‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 22 sur 192 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

D^uis I5â8 jusqu^à 1570.

80MHAIBB.

Kéformatlon de U rerne P.liubvth. Celle d’Edouard corrigé; rt la présence rrvüe, qu'on avait condamnée sous ce prince, tenue pour indlfféirnle. L’Eglise anclicane persisle encore dans ce st-ntiinrn(. Autre» variattoni de cetle Eglise nous Elisabeth. La primauté ecclésiastique de la reine, adoucie en apparence , en effet laisf^w la même que sous Henri et sous Edouard , malgré les scruputen <le celle princ«se. La politique remp<ïrle partout dans rctle réformation. La fol , le» sacrements , et toute la puissance rccléslostkfue, est mise entre les mains des rois et des parlements. I.a même chose se fait en Ecosse. Les cnivinisles de Krance Improuvenl celle doctrine , et s’y accommcntenl néanmoins. Doctrine de l'Angleterre sur fa Justiliralinn. M reine Eliftalietli favorise les protestants de France. Ils se soulèvml aussitôt qu’ils se sentent de la force. loi conjuration d'Ambolse sous François U. Les guerre» civiles sous Charles IX. Que celte ctuijurallon et ces euerrr* sont affaires de religion . entreprises par l'aalorité de» dnrleurs et des ministres du parti , et fondées sur la nouvelle doctrine qu'on peut faire In guerre à son prince |Ktur la religion. Olle doctrine et pressémenl aulorlsé«‘par U» svn«xle» nationaux. Illusion de» écrivain» protestants et entre aol re» de M. Burnet.quI vi'ulent que le lumuUe d’Aubobe et les guerres civile» snienl affiùres p<diliques. Que la rell-

* Ep.p.z\9. il ü^/. hH. .idm.ad y«$i.

Ckinn été mélée dans le meurtre de François, due de

Cuise. Aveu de Bèze et de l’aroiral. Nouvelle Confession

de fui rn Suisse.

L’Angleterre, bientôt revenue, après la mort de Marie, à la réformation d'Edouard VI, songeait à fixer sa foi , et à y donner la dernière forme par /'autorité de sa nouvelle reine. Elisabeth , fille de Henri VIII et d’Anne de Boulen , était montée sur le trône , et gouvernail son royaume avec une aussi profonde politique que les rois les plus habiles. La démarche qu’elle avait faite du c^téde Rome, inrontinent après son avènement à la couronne, avait donné sujet de penser ee qu’on a publié d’ailleurs de cette princesse : qu’elle ne se .serait pas éloignée de la religion catholique, si elle eût trouvé dans le pape des dispositions plus favorables. .Mais Paul IV, qui tenait le siège apostolique, reçut mal les civilités qu’elle lui fit faire comme à un autre prince , sans se déclarer davantage , par le résident de la feue reine sa sœur. M. Rurnet nous raconte qu'il la traita de bâtarde'. Il s’ëtonnn do son audace de prendre possession de la couronne d'Angleterre, qui était un fief du saint-siège, sans son aveu, et ne lui donna au-' cnne espérance de mériter ses bonnes grâces , qu’en renonçant à ses prétentions, et se soumettant au siège de Rome. De tels discours, s'il.s sont véritables, n'étaient guère propre.^ à ramener une reine. Elisabeth rebutée s'éiuigna aisément d’un siège dont au.ssi bien les décrets condamnaient sa naissance, et s'engagea dans la nouvelle réformation : mais elle n’approuvait pas celle d'Kdouard en tous s(‘s chefs. Il y avait quatre points qui lui faisaient |>cine*: celui des cérémonies, celui des images, celui de la présence réelle, et celui de la primauté ou suprématie royale : et il faut Ici raconter ce qui fut fait de son temps sur ces quatre |>oints.

Pour ce qui est des eéréinonies, « elle aimait, dit

• M. Rurnet^, celles que le roi son père avait rete-

• nues; et , recherchant l'éclat et la pompe jusque « dans le service divin , elle estimait que les ininis-

• très de son frère avaient outré le rctraiiehement •• des ornements extérieurs , et trop dépouillé la re- « ligion. » Je ne vois pas néanmoins qu'elle ait rien fait sur cela de considérable.

Pour les images, « son dessein était, surtout, de n les conserver dans les églises, et dans le service « divin ; elle faisait tous ses efforts pour cela : car « elle affectionnait extrêmement les images, qu’elle « croyait d'un grand secours pour exciter la dévo- ■ tion ; et tout au moins elle estimait que les églises « en seraient bien plus frét]ueiUées*. » C elait en penser au fond tout ce qu'en pensent les catitoliques. Si files excitmi la déeoiion envers Dieu , elles j>ouvaient bien aussi en exciter les marques extérieures : c’est là tout le culte que nous leur rendons : y tir* affeclionné dàns ce sens’, comme la relue Elisabeth , it'était pas un sentiment si grossier qu'on veut à présent nous le faire croire; et je doute que M. Burnel voulût accuser une reine qui , selon lui , a fixé la religion en Angleterre, d'avoir eu des sentiments

• Bttr». Vf. m, p. ^^5. — ’ Ibid. p. SM. — • Ibid. p. M7. — * Bvrn. {if. III ,p. S6I , SM.

r.’iqiiiif L: by

DES VARIATIONS, LIV. X

d'idoUtrie. Mais le parti des iconoclastes avait prévalu : la reine ne leur put résister; et on lui Ht tellement outrer la matière, que, non ro«fen/r d'ordonner qu'on ôtdt les images des églises, elle défendit à tous ses sujets de les garder aûns leurs maisons ‘ ; il u’y eut que le crucilit qui s’en sauva; encore ne fut-ce que dans la chapelle royale, d’où l'on ne put persuader à la reine de l’arracher ».

Il est bon de considérer ce que les protestants lui représentèrent, pour l'obliger à cette ordonnance contre les images, afin qu’on en voie otj la vanité ou l’csccs. Le fondement principal estquelerfcttj/V/ne commandement défend de. faire, des Images à la similîludede Dieu^:eequ\ manifestement ne conclut rien contre les images ni de Jésus-Christ en tant qu’homme, ni des saints, ni en général contre celles où l’on déclare publiquement, comme fait l'kgUse catliolique, qu’on ne prétend nullement représenter la Divinité. Le reste était si excessif, que personne ne le peut soutenir ; car ou il ne conclut rien , ou il conclut à la défense absolue de l’usage de la peinture et de la sculpture; faiblesse qui à présent est universellement rejetée de tons les chrétiens, et réservée à la superstition et grossièreté des mahométans et des Juifs.

reine demeura plus ferme sur le point de l’eucharistie. Il est de la dernière Importance de bien comprendre ses sentiments, selon que M. Durnet les rapporte * : « Elle estimait qu’on s’était restreint, « du temps d’Édouard, sur certains dogmes, dans

• des limites trop étroites et sous des termes trop « précis; qu’il fallait user d’expressions plus gêné-

• raies, où les partis opposés trouvassent leur com-

• ptc. » Voilà scs idées en général. Kn les appliquant areucharistie,«son dessein était de faire concevoir, « en des |>aroles un peu vaguf.s, la manière de la « présence de Jésus-Christ dans reucharistre. Elle

• trouvait fort mauvais que par des explications si « subtiles on eût chassé du sein de l’Église ceux qui « croyaient la présence corporelle. » Et encore^ : « Le dessein était de dresser un office pour la com- « munion, dont les expressions fussent si bien nié- « nagées, qu’en évitant de condamner la présence « corporelle, on réunît tous les Anglais dans une « seule et même Église. •

On pourrait croire peut-être que la reine jugea inutile de s’expliquer contre la présence réelle, à cause que ses sujets sc portaient (rciix-mémos à l'exclure; mais, au contraire, • la plupart des gens H étaient iml)us de ce dogme de la présence corpo- « relie : ainsi la reine chargea les théologiens de ne « rien dire qui le censurât absolument; mais de le « laisser indécis, comme une opinion spéculative « que chacun aurait la liberté d'embrasser ou de re- « jeter. «»

Cétait ici une étrange variation dans un des principaux fondements de la réformation anglicane. Dans la Confession de foi de 1551 , sous Édouard , on avait pris avec tant de force le parti contraire à U présence réelle, qu’on la déclara impossible, et

• Bum. Uv. tu, P’ SW. — * Thuan. tib. Xll, on ISS9- —

• Bum. ibùt. — * Ibid. p. ib?.— 6 Ibitt. p. ST#.

contraire à l'asccti.sion de notre Seigneur. Ix)rsque, sous la reine Marie , Craniner fut condamne comme Iiéréliquo, il reconnut que le sujet princip d de sa condamnation^/// de ne point reconnn tire dans Ceucharistie une présence corporelle de son Sauveur. Ridley, T.atimer et les autres prétendus martyrs de la réformotion anglicane, rapportés p-ir M. Burnel, ont souffert pour la même cause. Calvin en dit autant des martyrs français, dont il oppose l’autorité aux luthériens*. Cet article paraissait encore si important en 15-19, et durant le règne d’Édouard, que lorsqu’on y voulut travailler à faire un système de doctrine qui embrassât, dit M. Ilurnet* , tous les points fondamenfaur. de la religion on approfondit surtout l’opinion de la présence de Jésus-Christ dans te sacrement. Cétait donc alors non-seulement un des points fondamentaux, mais encore parmi les fondamentaux un des premiers. Si c’était un point si fondamental , et le principal sujet de ces martvres tant vantés, on ne pouvait l'expliquer en termes trop précis. Après une explication aussi claire que celle qu’on avait donnée sous Édouard , en revenir, comme voulait Élisal>eth, a des expressions générales qm laissassent la chose i/ir/m'sc, et ou üs partis opposés trourassent l, nr compte , en sorte qu’on on put croire tout ce <|u’on voudrait, c’était trahir la vérité et lui égaler r*Treur. En un mot, ces termes ragues dans une Confes.siOii de foi frétaient qu'une ilinsioii dans la matière du monde la plu.s sériense, et qui demande le plus de sincérité. C’est ce que les réfôrmes ir.\n::loti‘rre eu<sfnt dû représenter à Élisaholh. Mais la pohii pie remporta contre la religion, et 1*011 u’etait puis d'humeur .1 tant rejeter la piiwnee réelle. Ainsi l'article XMX do la Confession d'Édonard. où elle était condamnée, fut fort change ^ : on y ola tout ce qui montrait la présence réelle impossible, et contraire h la séance de Jé.su.x-CI;rist dans les deux. « Toute cette forte ■ explication, dit .M. Burnel, fut effacée dans l’o- «• riginal avec du vermillon. • L'historien remarque avec soin (jii'oii peut encore la lire : mais cela même est un témoignage contre la doctrine qu'on efface. On voulait qu’on la pût lire encore, afin qu’il resliU uneproiiveqiiec’étail précisément cellelà qu’on avait voulu retrancher. On avait dit à la reine Élisabeth, sur les images, que « la gloire des • premiers réformateurs serait flétrie, si l’on venait « à rétablir dans les égli.ses et* que ces zélés mar- « tyrs de la pureté évangélique avaient pris soin d’a- « battre^. • Ce n'etait pas un moindre attentat de retraiiohcr de la Confession de foi de ces prétendus martyrs ce qu’ils y avaient mis contre la presene^î réelle, et d’en ôter la doctrine pour laquelle ils avaient versé leur sang. Au lieu de leurs termes simples et précis, on se contenta de dire, selon le dessein d'Elisabeth, ■ en termes vagues, que le « corps de notre Seigneur Jésus-Christ est donné et « reçu d’une manière spirituelle, et (|ue le moyen par > lefjuel nous le recevons est la foi^. » La première partie de l’article est très-véritable, en prenant la

* Calv. Dilttr. expiie. Opute. p. 861. — » lÀv. ||, p. 168. -S Burn. ui, p. dut. — * îbid. p. 886. — » JM. p. 801.

manière. spirUtteUe pour une manière au-dessus des sens et de lu nature, comme la prennent les catholiques et les luthériens; et la seconde n’est pas moins certaine , en prenant la réception pour la réception utile, et au sens que saint Jean disait en parlantde Jésus-Christ, que /« siens ne le reçurent pas* ^ encore qu'il fût au monde en personne au milieu d’eux : c’est-à-dire , qu’ils ne re(^ureiit ni sa doctrine ni sa grâce. Au surplus, ce qu'on ajoutait dans la Confession d’ fMouard sur la communion des impies, qui ne reçoivent que les symboles, fut pareillement retranché; et on prit soin de n'y conserver sur la présence réelle que ce qui pouvait être approuvé par les catholiques et les luthériens.

