ibid. - * Oi»P- I b\0 , Pr»p. 5» et teq.t.l, f
> comparaître que je soissuividevingtmillelioinmes
■ (le pied et de cinq mille chevaux ; alors je me ferai « croire » Tout était de ce caractère, et on voyait dans tout son discours les deux marques d'un orgueil outré, la moquerie et la violence.
On le reprenait dans la bulle d'avoir soutenu quelques-unes de.s propositions de Jean Hus ; au lieu de s’en excuser, comme il aurait fait autrdbis, • Oui,
« disait-il en parlant au Pape >, tout ce que vous
• condamnez dans Jean Hus, je l’approuve; tout oe « que vous approuvez, je le condamne. Voilà la « rétractation que vous m’avez ordonnée : en vou- « lez-vous davantage? i*
Les fièvres les plus violentes ne causent pas de pareils transports. Voilà ce qu’on appelait dans le parti hauteur de courage ; et Luther, dans les apostilles qu'il fit sur la bulle, disait au Pape sous le nom d’un autre : • Nous savons bien que Luther ne vous
• cédera pas, parce qu’un si grand courage ne peut « pas abandonner la défense de la vérité qu’il a en-
• treprise • Lorsqu'en haine de ce que le Pape avait fait brûler ses ^rits à Rome, Luther aussi à son tour lit brûler à W ittemberg les décretale.s ; les actes qu’il fit dresser de cette action portaient,
« qu’il avait parlé avec un grand éclat de belles pa- « rôles, et une heureuse élégance de sa langue ma- « ternelle » C'est par la où il enlevait tout le monde, âlais surtout il n’oublia pas de dire, que ce n'était pas assez d’avoir brûlé ces décrétales , et gu'il eût été bien à propos d’en faire autant au Pape même, c'est-à-dire, ajoutait-il pour tempérer un peu son discours, au siège papal.
Quand jeconsidere tant d'emportement après tant de soumission , je suis en peine d'où pouvait venir cette humilité apparente à un homme de ce naturel. Était-ce dissimulation et artifice? ou bien est-ccque l’orgueil ne se connaît pas lui-même dans ses coin- I menceinents, et que, timide d’abord, il se cache I sous son contraire, jusqu’à ce qu'il ait trouvé occa- \ sion de se déclarer avec avantage?
En effet, Luther reconnaît , après la rupture ouverte, que dans les commencements il était comme au désespoir ® , et que personne ne (>eut comprendre
• de quelle faiblesse Dieu l'a élevé à un tel courage ,
« ni comment cFun tel tremblemefit il a passé à tant «de force. » Si c’est Dieu, ou l’occasion qui ont fait cc changement, j’en laisse le jugement au lecteur, et je me contente pour mol du fait que Luther avoue. Alors dans cette frayeur, U est bien vrai, en un certain son humilité, comme
il dit, n’était pas feinte. Ce qui pourrait toutefois faire soupçonner de rarlifiee dans ses discour<< , c’est qu’il s’échappait de temps en temps jusqu’à dire,
• qu’il ne changerait jamais rien dans sa doctrine «et que s’il avait remis toute sa dispute au juge- « ment du souverain pontife, c’est qu’il fallait g.ir- « der le respect envers celui qui exerçait une si « grande charge «Maisqui considérera l’agitation
• Adv. txfCT. Antieh. bull. /. If,/. 01. — * Ibtd. <irf. pmp. 30, /. Ii«. — * Ao/. IN bull. t. II,/. 66. — * ExumI acta . Ml , /. I«3. — » Praf. oper. <. I , /. «0, 60 cl scq. — • Pio Leet. M./.3IS
DES VARIATIONS, LIV. I
d*un homme que son orgueil d’un coté » ei les restes î de la foi de Tatitre, ne i*ossaient de déchirer au dedans, ne croira pas impossible que des sentiments si \ divers aient paru tour à tour dans scs écrits. Quoi qu’il en soit, il est certain que l'autorité de l'f^glise le retint longtemps; et oo ne peut lire sans indignation, non plus que sans pitié, ce qu'il en écrit.
