LIVRE XI
I/isfoire abrégée des ^&tgeoix, des rauduis, des f'iclejistes et des llussites.
SO)|N.\lRE.
HWolm abrégé des alWpPoU et il« vmidol». Que ce sont deux sectes Ifés-dirréirnles. I.r» alhi|:rQis sont da pnefoits manichéens. Leur origine est « xpllqurr. Le» paullcien», branche de» roantchr*'ns en Arrm-ni** , d’où iU passrnl dans h Buljtaiie. de là on iUllo o| rn Allrm.i(;rw ou Us ont tHd appelés oalhirrs, et en France ou Ils onî pris le nom d’ajbipeois. Urur» prodigieuses erreurs et leur hvp»»crWe sont découvertes par tous le» aulnin du temps. J.rs illusions dos protestants, qui Uciioiit do h-s oxcumt. Témoignage do saint Bernard, qu'un accuse mal a propos do cry^lulilc. Origine des vaodois. l.osmlnUlrfs les fotit «n vain disciples de Bérongor. Us ont cru la transsuUtanUaUoo. I.es sept Mon-monU reconnus parmi eus. |ji confession et J’übsolulioii sîior.vraonlale. Leurorrour osl une espOre d,. donatlsnve. Ils font dépendre les sacromonls de tn sainteté de leur* ministres, et en aUrilHient l'adminisiration aux laïques gens de bien, ürigine de la sorte appelée do* frères de Boliéroo. Qu’Ils i»e sont point van<loU. et qu’ils prisent celte origine, Qu lls no sont p<i|nt disoiplos dr Jean Hus , quoiqu’ils s'en vanlenl. I.«ir» dépuh^ envnvés par tout le monde, pour y clterclter des chrélien» de leur croyance, sans en pouvoir trouver. Doctrine impie de VU clef. Jean Hus, qulse gtorine d’étre son discipie, l'.ibandonne sur le point de reucharislle. Les disciples de Jean Hus divisés en taborltes et en ealixtins. Cunru.slon de toule* ces secte». protestants n’en peuvent Urer aucun avanUge pour éhibllr leur mission , et la sueoe*slon de levir doctrine. Accord des lulhérien», de» holiêmlens et des ruingllensdans la Pohigne. Les divisions et les réconciliations des sectaires font egalement contre eux.
Ce qu’ont entrepris nos réformés, pour se donner des prédécesseurs dans tous les siècles passés , est inouï. Encore qu'au quatrième siècle, le plus éclairé de tous, il ne scsoil trouvé qu’un seul Vigilance qui se soit opposé aux honneurs des saints
DKS VARIATIONS, LIV. XL
el au culte (lü leurs reliques, il est considéré par les protestants comme celui qui a conservé le dé> pot, c'est-ivdire, la sueeessioii de la doctrine apostolique ; et il est préféré ù saint Jérôme, qui a |)our lui toute Aérius par cette raison devait aussi
être, regardé coinii>e le seul que Dieu éclairait dans le même siècle, puisque seul il rejetait le sacriQoe qu*on offrait partout ailleurs, et en Oriejit comme en Occident, pour le soulagement des morts. Par malheur il éL*)it arien ; et on a eu honte de compter l>arini les témoins de la véTité un homme qui niait |j divinité du Fils de Dieu. Mais je m'étonne qu'on n'ait point passé par-dessus cette considération. Claude de 7'urin était arien et disciple de Félix d'Urgel * , c'est-à-dire nestorien de plus. Mais l^arce qu'il a brisé les ini.izrs, il est compté parmi les prédécesseurs des protestants. Les autres iconoclastes ont eu