‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 2 sur 192 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Depuis ran i3l7 Jttjtqu'à l'an 1520.

SOMHAItVF.

ttjinraenc«m*nt d*« dtüfMitra rie Ijjiher. .V* agilations. Sm nKjinlwious «ivcrs lT.«l|fte cl enver* \e P.ipi*. Ut, fundpmniU de ta réfornie (idii» t.'ijo^iici* iaipuli-c; m>». nn>p<ihitlun> tmiufes; sa comlâiiinaUim. Sta Pnip^jrlcnjcnts , incnacm furieuses, vaim-s propliclh^, el les miracles dont il M Tante. I.a papaglê devait luiul)cr tout h c«up wuis viulcnce. Il promet de ne polut pcrmvUru de prendre Ivs oruies pour son Evangile.

Il y avait plusieurs siècles qu’on désirait la réformarion de la discipline ecclesiastique ; . Qui me . donnera, disait saint Bernard', que je voie,

Itrra. Hftitl, 267, ad Eutjtn. Ptiptim, iiuHe sac, h. o.

de les y avoir attirés, que la corruption était plus «rande dans le monde. I.cs désordres s'étaient en- ; cure aiismentés dejiuis. L’Éplisc romaine, la mère j des figlises.qui durant neuf siècles entiers, en ob- I servant la première, avec une e.vaelitude eveniplaire,

I la discipline ecclésiastique, la maintenait de Iniite I sa force par tout l'nnivers, n'ctail pas euinptc de m.il ; et dès le temps du concile de Vienne , un j(rand évêque, eliargc par le Pape de préparer les matières qui devaient y être traitées, mit pour fondement de l’onvraste de cette sainte asscmblw, qu'il y fallait ; ri/oniter l'/iÿtise dam le chef et dam les membres • .

; la'prand seliisme, arrive ira peu après, mit pins que jamais cette prnle à la bouclie non-senlernent des doetenrs particuliers, d'un fier.son, d'nn Pierre j d',\illi , des autres prends lionime.s de ee temps-là,

I mais encore des conciles; et tout en est plein dans j le coneile de Pise et dans le concile de Conslance.

On sait ce qui arriva dans le coneile de B.lle, où la I réforinalinn fut malbetireusi-inenl éludée, et l’Pplise [ replonqée dans de notivelles divisions. I.e cardinal Julien représentait à Eugène IV les dé.sordrcs du ' clergé, prhieipalenient de celui d’Allemagne. . Ces . désordres, lui disait-il', eseitent la luinc du . peuple eonlre tout l’ordre eeelcsiaslique; et si on . ne le corrige, on doit craindre que les laïques ne . se Jettent sur le clergé, ,à la manière des bnssites,

• eomnic ils nous en menaeeiit hautement. . Si on ne réformait promptement le clergé d’Allemagne, il prédisait qii’après l’Iiérésie de Itoliême, et r/iiand elle serait (Mule, il s'en Hècerait blenlôl une antre etîcore plus dangereuse; <eear ou dira , potirsuivait- " iP, que le clergé est incorrigible, et ne vent peint . apporter de remt-de à ses désordre.s. On se jet-

■ lera sur nous, eontiniiait ce grand cardinal,

« quand on n’aura plus aiietine espérance de notre . correcUon. Les esprits des lioinnics sont en attente . de ee qu’on fera, et ils semblent devoir bientôt

• enfanter quelque chose de tragique, le venin

■ qu’ils ont contre nous se déclare : bientôt ih-eroi-

• ront faire .à Dieu un saerilice agréable, en niallrai-

• tant on en dé|K)iiil|aiit les ecclésiastiques, eninme

• des gens odieux à Dieu et aux lionimes, et plon- « ges dans la dernière extrémité du mal. Iæ pi n qui

• reste de dévotian envers l’ordre sacré aclicvera . do SC perdre. On rejettera la faute de tous res . désordres sur la cour de Rome, qu’on reganler.i

• eomine la cause de tous les maux *, . parce qu’elle aura négligé d’y apporter le remètie ôcossatre. D

* GuiU. fhtrantl. Epi$r. \timaL Sp^rMlolorJktut; 7>orf.

1 dr m‘»ln Cen. ('nue. rrUh. IH. I. puri. | ; lit. I, jmH iii , crut I part. tu. M, ctr. - » Rpht. 1 J»tôin. (\,rd. iid Eu», iv,

! Irr Op. a». Stlv.p.Cù — ^ /tit/, p, 07. — WW</ p. fi»

le prenait dans la luita d*un ton plu5 haut : « Je ^ « voiSf disait-il, que la cognée est à la racine, Tar-

• bre penche; et au lieu de le soutenir pendant

• qu'on le |>ourrait encore, nous le précipitons a « terre. • Il voit une prompte désolation dans le clergé d'Allemagne I-es biens temporels dont on | voudra le priver, lui paraissent comme l'endroit par

I où le mal commencera: • Les corps, dit-il, péri- | •• ront avec les âmes. Dieu nous dte la vue de nos '

• périls, comme il n coutume de faire à ceux qu'il ;

• veut punir : le feu cslalluiné devant nous, et nous :

• y courons. •

C'est ainsi que, dans le quinzième siècle, ce car- , dinal, le plus grand homme de son temps, en déplorait les maux et en prévoyait la suite funeste : par où il semble avoir prédit ceux que Luther allait apporter à toute la chrétienté , en commençant par l'Allemagne; et il ne s'est pas trompé, lorsqu'il a cru que la réformation méprisée, et la haine redoublée contre le clergé, allait enfanter une secte plus redoutable à l'Kglise que celle des bohémiens. Klle est venue cette secte, sous la conduite de Luther; et en prenant le litre’ de reforme, elle s'est vantée d'avoir accompli les voeux de toute la chrétienté, puisque la réformation était désirée par les |)cuples, par les docteurs et par les prélats catholiques. Ainsi, pour autoriser celle réformation prétendue, on a ramassé avec soin ce que les auteurs ecclésiastiques ont dit contre les désordres et du peuple et du clergé même. Mais c’est une ilinsioii manifeste, puisque, de tant de passages qu'on Dllèguc, il n'y en a pas un seul où ces docteurs aient seulement songé échanger la foi de l’Église, à corriger son culte, qui consistait principalement dans le sacrifice ^ de l’antcl, à renverser rautorilé de ses prélats, et ; principalement celle du Pape, qui était le but ‘ ^ tendait lonlo cette nouvelle réformation , dont Lu- [ “Tfier était l'architecte.