Par la même raison on changea dans la liturgie d'itdouard ce qui condamnait la présence corporelle. Par exemple, on y expliquait qu’en se mettant à genoux lorsqu’on recevait reucliaristie, «> ou ne

• prétendait rendre par là aucune adoration a une

• présence corporelle de la chair et du sang; cette •• chair et c« sang n’étaiit point ailleurs que dans le

• ciel*- » Mais sous h'ilisabeth on retrancha ces paroles, et on laissa la liberté tout entière d'adorer dans l'eucharistie la chair et le sang de Jésus-Ciirist comme présenta. Ce que les prétendus martyrs et les auteurs de la réformation anglicane avaient regardé comme une grossière idolâtrie, devint sous Élisabeth une action innocente. Dans la seconde liturgie d'Édouard on avait ôté ces paroles , qu’on avait laissées dans la première : Le corps ou le sang de Jésus- Christ garde ton corps et ton âme pour la vie étemelle; mais ces mots, qu’Édouard avait retranchés parce qu'ils semblaient trop/acoriser la présence corporelle, furent rétablis j>ar ÉUsabelJi *. La foi allait au gré des rois; et ce que nous venons de voir ôté dans la liturgie par la même reine , y fut depuis remis sous le fru roi Charles II.

Alalgré tous ces changements dans des choses si essentielles, M.Burnet veut que nous croyions qu'il n’y eut point de variations dans la doctrine de la r^orme eu Angleterre. On y détruisait, dit-iM^ alors , tout de même qu’aujuiird'hui, le dogme de la présence c-orporelle ; et seulement on estima qu'il n'était ni nécessaire ni avantageux de s'expliquer trop nettement là-dessus : comme si on pouvait s’expliquer trop nettement sur la foi. Mais il faut encore aller plus avant. C'est varier manifestement dans la doctrine , non-seulement d’en embrasser une contraire, mais encore de laisser indécis ce qui auparavant était décidé. Si les anciens catholiques , après avoir décidé, en termes précis, l’égalité du Fils de Dieu avec son Père, avaient supprimé ce qu’ils en avaient prononcé à Nicée, pour se contenter simplement de l’appeler Dieu , en termes vagues , et au sens que les ariens n’avaient pu nier , en sorte que ce qu’on avaitsi expressément décidé devint indécis et indifférent, n’auraicnt-ils pas manifestement changé la fol de l'Église, et fait un pas en arrière? Or c’est ce qu’a fait l’Église anglicane sous Élisabeth; et on ne peut pas en convenir plus clairement

• Jonm.x, 10. tl. — *0trrn. Ih. — > Ibid. iiv. i,

— * IM. tip. III , p. ouL

que M. Rurnet en est convenu dans les paroles que nousavons rapportées, où il paralten termes formels que ce ne fut ni par liasard ni par oubli qu’on omit les expressions du temps d'Édouard; mais par un dessein bien médité de ne rien dire qui eenstirdt ta présence corporelle, et au contraire de laisser ce dogme indécis , en sorte que chacun eût la liberté de l'embrasser ou de le rejeter. Ainsi, ou sincèrement ou par politique, on revint de la foi des réformateurs, et on laissa pour indifférent le dogme de la présence corporelle, contre lequel ils avaient combattu jusqu'au sang.

C’est là encore l’état présent de l’Église d’Angleterre, si nous en croyons M. Bumet. Ç’a été sur cc fondement que l'cvêque Guillaume B^el , dont il a écrit la vie , crut qu’un grand nombre de luthériens , qui s’étalent réfugiés a Dublin, pouvaient communier sans crainte avec l'Église anglicane*, « qui en effet, « dit M. Bumet , a eu une telle modération sur c« « point (de la présence réelle), que, n'y ayant au- « cune détinition positive de la manière dont lecorps a de Jésus-Christ est présent dans le sacrement, les « personnes de différent sentiment peuvent prati- « quer le même culte sans être obligées de se décla- « rer, et sans qu'on puisse présumer qu'elles con- « tredisent leur foi. « C’est ainsi que l’Église d’Angleterre a réformé ses réformateurs et corrigé scs maîtres.

Au reste, ni sous Édouard , ni sous Élisabeth, la réformatioD anglicane n’employa jamais dans l'expliration de l'eucharistie ni la substance du corps, ni ces opérationsincompréliensi blés tant exaltées par Calvin. Ces expressions favorisaient trop une présence réelle, et c'est pourquoi on ne s'en servit ni sous Édouard où on la voulait exclure, ni sous Élisabeth où on voulait laisser lacliose indécise; et l'Angleterre sentit bien que ces mots de Calvin, peu convenables à la doctrine du sens figuré , n’y pouvaient être introduits qu’en forçant trop visiblement leur sen.s naturel.

Il reste que nous expliquions l'article de la suprématie. Il est vrai qu' Élisabeth y répugnait; et ce titre de chef de l'Eglise, trop grand, à son avis, même dans les rois, lui parut encore plus insupportable, pour ne pas dire plus ridicule, dans une reine*. Un célèbre préüic4iteur protestant lui avait, ditM. Burnet, suggéré celte délicatesse ; c’est-à-dire, qu'il y avait encore quelque reste de pudeur dans l’Église anglicane, et que ce n’était pas sans quelques remords qu'elle abandonnait son autorité à la puissance séculière : mais la politique l'emporta encore en ce point. Avec toute la secrète honte que la reine avait pour sa qualité de chef de l'Église, elle l’accepta, et l'exerça sous un autre nom. Par une loi publiée en 1539 , « on attacha de nouveau la pri-

• mauté ecclésiastique à la couronne : on déclara « que le droit de faire les visites ecclésiastiques, et « de corriger ou de réformer les abus de l’Église,

* était annexé pour toujours à la royauté; et qu’on > ne pourrait exercer aucune charge publique , soit

’ / i« de Ckill. Üctiel, p. 132, 133. — * Burn. liv. ui. p. S7I.

AJ ijy

DES VARIATIO.NS, LIV. X. tik

«eiTÎle ou militaire «ou ecclésiastique « sans jurer « de reconnatlre la reine pour souveraine gouver-

• oante dans tout son royaume , en toutes sortes de

« causes séculières et ecclésiastiques*. » Voilà donc à quoi aboutit le scrupule de la reine; et tout ce qu'elle adoucit dans les lois de Henri VIII , sur la primauté des rois, fut qu'au lieu que sous ce roi on perdait la vie en la niant, sous Élisabetli on ne jterdait que ses biens ». i

Le évéques catholiques se souvinrent à cette fois de ce qu'ils étaient; et, attachés invinciblement à l'Église catholique et au sainl-siége, ils furent déposé pour avoir constamment refusé de souscrire à la'primauté de la reine aussi bien qu'aux autres articles de la réforme. Mais Parker, archevêque pro* testant de Cantorbéri , fut le plus zélé à subir le joug^. C'était à lui qu'on adressait les plaintes contre le scrupule qu’avait la reine sur sa qualité de chef : on lui rendait compte de ce qu'on faisait pour engager les catholiques à la reconnaître; et enCn la réformation anglicane ne pouvait plus compatir avec la lil)erté et l'autorité que Jésus-Christ avait donnée à son Église. Ce qui avait été résolu dans le parlement, en liâ9 , en faveur de la primauté de la reine, fut reçu dans le synode de Londres en 15G3, du commun consentement de tout le clergé, tant du premier que du second ordre.

Là on inséra en ces termes la suprématie, parmi les articles de fol : « La majesté royale a la souve- « raine puissance dans ce royaume d’Angleterre et « dans ses autres domaines ; et le souverain gouver- « nementde tous les sujets, soit ecclésiastiques ou

• laïques, lui appartient en toutes sortes de causes , « sans qu’ils puissent être assujeltis à aucune puis- « sance étrangère^. » On voulut exclure le pape par res derniers mots ; mais comme cesautres mots, en toutes sortes de causes, mis ici sans restriction, comme on avait fait dans l'acte du parlement , em- |K>rtaient une pleine souveraineté, même dans les causes ecclésiastiques, sans en excepter celles de la foi . Us eurent honte d'un si grand excès , et y apportèrent ce tempérament : « Quand nous attri- « huons à la majesté royale ce souverain gouverne- « ment dontnousapprenonsque plusieurs calomnia- « leurs sont offensés , nous ne donnons pas à nos « rois ['administration de la parole et des sacre- « ments, ce que les ordonnances de notre reine « Élisabeth montrent clairement; mais nous lui « donnons seulement la prérogative que l'Écriture « attribue aux princes pieux, de pouvoir contenir « dans leur devoir tous les ordres, soit ecciësias-

• tiques , soit laïques , et réprimer les contumaces « par le glaive de la puissance civile. *

Celte explication est conforme à une déclaration que la reine avait publiée , où elle disait d'abord , qu'elle était fort éloignée de vouloir adm inUlrer tes choses saintes Les protestants, aisés à coutenter sur le sujet de l'autorité ecclésiastique, cru-

• B^th. iiv. Ili , p. WO ei wq. — * p- S7I. — * tLid. p. S70 , se«, etc. — * Ibid. p. 57l et seq. — * Syn. Land, art. XXXTM. Syat. Cen. /. part. p. 107. Hurn. liv. Ml,

p. eei-

rent par lè être là couvert de tout ce que la su<* prcniatie avait de mauvais; mais en vain : car il ne s’agissait pas de savoir si les Anglais atlritmaient à la royauté l'admiuistration de la parole et des sacrements. Qui les a jamais accusés de vouloir que leurs rois montassent en chaire, ou administrassent la communion et le baptême ? et qu'y at*il de si rare dans cette déclaration , où la reine Élisabeth reconnaît que ce ministère ne lui appartient pas? La question était de savoir si dans ces matières la majesté royale a une simple direction et exécution exM'rieure, ou si elle influe au fond dans la validité des actes ecclésiastiques. Mais encore qu'en apparence on la réduisit dans cet article à la simple exécution, le contraire paraissait trop dans la pratique. La permission de prêciicr s'accordait par lettres patentes et sous le grandsceau. La reine faisait les évêques avec la mémo autorité que le roi son père et le roi son frère , et pour un temps limité, si elle voulait. I.a commission pour les consacrer émanait de la puissance royale. Lej excommunications étaient décernées par la même autorité. La reine réglait par ses édits non-seulement le culte extérieur, mais encore la foi et le dogme , ou les faisait régler par son parlement, dont les actes recevaient d’elle leur validité * ; et il n'y a rien de plus inouï que ce qu'on y fit alors.

Le parlement prononça directement sur l'hérésie : il régla les conditions sous lesquelles une doctrine passerait pour hérétique; et où ces conditions ne se trouveraient pas dans cette doctrine, il défendit de la condamner, et s'en réserra ta connaissance Il ne s'agit pas de savoir si la règle que le parlement prescrivit est bonne ou mauvaise; mais si le parlement, un corps séculier dont les actes reçoivent du prince leur validité, peut décider sur les matières de la foi , et s’en réserver ta connaissance, c'est-à-dire, se l'attribuer, et l'interdire aux évêques , à qui Jésus-Christ l'a donnée : car ce que disait le parlement, qu'il agirait de concerl avec l'assemblée du clergé^, n’était qu’une illusion, puisqu'enfin c'était toujours réserver la suprême autorité au parlement, et écouter les pasteurs plutôt comme consulteurs dont on prenait les lumières, que comme juges naturels, à qui seuls la decision appartenait de droit divin. Je ne crois pas qu'un cœur chrétien puisse écouter sans gémir un tel attentat sur l'autorité pastorale et sur les droits du sanctuaire.

