‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 26 sur 192 · HISTOIRE DES NOUVEAUX MANICHÉENS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES NOUVEAUX MANICHÉENS

APFfXéS LES HÊRévlQUeS DS TOULOUSE ET D'ILBI.

Pour en entendre la suite, il ne faut pas ignorer tout à fait ce que c’était que les manichéens. Toute leur théologie roulait sur la question de l’origine du mal : ils en voyaient dans le monde, et ils en voulaient trouver le principe. Dieu ne le pouvait pas être, parce qu’il était infiniment bon. Il fallait donc, disaient-ils, reconnaître un autre principe, qui, étant mauvais par sa nature, fdt la cause et l’origine du mal. Voilà donc la source de l'erreur. Deux premiers principes, l'un du bien, l’autre du mal; ennemis par conséquent et de nature contraire, s’étant combattus et mêlés dans le combat, avaient répandu l'un le bien, l'autre le mal dans le monde; l’un la lumière , l’autre ks ténèbres , et ainsi du reste ; car je n'ai pas besoin de raconter ici toutes les extravagances impies de cette abominable secte. Elle était venue du paganisme, et on en voit des principes jusque dans Platon. Elle régnait parmi les Perses. Plutarque nous a rapporté les noms qu'ils donnaient «u bon et au mauvais principe. Manès, Per.se de nation, tàcliaiTintroduirecrprodigc dans la religion

chréttcnnesousremptred’Auré|ien,c’est-à'diro vert la fin du troisième siècle. Marcion avait déjà commencé quelques années auparavant, et sa secte, divisée en plusieurs branches, avait préparé la voie aux impiétés et aux rêveries que Planés y ajouta.

Au reste, les con8«^]uences que ces hérétiques tj^aient de cette doctrine n'étaient pas moins absurdes ni moins impies. L’Ancien Testament avec ses rigueurs n’était qu’une fable, ou en tout cas Pouvrage du mauvais principe; le mystère de l’incarnation, une illusion; et la chair de Jésus-Christ, un fantôme : car la chair étant l’œuvre du mauvais principe , Jesus-Christ , qui était le fils du bon Dieu , ne pouvait |ws l’avoir prise en vérité. Comme nos corps venaientdu mauvais principe, etque nos dînes venaient du bon, on plutôt qu’elles en étaient la substance même, il n'était pas permis d’avoir des enfants, ni de lier la substancedu bon princi|>e avec celle du mauvais ; de sorte i|ue le mariage, ou plutôt la génération des enfants était défendue. La chair des animaux , et tout qui en sort , comme les laitages , étaient aussi l’ouvrage du mauvais ; le vin était au même rang: tout cela était impur de sa nature, et l’usage en était criminel. Voilà donc manifestement CCS hommes trompés par les démons dont parle saint Paul, qui devaient dans les derniers

temps défendre le marintje , et rejeter conxme

immondes tes viandes que Dieu avait créées'.

C.es malheureux , qui ne cherchaient qu’à tromper le monde |>ar des apparences , tâchaient de s'autoriser par l'exemple de l'f^glise catholique, où le nombre do ceux qui s'interdisaient Pustage du mariage par la profession de la continence était très-grand , et où l'on s'abstenait de certaines viandes , ou toujours, comme faisaient plusieurs solitaires, à Peiemplc de Daniel *, ou en certains temps, comme dans le temps de carême. Mais les saints Pères répondaîentqu’il y avait grande différence entre ceux qui condamnaient la génération des enfants , comme faisaient formellement les manichéens^, et ceux qui lui préféraient la continence avec l’apôtre et avec Jésus-Christ méme^, et qui ne se croyaient pas permis de reculer en arrière * , après avoir fait profession d'une vie plus parfaite. Cétait aussi autre, chose de s'abstenir de certaines viandes, ou polir signifier quelque mystère, comme dans l'Ancien Testament, ou pour mortifier les sens, comme on lo continuait encore dans le Nouveau : antre chose de les condamner avec les manicliéens, comme impures, comme mauvaises, comme étant l’ouvragé non de Dieu y mais du mauvais. Et les Pères re marquaient que l’apôtrc attaquait expressément ce dernier sens, qui était celui des manicJiéens , par ces paroles , To\de créature de Dieu est bonne^\ cl encore par celle-ci , Il ne faut rien rejeter de ce qii« Dieu a créé; et de là ils concluaient qu'il ne fallait pas s'étonner que le Saint-Esprit eût averti de si loin

* 1. Tim. IV, 1, a. — * /Lin. I.h, 12. — ^ .-iHf/hsI. ra»l. Foutt. ManU-k. lib. xix , rryi. .X, 4, f>. S; i»m.

»rtf. — * I. VI, 20, 3J, 'U , 3M. Vutih. Xll, 11. — ^ Luc. U, 62. — * 1. lim. il, I

DKS VAI\IATIONS, UV. XI.

fidMfS d'tine si grnnde abomination par la boiirlie dp saint Paul.

1Vls êlüii'uL l<^s principaux points de la doctriiiP lies manichéens. Mais cotte secte avait encore des carnclères remarquables : l'un, qu*au milieu de ces absurdités impies que le dénioii avait inspirées aux manichéens , ils avaient encore mélé dans leurs disi'ours je ne sais quoi de si éblouissant, et une force si protligieuse de séduction, que même saint Augustin , un si beau génie, y fut pris, et demeura parmi eux neuf ans durant, très-zélé pour cette secte'. On remarque aussi que c était une de celles dont on revenait le plus difliciicniLmt : elle avait, pour tromper les simples, des prestiges et des illusions inouïes. On lui attribue aussi des enchantements*; et enüu on y remarquait tout i'alUrailde la su'ductioii.

l/autre caractère des manichéens est qu'ils savaient cacherceqn'ilyavail de plus détestable dans leur secte avec un artilice si profond, que non-seulement ceux qui n’en élaiimt pas, mais encore ceux (jiii en étaient, y passaient un long temps sans le savoir. Car, sons In Mlc couverture de leurcontincnce, ils cacbaient des impurelcsqu'on n'ose nommer, et qui même faisaient partie de leurs mystères. Il y avait parmi eux plusieurs ordres. Ceux qu'ils appelaient leurs auditeurs ne savaient pas fond ibî la secte, et leurs élus, c’est-à-dire ceux qui savaient tout le mystère, en cachaient soigneusement l'abominable secret, Jusqu'à cc qu’on y eilt été préparé par divers degrés. On étalait l'abstincnce et l'cxlérieur d’une vie non-seulement belle, mais encore mortifiée; et c’était une partie de la séduction de venir comme par dégrcs h cc qu’on croyait plus parfait, à cause qu'il était caché.

Pour troisième caractère de ces hérétiques, nous y pouvons encore observer une adresse inconcevable à .se mêler parmi lesfideles,etàs'yeachersous la profession de la foi catholique ; car cette dissimuT lalion était un des artifices dont ils se servaient pour attirer les hommes dans leurs sentiments. On les voyait dans les églises avec les autres; ils y recevaient la communion : et encore qu’ils n’y recussx'tit jamais le sang de notre Seigneur, tant à cause qu'ils détestaient le vin dont on se servait pour le consacrer, qu'à cause aussi qu'ils ne croyaient pas que Jésus-Christ eilt eu du vrai sang; la liberté qu'on avait dans l'Kglise de participer ou à une ou à deux ispères fit qu'on fut longtemps sans s'apercevoir de leur perpétuelle affectation à rejeter celle du vin eon.sac4'é. Ils furent donc à la fin reconnus par saint Léon à celte marque ^ : mais leur adresse à tromper les yeux, quoique vigilants, des catholiques, était si grande, qu'ils se cachèrent encore, et furent à peine découverts sous le pontificat de saint Gélase. Alors donc, pour les rendre tout à fait reconnaissables nu peuple, U en fallut venir à une défense expresse de communier autrement que sous les deux

• Lib. I. roHt. Failli. Vitn. e. 10; et Coi^. lib. iv,c. I fl trq. — » Thewturet. Hitrel./ab. lib. l,riT^. vtl.de Mnneh\ p. -}|-i et wq. — ^ U-o. I, uriH. tl , qui est IV de Quadr. eujt. i rt ».

espèces ; et , pour montrer que cette défense n'était pas fondée sur la nécessitéde les prendre toujours ensemble, saint (iria^ l'appuie en termes formels, sur ce que ceux qu! refusaient le vin sacré le faisaient par une etrtaine xuperUition * : preuve certaine que hors la superstition, qui rejetait comme mauvaise une des parties du mystère, l'usage de sa nature en eût été libre et indifférent , même dans les assemblées solennelles. Les protestants, qui ont cru que ce mot de superstition n’était pas assez fort pour exprimer les abominables pratkpies des maaiebéens, ne songent pas que ce mot signifie, dans la langue latine, toute fausse religion; mais qu'il est particulièrement affecté à la secte des manichéens, à cause de leursabstinences et observances su|>erstitieuse3 : les livres de saint Augustin en sont de bons témoins*.

