‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 24 sur 192 · IC · texte numérisé non relu

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illSTOinE

|)^u oprês : * Si nous (;oniimmii|uons avec .lesiis- « Clirist, el qu'il soit à nous, et nous a lui par la vraie « foi ; ce nous est un téinoignajje asscï clair et as- . scz ferme que nous soinines écrits au livre de • vie. • Par là il parait que la vraie foi , c'esl-o-dire la foi justifiante, n'appartient qu'aux seuls élus; que celte foi cl cette justice ne se perd jamais finalement, et que la foi tenqiorelle n'est pas la vraie foi justilianle. Ces mêmes paroles scmlilenl établir la certitude ab.solue de la prédestination : car encore qu'on la fasse dépendre de la foi , c'est une doelriiic reçue dans tout le parti protestant , que le fidèle, puisqu'il dit. Je crm» , sent la vraie foi en lui-inéme. .Mais en cela ils n'entendent pas la seduc- i lion de notre amour-propre, ni le mélange de nos ) passions si élrangemcirt compliquées , que nos propres dispositions, et les motifs véritables qui nous font agir, sont souvent la chose du monde que nous connaissons avec le moins de certitude : de sorte qu'en disant. Je crois , avec ce père afiligé de l'Evangile • , quebiue touchés que nous nous sentions, et quand nous pou-sserions à son exemple des cris lamentables , accompagnés d'un torrent de larmes , nous devons toujours .ajouter avec lui : .Jidiz, Sci'jneur, mua incrédalilé ! et montrer, par ce moyen, que dire. Je crois , c'est pliilùt en nous un effort pour produire un si grand acte, qu'une certitude absolue de l'avoir produit.

Quebiue long (|ue soit le discours que font les Hiinglicns sur le libre arbitre dans le chapitre IX de leur Confession *, voici le (k-u qu'il y a de subst.iulicl. Trois états de I homme sont bien disliugucs ; celui de sa première institution, oit il pouvait se porter vers le bien et se détourner <lu mal ; celui de la ebutc , où , ne pouvant plus faire le bien , il demeure lihre pour te mal, parce qu'il t'embrasse cohntairement , et par conséquent arec liberté, quoique Dieu prévienne souvent l'cfl'et de son choix,

et l'empéebe d'accomplir ses manvais desseins; et celui de sa régénération, où, rétabli par le Saint- Esprit dans le pniiroir de faire le bien rolonlairemri)t, il est libre: mais non pleinement , à cause de rinfirmilé, et de la eoneupiscence qui lui restent ; agissant néanmoins nnn point jmssieement ( ce sont les termes, assez étranges; je l'avoue, car qu'est-ee qu'agir passivement.’ et a qui une telle idée peut-elle cire tombée dans l'esprit? Mais enfin nos zuingliens ont votdu parler ainsi) , agissant (ils continnenl à parler de riionune régénère) non fmint /Kissicrment , mais aciiremrni , dans te choix du bien et dans l'opération /nir laquelle il t'accomplit. Qu'il restait h dire de i hoses pour s'expliquer nettement 1 Il fallait joindre à ces trois étals celui où se trouve l'iminme entre la corruption et la régénération, lorsque, touché par la grâce, il commence à enfanter l'esprit de salut parmi les douleurs de la pénitence. Cet état n'est pas l'etat de la corruption, où on ne veut que le mal , puisqu'on y commence à vouloir le bien; et si les zuingliens ne voulaient point le regarder comme un état, puisque c'est plutôt le passage d'un état à l'autre, ils devaient du moins I tf.irr. IX , sa. — ’ t'ep ix , J> la.

e.xpliiiner, en quelque autre endroit, que dans ce passage, et avant 1a régénération, l'effort qu'on fait par la gr.lcc pour se convertir n'est pas un mal. Nos réformes ne connaissent point ces précisioni nécessaires. Il fallait aussi expliquer si, dans ce passage, lorsque nous sommes attirés au bien par la grâce, nous y |>ouvons résister; et encore si dans l'état de la corruption nous faisans telleinent le ma] de nous-mêmes, que nous ne puissions même nous abstenir d'un mal plutôt que d'un autre; et enfin si, dansl'ct-at de la régénération, faisant le bien par la grâce, nous y sommes si fortement entraînés que nous ne puissions alors nous détourner vers le mai. On avait besoin de toutes ces choses pour bien entendre l'opération et même la notion du libre arbitre, que ces dorteurs laissent embrouillée par des notions trop vagues et trop équiv oques.