>’os réformés nous allèguent saint Bernard , qui , faisant le dénombrement des maux de l'Église *, et de ceux quelle a soufferts dans son origine durant les persécutions, et de ceux qu’elle a sentis dans son progrès par les hérésies, et de ceux qu’elle a éprouvés dans les derniers temps par la dépravation des inceurs, dit que ceux-ci sont le plus à craindre, parce qu'ils gagnent le dedans, et remplissent toute l'Eglise de corruption : d'où ce grand homme conclut que l'Église peut dire avec Isaïe , que son amer/ume la plus amère et la plia douloureuse est dans la paix^\ lorsqu'en paix du côté des iitCdcles, et en paix du coté des hérétiques, elle est plus dangereusement combattue par les mauvaises mœurs de ses enfants. Mais il n’en faut pas davantage pour montrer que ce qu’il déplore n’est pas, comme ont fait nos réformateurs , les erreurs où l’Église était tombée, puisqu'au contraire il la représente comme étant à couvert de ce côlé-là; mais seulement les maux (|ui venaient du relâchement de la discipline. D’où il est aussi arrivé que, lorsqu'au lieu de la i discipline , des esprits inquiets et turbulents comme

' Episl.\,jHHHn.(:ard.adEug.\t,inftTOp.Æn.SUv-p. | 7S. .. « Di-rn. Scrm. 3J. in tant. n. II). ~ xxxvm , 17. '

un Pierre de Bruis , un Henri , un A rnaud de Bresse, ont commencé à reprendre les dogmes; ce grand homme n’a jamais souffert qu'on en affaiblit annin, et a combattu avec une force invincible, tant pour la foi de Pflglise, que pour foutorité de ses prélats*.

Il en est de même des autres docteurs rallioliques , qui dans les siècles suivants ont déploré les abus, et en ont demandé la réformation. Gersoii est le plus célèbre de tous; et nul n’a proposé avec plus de force la réformation de l’Église dans le chef et dans les membres. Dans un .sermon qu’il fit après le concile de Pise devant .Alexandre V, il introduisit l’Église demandant au Pape la réformation et le rétablissement du royaume d'Israèl : mais pour montrer qu'il ne se plaignait d’aucune erreur qu'on pdt remarquer dans la doctrine de l’Église, il adresse au Pape ces paroles : ■ Pourquoi, dit-il*, n'en-

• voyez-vous pas aux Indiens , dont la foi peut élro

• facilement corrompue, puisqu’ils ne sont pas unis « a rÉglise romaine, de laquelle sc doit tirer la cer- « titude de la foi.* • Son maître, le cardinal Pierre d' A illi , évêque de Cambrai , soupirait aussi après la réformation : mais il en posait le fondement sur un principe bien différent de celui que Luther établissait; puisque celui-ci écrivait à Melancbton, ■ que

• la bonne doctrine ne pouvait subsister, tant que

• l’autorité du Pape serait conservée * : • et au contraire ce cardinal estimait que • durant le schisme

• les membres de l’Église étant séparés de leur chef.

• et n'y ayant point d’économe eide directeur apos-

• tolique, ■c’est-à-dire, n'y ayant point de|tapeqiic toute l’Église reronnilt, • il ne fallait pas espérer

• que la réformation sc p(U faire L • Ainsi l'un faisait dépendre la réformation de la destruction de la papauté, et l'autre, du parfait rétablissement de cette autorité sainte, que Jésus-Clirist avait établie pour entretenir Punité parmi ses membres, et tenir tout dans le devoir.

Il y avait donc de deux sortes d’esprit qui demandaient la réformation : les uns, vraiment pacifiques et vrais enfants de l'Église, en déploraient les maux sans aigreur, en proposaient avec respect la réforniation , dont aussi ils toléraient humblement le délai; et loin de la vouloir procurer par la rupture, ils regardaient au contraire la rupture comme le comble de tous les maux : nu milieu des abus ils admiraient In divine Providence, qui savait selon ses promesses conserver la foi de l'Église : et si on semblait leur refuser la réformation des mœurs, sans s'aigriret sans s'emporter, ils s'estimaient assez heureux de ce que rien ne les empêchait de la faire parfaitement en eux-mémes. Cétaient là les forts de l'Église, dont nulle tentation ne pouvait ébranler la foi ni les arracher de l'unité. Mais il y avait outre cela des esprits superbes, pleins de chagrin et d’aigreur, qui , frappés des désordres qu'ils voyaient régner dans l'Église et principalement parmi ses ministres , ne croyaient pas que les promesses de son éternelle durée pussent subsister parmi ces abus : au

' Bern. 61, 66, in Cani. — * Gert. Serm. de Atrrn$. ad .4lex. v, lam. U,png. I3i. —*Slàd. l. VU,/c*/. II2. — i CoHC. r, de S. Lud.

DES VARIATIONS, UV. 1.

lieu que le Fils de Dieu avait enseigné à respecter ta rtCaire de MoUe» malgré les mauvaises œuvres des docteurs et des pharisiens assis dessus Ceuxci devenus superbes , et par là devenus faibles, succombaient à la tentation qui porte à haïr la cliaire en haine de ceux qui y président; et comme si la malice des hommes |>ouvait anéantir Tœuvre deDieu, l'aversion qu’ris avaient conçue pour les docteurs leur faisait haïr tout ensemble et la doctrine qu'ils enseignaient, et l'autorité qu’ils avaient reçue de Dieu pour enseigner.

Tels étaient les albigeois et les vaudois, tels étaient Jean Viclef et Jean llus. T'appSt le plus ordinaire, dont ils se servaient pour attirer les âmes infirmes dans leurs lacets, était la haine qu'ils leur inspiraient pour les pasteurs de l'Eglise : par cet esprit d'aigreur on ne respirait que la rupture; et il ne faut pas s'étonner si dans le temps de Luther, où les invectives et l'aigreur contre le clergé furent portées à la dernière extrémité , on vit aussi la rupture la plus violente, et la plus grande apostasie qu’on eût peut-être jamais vue Jusques alors dans la chrétienté.