« Après , dit-il * , que j'eus surmonté tous les argu- « ments qu'on m'op|>osait, il en restait un dernier
• qu'à peine je pus surmonter par le secours de
• Jésus-Clirist , avec une extrême difficulté et beau- « coup d'angoisses : c'est qu'il fallait écouter l’Ê- « glite. • La grâce, pour ainsi dire, avait peine à quitter ce inallieureux. A la fin il l'emporta , et pour comble d’aveuglement, il prit le délaissement de Jésus-Christ méprisé pour un secours de sa main. Qui eût pu croire qu’on attribuât h la grâce de Jésus-Christ l'audace de n’écouter plus son l^lglise, contre son précepte? Après cette funeste victoire, qui coûta tant de peine ù Luther, il s'écrie comme affranchi d'un joug importun : Rompons teurs tiens, et r^eUms leur joug de dessus «os têtes » ; car il se servit de ces paroles, en répondant à la bulle et st'couant avec un dernier effort l’autorité de l'flgUsc, sans songer que ce malheureux cantique est celui que David met à la bouche des rebelles, dont les complots s'élèvent contre le Seigneur et contreson Christ Luther aveuglé se l’approprie, ravi de pouvoir dorénavant parler sans contrainte, et décider à son gré de toutes choses. Ses soumi.ssions méprisées se tournent en poison d.ins son cœur : il ne garde plus de mesures : les excès, qui devaient rebuter ses disciples , les animent ; on se transporte avec lui en l'écoutaut. Un mouvement si rapide se communique bien loin au dehors ; et un grand parti regarde Luther comme un homme envoyé de Dieu pour la réformation du genre humain.
Alors il se mit à soutenir que sa vocation était extraordinaire et divine. Dans une lettre qu'il écrivuilaux éeégues, fju'on appelait^ disait-il ^,/au.rsement ainsi y il prit le titre d’ecdésiaste ou de prédicateur de \ViUemberg, que personne ne lui avait donné. Aussi ne dit-il autre chose, sinon , « qu'il.se
• rétait donné lui-méme ; que tant de bulles et tant « d'anathèmes, tant de condamnations du Pape et
• de l'empereur lui avaient ôté tous ses anciens
• titres, et avaient effacé en lui le caractère de la
• béte; qu'il ne pouvait pourtant pas demeurer •• sans titre, et qu'il se donnait celui-ci , pour mar- •> (|ue du ministère auquel il avait été appelé de Uieii,
« et qu’il avait aeçu non dks iiouues,m par « l'homme, mais PAB LR I>0N DR DlEU, ET PAR
• LA REVELATION DE JeSLS-ChBIST. » Le Vuilà donc appelé à même titre que saint Paul , aussi immédiatement, aussi extraordinairement. Sur ce fondement, il se qualifie à la télé et dans tout le corps de la lettre , Martin Luther y par la grâce de Dieu ecetésiaste de tl'ittemberg , et déclare aux évêques, « afin qu'ils n'en prétendent cause d'igno-
' Prtef. ttper. Inlh. L i,/. i9. — » Tf. il. a. — » AW. tn ktill. L I ,/. S.L — < Ps. Il, 3. — V fip. ii(i f.ilto NomîHiit. orrfm. E^isr^. t, il, f. SOi
« rance, que c'est là sa nouvelle qualité qu’il se « donne lui-méme , avec un magnifique mépris d'eux • et de àSatan; qu'il pourrait à aussi Ik>ii titre s'ap- « |>eler évangéliste par la grâce de Dieu ; et que très- « certainement Jésus-Obrist le nommait ainsi, et « le tenait pour ecclésiaste. •
Kn vertu de cette ccleste mission, il faisait tout dans l'Église; il prêchait, il visitait, il corrigeait, il ôtait des cérémonies, il en laissait d'autres, il instituait et destituait. Il osa , lui qui ne fut jamais que prêtre, je ne dis pas faire d'autres prêtres, ce qui seul serait un alleiitit inouï dams toute l'Église depuis l'origine du christianisme; niais, ce qui est bien plus inouï, faire un évêque. On trouva à propos; dans le parti , d'occuper par force l’évêclié de Naümbong*. Lutlier fut à cette ville, où par une iKiuvelie consécration il ordonna évêque Nicolas Ainsdorf, qu'il avait déjà ordonné ministre et pasteur de Magdebourg. Il ne le fit donc pas évêque au sens qu il ap|>elle quelquefois de ce nom tous les pa.stcurs ; car Amsdorf était déjà établi pasteur : il le fit évêque avec toute la prérogative attachée à ce nom sacré, et lui donna le caractère supérieur que luimême n'avait pas. Mais c’est que tout était compris dans sa vocation extraordinaire, et qti'enfin un évangéliste, envoyé immédiatement de Dieu comme un nouveau Paul , peut tout dans l'Église.