Celle secte si caclM'‘e , si abominable , si pleine de séduction, de superstition et d'hypocrisie, malgré les lois des empereurs , qui en avaient condamné les sectateurs au xlernier supplice, ne laissait pas de se conserver et de se répandre. L'empereur Anastase et l’impératrice Théodore, femme de Justinien, l'avaient favorisée. On en voit les sectateurs sous les enfants d’IJéradius, c’est-à-dire au septième siècle, en Arménie, province voisine de la Perse, d’où cette fable détestable était venue, et autrefois sujette a son empire. Ils y furent ou établis, ou confirn és par un nommé Paul ^ , d’où le nom de pauliciens leur fut donne en Orient; par un nommé Constantin, et enfin par un nommé Serge : et ils y parvinrent à une si grande puissance, ou par la faiblesse du gouvernement, ou par la protection des Sarrasins, ou même par la faveur de l’empereur Nieépliore trèsattaclié à celte secte qu’à la lin persécutés par l’impératrice Tbéodorefemme de Basile*, ils se trouvèrent en étal de bâtir des villes, et de prendre les armes contre leurs princes^.

Ces guerres furent longues et sanglantes sous l'empire de Basile le Macédonien, c’est-à-dire à l'extrémité du neuvième siècle. Pierre de Sicile fut envoyé par cet empereur à Tibrique en Arménie ^ , que Cédrénus apjvelle Téplirique?, une des places de ces hérétiques, pour y traiter de l’échange des prisonniers. Durant ce temps il connut a fond les paulicieos, et il adressa un livre sur leurs erreurs à l'archevêque de Bulgarie , pour les raisons que nous verrons. Vossius reconnaît que nous avons une

* Celât, ift Pet. Crat. de font. dittineU I, eap. Compe-

rtnuu; /m- Idierat. rte. — ■ üc morib. Eee. Cath. e. Si, n, 7t. Üe morib. Mon. e. IS. n. 6S, tom. 1 , evl.T\i et 7S9. VohL Ep. /MMtfum. c. Ib, H. 19, tom. viil, cot. loi..— * Cedr. Unn. I.pay. Cedr. t. Il, p. iSü. — » Ibid. p. &4I. —

*Prtr. Sic. Hiil. de VauicA. - ’ Cedr. ibid. JMfj. Ml, etc.

* Théodore éi^t femme de Tliéoplille. A la mort de ce prince, arrUée au muiH de lcr 7t*i . elle prit les rênes du g(»uvernrDienl pendant la minorité de .Hlchel III, son flls. Ce fui pendant sa rêj^encf. qu'aprês avoir inutllemml (entéda convertir Ira paullcieutou ininichêens iTArménlo par Ira votes de douceur, elle employa la ri{iueur conlre eux. (>s hérétiques se réfusiéreiil sur les terrradra mn.xulm.ins, rt en tiK‘renl «1rs secours pour faire l.i guerre à reoiphr. D.'islle le Mncédonit'n.tpii succéda II Mieiu‘1, remporta sur eux de l^ramks VirttHrw.. {f.ttit, de. /Vmii/Z'Y.l

lilSTOIRE

gNDd« obligation k lladérus , qui iH>us a donné en grec et en latin une histoire si particulière et si excellente *. Pierre de Sicile nous y désigne ces hérétiques par leurs propres caractères, par leurs deux principes, par le mépris qu’ils avaient pour l'Ancien Testament, par leur adresse prodigieuse à se cadier quand ils voulaient, et par les autres marques que nous avons vues *. Mais il en remar<|ue deux ou trois qu’il ne faut pas oublier : c'était leur aversion particulière pour les images de la croix, i suite naturelle de leur erreur, puisqu'ils rejetaient la passion et la mort du Fils de Dieu ; leur mépris pour la sainte Vierge , qu'ils ne tenaient point pour mère de Jésus-Chr’ist, puisqu'il n’avait pas de chair humaine ; et surtout leur éloignement pour reucharistie.

Cédrénus, qui a pris de cet historien la plupart des choses qu’il raconte des pauliciens, marque après lui ces trois caractères, c'est-à-dire leur aversion pour la croix, pour la sainte Vierge, et pour la sainte eucharistie Les anciens manichéens avaient les mêmes sentiments. Nous apprenons de saint Augustin 4, que leur eudiaristie n'était pas la notre, mais quelque chose de si exécrable qu'on n'ose mômey penser, loin qu’on puisse l'écrire. Mais les nouveaux manicliéens avaient encore reçu des anciens une autre doctrine qu'il importe de remarquer. Dès le temps de saint Augustin, Fauste le manicltëen reprochait aux catholiques leur idolâtrie dans le culte qu’ils rendaient aux saints martyrs, et dans les sacriflees qu'ils offraient sur leurs reliques 4. Mats saint Augustin leur faisait voir que ce culte n’avait rien de commun avec celui des païens , parce que ee n’était pas le culte de latrie ou de sujétion et de servitude parfaite 4; et que si on offrait à Dieu l’o- Idation sainte du corps et du sang de Jésus-Christ aux tomiwaux et sur les reliques des martyrs , on se gardait bien de leur offrir cesacrihee; mais qu’on espérait seulement • par là s'exciter à l'imitation « lie leurs vertus , s'associer à leurs mérites , et • enfin être secouru par leurs prières?. » Une réponse si nette n' empêcha pas que les nouveaux monidiéens ne continuassent dans les calomnies de leurs pères. Pierre de Sicile nous rapporte qu'une femme manichéenne séduisit un laïque ignorant nommé Serge *, en lui disant que les catholiques honoraient les saints comme des divinités, et que c’était pour cette raison qu'oii empêchait les laïques de lire la sainte Écriture, de peur qu'ils ne découvrissent plusieurs semblables erreurs.

C’était par de telles calomnies que les manidiéeus séduisaient les simples. On a toujours remorqué parmi eux un grand désir d'étendre leur secte. Pierre de Sicile découvrit , durant le temps de son ambassade h Tibrique , qu’il avait été résolu, dans le conseil des pauliciens, d'envoyer des

• ruu. dt Uiat. Cntf. Prtr. Sic. Ibid, Pnf. e(c. - » Ctdr. Um. Il, p. 4M. — ' Anguët. Htrr. 4C, etc. tom. tiii, coi. 13. — * Lib. XX. coHt. FUvit. e. 4 , lom. Vlli, roi. 233 W $cq. — • Ibid. c. 21 rt $rq. — * Ibid. c. ifl. — * Petr. Sic. ibid.

prédicateurs de leur secte dans la Bulgarie , pour en séduire les peuples nouvellement convertis*. I..a Thrace, voisine de cette province, était, il y avait déjà longtemps, infectée de cette hérésie. Ainsi il n'y avait que trop à craindre pour les Bulgares, si les pauliciens, les plus arlificieux des manichéens, entreprenaient de les séduire; et c'est ce qui obligea Pierre de Sicile d'adresser à leur archevé<|ue le livre dont nous venons de parier, afin de les prémunir contre des hérétiques si dangereux. Malgré ses soins , il est constant que l’hérésie manicl)éenne jeta de profondes racines dans la Bulgarie , et c'est de là qu’elle se répandit bientôt après dans le reste de l'F.urope; ce qui fit donner, comme nous verrons , le nom de Bulgares aux sectateurs de cette hérésie.

Mille ans s’étalent écoulés depuis la naissance de Jésus-Christ , et le prodigieux relâdiement de la discipline menaçait l'Église (TOccident de quelque malheur extraordinaire. C’était peut-être aussi le temps de ce terrible déchainemenl de Satan , marqué dans l’Apocalypse*, après miUe ans; ce qui peut signifier d’extrêmes désordres : mille ans après que le fart armé, c’est-à-dire le démon victorieux , fut lié par Jésus-Christ venant au monde Quoi qu’il en soit, dans ce temps et en 1017, sous le roi Robert, on découvrit ù Orléans des liérétiques d'une doctrine qu'on ne connaissait plus il y avait long.