Martin Luther, augustin de profession, docteur et professeur en llicologic dans l'uuiversitéde VVittemberg, donna le branle à ces mouvements. Les deux partis de ceux qui se sont dits réformés , l'ont également reconnu pour l'auteur de cette nouvelle réformation. Ce n'a pas été seulement les luthériens scs sectateurs qui lui ontdonnéàl’envi de grandes louanges. Calvin admire souvent scs vertus, sa magnanimité, sa constance, i'insdustrie incomparable qu'il a fait paraître contre le Pape. C’est la trompette, ou plutôt c'est le tonnerre, c’est le foudre qui a tiré le monde de sa léthargie : ce n'était pas Luther qui parlait , c'était Dieu qui foudroyait par sa booche*.

It est vrai qu'il eut de la force dans le génie, de la véhémence dans ses discours , une éloquence vive et impétueuse , qui entraînait les peuples et les ravissait ; une hardiesse extraordinaire quand il se vit soutenu et applaudi , avec un air d’autorité qui faisait tembler devant lui ses disciples ; de sorte qu'ils n'osaient le contredire ni dans les grandes choses ni dans les petites.

Il faudrait ici raconter les commencements de la querelle de ir)t7, s'ils n'étaient connus de tout le monde. Mais qui ne sait la publication des indulgences de Léon X, et la Jalousie de.s auguslins contre les Jacobins, qu’on leur avait préférés en celte occasion? Qui ne sait que Luther, docteur augustin, choisi pour maintenir l'honneur de son ordre, attaqua premièrement les abus que plusieurs faisaient des indulgences , et les excès qu'on en prêchait ? âfais it était trop ardent pour se renfermer dans ces bornes : des abus, U passa bientôt à la chose même. Il avançait par degrés; et encore qu'il allât toujours diminuant les indulgences, et les réduisant presque à rien par la manière de les expliquer dans le fond , il faisait semblant d’étre d'accord avec ses adversaires , puisque , lorsqu'il mit ses projiosilions parécrit , n y en eut une couchée en ces termes : Si quetqit^n

» Matth XXHI, 2,3.— * Catv. 2. dej Cont. t'eMiph. optuc. / 7S0, îsT fl Rt$p.c«nt. High. pl. 137, lU. etc.

nie ta vérité des (ndutgences du Pape, guUl soU anat/téme*.

Cepeiidantui;e matière le menait à l'autre. Comme celle de la justillcation et de l’efficace des sacrements touchait de près à celle des indulgences, Luther se jeta sur ces deux articles; et celte dispute devint bientôt la plus importante.

La justification, c’est la grâce, qui, nous remettant nos péchés , nous rend en même temps agréables à Dieu. On avait cru jusqu'alors que ce qui faisait cet effet devait à ia vérité venir de Dieu, mais enfin devait être en nous; et que pour être justifié, c'est-adire de pécheurêtre fait juste, ii fallait avoir en soi la justice ; comme pour être savant et vertueux , il faut avoir en soi la science et la vertu. Mais Luther n'avait pas sui\ i une idée si simple. 11 voulait que ce qui nous justifie , et ce qui nous rend agréables aux yeux de Dieu, ne fût rien en nous; mais que nous fussions justifiés parce que Dieu nous imputait la justice de Jésus-Clirist , comme si elle eût été la nôtre propre, et parce qu’en effet nous pouvions nous l’approprier par la foi.

Mais le secret de cette foi justifiante avait encore quelque chose de bien particulier : c'est qu'elle ne consistait pas à croire en général au Sauveur , à scs mystères et scs promesses ; mais h croire très-certainement, chacun dans son cœur, que tous nos péchés nous étaient remis. On était justifié, disait sans cesse Lutlier, dès qu'on croyait l’étre avec certitude ; et la certitude qu’il exigeait n’était pas seulement cette certitude morale qui , fondée sur des motifs raisonnables, exclut l'agitation et le trouble ; mais une certitude absolue, une certitude infaillible , où le pécheur devait croire qu'il était justifié, de la même foi dont il croit que Jésus-Christ est venu au monde*.

Sans celle certitude il n'y avait point de justification pour le fidèle : car il ne {Ktuvait , lui disait-on , ni invoquer Dieu, ni se confier en lui seul, tant qu'il avait le moindre doute, non-seuieincnt de la bonté divine en général, mai.i encore de la bonté particulière par laquelle Dieu imputait à chacun de nous la justice de Jésus-Christ ; et c'est ce qui s'appelait la foi spéciale.

11 s'élevait ici une nouvelledifficulté, savoir si pour être assuré de sa justification, il fallait l'être en meme temps de la sincérité de sa pénitence. C'est ce qui d'abord venait dans l'esprit à tout le monde; et puisque Dieu ne promettait de justifier que les |>énilents, si l'on était assuré de sa justification ; il semblait qu’il le fallait être en même temps de la sincérité de 5«*i pénitence. Mais cette dernière certitude était l'aversion de Luther; et loin qu'on fût assuré de la sincérité de sa pénitence ,> on n'était pas même « assuré, disait-il^ , de ne pas commettre plusieurs * péchés mortels dans ses meilleures œuvres, à ■ cause du vice très-cachéde la vainc gloire ou de " l'amour propre. ■

Luther poussait ^ucore la chose plus loin; car il

> Prop. 1517, 71; t. — * Lnik. 1. 1. Fil, Prop. I5|h.

/. 53. Èfrm. dr Indulg, /. «l. .4ct. ap. J>fûf. ApotL /. 211. Luih. ad Frider-J. 222 — * LuÜ». f. i. Ptvp. I5IS. /’n»; . 4?.