Os entreprises, je le sais , sont comptées pour rien dans la nouvelle reforme. Ces vocations et ces missions tant respectées dans tous les siècles , selon les nouveaux docteurs ne sont après tout que formalités, et il en faut revenir au fond. Mais ers formalités établies de Dieu conservent le fond. Ce sont des formalités , si l’on veut, au même sons que les sacrements en sont aussi ; formalités divines , qui sont le sceau de la promesse et les instruments de la grâce. La vocation , la mission , la succession, et l'ordmaliou légitime, sont formalités dans le même sens. Par ces saintes formalités Dieu scelle la promesse qu’il a faite à son Église de la conserver éternellement : Allez y enseignez y et baptisez; et voila, je suis avec vous jusqu'à ta consommation des siècles *. Avec vous enseignants et baptisants ; ce n'est pas avec vous , qui êtes présents, et que j'ai immédiatement élus ; c'est avec vous en la personne de ceux qui vous seront éternellement substitués par mou ordre. Qui méprise ces fonnalitésde mission légitime et ordinaire, peut avec la même raison mépriser les sacrements , et confondre tout l'ordre de l'Église. Et sans entrer plus avant dans cette matière, Luther, qui se disait envoyé avec un titre extraordinaire et immédiatement émané de Dieu comme un évangéliste et comme un apôtre, n'ignorait pas que la vocation extraordinaire ne dût être confirmée par des miracles. Quand Muncer avec ses anabaptistes entreprit de s'ériger en pasteur, Luther ne voulait pa.-< qu'on en vint au fond avec ce nouveau docteur, ni qu'on le reçût à prouver la vérité de sa doctrine par les Écritures : mais il ordonnait qu'on lui demandât, gui lui avait donné ta c/utrge d'ensei^
> SUiJ. Ktv.MA.— • MaUh. txvm, 19 WML
çner ^ • S'il répond que o'est Dieu, poursuivait-il, « qu'il leprouve par un miracle manifeste; car c'est c par de tels signes que Dieu se déclare, quand il
• veut changer quelque chose dans la forme ordi-
• naire de la mission. « Luther avait été élevé dans de bons principes, et il ne pouvait s'empêcher d'y revenir de temps en temps. Témoin le traité qu'il fît de l'autorité des magistrats en lâ34 *. Cette date est considérable, parce que alors quatre ans après la confession d'Augsbourg, et quinze ans après la rupture, on ne peut pas dire que la doctrine luthérienne n'edt pas pris sa forme : et néanmoins Luther y disait encore, « qu'il aimait mieux qu'un lu- « tbérien se retirât d’une paroisse , que d'y prêcher fl malgré son pasteur; que le magistrat ne devait
• souffrir, ni les assemblées secrètes, ni que per-
> sonne prêchât saus vocation légitime; que si l’on fl avait réprimé les anabaptistes dès qu'ils répandi-
> reut leurs dogmes sans vocation, on aurait bien « épargné des maux à i'Allemagno : qu'aucun « homme vraiment pieux ne devait rien entrepren-
• lire sans vocation; ce qui devait être si religieu-
• sement observé, que Mê.MB un év^akciBlists « ( c'est ainsi qu'il appelait ses disciples) n b dev ait
> PAS PfiéCflKn DANS UNR PAAOISSB D'UN PA-
• PisTB ou d'un hérétique, sans la participation de fl celui qui en était le pasteur. Ce qu'il disait, pour- « suit-il , pour avertir les magistras d'éviter ces dis- « coureurs, s'ils n'apportaientdebonset assurés té-
• moignages de leur vocation ou de Dieu , ou des
• hommes; autrement, qu'il ne fallait pas les ad- « mettre, quand même ils voudraient prêcher le
• pur Évangile, ou qu'ils seraient des anges du fl ciel, fl C’est-à-dire, qu'il ne suffît pas d'avoir la saine doctrine, et qu'il faut outre cela de deux choses l'une, ou des miracles pour témoigner une vocation extraordinaire de Dieu, ou l'autorité des pasteurs qu'on avait trouvés en citarge, pour établir la vocation onlinaire et dans les formes.