Mais, de peur qu’on ne s’imagine que toutes ces entreprises de l'autorité séculière sur les droits du sanctuaire fussent simplement des usurpations des laïques, sans que le clergé y consentit, sous prétexte qu'il aurait donné l'explication que nous avons vue à la suprématie de la reine dans l'article xxxvii de la Confession de foi, ce qui précède et ce qui suit fait voir le contraire. Ce qui précède ; puisque ce synode, composé, comme on vient de voir, des deux ordres du clergé, voulant établir la validité

' Burn.W. part. liv. lii,p.6eu. &70, S73, 679. sao, MS, 690, S91 , 693, 69* , 607 , etc. — * Ibid. 671. — * Ibid.

fS6

iiiSToinp.

de l’ordination des évêques, des prêtres, cl des I diacres, la fonde sur la formule contenue « dans | ft le livre de la consécration des archevêques et « évêques, et de l’ordination des prêtres et des « diacres, fait dkpiis peu, dans le temps d'f>

■ doiiard VI, et ronlirnié par l’autorité du parle- « ment*. » Faibles évêques, malheureux clergé, (jiii aime mieux prendre la forme de la conséeratioii dans le livre fait oEpris peu , il n'y avait que dix ans, sous itdouard VI, et confirmé par rautorîté du parlement , que dans le livre des sacrements de saint Grégoire, auteur de leur conversion, où ils pouvaient lire encore la forme selon laquelle leurs préilécesseurs, et le saint moine Augustin leur premier apôtre , avaient été consacrés , quoique ce livre fdl appuyé, non point à la vérité par l’auto* rité des parlements, mais par la tradition univer* selle de toutes les Fglises chrétiennes!

Voil.^ sur quoi ces évêques fondèrent la validité de leur sacre, et celle de l'ordination de leurs prêtres et de leurs diacres *; et cela se fil conformément à une ordonnance du parlement de I53D, où le doute sur l’ordination fut résolu par un arrêt qui autoris,ait le cérémonial des ordinations joint avec la liturgie d'Kdouard : de sorte que si le |>arlement u'avait pas fait ces actes, l’ordination de tout le clenje -serait demeurée douteuse.

Les évêques et leur clergé, (|ui avaient ainsi mis sous Icjoug raulcrité ecclésiastique, finissent d’une manière digne d’un tel commencement , lorsque, ayant expliqué leur foi dans tous les articles précédents, au nombre de xxxix , ils en fout un dernier, où ils déclarent que « ces articles, autorisés

* par l'approhalion et le consentement, p^r asaen^

• AM/n cê consensum , de la reine Kiisabeth , doi-

* vent être reçus et exécutés par tout le royaume

• d’Angleterre. • Où nous voyons l’approbation de la reine, et non-seulement «on conxenffinif'nt par soumission, mais encore son assentimtntt pour ainsi parler, par expresse délibération, mentionné dans l’acte comme une condition qui le rend valable; en sorte que les décrets des évêques sur les matières les plus allachéesà leur ministère reçoivent leur dernière forme et leur validité dans le même style que les actes du parlement, par l’nppruhation de la reine; sans que ces faibles évêques aient osé tetnoigner, à l’exemple de tous les siècles précédents , que leurs décrets, valables par euxmêmes et par l'autorité sainte que Jésus-Christ avait alt.ichée à leur caractère, n’allcndaicnt de la puissanee royale qu’une entière soumission et une protection extérieure. C>st ainsi qu’en oubliant avec les anciennes institutions de leur Kgirse le chef que Jésus-Christ leur avait donné, et se donnant eux-mêmes pour chefs leurs princes, que Jésus-Christ n’avait pas établis pour cette fin, ils se sont de telle sorte ravilis, que nul acte ecclé.siasttque, pas même ceux qui regardent la prétlication, les censures, la liturgie, les sacrements, et la foi même, n’a de force en Angleterre qu'aiitant qu’il

* Syn. <irt, xxxvi. Synt, Gtn. p. 107. — loc

■MX dl. p. MO.

est a|)prouvé et validé par les rois ; ce qui au fond donne aux rois plus que la parole, et plus que l'administration des sacrements, puisqu'il les rend souverains arbitres de l’une et de l'autre.

C'est par la même raison que nous voyons la première Confession de l'Fcosse, depuis qu’elle est protestante, publiée au nom des états et du parlement^; et une seconde Confessiun du même royaume, qui porte pour titre : Générale Con/es^ sUm (te la rraie fol chrétienne, selon la parole de Dieu rt les actes de nos parlements *.

Il a fallu une infinité de déclarations différentes pour expliquer que ces actes n’attribuaient pas la i juridiction épiscopale à la royauté : mais tout cela n'est que des paroles, puisqu’au fond il demeure toujours |K)ur certain que nul acte ecclésiastique n'a de force dans ce royauine-ih, non plus qu’en celui d’Angleterre, si le roi et le parlement ne les autorisent.

J'avoue que nos calvinistes paraissent bien éloignés de celte doctrine ; et je trouve non-seulement dans Calvin, comme je l’ai déjà dit, mais encore dans les synodes nationaux, des condamnations expresses dt* ceux qni confontlenl le gouvernement civil avec le gmivernemcnl eccléslnstique, en faisant le maghirat chef de C fCfflise, ou en soumet- I tant au peuple, le goucernement ecclésiastique Mais il n'y a rien parmi ces messieurs qui ne s’ac* I commode, pourvu qu’on soit ennemi du pape et de Rome : tellement qu’à force d'etplications et d’équivoques les calvinistes ont été gagnés, et on les a fait venir en Angleterre jusqu’à souscrire la suprématie.

On voit, par toute la suite des actes que nous avons rapportés, que c’est en vain qu’on nous veut persuader que sous le règne d'filisabeth celle su- ^ prématie ait été réduite à des termes plus raisonnable.s que sous les règnes précédents 4, puisqu’on n’y voit au contraire aucun adoucissement dans le fond. Un des fruits de la primauté fut que la reine rnvahit les restes des biens de l'Fglise, sous prétexte d’fThanges désavantageux, même ceux des évêchés, qui seuls jusqu’alors étaient demeurés sacrés et inviolables^. .K l’exemple du roi son père, pour engager sa noblesse dans les intérêts de la primauté et de la réforme, elle leur fit don d’une partie de ces biens s.acrés : et eel état de l’Église, mise sous le joug dans son spirituel et dans son temporel tout ensemble, s'appelle la réformation de l'Église, et le rétablissement de la pureté évangélique.

Cependant, si on doit juger, selon la règle de l'Évangile, de celle réformation par ses fruits, il n’y a jamais eu rien de plus déplorable ; puisque l'effet qu'a produit ce misérable asservissement du clergé, c’est que la religion n'y a plus été qu'une politique : on y a fait tout ce qu’ont voulu les rois. La réformation d'Kdouard , où l’on avait changé toute celle de Henri VIII, a changé elle-même en

* .Vywr. Gen. I. part. p. loo. — * Ibid. p. im. — > Syit. de Paris, 1565. .Vy», de La RoeheUe. It7l. — * Dur». liv. III, p. 571 ,50i,Wf. — » Thaan. (Ib. xxi, 1559. Dur». liv. m, U. 58t.

DKS VARIATlOiNS, LIV. X.

un mompnt sous Marie, et Élisabeth a détruit en deux ans tout ce que Marie avait fait.

Les évéques , réduits à quatorie , demeurèrent fermes avec cinquante ou soixante ecclésiastiques ' : mais , O la réserve d'un si petit nombre . dans un si grand royaume, tout le reste fut entruiné par les décisions d'Élisabeth, avec si peu d’attacbenienl a la doctrine nouvelle qu’on leur faisait embrasser,

• qu’il y a même de l'apparence , de l'aveu de

• M. Burnet’, que si le régne d'Élisabeth eût été

• court f et i»i un prince de la communion romaine

• eût pu parvenir à la couronne avant \a mort de - tous ceux de celte pénéraiion, on les aurait vus

• changer avec autant de facilité qu*ils avaient fait « sous i'aiitoritc de Marie. »

Dans celte même Confession de foi» confirmée sous Élisabeth en I5ü2, il y a deux points importants sur la Justification. Dans 1 un, on rejette assez clairement Tinamissibililé de la justice, en déclarant ■ qu'après avoir reru le Saiiit-

• Esprit, nous pouvons nous éloigner de la grâce

• donnée , et ensuite nous relever et nous cor*

« riger • D.ins l'autre, la certitude de la prédestination semble tout à fait exrluse; lorsqii’après avoir dit que « la doctrine, de la prédestinat tion est pleine de coosolatiou pour les vrais « fidèles, en confirmant In foi que nous avons «« d'obtenir le salut par Jésus-Christ, »• on ajoute, « quVlle précipite les hommes cliarnels on dans « le désespoir, ou dans une pernicieuse sécurité, « malgré leur mauvaise vie. » Et on conclut, « qu’il faut embrasser les promesses divines comme ■ elles nous sont pro|>osécs en termes obnehaux « dans rÉcriturc, et suivre dans nos actions la vo-

• lonté de Dieu, comme elle est expressément ré-

• vélée dans sa parole; • ce qui semble exclure celte certitude spéciale où on oblige cliaqiie lidele en particulier à croire, comme de foi, qu'il est du nombre des élus, et compris dans ce décret absolu par lequel Dieu veut les sauver : doctrine qui en effet ne plaît guère aux protestants d’Angle. terre, quoique non-seulement ils la souffrent dans les calvinistes, mais encore que les députés de cette Église l'aient aubirisée, comme nous verrons*, dans le synode de Dordrect.

La reine Élisabelli favorisait secrètement la disposition que ceux de France avaient h la révolte ^ : Ils se dwtlarèrent à peu près dans le même temps que la refomiation anglicane prit sa forme sous celle reine. Après environ trente ans, nos réformés se lassèrent de tirer leur gloire de leur souffrance : leur patience n’alla pas plus loin. Ils cessèrent aussi (l’exagérer à nos rois leur soumission. Cette soumission ne dura qu'auUint que les rois furent en état de les contenir. Sous les forts règnes de François l*' et de Henri 11, ils furent à la vérité fort soumis, et ne firent aucun semblant de vouloir prendre les armes. I,.e règne aussi faible que court de

• bc. ni, p. û91. — ’ Ibid. p. 695. — - * Sÿnt. Gr». J. p.trU Co«/. Jugl. art. *Vl, x>u, p. IU2. — ^ Liv. Xiv. —

• Our». liv. ni, p. 017.

François II leur donna de Taudace : ce feu longtemps caché éclata enfin dans la conjuration d'Amboise. Cependant il restait encore assez de force dans le gouvernement pour éteindre la flamme naissante : mais durant la minorité de Cluirles IX, et sous la regence d'une reine dont toute la politique n'allüit qu'à se maintenir par de dangereux ménagements, la révolte parut tout entière, et Tembrasement fut universel par toute la France. Le detail des intrigues et de.s guerres ne me regarde pas; et je n'aurais même point parlé de ces mouvements, si, contre toutes les déclarations et protestations précédentes, ils n'avaient produit dans la réforme ctdle nouvelle doctrine, qu’il est |)erini.s de prendre les armes contre son prince et sa patrie pour la cause de la religion.

On avait bien prévu que les nouveaux réformé-S ne tarderaient |)as à en venir à de seinblribic.s attentats. Pour ne point rappeler ici les guerres des Albigeois, les séditions des vielelistes en Angleterre, cl lesfureursdes tal>oriles en Huhéme, on n’avait que trop vu à quoi avaient abouti toutes les lielles protestations des hahériens en Allemagne. Les ligues et l(*s guerres, au comimneemeiit délcj>lées, aussitôt (pic les prote.siauls se sentirent, devinient permises; et Lutiier .njoiita c<a article à son évangile. Les mijiistres di-s Vaiidois avaient encore tout iiomellemeiit enseigne cette doctrine; et la guerre fut entreprise dans les vallées contre le-s ducs de S.ivoie , qui en étaient les souver.iins ». Ta*s mmve.aux reformés de France ne tardèrent pas à suivre ces exemples , et on ne peut |ws douter qu’ils n'y aient été engagés par leurs doctenrs.

Pour la conjuration d'AinIvoise, tous les historiens le témoignent ; et lle/e même en est d’accord dans son //isloire eccftstusIitiHe. Ce fut sur Pavis des docteurs que le prince de Cotnié se crut innocent, on fit semblant de le croire, quoiqu'un si grand attentat eût été entrepris sous ses ordres. On résolut, dans le parti, de lui fournir hoinmpx et argent, afin que la force lui demeurât : de sorte qu'il ne s'agissait de rien moins, après l’enlévemenl violent des deux Guises dans le propre Hifiteau d'Amboise, où le roi était , que d'allumer dès lors dans tout le royaume \v feu de la guerre civile ». Tout le gros de la réforme entra dans ce dessein ; et la province de Xaintonge est louée par Bèze, en cette occasion, d'avair faU son devoir comme les autres *. T.e même Bèze témoigne un regret extrême de ce qu’une si juste entreprise a manqué, et en attribue le mauvais succès u la déloyauté de quelques-uns.