HISTOIRK

avait inventé cette dislim-lion entre Ie5 œuvres des hommes et celles de Dieu, • que les œuvres des

• linnimes, quand elles seraient toujours belles en « afiparence, et sembleraient bonnes probablement,

•« étaient des péchés mortels; et qu’au contraire

• les œuvres de Dieu , quand elles seraient toujours « laides, et qu'elles paraîtraient mauvaises, sont

• d’un mérite éternel •. » f.bloui de son antillièse et de ce jeu de paroles, Luther s’imagine avoir trouvé In vraie différence entre les œuvres de Dieu et celles des hommes, sans considérer seulement que les lK)tuies ceums des hommes sont en même temps lies œuvres de Dieu , puisqu’il les produit en nous par sa Rr5ce; ce qui, selon Luther même, leur de* vait nécessairement donner un immnrtrl mérite : mais c’est ce qu’il voulait éviter, ptiisqu’il concluait au contraire*, " que toutes les œuvres des jusies se- « raient des péchés mortels, s’ils n’appréhendaient « qu’elles n’en fussent ; et qu’on ne pouvait éviter

• la présomption , ni avoir une vérilahle espérance,

• SI on necraignaitladamnaliondanschaquecciivre a qu’on faisait. >

Sans doute la pénitence ne compatit pas avec des péchés mortels actuellement commis : car on ne peut ni être vraiment re|«*nlant dequclques péchés mortels sans i’étre de tous, ni l’étre de ceux qu’on fait pendant qu’on les fait. Si donc on n’est jamais assurédene pas faire à chaque bonne œuvreplu.sieurs péchés mortels : si au contraire on doit craindre d’en faire toujours, oii n’est jamais assuré d’étre vraiment pénitent; et si on était assuré de l'élrc, on n’aurait pas à craindre la damnation , comme Luther le prescrit ; à moins de croire en même temps que Dieu, contresa promesse, condamnerait à l'enfer un cœur pénitent. Et cependant s’il arrivait qu'un pécheur doutât de sa justification, â cause de son indi.sposilion particulière dont il n’élait pas assuré, Luther lui disait , qu’à la vérité il n’était pas assuré de sa bonne disposition, et ne savait pas, par exemple, s’il était vraiment pénitent , vraiment contrit, vraiment affligé de ses péchés; mais qu’il n’en était pas moins assuré de son entière justification, parce qu’elle ne dépendait d’aucune Imnne disposition de FA pari. C’est pourquoi ce nouvea»! docteur disait au pécheur : ■ Croyer. fermement que vous êtes • absous, et dès In vous l’étes, quoi qu’il puisse être « de votre contrition^; » comme s’il edt dit : Vous n’ayez pas besoin de vous mettre en peine si vous êtes pénitent ou non. Tout consiste, disait-il toujours, à rroiVe snns hésiter que rmis êtes absous 4 : d’où il concluait*, qu'il n'importait pas que le prêtre mus baptisât y ou vous donnât Cabsotution sérieusement y ou en se moquant; parce que dans les sacrements il n’y avait qu'une chose à craindre, qui était de ne croire pas assez fortement que tous vos crimes vous étaient pardonnes, dès que vous aviez pu gagner sur vous de le croire.

I^s catiiollques trouvaient un terrible inconvcniejjt dans cette doctrine. C'est que le lidcle

• Pr*p. Hftfih, tin. IMS. ibiti. Prop. 3, i, 7. II. —

i .Vt-r/fi. Je ftiJuhf. T. I, /. t»3. — ' Pn>p. liis. tbid. — '* &f Ml. Je tndulgcni.

élaiil obligé de se tenir assuré de sa justification, sans l’élredc sa pénitence, il s’ensuivait qu'il devait croire qu’il serait justifié devant Dieu, quand même il m* serait pas vraiment pimitent et vraiment contrit : ce qui ouvrait le chemin à l’impéiiilence.

Il est néanmoins Ircs-vcrilable, c^r il ne faut rien dissimuler, que Luther n*e3œluait pas de la justification une sincère pénitence, c’est-à-dire l'horreur de son péché et la volonté de bien faire ; en un mot, la eonversion du ccciir : et il trouvait absurde, aussi bien que nous, qu’on jtûl être justifié sans pénitence et sans contrition. Il ne paraissait sur ce point nulle diffcrencc entre lui et les ealhüli<|ues; si ce n’e.st que les catholiques a[q>elaient ces actes de.s dispositions à la justification du pécheur, et que ï.uther croyait bien inieuv rencontrer en les appelant seulement des comlitions nécessaires. Mais cette subtile distinction au fond ne le lirait pas d’embarras : car enfin, du quelque .sorte qu'on nommât ces actes, qu’ils fussent ou eondilions, ou disposition et préparation nécessaire à la retnisshm <les pécliés; quoi qu’il en soit, on est d'accord qu'il Ic.s faut avoir pour l’obtenir : ainsi la question revenait toujours, comment Luther pouvait dire que te pécheur devait croire très-eertainement qu'il était absous, quoi qu'il en fût de sa contritlun; c'i‘.sl-â-diro quoi qu’il en fiU de sa pénitence ; comme .si être piuiîlenl ou non était une chose indifférente à la rémission des pécliés.

C’était donc la diffictillc du nouveau dogme, ou, comme on parle à présent, du nouveau système de Luther : comment sans être assuré et sans pouvoir l’élre qu'on fiU vraiment pénitent et vraiment converti, on ne laissait pas d'être a.ssuré d’avoir le pardon entier de ses péchés? .Mais c'était assez, disait Luther, d ’êtreassurede sa foi. Mouvelle difficulté, d’être assuré de sa fol sans l'être de la pi>nitence, que la foi, selon Luther, produit toujours. âlais , répond-il * , le fidèle peut dire Je rro/s, et par là sa foi lui devient sensible; comme si le inême lidcle ne üi.vift pas de la même sorte Je me repens^ et qu'il n’eilt pas le même moyen de s’assurer de .sa repentance. Que si l’on répond enfin que le doute lui reste toujours, s'il se repenl comme il faut, J’en dis autant do la foi; et tout aboutit à conclure que le pécheur se tient assure de sa justification, sans pouvoir être assuré d'avoir acompli comme il faut la condition que Dieu exigeait de lui pour l’olitenir.