A ces mots, Luther sentit bien qu'on lui pouvait demander où il avait pris lui-même son autorité; et U répondit a qu'il était docteur et prÀiicateur ; « qu'il ne s'était pas ingéré; et qu'il ne devait pas
> cessex de prêcher, après qu'une fois on l'avait
• forcé à le faire ; qu'après tout, il ne pouvait se
• dispenser d’enseigner son Église, et pour les aiifl 1res Églises, qu'il ne faisait autre chose que de « leur communiquer ses écrits: ce qui n'était qu'un
• simple devoir de charité. «
Mais quand il parlait si hardiment de son Église, la question était de savoir qui lui en avait confié le soin , et comment la vocation qu'il avait reçue avec dépendance était tout à coup devenue indépendante de toute hiérardiie ecclésiastique. Quoi qu'il en soit, à celte fois il était d'humeur à vouloir que sa vocation fût oïdiiiaire : ailleurs, lorsqu'il sentait mieux l'impossibilité de se soutenir, il se disait, comme on vient de voir, immédiatement envoyé de Dieu, et so réjouissait d'être dépouillé de tous les titres qu’il avait reçus dans l’Église romaine ,
* Sleii. Lib. T. edil l&M, •». — * in Pt. LXXXll. Üt gt*tr C III.
pour jouir dorénavant d'une vocation si haute. Au reste, les miracles ne lui manquaient pas : il voulait qu'on crût que le grand succès de-ses prédications tenait du miracle : et lorsqu'il abandonna la vie monastique , ii écrivit à son père , qui paraissait un peu ému de son changement, que Dieu l'avait tiré de son état par des miracles visibles. « SaUm, fl dit-il * , semble avoir prévu dès mon enfance tout « ce qu'il aurait un jour à souffrir de moi. ICst-il « possible que Je sois le seul de tous les mortels qu'il « attaque maintenant } Vous avez voulu, poursuitfl il , me tirer autrefois du monastère. Dieu m'en « a bien tiré sans vous. Je vous envoie un livre où « vous verrez par combien de miracles et d'effets « extraordinaires de sa puissance ü m'a absous des « vœux monastiques. » Ces vertus et ces prodiges, c'était et la hardiesse et le succès inespéré de son entreprise : car c'est ce qu’il donnait pour miracle , et ses disciples en étaient persuadés.