Mais ce qui finit le chapitre montre encore mieux la confusion de leurs |vensées. ■ On ne iloutc

• point, disent-ils, que les hommes régénérés ou

• non régénérés li aient également leur libre arbitre > (1.1ns les actions ordinaires, puisque rhommu « n'étant pas inférieur aux bêtes , il a cela de coni-

• mun avec elles, qu'il veut de certaines choses et s n'en veut pas d'autres : ainsi il peut parler et « se taire, sortir de la maison et y demeurer. > Etrange pensée, de nous faire libres à la manière des bêles! Ils n'ont pas une idée plus noble de la liberté de riionime , puisqu'ils disent , un peu devant, que par sa chute U n'est /ms tout à fait changé en pierre et en bûche' ; comme si ou voulait dire qu'il ne s'en faut guère. Quoi qu'il en soit, les Suisses zuingliens n'en prétendent pas davantage ; et les protestants d'.AlIcmagne se mettent

I encore au-dessous , lorsqu'ils disent que dans la conversion , c'est-à dire, dans la plus noble action de riiomme , dans l'action où il s'unit avec Dieu . il n'agit non plus qu'une pierre ou qu'une bdche, quoique hors de là il agisse d'une autre manière *. O homme! où t'es tu laissé loi-même, quand lu expliques si bassement ton libre arbitre ? .Mais enfin, puisque l'homme n'est pas une bdche, et que dans les actions ordinaires on fait consister son libre arbitre à pouv oir faire et ne faire pas certaines choses, il fallait considérer que, ne trouv.int pas en nous-mêmes une autre maniéré d'agir dans les actions naturelles que dans les autres , cette mémo liberté nous suit partout, et que Dieu sait bien nous la conserver, lors même qu'il nous élève par sa grâce à des actions surnaturelles ; n'étant pas digne de son Saint-Esprit de nous faire agir dans celles-là , non plus que dans les autres, comme des bêtes , ou plutôt comme des pierres et comme des bdebes.

I On s'étonnera jieut-être de ce que nous n'avons I rien dit de toutes ces choses en parlant de la Conj fession des calvinistes. Mais c'est qu'ils les passent ! sous silence, et ne trouvent pas à propos de parler I de la manière dont l'homme agit; comme si c'était ! une matière indifférente à l'homme meme, ou qu d I n'a|)parllnl pas à la foi de connaitre dans la liberté , I ' />. I2, l>. — • Comurû. p. S62 ci aesuil, Uim. i,

• ne. vin.

Oi II. ' i; l' . C.ocylf

DES VARIATIONS, UV. X.

avec l'un des plus beaux traits que Dieu mit en I nous pour nous faire à son image, ce qui nous | rend dignes de bl.^nie ou de louange devant Dieu et . devant les hommes. j

Il reste l'article de la Cène, où les Suisses paraîtront plus sincères que jamais. Ils ne sc contentent plus de ces termes vagues que nous leur avons vu employer une seule fois, en lâ3G, par les conseils de Rucer, et par complaisance pour les luthériens. Calvin même, leur l>on ami, ne leur put persuader la projyre substance , ni les miracles incompréhensibles par lesquels le Saint-Esprit nous la donnait, malgré l'éloignement des lieux. Ils disent donc * qu'à la vérité nous recevons • non pas une nourri- « ture imaginaire, mais le propre corps, le vrai « corps de notre Seigneur, livré pour nous; mais ■ intérieurement, spirituellement, par la foi : » le corps et le sang de notre .Seigneur; • mais spirituel-

• lement par le Sainl-Ksprit qui nous donne et « nous applique les choses que le corps et le sang « de Nolrc-^ignour nous ont méritées, c'est-à-

• dire la rémission des péchés, la délivrance de •• posâmes et la vie éternelle. » Voilà donc ce qui s'ap|>elle la chose reçue dans ce sacrement. Cette citose re«^tie en effet, c'est la rémission des péchés et la vie spirituelie; et si le corps et le sang sont reçus aussi , c'est par leur fruit et par leur effet , ou , comme l’on ajoute après , par leur figure , par leur commémorai ton , et non pas par leur substance. C’est |K)urquoi après avoir dit que > le corps de « Notre-Seigueiir n’est que dans le ciel , où il le m faut adorer, et non pas sous les espèces du pain * : » pour expliquer In manière ^onl il est présent, « il

• n'est pas, disent-ils, absent de la Cène. Bien « loin que le soleil soit dans le ciel absent de nous,

« il nous est présent efficacement , • c'est-à-dire , présent par sa vertu. « Combien plus Jésus-Christ « nous est-il présent par son opération vivifiante! • Qui ne voit que ce qui est présent seulement por sa vertu , comme le soleil , n’a pas besoin de communiquer sa propre substance? Ces deux idées sont incompatibles; cl personne n’a jamais dit sérieusement qu’il n\oive la propre substance et du soleil et des astres, sous prétexte qu’il en reçoit les Innuenecs. Ainsi les xuinglienset les calvinistes, qui, de tous ceux qui se sont sépares de Rome , se vantent d'étre les plus unis entre eux, ne laissent pas de se réformer les uns les autres dans leurs propres Confessions de foi, et n’ont pu convenir encore d’une commune et simple explication de leur doctrine.