C’était encore ici un nouvel ahînie. Quoique In foi, selon Lutlier, ne disposâtp.as à la justification (cor il ne pouvait souffrir ces dispositions), c’en était la condition nécessaire, et l’unique moyen que nous eussions pour nous approprier Jésus- Christ et sa justice. Si donc, après tout l’effort que fait le pécheur de se bien mettre dans l’e.s{>rit que ses péciié.s lui sont rrmi.s par sa foi, il venait à dire en lui-même :Qui me dira, faible et imparfait comme je suis, si J’ai cette vraie foi qui rhaug '

' Ail. arUc. L U, <i</ u.

...... (;;oogle

DES VARIATIONS. LIV. I

le cœur? C'est une tentation, selon Luüier. Il faut croire que tous nos péch^ nous sont remis par la foi , sans sMnquiéter si cette foi est telle que Dieu la demande, et même sans y penser : car y penser seulement, c'est faire dépendre la grâce et la justification d'une chose qui peut être en ■ous; ce que la gratuité, pour ainsi parler, de la justification, selon lui, ne souffrait pas.

Avec cette certitude que mettait Luther de la rémission des péchés, il ne laissait pas de dire qu'il y avait un certain état dangereux à l'âme, qu'il appelle la sécurité. > Que les fidèles prennent « garde, dit'il *, à ne venir pas â la sécurité : • et incontinent après : Il y a une détestable arro-

• gance et sécurité dans ceux qui se flattent eux- ■ mêmes , et ne sont pas véritablement affligés de « leurs péchés , qui tiennent encore bien avant dans

• leur cœur. » Si l'on joint à ces deux thèses de Luther celle où il disait, comme on a vu qu'à cause de l'amour-propre on n’est jamais assuré de ne pas commettre plusieurs péchés mortels dans ses meilleures ceuprsi», de sorte qu’il yfâüait ioujours craindre la damnation ^ \ il pouvait sembler que ce docteur était d'accord dans le fond avec les catholiques, et qu'on ne devrait pas prendre la certitude qu'il pose à la dernière rigueur, comme nous avous fait. Mais il ne s’y faut pas tromper : Luther tient au pied de la lettre ces deux propositions , qui paraissent si contraires ; On n’est jamais assuré d’être affligé comme il faut de ses péchés; et, On doit se tenir pour assuré d'en avoir la rémission; d'où suivent ces deux autres propositions, qui ne semblent pas moins opposées : la certitude doit être admise : la sécurité est à craindre. Mais quelle est donc cette certitude, si ce n'est la sécurité? C’ètail l'endroit inexplicable de la doctrine de Luther, et on n’y trouvait aucun dénoüment.

Pour moi , tout ce que j’ai pu trouver dans ses écrits qui serve à développer ce mystère, c'est la distinction qu’il fait entre les péchés que l’on conir met sans le savoir, et ceux que l'on commet sciemmetit et contre sa conscience : lapsus contra coHScientiam*. Il semble donc que Luther ait voulu dire, qu’un chrétien ne peut s'assurer de n’avoir pas les pécliés du premier genre ; mais qu’il peut être assuré de n'en avoir pas du second; et si en les commettant il sc tenait os.suré de la rémission de ses péchés, il tomberait dans celte damnable et pernicieuse sécurité, que Luther condamne : au lieu qu’en les évitant il se peut tenir a.ssuré de la rémission de tous les autres, et nvême des plus caches; ce qui suffit pour la certitude que Luther veut établir.

Mais la difficulté revenait toujours : car il demeurait pour indubitable, selon Luther, que rhomiiie ne sait jamais si ce vice caché de l’anioiirpropre n'infecte pas ses meilleures œuvres; qu'au contraire, pour éviter la présomption, il doit tc-

» dtfp. IWO. Pmp. U, 45. I. r. — ’ Ci-dfi»ut n. ix. —

• Pntp. I&is. 4«. /• I. — ' /.«/A. Themnt. I. », /. 4W).

Ai(j. cap. de bon op. Sgnt. Ce». 2. /xirl. p. 21.

nir pour certain qu’elles en sont mortellement infecté : qu’il se flatte; et que, lorsqu'il croit être affligé véritabtenient de son péché, il ne s'ensuit pas qu'il le soit autant qu’il faut pour en obtenir la rémission. Si cela est, malgré tout ce qu'il croit ressentir, il ne sait jamais si le péché ne règne pas dans son cœur, d'autant plus dangereusement qu'il est plus caché. Nous en serons donc réduits à croire que nous serons réconciliés avec Dieu , quand même le péché régnerait en nous: autrement il n'y aurait jamais de certitude.

Ainsi tout ce qu’on nous dit de la certitude qu’on peut avoir sur le péclié commis contre la conscience, est inutile. Ce n’est pas aller assez avant que de ne pas reconnaître que ce péché qui se cache, cet of^ueil secret, cet amour-propre qui prend tant de formes, et même celle de la vertu, est peut-être le plus grand obstacle de notre conversion, et'loujours l’inévitable sujet de ce tremblement continuel, que les catholiques enseignaient après saint Paul. Les mêmes catholiques observaient que tout ce qu’on leur répondait sur cettn matière, était manifestement contradictoire. Luther avait avancé cette proposition : Personne ne doit répondre au prêtre qu'il est contrit * , c'est-àdire pénitent. Et comme cette proposition fut trouvée étrange, il la soutint de ces passages ; « Saint.Paul dit : Je ne me sens coupable en rien; m mais je ne suis pas pour cela justifié *. David dit:

■ Qui connaît ses péchés Saint Paul dit : Celui « qui s'approuve lui-mên>e n’est pas approuvé;

■ mais celui que Dieu approuve^ • Luther concluait de ces passages que nul pécheur u’est en état de répondre au prêtre : Je suis vraiment pénitent; et à le prendre à la rigueur, et pour une certitude entière, il avait raison. On n était donc pas assuré absolument, selon lui , qu'on fût pénitent; et néanmoins, selon lui, on était absolument assuré que les péchés sont remis : on était donc assuré que le pardon est indé|>endant de la pénitence. Les catholiques n’entendaient rien dans ces nouveautés : Voilà, disaient-ils, un prodige dans les mœurs et dans la doctrine; l’Église ne peut pas souffrir un tel scandale.