, temps parmi les latins 4.

l^ne femme italienne avait apporté en France cette dainnabie hérésie. Deux cliunoines d'Orléans, l'un nommé Étienne ou Héribert, et l'autre nommé LisoTus, qui étaient en réputation, furent les premiers séduits. On eut beaucoup de peine à découvrir leur secret. Mais enfin un Aiifaste, qui soupçonna ce que c’était, s'étant introduit dans leur familiarité, ces hérétiques et leutg sectateurs confessèrent avec beaucoup de peine qu'ils niaient la chair humaine en Jésus-Christ ; qu'ils ne croyaient pas que la rémission des péchés fdt donnée dans le baptême, ni que le pain et le vîn pussent être changés au corps et au sang de Jésus-Christ^. On découvrit qu'ils avaient une eucharistie particulière, qu’ils appelaient la viande céleste. Klle était cruelle et abominable , et tout 6 fait du génie des manichéens, quoiqu'on ne la trouve pas dans les anciens. Mais outre ce qu'on en vit à Orléans, Gui de Nogent la remanjuc encore en d’autres pays^. Il ne faut pas s'étonner qu’on trouve de nouveaux prodiges dans une secte si cachée , soit qu’elle les invente , ou qu'on les y découvre de nouveau.

Voilà de vrais caractères de maiiicliéisme. On a vu que ces hérétiques rejetaient i'incamation. Pour le baptême, saint Augustin dit expressément que les inanicliéens ne te donnaient

' Ihid. inHio lib. — * .Ipocat. XX, 2, 3,t. — XM. 1,29. Luc. X2I. 22. — * Acta Cohc. Attrtt. Spseit. tom. ii; CoHC. Labh. t. IX, col. BM. C/<i&. lib. ni, e. a. — * tilah. ihid. Acta Conr. Aartl. C'oNr. Labb- iM. IM tila tua lib. m, c. IS.

DES VARIATIONS, UV. XI

pat I et te croyaient inutile ' . Pierre de Sicile , et aprèi lui Wdrétius, nous apprennent la même chose des pauliciens ■ : tons ensemble nous font voir que les manieWens avaient une autre eucharistie que la nôtre. Ce que disaient les hérétiques d'Orlé.nns. qu'il ne fallait pas implorer le secours des saints, était encore de même caractère, et venait , comme on a vu , de l'ancienne source de cette secte.

Ils ne dirent rien ouvertement des deux principes : mais ils parlèrent avec mépris de la création, et des livres où elle était écrite. Cela regardait l'Ancien Testament; et ils confessèrent, dans le supplice, qu'ils avaient eu de mauvais sentiments sur le Seigneur de l'univers^. Le lecteur se souvient bien que c'est celui que les manichéens croyaient mauvais. Ils allèrent au feu avec joie, dans l'espérance d'en être miraculeusement délivrés; tant l'esprit de séduction agissait en eux. Au reste, c'est ici le premier exemple d'une semblable condamnation. On sait que les lois romaines condamnaient à mort les manichéens é : le saint roi Robert les jugea dignes du feu.

Kn même temps la même hérésie se trouve en Aquitaine et à Toulouse, comme il parait par l'histoire d'Adémare de Chabanes, moine de l'abbaye de Saint-Cibart d'Angouléme, eontempolaiii de ces hérétiques*. Un ancien auteur de l'histoire d'Aquitaine, que le célèbre Pierre Pithon a donnée au public, nous apprend qu'on découvrit en cette province; dont le Périgord faisait partie , des manirhéens qui rejetaient te baptême , le signe delà sainte croix, r Église, et le Rédempteur lul-méme , dont ils niaient l'incarnation et la p.assion , l'honneur dû aux lalnli, le mariage légitime , et t usage de la viande ‘. F.t le même auteur nous fait voir qu'ils étaient de la même secte que les hérétiques d'Orléans, dont l'erreur était venue d'Italie.

En effet , nous voyons que les manichéens s'étaient établis en ce pays-là. On les appelait cathares,c'est-à-dire purs. U'autreshérétiques avaient autrefois pris ce nom ; et c'était les novatiens , dans la pensée qu'ils avaient que leur vie était plus pure que celle des autres , à cause de la sévérité de leur discipline, àlais les manichéens, enorgiteillis de leur continence et de l'abstinence de la viande , qu'ils croyaient immonde , se tardaient non-seulement comme cathares ou purs , mais encore , au rapport de saint Augustin v, comme eathartstes, c'est-àdire purificatrurs, à cause de la partie de la substance divine mêlée dans les herbes et dans les légumes, avec la substance contraire, dont ils séparaient et piiriliaient cette substance divine en la mangeant. Ce sont là des prodiges , je l’avoue : et on n'aurait jamais cru que les hommes en pussent être

I üt Hdtrtt. tn Asrrrt. HIankk. tom. riu , eol. 17.

> Prtr. Sic. ibitt. Cedr. totn. I, p. «M. — ^ lÙd. * t'od. df h^r.y f. t. mu9. Labb-, t. it, p. 170, ISO. —

• Pragm. hut. ÀqvH. edUa a Peint Pith. Bar., t. xi , on.

•? Pr fleer. ÎH fidtr. Hfutth-h. tom. VIII, rot. 15.

trs

si étrangement enlétés, si on ne iravait eonnu par expérience : Dieu voulant donner à l’esprit humain des exemples de l'aveuglement où il peut tomber, quand il est laissé à lui-méme. Voilà donc la véritable origine des hérétiques de France venus des cathares d'Ttalie.

Vignier, que nos réformés ont regardé comme le restaurateur de l'histoire dans le dernier siècle , parle de cette hérésie et de la découverte qui s'en fit au concile d'Orléans, dont il met la date par erreur en 1023 ' ; et il remarque qu’en cette année « furent pris et brûlés publiquement plu-

• sieurs personnages en présence du roi Robert , > pour crime d'hérésie : car on écrit, poursuit-il, « qu’ils parlaient mal de Dieu et des sacrements , « à savoir du baptême, et du corps et du sang de « Jésus-Christ, ensemble aussi du mariage; et ne ■ voulaient user des viandes ayant .sang et graisse, « les réputant immondes. • Il raconte aussi que le princifiai deceshéTétiqiies s'appelait Étienne, dont il donne Glaber fiour témoin, avec la chronique de saint Cibard : « selon lesquels, continue-t-il, plusieurs « autres sectaires de la même liérésie, qu'on ap- » pelait des manichéens, furent exécutés ailleurs,

• comme à Toulouse et en Italie. • N'importe que cet auteur se soit trompé dans la date et dans quel ques autres circonstances de Hustoire : il n'avait pas vu les actes que l'on a recouvrés depuis. Il suffit que cette hérésie d'Orléans dont Ktienne fut l’un des auteurs , dont le roi Robert vengea les excès, et dont Glaber nous a raconté l'bistoire , soit reconnue pour maniché«i»e par Vignier; qu'il l’ait regardée comme la source de rhérésie qu'on punit depuis à Toulouse, et que toute celte impiété fût dérivée de la Bulgarie, comme on va voir.

TJnancien auteur, rapporté dans les additionsdu même Vignier, ne permet pas d’en douter. Le possage de cet auteur, que Vignier transcrit tout entier en lutin * , veut dire en français que « dès que

• l'hérésie des Bulgares commença à se multiplier « dans la Lombardie, ils avaient pour évêque un « certain Mare qui avait reçu son ordre de la Bul- « garie, et sous lequel étaient les Lombards, les

• Toscans, et ceux de la Marche ; > mais qu’il « vint « de Constantinople dans la Lombardie un autre « pape nommé Nicétas , qui accusa l’ordre de la But-

• garie; > et que Marc reçut l'ordre de la Druo- «arie.

Quel pays c'est que la Drungarie,je n’ai pas besoin de l’examiner. Renier, tr^ instruit, comme nous verrons, de toutes ces hérésies, nous parle des Églises manichéennes de Dagrankie et de Jitilgarie ^ ; d'oü viennent tontet tes autre* de la secte en Italie et en France, ce qui, comme l’on voit, s'accorde très-bien avee l'auteur de V ignier. On voit dans ce même ancieti aa/eur de Vignier 4 , que cette itérésie « apportée d'outre-mer, à savoir de Bulp- « rie , de là s'était épanchée par les autres provin-

• ces , où elle fut après en grande vogue au pays de

• Bibl. ki»t. II. pmL à tam I09J. g. STS. — * Adéit. m la II. pari. p. IS3. — * Bea. com/. e. 0, l. IV, Bibl. PP.

pati. tfy p. 7M1. — • yignitr, ibid.

f7fl

• Linpuftloc, de Toulouse et deOaseosne sîgnam* «ment, qui la fit dire aussi des Alb^^eois, qu'on

• a|)|iela semblablement Biil;;.in's, • à eausc de leur oripine. Je ne veux pas répéter ce que Via nier remarque de la manière dont on tournait ce nom de Bul • gares dans notre langue. Le mot en est trop infime ; mais l'origine enesteertaind, et il n'est pas moins assuré qu'on appelait de ce nom les albigeois pour marque du lieu d'où ils venaient, c'est-à-dire, de Bulgarie.