Ils prenaient même pour quelque chose de miraculeux, qu'un pc/i7 mobieedt osé attaquer le Pape, et qu'il parfît intrépide au milieu de tant d'ennemis. Les peuples le regardaient comme un héros et comme un homme divin , quand ils lui entendaient dire qu'on ne pensât p.ns l'épouranter; que, s’il s'était caché un p^ de temps, « le diable savait
• bien (le beau témoin!) que ce n'était point par
■ crainte; que, lorsqu'il avait paru à Worms d«-
• vaut l'empereur, rien n'avait été c.apable de l'ef-
• frayer; et que, quand ilefît été assuré d'y trou vit
■ autant de diables prêts a le tirer qu'il y avait de fl tuiles dans les maisons, il les aurait affrontés avec
• la même confîance *. » C'était ses expressions ordinaires. Il avait toujours à la bouche le diable et le Pape, comme des ennemis qu'il allait ab.ottre ; et ses disciples trouvaient dans ces paroles brutales une ardeur divine ^ un insi inet céleste ^ etCenthoU' tiasme d'un cœur enjlammé de la gloire de l'Évangile
lorsque quelques-uns de son parti entreprirent , comme nous verrons bienlfît , de renverser les images dans AV ilteml)erg durant son absence, et sans le consulter : • Je ne fais pas, disait-iM, comme ces « nouveaux prophètes, qui s'imaginent faire unou- « vrage merveilleux et digne du Saint-Esprit, en « abattant des statues et des peintures. Pour mot,
• Je n'ni pas enrnre mis la main à la moindre petite « pierre pour la renverser ; Je n'al fait mettre le feu « à aucun monastère : mais presque tous les mo- « nastères sont ravagés par ma plume et par ma « bouche; et on public que sans violence J'ai moi seul
• fait plus de mal au Pape, que n'aurait pu faire « aucun roi avec toutes les forces de son royaume. » Voilà les miracles de Luüter. Ses disciples admiraient la force de ce ravageur de monastères, sans songer que cette force formidable pouvait être celle de l'ange que saint Jean appelle exterminateur
Luther le prenait d'un ton de prophète contre
* De vol. monarl. ad Joannem Luth, parent, tuum. U il , /. 4C0. — » Kp. ad Frid. Sax. üufem apud Chÿtr. tib. x. p. 247. — • Chÿtr. lib. X , p. *47. — * Ptider. Dufi Eltel. «te. t. VII, P W7, 50*. —*Jpoe. rt. II.
Î>ES VARIATIONS, UV. 1.
crut qui s'op[>osaient h sa doctrin(^. Après les avoir avertis de s*y soumettre, à la Hn il les menaçait de prier contre eux. • Mes prières * , disait'il , ne se-
• ront pas un foudre de Salmonée, ni uu vain mur*
• mure dans Pair; ou n'arréte pas ainsi la voix de
• Luther; et je souhaite que V. A. ne l'éprouve pas « ù son dam. » C’est ainsi qu'il écrivait à un prince de la maison de Saxe. > Ma prière, poursuivait-il,
• est un rempart invincible, plus puissant que le « diable même : sans elle, il y a longtemps qu'on « ne parlerait plus de Luther; et on ne s'étonnera - pas d'un si grand miracle! • Lorsqu’il menaçait quelqu’un des jugements de Dieu , il ne voulait pas qu’on crût qu’il le fit comme un homme qui en avait seulement des vues générales. Vous eussiez dit qu'il lisait dans les décrets éternels. On le voyait parler si certainementdelaruineprochainedelapapauté, que les siens n’en doutaient plus. Sur sa parole on tenait pour assuré dans le parti , qu’il y avait deux Anteclirists, clairement marqués dans les Kerilu* res, le Pape et le Turc. Le Turc allait tomber, et les efforts qu'il faisait alors dans la Hongrie étaient le dernier acte de la tragédie. Pour la papauté , c’en était fait , et à peine lui donnait-il deuj^ ans à vivre; mais surtout qu’on se gardAt bien d'employer les armes dans ce grand ouvrage. C'est ainsi qu'il parla tant qu’il fut faible; et il défendait dans la cause de son Évangile tout autre glaive que celui de la parole. Le règne papal devait tomber tout à coup par le soufRe de Jésus-Christ, c’est-à-dire, par la prédication de Lutlier. Daniel y était exprès : saint Paul ne permettait pas d’en douter, et Lutlier, leur interprète, l'assurait ainsi. On en revient encore à ces prophéties, le mauvais succès de celles de Luther n’empéche pas les ministres d'en hasarder de semblables : on connaît le génie des peuples, et il les faut toujours fasciner par les mêmes voies. Ces prophéties de Luther se voient encore dans ses écrits * , en témoignage éternel contre ceux qui les ont crues si légcremeot. SIeidan, son historien , les rapporte d'un air sérieux ^ : il emploie toute l'élégance de son style, cl toute la pureté de son langage poli, à nous représenter une peinture dont Luther avait rempli toute l'Allemagne, la plus sale, J.1 plus basse, et la plus honteuse qui fut jamais : cependant, si nous en croyons SIeidan , c'était une imageprophéiique : au reste , « on voyait dé'ja l'ac- « complissement de beaucoup de propliéties de Lu-
• ther, elles autres étaient encore entre les mains « de Dieu. *
Ce ue fut donc pas seulement le peuple qui regarda Luther comme un prophète. Les doctes du parti le donnaient pour tel. Philippe Melancliton, qui se rangea sous sa discipline dès le commencement de ces disputes , et qui fut le plus capable aussi bien que le plus zélé de ses disciples, se laissa f d'abord tellement persuader qu'il y avait en cet liomme quelque chose d'extraordinaire et de pro-
• Kpist. ad Gtory. Due. Sax. t. il, I. 491. — • Au. ari. damnai, t. Il 3. ad prop. 33- ad lib. Jmb. Cath. ib. /. let. Cani. Uenr. Reg. Ang. ib. 331 , 333. et $eg. * Sieid. t. IV, 70; XIT. 336. xvi. 3«l etc.