Mais, disait Luther on est assuré de sa foi : et la foi est inséparable de la contrition. On lui répliquait : Permettez donc au fidèle de répondre de sa contrition , comme de sa foi ; ou si vous défendez l'un, défendez l’autre.

« Mais, poursuivait-il, saint Paul a dit : lixa-

• minez-vous vous-mêmes, si vous êtes dans Ja

• foi; éprouvez-vous vous-mêmes*. » Donc on sent la foi, conclut Luther : et on concluait, nu contraire, qu’on ne la sent pas. Si c'est une matière d'épreuve, si c'est un sujet d'examen, cc n’est doue pas une chose que l’on connaisse par sentiment, ou, comme on parte, par conscience. Co qu'on appelle la foi, poursuivait-on, n’eu est peutêtre qu’une vaine image ou une faible répétition

* /St$crt. art. damnai, ad art. il, /. M. — * I. Cor. IV, 4. — *7**. XVIII, 13. — ‘ II Cor. X, 18. — ^ Ibid. adProp. n. — » Ibtd. MU, S.

de ce qu'on a lu dans les livres , de ce qu’on a en- . tendu dire aux autres Gdèles. Pour être assuré d’avoir cette foi vive , qui opère la véritable con- | version du cœur, il faudrait être assuré que le péché ne réttne plus en nous; c’est ce que Luther j ne me peut ni ne me veut carantir, pendant qu’il me garantit ce qui en dépend, c’est-à-dire, la rémission des péchés. Voila toujours la contradiction, et le faible inévitable de sa doctrine.

fit qu’on n'allégue pas ce que dit saint Paul : Qui sait ce qui est en l'/ioqwie , si ce n'est l'espi lt de r homme qui est en lui ■ ? Il est vr.ii : nulle autre , créature, ni homme, ni ange, ne voit en nous ce ■ que nous n'y voyons pas ; mais il ne s'ensuit pas de là que nous-mêmes nous le voyions toujours : autrement comment David aurait-il dit ce que Luther objecUit, Qui connali ses yséc/iés? Ces péchés ne sont-ils pas en nous? Et puisqu'il est rartain que nous ne les connaissons pas toujours, l'homme sera toujours à lui-même une grande enigme; et son propre esprit lui sera toujours le sujet d'une éternelle et impénétrable question. C'est donc une folie manifeste de vouloir qu'on soit assuré du pardon de son péché, si on n’est |qs assuré d'en avoir entièrement retiré son cœur.

laither disait beaucoup mieux au commeneement de la dispute; car voiei ses premières thèses sur les mdulgences en 1617, et désl'originede la querelle :

• Nul n'est assuré de la vérité de sa contrition ; et . à plus forte raison ne l'es-t-il pas de la plénitude

• du pardon ■. • Alors il reconnaissait, par l'inséarable union de la pénitence et du pardon, que incertitude de l'un emportait l'incertitude de l'autre. Dans la suite il ehangea , mais de bien en mal : en retenant l'incertitude de la contrition, il ôta I l'incertitude du pardon ; et le pardon ne dépendait I plus de la pénitence. Voilà comme Luther se réfor- 1 niait. Tel fut son progrès , à mesure qu'il s'échauffait contre l'f'glise, et qu'il s’enfonçait dans le schisme. Il s'étudiait en toutes choses à prendre le contrepied de l’Église. Bien loin de s'efforcer, rnmme nous, à inspirer aux pécheurs la crainte des jugements de Dieu , pour les exciter à la pénitence, Luther en était venu ,à cet excès de dire, • que la

. contrition par laquelle on repasse ses ans écoulés . dans l'amertume de son cœnr, en [lesant la griè- i . veté de ses péchés, leur difformité, leur mniti- | » tude, la béatitude perdue , et la damnation méri- . tw , ne faisait que rendre les hommes plus by- |

• (locriles > : » comme si c’était une byiHicrisie au pin-henr, de commencer à se réveiller de son assoupissniient.

Mais peut-être qu’il voulait dire que ces senti- j inents de crainte iic sufns.'iient pas, et qu’il y fallait joindre la foi et l'amour de Dieu. J’avoue qu’il s'explique ainsi dans la suite mais contre ses propres principes; car il voulait, au contraire (et nous verrons dans la suite que c’est un des fondements de sa doctrine), que la rémission des péchés

» I. Ci>r. II. II.— * Prr*/». I5t7. Pmp. 30, /.î, /. 50. — *5rrni. rf.' — * Mt-rr. ezte. .intirh. Pw//. t II , /. 93.

4it. Prpp. (J Ditp 15». Pr**p- 1«, 17. IM.

précédât l'amour ; et il abusait pour cela de la pa rabole des deux débiteurs de l'Évangile, dont le Sauveur avait dit : Cduutà a qui ou remet lapfu$ grande dette aime aussi avec plus d'ardeur * : d’où Luther et ses disciples concluaient qu'on n’aimait qu’nprès que la dette , c'est-à-dire , les péchéa étaient remis. Telle était la grande indulgence que prêchait Luther, et qu'il opposait à celles que les jacobins publiaient, et que Léon X avait données. Sans s’exciter à la crainte , sans avoir besoin de l’amour, pour étrejustilié de tous ses péchés, il ne fallait que croire, sans hésiter, qu’ils étaient tous pardonnes ; et dans le moment l’affaire était faite.

Parmi les singularités qu’il avam^ait tous les jours, il y en eut une qui étonna tout le monde chrétien. Pend.int que rAllemapne, menacée par les armes formidable.s du Turc, était tout en mouvement pour lui résister, Luther étahlissait ce principe : Qu’iV faltuU vouloir nnn-seulement ce j que Dieu veut que nous voulions ^ mais absolument , tout ce que Dieu veut : A' ou H concluait que com- I battre contre le TurCf c'était résister à la volonté I de Dieu qui nous voulait visiter *.