Il n'en faudrait pas davantage pour convaincre ees hérétiques de manidièisme. Mais le mal se déclara davantage dans la suite, principalement dans te Languedoc et à Toulouse; car cette ville était comme le clief de la secte rf où l'hértsle s'riendantt comme porte le canon d'Alexandre III dans le concile de Tours , « à la manière d’un cancer, dans les « pax^ voisins , a infecté la Gascogne et les autres « provinces*. • Commec'était là, pour ainsi dire, la source du mal , c'était là aussi que l’on commença d'y appliquer le remède Le pape Calixte II tint un concile à Toulouse*, où l'on condamne les hérétiquesqui« rejettent le sacrement du corps et du sang « de notre Seigneur, le baptême des petits enfants , « le sacerdoce et tous les ordres ecclésiastiques, et « le mariage légitime. » Le même canon fut répété dans le concile général de Latran sous Innocent II L On voit ici le caractère du manichéisme dans la condamnation du mariage. C'en est encore un autre de rejeter le sacrement de l'eucharistie : car il faut bien remarquer que le canon porte, non pas que ces hérétiques eussent quelque erreur sur ce sacrement, mais qu'ils le rejetaient, comme on a vu que faisaient aussi les manichéens.

Pour le sacerdoce et tous les ordres ecclésiastiques, on peut voir dans saint Augustin et dans les autres auteurs le renversement qu'introduisirent les manichéens dans toute la hiérarchie, et le mépris qu'ils faisaient de tout l'ordre ecclésiastique. A l'égard du baptême des petits enfants, nous remarquerons dan.s la suite que les nbuveaus manichéens l’attaquèrent avec un soin particulier : et encore qu'en général ils rejetassent le baptême * , ce qui frappait les yeux des hommes était principalement le refus qu’ils faisaient de ce sacrement aux petits enfants, qui étaient presque les seuls à qui on le donnât alorsL On marqua donc dans ce canon de Toulouse et de I.atran les caractères sensibles par où cette hérésie toulousaine, qu'on appela depuis albigeoise, se faisait connaître. Le fond de leur erreur demeurait plus caché. Mats à mesure que cette race maudite venue de la Bulgarie se répandait dans l'Occident, ou y découvrit de plus en plus les dogmes des manichéens. Ils péoéti^rent jusqu'au fond de l'Allemagne,et l'empereur Henri IV les y découvrit aOoslar , ville de Souabe , au milieu de l'onzième siècle , étonné d'où pouvait venir cette engeance du mani-

' Comc. Tuf. iti , e. 4; Conr. htbb. 1. 1 , <*o/. Uis.— * Cour. Tôt. fin. 1119; Orne. Labb. l. x, fot. SS7. C'ait. 6. — * Cour. Lot. 11. an. 1139, CCH. 33. — * ..Suÿ. de Her. tn k^. VaniVA. tom. viM, rot. 11. — i Bcb. eerm. r, Bib. PP. t. iv, U. part, p. SI . Btn, cost f'ald. c. 0.

chi'isme Ceux-ci furent reconnus a cause qu'f/a xahalt naicHldelarhair des animaux, quels qu’ils fussent^et ni^cruyaienl iusagedêfendu. L'erreur so répandit bientôt de tous cotés en Allemagne ; et dans le douzième siècle on découvrit lieaucoup de ces hérétiques autour de Cologne. Le nom de cathares faisait connaître la secte; et Kcbert, auteur du temps très versé dans la théologie, nous fait voir dans ces cathares d'autour de Cologne tous les caractères des mauichéens * : la même détestation de la viande et du mariage, le même mépris du baptême, la même horreur pour la communion , la même répugnance à croire la vérité de l'iiicamation et de la passion du Kits de Dieu ; et enOu les autres marques semblables, que je n'ai plus besoin de répéter.

Mais comme les hérésies changent, ou se découvrent davantage avec le temps, on y voit beaucoup de nouveaux dogmes et de nouvelles pratiques. Par exemple , en nous expliquant avec tes autres le mépris que ces manichéens faisaient du baptême, Kcbort nous apprend que s'ils rejetaient (e baptême d’eau’, ils donnaient avec des flambeaux allumés un certain baptême de feu, dont il explique la cérémonie Ils s’acharnaient contre le baptême des petits enfants : ce que je remarque encore une fois, parce que c'est là un des caractères de ces nouveaux manichéens. Ils en avaient encore un autre qui n'est pas moins remarquable ; c'est qu'ils disaient que les sacrements perdaient leur vertu par In mauvaise vie de ceux qui les administraient C'est pourquoi ils exagéraient la corniptiondu clei^é, pour faire voir qu'il n'y avait plus de mcremeiits parmi nous; et c'est une des raisons pour lesquelles nous avoua vu qu'on les accusait de rejeter le sacerdoce et tous les ordres ecclésiastiques.

Ou n'avait pas encore tout à fait pénétré la croyance des deux principes dans ces nouveaux liérétiques. Car encore qu'on sentit bien que c'éuit b raison profonde qui leur faisait rejeter et l'union des deux sexes et toutes ses suites dans tous les animaux, comme les chairs, les œufs, et le laitage; Kcbert est le premier, que je sache , qui leur objecte cette erreur en termes formels. Il dit niênie qu'il a découvert très-certainement que c'était la raison secrète qu'ils avalent entre eux d'éviter la viande, parce que le diable en était te créateur <>. On voit la peine qu'on avait de pénétrer le fond de leur doctrine : mais elle paraissait assez par ses suites.

On apprend du même auteur que ces hérétiques se mitigeaient quelquefois à J'egard du mariage 7. Un certain liartuvin le permettait parmi eux à un garçon qui épousait une Glle, et il voulait qu’oii fiU vierge de part et d'autre; encore ne devait-on pas aller au delà du premier enfant : ce que je remarque afin qu’on voie les bizarreries d'une secte qui n'était pas d'accord avec elle-même, et se trouvait souvent contrainte à démentir scs principes.

• Herm. font, ad am. W63. Bar. t. XI. ad rttmd. on. r*-nturiat. in Cent. %i, e.&, SHbJta. — * Ecb. $erm. xiii. adr. Cath. i. IV , Hibt. PP. part. II. — * Strm. I, n, |I. - • « ibtd. Merm. ?.- > Erb. trrm. IV, rtc.—* Ibid, strm Vi, p, 9t. — 5 &TW». V, p. 91.

DES VARIATIONS, UV. XI

Mais lü marque la plus certaine pour connaître ers liérét iqiies était ic soin <|u’ils avaient de se caclier nuii-seulemeuten recevant ICvS sacrements avec nous, niais encore en répondant comme nous, lorsqu’on les pressait sur la foi. C était l'esprit de la seigle dès son connnrncement; et nous l'avons remarqué dès le temps de saint Auj^ustin et de saint I>on. Pierre de Sicilectaprèslui Cédréiiusnous font voir le même caractère dans les paiiliciens. Non-seulement ils niaient en général qu'ils fussent maniebéens, mais encore, interroges eu particulier de chaque dogme de la foi, ils paraissaient catholiques en trahissant leurs sentiments par des mensonges manifestes', ou du moins en les déguisant par des équivoques pires que le mriisonge, parce quelles étaient plus artiU* cieuses et plus pleines d’hypocrisie. Pnreiemple, quand on leur parlait de l’eau du baptême, ils la recevaient en entendant par l'eau du baptême la doc- ' trille de notre Seigneur, dont les âmes sont purifiées *. Tout leur langage était plein de semblables allégories, et on les prenait pour des orthodoxes, à moins d'avoir appris par un long usage à connaître leurs équivoques.

