‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 28 sur 192 · IRI · texte numérisé non relu

IRI

- et leur iipparence: et ainsi vous laissez lo peuple

• üp Dieu sans sacrilicc. «

Pour les erreurs dont ce saint abbé ne parle pas, et Cf’iles dont il doute, il est aisé de comprendre que c’est qu’elles n'etaient pas encore assez avérées, et qu’on n'avait pas pénétré d’abord tous les secrets d'une secte qui avait tant de replis et tant de détours. On les découvrait peu ii peu ; et Pierre le Vénérable nous apprend lui-méme que Henri, disciple de Bruis, avait beaucoup ajouté aux cinq cliapitres qu’on avait repris dans son maître ». Il avait entre ses mains l’écrit où l’on avait recueilli de la propre bouche de niéré>>iarque toutes ses nouvelles erreurs. Mais ce saint abbé attendait, pour les réfuter, qu’il en fût encore plus assuré. Saint Bernard, qui a vu de près ces hérétiques, en savait plus que Pierre le Vénérable, qui n’en pcrivaît que par rapport : mais il ne savait pas tout , et c'est pourquoi il n’osait pus les appeler tout ù fait manichéens * ; car il n’était pas moins circonspect que Pierre le Vénérable à ne leur rien imputer que de certain. En effet, voici comme il parle de leurs impuretés : On Hit f/u’ils Jont en secret des choses honteuses^. On dit y c’est qu’il ne les savait pas encore avec certitude, et c’est pourquoi il n’osait en parler positivement. Ceux qui les unt sues en ont parlé : mais cette discrétion de saint Bernard nous fait voir combien est certain ce qu'il leur objecte.

Mais, dit-on, il était crédule, et Othon de Frisint^ue, auteur du temps, lui en a fait le reproclie.

Il faut encore écouter celte ronjeclurc, que les protestants font tant valoir Il est vrai, Othon de Frisin^ue trouve saint Bernard trop crédule, à cause qu’il fit condamner les erreurs visibles de Gilbert de La Porrée, évéque de Poitiers que son disciple Othon lâchait d’excuser. Ce reproche d’Othon est donc une excuse qu’un disciple affectionné prépare à son maître. Voyons toutefois en quoi il fait consister la crédulité de saint Bernard. « C’est,

• dit Othon que cet abbé, parla ferveur de sa

• foi , et par sa bonté naturelle, avait un peu trop

• de crédulité : en sorte que des docteurs qui se « fiaient trop à la raison humaine , et à la sagesse « du siècle, lui devenaient suspects; et si on lui

• rapportait que leur doctrine no ftU pas tout à fait « conforme à la foi, il le croyait aisément. » Avaitil tort? Non sans doute; et l’expérience fait assez voir que Pierre Abélard, qui lui devint suspect par cette raison, et Gilbert, qui expliquait la Trinité plutét selon les Topiques d'Aristote que selon la ■ tradition et la règle de la foi, s’écartèrent du bon chemin, puisque leurs erreurs, condamnées dans les coïK'iles, sont également abandonnées des catholiques et des protestants.

N’accusons donc pas ici la créthilité de saint Bernard. S'il nous a représenté Henri le disciple de Pierre de Bruis, et le séducteur des Toulousains, comme le plus scélérat et le plus hypocrite de tous

* F-!*- ad Efiisc. rlr, <tHte Fpht, contra Peirob. ihid.

p. Iü3t- — * ^rm. l.xvi r» faut. — * Senw. LXV. — * .4tbcrt. La Hnç. — ‘ Oth. Fr'a. tn Fndcr. (ib. | , c. 4S, 47. — * tbid.

les hommes, tous h'S autours du temps en ont fait le même jugement ’. Les erreurs qu’il attribue aux disciples de ces hérétiques ont été reconnues, et se découvraietit tous les jours de plus en plus , comme la suite de celte histoire l’a fait paraître. Ce n'était pas témérairement que saint Bernard leur imputait celle que nous trouvons dans ses Sermons.

• Je veux, dit-il *,vousraconterleursim|>ertinencfs, ff que nous avons reconnues par leurs réponses

• qu’ils ont faites sans y penser aux catholiques, « ou par les reproches mutuels que leurs divisions « ont fait éclater, ou par les choses qu'ils ont « avouées lorsqu’ils se sont C4>nvertis. » Voilà comme on reconnut ces iniperlintnces , que saint Bernard appelle dans la suite des blasphèmes. Quand il n'y aurait autre chose dans les henriciens que leur aveugle attachement pour ces femmes qu'ils tenaient dans leur compagnie , comme le raconte saint Bernard, et avec lesquelles ils passaient leur vie enfermés dans la inème rhambre nuit et jour, c'en serait assez pour les avoir en horreur. Cependant la chose était si puhlique, que saint Bernard voulait qu’on les connût à cette marque : • Dites-mni , « leur disail-i! mon ami, quelle est celle femme? " Est-ce votre épouse? Non, répondent-ils, cela ne

• convient pas à ma profession. Est-ce votre fille,

• volrestcur, votre nièce? Non, elle ne m’appar- •« tient par aucun degré de parenté. Mais savez-vous

• qu’il n'est pas permis selon les lois de l’Ivglise , à

• ceux qui ont professé la continence, de demeurer « avec des femmes? Chassez donc celle-ci, si vous ne

• voulez pas scandaliser rflglisc : autrement ce fait,

• qui est manifeste, nous fera soupçonner le reste, « qui ne l’est pas tant- » 11 n’était pas trop crédule dans ce soupçon ; et la turpitude de ces faux continents a depuis été révélée à toute la terre.

D’où vient doneque les protestants entreprennent la défense de ces scélérats? La cause en est trop claire. C'est l’envie de se donner des prédécesseurs. Ils ne trouvent que de telles gens qui rejettent et le culte de la croix, et ta prière des saints, et l’oblation pour les morts. Ils sont fâchés de ne remarquer les cotnmencements de leur réforme que dans des manichéens. Parce qu'ils grondent contre le pape et contre l'Eglise romaine , la réfonne est bien disposée en leur faveur. Les catholiques de ce tempslà leur reprochent de penser mal de l’eucharistie. Nos protestants voudraient bien que ce fussent de simples bérengariens, et non pas des manichéens à qui rcucharistie déplaît dans son fond. Mais enfin quand cela serait, ces réformés, que vous vouiez être de vos gens, cachaient leur doctrine, • fréquen- « taieiit les f^lises, honoraient les prêtres, allaient

• à l'offrande ; ils se confessaient, ils communiaient; « ils prenaient avec nous, poursuit saint Bernard, « le corps et le sang de Jésus-Christ C » Les voilà donc dans nos assemblées, qu'ils délestaient dans leur cœur comme des convenlicutes de Satan; à

’ Epitt. cr.xu, ad Hildef. rrrm. Petr. Fen, ennt. Petrob, AcL /nid. Jmtl. ni, p. aii et trq., rlc- — • Serm. lxv in l tant. H. 8, —* Ibid. «. 0, — • ÿcria.' LW Cattf. a. h. Ecbert. /kn.

ISS

DIS VARIATIONS, LIV. XI

la messe, qu’ils regardaient dans leur erreur eomnie une idolStric et un sacrilfKe; et enfin dans les | exereiees de l'figlise romaine, qu'ils croyaient le royaume de l’Anteclirist. Ust-ce là les disciples de celui qui a ordonné de prêcher son Évangile sur les tuit» ? Sont-ce là les enfants de lumière ? Ces oeuvres sont-elles de celles qui paraissent dans le jour, ou de celles que la nuit doit cacher.’ En un mot, est-ce là les prédécesseurs que se donne la réforme ?

HISTOIRE DES VADDOIS.

T,es vaudois ne valent pas mieux pour établir une succession légitime. Leur nom est tiré de Valdo, auteur de la secte. C’est dans Lyon qu’ils prirent naissance. On les nomma les pauvres de Lyon , à cause de la pauvreté qu'ils affectaient; et comme la ville de Lyon se nommait alors Leona en latin , on les appela aussi tout court léonistes, ou lionistes, comme qui edt dit les Lionnais.

On les ap|>ela encore les insabbatéi, d’un ancien mot qui signifiait des souliers, d’où sont venus d’autres mots d’une scmhlable signification, qui sont encore en usage en beaucoup de langues aussi bien que dans la notre. C’est de là donc qu’on les appela les insabbatés * , à cause de certains souliers d’une forme particulière qu'ils coupaient par; dessus pour faire paraître les pieds nus, a l’exemple des apôtres, à ce qu'ils disaient ; et ils affectaient cette chaussure, pour marque de leur pauvreté apostolique.

Voici maintenant leur histoire en abrégé. Lorsqu'ils se sont séparés, ils n’avaient encore que trèspeu de dogmes contraires aux nôtres, et peut-être imintdu tout. En l’an 1100, Pierre Valdo, marchand de Lyon , dans une assemblée où il était , selon la coutume, avec les autres riches trafiquants, fut si vivement frappé de la mort subite d’un des plus apparents de la troupe, qu’il distribua aussitôt tout son bien , qui était grand , aux pauvres de cette ville • ; et en ayant par ce moyen ramassé un grand nombre, il leur apprit la pauvreté volontaire, et à imiter la vie de Jésus-Uirist et des apôtres. Voila ce que dit Renier, que les protest,ints, nattés des éloges que nous verrons qu'il donne aux vaudois , veulent qu’on croie sur ce sujet plus (|ue tous les autres auteurs. Mais on va voir ce (|ue peut la piété mal conduite. Pierre Pyliedorf , qui a vu les vaudois dans leur force, et en a représenté non-seulement les dogmes , mais encore la conduite, avec beaucoup de simplicité et de doctrine , dit que ce Valdo , touché des paroles de l’Evangile où la pauvreté est si hautement recommandée, crut que la vie apostolique ne se trouvait plus sur la terre Résolu de la renouveler, il vendit tout ce qu’il avait, ü’aufret en firent autant , touchés de componction, et ils s’unirent ensemble

‘ EtiTord. ibiH. c. 15. Conrad. Vrtp^. Chr. ad an. 1111. — » Brn. cap. V, p. 719. — * Lib. cont. f’ald. c. I. tom. IT. Bibi. PP. II. pari. p. 779.

dans ce dessein. Au commencement cetto secte, obscure et timide, ou n’avait encore aucun dojtine particulier, ou ne se déclarait pas; ce qui a fait qu’tbr.ird de Béthune n’y remarque que l’affectation d’une superbe et oisive pauvreté. On voyait ces insabbatés ou ces sabbntés, comme il les nomme ', avec leurs pieds nus, ou plutôt «avec leurs coiif)és pardessus, attendre l’aumône, et ne vivre que de ce qu’on leur donnait. On n'y blâmait d'abord que l’ostentation; et, sans encore les ranger avec les hérétiques, on leur reprocliait seulement qu’ils en imitaient l’orgueil *. Mais écoutons la suite de leur histoire « Apres avoir vécu quelque temps • dans leur pauvreté prétendue apostolique, ils s'a- « visèrent que les apôtres n'étaient pas seulement « pauvres, mais encore prédic.ateurs • de l’Kvangilo. Ils se mirent donc à prêcher à leur exemple , afin d'imiter en tout la vie a(>ostoMque. Mais les apôtres étaient envoyés ; et ceux-ci , que leur ignorance rendait incapables de cette mission, furent exclus par les prélats, et enfin p.ar le saini-sîége, d'nn ministère qu'ils avaient usurpé sans leur [>ermissioii. Ils ne laissèrent pas de continuer secrètement, et murmuraient contre le clergé, qui les empêchait de prêcher, à ce qu’ils disaient , par jalousie, et à cause que leur doctrine et leur sainte vie confondaient ses mœurs corrompues

Quelques protestants ont voulu dire que Valdo était un homme de savoir : mais Renier dit seulement qu’// avait quelfjuê peu de Httéralure , a//quanlulum lif/eratus^. D’antres protestants, au contraire, tirent avantage du grand succès qu’il a eu dans .son ignorance. Mais on ne sait que trop les adresses qui se peuvent souvent trouver dans les esprits les plus ignorants pour attirer leurs semblables : et Valdo n’a .séduit que de telles gens.