noMlLT. — TOUS IV.
phétique, qu’il fut longlcinps sans en pouvoir revenir, malgré tous les defauts qu'il découvrait de jour en jour dans son maître; et il écrivit a Érasme , parlant de Luther : « Vous savez qu'il faut éproi*
« ver, et non pas mépriser les prophètes •
Cependant ce nouveau* prophète s'emportait à des excès inouïs. Il outrait tout : parce que les prophètes, par ordre de Dieu, faisaient de terribles invectives, ildevint le plus violcnlde tous les hommes et le plus fécond en paroles oulrageuses. Parce que saint Paul , pour le bien des hommes , avait relevé son ministère et les don.s de Dieu en lui-méme, avec toute la confiance que lui donnait la vérité manifeste que Dieu appuyait d'en haut par des miracle.s, Luther parlait de lui-inéme d'une manière à faire rougir tous ses amis. Cependant on s'y était accoutumé : cela s'appelait magnaniinité : on admirait ia sainte osfrntathnf les saintes ranteries, la sainte jactance de Luther; et Calvin même, quoique fâché contre lui , les nomme ainsi *.
Knllé de son savoir, médiocre au fond, rnaisgrand pour le temps, et trop grand pour son salut et pour le repos de l'Église, il se mettait au-dessus de tous les hommes, et non-seulement de ceux de son siècle, mais encore des plus illustres des siècles passés.
Dans la question du libre arbitre, Érasme lui objectait le consentement des Pères et de toute l'antiquité : « C’est bien fait, lui disait Luther^; K vaiitez-nous les anciens Pères, et fiez-vous à
• leui*s discours ; après avoir vu que tous emseua BLE ilsont néglige saint Paul, et que, plonges dans « le sens charnel, iis se sont tenus, coumb de « DEssEm FORMÉ, éloignés de ce bel astre du « matin, ou plutôt de ce soleil. • Kt encore ^ : n Quelle merveille, que Dieu ait laissé toutes « les plus grandes Églises aller dans leurs
• voies, puisqu'il)' avait laissé aller autrefoistoutes
• les nations de la terre? » Quelle conséquence! Si Dieu a livré les Gentils à l’aveuglement de leur cœur, s’ensuit-il qu’il y livre encore les Églises qu'il en a retirées avec tant de soin? Voilà néanmoins ce que dit I.uther fians son livre du Serf Arbitre : et ce qu’il y a ici de plus remarquable, c’est que, dans ce qu’il y soutient non-seulement contre tous les Pères et coulre toutes les f:ylisest mais encore contre tous les hommes et contre la voix commune du genre humain, que le libre arbitre n’est rien du tout, il est abandonné, comme nous verrons, de tous ses disciples, et métne dans la confession d’Augsbourg : ce qui fait voir à quels excès sa témérité s’est em|)ortée, puisqu’il a traité avec un mépris si outrngeux et (es Pères et les Églises, dans un point où il avait un tort si visible. Les louanges que ces saints docteurs ont données d’une même voix à la continence, le révoltent plutôt que de le toucher. Saint Jérôme lui devient insupportable pour l'avoir louée. 11 décide que lui et tous les saints Pères , qui ont prati-
' Vrl. lib. lit. episl. SS. — * 3. Defm. eont. Futph. tipute. p. 7M. De $erv orb. t. Il, /. Wü. etc. — * Ibid. 439.