Ecbert nous en apprend une qu'on n’aurait jamais devinée. On savait qu'ils rejetaient l'eucharistie; et lorsque, pour les sonder sur un article si im{K>r- Lant, on leur demandait s’ils faisaient le corps de notre Seigneur, iis répondaient sans hésiter qu'ils le faisaient, en entendant que leur propre corps, qu’ils faisaient en quelque sorte en mangeant, élait le corps de Jésus-Christ à cause que, selon saint Paul, ils en étaient les membres. Par ces artifices ils paraissaient au deliors très-c.aUtuiiques. Chose étrange! un de leurs dogmes citait, que l'Evangile défendait de jurer pour quelque cause que ce fut 4 : cependant, interrogés sur la religion, ils croyaient qu’il était permis non-seulement de nventir, mais encore de se parjurer ; et ils avaient appris des anciens priseillianUles, autre ünanclie de manichéens connue en Espagne, ce vers rap|>orlepar saint Augustin : « Jurez, parjurez-vous tant que xous \ou- M drez; et gardez-vous seulement de trahir le se- * cret de la secte : » Jura, perjura, secretum prodere noU C’est pourquoi Ecbert les a|>pelait des hommes obscurs des gens qui ne prêchaient pas, mais qui parlaient à l'oreilte; qui se cachaient dans des coins, et qui murmuraient plutôt en secret qu'ils n’expliquaient leur doctrine. C'était un des attraits de In secte : on trouvait je ne sais quelle douceur dans ce secret impénétrable qu’un y observait; et, comme disait le Sage, ces eaux (/u'vn buvoit furtivement paraissaient /dus agréables^. Saint Bernard, qui connaissait bien ces hérétiques, comme nous verrons bientôt, y remarque ce caractère particulier *, qu’au lieu que les autres hérétiques, poussés par l'esprit d'orgueil, ne cherchaient qu'a se faire connaître , ceux-ci au contraire ne tra-

* Petr. Sic. Util. Ub. de kist. MoMieh. — * Ibid. Cedr. t. /, P 4.1». — Kcrm. I, H. — * Bcrn. t» Cnnt. âerm.

LXV, «. î, tom. I, coi. 1401. — * t>e Wrr. in /utr. Prhcilt. t. nu. eoi. M. Erb. tvrm. n. Bcrn. ibid. — • IhU. tib. id. êcrm.

» 7> — ’ Prov- IX , 17. - • 5cn»i. LW. i» Vant. n. i.

BOKMJET. — TOME IV

vaillaient qu'à se cacher : le.s autres voulaient vaincre; ceux-ci plus malins ne voulaient que nuire, et se coulaient sous l'herhe pour inspirer plus sûrement leur venin par une secrète morsure. C'est que leur erreur découverte était à demi vaincue par sa propre ab.surdité : c'est pourquoi ils s'attaquaient a des ignorants, à des gens de métier, à des feinmeleites, à des paysans, et ne leur recommandaient rien tant que ce secret mystérieux «.

Enervin , qui servait Dieu dans une Eglise auprès de Cologne, dans le temps qu'on y découvrit ces nouveaux manichéens dont Ecbert nous a parlé , en fait dans le fond le même récit que cet auteur : et ne voyant point dans l'église de plus grand docteur à qui il püt s'adresser pour les confondre que le grand saint Rernard, abl>é de Clnirvaux, il lui en écrivit la belle lettre que le docte P. Mabillon nous a donnée dans ses .inalcvics *. IJi, outre les dogmes de ces iiércliques que je ne veux plus répéter, nous voyons tes partialités qui les firent découvrir : on y voit la distinction des auditeurs et des éius^; car.aetère certain de niaiiichéisine marqué par saint Atigu.slin : on y voit qu'i/s avaient leur pape 4 ; vérité qui se découvrit davantage dans la suite : et enfin qu'ils SC glurillaieiit que « leur doctrine avait « duré jusqu'à nous , mais cachée, dés le temps des " martyrs, et ensuite dans la Grèce, et en quelques ■ autres pays, » cc qui est très-vrai; puisqu'elle venait de .Marcion et de Manès, hérésiarques du troisième siocle ; et on peut voir par là de quelle boutique est sortie la méthode de soutenir la perpétuité de l'Eglise, par une suite cachée et par des docteurs répandus deçà et delà sans aucune succession maiiife.stc et k^gitime.

Au re.ste, qu'on ne dise {kis que la doctrine de CCS hérétiques fut pml-ctre calomniée pour n'avoir pas été bien entendue : ü parait , tant par la lettre d'Enerviii que par les serinons d'Ecbert,que l'examen de ces hérétiques fut fait publiquement^, et que c elait un de leurs evéques et un de leurs compagnons qui soutinrent leur doctrine autant qu'ils purent en presence de i'arclievêtjue, de tout le clergé et de tout le |»euplr.

Saint Bernard, que le pieux Enervin excitait à réfuter ces hérétiques, lit alors les deux beaux sermons sur les Cantiques, où il attaque si vivement les hérétiques de son temps. Ils ont un rapport si m.inifeste à l.i lettre d'Enervin, qu'on voit bien , qu'elie y a donné occasion : mais on voit bien aussi, delà manière si ferme et si positive dont parle saint Bernard, qu’il était iustriiit d'ailleurs, et qu'il en savait plus qu'Enervin lui-même. En effet, U y avait déjà plus de vingt ans que Pierre de Bruis et son disciple Henri avaient répandu secrètement ces erreurs dans le Dauphiné, dans la Provence , et surtout aux environs de Toulouse. Saint Bernard Ut un voyage dans ce pays-là pour y déraciner ce mauvais germe ; et les miracles qu'il y fit en confirmation de la vérité catholique sont plus éclatants

• Ibid. Bcb. ifiit. iib. eic. Dem. srrni. Ltv, l.XTi. — * Kncrfin. ep. ad. S. Bcrn. Ànat. Ili, p. 4b2. — * Ib. 4SS, 46# — • * Ibtd. p. 4&?. — * Ibid. p. 463. AV6. term i v

ns

que le soleil. Mais ce qu*il importe de bien remarquer» cVsl qu’il u’oublia rien pour s’instruire d'une hérésie qu’il allait combattre, et qu’ayant conféré souvent avec les disciples de ces hérétiques, il n’en a pas ignoré la doctrine. Or il y remarque distinctement , avec la condamnation du bapiém^ des petits enfants , de r/nrocot/ion des saints et des oWations pour les iwor/«, celle de Vusage du mariage , et de tout ce qui était sorti de près ou de loin de l'union des deux sexes , comme était la viande et te laitage '. Il les taxe aussi de ne pas recevoir l’Ancien Testament , et de ne recevoir que l’ Évangile tout seul*. C'était encore une de leurs erreurs, notée par saint Bernard , qu'un pécheur nVlail plus évéque, et que ■ les papes, les archevêques, les

• évêques et les prêtres n’étaient capables ni de

• donner ni de recevoir les sacrements , à cause « qu'ils étaient pécheurs « Mais ce qu'il remarque le plus, c'est leur hypocrisie, non-seulement dans l’appar nce trompeuse de leur vie austère et pénitente , mais encore dans la coutume qu'ils observaient constamment de recevoir avec nous les sacrements, et de professer publiquement notre doctrine, qu'ils déchiraient ensecret^. Saint Bernard fait voir que leur piété n'était que dissimulation. Kn apparence ils blâmaient le commerce avec les femmes , et cependant on les voyait tous passer avec une femme lesjoursetles nuits. La profession qu’ils faisaient d'avoir le sexe en horreur leur servait à faire croire qu'ils n'en abusaient pas. Ils croyaient tout jurement défendu ; et , interrogés sur leur foi , ils ne craignaient pas de sc parjurer ; tant il y a de bizarreries et d'inconstance dans les esprits excessifs. Saint Bernard concluait de toutes ces choses, que c’était là ce mystère d'iniquité prinlit par saint Paul ^ , d’autant plus à craindre qu’il était plus cacl»é ; et que ces hommes soûl ceux que le Saint-Ksprit a fait connaître au même apôtre comme des hommes séduits par le démon , qui disent des mensonges en hypocrisie ; dont h conscience est cautérisée , qui défendent te mariage et les viandes que Dieua créées *. Tous les caractères y conviennent trop clairement pour avoir besoin d’étre remarqués : et voilà les pn'décesseurs que se donnent les calvinistes.

De dire que ces hérétiques toulousiirns , dont parle saint Bernard , ne sont pas ceux qu’on appela vulgairement les albigeois, ce serait une illusion trop grossière. I.es ministres demeurent d'accord que Pierre de Bruis et Henri sont deux des chefs do cette secte, et que Pierre le Vénérable , abbé de Cluni, leur cx)ntemporain, dont nous parlerons bientôt , attaqua les albigeois sous le nom de ftétroàusiens 7. Si les auteurs sont convuiiicus de manichéisme, les sectateurs n’ont pas dégénéré de cette doctrine ; et on peut juger de ces mauvais arbres par leurs fruits : car encore qu’il soit constant par les lettres de saint Bernard, et par les auteurs du

' Sem*. LXVi in Canl. «.{>.» Se-rm. LXT, n 3. — * Srrm. LlVi, n. II. — ♦Serm. i.kv Cani.H.y.- M il, 7.