Cette secte en peu de temps fit des progrès. Bernard , abbé de Fontc.a)d,quî en a vu les commencements, en marque l'élévation sous le pa*pe Lucius 111 I.e pontificat de ce pape commence en 1181 , c’esl-ù-dirc vingt ans après <|«e Valdo eiU paru dans Lyon. Il lui fallut bien vingt ans à .s'étendre, et à faire un corps de sertequi méritât d’étre regardé. Alors donc Lucius II! les condamna : et comme son {K)ntificat n’a duré que quatre ans, il fuit que cette première condamnation des vaudois .soit .irrivée entre l'année 1 181 , où ce pape fut élevé à In chaire de saint Pierre, et l’année !I8â, où il mourut.

Conrad, ablic d’t’rsperg, qui a vu de prè.s les vaudois , comme nous dirons , a écrit que le pape Lucius les mit au nombre des hérétiques, àcaitse de quelques dogmes et observances suf)er.%titieuses 7. Jusques ici ces dogmes ne sont pas encore expliqués ; mais on m’avouera que si les vaudois eussent nié des dogmes aussi remarquables que celui de la présence réelle, matière rendues! célèbre parla condamnation de Bérenger, on ne se serait pas contenté de dire en gros qu’ils avaient quelques dogmes superstitieux.

' Jntih. e. 15, fiirf. lies. — » îbid. II70. — » PpUrd. ihiâ. — * P^licd. ibid. Ben. ibid. — * /tir», r. 6. — ‘ Brrn . abb. Fontitc. adt>. f'old, teef. t. iv. Bibl. PP. prtrj. p. 119%. — ’ Chrvn. ad an. 1111.

niSTOIBE

Euviron dans le in^ine temps , en Tan 1 104 , une ordonnance d'Alphonse ou Ildephonse, roi d'Aragon, range les vauduis ou insnbbatés, autrement les pauvres de Lyon, parmi les hérétiques anatliématisés |>ar l'Église; et c'estune suite manifeste de la sentence prononcée par Lucius III Après la mort de ce pope , comme malgré son décret ces hérétiques s'étendaient beaucoup, et que Ueruard, ; archevêque de Narbonne , qui les condamna de nouveau après un grand examen , ne put arrêter le cours de cette secte, plusieurs personnes pieuses, ecclétiatüques ei autres , procurèrent une conférence pour les ramener à l'amiable *. On choisit de part et d'autre pour arbitre de la conférence un saint prêtre nommé Raimond de Dai^entrie^ homme illustre par sa naissance, »io«i encore plus illustre par sa sainte vie. L’assemblée fut fort solennelle, ef ladLtpufe fut longue. On produisit de part et d’autre les passages de l'Hcrilure dont on prétendait s’appuyer. Les vaudois furent condamnés, et déclarés hérétiques sur tous les cliefs de l'accusation.

On voit par là que les vaudois, quoique condamnés, n’avalent pas encore rompu toutes mesures avec l’Eglise romaine, puisqu’ils convinrent d’un arbitre catholique et prêtre. L’abbé de tontcald, qui fut présent à la conférence, a rédigé par écrit avec beaucoup de netteté et de jugement les points débattus, et les passages qu’on employa de part et d’autre : de sorte qu'il n'y a rien de meilleur pour connaître tout l’état de la question telle qu'elle était alors, ctau commencement de la secte.

La dispute roule principalement sur l’obéissance qui était due aux pasteurs. On voit que les vaudois la leur refusaient , et que malgré toutes les défenses ils se croyaient en droit de prêcher, hommes et > femmes. Comme cette désobéissance ne pouvait être fondée que sur l’indignité des pasteurs, les catholiques, en prouvant l’obéissance qui leur est due , prouvent qu’elle est due même à ceux qui sont mauvais , et que , quel que soit le canal , la grâce ne laisse pas de se répandre sur les Odèles Pour la même raison on fait voir que les médisances contre les pasteurs , dont on prenait le prétexte de la désobéissance , sont défendues par la loi de Dieu *. Dans la suite on attaque la liberté que se donnaient les laïques de prêclier sans la permission des pasteurs , et même malgré leurs défenses ; et on fait voir que ces prédications séditieuses tendent à la subversion des faibles et des ignoranUL Surtout on prouve par l’Ecriture que les femmes , qui n’ont que le silence en partage, ne doivent pas se mêler d’enseigner*. EnOn on montre aux vaudois le tort qu’ils ont de rejeter la prière pour les morts, qui avait tant de fondement dans l’Ecrilure, et une suite si évidente de la tradition 7 : et comme ces hérétiques s’absentaient des églises pour prier entre eux en particulier dans leurs maisons, on leur fait voir

• .4pud Rm. II. pttrt. àircct. Inq. q. liv, p. VH , et Ppud Maria. PntJ. im Luc. Tud. t. iv, Hihi. PP. II. part. p. 68Î.

— > Bt-rn. de Font. Cat. adtKrtHS f'nUi, Pert. in flw/. t. IV.

Bibi. PP- lH- P* r. I, 2. — ■* Ibid. c. 3.

— * IMd. c. * *^2- — * fbid. c. 7. — ’ Ibid. 8.

qu’ils ne devaient pas abandonner la maison d’oraison, dont toute l'Écriliireet le Fils de Dieu luimême avait tant recommandé la sainteté*.

Sans examiner ici qui a raison ou tort dans cette querelle , on voit quel en était le fondement , et quels furent les points contestes; et il est plus clair que le jour que dans ces commencements, loin qu'il s'agit ou de la présence réelle et de la transsubstantiation, ou des sacrements, on ne parlait pas encore de la prière des saints, de leurs reliques ou de leurs images.

Ce fut à peu près dans ce même temps qu’Alanus écrivit le livre dont il a été parlé , où, après avoir soigneusement distingué les vaudois des autres hérétiques de son temps, U entreprend de prouver, contre leur doctrine, > qu’on ne doit point prêcher

• sans mission; qu'il fautol>éir aux prélats, et non

• seulement aux bons, mais encore aux mauvais; « que leur mauvaise vie ne leur fait pas |ierdrc l»*ur « puissance; que c'est à l'ordre sacré qu'il faut at- « tribuer le pouvoir de consacrer et relui de lier et « de délier, et non pas au mérite de la personne ; qu'il « se faut confesser aux prêtres et non aux laî(|ues;

• qu'il est permis de jurer en certains cas, et de

• punir de mort les malfaiteurs *. « Cest à peu près ce qu’il oppose aux erreurs des vaudois. .S'ils avalent erré si/r f’eucharistle, Alanus nel’aurait pas oublié; car il sait bien le reprocher aux albigeois, contre lesquels il entreprend de prouver et la présence réelle et la transsubstantiation et après avoir repris dans les vaudois tant de choses moins importantes , il n’en anrait pas omis une si essentielle.

Un peu après Alanus, et environ Pan 1209, Pierre de Vaucemai, homme assez, simple , et assurément très-sincère, distingue les vaudois des albigeois par leurs propres caractères, en disant que tes vaudtds étaient méchants , mats bien moins que ces autres hérétiques 4 , qui admettaient les deux principes et toutes les suites de cette damnable doctrine. « Pour ne point parler, poursuit « cet auteur, de leurs autres inOdélités , leur er- « reur consistait principalement en quatre chefs : > en ce qu’ils portaient des sandales à la manière « des apôtres; en ce qu'ils disaient qu’il n’était per- « mis de jurer pour quelque cause que ce fût, et « qu’il n’était non plus permis de faire mourir les « hommes(même pour crime); enfin, en ce qu’ils « disaient que chacun d’eux (quoiqu’ils fussent oe « purs laïques), pourvu qu'il eût des sandales «• ( c’est-à-dire comme on a vu, la marque de la « pauvreté apostolique), pouvait consacrer le corps « de Jésus-Christ. > Voilà en effet les caractères particuliers qui désignent le vrai esprit des vaudois ; l’affectation de la pauvreté dans les sandales qui en étaient la marque; la simplicité et la douceur apparente, en rejetant tout serment et tout supplice; et ce qu'il y avait de plus propre à cette secte, la croyance que les laïques, pourvu qu'ils

« Ibid. ®. Jhn. ll,p. 175 ft «7. — ^ Lit, !,p. IHSet ♦ prtr. de fait. Ccth. Uht. Jlbiy. c. 2; Ouch. Ihat. Frttne. t. V,/>. W>7.

DES VARIATIONS, UV. XI

eussent emhrnssé leur prétendue pauvreté a|)osto> liqucet qu'ils en portassent In marque, e'esKvdire pourvu qu'ils fussent de leur secte, pouvaient faire les sacreniejjts, et même le corpx de Jéiux-ChrUt. I^ reste, comme leur doctrine sur les prières pour les morts , allait avec les autres infidctités de ces liérétique.s, que cet auteur ne veut pas marquer en particulier. Mais s'ils s’étaient élevés contre lapré> sence réelle ; après le bruit que cette matière avait fait dans l'Éitlise, non seulement ce religieux ne l'aurait pas oublié, mais encore il se serait bien gardé de dire qu't'/r faisaient te corps de Jésus- Christ : ne les faisant en ce point différer d'avec les catholiques, sinon en ce qu'ils attribuaient aux laïques le pouvoir que les catiioliques ne reconnaissent que dans les prêtres.

Il parait donc clairement que les vaudois en 1309, lorsque Pierre de Vauccmai écrivait, n'avaient pas seulement songé 5 nier la présence réelle ; et il leur restait alors tant de soumission ou véritable ou apparente envers l’Eglise romaine, qu'encore en 1212 ils vinrent a Rome pour y obtenir saintsiège Vapprobation de leur secte. Ce fut alors que Conrad, abbé d’Ursperg, les y vit, comme il le raconte lui-même < , avec leur maître Bernard. On les reconnaît aux caractères que leur donne ce chroniqueur : c'était les pauvres de Lyon , ceux que Lucius lit avait mis au nombre des hérétiques ^ qui se rendaient remarquables parl'affectationdè/a/Hiurreté apostolique^ avec leurs souliers coupés pardessus ; qui , dans leurs secrétes prédications et dans leurs assemblées cachées, raviUssaient l'Église et le sacerdoce. Le pa|>e trouvait étrange Paf- IVctatioD qu'ils faisaient paraître ces sou//eri coiqiés par-dessus , et dans leurs capes semblables à celles des religieux, quoiqu’ils eussent, contre la coutume, une longue chevelure comme les laïques. En effet, ordinairement ces affectations bizarres couvrent quehjue clmse de mauvais. Mais surtout on fut offensé de la liberté que se donnaient ces nouveaux apôtres d’aller pêle-mêle, hommes et femmes, à l'exemple, à ce qu'ils disaient, des femmes pieuses qui suivaient Jésus-Christ et les apôtres pour les servir ; mais les temps , les personnes et les circonstances étaient bien différentes.

Ce fut, dit l’abbé d'Urs|>erg, pour donner à r^lglise de vrais pauvres, plus dépouillés et plus soumis que ces faux pauvres de Lyon, que le pape approuva dans la suite l’institut des frères mineurs, rassemblés sous la conduite de saint François, un modèle d'humilité, et la merveille de ce siècle : et ces pauvres remplis de haine contre l’Eglise et ses ministres, malgré leur humilité trompeuse, furent rejetés par le saint-siège; de sorte qu’on les traita, dans la suite, comme des hérétiques opiniâtres et incorrigibles. Mais enfin ils firent semblant d’être soumis jusqu'à l’an 1312, qui était le quinzième d'innocent III, et cinquante ans après leur naissance.

