termes de pnipre substance que Calvin alTcetait partout, comme nous verrons; et Calvin aussi tirant à lui les paroles où Melanchton séparait le pain d’avec le corps de notre Seigneur, sans néanmoins prétendre par là déroger à la présence substantielle qu’il reconnaissait dans les fidcles communiants.
S’il en fallait croire Peucer, le gendre de Melanchton, son heau-père était un pur calviniste. Peucer le devint hil-méme, et souffrit beaucoup dans la suite, à cause des intelligences qu’il entretint avec lièze pour introduire le calvinisme dans la Saxe. Il se faisait un honneur de suivre les sentiments de son beau-père, et il a fait des livres exprès où il raconte i-e qu’il lui a dit en particulier sur ce sujet’. Mais , sans attaquer la foi de Peucer, il pourrait, dans une matière qu’on avait rendue si fertile en équivoques, n’avoirpasàssez entendu les paroles de Melanchton, et les avoir accommodées à ses préventions.
Apres tout, il m’importe peu de savoir ce qu’aura pensé Melanchton. Plusieurs protcstints d’Allemagne, plus inu-ressés que nous en cette cause, ont entrepris sa défense; et la bonne foi m’oblige à dire en leur faveur que je n’ai trouvé nulle part, dans les icrits de cet auteur, qu’on ne reçoive Jésus-Christ que par la foi ; cc (lui est pourtant le vrai caractère, du sens figuré. Je ne vois pas non plus qu’il ait jamais dit, avec ceux qui le soutiennent, (|uc les indignes ne reçussent pas le v rai corps et le vrai sang ;
' Lih. I. 70. — * Pruc. .'Vorr hist. de irnt. .Ve ï. Jt. Sut. fjrcfr. 9fc.
et nu roiitrnire i) me pnrnU qu'il n persisté eu rc qui fut arrêté sur ce sujet dan.s l’accord de VilemlwTg'.
Ce qu’il y a de certain , c'est que dans la rraiiite qu’avait Melanchton d'augmenter les divisions scandaleuses de la nouvelle réforme» où il ne voyait aucune modération, il n'osait presque plus parler Tju’en termes si généraux , que chacun y pouvait entendre ce qu'il voulait. Les.sacramentaires l'accommodaient peu : les luthériens couraient tous à l’ubiquitc. Rrentius, le seul presque des luthériens qui avait gardé avec lui une parfaite union , se rangeait de ce parti-là ; ce prodige de doctrine gagnait insensiblement dans toute In secte. 11 eût bien voulu parler, et il ne savait que dire, tant il trouvait d'opposition à ce qu'il croyait être la vérité. « Puis-je,
• disait-il, expliquer la vérité tout entière dans le « pays où je suis, et la cour le souffrirait-elle? • A quoi il ajoutait souvent : " Je dirai la vérité quand « les cours no m'en empêcheront point*. »
Il est vrai que ce sont les sacramentaires qui le font parler de cette sorte : mais outre qu'ils produisent ses lettres , dont ils prétendent avoir les originaux, il n'y a qu'à lirè celles que ses amis ont publiées, pour voir que ces discours qu'on lui fait tenir s'atYordent parfaitement avec la disposition où l'avaient mis les dissensions implacables de la nouvelle réforme.
Son gendre, qui conte les faits avec beaucoup de simplicité, nous rapporte qu'il était tellement haï des ubiquitaires, qu'une fois Chylré, un des plus zélés, avait dit, • qu'il sc fLillait défaire de Mclan- « chton ; autrement qu'ils auraient en lui un obstacle « éternel à leurs desseins^. » Lui-méme, dans une lettre à l'élecleur palatin, dont Peucer fait mention J, dit qu’il ne roulait plus dhpulcr contre des ^'ns dont il éprouvait lescruauiés. Voilà ce qu’il écrivait quelques mois avant sa mort. « Combien de fois,
« dit Peucer, et avec combien de sanglots m'a-t-il « expliqué les raisons qui rempéciiaient de décx>u- « vrir au public le fond de ses sentiments! « .Mais qui pouvait le contraindre dans la cour de Saxe où il était, et au milieu des luthériens, si ce n'était la cour elle-même, et les violences de ses compagnons ?