- • iJrrm. i.Wi . n. i, I. Tînt, jv, |, g, 3. — ’ /i Itoq. Uitt. ét 1 tur/i. 4&7. 4:^3.

temps ' , qu’il convertit beaucoup de ces liérétiquei toulousains disciples de Pierre de Bruis et de Henri, la race n’en fut pas éteinte, et ils gagnaient d’autant plus de monde qu'ils continuaient à se eadier. On les appelait les bonshommes, tant ils claientdoux et simples en apparence : mais leur doctrine parut dans un interrogatoire que plusieurs d’eux subirent à Loinbez , petite ville près d'Albi, dans un concile qui s’y tint en 1176».

Gaucelin, évêque de Lodève, bien instruit de leurs artifices et de la saine doctrine, y fut chargé de les interroger sur leur croyance. Ils biaisent sur beaucoup d'articles, ils mentent sur d’autres; mais ils avouent, en termes formels, qu'ils rejettent l’Ancien Testament ; qu’ils croient la consécration du corps et du sang de Jésus-Christ également bonne , soit qu’elle se fasse par un laïque ou par un clerc, pourvu qu'ils soient gens de bien; que tout serment est illicite; et que les évêques et les prêtres, qui n'avaient pas les qualités que saint Paul prescrit , ne sont ni prêtres , ni évêques. On ne put jamais les obliger, quoi qu’on pdtdire, à approuver le mariage, ni le baptême des petits enfants; et le refus obstiné de recoooattre des vérités si constantes fut pris pour un aveu de leur erreur. On les condamna aussi par l’Ecriture, comme gens qui refusaient de confesser leur foi ; et sur tous les points proposés ils sont vivement pressés par Ponce, archevêque de Narbonne; par Arnaud, évêque de Nîmes; par tes abbés, et surtout par Gnucelin, évêque de Lodève, que Gérauld , évêque d'Albi , qui était présent et l'ordinaire du Iteu, avait revêtu de son autorité. Je ne crois pas qu'on puisse voir en aucun concile ni la procédure plus régulière, ni l'Ecriture mieux employée, ni une dispute plus précise et plus convaincante. Qu'on nous dise encore après cela que ce qu’on dit des albigeois sont des calomnies.

Un historien du tem|)s récite au long ce concile ^ , et donne un fîdele abrégé des actes plus amples qu'on a recouvrés depuis. Voici comme il commence son récit : • Il y avait dans lu province de « Toulou.se des hérétiques qui se faisaient appeler " les bons hommes, maintenus par les soldats de « Lombez. Ceux-là disaient qu’ils ne recevaient ni O la loi de Moïse, ni les propl>ètes, ni les Psaumes, « ni l'Anelen Testament , ni les docteurs du Nou- « veau; à la réserve des Evangiles, des Epîtres de « saint Paul , des sept Epitres canoniques , des « Acte.s et de l'Apocalypse. > C’en est assez, sans parler davantage du reste, pour faire rougir uos protestants des erreurs de leurs ancêtres.

Mais, pour faire soupc^onner quelque calomnie dans la procédure qu’on tint contre eux, ils remarquent qu'on les appela non point manichéens , mais ariens; que cependant les manichéens n’ont jamais été accuses d'arianisme, et que Raronius lui-même a reconnu cette équivoque Quelle chicane, de verbaliser sur le titre qu'on donne à une

• Epiai. 241. ad Toi. fit. S. Urrn. lib. ni, c. 6. — *

Couc. Ltnub. t. X. Cône. Labb. col. 1471 , oit. il 76. — ^ Hugrr. Uovrtl. ia ySnnaI.Angl, — * La Roq.ibUt. Bar. t. Xii, 4/». c:4.

DÏS VARIATIONS, LIV. XI

hérésie; quand on la voit dési|znée, |>our ne point parler dcsautresin.irques,parcetledcrejeterrAncien Te:>tamenl! Mais il faut encore montrer a ces esprits contentieux quelle raison on avait d'nn-user les manichéens d'arianisme. Cest que Pierre de Sicile dit ouvertement qu’ils professaient la Trinité en paroles, qu'ils la niaient dans leur cœur, et qu'ils en tournaient le mystère eu allégories impertinentes

C'est aussi ce que saint Augustin nous apprend à fond. Fauste, évéque des manichéens, avait écrit : « Nous reconnaissons .sous trois noms une

• seule et mémo divinité de Dieu le Père tout-{>uis-

• sant, de Jésus-Christ son Fils, et du Saint- « Esprit *. > Mais il ajoute ensuite : que le Père habitait la souveraine et principale lumière, que saint Paul appelait inaccessible: pour te Fils, qu'il résidait dans la seconde lumière, qui est la visible ; et qu’étant doubleselon l'apôtre, qui nous parle de la vertu et de la .sagesse de Jésus-Christ , sa vertu résidait dans le soleil , et sa sagesse dans la lune : et enfln pour le Saint-Esprit, que sa demeure était dans Pair qui nous environne. Voilà ce que disait Fauste ; par où*saint Augustin le convainc de séparer le Fils d'avec le Père, même par de.s lieux corporels; de le aéparer encore d'avec luiinéme.etdeséparerle Saint-Esprit dePuii et del’au- Ire ^ : les situer aussi , comme faisait Fauste , dans des lieux si inégaux, c'était mettre entre les personnes divine.s une trop manifeste inégalité. Telles étaient ces aHégories pleines d'ignorance, |jar lesquelles Pierre de Sicile convainquait les manichéens de nier la Trinité. Ce n'etoit pas la confesser que de l’expliquer de cette sorte; mais , comme dit saint Augustin, c'étail coudre la foi de la Trinilé à ses iuvenlions. Un auteur du douzième siècle, contemporain de saint Bernard, nous apprend que ces hérétiques ne disaient point, Cloria Patri*; et Renier dit expressément que les cathares ou albigeois ne croyaient pas que la Trinité fdt un seul Dieu, mais qu’ils crovuient que le Père était plus grand que le Fils et le Saint-F^sprit Il ne faut donc pas s’étonner que les catholiques aient ran>(é quelquefois les manidiéens avec ceux qui niaient la Trinité sainte, et que par cette considération iis aient pu leur donner le nom d'ariens.

Pour revenir au manieliéismc de ces hérétiques, Gui de Nogent, célèbre auteur du douzième siècle et plus ancien que saint Bernard , nous fait voir autour de Soissons des hérétiques « qui faisaient « un fantôme de l’incarnation; qui rejetaient le « baptême des petits enfants; qui avaient en hor- « reur le mystère qu'on fait à l'autel; qui prenaient • pourtant les sacrements avec nous; qui rejetaient « toutes tes viandes, et tout ce qui sort de l'uiiion . des deux sexes » Ils faisaient, à l’exemple de ces hérétiques que nous avons vus à Orléans, une

• Petr. Sic. ibid. — * Pau$t. itp. Aug. tib. xx, conl. PaM$t.

cap. S, /. VMI, cul. 3.13. — ' Faual. ap. lîb. ix, en»t.

f'aift. rap.T, t. vm. col. 336. —* Hcrib. nton. tp. Jnat. ni. ^ * Ken. ront. f'atd. c, 6, /. IT. Bibl. PP. p. 7ûO. — ^ De piXa tua , Ub. lu, c. 19. ■

eucharistie et un sacrifice qu'on n'ose décrire; et, pour se montrer tout à fait semblables aux autres

manichéens , Us se cachaient comme eux et se cou hient en secn l fHirmi nous, avouant et jurant tout ce qu un voulait, |H)ur se sauver du supplice.

Ajoutons à ces témoins Radulplius Ardens, auteur célèbre du onzième siecle, dans la peinture qu'il nous fait des hérétiques d’Agénois, • qui se

• vantent de mener la vie des apôtres ; qui disent

• qu'ils ne mentent point, qu'ils ne jurent point; « qui condamnent l’usage des viandes et du maria* ■ ge; qui rejettent l’Ancien Te.stamenl et nereçoi-

• vent qu’une partie du Nouveau, et, ce qui est de

• plus terrible, admetlcat deux Créateurs; qui di- « sent que le sacrement de l'autel n’est que du

• pain tout pur; qui méprisent le baptême et la

• résurrection des corps • Sout-celà desmanicJiéens bien marqués.’ Or on n’y voit point d'autres caracteresquedans ces Toulousains et ces albigeois, dont nous avons vu que la secte s'était répandue en Gascogne et d.ins les provinces voisines. Ageu avait eu auasi ses docteurs particuliers; mais, quoi qu'il en soit, on voit partout le même esprit, et tout y est de môme sorte.