Au milieu de tant de hardies propositions , il n'y j avait à l'extérieur rien de plus humble que Luther. Homme timide et retiré, > il avait, disait-il été

• traîné par force dans le public, et jeté dans ces > troubles plutôt par hasard que de dessein. Son

• style n’avait rien d’uniforme : il était même gros-

• sier en quelques endroits, et il (‘crivait exprès do

• cette manière. Loin de sc promettre rimmorta- « lité de son nom et de ses écrits, il ne l’avait ja- « mais rectierchée. » Au surplus, ü attendait avec

I respect le Jugement de l'Église, jusqu'à déclarer en termes exprès , que • s’il ue s’en tenait à sa déler- ■ minntion, il consentait d’être traité comme lié- <1 rétique « Enfin ; tout cequ’il disait était plein do soumission non-seulement envers le concile, m.nii» encore envers le saint-siège et envers le Pape : car le Pape, ému des clameurs qu’excitait dans toute. l’Église la nouveauté de sa doctrine, en avait pris connaissance; et ce fut alors que Luther panil le plus respectueux. ■ Je ne suis pas, disait-

• il n.s.ser. téméraire pour préférer mon opinion

• particulière à celle de tous les autres. » Rt pour le Pape, voici cequ’il lui écrit le dimanche de la Trinité, en 151H : ■> Donnez la vie ou la mort , ap- « |)clez ou rappelez , approuvez ou ré]irouvez comme

• il vous plaira, j’mmterai votre voix comme celle « de Jésus-Christ même®. * Tous ses discours furent pleins de semblables protestations durant environ trois ans. Bien plus, U s'en rapportait à la décision des universités de Bâle, de Fribourg iT du Louvain •- TIn peu après il y ajouta celle de Paris : et il n’y avait dans l'Église aucun tribunal qu’il nu voulût recontiaUre.

Il semblait même qu'il parlait de bonne foi sur rautorité du saint-siège. Car les raisons dont il

' Luc. TU, *s, 43.— • Prop. 15, w,/. WL - * t\«

Pnt. papsf. Prœf>tl. 1. 1./. 3t0. PraJ. ovtr. xbid. a 4 {'cmt.

I Prirr. I. I, /. 177. — ‘ Prot. 1. 1 , / I»:. ~ * îpiH.

[ (id UoH. lUd. 4ct. up. ibiii.). 2«»4.

DICS VARIATIONS, LIV. I.

ap|Hiynîl son nltnchrmcnt pour ce grand sir«c, étaient en effet ]cs plus capables de toucher un crcur chrétien. Dans un livre qu’il écrivit contre Silvestre de Prière, jacobin . il alléç;uait en premier lieu ces paroles de Jésus-Christ : Tues pierre; et cellesci : Vais mes brebis. « Tout le monde confesse, ■ dit-il \ que l’autorité du Pape vient de ces pas-

• sages. • (.à même, après avoir dit « que la foi de

• tout le monde se doit conformer à celle que pro-

• fesse l'Église romaine, « il continue en cettesorte:

• Je rends grliccs à Jésus-Christ de ce qu’il conser-

• ve sur la terre cette Église unique par un grand « miracle, et qui seul peut montrer que notre foi « est véritable; en sorte qu’elle ne s’est jamais « cloignco de la vraie foi par aucun décret. » Après même que dans l’ardeur de la dispute ces l^ns principes se furent un peu ébranlés, « le consente- « ment de tous les Qdèles le retenait dans la révé-

• rence de l’autorité du Pape. Est-il possible, dî-

• sait-il * , que Jésus-Christ ne soit pas avec ce

• grand nombre de chrétiens?» Ainsi il condamnait • les bohémiens qui s’étaient séparés de notre « communion , et protestait qu’il ne lui arriverait

• jamais de tomber dans un semblable schisme. » On ressentait cependant dans ses écrits je ne sais

quoi de Oer ei d'emporté. Mais encore qu'il attribuât ses emportements à la violence de ses adversaires , dont les excès en effet n'étaient pas petits, il ne laissait pas de demander pardon de ceux où il tombait. « Je confesse, écrivait-il au cardinal Ca- « jetan , légat alors en Allemagne^, que je me suis « emporté indiscrètement, et que J'ai manqué de « respect envers le Pape. Je m’en repens. Quoique « poussé, je ne devais pas répondre au fou qui ccri- « vait contre moi, selon sa folie. Daignez, pour- « suivait-il , rapporter l’aRaire au Saint-Père : je ne « demande qu'à écouter la voix de l'Église , et la > suivre. »

Après qu’il eut été cité à Rome, en formant son appel du Pape mal informé au Pape mieux infonné, U ne laissait pas de dire, que l'appellation ^ quant à lui, ne lui semblait pas nécessaire * , puisqu'il demeurait toujours soumis au jugement du Pape : mais il s’excusait d'aller à Rome à cause des frais. Et d’ailleurs, disait-il^, cette citation devant le Pape était inutile contre im homme qui n'attendait que son jugement pour y obéir.

Dans la suite de la procédure, il appela du Pa|« au concile le dimanche 38 novembre 1518. Mais dans son acte d'appel il persista toujours à dire,

• qu’il ne prétendait ni douter de la primauté et

• de l'autorité du saint-siège, ni rien dire qui fût « contraire à la puissance du Pape bien avisé et bien

• instruit »

En fûet, le 3 mars 15t9, il écrivait encore à Léon X, qu’l/ ne prétendait en aucune sorte toucher à sa puissance, ni à celle de t Église romaine t. Il s'oÛigeait à un silence éternel , comme il avait toujours fait, pourvu qu’on imposât une loi semblable

• C»nl. Prier. Ut,p. 171, IM. — * Di*p. Lipt. /. t. r 3&I. — • ihid.f. SIS. — ‘ Ad. Card. Lai. — * iiirf. Ihid. appell.

Lui. ad Coac. — 'LtUh. ad Leon %. ISIS. IM*

à SCS adversaires : rnr il ne pouvait soutenir iio jugement inégal; et i) ftU demeuré content du Pape, à ce qu’il disait, s’il eût voulu seulement ordonner aux deux partis un ^al silence : tant il jugeait la réforniation qn'on a depuis tant vantée, peu nécessaire au bien de l'Église!