Quel état de ne pouvoir trouver nulle part ni la paix ni la vérité , comme il l'entendait ! Il avait quitté l’ancienne Kglise, qui avait pour elle la succession et tous les siècles précédents. L'Église luthérienne qu'il avait fondée avec Luther, et qu'il avait cru le seul asile de la vérité , embrassait l'ubiquité qu'il détestait. Les Églises sacramentaires , qu'il avait cru les plus pures après les luthériennes, étaient pleines d’autres erreurs qu'il ne pouvait supporter, et qu'il avait rejetées dans toutes ses Confe.ssions de foi. H paraissait qu'on le respectait dans l’Église de Vitemberg ; mais les cruels ménagements auxquels il se voyait asservi l'cnipéchaicnt de dire tout cc qu'il pensait; et il nuit en cet état sa vie malheureuse en l'an
lllyric et ses sectateurs triomphèrent par sa mort :
• Ciilmiis, tir. IV, «. Ï3. — * Unapin. ad an. If.S7, »«9, 2M). — * Pene. hift. carc. Ep- ad P^if. ap. Uo^p. 165», 3S0. — * t'eue. Âulic.
uy CjOx^^Ifc.
DES VARIATIONS, LiV, VIII. 1Î9
fubiquité fut établie presque dans tout le lutliéra* Disme, et les zuingliens furent condamnés par un synode tenu en Saxe dans la ville de léna'. Melnn* chton avait empéché qu'on ne prononçât jusqu'alors une pareil le sentence. Depuis qu'elle eut été donnée, on ne parla plus dans les écrits contre les ziiingliens que de l’autorité de l'Église , et on voulait que tout y cédât sans raisonner. On commençait à connaître dans le principal parti de la nouvelle réforme , c’està-dire parmi les luthériens, qu'il n'y avait que l'autorité de l'Église qui pdt retenir les esprits et empêcher le^ divisions. Aussi voyons-nous que Calvin ne cesse de leur reproclier qu'ils faisaient valoir le nom de l'Église plus que ne faisaient les papistes, et qu'ils allaient contre les principes que Luther avait établis*. Il était vrai; et les luthériens avaient a répondre aux mêmes raisonnements que tout le parti protestant avait opposés à l'Église catholique et à son concile. Ils objectaient à i'^^lise qu'elle se rendait juge en sa propre cause , et que le Pape avec ses évêques étaient tout ensemble accusés, accusateurs, et juges L Lessacranientaircs en disaient autant aux luthériens qui les condamnaient V Tout le corps des protestants disait à l’Église que leurs pasteurs devaient être assis avec tous les autres dans le. concile qui se tiendrait pour juger les questions de la fui; qu’aulremenl c'était préjuger contre eux sans les avoir entendus. Les sacrameiitnires faisaient le même reprociieaux luthériens^, et leur soutenaient qu'en s'attrUaiant l'autorité de les condamner sans appeler leurs pasteurs dans les séances , ils commençaient à faire eux-méines ce qu'ils avaient appelé une tyrannie dans l'Église romaine. Il paraissait clairement qn'it en fallait enfin venir à imiter l'Église catholique , comme c^^lle qui savait seule la vraie manière de juger les questions de la foi ; et il paraissait en même teiii|>s, parler contradictions où tombaient les luthériens en suivant celte manière, qu'elle n'appartenait pas aux novateurs , et ne pouvait subsister que dans un corps qui l'eiU pratiquée dès l'origine du christianisme.
En ce temps on voulut choisir en toutes les éditions de la Confession d'Augshourg celle qu'on reputerait pour authentique. C'était une chose surprenante, qu’une Confession de foi qui faisait la règle des protestants d'Allemagne et de tout le Nord, et qui avait donné le nom à tout le parti , eût été publiée en tant de manières, et avec des diversités si cofiiidérables, àVVittemberg et ailleurs, à la vue de Luther et de Melanchton , sans qu'on se fût avisé de concilier ces variétés. Enfin en I&6I, trente ans après oetie Confession, pour mettre lin aux reproclies qu'on faisait aux protestants, de n'avoir point encore de Confession fixe, ils s’assemblèrent à Naümbourg , ville de Thuringe, où ils choisirent une édition^ : mais en vain, parce que toutes les autres éditions ayant été imprimées par l'autorité publique , on n’a
• Uoapin. IMO . p. î«9 — > /A t>ef. font, rfttpk.— » Oilv. Ep. p. 3U. ad lit. Cfrm. Priae. II. font, f'tti.
olmtc. 2B0. — • Ho»pin. an. 1560, 209, f/ $eq. — * Hotpim. an. IMO , 370, S7I. — * .4ci. eonv. .\uAm6. apud Hotp. IMI , 3S0 •/ $eq.
aoMvrr — tohc iv.
jamais pu les abolir, ni empêcher que les uns ne suivissent l'uije, et les autres l'aulre, comme il a été dit ailleurs*.