beau, aussi bien que lui, outrer la matière, jusqu'à dire que la peinture et la sculpture étaient des arts défendus de Dieu : c'est assez qu'ils aient accusé le reste de l'Église d'idolâtrie, |M)ur mériter un rang honorable parmi les témoins de la vérité. Bérenger n'attaqua jamais que la présence réelle, e'i laissa tout le reste en son entier : mais c'est assez qu’il ait rejeté un seul dogme pour en foire un calviniste , et le compter parmi les docteurs de la vraie Église. Viclef y tiendra sa place malgré les impiétés que nous verrons, et encore qu'eu assurant qu'on n'est plus ni roi , ni seigneur, ni magistrat, ni prêtre, ni pasteur, dès qu'on est en péché mortel, il ait également renversé l'ordre du monde et celui de l'^^glise, et qu'il ait rempli l'un et l’autre de sédition et de trouble. Jean llus aura suivi cette doctrine , et de plus jusqu'à la lin de ses jours il aura dit la messe et adoré l'eucharistie : mais à cause qu’en d'autres points il aura combattu l'Église romaine , nos réformée le mettront au nombre de leurs martyrs. Enfin, pourvu qu'on ait murmuré contre quelqu'un de nos dogmes, et surtout qu’on ait grondé ou cr'ié contre le pape, quel qu’on ait été d'ailleurs , et quelque opinion |U*on ait soutenue, on est compté parmi les prédécesseurs des protestants, et on est jugé digne d'entretenir la succession de leur Église.
Mais de tous ces prédécesseurs que les protestants se veulent donner, les vaudois et les albigeois sont les mieux traités, du moins par les calvinistes. Que prétendent-ils par là? Ce secours est faible. Faire remonter leur antiquité de quelques siècles (car les vaudois, a leur accorder, selon leurs désirs, Pierre de Bruis et son disciple Henri, ne vont pas 'plus haut que le siècle onzièii>e); et là tout à coup demeurer court sans montrer personne devant soi, c'est être contraint de s'arrêter trop au-dessous du 4emps des apôtres : c'est tirer son secours de gens aussi faibles et aussi embarrassés que vous; à qui on lemaiide, comme à vous, leurs prédécesseurs; qui aie peuvent, non plus que vous, les montrer; qui par conséquent sont coupables du même crime d'iniiovation dont on vous accuse : de sorte que nous les nommer dans cc procès , c’est nommer les com-
• Joit. Akr. prit/, cont. ( Itiktl. Tour.
plicn du inéine rriine , et non pas des témoins .(ni puissent iéf;ilii»enwnt déposer Âe votre iniiocenve.
Cependant ce secours lei quel est embrassé avec ardeur par nos calvinistes, et en voici la raison : c'est que les vaudois et les albigeois ont formé des l-iglises séparées de Home, ce que Bérenger et Viclef n'ont jamais fait. C'est donc en quelque faf on te faire une suite d'f'4;liu , que de se les donner pour prédécesseurs. Comme l'origine de cet églises , aussi bien que la croyance dont elles faisaient profession , était encore assez obscure du temps de la rrformation prétendue , on faisait accroire an peuple qu'elles étaient d'une très-grande antiquité, et qu'elles venaient des premiers siècles du chris- Uanisine.