Il est vrai que celle des zuingliens no laisse rien de particulier à la Cène. Le corps de Jésus-Christ ti’y est pas plus que dans tous les autres actes du chrétien ; et c'est eu vain que Jésus-Christ a dit de la Cène seule avec tant de force : Ceci est mon corps t puisqu'avec ces fortes paroles il n'a pu venir à bout d’y rien opérer de particulier. C’est le faible inévitable du sens figuré; les zuingliens l'ont Bcnli et l’ont avoué franchement : • Cette iiourri-

• ture spirituelle se prend, di.scnt-ils, hors de la

' r«q». XXI , p. 1». — * ra<j. JP.

• Cène; cl toutes les fois qu’on croit, le fidèle qui « a tru a déjà reçu cet aliment de vie ctcmelle, et

• il en jouit : mais pour la même raison, quand « il reçoit le sacrement, ce qu'il reçoit n’est pas > un rien : Von nih 'd accipit. * Où en est réduite la Cène de Notre-Scigneur? On n’en peut dire autre chose, sinon que ce qu'on y reçoit h est pas un rien. Car, poursuivent nos zuingliens , • on y con-

• tinuc à participer au corps et au sang de N'otre- « Seigneur : • ainsi la Cène n'a rien de particulier.

• La foi s’ccliauffe, s’accroît, se nourrit par quel-

que aliment spirituel, car, tant que nous vivons,

•• elle reçoit de continuels accroissements. • Elle on reçoit donc autant hors de la Cène que dans la Cène , et Jésus-Christ n’y est pas plus que partout ailleurs. C'est ainsi qu’après avoir dit que cc qu'on reçoit de particulier dans la Cène nest ^ms un rien, et qu'en effet on le réduit à si peu de chose ; on ne peut encore expliquer ce peu qu’on y laisse. Voilà un grand vide, je l'avoue : c'était pour couvrir ce vide que Calvin et les calvinistes avaient inventé leurs grandes phrases. Us ont cru remplir ce vide affreux, en disant dans leur Catéchisme que hors de la Cène on ne reçoit Jésus-Clirist quen partie ; au lieu que dans la Cène on le reçoit pleinement. Mais que sert de dire de si grandes choses, si en les disant on ne dit rien? J’aime mieux la sincérité de Zuiiigle et des Suisses, qui confessent la pauvreté de leur Cène, que In fausse aboudance de nos calvini.stes, riches .seulement en paroles.

Je dois donc ce témoigoagiie aux zuingliens, que leur Confession de foi est la plus naturelle et la plus simple de toutes; ce que je dis non-seulement à l’égard du point de reueharistie , mais à l’égard de tous les autres : et en un mot , de toutes les Confessions de foi que je vois dans le parti protestant, celle de I3CG est, avec tous scs défauts, celle qui dit le plus nettement ce qu’elle veut dire.

Parmi les Polonais séparés de la communion romaine , il y en avait quelques-uns qui défendaient le sens figuré : et ceux-ci avaient souscrit en l’an 15G7 la Confession de foi que les Suisses avaient dressée l'année précédente. Ils s’en contentèrent trois ans durant : mais en l’an 1670 ils jugèrent à propos d'en dresser une autre dans un synode tenu à Czenger, qu'on trouve dans le recueil de Genève , où ils s’expliquent d’une façon fort particulière sur la Cène ' .

Us condamnent la réalité, et selon la rêverie des catholiques, qui disent que le pain est changé au corps, et selon la fiolie des luthériems qui mettent le corps avec le pain * : ils déclarent particulièrement contre les derniers, que la réalité qu'ils admettent ne peut subsister sans un cliangement de substance ; tel que celui qui arriva dans les eaux d'Égj’pte, dans la verge de Moïse, et dans l’eau des noces de Cana : ainsi ils reconnaissent clairement que la transsubstantiation est nécessaire, même selon les principes des luthériens. Ils témoignent tant d'horreur pour eux , qu’ils ne leur do*i-

• Synod. CzrMç. Sÿttt. Cou/, /wrt. |. pog. I4S. — ’ Cep . de CuH. p. «sa.

n«nl point d*autro nom que celui de mangeurt de chair humaine; leur attribuant toujours une ina« nièrcdc communier chamelle et $anglantet fonmic s'ils déroraient de la chair crue. Après avoir condamné les papistes et les luthériens, ils parlent d'autres errants qu'ils appellent ‘sacramentaires.