Bien plus, l’assemblée de N'aüniboiirg, en choisissant une édition, déclara expressémcntqu'il ne fallait pas croire pour cela qu’elle eût improuvé les autres, principalement celle qui avait étéfaiteàAVittemberg en 1540, sous les yeux de Luther et de Melanchton , et dont aussi on s'était servi publiquement dans les écoles des luthériens , et dans les conférences avec les catholiques.
Enfin on ne peut pas mê«ne bien décider laquelle de res éditions fut préférée a Nnùmbourg. Il semble plus vraisemblable que c’est celle qui est imprimée, avec le consentement de presque tous les princes, à la tète du livre de la Concorde : mais cela même n'est pas certain, puis(]uenous avons fait voir quatre éditions de l’article delà cène , également reconnues dans le même livre. Si d'ailleurs un y a die le mérite des bonnes couvres dans In Confe.ssion d'Augshourg , nous avons vu qu'il y est resté dans l’apologie* ; et cela même est une preuve de ce qui était originniremenl d.uis la Confession, puisqu’il est certain que l'apologie n’ètail faite que pour l'expliquer et |K>ur la défendre.
Au re.ste , les dissensions des prolrslanls sur le sens de la Confession d'Augshourg furent si peu terminées dans l’assemblée de Naümbourg, qu'au contraire l'elecleur palatin Frédéric, qui en était un des membres, crut ou fit semblant de croire qu'il trouvait dans celte Confession la doctrine zuinglienne qu'il avait nouvellement embrassée ^ : de sorte qu'il fut zuinglien , et demeura tout ensemble de la Confession d’Augshourg, sans se mettre en peine de Luther.
Cest ainsi que tout se trouvait dans cette Confession. I.es zuingliens malins et railleurs l'appelaient la boite de tandore, d'où sortaient le bien et le mal; la pomme de discorde entre les déesses; une chauiêure a tous pieds; un grand et vaste manteau f où Satan se pouvait cacher aussi bien que Jésus-Christ Ces messieurs savaient tous les proverbes; et rien n'était oublié pour se moquer des sens différents que chacun trouvait dans la Confession d'Aug.sI>ourg. H n’y avait que l'iibiquilé qu’on n’y trouvait pas; et ce fut ceiH'ndant cette ubiquité dont on (U panni le.s luthériens un dogme authentiquement inséré dans le livre de In Concorde.
Voici ce que nous trouvons dans la partie de ce livre qui a pour litre : dbrégé des articles controversés parmi les théologiens de la Confession d'/fugsbourg. Dans le ciiapitre vit, intitulé de la Cène du Seigneur: « La droite de Dieu est par- • tout, et Jesus-Chrisl y est uni vraiment et en « effet selon son humanité « Et encore plus expressément dans le cliapitre viii, intitulé de la personne de Jésus-Christ, où on explique ce que c’est que cette majesté attribuée au Verbe incarné dans les Écritures : là nous lisons ces paroles :
* rj <le»u*, liv. III. - » tbid. ^'Hosp. IMI, »l. -* Hosp. ibid. — * Ltb. Concord, p. SÛD.