11 est vrai qu'on voulut donner à celte entreprise, comnve on a fait à toutes les autres de cette nature, un prétexte de bien public, pour y attirer quelques catholiques, et sauver à la réforme l'infamie d’un te) attentat. Mais quatre

• Thnan. lib. xxvii, l&«0. l. U,p. 17. La PopUn. t. Vif, p. 316,266. — » TAimh. 1660;/. l.f. vxiv./). 752. La PopUn, I. M. iifse, HitL eccla. l. iii , p. 250 , 35f , 270. — ^ Jbid.

raisons démontrent que c’éiait au fond une affaire de religion, et une entreprise menée par les réformés. I>a première , est qu’elle fut faite à foccasion des exécutions de quelque.s*uns du parti; et surtout de celle d'Anne du Bourg, ce fameux prétendu martyr. C’est après l'avoir racontée, avec les autres mauvais traitements qu'on faisait aux luthériens (alors on nommait ainsi toute la Réforme), que Bèze fait suivre l'Iiistoire de la conspiration; et , à la tôle des motifs qui la firent , naître , il nk*t « CCS façons de faire ouvertement tyranniques, et « les menaces dont on usait à cette occasion envers « les plus grands du royaume, « comme le prince de Coudé et les Châtillons. C'est alors, dit-il, que « plusieurs seigneurs se réveillèrent comme « d'un profond sommeil : d'autant plus, continue

• cet historien, qu’ils considéraient que les rois

• François et Henri n’avaient jamais voulu attenter

• à la |>ersonne des gens d’F.tat (c'est-à-dire des

• gens de qualité) , se contentant de battre le chien « devant le loup ; et qu'on faisai ttout le contraire « alors : qu'on devait pour le moins, à cause de la

• multitude , user de remèdes moins corrosifs, et

• u'ourrir pas la porte à un million de sédi- « lions. »

Fji vérité, l'aveu est sincère. Tant qu'on ne punit que la lie du peuple, les seigneurs du parti ne s'émurent pas. et les laissèrent traîner au supplice, lorsqu'ils se virent menacés comme les autres, ils songèrent à prendre les armes, ou., comme ]>arle l'auteur , « diacun fut contraint de penser à son « particulier ; et commencèrent plusieurs à se ral- •« lier ensemble, pour regarder à quelque juste dé-

• fense , pour remettre sus l’ancien et légitime

• gouvernement du royaume. • Il fiillalt bien ajouter

• ce mot pour cou^Tir le reste ; mais ce qui précède fait assez voir ce qu’on prétendait, et la suite le justifie encore plus clairement. Car ces moyens de juste défense furent, que • la ciiose étant proposée

• aux jurisconsultes et gens de renom de France

• et d’Allemagne, comme aussi aux plus doctes - théologiens, il se trouva qu’on se pouvait légiti- « mement opposer au gouvernement usurpé par « ceux de Guise , et prendre les armes à un besoin

• pour repousser leur violence, pourvu que les > princesdu sang, qui sont nés en tels cas légitimes « magistrats, ou l’un d'eux, le voulût entreprendre,

• su tout à la requête des états de France, ou de la plus saine partie d'iceux*.* C’est donc ici une seconde démonstration contre la nouvelle réforme, en ce que les théologiens que l’on consulta étaient protestants; comme il est expressément expliqué par M.de Tbou, auteur non suspect*. Et Bèze le fait assez voir, lorsqu'il dit qu'on prit l’avis des pius doctes théologiens, qui, selon lui , ne pouvaient être que des réformés. On en peut bien croire autant des jurisconsultes; et jamais on n’en a nommé aucun qui fût catholique.

Une troisième démonstration, qui résulte des mêmes paroles, c’est que ces princes du sang,

» Bixt, HHt, ecflft. t. III, p. 5*0 — * Ub- XXIV, p. 372. €à»i. CCHtV.

magistrats nés dans cette affaire, furent réduits au seul prince de Coudé , protestant déclaré , quoiqu’il y en eût pour le moins cinq ou six autres , et entre autres le roi de Navarre , frère atné du prince, et premier prince du sang; niais que le parti craignait plutût qu’il n'en était assuré : circonstance qui ne laisse pas le moindre doute que le dessein de la nouvelle réforme ne fût d’être maîtresse de l’entreprise.

F.t non-seulement le prince est le seul qu'on met à In tête de tout le parti ; mais ce qui fait la quatrième et dernière conviction contre la réforme, c’est que cette plus saine partie des états, dont on demandait le concours, furent presque tous de ces réfqrmés. I.es ordres les plus importants et les plus parlieuliers s'adressaient à eux, et l'entreprise les regardait seuls» ; car le but qu’on s'y proposa était, comme l'avoue Bèze * , qu'une Confession de foi fût pré* sentèe au roi , pourvu d'un bon et légitime conseii. Oa voit assez clairement que ce conseit n'aurait jamais été bon et tégitime, que le prince de Condé avec son parti n'en fût le maître, et que les réformés n’eussent obtenu ce qu'ils voulaient. L’action devait commencer par une requête qu'ils eussent présentée au roi, pour avoir la liberté de conscience; et celui qui conduisait tout fut La Renaudie , un faussaire , et condamne comme tel à de rigoureuses peines par l'arrêt d’un parlement où il plaidait un bénéfice; qui ensuite réfugié à Genève, liérétique par dépit, •• brûlant du désir « de se venger, et de couvrir l'infamie de sa • condamnation par quelque action hardie « entreprit de soulever autant qu'il pourrait trouver de mécontents; et à la fin, retiré à Paris , chez uq avocat huguenot, ordonnait tout de concert avec Antoine Cliandieu , mioistre de Paris, qui depuis se fit nommer Sadaël.

Il est vrai que l'avocat huguenot chez qui II logeait, et Ligneras, autre huguenot, eurent horreur d'un crime si atroce, et découvrirent l'entreprise * : mais cela n'excuse pas la réforme, et ne fait que nous montrer qu’il yavaitdes particuliers dans la secte dont la conscience était meilleure que celle des théologiens et des ministres , et que celle de Bèze même et de tout le gros du parti , qui se jeta dans la conspiration par toutes les provinces du royaume. Aussi avons-nous vu^ que le même Bèze accuse de déloyauté ces deux fidèles sujets, qui seuls dans tout le parti eurent horreur du complot , et le découvrirent : de sorte que, de l'avisdes ministres, ceux qui entrèrent dans ce noir dessein sont les gens de bien, et ceux qui le découvrirent sont des perfides.

Il ne sert de rien de dire que La Renaudie et tous les conjurés protestèrent qu'ils ne voulaient rien attenter contre le roi , ni contre la reine, ni contre la famille royale : car s'ensuit-il qu’on soit innocent pour n'avoir pas formé le dessein d 'un si exécrable parricide? N'étail-ce rien dans un État que d’y ré-

* la Pop/If». /. VI, p. 184, * HUt.ecd. /.lil.p,

3|3. TAmam. I&60, t. I, /.XXIT, p. T33 , 738. -- ‘ BtZ*, 7huoH. LaPopUn. UiW. — » Cl-dcMUi.p. prrcfrf.

DES VARIATIONS, LIV. X

voquer en doute la majorité du roi, et d’éluder les lois anciennes qui la mettaient à quatorr.e ans, du commun eonsentemenl de tous les ordres du royaume * ? d’entreprendre, sur ee prétexte, de lui donner un conseil tel qu’on voudrait ? d'entrer dans son palais à main armée, de l’assaillir, et de le forcer? d'enlever dans cet asile saeré , et entre les mains du roi , le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, à cause que le rot se servait de leurs conseils? d'exposer toute la cour et la propre personne du roi à toutes les violences et à tout le carnage qu’une attaque si tumultuaire et l'obscurité de la nuit pouvait produire? enfin, de prendre les arntes par tout le royaume, avec résolution de ne les poser qu'après qu’on aurait forcé le roi à faire tout ce qu'on voudrait *? Quand il ne faudrait ici regarder que l’Injure particulière qu’on faisait aux Guises, quel droit avait le prince de Condé de disposer de ces princes ; de les livrer entre les mains de leurs ennemis, qui, de l'aveu de Bèze^, faisaient une grande partie des conjurés; et d’employer le fer contre eux, comme parle M. deThou * , s'ils ne consentaient pas volontairement à se retirer des affaires? Quoi ! sous prétexte d'une commission particulière, donnée, comme l»ditRc2e^, ■ à des hommes d'une prud'homie

• bien approuvée ( tel qu'était un Renaudie ), « de s'enquérir secrètement, et toutefois bien et « exactement, des charges imposées à ceux de fiiii- « se, » un prince du sang, de son autorité particulière, les tiendra pour bien convaincus, et les mettra au pouvoirde ceux qu’il saura être « aiguillonnés « <l'appétit de vengeance pour les outrages reçus « d'eux, tant en leurs personnes que de leurs pa- « rentsetalliés!«carc*est ainsi que parle Bèze. Que devient la société, si de tels attentats sont permis? Mais que devient la royauté, si on ose les exécuter à main année dans le propre palais du roi, arracher ses ministres d'entre ses bras, le mettre en tutelle, mettre sa personne sacrée dans Je pouvoir des séditieux, qui se seraient emparés de son icliAteau, et soutenir un tel attentat par une guerre entreprise dans tout le royaume; voilà le fruit des conseils dâs plus doctes théologiens réformés, et des juris* considtes duptus grand renom. Voilà ce que Bèze approuve, et ce que défendent encore aujourd'hui les protestants^.

Ou nous allègue Calvin, qui, après que l’entreprise eut manqué, aécrit deux lettres, où il témoigne qu’il ne l’avait jamais approuvée?. Mais lorsqu'on est averti d’un complot de cette nature, en est-on quitte pour le blâmer, sans se mettre autrement en peine d'empécherle progrès d’un crime si noir? Si Bèze eût cru que Calvin eût autant détesté cette entreprise qu'elle méritait de l'étre, l’aurait-il approuvée iui-méme, et nous aurait-il vanté l'approbation des plus doctes théologiens du parti ? Qui ne voit donc que Calvin agit ici trop mollement, et

■ Ordonnance de Charlet 1573—74; et tes tuiv. —

• yoÿez La Poptin. l. VI , p. 166, et — » Beze, 560. —

• rAwon. 7M, 73S. — * Bèxe, ibid. — ■ Bnrn. lib. iii, p. B|6. de Siaitnb. t. I, tett. XV, n. S, p. 503. Catv. Bp. p 313. — 7 Crit. ai3.

ne se mit guère en peine qu’on hasardât la eoi^uration , pourvu qu'il pût s'en disculfier, en cas que le succès en fût mauvais? Si nous en croyons Rrantdme, l'amiral était bien dans une meilleure disposition ' : et les écrivains protestants nous vantent ce qu'il a écrit dans la Vie de ce seigneur, qu'on n’osa jamais lui parler de cette entreprise , • parce qu’on « Je tenoit pour un seigneur de probité, homme de

• bien , aimant l'honneur ; et pour ce eust bien

* renvoyé les conjurateurs rabroués, cl reveslé le « tout , voire aydé à leur courir sus *. > Mais cependant la chose fut faite ; et les historiensdu parti racontent avec complaisance ce qu'on nedevrait regarder qu’avec horreur.

Il n’est pas ici question d’éluder un fait constant, en discourant sur l'incertitude des histoires et sur les partialités des historien^^ Os lieux communs ne sont bons que pour éblouir*. Quand nos réformes douteraientdc M. de 'l*hou qu'ils ont iinpriméà Genève, et dont un historien protestant vient d'écrire encore que la foi ne leur fut jamais suspecte ils n'ont qu'à lire La Poplinicre, un des leurs, et Bèze, un de leurs chefs, pour trouver leur parti convaincu d'uii attentat que l’amiral, tout protestant qu'il était, trouva si indigne d’un homme d'honneur.