HLSTOIRR
(juéUnt de saintes mortifications pour ta garder imiolable, eussent mieux fait de se marier. Il n’est pas moins emportésur les autres matières. Enfin, en tout et partout, les Pères, les Papt?s, les conci* les généraux et particuliers, à moins qu'iU ne tombent dans son sens, ne lui font rien. lien est quitte pour leur opposer récriture tournée à sa mode; comme si avant lui récriture avait été ignorée, ou que les l’èrcs, (|ui loul gardée cl ctudiee avec tant de religion , eussent négligé de l’entendre.
Voilà où Luther en était venu : décolle extrême modestie qu’il avait professée au commencement» il était pasé à cet excès. Que dirai-je des bouffonneries aussi plates que scandaleuses dont ü remplissait scs écrits.' Je voudrais iprun de ses sectateurs des plus prévenus prit la peine de lire seulement un discours qu'il coin posa du temps de Paul III contre la papauté* ; jesuis certain qu’ilrougirail pour Luther, tant il y troiivemil partout, je ne dirai pas de fureur et d'emportement, mais de froides cquivo(jucs, de basses plaisanteries cl de saletés; je dis même des plus grossières, et de celles qu’on n’entend sortir que de la bouche des plus vils arti>ans. •* Le Pape, dit-il, est si plein de dia- " blés, qu’il en crache, qu'il en mouche : » n'acho vous pas ce que Liillier ii a pas eu honte de répéter trente fols. Lst-ce là le discours d’un réformateur? Mais c’est qu’il s'agit du Pape : à ce seul mot, il rentrait dans ses fureurs, et il ne se possédait plus. Mais oserai-je rapporter la suite de celte invective insensée? Il le faut, malgré mes horreurs, afin (ju'on voie une fois quelles furies possi^aient ce chef de la nouvella réforme. Forçons-nous donc . pour transcrire ces mots qu'il adresse au Pape :
« Mon [/élit Pau), mon petit pape, mon petit ânon,
• aile/, doucement : il fait glacé : vous vous rom-
> priez une jambe; vous vous g.Meriez ; et ou di-
• rail : Que dinhic est ceci? (ajuimo le petit papeiin
• s’est gülé'* Pardonnez-moi, lecteurs catholiques, si je répète ces irrevèrenoes. Pardonnez-moi aussi, d luthériens! et profitez du moins de votre honte. Mais apres ces sales idées , il est temps de voir les beaux endroits. Ils consistent dans cesjeux de mots : {’f£/es/issimus , scelestissimux ^ sancUssimus sa^auissimus : et c’est ce qu’on trouve à chaque ligne. Mais que dira-t-on de cette belle figure? • Un âne sait
• qu’il est âue, une pierre sait qu’elle est pierre; et
> ces Anes de papelins ne savent pas qu’ils sont des .ânes *, > De peur qu’on ne s’avisât d'en dire autant de lui . il va au-devant de l’objection, n Et, dit-il ^
• le Pape ne me peut pas tenir pour un âne : il sait « bien que par la bonté de Dieu et par sa grâce •• particulière, je suis plus savant dans les Écrl- « turcs que lui et que tous ses Anes. ■> Poursuivons : voici le style qui va s’élever : • Si j'étais le maître de « l'Empire; » où ira-t-il avec un si beau commencement? « je ferais un même paquet du Pape et des « cardinaux, pour les jeter tous ensemble dans « ce petit fossé de la mer de Toscane. Ce bain « les guérirait; j’y engage ma parole, et je donne
• Pûp^it. t. vu , /, iOl. et teq. — » ibid. /. 470. —
• Jbtd
m Ji«us-(:liri5t |)Our caution • Ix* saint nom de Jésus (Jirist n'est-il pas ici employé bien à propos? Taisons-nous : c’est est assez; et trenibicm.s sous les terribles jugements de Dieu, qui . |K)iir punir notre orgueil, a permis que de si gmssUrs emportemeiita eussent une telle efficace de séxliiction et d’erreur.