ISO
IIISTOIRK
• Jésus<3irist non-seulement comme Dieu, mais . encore eomnw homme, sait tout , peut tout, et
• est présent à toutes les créatures. • Cette doctrine est étrange. Il est vrai que la sainte .Imc de Jésus-Christ peut tout ce quelle veut dans l'I'glise, puisqu'elle ne veut rien que ce que veut la divinité qui la gouverne. Il est vrai i|iie cette sainte âme sait tout ce qui regarde le monde présent, puisque tout y a rapport au genre humain, dont Jésus- Christ est le Ilédempteur et le juge , et que les anges mêmes , qui sont les ministres de notre salut, relèvent de sa puissance. Il est vrai que Jésus- Christ se peut rendre présent où il lui plaît, même selon son humanité, et selon son corps et son sang ; mais que l'dme de Jésus-Christ sache ou puisse savoir tout ce que Dieu sait, c'est attribuer à la créature une science ou une sagesse inlinie, et l'égaler à Dieu même. Que la nature humaine de Jé- ■us-Clirist soit nécessairement partout où Dieu est, c'est lui donner une immensité qui ne lui convient pas, et abuser manifestement de l'union personnelle : car par la même raison il faudrait dire que Jésus-Christ, comme homme, est dans tous les temps ; ce qui serait une estravagance trop manifeste, mais néanmoins qui suivrait aussi naturellement de l'union personnelle, selon les raisonnements des luthériens , que la présence de l'humanité de Jésus-Christ dans tous les lieux.
On peut voir la même doctrine de l'ubiquité, mais avec plus d'embarras et un plus long circuit de paroles, dans la partie de ce même livTC qui a pour titre : ■ Solide, facile et nette répétition de quel-
• ques articles de la Confession d'Augsbourg, dont . on a disputé quelque temps parmi quelques théo- « logiens de celte Confession , et qui sont ici déci-
• dés et conciliés selon la règle et l'analogie de la
• parole de Dieu , et la briève formule de notre ■ doctrine chrétienne '. » Attendra qui voudra d'un tel litre la netteté et la brièveté qu'il promet : pour moi , je remarquerai seulement deux choses sur ce mot de répétition : la première, c’est qu’encore qu'il ne soit parlé en nulle manière dans la Confession d'.AugsIvourg de la doctrine de l'ubiquité qui est ici établie, néanmoins cela s’appelle ré|)élition de quelque* arlictes de la Confession (ïdugsbourg. On craignait de faire paraître qu'il y etU fallu ajouter quelque nouveau dogme, et on faisait p.asser sous le nom de répétition tout ce qu’on établissait de nouveau. I,a seconde, qu'il n'est jamais arrivé dans la nouvelle réforme qu'on se soit bien explique la première fois : il a toujours fallu revenir à des répétitions, qui au fond ne sc trouvent pas plus claires que les précédentes.
Pour ne rien dissimuler de ce qu’il y a d'important dans la doctrine des luthériens, au livre de la Concorde , je me crois obligé de dire qu'ils ne mettent pas l'ubiquité comme le fondement de la présence de Jésus-Christ dans la cène : il est certain, .au contraire, qu'ils ne font dépendre cette présence que. des paroles de l'institution-, mais ils mettent
' Miia , plana, Hc. Cane. OIS. e. vu. de Corna , p. ÎM fi ieç. €. vtH. dt perf. TA. p 7«l W7- 782 et ley.
cette ubiquité comme un moyen de rermer ta bouciie .*mx so('r.imenlaires,qui avaient osé assurer qu'il n’était pas possible à Dieu de mettre le corps de Jésus-Clirist en plus d'un lieu à la fois; ce qui leur paraissait contraire non-seulement à Tartiele de b toiite-puissanccdc Dieu, mais encore à la majesté de la personne de Jésus-Christ.
Il faut maintenant considérer ce que disent les luthériens sur la coopération de la volonté avec la grâce, question si considérable dans nos controverses , qu’on ne lui peut refuser son attention.
Sur cela les luthériens disent deux choses, qui nous donneront lieaucoup de lumière pour finir nos contestations. Je les vais proposer avec autant d’ordre et de netteté qu’il me sera possible; et je n’oublierai rien pour soulager l'esprit du lecteur, qui se pourrait trouver confondu dans la subtilité de ces questions.
La première chose que font les Uitliériens , pour expliquer la coopération de la volonté avec la grâce, est de distinguer le moment do laconversion d’avec ses suites; et après avoir enseigné que (a coopération de l’homme n’a point lien dans la conversion du pécheur, ils ajoutent que Cf‘tte coopération doit seulement être reconnue dans les bonnes oeuvres que nous faisons dans la suite'.