Mais Oepcaüaiit ce grand homme d’Imnne ur qui eut tant d'horreur de l'entreprise d'Aruboise, ou parce qu’elle était manquée , ou parce que les mesures en étaient mal prises, ou parce qu’il trouxa mieux ses avantages dans la guerre ouverte, ne laissa pas, deux ans après, de se mettre à la tête des calvinistes rebelles. Alors tout le parti se déclara. Calvin ne résista plus, à cette fois ; et la rébellion fut le crime de tous ses disciples. Ceux que leurs histoires célèbrent comme les plus modérés disaient seulement qu'il ne fallait point commencer L Au reste, on se disait les uns aux autres que se laisser égorger comme des moutons sans se défendre, ce n'était pas le métier de gens de cœur. Maisquand on veut être gens de cœur de cette sorte , il faut renoncer à la qualité de réformateurs , et encore plus à celle de confesseurs de la foi et de martyrs : car ce >. n’est pas en vain que saint Paul a dit, après David : On nous regarde comme des brebis destinées à ta boucherie^ \ et Jésus-Qirist lui- même : Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups 7. Nous avons en main des lettres de Calvin , tirées de bon lieu, où, dans les commencements des troubles de France, il croit avoir assez fait d'écrire au baron des Adrets contre les pillages et les violences, contre les brise-images , et contre la déprédation des reli-

* CriL ibk). tett. Il , n. S. — * Brant. Pie de l'amiral de ChAtilton. — * Criiiq. ibkl. ». t , 4. — * Burn. tom. i , Pref.

La Poptin. tiv. viil. Bèze, t. ii , Uv. ?i , p. 6. — * Bvtn. VIII, 3s. — ^ Matth. X, IS.

* L’auteur de la Critique de l’Histoire du Cnlvinieme, du P. Maimbourq, que Bouuet a Ici eo var, était le faneux Bafle, sophiste adruU, qui , par son arlIQck-use dialectique, s'efforçait d’obscurelr les raJsunnenients les plus claire, et lie meltre en doute les faits Ire plus ceiialns. ( Bdit. de Per. utUUs.}

ma

quairca et des trésors des églises sans l'aulorilé pnbiiqtte. Se contenter, comme il fait, de dire à des soldats ainsi enrôlés : Se faiies point de violence t et contentez-vous de l'otre paye' y sans rien dire davantage, c'est parler de celle milice couime on fait d’une milice li^itiine; et c’est ainsi que saint Jeaii-Raptisle a décidé en faveur de ceux cjui |H>rlaicnt les armes sous l’autorité de leurs princes. La doctrine qui permettait de les prendre pour la cause de la religion fut depuis autorisée, non plus seulement par tous les miiii.slres en particulier, mais encore en commun dans les synodes; et il en fallut venir à cette décision pour engager à la guerre ceux des protestants qui, ébranlés par rancienne foi des chrétiens , et par la soumission tant de fois promise au commencement de la nouvelle réforme, ne croyaient pa.s qu'un chrétien dût soutenir la liberté de conscience autrement qu'en souffrant, selon l’Evangile, en toute patience et humilité. Le brave et sage La Noue, qui d'abord était dans ce sentiment, fut entraîné dans un sentiment et dans une pratique contraire par l’aiilorile des miuislres et des synodes. L'Eglise alors fut infaillible, et on céda aveuglément à son autorité, contre sa propre conscience.

Au reste, les décisions exprc.sses sur celle matière furent faites pour la plupart dans les synodes pn»vinciau.x : mais, pour n'avoir pas besoin de les y aller chercher, il nous sufüra de remarquer que ces décisions furent prévenue.s par le synode national de Lyon en lôC3, art. xxxviu de.s faits particuliers, où il est porté : « Qu'un ministre de I.imosin,

• qui autrement s'était bien porté, par menace des

• ennemis a écrit à la reine-mère qu’il n'avaît ja- « mais consenti au port des armes, jaçoit qu'il y

• ait consenti et contribué. Itemy qu'il promettait

• de ne point prêcher jusqu’à ce que le roi lui per- « mettrait. Depuis, connaissant sa faute, il en a ■ fait confession publique devant tout le peuple, et « un jour de cène , en la présence de tous les minis-

• très du pays et de tous les fidèles. On demande

• s’il peut rentrer dans sa cliarge.On est d'a\is que « cela .suffit; toutefois il écrira à celui qui l'a fait « tenter, pour lui faire reconnaître sa pénitence , et

• le priera-t-on qu’on le fasse ain.si entendre à la « reine : et là où il adviendrait que le scandale en il demeurât à son église , sera en la prudence du

• synode de Limosin de lechangerde lieu. »

C’csl un acte si clirétien et si héroïque dans b

nouvelle réforme, de faire la guerre à son souverain pour la religion, qu'oii fait un crime à un ministre de s’eu être re(>enti, et d’en avoir demandé pardon à la reine. Il faut faire réparation devant tout le peuple dans l'action la plus célèbre de la religion ,'cVstà-dire, dans la cène, des excuses re$|>ectueuse5 qu'on en a faites à la reine, et pousser l’insolence jusqu’à lui déclarer à ellc-nuhne qu’on désavoue ce respect, alin qu'elle sache que doréravant on ne veut garder aucunes mesures : encore ne sait-on pas, après celte réparation et désaveu, si on a été le

■ Lm'. iti, 14.

scandale que cette soumission avait causé parmi le |>euple réformé. Ainsi on ne peut nier que l’obéissance n’y fiU scandaleuse : un synode nation.nl le décide ainsi. Mais voici, dans rarlicle XLV III, une autre décision qui ne paraîtra pas moins étrange : « Un abb*, venu à la connaissance de « rEvanailc, a brûlé ses titres, et n’a pas permis « depuis six ansqu’oii ait chanté messe en l’abbaye. » Quelle réforme! Mai.s voici le comble de la louange : « Ains s'est toujours porté et a

« rODTH LES ARMES POl'A MAIISTEMU L’ÉVAN-

« oiLE. • C’est un saint abbé, qui, trcs-éloigné du papisme, et tout ensemble de la discipline de saint Bernard et de saint Benoit, n’a souffert dans son abbaye ni mes.se ni vêpres, quoi (|u’aient pu ordonner les fondateurs; et qui de plus, peu content de ces armes spirituelles tant célébrées par saint Paul , mais trop faibles |M>ur son courage, a généreusement porté les armes et tiré l’epce contre son prince pour la defense du nouvel Kvangile. // doit être reçu à la cène, y conclut tout le synode national ; et ce mystère de paix est la récompense de b guerre qu’il a faite «î sa patrie.

Otle tradition du parti s’est conservée dans les temps suivants; et le synode d'Alais, en IG20, remercie M. de Cluilillon, qui loi avait écrit avec protestation de couloir employer y a l’exempte de set prédécesseurs , tout ce qui était en lui pour Varanrenient du régne de Christ. C'élail le style. conjoncture des temps, et les affaires d’ A lais, expliquent rintention de ce seigneur; et on sait ce qu'entendaient par le règne de Christ l’amiral de ClnUillon et Daiulelot, se.s prédécesseurs.

Les ministres qui enseignaient cette doctrine crurent imposer au monde, en établissant dans leurs troupes cette belle discipline tant louée par M. de Thou. Elle dura bien environ trois mois : nu surplus, les soldats, bientôt emportés aux derniers excès, s’eo crurent assez excusés, pourvu qu’ils sussent crier : riceVÊrangile te\ le baron des Adrets connaissait bien le génie de cette milice, loisqu’au rapporld'un historien huguenot *, sur le reproche qu’on lui faisait que, l’avant quittée, on ne lui voyait plus rien entreprendre qui fût digne de ses premiers exploits, il s'en excusait , en disant qu'en ce temps il n'y avait rien qu'il ne pût oser avec des troupes soudoyées de vengeance y de jxission et d’honneur y h qui même il avait d/é/otf / Vespoir du pardon par les cruautés où U les avait engagées. Si nous en croyons les ministres, nos réfornuîs sont encore dans les mêmes dispositions; et celui de tous qui écrit le plus, l'auteur des nouveaux systèmes , et rinterprete des pro phélies, vient encore d'imprimer que « la fureur où

• sont aujourd’hui ceux à qui on fait violence, et « la n\GE qu'ils ont d'être forcés, fortifie l’amour

• et l'attache qu'ils avaient pour la vérité *. • Voilà , selon les ministres , l’esprit qui anime ces nouveaux martyrs.

Il ne sert do rien à nos réformés de s'excuser des

• D'.tub. t. I, lib. m, chap. 0, p. 155, l.sa. — * Jurieu , Atxomphs*. dn pmph. Arts à luus les Chrvt.y n U de «-1 ou> rayp , vers U THidea.

DES VARIATIONS. LIV. X

guerres civiles sur rcxemple tics catholiques sous lleiiri 111 et Henri IV, puisque, outre qu‘il ne con* vient pas à eetle Jénisateni de sc défendre por l'au* lorilé de Tyr cl de Babylone, iis savent bien que le parti des catholiques qui détestait ces excès, et demeura fidcle à ses rois, fut toujours grand; au lieu que dans le parti hiigueiiut on peut à peine compter deux ou trois hommes de marque qui aient persévéré dans l'obéissance.

On fait encore ici de nouveaux efforts pour montrer que ces guerres furent purement politiques, et non point de religion. Ces vains discours ne méritent pas d'étre réfutés, puisque, pour voir le dessein de toutes ces guerres, U n'y a seulement qu'à lire les traités de paix et les édits de paciücation, dont le fond était toujours la liberté de conscience , et quelques autres privilèges pour les prétendus réformés : mais puisqu'on s’attache en ce temps plus que Jamais a obscurcir les faits les plus avérés, il est de mon devoir d'en dire un mot.

M. Burnet, qui a pris en main la défense de la conjuration d’Amboise*, vient encore sur les rangs pour soutenir les guerres civiles : mais d'une manière à nous faire voir qu'il n'a vu notre histoire, non plus que nos lois , que dans les écrits des plus ignorants et des plus etnportés des protestants. Je lui pardonne d’avoir pria ce triumvirat si fameux sous Ctvarles IX, pour l'union du roi de Navarre avec le cardinal de Lorraine; au lieu que très-constamment c'était celle, du duc de Guise, du connétable de Montmorency, et du maréchal de Saint- André : et je ne prendrais pas seulement la peine de relever ces bévues, ii'était qu'elles convainquent celui qui y tombe de n'avoir pas seulement ouvert h*s bons livres. C'est une chose moins supportable d’avoir pris, comme il a fait, le désordre de Vassi pour une entreprise préméditée par le duc de Guise dans le dessein de détruire les édits; encore que M. de Thou, dont il ne peut refuser le témoignage, et. h la réserve de Beze trop passionné pour être cru dans cette occasion . les auteurs même protestants disent le contraire*. Mais de dire que la régence ait été donnée à Antoine, roi de Navarre; de raisonner, comme il fait, sur l'autorité du régent, et d'assurer que ce prince ayant outrepassé son pouvoir dans la révocation des édits, le peuple pouvait se joindre au premier prince du sang apres lui , c'est-à-dire, au prince de Condé;dc continuer ces vains propos, en disant qu’après la mort du roi de Navarre la régence était dévolue an prince son frère, et que le fondement des guerres civiles fut le refus qu’on fit à ce prince r/'«n honneur qui lui élail üûi c'est, à parler nettement , pour un homme si décisif, niéler ensemble trop de passion avec trop d’ignorance de nos affaires.

Car premièrement il est constant que sons Charles IX la régence fut déférée h Catherine de Medids , du commun consentement de tout le royaume, et même du roi de Navarre. Les jurisconsultes de M. Burnet, qui.nion/cêrenf, à ce qu'il prétend,

• il. l^rt. Uv. III, p. Ole. — * Thnan h’4. xxix, p. 77 et *eq. Pifpliii. lir. Vil , p. in-1 , Ml. lUMMIT. ~ îü‘4P I».

lOl

tfi régence ne pourmf et ce conpre o une femme , ignoraient une coutume constante éiahiie par nlusieurs exemples dès le temps de la reine Ulanriie ei de saint Uniis'.Ces mêmes jurisconsultes, au rapport de M. Burnet, osèrent bien dire qu'«n roi de France nacait jamais été estimé majeur avant l'àge de vingUieux ans, contre l'expresse dis|K>sition de rorduimance de Ourles V en 1374, quia toujours tenu lieu de loi dans tout le royaume sans aucune conlrailiclion. Nous alléguer ces jurisconsultes*, et faire un droit de ta France de leurs ignorantes et iniques décisions, c’est prendre pour loi du royaume les prétextes des relielles.