De là on peut juger de la patience de l’Eglise envers cos hérétiques; puisqu’on voit cinquante

' Cvt%r. Vnprr. ad an.

ans durant qu’on n'exerce contre «ix aucune rigueur, mais qu’on tâche de les ramener par des conférences. Outre celle que Bernard, abbé de Fontcald, nous a rapportée, nous en avons encore une dans Pierre de Vaucernai, environ l’an 1200 , où les vaudois furent confondus' ; et enfin eh 1212 ils viennent encore à Home, où l’on se contente seulement de rejeter leur tromperie. Trois ans après Innocent III tint le grand concile de Latran, où en oondaumant les hérétiques, il note en particulier cewxqul, Mousprétexte depiété, s'attribuent C autorité de prêcher sans être envoyés » ; par où il semble avoir voulu noter principalement les vaudois, et les faire remarquer par l’origine de leur schisme.

ün voit maintenant avec évidence les commen. cementsde la secte. C’était une espèce de donatisme, mais différent de celui que les anciens ont combattu dans l'Afrique, en ce que ces donatistes d’Afrique, en faisant dépendre l'effet des sacrements de la vertu des ministres, réservaient du moins aux saints prêtres et aux saints évêques le pouvoir de les conférer, au lieu que ces nouveaux donatistes l'attribuaient, comme on a vu , aux laïques dont la vie était pure. Mais ils n’en vinrent à cîrt excès que par degrés; car d'pbordils ne permettaient aux laïques que la prédication. Ils reprenaient nonseulentent les mauvaises mœurs que l'Eglise condamuait aussi, mais encore beaucoup d’autres choses qu’elle approuvait , comme les cérémonies , sans néanmoins toucher aux sacrements : car Pv’licdorf, qui a très-bien remarqué et l’ancien esprit et tout le progrès de la secte, remarque qu’ils détruisaient toutes les choses dont on se servait dans l'Eglise pour édifier les fidèles, ô la réserve, dit-il ^ , des saa emenls seuls ; ce qui montre qu’ils les laissèrent en leur entier. même auteur raconte encore ^ que « ce ne fut qu'après un long c temps qu’ils commencèrent étant laïques à enten- « dre les confessions , à enjoindre des pénitences « et à donner l’absolution. Et depuis |>eu, continue- « t-il , on a remarqué qu’un de ces hérétiques, « pur laïque, a fait, selon sa pensée, le corps « de notre Seigneur, et s'est communié lui-même « avec ses complices, encore qu'il en ait été un « peu repris par les autres. »

Voilà comme l’audace croissait peu à peu. Les sectateurs de Vaido, scandalisés de la vie de beaucoup de prêtres, « croyaient, dit encore « Pylicdorf^, être mieux absous par leurs gens, • qui leur paraissaient plus vertueux, que par « les ministres de l’Eglise : ■ ce qui venait de fopinion dans laquelle consistait princlpalemenl l’erreur des vaudois, que le mérite des personnes agissait dans les sacrements plus que l’ordre et le caractère.

^lais les vaudois faussèrent ce mérite nécessaire aux ministres de i’Eglise jusqu'à n’avoir rien de propre: et c'etait un de leurs dogmes, que pour

* Pe(r. de Fait. t. Ti.p. &6. — » Cône. Laf. iv, mu. 3, de/uereL J^bb. t. xi, ftari. I. cal. 117. Pylicd.eonf.

raid. ir. Bib. PP. JI. furl. /j. 7SO. - i Ibid. -* Prtr. Pylied. tvnl. l aid. iv. Bib. PP. II. part. p. 700.

consacrer Teiicliaristie II fallait être pauvre à leur • manière : tellement que « les prêtres catholiques-

• frétaient pas de véritables et légitimes successeurs 1

■ desdisciplesdeJésus*Christ,âcausequ'ilspossé> |

■ daient du bien en propre», » ce qu’ils prélcn- j daient que Jésus-Christ avait défendu h ses apd- | très.

Jusques ici toute l’erreur que l’on voit sur les sacrements ne regardait que les personnes qui les | pouvaient administrer : le reste était en son en- ! lier, comme dit expressément Pyliedorf. Ainsi | on ne doutait en aucune sorte, ni de la présence réelle, ni de la transsubstantiation; et au contraire cet auteur vient de nous dire que ce laïque, qui s’était mélé de donner la communion, croyait avoir fait le corpâ de Jésus-Christ. EnGn , de la manière dont nous avons vu commencer cette hérésie, il semble que Vaido ait eu d'abord un bon dessein : que la gloire de la pauvreté, dont il se vantait, ait séduit et lui et ses sectateurs ; que, dans l'opinion qu’ils avaient de leur sainte vie, ils se soient remplis d’un zèle amer contre le clergé et contre toute l’Église catholique ; qu’irrités de la défense qu’on leur Gt de prêcher, ils soient tombés dans le schisme, et, comnte dit Gui Jecarme,du«cAùme dantChérésie*.

Par ce fidèle récit, et les preuves incontestables dont on le voit soutenu, il est aisé de Juger combien les historiens protestants ont abusé de la foi publique, dans le récit qu'ils ont fait de l'origine des vaudois. Paul Perrin , qui en a écrit l'histoire , imprimée à Genève, dit qu’en l’an 1160, lorsque la peine de mort fut apjwsce à quicnn<|ue ne croirait pas à la présence reclle, * Pierre Vaido, citoyen

• de Lyon, fut des plus courageux pour s’opt>oser

• à telle invention^. •• Mais il n’y a rien de plus faux : l’article de la présence réelle avait etc défini cent ans auparavant contre Berenger; on n’avait rien fini de nouveau sur cet article; et loin que Vaido s’y soit opposé, on a vu, cinquante ans durant, et lui et tous scs disciples dans la commune croyance.

M. de La Roque, plus savant que Perrin, n'est pas plus sincère, lorsqu'il dit que « Pierre Vaido « ayant trouvé des peuples entiers séparés de la corn- « munion de rÉglise latine, il se Joignit à eux avec « ceux qui le suivaient, pour ne faire qu'un même

■ corps et une même société par l'unité d'une même •I doctrine*. > Mais nous avons vu au contraire : |o que tous les auteurs du temps (car nous n'en avons omis aucun) nous ont montré les vaudois et les albigeois comme deux sectes séparées; 2^ que tous ces auteurs nous font voir ces albigeois comme manichéens; et je défie tous les protestants qui sont au monde, de me montrer qu'il y eût dans toute l’Kurope, lorsque Vaido s’éleva, aucune secte séparée de Rome qui ne fût ou la secte même, ou quelque branche et subdivision du manichéisme. Ainsi on ne pourrait faire le procès à Vaido d’une

* F. Mip. Petr. de t'all. Cern. Rejut. error. iliJ. p. ni9. «— • Guid. carm. De tuerct. Pald. iitit. — * Urst. dr$ Paudvig, V. I. • * Ihtt. de rir'McA. II. part. ch. vviti, p. 15|.

manière plus convaincante , qu’en accordant à ses défenseurs ce qu'ils demandent pour lui, c’est-àdire qu’il se soit joint en unité tle doctrine aux albigeois, ou à ces peuples séparés alors de la communion romaine. Enfin quand Vaido se serait uni à des Itglises innocentes, scs erreurs particulières n’auraient pas permis qu'on tirât avantage de cette union; puisque ces erreurs sont détestris non-seulement par les catlioliques , mais encore par les protestants.

Mais continuons l'histoire des vaudois , et voyons si nos protestants y trouveront quelque chose de plus favorable depuis que ces hérétiques ne gardèrent plus aucune mesure avec l’Eglise. Le premier acte que nous trouvons contre les vaudois, après le grand concile de Latrari, est un canon du concile de Taragone, qui désigne les insabbates comme gens * qui défendaient de jureret d'olféiraux puis- « sances ecclésiastiques et séculières , et encore de « punir les malfaiteurs, et antres choses sembla- «blés», » sans qu’il paraisse le moindre mot sur la présence réelle, qu’on aurait non-.seulemenc exprimée , mais encore mise à la tête , s’ils l'avaient niée.

Dans le même temps et vers l'an 1250, Renier tant de fois cité, qui distingue si soigneusemei.t les vaudois, ou les Iconistes et les pauvres de Lyon, d’avec les albigeois, en marque atis.si toutes les erreurs , et les réduit à ces trois chefs : contre l'Église, contre les sacrements et les saints, et contre les cérémonies ecclésiastiques *. Mais loin qu’il y ait rien dans tous ces articles contre la transsubstantiation, on y trouve précisément, parmi leurs erreurs , que la transsnbstantidtioa se devait faire eu langue vulgaire; qu’un prêtre ne pouvait pas consacrer en péché mortel ^ ; que lorsqu'on communiait de la main d’un prêtre indigne, « la transsubstantiation ne se faisait pas « dans la main de celui qui consacrait indignement , « mais dans la bouche de celui qui recevait B dignement reueharislie; • qu'on pouvait consacrer à la table commune, c’est-à-dire dans les repas ordinaires , et non-seulement dans les élises, conformément à cette parole de Malachie : L'on me sacrifie en fout lieu^ et on offre une oblation }mre à mon nom * ; ce qui montre qu'ils ne niaient pas le sacrifice ni l'oblation de l’eucharistie , et que s'ils rejetaient la messe , c’était à cause des cérémonies, la faisant uniquement consister dans tes parofes de Jésus CArist récitées en langue vulgaire Par là on voit clairement qu'ils admettaient la transsubstantiation , et ne s’étaient éloignés en rien de la doctrine de rÉgiise sur le foml de ce sacrement; mais qu'ils disaient seulement qu’il ne pouvait être consacré par de mauvais prêtres, et le pouvait être par de bons laïques; selon ces maximes fondamentales de leur secte , que Renier ne manque pas de bien remarquer ,

• Coae. Tarae. tom. xi. Cotte, part. I, <w. I2H, ti>l. saa. — » Hen. c. V, /. IV. itib. PP. U. part. p. 749. — * Ibid. p. 7^0. — * I, II. — * Kr/i. c. V, IV. Dtb. PP. 1|.

I pari. p. 760.

Digitiztju uy vjviOglc

DKS VAUÏATIONS, LIV. XI.

« (jiie tout bon laïque est pr«Hrc, • et que • la « prière d'un mauv,iis prêtre ne sert Je rien i : » par où aussi ils prétendaient la consécration de ce mauvais prêtre inutile. Ou voit aussi en d’autres auteurs selon leurs principes, qu’un homme, sans être prêtre, pouvait consacrer, et pouvait administrer le sacrement de pénitence, et que tous laïques, et même les femmes, devaient prêcher.

ISous trouvons encore dans le dénombrement de leurs erreurs, tant chez Renier que chez les autres, qu'il n'est pas permis aux clercs (c'est-à-dîre, aux ministres de l'flglise) d'avoir des biens; qu'il ne fallait point diviser les terres, ni les peuple.^*, ce qui vise à i'ohliption de mettre tout en commun , et à établir eomme nécessaire cette prétendue pau- \ relé apostolique dont ces hérétiques sc glorilinient ; que « tout serment est p(‘ché mortel; • que <• tous a les princes et tous les juges sont damnés * , parce « qu'ils condamnent les malfaiteurs contre cette « parole ; La rtur/eance m’appartient , dit te Sei' " yneur^, cl encore : Lalxsez-fes croitre jmtpia ■ ta moixaoii^. • Voilà comme ces hypocrites abusaient de rfCcriture s;)inte, et avec leur feinte douceur renversaient tous les fondements de l'Kglise et des f'tats.