J'avoue qu’il est assez difQcile de bien comprendre ce qu'ils veulent dire : car la coopération qu'ils excluent du moment de la conversion est expliquée, en certains endroits, d’une manière qui semble n’exclure que /a roopérafion çui se /ai/ par nos propres forces naturelles et de nous-mêmes , ainsi que parte saint Paul*. Si cela est, nous sommes d'accord : mais en même temps nous ne voyons pas quel besoin on avait de distinguer entre le moment de la conversion et toute sa suite; puisque dans toute la suite , non plus que dans le moment de la conversion, l'homme n’opère ni ne coopère que par la grâce de Dieu.
U n’y n donc rien de plus ridicule que de dire, avec les luthériens, qu'au moment de la conversion ihomme n'agit pas davantage qu'une pierre ou de la houe^; puisqu’au moment de sa conversion on ncpeut nier qu’il ne commence h se repentir, àcroire, à espérer, à aimer par une aciion véritable; ce qu’un tronc et une pierre ne peuvent faire.
Et il est clair que l'homme qui se repent, qui croit et qui aime parfaitement, se re|)ent, croit et aime avec plus de force; mais non pas au fond d'une ,*uitrc manière que lorsqu'il commence à se refientir, è croire et à aimer : de sorte qu'en l’un et l’autre étal , si le Sainl-Ksprit opère, riiomme coopère avec lui, et se soumet à la grâce par un acte de sa volonté.
Kn en'et, il semble que les luthériens, en excluant la coopt rntioii du libre arbitre, ne veulent exclure que celle qu'on voudrait attribuer àtios propres forces. « Lors, disent-ils^, que Luther assuro « que la volonté était purement passive, et n'agis-
• CoHC. P «73, ««>, «81, 682. — * P. OM, «62, ')CR, 67J, «78, CH? et »eq. —* f^nc. p. 002. — * CvMC. p «8ü.
DES VARIATIONS, LIV. VIII
m sait en aucune sorte dans h conversion , son iu«
• (ention n'était pas de dire qu’il ne s'excitât dans « notre âme aucun nouveau mouvement, et qu'il
• nes'y commençâtaucune nouvelle opération ; mais
• seulement de faire entendre que l'homme ne peut
• rien delui*mâme, ni par ses forces naturelles. »
C'était fort bien commencer : mais ce qui suit
n'est pas de même. Car après avoir dit (ce qui est très-vrai ) que « la conversion de l'homme est une « opération et un don du Saint-Esprit, non-scule- « ment dans quelqu'une de ses parties, mais en sa •• totalité, • ils concluent très-mal à propos que
• le Saint-Esprit agit dans notre entendement, dans
• notre cœur, et dans notre volonté, comme dans
• un sujet qui souffre; l'homme demeurant sans
• action , et ne faisant que souffrir. »
Cette mauvaise conclusion, qu'on tire d'un principe véritable , fait voir qu’on ne s'entend pas ; car il semble au fond que ce qu'on veut dire, c'est que riiomme ne peut rien de lui-méme , et que la grâce le prévient en tout ; ce qui , encore une fois , est incontestable. Mais s'il s'ensuit de ce principe, que nous sommes sans action, cette conséquence s'étend non-seulement au moment de la conversion, comme le prétendent les luthériens , mais encore, contre leur pensée , a toute la vie chrétienne ; puisque nous ne pouvons non plus par nos propres forces conserver la grâce que l’acquérir, et qu'en quelque état que nous soyons, elle nous prévient en tout.
Je ne sais donc à qui en veulent les luthériens, quand ils disent qu'il ne faut pas croire que l’homme converti coopère au Saint-Esprit, comme deux chevaux concourent à traîner tm chariot ' ; car c'est là une vérité que personne ne leur dis|>ute, puisque l'un de ces chevaux ne reçoit pas de l'autre la force qu'il a ; au lieu que nous convenons que l'homme coopérant n'a point de force que le Saint- Esprit ne lui donne; et qu'il n'y a rien de plus véritable que ce que disent les luthériens dans le même endroit, f\uttorsqu'oncoopère à tagràce , ce n'est jMint par ses propres forces naluretles , mais par ces forces nouveUes qui nous sont données par le Saint-Esprit.