Aussi le prince de Condé n'a-t-il jamais prétendu à la régence, non pas même après la mort du roi son frere; cl loin d'avoir révoqué en doute l'autorite de la reine Catherine , au contraire quand il prit les armes il ne sc fondait que sur des ordres secrets qu’il prétendait on avoir reçus. Mais ce qui aura trompé M. Burnet, c’est peut-être qu’il aura ouï dire que ceux qui s’unirent avec le prince de Condé pour la défense du roi, qu'ils prétendaient prisonnier entre les mains de ceux de Guise, donnèrent nu prince le titre de protecteur et défenseur légitime du roi et du royaume ^ Un Anglais, ébloui du titre de protecteur, s’est imaginé voir dans ce titre, selon l'usage de son pays, rautorité d’un régent. I,e prince n’y songe;^ jamais, puisque même son frère aîné le roi de Navarre vivait encore; au contraire, on ne lui donne ce vain litre de protecteur et défenseur du royaune, qui en France ne signifie rien, qu'à cause qu'on voyait bien qu’on n'avait aucun titre légitime à lui donner.

Laissons donc M. Burnet, un étranger qui décide de notre droit sans en avoir seulement la première connaissance. Les Français le prennent autrement, et se fondent sur quelques lettres de la reine, • qui

• priait le prince do vouloir bien conserver la mère

• et les enfants, et tout le royaume, contre ceux qui « voulaient tout perdre*. » Mais deux raisons convaincantes ne laissent aucune ressource à ce vain prétexte. La première < c'est que la reine, qui faisait en secret au prince celte exhortation . n'en avait pas le pouvoir; puisqu’on est d'accord que la régence lui avait été déférée à condition de ne rien faire de conséquence que dans le conseil, avec la participation et de l’avis du roi de Navarre , comme premier prince du sang et lieutenant général établi du consentement des états dans toutes les proviure.s et dans toutes les armées, durant la minorité^. Comme donc le roi de Navarre reconnut qu'elle perdait tout par le désir inquiet qui la tourmentait de conserver son autorité, et qn’clle se tournait entièrement vers le prince et les huguenots, la juste crainte qu'il eut qu'ils ne devinssent les maîtres, et qu’à la fin la reine même, par un coup de désespoir. ne se mît entre leurs mains avec te roi. lui fit rompre toutes les mesures de cette princesse .

' royt2 iu PopUn. Uv. vi , p. I&.X , t&O. — ’ Ibid. p. sifi. — * Tbtta/i. Ub. XXIX, I&62. La Poplitt. U^v. Tlil. — ‘ Cri. tiq. du P. Maimb. Irtt. \\l, n. p. THuoh. Ub. \xn . «irt- IMJÎ p. 7*.i, M. — * Tfiitun. Ub. XXVI , p. 7>*7, r-fc.

I.es autres princes du sang lui t'inicnt unis, nnssi hion <]uc les principaux du royaume et le parlement. T.c duo de Guise ne Ht rien ipie par les ordres de ee roi ; et la reine connut si hicn qu'elle passait son pouvoir dans ce qu'elle demandait an prince , qu’elle n’osa jamais user envers lui d'autres paroles que de celles d’invitation : de sorte que ces lettres tant vantées ne sont à vrai dire que des inquiétudes de Catherine, et non pas des ordres légitimes de la régente; d'autant plus, et c’est la seconde démonstration, que la reine n’écoulait le prinre que pour un moment * , et par la vaine terreur qu’elle avait conçue d'étre dépouillée de son autorité : en sorte qu’on croyait bien, dit M. de Thou, qu’elle reviendrait de ce dessein aussitôt qu'elle se serait rassurée.

Fn effet, la suite fait voir qu’elle rentra de bonne fui dans les desseins du roi de Navarre; et depuis elle ne cessa de négocier avec le prince pour le rappeler à son devoir. Ainsi ces lettres de la reine , et tout ce qui s'en ensuivit , n’est réputé par les historiens qu’un vain prétexte. Bèze même fait assez voir que tout roulait sur la religion, sur les édits violés, et soi le prétendu meurtre de Vassi •. Le prince ne se remua, ni ne manda l’amiral pour prendre les armes, que * requis et plus que supplié « par ceux de la religion, de les prendre en sa « protection , sur le nom et autorité du roi et de ses

• édits »

Ce fut dans une assemblée où étalât les princlpmix de l’ Eglise que la question fut proposée, si on pouvait en conscience faire justice du duc de Guise, et cela sans graml échec y car c’est ainsi que le cas fut pro|K>sé; et là il fut répondu

• qu’il valait mieux souffrir ce qu’il plairait a Dieu , « SC mettant seulement sur la défensive, si la né- •• cessité amenait les Églises à ce point. Mais que, ■ quoi qu’il fdt, il ne fallait les premiers dégainer

• l'épéc^. « Voila donc un point résolu dans la nouvelle réforme, que l’on pouvait sans scrupule faire la guerre à la puissance légitime, du moins en se défendant. Or on prenait pour attaque la révocation des édits : de sorte que la réforme établit pour une doctrine constante qu’elle pouvait combattre pour la liberté de conscience, au préjudice non-seulement de la foi et de la pralifiuc des apôtres , mais encore de la solennelle prolcstatiort que Uêze venait de faire, en demandant Justice au roi do Navarre; « que c’était à l’Église de Dieu d’endurer <• les coups, et non pas d’en donner ; mais qu’il « fallait se souvenir que cette enclume avait usé « beaucoup demartcaux » Cette parole, tant louée dans le parti , ne fut qu’une illusion ; puisqu’cnün , contre la nature, l’enclume se mit à frapper, et que lassée de porter les coups elle en donna à son tour. Bèze, qui se glorifie de c^tle sentence^, fait lui-méme, en un autre endroit, cette déclaration importante « devant toute la chrétienté, qu’il avait

• averti de leur devoir, tant M. le prince deCon-

• dé que M. l’amiral, et tous autres seigneurs et

• gens de toute qualité faisant profession de l’É-

* Tkuun. lib. xvvi, p, 70.— * Li». VI.— * lliâ. p. i. —

• VI, p. 0. — » Ihht p, 3- — • Ibid. p. ow

« VA50ILK , i>our les induire a maintenir, par toits ■ MOYENS A Fxx possiRLES, i'aiitorité des édits

• du roi et rinnoc.eiice des pauvres oppressés; et O depuis il a toujours continué en cette même vo- « lonlé, exhortant toutefois un chacun d’user des « armes à ia plus grande modestie qu'il est possi-

• ble, et de chercher, après l’honneur de Dieu.

• la paix en toutes ciioses, pourvu qu’on ne

« laisse tromper ni décevoir. » Quelle erreur, en autorisant la guerre civile , de croire en être quille en recommandant la modestie à un peuple armé ! Kt pour la paix, ne voyait-il pas que la sdretc qu’il y demandait donnerait toujours des prétextes ou de l’eloigner, ou de la rompre? Cependant il fut par ses sermons, comme il le confesse, un des principaux instigateurs de la guerre : un des fruits de son évangile fut d’apprendre à des sujets et à des offleiers de la couronne ce nouveau devoir. Tous les ministres entrèrent dans ses sentiments : et il raconte lui-méine que, lorsqu’on parla de paix , les ministres s'y opposèrent tellement, que le prince, résolu de la conclure, fut obligé de les exclure tous de la délibération ' ; car ils voulaient empêcher qu’on ne souffrit dans le parti la moindre exception à l’édit qui lui était le plus favorable ; cVtail celui de janvier. Mais le prinre, qui pour le bien de la paix avait consenti à quelques modifications assez légères, « les fil lire devant la no- «• blesse, ne voulant qu’autre en dit son avis, que « les gentilshommes portants armes, comme il « dit tout haut en l’assemblée : de sorte que les B ministres no furent depuis ouïs, ni admis pour « en donner leur avis ^ > Par ce moyen la paix se fit, et toutes les clauses du nouvel édit font voir qu’il ne s’agissait que de la religion dans cette guerre. On voit même qu’il n’edl pas tenu aux nnnistres qu’on ne l'edt continuée, pour obtenir les conditions plus avantageuses qu’ils proposèrent par un long écrit, où ils ajoutaient beaucoup, mémo à l’édit de janvier; et ils en firent, comme dit Bèze^, la déclaration, « afin que la postérité fût " avertie comme ils se sont portés dans cette af-

• faire. » C’est donc un témoignage éternel que les ministres approuvaient la guerre, et voulaient même, plus que les princes et les gens armés, qu’on la poursuivit sur le seul motif de la religion , qu'on en veut maintenant exclure : et voilà, du consentement de tous les auteurs catholiques et protestants, le fondement des premières guerres.

I.es outres guerres sont destituées môme des plus vains prétextes, puisque la reine concourait alors avec toutes les puissances de l’État; et on n'allègue pour toute excuse que des mécontentements et des contraventions : toutes choses qui , après tout, n’ont aucun poids qu'en présupposant cette erreur, que des sujets ont droit de prendre les armes contre leur roi pour la religion , encore que la religion ne prescrive que d’endurer etd’obeir.

Je laisse maintenant à examiner aux calvini.stes .s’il y a la moindre apparence dans le discours de

. ■ f.iv VI, p. 780 ft SHtv. — > Lfv. VI, p. S83. — * ibidt

DES VARIATIONS, LIV. X

M. Jurleii , lors<]u'il dit que c'est ici une querelle uù la rrliijiott s'est troui fe purement par accident, et pour servir de prétexte ' ; puisqu'il parait au contraire que la religion en était le fond , et : que la réformation du gouvernement n'était que le vain prétexte dont on tücliait de couvrir la honte d'avoir entrepris une guerre de religion, après avoir tant protesté qu’on n'avait que de l'horreur pour de tels complots.

Mois voici bien une autre excuse que cet habile ministre prépare b son parti dans la conjuration d'Amboise, lorsqu'il répond qu'en tout cas elle n’est criminelle que selon les régies de t lCrangile Ce n'est donc rien , b des réformateurs qui ne nous vantent que l’Evangile , de former un complot que l’Evangile condamne; et ils se consoleront pourvu qu’ils n’en combattent que les régies saintes? Mais la suite des paroles de M. Jurieu fera bien voir qu’il ne se connaît pas mieux en morale qu’en christianisme, puisqu’il a osé écrire ces mots : • fj

• tyrannie des princes de Guise ne pouvait être

• abattue que par une grande effusion de sang :

• l’esprit du christianisme ne souffre point cela ;

« mais si l’on juge de cette entreprise par les rè-

• gles de la morale du monde, elle n'est point du . tout criminelle*. ■ C’était pourtant selon les règles de la morale du monde, que l’amiral trouvait la conjuration si honteuse et si détestable ; c'était comme homme d'honneur, et non pas seulement comme chrétien , qu'il en conçut tant d'horreur ; et la corruption du monde n'est pas encore allée assez loin pour trouver de l'innocence dans des attentats où l'on a vu toutes les lois divines et humaines également renversées.

Le ministre ne réussit pas mieux dans son dessein, lorsqu’au lieu dejustillerses prétendus réformés de leurs révoltes, il s’attache b faire voir la corruption de la cour contre laquelle ils se révoltent ; comme si des réformateurs eussent dd ignorer ce préi^pte apostolique ; Obéissez à vos maîtres, même fàc/ieiLT >!

Ses longues récriminations, dont il remplit un volume, ne valent pas mieux; puisqu’il s’agit toujours de savoir si ceux qu’on nous vante comme réformateurs du genre humain en ont diminué ou augmenté les maux, et s’il les faut regarder ou comme des réformateurs qui les corrigent, ou plutdt comme des fléaux envoyés de Dieu pour les punir.

On pourrait ici traiter la question s’il e.st vrai que la réforme, comme Ile s’en glorifle, n’a jamais songé b s’établir par la force * : mais le doute est aisé b résoudre par tous les faits qu’on a vus. Tant que la réforme fut faible , il est vrai qu’elle parut toujours soumise , et donna même pour un fondement de sa religion qu’elle ne se croyait pas permis non-seulement d’employer la force, mais encore de la repousser. Mais on découvrit bientôt que c’était Ib de ces modesties que la crainte ins-

* Apolog. pour la rCform. I. part. cé. x , p. SOI . — * Ibid, eh ru , p. VM. — V i6«/. — MI. Pc/, n, 18. — t*Crit..l.t, tôt. sm. H. I,p. met seq. tel. XV>, n. O.p. 3fs, rte.

ldi

pire, et un feu couvert sous la cendre ; car aussitôt <|ue la nouvelle réforme put se rendre la plus forte dans quelque royaume, elle y voulut régner seule Premièrement, les évêques et les prêtres n'y furent plus en sdreté : secondement, les bons catholiques furent proscrits , bannis , privés de leurs biens, et. en quelques endroits de la vie, par les lois publiques; comme, par exemple, en .Suède, quoiqu'on ait voulu dire le contraire ; mais le fait n'en est pas moins constant. Voilà où en sont venus ceux qui d'abord criaient tant contre la force; et il n'y avait qu'à considérer l’aigreur, l’amertume, et la fierté répandue dans les premiers livres et dans les premiers sermons de ces réformés; leurs invectit es sanglantes ; les calomnies dont ils noircissaient notre doctrine; les sacrilèges, les impiétés, les idolâtries qu’ils ne cessaient de nous reprocher; la haine qu’ils inspiraient contre nous; les pillcries qui furent l'effet de leurs premiers prêches; l'aigreur et la violence qui |>arut dans leurs placards séditieux contre la messe ' , pour juger de ce qu’on devait attendre de semblables commencements.

