‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 23 sur 192 · IC · texte numérisé non relu

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DES VAIUATIÜ.NS, LIV. X

reproche le plus aigrement à )'l-;glisc romaine la cruauté de sa doctrine, en demeure d'accord dans le fond f puisqu'il permet l'exercice de la puissance du glaive dans les matières de la religion et de la conscience* . chose aussi qui ne peut être révoquée en doute .sans énerver et comme estropier la puissance publique; de sorte qu'il n'y a point d'illusion plus dangereuse que de donner la souffrance pour un caractère de vraie Église ; et je ne connais parmi les chrétiens que les sociniens et les anabaptistes qui s’opposent à cette doctrine. En un mot , le droit est certain ; mais la modération n'en est i>as moins nécessaire.

Calvin mourut au commencement des troubles. C'est une faiblesse de vouloir trouver quelque chose d’extraordinaire dans la mort de telles gens ; Dieu ne donne pas toujours de ces exemples. Puisqu'il permet les hérésies iK>ur l'épreuve des siens, il ne faut pas s'étonner que, pour achever celle épreuve, il laisse dominer en eux jusqu'à la Hii l'esprit de séduction, avec toutes les belles apparences dont il se couvre; et, sans m’informer davantage de la vie et de la mort de Calvin, c’en est assez d’avoir allumé dans sa pairie une Hamineque tant de sang répandu n’a pu éteindre, et d’étre allé comparaître devant le jugement de Dieu sans aucun remords d’un si grand crime.

Sa mort ne changea rien dans les affaires du parti : mais rinstahilité naturelle aux nouvelles sectes donnait toujours |au monde de nouveaux spectacles, et les Confessions de foi allaient leur train. Eli Suisse, les défenseurs du sens figuré, bien éloignés de se contenter détint de Confessions de foi faites en France et ailleurs pour expliquer leur doctrine , ne se contentèrent pas même de celles qui s'étaient faites parmi eux. ^ous avons ni celle de Zuingle en 1530; nous en avons une autre publiée à Bâle en 1 532, et uneautrede la même ville en 153«; une autre en 1554, arrêtée d'un commun accord entre les Suisses et ceux de Genève. Toutes ces Confessions de foi, quoique confirmées par divers actes, ne furent pas jugées suffisantes , et il en fallut faire une cinquième en 1566

Les ministres qui la publièrent virent bien que ces changements dans une cho.se si importante , et qui doit être aussi fenne et aussi simple qu'une Confession de foi, décriaient leur religion. C’est pourquoi ils font une préface, où ils tâchent de rendre raison de ce dernier changement; et voici toute leur défense * : « C’est qu’encore que plusieurs nations « aient déjà publié des Confessions de foi différen-

tes, et qu'eux-mêmes aient fait la même chose « |wr des écrits publics; toutefois ils proposent en- •* cure celle-ci (lecteur, remarquez), à cause que ces

• écrits ont |>eut-étrc été oubliés, ou qu’ils sont ré- « pandus en divers lieux, et qu'ils expliquent la « chose si amplement, que tout le monde n'a pas le

• temps de les lire. » Cependant il est visible que ces deux premières Confessions de fol que les Suisses

• J»r. II. rA. M, 23. Poft. de la VaHHêc, i, n, ni. ///•/, du Papitm. 3. Recrime, eh. ii cl wq. — * 5y»f. l. fHirt. /J. I. — * Ihid. iniY. Prn-/.

avaient publiées tiennent à peine cinq feuilles, et une autre qu'on y pourrait joindre est à peu près de même longueur; au lieu que celle-ci, qui devait être plus courte, en a plus de soixante. Et quand leurs autres Confessions defoi auraient été oubliées, rien ne leur était plus aisé que de les publier de nouveau , s'ils en étaient satisfaits; tellement qu'il n'eût pas été nécessaire d'en proposer une quatrième, n’était qu'ils s'y sentaient obligés par une rai.'^n qu'ils n’osaient dire : c'est qu'il leur venait coutinuellement de nouvelles pensées dans l’e.sprit; et comme il ne fallait pas avouer que tous les jours ils chargeassent leur Confession de foi de semblables nouve-iutés, ils couvrent leurs diangcmenls parées vains prétextes.

^ous avons vu que Zuingle fut apôtre et réformateur, sans connaître ce que c’ét.iit que la gnicc par laquelle nous sommes chrétiens ; et, sauvant jusqu'aux philusophes par leur morale, il était bien éloigné de la justice imputative. En effet, il n’en parut rien dans les Confessions de foi de J 532 et de 1536. La grâce y fut reconnue d'une manière que les catholiques eussent pu approuver si elle eût été moins vague, et sans rien dire contre le mérite des œuvres *. Dans l’accord fait avec Calvin en 1554, on voit que le calvinisme commençait à gagner: la justice iinputative i>aratt * : on avait été réformé près de quarante ans, sans connaître ce fondement de la réforme. La chose ne fut expliquée à fond qu'en 1566 et ce fut par un tel progrès que des excès de Zuingle on passa insensiblement à ceux de Calvin.

Au chapitre des bonnes oeuvres on en parle dans le même sens que font lesoutres protestants, comme des fruits nécessaires de la foi , et en rejcLmt leur mérifet dont nous avons vu qu'on ne disait mot dans les Confessions précédentes. On se sert ici , pour les condamner, d'un mot souvent inculqué par saint Augustin, mais on le rapporte mal ; et au lieu que saint Augustin dit et répète sans cesse que Dieu couronne ses dons en couronnant nos mérites, on lui fait dire qu'il couronne en nous non pas nos mérites t mais ses dons On voit bien la différence de ces deux expressions, dont l'une joint les mérites avec les dons , et l’autre les en sépare. Il semble pourtant qu'à la fin on ait voulu faire entendre qu'on ne condamnait le mérite que comme opposé à la grâce, puisqu’on finit par ces paroles : Âo»5 ro/tdamnons donc tous cettx qui défendent tellement témérité, qu’ils nient la grâce. A vrai dire, ce n'est donc ici que les {K’Ingiens dont ou condamne l'erreur; et le mérite que nous admettons est si peu contraire à la grâce, qu'il en est le don et le fruit.

Dans le chapitre x , la vraie foi est attribuée aux seuls prédestinés, par ces paroles : ■ diacun doit « tenir ))0ur indubitable que, s’il croit, et qu'il « soit en Jésus-Christ, il est prédestiné^. • Et un

• ÇdnJ. 1V13, arl. IX, Synt. Cett. i, p. Cfl, ISOÔ, art. ti, ni, pf>3’ — * ConscH*. art. Ml. Opusc. Calv. 761.

— s fan/. Jld. cap. XV, SynI. Vett. t. part, pag.isi, — » tijîd. — * Cap X , ;* IS.

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