Je ne dis rien des séditions et des pilleries, le premier fruit des prédications de ce nouvel évangéliste. Il en tirait vanité. L’Fvnngile, disait-il*, et tous scs disciples aprè.s lui, n toujours causé du trouble, et il faut du sang pour l'établir. Ztiingle en disait autant. Calvin se défend de méii>e : Jé~ sus4hrisft disaient-ils tous, est venu pour jeter te gtaire au milieu du monde Aveugles, qui ne voyaient pas ou qui ne voulaient pas voir quel glaive Jesus-Chri&t avait jeté, et quel sang il avait fait répandre. Il est vrai que les loups, au milieu desquels il envoyait ses disciples, devaient rrpamirc le sang de ses brebis innocentes : mais avait-il dit que ses brebis cesseraient d'étre brebis, formeraient de si'ditieux complots, et répandraient à leur tour le sang des loups? L'epée des [>erséctitetir.s a été tin^ contre ses fidel(>s; mais ses fidèles tiraientils rc[M*e, je ne dis pas pour alta(|uer les pers»Vuteiirs, mais pour sc défendre de leurs violences? Kn un mot, il s'est excité des séditions contre les disciples de Jésus-Chri.st; mais les disciples de Jésus-(^lirist n'en ont jamais excité aucune durant trois rcnls ans d’une persmilion impitoyable. L'f> vangile les rendait modestes, tranquilles, respectueux envers les puissances légitimes, quoique ennemies de la foi, et les remplissait d'un vrai zèle, non pas de ce zèle amer qui oppose l'aigreur n l’aigreur, les annes aux armes, et la force à l.n force. Que les catholiques soient donc, si l'on veut, des persécuteurs injustes; ceux qui se vantaient de les réformer sur le modèle de l’Eglise apostolique devaient commencer la réfonne par une invincible patience. Mais au contraire, disait Era$n>e. qxii en a vu naître les commencements ^ : Je les voyais sortir de leurs prêches avec un air farouche et des regards menaçants ^ comme gens qui renaient d'ouir des invectives sanglantes et des discours séditieu.r. Aussi voyait-on ce peuple éwn- (jèlique toujours prêt à prendre tes armes, et aussi propre à cornttaftee qu'a disputer. Peutêtre que les ministres nous avoueront bien que les prêtres des Juifs et ceux des idoles donnaient lieu à des satires aussi fortes que les prêtres de l'É- I glise romaine, de quelques couleurs qu'ils nous les dépeignent. Quand est-ce qu'on a vm , au sortir de la prédication de saint Paul, ceux qu'il avait convertis aller piller les maisons de ces prêtres sacrilèges, comme on a vu si souvent, au sortir des prédications de Luther et des prétendus réformateurs, leurs auditeurs aller piller tous les ecclésiastiques, sans distinction des bons ni des mauvais? Qnc dis-je, des prêtres des idoles! Les idoles même étaient en quelque sorte épargnées par les cliréticfis.
* Àdi'TTt. r<tpat, r VII, p. 474. —• Df srtv. .Irb.J. 4.1». e/»:. — Ï.V.irtA X. U. — « Ub. XIX, 1 13; XXIV, XXXI, 47 p. 3u{i3, etc.
DES VARIATIONS, LIV. II
Vit-on jamais & Epbèse ou à Corinthe, où tous les coins en étaient remplis, en renverser une seule après les prédications de saint Paul et des apôtres ? Au contraire, oe secrétaire de la commune d'Eplièse rend témoignage à ses citoyens, que saint Paul et ses compagnons ne biasphémaient point contre leur déesse ■ ; c'est-à-dire , qu’ils pariaient contre * les faux dieux, sans exciter aucun trouble, sans altérer la tranquillité puMique. Je crois pourtant que les idoles de Jupiter et de Vénus étaient bien aussi odieuses que les images de Jésus-Christ, de sa sainte Mère et de ses saints, que nos réformés ont abattues.