Mais plusieurs sages, dit-on, iinprouvèrent ces placards ; tant pis pour le parti protestant, où l’emportement était si extrême, que ce qu’il y restait de sages ne le pouvaient réprimer. Les placards furent répandus dans tout Paris , attachés et semés dans tous les carrefours, attachés jusqu'à la porte de la chambre du roi’ ; et les sages , qui l’improuvaient, ne prenaient aucun moyen eflicacc pour l'empêcher. Lorsque ce prétendu martyr Anne du Bourg eut déclaré d’un ton de prophète, au président Minant qu’il récusait, que, malgré le refus qu’il fit de s'abstenir de la connaissance de ce procès, il ne serait point de ses juges*, les protestants surent bien accomplir sa prophétie, et le président fut massacré sur le soir, en rentrant dans sa maison. On sut depuis que Le Maistre et Saint-André, trèsopposés au nouvel évangile, auraient eu le même sort, s’ils étaient venus au palais : tant il était dangereux d’offenser la réforme, quoique faible ; et nous apprenons de Bèze même que Stuart , parent de la reine , homme d'exécution , et très-zélé protestant, visitait souvent en la Conciergerie det prisonniers pour le fait de la religion *. On ne put pas le convaincre d’avoir fait le coup; mais toujours voit'On le canal par où l’ou pouvait communiquer : et quoi qu’il en soit, ni le parti ne manquait de gens de main, ni on ne peut accuser de ce complot que ceux qui s'intéressaient pour Anne du Bourg. Il est aisé de prophétiser, quand on a de tels anges pour exécuteurs. L’assurance d’Anne du Bourg à marquer si précisément l’avenir fait assez voir le bon avis qu’il avait reçu; et ce que dit l’histoire de M. de Thou, pour nous en faire un devin plutôt qu’un complice d'un tel crime, ressent bien une addition de Genève. Il ne faut donc pas s'étonner qu’un parti qui nourrissait de tels esprits se soit déclaré aussitôt qu’il a trouve

* Jtéza, tiv. I, p. la. — * tbij.—s Thuaa. titi. xxni.a» IS.10, p. 600. tlize , liv.t. Lti Poptia. tiv. V, p. 141. - */jr. ut, p. Î4«,h«. It'ûO.

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UÎSTOIRR

»l. s n'L'nrs : et < :Vsl .î (pioi nous nvons vu

•|u’on ne nKini|iin pns.

Un iiimvrüii üi-fftispur di* la Kfornicpsl pmnailô, par lesimi'iirs peu eiinstes et par toute la ronduile du prince de Coude, (pi'il y avait ptm d'ambition ffue de rrfhj’nm dtniR $nn /ait ‘ , et il avoue <)ue la relijjinn ne lui scrv't qu’a trouver des instruments de vcnqeance'. l’ar là il rroit lüul réduire à la politique, et excuser &> reliuiun r .sans songer (|iie c'est cela im'me qu'on lui reproche , qu'une rcligion, qui w disait réformée, ait été im inslriinient si ()rompl de la vengeanee d'un prince ambitiein. CV-st cc|M‘iidant le crime de tout le parti. Mais que nous dit cet auteur du pilla;tc des cotises et des sacristies , et du Inisement des images et di\sautels? il croit satisfaire à tout, eu disant que ni par prières y ni par remonli'anres^ ni même pur c/ai fi ment f h prince ne pularrê/rr ces dé.sordres Ce n'est pas la une excuse; c'est la comjelion de la \iidenee qui ré^'iiaît d.ms le parti , dont tes cliefs ne pouvaient contenir la fureur. Mais j'ai bien peur (jii'ils n'aient a.^i dans le même esprit que (iramner et les autres réformateurs de l’APijîleterrc, qui, dans les pla:tile.s 4|u'on f.iisait eonlre les briseurs d’imat;es, « encore qu’ils fussent d’iumicur à don* « ner de.s bornes au zèle du peuple, ne voulaient

• point qu'on s'y prît d'une manière à lui faire per*

• <lre cœur *. • Ues rlicfs de nos calvinistes n'en usèrent pas d'une atilrc sorte ; et encore que par honneur ils bl:*iinassent ces empoités, nous ne \ oyons pas (pi'on en fît aucune Justice. On n'a qu'à lire riiistoire de Reze, pour y voir nos réformés toujours prêts au moindre bruit à prendre les armes, à rompre les prisons, à occuper les églises; et jamais on ne \ii rien de si remuant. (Jiii ne sait les violences que h rrine de Navarre exerça sur les prêtres et sur Ic.s religieux? On montre en* «ore les tours d'où on préeipitnit les catholiques, et les ahimes où on les jetait. Ue puibs de l'eurlié où un les noyait dans Nîmes, et les cruels inslru* menu dont oti se servait pour les faire aller nu préclie , ne sont pas moins connus de tout le monde. On a encore les informations et les jugements, où il paraît que ecs sanglantes exécutions se faisaient par délilvération du conseil des protestants. On a en original lesoidres des géniT.iux , et ceux des villes, à la requête des consistoires, pour contraindre les papistes à embrasser la réforme , j>ar taxes ^ ;xir logements y par démniition de maisons y et par dèeonrcrle des toits. Oux qui s'absentaient , pour éviter ce# violences, étaient dépouilles de leurs biens : les regislre.s des hôtels de ville de Mmes, de .Moiilauban, d'Alai.s, de Montpellier, cl des autres villes du parti, sont pleins de telles ordonnances; et je n'eu parlerai» pas, sans le.s plaintes dont nos fugitifs remplissent toute riUirope. Voilà ceux qui nous vantent leur douceur : il n'y avait qu'à les laisser faire, à eau.se qu'ils appliquaient à tout

I Kerilure sainte, et qu’ils chantaient mélodieuse- |

» Critiq.t.Xshi. Il, n. .1, p. 45 pI «“«l. — * tfU. Xviii,

P i IbiH. frU. \\n , «.». — * lit. /à . I

P la.

ment des psaumes rimé». Ils trouvèrent bientôt les moyens de se niellre à eouvert des martyres, à l'exemple de leurs docteurs, qui furent toujours en sdreté, pendant qu'ils animaient les autres; et I.uther et Melanehlon , et Rueer et Zuingic, et (Calvin et (M'k'oiampade, et tous les autres, se Urent bientôt de .xdrs asiles : et parmi ces eliefs des réformateurs je ne connais point de martyrs, même faux, si ce n'est peut-être un Crnnmer, que nous nvons vu, après avoir deux fols renié sa foi, ne se résoudre à mourir en la professant, que lors<|u'il vit son abjuration inutile à lui sauver la vie.

Maisàquni Iwn, dira t*on , rapjielcr ces choses, afin qu'un ministre fôcheiix vous vienne dire que VOU.S ne voulez par là qu’aigrir les esprits , et accabler drs inatlicureux ? Il ne faut point que de (elles craintes m’empêchent de raconter ce qui est si visiblement de mon sujet : et tout ce que les protestants é({iiitables |>euvent exiger de moi dans une histoire , c'est que, sans m'en ra)iporter à leurs adversaires, j écoute aussi leurs auteurs. Je fai» plus : et, non content de les écouter, je prends droit, pour ainsi parler, par leur témoignage. Que nos frères ouvrent donc les yeux; qu'ils 1rs jettent sur l'ancienne fvglise, qui. durant tant de .siècles d'une (lersccutioii si (Tiirlle, ne s'est jamais éeliappéc , ni un seul moment, ni dans un seul lioimne , et qu’on a vue aussi soumi.ve .sous Dioclétien, et même sous Julien l'Apostat , lorsqu'elle remplissait déjà toute la terre , que sousNéron etsous Domitien, lorsqu'elle ne faisait que de naître : c'est là qu’on voit véritablement le doigt de Dieu. Mais il n'y a rien de semblable lorsqu'on se soulevé aussitôt qu'on peut, et que les guerres durent beaucoup plus que la patience. I.'expérience nous fait assez voir, dans tous les partis, que i'entêloment et la prévention peuvent imiter la force, du moins durant quelque temps; et on n'a point dans le coeur les maximes de la douceur chrétienne, quand on les cliange sitôt , non-seulement eu des pratique» , mais encore en des maximes contraires, avec délibération, et par des décisions expresses , comme on a vu qu’ont fait nos prote.s(ants. C'est donc ici une véritable variation dans leur doctrine , et un effet de la perpétuelle instabilité, qui doit faire considérer leur réforme comme un ouvrage de la nature de ceux qui, n'nyaiitrien que d'humain, doivent être dissipés, selon la maxime de GamalicI

I.'n».sassinnt de François, dur de Guise, ne doit pas être oublié dans cette hi.stoire, puisque l'auteur do ce meurtre mêla sa religion dans son crime. C'est Bèze qui nous représente Poltrot comme ému d'un secrel mouvement * y lorsqu'il se détermina à ce coup iufame; et, afin de nous faire entendre que ce serre/ était de Dieu, il nous dépeint

encore le même Poltrot tout jirêt à exécuter ce noir de.ssein , « priant Dieu très-ardemment qu'il « lui fit lu grôccde lui changer son vouloir, si ce qu'il « voulait faire lui était dcsagrcahie; ou bien qu'il a lui donnât constance, et assez de force pour tuer • ce tyran , et par ce moyen délivrer Orléans de

‘ j4tt. V, 3S. — > Lie. \up. ‘tCl.

DES VARIATIONS, UV. X.

« destruction , et tout le royaume d’une si malheu- « rcuse tyrannie Sur cela, et dèslesoirdu meme « jour, poursuit Rèze il fit son coup; • ce fut dans net enthousiasme, et comme en sortant de celle ardente prière. Aussitôt que nos réformés bureut la chose accomplie, « ils en rendirent grô* « CCS à Dieu solennellement avec grandes réjouis-

• sances • Le duc de Guise avait toujours été l’objet de leur liaiiie. Dès qu'ils se sentirent de la force, on a vu qu'ils conjurèrent sa perte, et que ce fut de l'avis de leurs docteurs. Après le désordre de Vassi, encore qu'il filt constant qu’il avait fait tous ses efforts pour l'apaiser * , le parti se souleva contre lui avec d’effroyables clameurs; et liè/e, qui en porta les plaintes à fa cour, confesse» avoir f infinies fois désiré et prie Dieu, ou qu'il chan-

• gedt le coeur du seigneur de Guise (ce que toute- « fuis il n'a jamais pu espérer), ou qu'il en délivrât