On trouve cent ans après, dans P) lictlorf, une ample réfutation des vaudois article par article, sans qu'il paraisse dans leur doctrine la moindre opposition à la présemre réelle ou à la transsul>stanllnlion. Aucontraire, on voit toujours dans cet auteur, comme dans les autres, que les laïques de celte .secte faisaient le corps de JêsnS’Christi ^ quoique avec crainte et avec réserve, dans le pays où il écrivait ■ : et en un mot il ne remarque dans ces hérétiques aucune erreur sur ce sacrement, si ce n’est que les mauvais prêtres ne le faisaient pas , non/^/na ffue les autres sacrements 9.

Knfln, dans tout le dénombrement que nous avons de leurs erreurs, ou dans la bibliothèque des Pères, ou dans l'inquisiteur Émeric'*, on ne trouve rien contre la présence réelle ; encore qu'on y remarque jusqu’aux moindres différences de ces hérétiques d’avec nous, et jusques aux moindres articles sur lesquels il les faut interroger : au contraire, l'inquisileiir fjiieric rapporte ainsi leur erreur sur l’eucharistie : « Us veulent que le pain ne soit point « transsuhstantié nu corps de Jésus-Christ, si le •> prêtre est un pécheur. » Ce qui démontre deux choses : l'une, qu'ils croyaient la transsubstantiation ; l’autre, qu’ils croyaient que les sacrements dépendaient de la sainteté des ministres.

On trou v*c dans le même dénombrement toutes les erreurs des vaudois que nous avons remarquées. Les erreurs des nouveaux manichéens, qu’on a fait voir être les mêmes que les albigeois, sont aussi rapportées à part dans te mêtue livre On voit par là que

' iteii. c. T, ibid. p. 751. — * Fmg. Pylied. ibid. MI7. Ken. ibid, 75l. — • Ken. ibid. p. 750, Ibid. crr. Sïo, — * Ibid. p. 75S. Jnd. err. ibid. S3I , B33. — * Rom. xn, |9 — • Mallh. &m, 80. -- ’ Pyliid coHi- fald. t. iv. Bibl. PP. II. port. O. 778 et ieq. n»i. IW5, Ibid. CM,/». H04. - » Ibid. e. I. — • Ibtd. c. 16, IR.—’* Ribl. PP. t. IV. II. port. p. 8M, 832, 836. Direclor. port. II, ç. ïiv, ;j. «9. — Ibid. q. xm, p. 273,

CO sont deux sectes entièrement distinguées; et parmi les erreurs des vaudois U n’y a rien qui ressente le maniclicisme, dont l’autre dénombrement est tout rempli.

Mais, pour revenir à la transsubstantiation , d’où pourrait venir que les catholiques eussent épargné le.s vaudois sur une matière aussi essentielle, eux qui relevaient avec t.anl de soin jus<iu'aux moindres de leurs erreurs? Est-ce peut-être que ces matières, Pt surtout celle de l’cuclioristie, n’étaient pas assez importantes, ou n’étaient pas assez connues après la cundamunlion de Ilérenger par tant de concile.s? Kst-ce qu’on voulait cacher au peuple que ce niyslcre était attaque? Mais on ne craignait point de rapporter les blasphèmes bien plus étranges des albigeois , et même contre ce mystère. Ou ne taisait pas au peuple ee que les vaudois disaient de plus atroce contre l'figlise romaine, comme qu’elle était l'impudique marquée dans l'Apocalypse, son pape le chef des errants , ses prélats et ses religieux des scribes et des pharisiens'. On avait pitié de leurs excès; mais on ne les cachait pas : et s'ils avaient rejeté la foi de l'Eglise sur l’eucharistie, on leur en aurait fait le reproche.

Encore au siècle passé, en 1517, Claude Séyssel, célèbre par son savoir et par ses emplois sous T.ouis XII et François l’’*', et clevé pour son mérite à l'archevêché de Turin, dans la recherche qu’il Üt de ces hérétiques, cachés dans les vallées de son diocèse, aGndeles réunir à son troupeau, raconte dans un grand détail toutes leurs erreurs * , comme un Gdèle pasteur (]ui voulait connaître à fond le mal de ses brebis pour les guérir : et nous en lisons dans son écrit tout ce que les autres auteurs nous en racontent, ni plus ni moins. Il remarque principalement avec eux, comme la source de leur égarement, qu’il.s « faisaient dépendre l’aulorilc du ministère « ecclésiastique du mérite des personnes*; » d'où ils concluaient qu'il ne fallait « point obéir au pape,

■ ni aux prélats, à cause qu'étant mauvais, et > n'imitant pas la vie des apdtres, ils n’ont de Dieu

■ aucune autorité, ni pour consacrer ni pour ab- « soudre; » que « pour eux, ils avaient seuls ce « pouvoir, parce qu’ils observaient la loi de Jé.sus- « Cbrist; > que « l'Église n’etait que parmi eu.x, » et que « te siège romain était cette prostituée de « l’Apocalypse, et la source de toutes les erreurs. » Voilà ce que ce grand archevêque dit des vaudois de son siège. Le ministre Aubertin s’étonne de ce que , dans un si exact dénombrement qu’il nous fuit de leurs erreurs, on ne trouve point qu'ils rejetassent ni la présence réelle ni la transsubstantiation et ce ministre n’y trouve point d'autre réponse, si ce n'est que ce prélat , qui les avait si vivement réfutés dans les autres points, s'était senti ici trop faible pour leur résister ^ : comme si un si savant lioinme et si éloquent n'avait pas pu du moins copier ce que tant de doctes catholiques avaient écrit sur cette matière. Au lieu donc d'une si raine défaite, Aubertin devait reconnaître que si un homme si exact

* Ren. c. IV, ibid. 750. Emeric. ibid. — * Âdv. error. f \td. part. on. I52n,/. 1 etueq. — * Ibid. J. 10, II. — ' Lib. ni, sacram. Euch. p. 986, tôt. 2. — * Ibid. 987.

et si éclairé ne reprochait point colle erreur aux vaudois, c’est qu’en effet il ne l’avait pas reconnue parmi eux : en quoi il n‘y a rien de particulier à Séyssel, puisque tous les autres auteurs ne les en ont non plus accusés que cet archevêque.

Aubertin triomphe |>ourtant d'un passage du même Seyssel , où il dit qu’il n’a « pas trouvé à pro- « pos de rapporter que quelques-uns de cette secte, « pour se montrer plus savants que les autres , ba-

• binaient, ou raillaient plutôt qu’ils ne discouraient - sur la substance et la vérité du sacrement de l'eu- A diarisüe; parce que ce qu’ils en disaient , comme « un secret, était si haut, que les plus habiles théolo-

• giens peuventà peine le comprendre*. * Mais loin que ces paroles de Séysse) fassent voir que la présence réelle fût niée par les vaudois, j’en conclurais, au contraire, qu’il y en avait parmi eux qui prétendaient rafCoer en l'expliquant; et quand on voudrait l>enser, graluiteii>ent toutefois et sans aucune raison , puisque Séyssel n'en dit mut , que ces hauteurs de l’eucliaristie , où les vaudois se Jetaient, regardaient l’absence réelle, c’est-à-dire la chose du inonde la moins haute et la plus conforme nu sens de la chair ; après tout, il paraît toujours que Séyssel nous raconte Ici, non la croyance de tous, mais le babil et le vain discours de quelques-uns : de sorte que de tous côtés il n’y a rien de plus certain que ce que j'ai avancé : qu'on n’a jamais reproché aux vaudois d'avoir rejeté la transsubstantiation ; au contraire, qu'on a toujours supposé qu’ils la croyaient.

Kn effet, le même Séyssel en faisant dire h un vaudois toutes scs raisons, lui met ce discours à la Ivouche contre un mauvais évêque et un mauvais prêtre * : « Comment l’évêque et le prêtre qui est « ennemi de Dieu pourra-t-il rendre Dieu propice « envers tes autres? Celui qui est banni du royaume « des rieux, comment pourra-t-il en avoir les clefs? « Enfîii, puisque sa prière et ses autres actions n’ont « aucune utilité , comment Jésus-Christ à sa parole A se transformera-t-il sous les espèces du pain et « du vin, et se laissera-t-il manier par celui qu’il a « entièrement rejeté? » On voit donc toujours que l'erreur consiste dans le donastisme , et qu’il ne tient qu'à la bonne vio du prêtre que le pain et le vin ne soient changés au corps et au sang de Jésus-Christ.

Et ce qui ne laisse aucun doute dans cette matière, c'est ce qu’on voit encore aujourd'hui parmi les manuscriU de M. de Thou , présentement ramassés dans la rictie bibliothèque de M. le marquis de Seignelai ; on y voit , dis-je , les enquêtes en original faites juridiquement contre les vaudois de Pragelas et des autres vallées en 1405, recueillies en deux grands volumes^ , où se trouve l’interrogatoired’un nommé Thomas Quotide Pragelas : lequel, interrogé si les barbes leur apprenaient à croire au sacrenient de l'autel, répond que a les barbes prêchent et en- « soignent que lorsqu'un chapelain qui est dans les « ordres profère les paroles de la consécration sur > l'autel, il consacre le corps de Jésus-Christ, et qu’il

» .eàv. error. f'aW. pnrt. an. liîn . /ol. U, M. — * Ibid. A 11. — * DtHXvolumescoU» 17fi9, 1770.

> se fait un vrai cliangemcnl du pain au vrai corps ; • et dit en outre que ■ la prière faite à la maison ou « dans le chemin est aussi bonne que dans l'église. » Conformément à cette doctrine, le même Quoti répond par deux fois : qu’il recevait tous les ans à Uôqufs le corps de Jésus-Christ ; et que les barbes leur enseignaient que pour le recevoir il fallait être bien confessé , et plutôt par les barbes que par les chapel.’iiiis. Cest ainsi qu'ils appelaient les prêtres.

T.a raison de la préférence est tirée des principes des vaudois si souvent répétés; et c'est en conformité de res principes que le même homme répond que * messieurs les ecclésiastiques menaient une « vie trop large , et que les barbes menaient une vie • sainte et juste. » Et dans une autre réponse, que A les barbes menaient la vie de saint Pierre, et A avaient puissance d’absoudre des péchés, et qu’il le A croyait ainsi; et que si le Pape ne nirnail une A sainte vie, U n'avait pas pouvoir d'absoudre. >• C'est pourquoi le même Quoti dit encore en un autre endroit , qu'il A avait ajouté foi sans aucun doute A aux discours des barbes plutôt qu'à ceux des cha- A pelains; parce qu'en ce temps nul ecclésiastique, A nul cardinal, nul évêque ou prêtre ne menait la vie A des apôtres : c'est pourquoi il valait mieux croire A aux barbes qui étaient bons , qu’à un ecclésiastique A qui no l’était pas. »

11 serait superllu de raconter les autres interrogatoires, puisqu'on y entend partout le niême langage, tant sur la présence réelle que sur le reste; et surtout on y répète, sans cesse a que les barl)e8 A allaient dans le monde comme imitateurs de Jé- A sus-Cliristct des apôtres, > et qu'ils a avaient plut A de puissance que les prêtres de l'Eglise romaine, A qui menaient une vie trop large. »

Rien n’y est tant réj»élé qtio ces dogmes : qu'il fallait confesser ses péchés; qu'ils les confessaient aux barbes, qui avaient pouvoir de les absoudre; qu’ils se conô;.ssoient à genoux; qu'à chaque confession ils donnaient un quart (c’était une pièce de monnaie); que les barbes leur imposaient des pénitences qui irétaient ordinairement qu'un Paler et un Credo, et jam.iis Wli'f Maria; qu’ils leur défendaient tout serment, et leur enseignaient qu’il ne fallait ni implorer le secours des saints, ni prier pour les morts. Cen est assez pour reconnaître les principaux dogmes et le génie de la secte ; car, au reste, de s'imaginer, dans des opinions si bizarres , de la règle et une forme cons(<*inte dans tous les temps et dans tous les lieux, c’est une erreur.