Ainsi, pour peu qu'on s'entende, je ne vois plus entre nous aucune ombre de difllcnlté. Si lorsque les luthériens enseignent que notre volonté n'ogit pas au commencement de la conversion, ils veulent dire seulement que Dieu excite en nous de bons mouvements, qui se font en nous sans nous-mêmes : la chose est incontestable; et c'est ce qu'nn appelle la grâce excitante. S'ils veulent dire que la volonté, lorsqu'elle consent à la grâce, et qu’elle commence par ce moyen h se convertir, n'agit pas de scs propres forces naturelles ; c'est encore un point avoué par les catholiques. S'ils veulent dire qu’elle n'agit point du tout , et qu'elle est purement passive, ils ne s'entendent pas eux-mêmes ; et, contre leurs propres principes , ils éteignent toute action et toute coopération, non-seulement dans le
commencement de la conversion, mais encore dans toute la suite de la vie chrétienne.
1-1 seconde chose qu’enseignent les luthériens sur la coopération de la volonté est encore digue d'élre remarquée, parce qu'elle nous découvre clairement dans quel abîme on se jette quand on abandonne la règke.
Le livre de la Concorde tâche d'éclaircir l’ob-jection suivante des libertins, faite sur le foi^dement de la doctrine luthérienne : « S’il est vrai,
• disent-ils', comme on l'enseigne parmi vous, ■ que la volonté de l'homme o’ait point de part « à la conversion des pécheurs, et que le Saint-
• Esprit seul y fasse tout, je n'ai que faire de lire
• ni d'entendre la prédication , ni de fréquenter
• les sacrements , et j’attendrai que le Saint-F.sprit
• m'envoie ses dons. «
Cette même doctrine jetait les Odèles dans d’étranges perplexités : car, comme on leur apprenait que d’abord que le Saint-Esprit agissait en eux , Il les tournait tellement lui seul qu'ils n'avaient rien du tout à faire , tous ceux qui ne sentaient point en eux-mêmes celte foi ardente, mais seulement des misères et des faiblesses, tombaient dans ces tristes pensées et dans ee doute dangereux , s'ils étaient du nombre des élus, et si Dieu leur voulait donner son Saint-Esprit Pour satisfaire à ces doutes et des libertins et des dirétiensinGrmeiqui différaient leur conversion, il n’y avait point à leur dire qu'ils résistaient au Saint-Esprit , dont la grâce les soilieiteit au dedans de se rendre h lui; puisqu'on leur disait au contraire que, dans ces premiers moments, où il s'agi^it de convertir un pécheur, le Saint-Esprit faisait tout lui seul , et que l'homme n'agissait non plus qu'une souche.
Ils prennent donc un autre moyen de faire entendre aux pécheurs qu’il ne tient qu’à eux de se convertir, et ils avancent ces propositions » :
En premier lieu : « Que Dieu veut que tous les
• hommes se convertissent , et parviennent au salut
• éternel. »
En second lieu : « Que pour cela il a ordonné
• que l'Évangile fiU annoncé publiquement. ■
En troisième lieiu : • Que la prédication est le « moyen )>ar lequel Dieu assemble dans le genre
• humain une Eglise dont la durée n’a ooint de <« fin. •
îÿ lieu ; * Que prêcher et écouter
« l'Evangile sont les instruments du Saint-Esprit,
• par lesquels il agit efficacement en nous et nous « convertit. >
Après qu’ils ont posé ces quatre propositions générales louchant l'eflîcace de la prédication, ils en font l'application à in conversion du pécheur, par quatre autres propositions plus particulières Ils disent donc :
En cinquième lieu, - Qu'avant même que •• l'homme soit régénéré, il peut lire ou écouter
• l’Évangile au dehors, et que, dans ces choses
» Cerne, p. 674.