Trente de ces lierétlques de Gascogne seréfiigicrciit en Angleterre en l'an U60. Ün les appelait poplicains ou publicains. Mais voyons quelle était leur doctrine par Guillaume de Neiidhri^e historien voisin de ce temps, dont Spelman, auteur protestant, a inséré le léinoignaue dans le second tome de ses Conciles d'Angleterre. « On lit " dit-il », entrer ces hérétiques dans le concile as- « semblé à Oxford : Girard, qui était le seul qui « siil quelque cliosc, répondit bien sur la substance « du médecin céleste ; mois quand on vînt aux rc-

• modes qu’il nous a laiss<^, ilsrn parlèrent tres- « ma), ayant en horreur le baptême, l'eueharisiie « et le mariage, et méprisant l'unité catholique. • I.,es protestants rangent parmi leurs ancêtres ces hérétiques venus de Gascogne*, â cause qu'ils parlent mal du sacrement de reucliaristie , selon les Anglaisde ce temps, qui étaient persuadés de la présence réelle. Mais ils devraient considérer que ces poplicains sont accusés, non pas de nier la présence réelle, mais d'avoir en horreur l'eucha> rlsfle, aussi bien que le baptême et le mariage, trois caractères visibles du manichéisme : et je ne tiens pas ces liérciiques entièrement justifiés sur le reste, sous prétexte qu’ils en répondirent assez bien; car nous avons trop vu les artifices de celte secte; et en tout cas ils n’en seraient pas moins manichéens, quand ils auraient adouci quelques erreurs de celle secte.

Le nom même de publicains ou de poplicains était un nom de manichéens, comme il parait clairement par le témoignage de Guillaume le Breton. Cet auteur, daiLs la Vie de IMiilipiie-Auguste, dédiée à Louis son fils aine, parlant des hérétiques

• Padulp. Ard. tenu, in Dom. Vin. pa»l. Trim. t n. — .

> Cuill. Seudb. Rrr. Augl. Ub, II, c. 13. Cohc. Ox. tom. il; Cour. Aug. Cotte. Ltxbb. Um. x. an. ilOO, col. ue3.-~> Lo Uitl. de l't'yc. t\ 13, p. 4SI).

ISO

msTOini:

qu’on apfwhtit ruUjnireuieul ftopficains , dit (ju'ils rejrtaifiit le qu'ils regardaient comme un

critne de mander de la cliaiCf et (ju'its avaient les litres superstitions que saint Paul remarque en \ eu de mots ‘ : c'était dans la première à Timo- Miée.

Cependant nos réformés croient faire honneur ; ux disciples de Vaido, de les mettre au nombre d<‘S popiirains *. Il n'en faudrait pas liavnnta^c pour condamner les vaudois; mais je ne me veux point prévoloir de celte erreur : je laisserai aux vaudois leurs licrésies particulières; et ü me suflit d'avoir fait voir que les poplicatns sont convaincus de manichéisme.

Je reconnais avec les protestants^ que le traité d'Krmeiig.ird n'a pas dd être intitulé con/rc /fÿ vatidoiSf comme il l'a etc par Gretser; car il ne parle en aucune sorte de ces hérétiques : mais cVst que du temps de Gretser on nommait du nom coin' mun de vaudois toutes les sectes séparées de Home depuis le onziL'ine ou douzième siècle jusqu'au temps de Luther ; ce qui Ht que cet auteur, en pu> hhant divers traités contre ces sectes, leur donna ce titre général , contre les raudois : mais il ne laissa pas de conserver h chaque livre le titre qu'il avait trouvé dans le manuscrit. Voici donc comme Krmengard ou Lrmengaad avait intitulé son livre: Traité contre tes hérétiques qui disent que c’est le démon , et non pas Dieu^ qui a créé ce monde et toutes les choses visibles Il réfute en particulier, cliapitre à chapitre, toutes les erreurs de ces héréli* ques,qui sont toutes cellcsdu manichéisme que nous avons tant de fois marquées. S'ils parlent contre l'eucharistie, ils ne parient pas moins contre le bap* téme : s'ils rejettent le culte des saints et d'autres points de notre doctrine, ils ne rejettent pas moins la création , l’incarnation, la loi de Moïse, le mariage, Tusage de la viande, et la résurrection^; de sorte que sc prévaloir de Tautonté de cette secte, c'est mettre sa gloire dans l'infamie même.

Je passe plusieurs autres témoins, qui ne sont plus nécessaires après tant de preuves convaincantes : mais il y en a quelques-uns qu'il ne faut pas oublier, h cause (pi'insensiblement ils nous introduisent à la connais.s<ince de.s vaudoi.s.

Je produis d'ahurd Alaiius, célèbre moine de l'ordre de Cileaux , et l’iin des premiers auteurs qui ont écrit contre les vaudois. Celui-ci dé<lia un traité contre les hérétiques de son temps au comte de Montpellier son seigneur, et le divisa en deux livres. I/C premiiT regarde leshénitiquesde son pays. Il leur attribue les deux principes, et la fausseté de rincarnation de Jésus-Christ avec son corps fanlastiipic, cl tonies les autres erreurs des rnani* eliéens contre la loi de Moïse, contre la résurrection, contre l'usage de la viande et du mariage : à quoi il ajoute quelqm^s autres choses que nous n'avions pas vues encore dans les albigeois; entre

• PMlip. lib. I, Dneh. t. V, UîaL Franc, p. 103. —■* Ritq. 4SS. — * />! tlnq. — * Tt>m. X. kibl. PP. /. p<trU

p. 1133. — » Ibid. cap. \i, xtl, XIII. ibtd. e. i, il, lil, VU. Ibid. X, x«, kii.

autres, la damnation de saint .Îean-Baptistc, pour avoir douté de la venue de Jé.sii.s-Cliri.st * ; car îia prenaient |K>ur un doute du saint précurseur ce qu’il lit dire au Sauveur du monde par ses disciples : iLteS’Vous celui qui devez venir*? Pensée trè.sextravagaiile, mais ties-coutorme à ce qu'écrit Fauste le maniehéen , au rapport de saint Augustin Les autres auteurs qui ont é<‘rit contre ces nouveaux manicliécfis , leur attribuent d'un commun accord la même erreur

Dans la seconde partie de son ouvrage, Aianus traite des vaudois, et il y fait un dénombrement de leurs erreurs, que nous verron-s en son lieu : il nous suflit d'observer ici qu’il n’y a rien qui ressente le manielit'isme , et de voir d’abord ces deux sectes entièrement distinguées.

Celle (le Valiio était encore assez nouvelle. E)U^ avait pris nais.sance à Lyon en l'an 1 160, et Alanus écrivait en 1202, au cuiiimencement du treiziéme siècle. Un peu apres, et environ l'an 1209, Pierre de. Vaucernai fit son Histoire de.x Albigeois, ou, traitant d'abord des diverses sectes cl hérésies de son lemp.s, il met eu premier lieu les manichéens, dont il rap(K)rle les divers p.irlis mais où l'on voit toujours qiichjues caractères de ceux qu'on a remarqués dans le manicliéi.<ine, encore que dans les uns il soit outré, et dans les autres mitigé et adouci, selon la fantaisie de ces hérétiques. Quoi qu'il en soit, tout est du fond du manichéisme; et c'est le propre caroclère de l'herdsle que Pierre de Vaueernai nous représente dans ta province de Sarbonne, c'est-à-dire di‘ l'iiérésie des albigeoi.s dont il entreprend l'Instoire. Il n'attribue rien do semblable à d'autres hérétiques dont il |>arle. • Il v « avait, dit-il, d'autres hérétiques qu'on appidait « vaudois, d'un certain Valdins de Lyon. Ceux-là « sans doute étaient mauvais; mais non pas à corn- « paraison de ces premiers. » Il marque ensuite en peu de paroles quatre de leurs erreurs principales, et revient au-ssitot après à ses albigeois. Mais ces erreurs des vaudois sont trcs-éloignées du manichéisme, comme nous verrons liientôt : et voilà encore une fois les albigeois et les vaudois, deux sectes très-bien distinguées, et la dernière sans aucune marque de manicliéens.