Je ne vois pas qu’on les interroge sur les sacrements administrés |iar le commun des laïques , soit que les inquisiteurs ne fussent pas informés de celte coutume, ou que les vaudois à la fin l'eussent changée. Aussi avons-nous vu qiiece nefut pa.ssaus peine et sans contradiction qu'elle s'introduLsit parmi eux à l'égard de l'eucharistie Mais pour la confession , il n'y a rien de plus établi dans cette secte que le droit des laïques gens de bien : a iTn bon laïque, A disaient-ils, avait pouvoir d’absoudre : • ils « se

• Pylicd. c. \,t. IT. Bibl. PP. II. part. p. 78o.

DES VARIATIONS, UV. XI

• glorifiaient tous de remettre les péeliés par l'im-

• position des mains ; ils entendaient les confes-

• sions; ils enjoignaient des péniten<*es : de peur

• qu’on ne découvrit une pratique si extraordinaire, « ils écoutaient très-secrètement les confessions,

• et recevaient même celles des femmes dans des •> caves, dans des cavernes, et dans d'autres lieux

• retirés : ils prêcliaient en secret dans les coins « des maisons, et souvent pendant la nuit >

Triais ce qu’on ne peut assez remarquer, c’est qu'encore qu'ils eussent de nous ropiiiioii que nous avons vue, ils assistaient à nus assemblées. • Ils y

• offrent, dit Renier *, ils s’y confessent, ils y com-

• intiment, mais avec feinte. » C'est qu'eufin, quoi qu’ils puissent dire, « il leur restait quelque dé>

• fiance de la communion qui se faisait parmi eux ^ « Ainsi • ils venaientcommunierdansl’égiise aux jours « qu’il y avait le plus de presse, de |)cur qu’on ne les

• conmlt. Plusieurs aussi demeuraient jusqu’à qiia> « tré et jusqu’à six ans sans communier, sc cachant « ou dans les villages ou dans les villes, au temps « de Pâques, de peur d’élre remarqués. On con-

• seillait aussi parmi eux de communier dans l’église,

■ mais seulement à Pâques : et ils passaient pour

■ chrétiens sous cette apparence^. • C”est ce qu’en disent les anciens auteurs^, et c’est aussi cc qu'on voit très-souvent dans ces interrogatoires dont nous avons parlé^. « Interrogé s’il se. confessait à son

• curé, et s’il lui découvrait la Secte, a répondu « qu’il s'y confessait tous les ans, mais qu'il ne lui

■ disait pas qu’il ftitTaudois; et que les barbes dé- « fendaient de le découvrir. • Ils répondent aussi, comme on a vu , que « tous les ans ils communiaient

• à Pâques , et recevaient le corps de Jésus-Christ, » et que « les barbes les avertissaient que devant que - de le recevoir il fallait être bien confessé. » Remarquez qu’il n’est parlé que du corps seul et d'une seule espèce, comme on la donnait alors dans toute i'I^glise, et après le concile de Constance, sans que les barl>es s'avisassent de le trouver mauvais. Tin ancien auteur a remarqué qu’ils « recevaient m très -rarement de leurs maîtres le baptême et le •• corps de Jésus-Clirist ; » mais que « tant les mat- « très que les simples croyants les allaient deman- « der aux prêtres?. » On ne voit pas même que pour le baptême Ils eussent pu faire autrement sans se déclarer; car on edt bientôt remarqué qu'ils ne portaient pas leurs enfants à l'église, et on leur en eût demande compte. Ainsi séparés de coeur d’avec rKglise catholique, ces hypocrites, autant qu'ils pouvaient, paraissaient à l'extérieur de la même foi que les autres, et ne faisaient en public aucun acte de religion qui ne démentit leur doctrine.

Les protestants peuvent connaître parcet exemple ccquec'élait que ces fidèles cachés qu’ils nous vantent avant In réforme, qui n’avaient pas nécbi le genou devant Ranl.On pourraitdoutersi les vaiidois avaient retranché quelques-uns des sept sacrements. Kt déjà

* htd. trr. ibid. p. 83*i. H. IJ. /loi. ibid. IhO. Pÿlird. ibid. c. I. P- ?SO. Jhid. e. B, p. 78J, 8JO. — » Bru. ibid. e. 5, p. 75Î. — ’ tbid. e, 7,p. T65. — * tnd. err. ». IJ, la. Ibid, p. fCïî. — * Pylird. e. 25. Ibid. p. 798. — ■ Interrogatoire de (yuoli eC des autres. — ’ Pylied. ibid. c. 2i , ». 796.

il est certain qu’au commencement on ne les accuso d’en nier aucun : au contraire, nous avons vu un auteur qui, en leur reprochant qu’ils changeaient, excepte les sacrements. On pouvait soujiçonDer ceux de Renier d’avoir varié en cette matière, à cause qu’il semble dire qu’ils rejetaient non-seulement l'ordre, mais encore la confirmation et l’ex- Irême-onction * : mais vi.siblement il faut entendre celle qui se donnait parmi nous. Car, pour la confirniation. Renier, qui la leur fait rejeter, ajoute qu ils • s étonnaient qu'on ne permît qu’aux évéquee

• de la conférer. ■ C'est qu’ils voulaient que les laïques, gens de bien , eussent pouvoir de l'administrer comme les autres sacrements. C’est pourquoi ces mêmes hérétiques, à qui on fait rejeter la confirmation, se vantent après « de donner He Saint- « Esprit par l’imposition de leurs mains*,* eequi est en d’autres paroles le fond même de cc sacrement.

A l’égard de l'extrême onction, voici ce qu’en dit Renier : • Ils rejettent le sacrement de Ponction, ■ parce qu’on ne la donne qu'aux ridies, et que plu-

• sieurs prêtres y sont nécessaires » Paroles qui font assez voir que la nullité qu'ils y trouvaient parmi nous venait des prétendus abus, et non pas du fond. Au reste, comme saint Jacques avait dit qu’il fallait appeler /es prêtres * en pluriel , ces chicaneurs voulaient croire que Ponction donnée par un seul, comme on faisait ordinairement parmi nous dès ce teinps-là, ne suffisait pas, et ils prenaient ce mauvais prétexte de la négliger.

Quant au baptême , encore que ces hérétiques ignorants en rejetassent avec mépris les plus anciennes cérémonies, on ne doute pas qu’ils ne le reçu.ssenl. On pourrait seulement être surpris des paroles de Renier, lorsqu'il fait dire aux vaudois que l'ablution qu'on donne aux enfants ne leur sert de rien Mais comme cette ablution se trouve rangée parmi les cérémonies du baptême que ces hérétiques improuvaient , on voit bien qu’il parledu vin qu’on donnait aux enfants après les avoir baptisés : coutume qu’on voitencore dans plusieurs vieux Rituels voisins de ce siècle-là , et qui était un reste de la communion qu’on leur administrait autrefois sous la seule espèce liquide. Ce vin , qu’on mettait dans un calice pour le donner à ces enfants, s'appelait ablution, par la ressemblance de cette action avec l'ablution que les prêtres prenaient à la messe. A U surplus , on ne trouve point chez Renier le mot d’ablution pour signifier le baptême ; et en tout cas , si 011 s’opiniâtre à le vouloir prendre pour ce sacrement, tout ce qu'on pourrait conclure ce serait, au pis, que les vaudois de Renier trouvaient Inutile un baptême donné par des ministres indignes, tels qu'ils croyaient tous nos prêtres ; erreur qui est si conforme aux principes de la secte , que les vaudois , que nous avons vus approuver notre baptême, ne le pouvaient faire sans démentir eux-mêmes leur propre doctrine.

Voilà donc déjà trois sacrements dont les vaudois

‘ Pylird. ibid. c. S, p- TôO, 751. — * Ibid. 751. — * Pag. 751. — • Jqc. V . h. — * Hett. ibid. V, U.

tos

approuvaient )e fond, le baptême ^ la conlirmation et rextrl^me-onctiun. Nous avons tout le saereineiil de pénitence dans leur confession secrète ^ dans les pénitences imposées, dans l'absolution reçue pour avoir la rémission des péchés ; et s'ils disaient que la confession de bouclie nVlait pas toujours nécessaire lorsqu’on avait la contrition dans le cœur, ils disaient vrai au fond et en certains cas; encore que très-souvent, connue ou a pu voir, ils abusassent de (U'tte ina\imc en différant trop lungtemps de se confesser.

Il y avait une secte qu’on appelait des sheù/enses, « qui ne différait presque en rien d'avec les « vnudûis; si ce n’est, (lit Renier, qu'ils reçoivent

• l'eucharistie. ■ tà? n’wt pas qu'il veuille dire que les vaudois ou les pauvres dei.yon ne la reçussent pas, puisqu’au contraire il fait voir qu'ils y recevaient jusqu'à la transsubstantiation. Il veut donc dire seulement qu’ils avaient une extrême répugnance à recevoir ce sacrement des mains de nos prêtres, et que ces autres en faisaient moins de diflicullé, ou peut-être point du tout.

Les protestants accusent Renier de calomnier les vaudois, en leur reprmbant quih com/atntif/it le markiye: mais ces auteurs tronquent le passage, et le voici tout entier : Ils condamiienl le sacre-

> ment de mariage, en dusant que les mariés pè-

• client inortellement lorsqu'ils usent du mariage

• pour une autre fin que pour avoir des enfants*; ■ par où Renier fait voir seulement l'erreur de ces superbes hérétiques, qui, pour se montrer au-dessus de i'inlirmité humaine, ne voulaient pas re Cüiinailre la seconde Cn du mariage, c’est-à-dire celle <Ie servir de remède à la concupiscence. C'est doue à cet égard seulement qu’il accuse ces hérétiques de condamner le mariage, c’est-à-dire d'en condamner cctle partie nécessaire, et d’avoir fait un pêché mortel de ce (|ue la grâce d'un étal si saint rendait pardonnable.

On voit maintenant quelle a été la doctrine des vaudois ou des pauvres de Lyon. On ne peut accuser les catholiques ni de l'avoir ignorée, puisqu’ils étaient parmi eux, et tous les jours en recevaient les abjurations; ni d’en avoir néglige la connaissance, puisqu’au contraire ils s'appliquaient avec tant de soin à en rapporter jusqu'aux minuties; ni enfin de les avoir calomniés , puisqu'on les a vus si soigneux , non-seulement de distinguer les vaudois d'avec les cathares et les autres raauiclicens, mais encore de nous apprendre tous les correctifs que quelques-uns d’entre eux apportaient aux excès des autres ; et enlin de nous raconter avec tant de sincérité ce qu'il y avait de louable dans leurs mœurs, qu’encore aujourd'hui leurs partisans en tirent avantage : car nous avons vu qu'on n'a pas dissimulé les 8|>écieux commencements de Vaido, ni la première simplicité de ses sectateurs. Renier, qui les blâme tant, ne feint pas de dire •> qu'ils vivaient « justement devant les hommes; qu'ils croyaient de « Dieu ce qu’il en faut croire, et tout ce qui était

• ihid. P 751.