Je ne m'cloiinc pas que Léger, un des barbes de, vaudois (c'est ainsi qu'ils appelaient leurs pasteurs) et leur plus célèbre liistorien , ait donné dans cette erreur; car c'est constamment le plut ignorant comme le plut liardi de tous les liomims. Klais il y a sujet de s'étonner que Bèze l'ait embrasaèe , et qu'il ait écrit dans son Histoire ecelésk-ittique , non seulement que • les vaudois de temps imménHmal
• s'étalent opposi'sausabus derflglise roinaiiw' ; > nuis encore qu'en l'an liti . ils couclièrent par
• acte public eu bonne forme la doctrine à eu, rii-
• seignée comme de père en lils depuis l'an 120,
• après la nativité de Jésus-Christ, comme iis l'a- > valent toujours entendu par leurs anciens et an-
• cètres*. •
\'oilâ sans doute une belle tradition , si elle était soutenue |ur la moindre preuve, liais par mallieur les premiers disciiiles de Vaido ne le prenaient pas si haut; et lors<|u'ils se voulaient attribuer la plus grande antiquité, ils se contentaient de dire qu'ils s'étaient retires de l'Lglise ronuine, lorsque, sous le pa|w Silvcstre I , elle avait accepté les biens temporels que lui donna Constantin, premier empereur chrétien. Cette cause de rupture est si vaine, et cette prétention est d'ailleurs si ridicule, qu’elle ne mérite pas d'étre réfutée. Il faudrait être insensé pour se mettre dans l'esprit que dés le temps de saint Sllveslre , c’est-à-dire , environ l'an S20 , il y ait eu une secte parmi 1rs clirétiens dont les pères n'aient jamais eu de connaissance. Nous avons , dans les conciles tenus dans la communion de l’lvgli.se romaine, des anatlrèmes prononcés contre une inllnltë de sectes diverse^; nous avons des catalogues des liérésies dressés par saint Épiphanc, par saint Augustin, et |ur plusieurs autres auteurs ecclésiastiques. Les sectes les plus obscures et les moins suivies; celles qui ont paru dans un coin du monde, comme celles de certaines femmes qu’on appelait collyridiennes, qui n'étaient que je ne sais où dans l'Arabie; celle des tertullianistes ou des abéliens, qui n'était que dans Cartilage , ou dans quelques villages autour dHippone, et plusieurs autres aussi cachées, ne leur ont pas été inconnues Le zèle des pasteurs , qui travaillaient à ramener les brebis éga-
' iÀv- ijï. as. — * Ibid. p. sa. — • Epipb. Hær. 7S, tnm. l ,
p. IU&7. Juguit. Htrr, 88, 87, iim. VIII, cui. SI, 28. fir- Ivll. de Entcnf.
tn
HISTOIKK
rées , d^«0UTrait tout pour tout sauver : il n*y a que ces séparés pour les biens ecclésiastiques , que personne n’a jaotais connus. Plus modérés qtie les Athanase, que les Basile^ que les Ambroise et que tous les autres docteurs ; plus sages que tous les conciles, qui, sans rejeter les biens donnés aux églises, se contentaient de faire des règles pour les bien administrer, ils ont encore si bienfait qu’ils ont échappé à leur connaissance. Que les premiers vaudois l’aient osé dire, c’est une impudence extrême ; mais de (aire remonter avec Rèze cette secte inconnue à tons les siècles jusqu’à l'an 1 20 de notre Seigneur, c’est se donner des ancêtres et une suite d’église par une illusion trop grossière.
Les réformés, afnigés de leur nouveauté, qu’on ne cessait de leur reprocher, avaient besoin de cette faible consolation. Mais pour en tirer du secours , U a fallu encore employer d’autres artifices : il a fallu cacher arec soin levraiétat deees albigeois etdc ces vaudois. On n’en a fait qu’une secte, quoique c'en soient deux très-différentes; de peur que les réformés ne vissent parmi leurs ancêtres une trop manifeste oontrariété. On a, sur toutes choses, caché leur abominable doctrine ; on n dissimulé que ces albigeois étaient de parfaits manichéens, aussi bien que Pierre de Bruis et son disciple Henri. On a tu que ces vaudois s’étalent séparé de l’Église sur des fondements détestés par la nouvelle réforme , aussi bien que par l’Église romaine. On a usé d’une pareille dissimulation à l'égard de ces vaudois de Pol(^ne, qui n’avaient que le nom de vaudois; et on a caché au peuple que leurdoctrine n’était ni celle des anciens vaudois , ni celle des calvinistes, n! celte des luthériens. L’histoire que je vais donner de ces trois sectes , quoiqu’elle soit abrégée , ne laisse pas d’dtre soutenue par assez de preuves, pour faire honte aux calvinistes des ancêtres qu’ils se sont donnés.