Les protestants veulent croire que Pierre de V.mj cernai y parlait de l’hérésie des albigeois sans trop I savoir ce qu’il disait, à cause qu’il leur attribue des i blasphèmes qu’on ne trouve point même dans les ' manichéens. Mais qui peut garantir tous les secrets et toutes les nouvelles inventions de celte abominable secte? Ce que Pierre de Vaueernai leur fait dire des deux Jésus , dont l'un est né dans une visible et terrestre nétliléem, et l'autre dans la Bethléem céleste et invisible, est à peu près de même génie que les autres rêveries des manichéens. Cette Bethli'îein invi.sible revient assez à la Jérusalem d'en haut, que les pauliciensde Pierre de Sicile ap-

* Man.p. 31. — * .Vo</A. XI, S. — * ▼ oowf. Fautt. e. I, U>m. vill, co/. H>3. — * F.bramt. JnUhter. c. 13, fom. iv, Uib- PP. p. 1331. Enticntf. c. vi, ibid. 13.3®, etc. — * Hnt. .-ilbiÿ. Petr. Mon. t'at, Cem. c. 3, /. v, Hi»t. Franc. UucH.

DES VAUIATIO.NS, I.IV. XI

pelaient la »i(*re de Dieu,é'oi\ Jésus-Christ était I sorti. Qu’on dise tout ce qu’on voudra de Jésus | visible qui n’était point le vrai Christ, et (|ue ces liéréliques croyaient mauvais; je ne vois rien en cela de plus insensé que les autres blasphèmes des manichéens. Kous trouvons chez Ucnier des \\erétiques qui tiennent quelque chose des manidiéens ' > et qui reconnaissent un Christ filsde Josepli et de Marie, mauvais d’abord et pécheur, mais ensuite devenu bon et réparateur de leur secte. Il e.st constant que ces liérétiques manicitéens changeaient beaucoup. Renier, qui a été parmi eux, distingue les opinions nouvelles d’avec les anciennes, et remarque qu'il s’y était produit beaucoup de nouveautés de son temps, et depuis l'an 1230 *. L’ignorance et l’extravagance ne demeurent guère dans un même état, et n'ont point de bornes dans les hommes. Quoi qu’il en soit, si c’était la haine qu’on avait pour les albigeois qui leur faisait altrihuer le manichéisme, ou si l'on veut quelque chose de pis; d’où vient le soin qu’on prenait d'en excuser les vaudois, puistpron ne peut pa.s .supposer qu'ils fussent plus aimés que les autres, ni ennemis moins déclarés de l’i-^gUse romaine? Cependant voilà dcj.à doux auteurs très*zé!és pour la doctrine catholique, et très-opposés aux vaudois, qui prennent soin de Jes séparer des albigeois manicliccns.

Kn voici encore un troisième, qui n’est pas moins considérable. C'est Ebrard, natif de Réthune , dont le livre, intitulé .intihérésie, est composé contre les hérétiques de Flandre. Ce.s hérétiques s'ap|>elaient piplesou piphles, dans le langage du pays^. Un auteur protestant ne conjecture pas mai , quand il veut que cc mot de piphles soit corrompu de celui de popiicaius^; et par là on peut connaître que ces hérétiques flamands étaient, comme les popliaains, des manichéens iKirfuits : bons protestaiPs toutefois si nous en croyons les calvinistes, et dignes d’élre leurs ancêtres. Mais, pour ne nous arrêter pas au nom, il n'y a qu'à entendre Ehranl, auteur du pays, quand il nous parle de cvs hérétiques‘.Le premier trait qu’il leur donne, c’est qu’ils rejetaient la loi et le I)ieu qui l’avait donnée : le reste va de même pied, et ils méprisaient ensemble ic mariage, l'usage des viandes et les sacrements. I

Après avoir mis par ordre tout ce qu'il avait à dire contre cette secte, il parle contre celle des vaudois qu’il distingue comme les autres de celle dt>s nouveaux manichêeus; et c’est le troisième témoin (pie nous ayons à produire. Mais en vùi?i un (|uatrièmc plus important en ce fait que tous les autres.

Cesl Renier, de l'ordre des frères prêcheurs, dont nous avons dej.i rapporté quelques passages. Il écrivit environ l’an 1230 ou o4, et il intitula son livre : De hwretirh » /)rx hérétiques ^ comme il le témoigne dans sa préfacé. U sc qualifie frère Henier, autrefois hérésiarque ^ et maintenant pré^

' R<h. rvmi. /'fl/, c. «, /. iv . 11. pnti. liîh. PP. p. 7s3. —

» Ibid. p. — i Jbid. p. 1075. petr. tfe /'ni. Cfrn. ib. e. S.

* Lft Kf»q. 4C>t. — * c.\,i,Zet scq. — • Cap. 15.

frfy à cause qu’il avait été dix-sept ans parmi les catiiares, comme il le répète par deux fois. Cet au* leur est bien ronnu des protestants, qui ne cessent! de nous vanter la bt’ÜG peinture qu’il a faite «h^s mœurs (les vaudois' Ml en est d’autant plus crovabie, pui.squ'il nous dit si sinc(Veim’nt le bien et In mal. Au reste, on ne peut pas dire qu'il n’ait pas été bien instruit de toutes les sectes de son temps. Il avait souvent assisté à l’examen des héréliqtio.s; et e’étail là qu'on approfondisi*nit avec un soin extrême Jusques aux moindres diffcrences de tant de seeles (dïseures et arlifîcieuse.s, dont la chrétienté était alors inondê‘e. îMusieiirs se convertissaient et révélaient tous les secrets de leur secte, qu’oii prenait grand soin de retenir, frétait une partie de la guérison, de bien connaître le mal. Outre cela, Uenler s'appliquait a lire les livres des héréiicjues, comme il fit le grand volume de Jean de Lyon , un des chefs des nouveaux manichéens*; et c’est de là qu’il a extrait les articles de sa doctrine qu'il a rapportés. 11 ne faut domc pas s’étonner que cet auteur nous ait raconté plus cxaclement qu'aucun autre les différences des sectes de son temps.

La première dont il nous parle est celle de? pauvres de I.yon, descendus de Pierre Vaido ; et il en rapporte tou.s les dogmes, jusques aux moindres précisions *. Tout y est lrès-(*loigné des manichéens, comme on verra dans la suite. De là il pas.se aux autres sectes qui tiennent du niî nichéi.sme; et il vient enfin aux cathares, dont U savait tout le secret : car oulre qu’il avait été, comme on a vu, dix-sept ans entiers parmi eux, et des plus avant dans la secte, il avait entendu prêelier leurs plus grands docteurs , et entre autres un nommé Nazarius, le plus ancien de tous, qui se vantait d'avoir pris se.s instntclions, il y avait soixante ans, des deux principaux pasteurs de l'f'gli.se de Rulgarie4. Voilà toujours cette descendance delà Riilgarie. C'est de là que les cathares d’Italie, parmi ; lesquels Renier vivait, tiraient leur autorité; et comme il a été parmi eux durant tant d’années, il ne faut pas s’étonner qu'il nous ait mieux expliqué, et plus en paiticulier, leurs erreurs, leurs sacrements, Icui's cérémonies, 1rs divers partis qui ; s'étaient formés parmi cux.jivec les rapports aus'^i bicoque les différences des uns et des autres. On y voit partout très-clairement les principes, le« impiétés et tout l'esprit du manichéisme. I.a distinction des élus et des auditeurs, caractère p^rticulierüe la secte célèbre dans saint Augustin et dans les autres auteurs, se trouve ici marquée sous un autre nom. Nous apprenons de Renier que ces hérétiques, outre les cathares et les purs, quiétaieiit les parfaits de la secte, avaient encore un autre ordre qu’ils appelaient leurs croyan/i composés de toutes sortes de gens. Ceux-ci n'étaient pas

• lien, cont. /'al. lom. IV. Dib. PP. part. II, /». 7IS. prtrf. ibid. 746. ;6«(/.7r>6,7&7. Ibid. c.7,p. IM.Ibid. r. 3.p. 745. — * lien. rant. /‘al. tom. iv, £fié. PP.}>art. II, cap. 0 p. 76i, 763 — ^ /6icf. e.b,p. 749rf ieq. — * Ren. cont /'al. tam. W.llib. PP. part. II,C. 6. /). 7b3, 761, 756, 7W- — b Ibid. 7.V6.

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. et champ a champ; J , répilier», »’il»

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