« contenu dans le syniliolc' ; • qu'ils étaient réglée dans leurs mœurs, modestes dans leurs habits, justes dans leur négoce, chastes dans leurs mariages, ahslinrnts dans leur manger; et le reste qu'on sait assez. Nous aurons un mot à dire sur ce têmoign.'ige de Renier : mais en attendant nous voyons qu'il flatte, pour ainsi dire, plutôt les vaudois que de les calomnier; et ainsi on ne peut douter que ce qu'il dit de ces hérétiques ne soit véritable. Kt quand on loudrait supposer, avec les ministres, que les auteurs catholiques, poussés de la haine qu’ils avaient contre eux, les auraient chargés de calomnies, c’e.st une nouvelle preuve de ce que nous venons de dire de leur croyance ; puisqu'enfin si les vaudois s'étalent opposés ù la transsubstantiation et à l’adoration de l’eucharistie dans un temps où nos adversaires conviennent qu'elle était si ét.ihlie parmi nous, les catholiques, qu'on nous représente si portés à les charger de faux crimes, n’.niiraient pas manqué à leur en reprociier de si véritables.

Maintenant donc que nous connaissons toute la doctrine des vaudois, nous la pouvons diviser en trois sortes d'articles. Il y en a que nous détestons avec les protestants : il y en a que nous approuvons, et que les protestants rejettent : il y en a qu’ils approuvent, et que nous rejetons.

I^s articles que nous délestons en commun, c'est premièrement cette doctrine si injurieuse aux sacrements, qui en fait dépendre la validité de U sainteté de leurs mini.stres : c’est secondement de rendre commune indifféremment l’administration des sacrements entre les prêtres et les laïques ; c’est ensuite de défendre le serment en tout cas, et par là de condamner non-seulement l’apdtre saint Paul, mais encore Dieu même, qui a juré > : c’est enfin de condamner les justes supplices des malfaiteurs et d'autoriser tous les crimes p.xr l’impunité.

Les articles que nous approuvons, et que les protestants rejettent, c’est celui des sept sacrements, à la réserve de l'ordre peut-être, et à ia manière que nous avons dite; et ce qui est encore plus important, relui de la présence réelle et de la transsuh-stanlialion. Tant d'articles que les protestants détestent, ou avec nous ou contre nos sentiments, dans les vaudois, passent à la faveur de cinq ou six chefs où ces mêmes vaudois les favorisent ; et malgré leur hypocrisie et leurs erreurs ces hérétiques deviennent leurs ancêtres.

Tel était l'état de cette secte jusqu’au temps de la nouvelle réforme. Quoiqu'elle fit tant de bruit depuis l'an làl7, les vaudois, que nous avons vus jusqu'à cette année dans tous les sentiments de leurs ancêtres, ne s'en ébranlèrent pas. KnAii eu Iâ30, après beaucoup de souffrances , ou ils furent sollicités, ou iis s'avisèrent d’eux-mêinesde se faire des protecteurs de ceux qu’ils entendaient depuis si longtemps crier comme eux contre le pape. Ceux qui s'étaient retirés depuis environ deux cents ans , comme le remarque Séyssel ^ , dans les montagnes

Î lèirf. e. 4, />. 749; c. 7 , 7Ô5. — » Uehr. VI, IS

IC, 17 ,f / VII, ai. — •&■»;«■/ 7.

DES VARIATIONS, LIV. Ai. igs

de Savoie et de Dauphiné, consultèrent Sucer et les Suisses leurs voisins. Avec beaucoup de louanges qu'ils en reçurent, Gilles, un de leurs historiens, nous apprend qu'ils reçurent aussi des avis sur trois défauts qu'on remarquait parmi eux •. Le premier regardait la décision de certains points de doctrine : le second, l'établissement de l'ordre, de la discipline et des assemblées ecclésiastiques, pour les faire plus a découvert ; le troisième les invitait à ne plus permettre à ceux qui désiraient d’être tenus pour membres de leurs Eglises, « d'assister aux « messes, ou d'adhérer en aucune sorte aux supers- •> tuions papales, ni de reconnaître les prêtres de « l'Kglise romaine pour pasteurs, et se servir de « leur ministère. •

Il n'en faut pas davantage pour confirmer toutes les clioses que nous avons dites sur l'état de ces malheureuses Eglises , qui cachaient leur foi et leur culte sous une profession contraire. Sur ces avis de Bucer et iTOEcolampade, le même Gilles raconte qu'on proposa de nouveaux articles parmi les vaudois. Il avoue qu'il ne les rapporte pas tous; mais en voici cinq ou six de ceux qu'il rapporte, qui feront bien voir rancien esprit de la secte. Car afin de réformer les vaudois à la mode des protestants, H fallut leur faire dire ■, • que le chrétien peut jurer « licitement; que la confession auriculaire n'est pas

• commandée de Dieu; que le chrétien peut licUe- « ment exercer l’ofllce de magistrat sur les autres

• chrétiens; qu'il n’y a point de temps déterminé « pour jeûner; que le ministre peut posséder quelque

• cliose en particulier pour nourrir sa famille , sans « préjudice à la communion apostolique ; que Jésus- « Christ n'a ordonné que deux sacrements, le bn|v

• téme et la sainte eucharistie. • On volt par la une partie de ce qu'il fallait réformer dans les vaudois, pour en faire des xuingliens ou des calvinistes, et entre autres qu'une des corrections était de ne mettre q\ie deux sacrements. Il fallut bien aussi leur dire deux mots de la prédestination, dont assurément ils n'avaient guère entendu parler; et on les instruisit de ce nouveau dogme , qui était alors comme Pâme de la réforme , que quiconque reconnaU le franc-arbitre ^ nie ta prédestiTUxtion. On voit, par ces mêmes articles, que dans la suite des temps les vaudois étaient tomb^ dans de nouvelles erreurs; puisqu'il fallut leur apprendre « qu’on doit au jour de dimanche cesser des œuvres « terriennes, pour vaquer au service de Dieu; • et encore, • qu'il n'est point licite au chrétien de

• se venger de son ennemi « Ces deux articles font voir la brutalité et la barbarie où ces Eglises vaudoises, qu'on veut être comme la ressource du christianisme renversé, étaient tombées lorsque les protestants les réformèrent : et cela confirme ce qu’en dit Séysset que c'était • une race

• d'hommes lâche et bestiale, qui à peine savent « distinguer par raison s'ils sont des bêtes ou des « hommes, mourants ou vivants. » Tels étaient à peu près, au rapport de Gilles, les articles de réforma-

* Hist. tctl. des Egl. réj. de Pierre GilUe, e. T. — * €UL mti mpra. — * Ibid. * Sêÿss. /. SS.

aoMCEr. — VOUE iv.

tion qu'on proposait aux vaudois pour les rapprocher des protestants. Si Gilles n'en a pas dit davantage, c'est ou qu'il a craint de faire paraître' trop d'opposition entre les vaudois et les calvinistes,' dont on tâchait de faire un même corps, ou que c’est là tout ce qu'on put alors tirer des vaudois. Quoi qu'il en soit, il avoue qu’on ne put convenir de cet accord * , • à cause que quelques barbes estimaient « qu'en établissant toutes ces conclusions, on dés- « honorait la mémoire de ceux qui avaient tant « heureusement conduit ces Églises jusqu’alors. » Ainsi on voit clairement que le dessein des proiestant.s n'était pas de suivre les vaudois, mais de les faire changer, et de les réformer à leur mode.

Durant cette négociation avec les ministres de Strasbourg et de Bâle, deux députés des vaudois eurent une longue conférence avec OKcolampadc, qu'Abraham 5>culter, historien protestant, rapporte tout entière dans ses Annales évangéliques , et déclare qu’il l’a transcrite de môt à mot *.

Un des députés commence la conversation en avouant que les ministres, du nombre desquels il était, « souverainement ignorants, étaient incap, n-

• blés d’enseigner les peuples ; qu’ils vivaient d'au-

• mènes et de leur travail , pauvre.^ pâtres ou la-

• bouretirs; ce qui était cau.se de leur profonde

• ignorance et de leur incapacité ; qu’ils n'étaient « point mariés, et qu'ils ne vivaient pas toujours «fort chastement; mais que lorsqu'ils avaient « manqué, on les chassait de la compagnie : que ce « n'était pas les ministres, mais les prêtres de l’É- « giise romaine, qui administraient les sacrements « aux vaudois; mais que leurs ministres leur fai- « saient demander pardon à Dieu de ce qu'ils rece- « valent les sacrements par ces prêtres, à cause « qu'ils y étaient contraints ; et au reste les aver- « tissaient de n'adhérer pas aux cérémonies de « l’Antéchrist : qu’ils pratiquaient la confession «auriculaire, et que jusqu'alors ils avaient tou- « jours reconnu sept sacrements, en quoi ils en- « tendaient dire qu’ils s'étaient beaucoup trompés. « Ils racontent dans la suite comme ils rejetaient la messe, le purgatoire, et l'invocation des saints; et, pour s'éclaircir de leurs doutes, iis font les demandes suivantes : « S'il était permis aux magis- « trats de punir de mort les criminels, à cause que « Dieu disait : Je ne veux point la mort du pécheur. « Mais ils demandaient en même temps « s'il ne leur

• était pas permis de tuer les faux frères qui les « dénonçaient aux catholiques, à cause que, n'ayant « point de juridiction parmi eux , il ne leur restait « que celle vole pour les réprimer : si les lois hu- « maines et civiles par lesquelles le monde se gou-

• vernait étaient bonnes, vu que l'Écriture a dit « que les lois des hommes sont vaines ; si les « ecclésiastiques pouvaient recevoir de.x donations « et avoir quelque chose en propre ; s'il était permis « de jurer; si la distinction qu'ils faisaient du péché « originel . véniel et mortel était recevable ; si tous « les enfants, de quelque nation qu'üs soient, sont

* Çiti. ibid. c. 6. — • ^émss. Scd. dftad. J, ann. 0 pag. 2M ad 906. f/eidetb,

toi

HïSTOinK

" sauvés par les mérites de Jésus-t'hrisl; et si les « adultes u'nyaiit pas la foi peuvent IVtre en quel-

• que reli^ion que ce soit; quels sont les préceptes « jiidieinires et céréiivoiiinux de la loi de Moise, « s'ils ont été abolis par Jésu$<Christ; et quels sont

• les livres canoniques. » Après toutes ces demandes, qui confirment si clairement tout ce que nous avons dit du dogme vaudois, et de l'ignorance brutale où étaient enfin ionibés ces hérétiques, leur député parle en res tenues : ■ Rien ne nous a « tant troublés , faiblir et imbéciles que nous som-

• mes , que ce que j'ai tu dans I.iitlier sur le libre « arbitre et la prédestination ; car nous croyions que

• tous les hommes avaient naturellement quelque « force ou quelque vertu , laquelle pouvait quelque « chose étant excitée de Dieu, conformément à .1 cette parole : Je suis a la porte , et je frappe ; et " que celui qui n'ouvrait pas recevait selon ses « œuvres : mais si la chose n'est pas ainsi , je ne

• vois plus, comme dit l^rasme , à quoi servent les

• préceptes. Pour b prédestination , nous croyions « que Dieu avait prévu de toute éternité ceux qui «> devaient être sauvés ou réprouvés ; qu'il avait fait « tous les hommes pour être sauvés, et que les ré- « prouvés devenaient tels par leur faute : mais si ■ tout arrive par ni'cessité, comme dit Luther, et

• que les prédestinés ne puissent pas devenir ré-

• prouvés, et au contraire; pourquoi tant de pré- « dications et tant d'écritures, puisqu’il n’en sera n ni pis ni mieux, et que tout arrive par nécessité? • Quelque iguorance qui paraisse dans tout ce discours, on voit que ces malheureux avec leur esprit grossier disaient mieux que ceux qu’ils dioisissaienl pour réformateurs; et voilà, si Dieu le permet, ceux qu'on nous donne pour les restes et pour la ressource du christianisme.