Pour ce qui est de rétractation , il n’en voulut jamais entendre parler, encore qu’il y en eût assez de matière, comme on a pu voir : et cependant je n'ai pas tout dit; il s’en faut beaucoup. Mais, disait-il, étant engagé, sa réputation chrétienne ne permettait pas qu'il se cachût dans un coin, ou qu’il reculât en arrière. Voila ce qu’il dit pour s’excuser après la rupture ouverte. Mais durant la contention il alléguait une excuse plus vraisemblable comme plus soumise. Car après tout , dit-il * , « je ne vois pas à quoi est bonne ma rétractation ; » puisqu’il ne s’agit pas de ce que j’ai dit, mais de « ce que dira l’Église, à laquelle je ne prétends « pas répondre commeun adversaire, mais l'écouter « comme un disciple. »

Au commencement de 1530, il le prit d’un ton un peu plus haut: aussi la dispute s'échauffait-ellc, et le parti grossissait. Il écrivit donc au Pape * : « Je hais les disputes : je n'attaquerai personne; « mais aussi je ne veux pas être attaqué. Si on «m’attaque, puisque j’ai Jésus-Christ pour mal- « tre, je ne demeurerai pas sans réplique. Pour « ce qui est de chanter la palinodie, que personne

• ne s’y attende. Votre sainteté peut finir toutes « ces contentions par un seul mot , en évoquant « l’affaire a elle, et en im|>osant silence aux uns « et aux autres. • Voilà ce qu’il écrivit à Léon X, en lui dédiant le livre de la Liberté chrétienne, plein de nouveaux paradoxes, dont nous verrons bientdt les elTets funestes. T>a même année , après a censure des universités de Louvain et de Cologne, tant contre ce livre que contre les autres, Luther s’en plaignit en celte sorte : • En quoi est- ■ ce que notre saint Père I^on a offensé ces uni- « versilés, pour lui avoir arraché des mains un « livre dédié à son nom, et mis à ses pieds pour « y attendre sa sentence? • Enfin, il écrivit à Charles V, • qu’il serait jusqu’à la mort un fils humble

• et obéissant de l'f^glise catholique, et promet-

• taitde se taire si ses ennemis le lui permettaient \ Il prenait ainsi à témoin tout l'univers, et ses deux plus grandes puissances, qu’on pouvait cesser de parler de toutes les choses qu’il avait remuées ; et lui-même il s’y obligeait de la manière du monde la plus solennelle.

Mais cette affaire avait fait un trop grand éclat pour être dissimulée. La sentence partit de Rome : Léon X publia sa bulle de condamnation du 18juin 1530; et Luther oublia en même temps toutes ses soumissions , comme si c’eût été de vains compliments. Dès lors il n’eut que de la fureur : on vit voler des nuées d’écrits contre la bulle. Il fit paraître d’abord des notes ou des apostilles pleines de

‘ Ad Card. Cajet. t. t.p.Stf * Ad Lean. X,L\\J*

8, S April. isao. — 3 Prot Lut. ad Car. V, .n>id. 44.

mépris *. Un soronil écrit portail rc litre : Contre j la butte exécrable de l' .■tntechrist *. Il le linissail i par ces mots : I>e même qu'ils m'excommunient, \ je les excommunie aussi à mon tour. C'est ainsi que prononçait ce nouveau pa{>e. Enlin, il publia un troisième écrit pour la tUjfense des articles con« damnés par la bulle Là , bien loin de se rétracter «l'aucune de ses erreurs, ou d’adoucir du moins un peu ses excès, il enchérit par-dessus, et confirma tout, jusqu'à celte proposition : que • tout chré- « tien , une femme ou un enfant , peuvent absoudre

• en l’absence du prêtre, en vertu de ces paroles de « Jésus-Christ ; Tout ce que vous délierez sera dc- « lié *; ■ Jusqu'à celle où il avait dit , que « c'était

« résister à Dieu quedecomballrecontreleTurc^. •

Au lieu de se corriger sur une proposition si absurde et si scandaleuse, il l'appuyait de nouveau; et prenant un ton de prophète, il parlait en celte sorte : « Si l’on ne met le Pape à la raison , c'est

• fait de la chrétienté. Fuie qui peut dans les inon- ■ tagnes; ou qu’on ote la vie à cet homicide romain.

« Jésus-Christ le détruira par son glorieux avéne- - ment; ce sera lui, cl non pas un autre®. » Puis empruntant les paroles d’Isaïe, O Seiy$ieur, sécriaitee nouveau prophète, qui croit a cotre parole? et concluait en donnant aux liommes ce commandement comme un oracle venu du ciel : • Cessez de

• faire la guerre au Turc, Jusiju'à cc que le nom du « Pape soit ôté de dessous le ciel. J’ai dit. •

C’était dire assez clairement que le Pa()e dorénavant serait l’ennemi commun, contre lequel il se fallait réunir. Mais Luther s’en expliqua mieux dans la suite , lorsque , fâché que les prophéties n’allassent , pas assez vile, il tâchait d’en hâter 1 accomplissement par ces paroles : • Le Pape est un loup pos- . sédédu malin esprit : il faut s’assembler de tous « les villages et de tous les bourgs contre lui.

« Il ne faut attendre ni la sentence du juge ,

« ni l'autorité du concile : n’importe que les rois et

• les césars fassent la guerre pour lui : celui qui

• fait la guerre sous un voleur la fait à son dam :

• les rois et les césars ne n’en sauvent pas, en

« disant qu’ils sont défenseurs do 1 Eglise, parce . qu’ils doivent savoir ce que c’est que l'Église • Enfin, qui l’en eiU cru eût tout mis en feu, et n’eüt fait qu’une même cendre du Pape et de tous les princes qui le soutenaient. El ce qu’il y a ici de plus étrange, c’est qu’autant de propositions que l’on vient de voir étaient autant de llièses de liiéologie , que Luther entreprenait de soutenir. Ce n’était pas un harangueur qui se laissât emporter à des propos insensés dans la dtaleur du discours : c’etait un docteur qui dogmatisait de sang-froid, et qui ineltail en thèses toutes ses fureurs. ^

Quoiqu'il ne criât pas encore si haut dans l’écrit qu’il publiait contre la bulle, on y a pu voir des commencements de ces excès ; et le même emportement lui faisait dire, au sujet de la citation à laquelle ü n’avait pas comparu : « J’attends pour y

» r. I./. &e. - * »>• — * an. per Bull.

UM. t.U,proP‘ 13, /• M. — ‘

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