• le royaume : de quoi ü appelle à témoin tous

• ceux qui ont ouï ses prédications et prières^. * C’était donc dans ses prédications et en public qu'il faisait in^nies foi* ces prières séditieuses ; à la manière de celles de Luther, par les(|uelles nous avons vu qu'il savait si bien aniiner le monde, et susciter des exécuteurs à ses prophéties. Par de sernblabh s prières on représentait le duc de Guise comme un persécuteur endurci , dont il fallait désirer que Dieu délivrât le monde par quelque coup extraordinaire. Ce que Bèzedit pour s’excuser, qu'i/ ne nommait pas oe seigneur de Onlse en public est trop grossier. Qu'importe de nommer un homme, quand on sait et le désigner par ses caractères, et s'expliquer on particulier à ceux qui n'auraient pas assez entendu? Ces manières mystérieuses de se faire entendre dans les prédications et le service divin sont plus propres à irriter les esprits, que des déclarations plus expresses. Bèze u'était pas le seul <{ui se déch.iinât contre le duc : tous les ministres tenaient le même langage. 11 ne faut donc pas s'étonner <{ue parmi tant de gens d’exécution , dont le parti était plein , il se soit trouve des hommes qui crussent rendre service à Dieu , en défaisant la réforme d'un tel ennemi. L’entreprise d'Atnboisc, plus noire encore, avait bien été approuvée par les docteurs et par Rèze. Celle-d, dans la conjoncture du siège d'Orléans, où le soutien du parti allait succomber avec celle ville sous le duc de Guise, était Lieu d'une autre importance; et Poltrot croyait plus faire pour sa religion que I.a Reiiaudie. Aussi s'expliqua-t il hautement de son dessein , comme d'une chose qui devait être bien reçue. Encore qu'il fût connu dans le p.arti comme un homme qui se dévouait à tuer leduc de Guise, quoi qu'il lui en pût coûter, ni les chefs, ni les soldats, ni même les pasteurs, ne rendétournèrent. Cruiraqui voudra ce que dit Hèze,quec'est qu'on prit ces paroles pour des propos d'un hom me èventéT, qui n'aurait pas publié son dessein s'il avait voulu l'exéculer. Mais d’Aubigné, plus sincère, demeure d'ac. cord qu'on espérait dans le parti qu'il ferait le coup;

• l iv. VI , p. 268. — * Ifii'i. 2'^a. — * Ibid. 290- — ‘ Thunn^ /i6. X!UX , P- 77 , 7«. — * Uv. VI, p. JW. — * Ibid. — ’ ibul. 9. ^

ce qu’il dit titoir appris ni htm lit u*. \ussi estil bien certain que Poltrol ne pas.sait puint pour un étourdi ; .Soubise, dont il riait le domestique, et l’amiral le regardaient comme un homme de service, et remplov.iienl dans des affaires de conséquence » ; et la manière dont il s'expliquait faisait plutôt voir un homme déterminé à tout , qu'un homme êiicnfé et léger. « Il se présenta de s.ing-froid «(ce sont les paroles de Rèze à M. de .Soubise, un (les chefs du parti, « pour lui dire qu’il avait résolu en son esprit de déli-

- vrer la Franccdelant de misères, en tuant leduedo

« Oujse;cequ’iloscraitbienentrppren(lre,

• PRiXQiKCEFl'T.» Uarejion.sequeluilit.Souhiseré'éiaitgiièrepropreà lernlentirrcaril luidit seulement fpi'ilfltson devoir accoiditmé; et pour ce (ju’il lui avait pro|K)sé, que Dieu y saurait bien pourvoir par autre.s moyens. Un discours si faible, dans iineartiun dont il ne fallait parler qu’avec horreur , devait faire sentira Poltrot, dans l'esprit de Soubise, ou In crainte d’un mauvais succès, ou le dessein de s'en disculper, plutôt qu'une condamnation de reiilrpprise ni elleinéme. Les autres chefs lui parlaient avec la méina froideur : on sc contentait de lui dire yuit fal/uit bien prendre garde aujccocationsejiraovdinairesi. C’était, au lieu de le détourner, lui faire sentir dans sondesseinquelque chose d’inspiré et de céleste; et, comme dit d’Aubigné dans .son style vif, tes remontrances qu OH fui/utsail sentaient te refus, et donnaînit te courage. Aussi s’cnfonçait-il de plus en plus dans cette noire pensée il en parlait à tout le monde; et, continue Bèze, il avait tellement cela dans sonentendement, que c'étaient ses propos ordinaires. Durant le siège de Rouen, où le rot de Navarre fut tué; comme on parlait de celte mort, Poltrot, en tirant du fond de son sein un grand soupir : « Ali! dit-il, ce ii'cst pas assez, il faut encore

• immoler une plus grande vUrtime*! •Lorsqu’on lui demanda quelle elle était: <* CVst, ré|>ondit-il , le

• grand Gui.se; • et en meme temps levant le bras droit ; ■ Voilà le bras, s’écria-l-il , qui fera le coup,

• et mettra fin à nosmaiix ! » Cequ'il répétait souvent, et toujours avec la meme force. Tous ces discours sont d’un homme résolu, qui iiesecaclæ pas, parce qu’il croit faire uneacliunappruuvée. .MaLseequinnus découvre mieux la disposition de tout le parti , c'c>t celle de l'amiral , ({u'oti y donnait à tout le monde comme un modèlede vertu et la gloire de la réforme. Jeiie veux pasici parler de la déposition de Poltrot, qui l’accusa de l'avoir induitavccRèzeà ce dessein. Laissons à partie diseoursd'un témoin qui a trop varié pour en être tout ü fait cru sur sa parole : maison ne }K‘ut pas révoquer en doute les faits avoui'.s par Bè/.u dans son hi.stoire‘>, et encore moins ceux qui sont compris dans la déclaration que l’amiral et lui envoyèrent ensemble à la reine, sur ruceiisation de russassitn. Par là donc il demeure pour constant que Soubise envoya Poltrot avi'cun paquet ùl’amiral , lorsqu'il était encoreaupres d’ürléans pour Uelu r

• ir.lttb. 1. 1, //e. «î, cA. XVII, p. 176. — * IPzf, Ihltl.,

2(W , 21»:» , 21*7. — ^ Jit2C, Ibill., 2U7, 2iiH. ' Ü .lub. L\, p. 176. — ^ Thu>i». 06. !^\xtll, p. *H)7. — • Ibid. p. 21*1 ,

— > Ibul. p. 2Ut , 29j cl SCi|

HISXOIRK

tor.

flü le secourir : que ce fui do concert avec l'amiral que Poltrot alla dans le camp du duc de Guise*, lit semblant de se rendre à lui comme un homme qui était las de faire la ^erre au roi : que l'amiral, qui d'nillrtirs ne pouvait pas ignorer un dessein que Poltrot avait rendu public, sut de Poltrot même <Itril y persistait encore, puisqu’il avoueque Poltrot, rn partant pour faire le coup , s’avança jusqu'à lui dire qu'il serait aisé de tuer le seigneur de Cuise * : que l'amiral ne dit pas un mot pour le détourner, et qu'au contraire , encore qu'il sût son dessein , il lui donna vingt écus à une fois , et cent écus à une autre, pour se bien monter secours considérable |M)ur le temps, et absolument m^essaire pour lui laciÜter tout ensemble et son entreprise et sa fuite. Il n'y a rien de plus vain que ce que dit l’amiral pour s'en excuser : il dit que lorsque Poltrot leur parla de tuer le duc de Guise, lui amiral n’ouvrU jamais la bouche pour nnciter à Cenlreprendre. il n'avait pas besoin d'inciter un homme dont la résolution était si bien prise ; et afin qu'il accomplit Hon dessein, il ne fallait, comme fit l’amiral, que l'envoyer dans le lieu où il pouvait l'exécuter. L’amiral , non content de l’y envoyer , lui donne de l'argent pour y vivre , et se préparer tous les secours iiéressaires dans un tel de.ssein , jusqu'à celui de se monter avec avantage. Ce que l’amiral ajoute, qu'il n'envoyait Poltrot dans le camp de l'ennemi, que pour en avoir des nouvelles , n’esl visiblement que la couverture d'un dessein qu'on ne voulait pas avouer. Pour rargent, il n’y a rien de plus faible que ce que répond l’amiral, qu'il le donna à Poltrot, lui faire mention de tuer ou ne tuer pas te seigneur de Cuise *. Mais la raison qu’il apporte, pour se justifier de ne l'avoir pas détourné d’un si noir dessein, découvre lefonddeson cœur. Il reconnaît donc que

• devant ces derniers tumultes il en a su qui étaient « délibérés de tuer le seigneur de Guise; que loin « de les avoir induits à ce dessein , ou de l'avoir

• approuvé , il les en a détournés, « et qu'il en a même averti madame de Ciuise : que ^depuis le/ait de f'assl, il a poursuivi ce duc comme un ennemi public; •• mais qu'il ne se trouvera psqu'il ait ap- > PROUVÉ qu'on attentât sur sa personne, jusqu'à

• ce qu'il ait été averti que le duc avait attiré cer*

• laines personnes pour tuer M. le prince de Condé

• et lui. • II s'ensuit donc qu’après cet avis, sur lequel on ne doit pas croire un ennemi à sa parole , a a approuvé qu’on entreprît sur la vie du duc; mais depuis ce temps il confesse que quand il a

• ouï dire à quelqu'un que s'il pouvait il tuerait le « seigneur de Guise jusque dans son camp, il ne « l’en h point détourné : » par où l'on voit tout ensemble , et que ce dessein sanguinaire était commun dans la reforme, et que les chefs les plus estimés pour leur vertu, tel qu'était sans doute l'amiral, ne se croyaient pas obligés à s'y opposer; au contraire, qu'ils y contribuaient par tout ce qu'ils pouvaient faire de plus efficace : tant ils se souciaient peu d'un assassinat, pourvu que la religion en ftU le motif.

» P. — * T*. — » P. 297 . 3<iO. — ‘ P. 297.

Si 00 demande cequi porta l'amiral h reconnaître des faits qui étaient si forts contre lui , ce n’est pas qu'il n’enaitvurinconvénient;inats,dit Bèse* , « l'amiral , homme rond et vraiment entier, s'il y

• en a jamais eu de sa qualité, répliqua que si puis

• après, avenant confrontation, il confessailquelque

• chose davantage, il donnerait occasion dépenser

• qu'encore n'aurait-il pas confessé toute la vérité;» c’est-à-dire, a qui sait l'entendre, que cet Aowme rond craignit la force de la vérité dans la confrontation, et se préparait des excuses; à la manière des autres coupables , a qui leur conscience et la crainte d'être convaincus en fait souvent avouer plus peut-êirequ'on n’en tirerait des témoins. Ilparali même, si l’on ^se bien la manière dont s'exfilique l’amiral, qu'il craint qu'on ne le croie innocent; qu'il n’évite que l’aveu formel et la conviction juridique, et qu'au surplus il prend plaisirà étaler sa vengeance. Ce qu’il fit de plus politique pour sa décharge fut de demander que l'on résenât Poltrot pour lui être confronté* , se confiant aux excuses qu'il avait données et aux conjonctures des temps, qui ne permettaient pas qu’on poussât à bout le chef d’un parti si redoutable. La cour le vit bien aussi, et on acheva le procès. Poltrot, qui s’était dédit de la diarge qu'il avait mise sus et a l'amiral et à Rèze , persistajusqii'à la mort à décharger Bèze : mais pour l'amiral , il le chargea de nouveau par trois déclaration.s consénitL ves, et jusqu'au milieu de son supplice, de l'avoir înâuWhcemeurtre pour te service de Dieu^. A l’égard de Bèze , il ne paraît pas qu'il ait eu part à celte action autrement que par ses prêches séditieux, et par l'approbation qu'il avait donnée à l'entreprise d’Amhoise, beaucoup plus criminelle : mais cequi est bien certain, c'est que devant raciton il ne fit rien pour l’empêclipr, encore qu’il ne pût pas ne la pas savoir, et qii'après qu'elle eut été faite il n'oublia rien poiirlui donnerla couleur d'une action inspirée. Le lecteur jugera du reste , et 11 n'y en a que trop pour faire connaître de quel esprit étaient animés ceux dont on nous vante la douceur.

Je n'ai pas besoin ici de m'expliquer sur la question, savoir si les princes chrétiens sont en droit de se senirde b puissance du glaive contre leurs sujets ennemis de l'Église et de la sainte doctrine, puisqu’en ce point les protestants sont d’accord avec nous. Luther et Calvin ont fait des livres exprès pour établir surce point le droit et le devoir du magistrnt^. Calvin en vint à la pratique contre Servet et contre Valentin Gentil^. Mebnchton en approuva la conduite par une lettre qu'il lui écrivit sur ce sujet T.a discipline de nos réformés permet aussi le recours au bras séculier en certains cas; et on trouve , parmi les articles de la discipline de TÉglise de Genève, que les ininistres doivent déférer au magistrat les incorrigibles qui méprisent les peines spirituelles, et en particulier ceux qui enseignent de nouveaux dogmes, sans distinction. Kt encore aujourd’hui celui de tous les auteurs calvinistes qui

’ 7*. 30«. — » P.30H. —» P. 312, 313, 3i7. — * Luth. M'ojitt. tt>f» lU. Catv. Of>Hsr. p. ûW — * Jbid. p. 600, 63S. — • .Vr/<fn<'. CalvîHo, inter Calv. Hp. p. 169.

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