On ne trouve rien ici de particulier sur l'eucharistie : ce qui fait croire que la conférence n’est pas rapportée en son entier; et il n'est pas malaisé d’en deviner la raison. C’est, en un mol, que sur ce point les vaudois, comme on a pu voir, étaient plus papistes que ne voulaient les zuingliens et les luthériens. Au reste, ce député ne parle à Ülicolampade d'aucune Confession de foi dont on usât parmi eux : nous avons aussi déjà vu que Bèze n'en rapporte aucune que celle que les vaudois firent en 1541 , si longtemps après Luther et Calvin : ce qui fait voir manifestement que les Confessions de foi qu'on nous produit comme étant des anciens vaudois ne peuvent être que très-modernes , ainsi que nous le dirons bientôt.

Après toutes ces conférences avec ceux de Strasbourg eide Bâle, en 1536 Genève fut consultée par les vaudois ses voisins : et c'est alors que ‘commença leur société avec les calvinistes, par les

instructions de Farel «ministre de Genève. Mais il ne

fout qu'entendre parler des calvinistes eux-mémes, pour voir combien les vaudois étaient éloignés de leur reforme. Crespin , datts l'Histoire des Martyrs', dit que*, ceux d'Angrogiie, par longue • succession et comme de père en Hls , avaient suivi

• Crttp. Htfi. rff* Mari, t» 1S3«, /. III.

• cpielque pureté de doctrine. » Mais, pour montrer combien à leur gré cette pureté de doctrine était légère, il dit en un autre endroit, où il parle des vaudois de Mérindol : n Que si peu de vbaie lu-

• MiÈBE qu’ils AVAIENT, ils tâcliaient de l'allumer ■ davantagedejour enjour,à envoyer ç.àet là, voire «jusque bien loin où ils oyaient dire qu’il s’élevait «quelque rayou de lumière*. » Et ailleurs, il convient encore que « leurs ministres, qui les ensei-

• gnaient secrètement, ne le faisaient pas avec telle « pureté qu’il le fallait; car d’autant que l’ignorance « s'était débordée par toute la terre, et que Dieu « avait à bon droit laissé errer les hommes comirïe « bêtes brutes, ce n’est point merveille si c.es fiaii- « vres gens n’avaient point la doctrine si pure qu’ils « ont eue depuis, et l'ont encore plus aujourd'liui « quejamais*. » Ces dernières paroles font sentir la peine qu'ont eucles calvinistes, depuis 1536, à conduire les vaudois où ils voulaient; et enfin il n’est que trop clair que depuis ce temps il ne faut plus regarder cette secte comme attacliée à sa doctrine ancienne , mais comme réformée par les calvinistes.

Bèze fait assez entendre la méipe chose, quoique avec un peu plus de précaution , lorsqu’il avoue dans ses Portraits, « que la pureté de la doctrine « s'était aucunement alourdie par les vaudois » Et dans son Histoire, « que par succession de « temps ils avaient aucunement décliné de la piété « et de la doctrine 4. » Il parleplusfrancheroentdans la suite, puisqu'il confesse que • par longue suc- « cession de temps la pureté de la doctrine s'était « grandenaent abâtardie entre leurs ministres; » en sorte qu'ils reconnurent* par le ministère d'GEco- « lampade, de Bucer et autres , comme peu à peu la « pureté de la doctrine n'était demeurée entre eux » « et donnèrent ordre, envoyant vers leurs frères en « Calabre, que tout fiU remis en meilleur état. »

Ces frères de Calabre étaient , comme eux, des fugitifs , qui , selon les maximes de la secte , tenaient leurs assemblées, au rapport de Gilles, « leplusoou- « vertement qu'il leur était possible, et dissimu- « LAiKNTPLUSiBUBSCuosEscontre leur volonté^. » On doit entendre maintenant ce que ce ministre nous cache soii.s ces mots : c’est que ces vaudois de Calabre, à l’exemple de tous les autres, faisaient tout l’exercice de bons catholiques ; et je vous laisse à penser s'ils eussent pu s’en exempter en ce payslà, après ce que l'on a vu de la dissimulation des vallées de Pragelas et d’Angrogne. En effet, Gilles nous raconte que ces Calabrois , persuadés à la fin de se retirerdes assemblées ecclésiastiques, et n'ayant pu se résoudre, comme ce ministre le leur conseillait , à quitter un si beau pays , furent bientôt abolis.

Ainsi finirent les vaudois. Comme ils n’avaient subsisté qu'en se cachant, ils tombèrent aussitôt qu'ils prirent la résolution de se découvrir ; car ce qui resta depuis sous le nom de vaudois n'etait plus , comme il parait, que des calvinistes, que Farel et les autres ministres de Genève avaient formes à

* Em IMi.y. IM. — 5 l&ei,/. 502. — » liv. I . 2.0.

Ibio. — * Ihid. f. 25, as, I5ii. — >* GUletf C. 3 et 3tf.

DES VARIATIONS, UV. XI

leur mole : de sorte que ces vaudois, dont ils font leurs prédécesseurs et leurs ancêtres , à vrai dire ne sont que leurs successeurs, et de nouveaux sectateurs qu'ils ont attirés à leur croyance.

Mais, après tout , de quel secours sont aux calvinistes ces vaudois dont ils veulent s'autoriser? 11 est constant, par ccttc histoire, que Vaido et ses disciples sont tous de simples laïques, qui sang ordre et sans mission se soi»t ingérés de prédier,et dans la suite d'administrer les sacrements. Ils se sont séparés de l'I-lglise, sur une erreur inniiifestc et détestée par les protestants autant que par les catholiques, qui est celle du donatisme : encore ce donatisme des vaudois est-il sans comparaison plus mauvais que l'ancien donatisme de l'Afrique, si puissamment réfuté par saint Augustin. (>s donalistes d'Afrique disaient, à la vérité, qu'il fallait être samt pour administrer validement les sacrements; mais ils n'étaient pas venus à cet excès des vaudois, de donner l’administration des sacrements aux saints laïques comme aux saints prêtres. Si les donatistes d’Afrique prétendirent que les évêques et les prêtres catholiques étaient déchus de leur ministère par leurs crimes, iis les accusaient du moins de crimes efTeetivement réprouvés parla loi de Dieu. Mais nos nouveaux donatistes se séparent de tout le clergé catimlique, et le prétendent déchu de son ordre, à cause qu’il ne gardait pas leur prétendue pauvreté apostolique, qui tout au plus n’était qu'un conseil; rar voila l'origine de la secte, et ce que nous y avons vu tant qu'elle a subsisté dans sa première croyance. Qui ne voit donc qu’une telle secte n’est au fond qu’une hypocrisie qui nous vante sa pauvreté avec ses autresvertus,etfait dépendre les sacrements non de l'eflicaee que leur a donnée Jésus-Christ, mais du mérite des hommes ? Et enfin ces nouveaux docteurs , dont les calvinistes prennent leur suite, d'où venaientils eux^émes , et qui les avait envoyés? Embarrassés de cette demande, aussi bien que les protestants, comme eux ils se cherchaient des prédécesseurs ; et voici la fable dont ils se payaient : on leur disait que du tempsdesaint Silvestre,lorsqueConstantin donna du bien aux ÉglLses , ■ un des compagnons de « ce pape n'y voulut pas consentir, et se retira de

• sa communion, en demeurant avec ceux qui le sui-

• virent dans la voie de la pauvreté ; qu'alors donc

• l’Eglise avait défailli dans Silvestre et ses adhé- «rcnts,et qu’elle él.ail demeurée parmi eux *. » Qu’on ne dise point que c’est ici une calomnie des ennemis des vaudois; car nous avons vu que les auteurs qui le rapportent unanimement n’avaient point eu dessein de les calomnier. Ua fable durait encore du tem|)s de Séys.sel. On disait encore ou vulgaire, que « cette secte avait pris son commenee- « ment d’un certain l.éon, homme très-religieux « dutempsdeConstantin le Grand, qui, détestant l’a- « varteede Silvestre et l'excessive largesse de Cons- «taotin, aima mieux suivre la pauvreté et la sim- « plicité de la foi, que d'être avec Silvestre souillé « d’un gras etrictM^néiice, auquel se seraient joints

‘ Rm . ibid. e. 4 , S , p. 749. Pjflial. c. 4 , p. 779. Fraÿvt . Pjflkd. sis. SIS. €tc.

• tous ceux qui sentaient bien de la fui \ » On avait persuadé à ces ignorants que c'était de ce faux Leon que la secte des léonistes avait pris son nom et su naissance. Les chrétiens veulent voir une suite dans leur doctrine et dans leur Eglise. Les protestants se renomment des vaudois , les vaudois de leur prétendu compagnon de saint Silvestre, et l'un et l'autre est également fabuleux.

Ce qu'il y a de véritable dans l'origine des vaudois est qu’ils tirèrent le motif de leur séparation de la dotation des Églises et des ecclésiastiques . contraircà la pauvreté qu'ils prétendaient que Jesus- Clirist exige de ses ministres. Itlals comme cette origine est absurde, et que iTailleurs elle n'accommodepas les protestants, on a vu ce que Paul Perrin eu a raconte dans son tIistoiredesVaudois.il nous a fait de Vaido un des hommes des p/us courageux pours’opposcrhh présence réclleen i'an 1 1 60 *.Mais produit-il quelque auteur qui confirme ce qu'il en a dit? il n'en produit pas un seul : ni A ubertin , ni La Roque, niCappel, ni enfin aucun protestant ou d'Allemagne ou de France, n'ont produit ni ne produiront jamais aucun auteur, ni du temps , ni des siècles suivants , trois à quatre cents ans durant, qui ait donné aux vaudois l'origine que cet Instorien pose pour fondement de son histoire. Los catlioliques,qiii ont tant écrit ce que Bérenger et lesautre.s ont dit contre la présence réelle , ont-ils du moins nommé Vaido parmi ceux qui s'y sont opposés? pas un seul n'y a pensé. Nous avons vu qu'ils ont dit tout autre chose de Vaido. Mais pourquoi t’auraientils épargné seul? Quoi! cet homme qu’on nous fait si courageux à s'op{>oser au torrent, cachaitii tellement sadoctrineque personne ne se soit jamais aperçu qu'il ait combattu un article de cette importance? Où Vnido élait-il si redoutable, qu'aucun catholique n'osût l’accuser de cette erreur en l'accusant de tant d’autres? l'n historien qui commence par un fait de cette nature , et qui le pose pour fondement de son histoire, de quelle créance est-il digne? Cependant Paul Perrin est écouté comme un oracle dans le calvinisme, tant on y croit aisément ce qui favorise les préjugés de la secte.

Mais au défaut des auteurs connus, Perrin produit pour toutes preuves quelques vieux livres des vaudois écrits à la main , qu'il prétend avoir recouvrés; entre autres un volume où était «un livre de « i’Anlechri:>t en d.^te d'onzo cent vingt, et en ce " même volume plusieurs sermons des barbes vau- • dois Mais il est déjà bien certain qu'il n'y avait ni vaudois ni barbes en l'an UJO, puisque Vaido, selon Perrin même, n'est venu qu'en tl60. Ce mot de barbes n’est connu parmi les vaudois pour signifier leurs docteurs, <|ue plusieurs siècles après, et tout à fait dans les derniers temps. Ainsi on ne peut faire passer tous ces discours pour être d'onze cent vingt. Perrin se réduit aussi à conserver cette date au seul discours sur l’Antéchrist, qu’il espère par ce moyen pouvoir attribuer à Pierre de Bruis,

» Séÿm. /. 5. — » f/ht. det f'atidoi$ , c. I.— * Ibid, t t,c. 7, p. 67. Hist. (tes f'oHdmset Albigeois, lit. part. /. iii, e, I, p. 3bS.