* CoHr. p. ' P. Wi tl%eq — *
IIISTOIRK
R fxtôricurcs, il a en quelque façon son libre arm hiire pour assister aux assemblées de l'ÉKlise, et
• V écouter ou n'écouter pas la parole deDieu. «
En sixième lieu Ils ajoutent : « Que par celte
• prédication, et p,ar latteiition qu’on y donne,
. Dieu amollit les cœurs; qu'il s'y allume une pe-
• tile étincelle de foi, par laquelle on embrasse
• les promesses de Jésus-Christ; et que le Saint-
• Esprit, qui opère ces bons sentiments, est en-
• Toyé dans les cfctirs par ce moyen. •
En septième lieu, ils remarquent : • Qu'eiirore « qu'il soit véritable que ni le prédicateur, ni Tau*
« diteur, ne puissent rien par eux-méim-s, et qu'il « faille que le Saint-Esprit agisse en nous, afin que
• nous puUsIons croire à la parole; ni le prédica- « leur, ni l'auditeur, ne doivent avoir aucun doute
• que le Saint-Esprit ne soit présent par sa «rdcc,
- lorsque la parole est annoncée en sa pureté, se-
- Ion le commandement de Dieu , et que les bom-
• mes l'écouleiil et la méditent sérieusement. • Enfin ils posent , en huitième lieu : • Qu'a la vé-
• rité celle présence et res dons du Saint-Esprit ■ ne SC font pas toujours sentir; mais qu'il n'en
• faut pas moins tenir pour certain que la parole I « écoutée est l'organe du Saint-Esprit, par le^jud
« il déploie son eflicare dans les cœurs. •
Par là donc la difficulté, selon eux, demeure entièrement résolue tant du cote: des UberUos que du cote des chrétiens infirines. Du côté des libertins, parce que par les , ii'', iii* , ix®, v* , VI* et vil* propositions, la prédication attentivement écoutée opère la grâce. Or, par la einquième il est établi que rboinme est libre à écouter la prédication : il est donc libre à se donner à Ini-méme ce par où la grâce lui est donnée ; et par là les libertins sont contents.
Et pour les clirctiens infirmes , qui, encore qu’ils soient attentifs à la prédication , ne savent s'ils ont la grôce, à cause qu’ils ne la sentent pas; on remédie à leur doute par la huitième proposition , qui leur enseigne qu'il n'est pas permis de douter que la grâce du Saint-Esprit, quoiqu'on ne la sente pas , n'aecompogne rallenlion à la parole : de sorte qu'il ne reste plus aucune difficulté, selon les prinei|K*s des luthériens; et ni le libertin , ni le chrétien infirme, n’ont à se plaindre, puisqu'enfin jwur la conversion tout dépend de rattenlion à la parole, qui elle même dépend du libre arbitre.
Et afin qu’on ne doute pas de quelle attention ils parlent, je remarque qu'ils parlent de l’attention , en tant qu’elle précède la grâce du Saint- Esprit ; ils parlent de rnlleiition , où ;>or son fibre arbitre on peut écoutery ou n écouter pas* : ils parient de l’attenlion par laquelle on ccoufe tÉvangile au ^e/iors, par laquelle on assiste aux assembféesde l't'gfise,on la vertu du Saint-Esprit se développe ; par laquelle on prête l'oreille attentive à la parole , qui est son organe C'est à celle attentloD libre que les luthériens attachent la grâce : <-t ils sont excessifs en tout , puisqu'ils veulent , d'un côté , que , lorsque le Saint-Esprit commence à
' CoMC. f. «71.
nou.s émouvoir, nous n'agissions point du tout ; et de l'autre, que cette opération du Saint-Esprit, qui nous convertit sans aucune coo[>ération de notre côté, soit attirée nécessairement par un acte de nos volontés où le Saiiit-Rsprit n'a point de part, et où notre liberté agit purement par ses foret'S naturelles.
Cest la doctrine commune des luthériens; et le plus savant de tous ceux qui ont écrit de nos jours l'a expliqué par cette comparaison. Il suppose que tous les Irammes sont abitnés dans un lac profomi , sur la surface duquel Dieu fait nager une huile salutaire, qui délivrera par sa seule force tous Ci^s malheureux , pourvu qu'ils veuillent se servir des forces naturelles qui leur sont laissées pour s'approcher de cette huile, et en avaler quelques gouttes Celte huile, c’est la parole annoncée par les prédicateurs. Les hommes peuvent d’eux-mémes s'y rendre attentifs ; mais uussitut qu'ils s’approchent par leurs propres forces pour l’écouter, d'elle-méine, sans qu’ils s’eu mêlent davantage, elle répand dans leurs cœurs une vertu qui les I guérit.
Ainsi tous les vains scrupules par où les luthériens, sous prétexte d’bonorer Dieu, détruisent premièrement le libre arbitre, et craignent du moins dans la suite de lui donner trop , aboutîs.sent enfin à lui donner tant de force, que tout soit attaché à son action et à .son exercice le pins naturel. Ainsi on marclie sans règle, quand on abandonne la règle de la tradition : on croit éviter l'erreur des pélagiens; on y revient par un iiutre endroit, et le circuit qu'on fait ramène au demipélaginnisme.