• Noos rejetons, disent-ils* , la rêverie de ceux qui « croient que la Cène est un signe vide du Seigneur

• absent. • Par ces mots ils en veulent aux sociniens, comme à des gens qui introduisent une Cène vide; quoiqu'ils ne puissent montrer que la leur soit mieux remplie, puisqu’on ne trouve partout, à l’égard du corps et du sang, que signet^ vnmmémoration et vertu •. Pour mettre quelque diffère nceentre la Cène zuinglienne et la socinienne, ils disent premièrement que la C&ne n'csl pas la i seule mémoire de Jésusd'hrist absent ^ et ils font un chapitre exprès <1 la présence de Jésus Cliriot dans ce mystère Mais, en la voulant expliquer, iis s’embarrassent de termes qui ne sont d’aucune l.ingue, et que je ne puis traduire en la nôtre, tant ils sont étranges et inouïs. Cest, disent-ils, que Jcsus-Clirist est présent dans la Cène, et comme Dieu et comme homme. Comme Dieu , enter, prarsenfer : traduise ces mots qui pourra : par sa divinité Jehovale, c’est-à-dire, en termes vulgaires, par sa divinité proprement dite et exprimée par le nom Incommunicable, comme la vigne dans les sarmenls, et comme le chef dans tes membres. Tout cela est vrai , mais ne sort de rien à la Cène, où »1 s’agit du corps et du sang. Ils en viennent donc à dire que Jésus-Christ est présent comme homme en quatre manières. • Preniièri'nient, disent- ■ ils par son union avec le Verbe, en tant qu’il

• est uni au Verl)e qui est partout. Secondement ,

• il est présent dans sa promesse par la parole et

• par la foi , se communiquant à ses élus comme « la vigne se communique à ses branches , et la tête

• à ses membres, quoique éloignés d'elle. Troisiè-

• menient, il est présent par son institution sacra-

• menielle et l’infusion de son Saint-Ksprit. Qua-

• trièmement , par son ofHce de dispensateur, ou

• par son intercession pour ses élus. » Ils ajoutent qu’il n’est pas présent charnellement , ni localement; ne devant être corporellement que dans te ciel jusqu'au jour du jugement universel.

De ces quatre manières de présence, les trois dernières sont assez connues parmi les défenseurs du sens liguré. Mais pourront-ils nous faire entendre ce que veut dire la première dans leur sentiment? Ont-ils jamais enseigné, comme font les Polonais de leur communion , que Jésus-Christ « fût présent

• coninie homme à la Cène par son union avec le « Verbe, à cause que le Verbe est présent partout ? •

le raisonnement des ubiquitaires, qui attribuent à Jésus-Christ d'étre partout, même selon la nature humaine : niais cette rêverie des ubiquitaires n’est soutenue quepanni les luthériens. Les zuingliens et les calvinistes la rejettent, aussi bien que les catholiques. Cependant les zuingliens polo-

» fU Stterameninriit, p. IS&. — * ffiitl. p. IM, i^.

— » rff Pr>ff- in CtCN. }>. ISft. — ‘ Piiy. li.

nais empruntent ce sentiment; et n'élant pas pleinement contents de la Confession zuinglienne qu’ils avaient souscrite , ils y ajoutent ce nouveau dogme .

Ils firent plus, et la même année ils s’unirent avec les luthériens, qu’ils venaient de condamner comme des hommes grossiers et charnels, comme des hommesqui enseignaientunecommunionciv/W/^ et sanglante. Ils recherchèrent leur communion ; et ces mangeurs de chair humaine devinrent leurs frères. vaudoU entrèrent dans cet accord ; et tous ensemble s’étant assemblées à Sendoniir, ils souscrivirent ce qui avait été résolu sur l’article de la Cène dans la Confession de foi qu’on appelait Saxonique.

Mais |K)ur mieux entendre celle triple union des zuingliens, des luthériens et des vaudois, il faut savoir ce que c’est que res vaudois qu’on trouve alors dans la Pologne. 11 est bon aussi de connnltre ce que c’est en général que les vaudois, puis(|u’à la fin ils sont devenus calvinistes, et que plu.sieurs protestants leur font tant d'honneur qu’ils assurent même que ritglisc persécutée par le pape a conservé sasucces-sioii dans celte société : erreur si grossière et si manifeste, qu'il faut tôcher une bonne fois de les en guérir.

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