Ce dcmi-pêlnginnisme des luthériens se n'pand aussi peu à peu dans le calvinisme, par i'inrlination qu'on y a de s'unir aux luthériens; et déjà on commence à dire en leur faveur que le dem}-|>rlagianisme ne damne pas * , c’est-à-dire qu'on peut innncemmenl attribuer à son libre arbitre le commencement de son salut.
Je trouve encore une chose, dans le livre de la Concorde, qui pourrait causer beaucoup d'embarras dans ta doctrine luthérienne, si elle n'etait bien entendue. On y dit que les fidèle.s , au milieu de leurs faiblesses et de leurs combats, « ne doivent nulle- « mont douter ni de Injustice <(ui leur est imputée • par la foi , ni de leur salut étemel *. ■ Par où il pourrait sembler que les liMhéricns admettent la certitude du salut, aussi bien que les calvinistes. Mais ce serait ici dans leur doctrine une contradiction trop visible; puisque, pour croire dans rliaqtie fidèle la certitude du salut, comme la croient les calvinistes, il faudrait aussi croire avec eux l’inainissibilité de hi jiisltoe, que la doctrine luthérienne rejette expres-sément, comme on a ni.
Pour concilier celte contrariété, Ic.s docteurs luthériens répondent deux choses : l’une, que par le doute du salut, qu’ils excluent de l'âme fidèle, ils n’entendent que Panxiété, l'agitation et le trouble ,
• Calixt. Judie. n. W , M , SI. — * Jur. Sÿi/. d* VEÿï. /•«. n , rA. 3 , p. 310 , aw. — ^ CoHC. p. SS6.
DES VAIUATIONS, LIV. IX
iju<* nous en excluons aussi bien qu>ux : l’autre, que la certitude quMls admettent du salut dans tous les justes n'est pas une certitude absolue, mais une certitude conditionnelle, et supposé que le fidèle ne s'éloigne pas de Dieu par une malice volontaire. C'est ainsique l'explique le docteur Jean- André Gérard * , qui a donné depuis peu un cor|>s entier de controverses ; c'est-à-dire que , dans la doctrine des luthériens, le fidèle se doit tenir pour très-assurcque Dieu , de son côté , ne lui manquera jamais , si lui-inéme ne manque pas le premier à Dieu : ce qui est indubitable. Mettre dans le juste plus de certitude, c'est contredire trop évidemment la doctrine qui nous apprend que, quelque juste qu'on soit, on peut déchoir de la justice et perdre l’esprit d’adoption : chose dont les luthériens ne doutent non plus que nous.
Depuis la compilation du livre de la Concorde, je ne crois pas que les luthériens aient fait en corps aucune nouvelle décision de foi. Les pièces dont ce livre est composé sont de dilTérents auteurs et de différentes dates; et les luthériens uous y ont voulu donner un recueil de ce qu’il y a parmi eux de plus authentique. Le livre fut mis au jour en ■ 679, après les ci'lcbres assemblées tenues à 'forg el à Berg en lô7Get 1577. C.e dernier lien était, si je ne me trompe, un monastère auprès de Magdcbourg. Je ne raconterai pas comment ce livre fut souscrit en Alleinnsne, ni les surprises et les violences dont on preleiid qu'nn nsa envers ceux qui le re^'urent, ni les oppositions de quelques princes et de quelques villes qni refusèrent d'y souscrire. Hospinien a écrit une longue histoire, qui |Kirait assez bien fondée en la plupart de scs faits* : c'eït aux luthériens qui s’y intéressent, à la contredire. Les décisions particulières qui regardent la cène et l’ubiquité ont été faites dans les temps voisins de la mort de Melanehton, c'est-à-dire, environ les années 1558 , 59 , 60 etCl.
Ces années sont célèbres parmi nous par les commencements des troubles de France. F.n 1559 , nos prétendus réformés dressèrent la Confe.csion de foi qu'ils présentèrent à (Miarles IX en 15Gf , au colloque de Poissy^. C'est l'ouvrage de Calvin, dont nous avons déjà souvent parlé. Mais l'importance de cette action, et les réflexions qu’il nous faudra faire sur cette Confession de foi , nous obligent à expliquer plus profondément la conduite et la doctrine de ton auteur.