IM

qui vivait environ en ce leropa-là , ou à quelquesuns de ses disciples. Mais la date étant à la tête semble devoir être commune , et par conséquent très-faussc pour le premier, comme elle l'est visiblement pour les autres. Kt d'ailleurs ce traité sur rAiitecbrist, qu'on prétend être de 1160, n'est point d'un autre iangaqe que les autres pièces des Itarbesque Perrin a citées; et ce langaqe est trèsmoderne , fort peu diffèrent du provençal que nous connaissons. Non-seulement le langage de Villehardouin, qui a écrit cent ans après Pierrede Bruis, mais encore celui des auteurs qui ont suivi Villehardouin , est plus ancien et plus obscur que celui que l’on veut dater de l'an 1130; si bien qu'on ne peut se moquer du monde d'une façon plus grossière qu'en nous donnant cesdiscourscomiiie fort anciens.

Cependant, sur cette seule date de 1 130 mise, on ne sait par qui , ni en quel temps , dans ce volume vaudois que personne ne connaît , nos calvinistes ont cité ce livre de l’Anteclirist comme étant indubitablement de quelque disciple de Pierre de Bruis, ou de lui-ménve '. Les mêmes auteurs citent hardiment quelques discours que Perrin a cousus à celui sur l’Anteclirist , comme étant de la même date de 1130, quoique dans un de ces discours où il est traité du purgatoire, on cite un livre que saint .-tugustina intitulé : des Mttpariements'y c'est-à-dire des mille paroles ; comme si saint Augustin avait fait un livre de ce titre : ce qui ne se peut rapporter qu’à une compilation composée au treizième siècle, qui a pour titre : MilMoquium sancii Jugustini, que l’ignorant auteur de ce traité du purgatoire a pris pour un ouvrage de ce Père. Au surplus, nous pourrions parler de l'âge de ces livres des vaudois, et des altérations qu'on y pourrait avoir faites , si on nous avait indiqué quelque bibliotbéque connue où on les pdt voir. Jusqu'à ce qu’on ait donné au public cette instruction nécessaire, nous ne pouvons que nous étonner de ce qu'on nous produit comme authentiques des livres qui n'ont été vus que de Perrin seul ; puisque ni Aubertin ni La Roque ne les citent que sur sa foi , sans nous dire seulement qu'ils les aient jamais maniés. Ce Perrin , qui nous les vante seul , n'y observe aucune des marques par lesquelles on peut établir la date d’un volume, ou en prouver l'antiquité , et il nous dit seulement que ce sont de vieux livres des vaudois ’ ; ce qui en gros peut convenir nus plus modernes gothiques, et à des volumes de cent à six vingts ans. Il y a donc tout sujet de croire que ces livres , dont on nous fait voir ce qu'on veut sans aucune preuve solide de leur date , ont été composés ou altérés par ces vaudois réformés de la façon de Farel et de ses confrères.

. Quant à la Confession de foi que Perrin a publiée , et que tous nos protestants nous allèguent comme une pièce authentique des anciens vaudois, • elle est « extraite, dit-il*,du livre intitulé; Jlmanachspi- ‘ rituel, et des Mémoires de George Morel. • Pour I

* Amb. p, fM3. Isa Koq. Hut. dé V Buchariti. p. 4SI , 4&9. s* > Ptrr. Hut. deê l'aud. III. part. l. IM. f. S, p. 3U&. — *Hùt. dea l'and. t. I, e. 7, p. W. — * Hi*i. de$ /‘and. I. i, ê.n,p. 19.

r Almanach spirituel ^ je ne sais qu'en dire, si ce n'pst que ni Perrin ni Léger même, qui parle avec tant de .soin des livres des vaudois, n'ont rien marqué de Un date de celui-ci. Ils n'ont pas même pris la peine de nous dire s'il est manuscrit ou imprimé ; et nous pouvons tenir pour certain qu'il est fort moderne, puisque ceux qui en veulent tirer avantage ne nous en ont pas marqué l’antiquité. Mais ce qui décide , c’est ce que rap|>orte Perrin : que cette Confession de foi est extraite des Mémoires de George Morel. Or il paraît par Perrin même que George Morel fut celui qui environ l'an 1530, tant d'années après la réforme , alla conférer, avec OICcolampade et Bucer, des moyens de s'y unir* : ce qui nous fait assez voir que cette Confession de foi , non plus que les autres que Perrin produit , n'est pas des anciens vaudois , mais des vaudois reformes à la mode des protestants.

Aussi avons-nous déjà remarqué qu'il ne fut fait nulle mention de Confession de foi des vaudois dans la conférence de l.‘>30 des mêmes vaudois avec OEcolampade ■. Nous pouvons même assurer qu'ils ne firent de Confession de foi que longtemps après ; puisque Bèze , si soigneux de rechercher et de faire valoir les actes de ces hérétiques, ne parle , comme on a vu d'aucune Confession de foi qu'il en eiU connue qu’en 1511. Quoi qu'il en soit, avant la réforme de Luther et de Calvin , on n'avait jamais entendu parler de Confession de foi des vaudois. .Séyssel, que la vigilance pastorale et l'obligation de sa charge ensageaientdans ces derniers temps, c'est-à-dire en 1516 et en 1517 , à une recherche si exacte de tout ce qui regardait celte secte, ne nous dit pas un seul mol de Confession de foi c'est-à-dire qu'il n'en avait rien appris, ui par un examen juridique, ni de ceux qui, se convertissant entre ses mains avec tant de marques de sincérité, lui découvraient avec larmes et componction tout le secret de la secte. Ils n'avaient donc point encore alors de Confession de foi : il fallait apprendre leur doctrine par leurs interrogatoires, comme on a vu; mais de Confession de foi , ni d'aucun écrit des vaudois on n'en trouve pas un mot dans les auteurs qui les ont le mieux connus. Au contraire, les frères de Bohême, secte dont nous parlerons bientôt et à laquelle les vaudois ont souvent tenté de s'unir et devant et après Luther, nous apprennent qu'ils n'écrivaient rien. « Ils n'avaient ja- • mais eu, disaient-ils d' Église connue en Bohême ; « et nos gens ne savaient rien de leur doctrine, parce > qu'ils n'en avaient jamais publié aucun écrit dont « nous soyons assurés. • Et dans un autre endroit : " Ils ne voulaient point qu'il y edt aucun témoignage a public de leur doctrine • Que si l'on veut dire qu'ils ne laissaient pas d'avoir entre eu.x quelques écrits et quelques Confessions de foi, ils les eussent donnés aux frères avec lesquels ils voulaient s'unir. Mais les frères déclarent qu'ils n'en ont rien su que

• Ixtirea d'CF.i^ampadé. Psrrr. ibid. c. fi. p. 4fl ; r. 7, p. S©. — * Ci-dnMJi. — â Ci dMUi». — ‘ Scyjj. /. 3 et §eq. — 4 JS*. rom. Rudif. de fratr. Orth. narraL Heid. rwnt. hut. Cam.

1*7, PreJ. Omf.^. Fratr. Bohem, an lS7i,

éb. 173.

DBS VARlATIOrHS. LIV. XI. fi»7

par quelques articles de Mérindul, « lesquels, di-

• seiiMIs il se pourrait faire qu'on aurait polis de « notre temps. • C'est ce qu'écrit un savant ministre de ces iMbéiniens longtemps après la réforme de Luther et de Calvin. 11 aurait parié plus conséqueinment si, au lieu de dire qu'on a poli ces articles depuis la réforme , il avait dit qu'on les a fabriqués. Muisc'est qu'on voulait dans le parti donner quelque air d'antiquité aux articles des vaudois; et ce ministre ne voulait pas tout à fait révéler ce secret de la secte. Quoi qu'il en soit , il en dit assez pour nous faire entendre ce qu'il faut croire des Confessions de foi qu'on produisait de son temps sous le nom des vaudois ; et on voit bien qu'ils ne savaient guère la doctrine des protestants avant que les protestants les en eusseut instruits. A peine savaieut-Useux-ménies ce qu'ils croyaient, et ils ne s'en expliquaient que confusément avec leurs meilleurs amis, loin d'avoir des Confessions de fui toutes formées, comme Perrin a voulu nous le faire accroire.

El néanmoins nous reconnaissons même dans ces pièces de Perrin quelque trace de l'ancien génie vaudois, qui confirme ce que nous en avons dit. Par exemple, dans le livre de l'Antéchrist il est dit que « les empereurs et les rois, estimant que l’Antéchrist

• était semblable à la vraie et sainte mère l^lise,

• l'ont aimé et l'ont doté, contre le commandement

• de Dieu* ; • ce qui revient à l'opinion vaudoise , de croire défendu aux clercs d'avoir aucun bien : erreur, comme on a vu , qui fit le premier fondement de leur séparation. Ce qui est porté dans le Catéchisme, qu'on reconnaît les ministres « par le vrai sens de la « foi, et par la saine doctrine, et par la vie de bon « exemple, etc.^ • revient encore à l'erreur qui faisait croire aux vaudois que les ministres de mauvaise vie étaient déchus du ministère, et perdaient l'admis'istration des sacrements. C’est pourquoi il est dit encore dans le livre del’Antechrist, qu’une de ses œuvres est « d'attribuer la réformation duSaint-Ksprit

• à la foi morte extérieurement , et de baptiser les en- « fants en cette foi, en enseignant que par cette foi

• ces enfants reçoivent de lui le baptême et la régé- « Dération 4 : • paroles par où l’on exige la foi vivante dans les ministres du baptême, comme une

nécessaire pour la régénération de l'enfant ; et le eootraire est rangé parmi les œuvres de l’Antéchrist. Ainsi, lorsqu’ils composaient ces nouvelles Confessions de foi agréables à la réforme où ils avaient dessein d'entrer, on ne pouvait les empêcher d'y couler toujours quelque chose qui ressentait l'ancien levain : et, sans perdre le temps davantage dans cette recherche, c'est assez qu'on ait vu dans ces ouvrages des vaudois les deux erreurs qui ont fait le fondement de leur séparation.

Telle est l'histoire des albigeois et des vaudois , aelon qu'elle est rapportée par les auteurs du temps. Nos réformés, qui n'y trouvent rien de favorable à leurs prétentions , ont voulu se laisser tromper par

> Rud. ibid. H7, t«S. - * Hitt. d'M Vaud, III. par/, l. in, c I, p. *9». !î|. p«r/. /. i.p. 157. - * Ibid.

/. ni , p. 287.

le plus grossier de tous les artifices. Plusieurs auteurs catholiques qui ont écrit en ce siècle , ou sur la fin du siècle précédent, n'ont pas assez distingué les vaudois d'avec les albigeois , et ont donné aux uns et aux autres le nom commun de vaudois. Quelle qu'ait été la cause de leur erreur, nos protestants sont trop habiles critiques pour vouloir que l’on en croie ou Mariana, ou Gretser, ou mêmeM.deTliou, et quelquM autres modernes , au préjudice des anciens auteurs , qui tous unanimement , comme on a vu , ont distingué ces deux sectes. Cependant , sur une erreur si grossière , les protestants, après avoir pris pour chose avouée que les albigeois et les vaudois n'étaient qu’une même secte, ont conclu que les albigeois n'avaient été traités de manichéens que par calomnie; puisque, selon les anciensauteurs, les vaudois sont exempts de cette tache.

Il fallait considérer que ces anciens, qui, en accusant les vaudois d'autres erreurs , les ont déchargés du manichéisme, en même temps les ont distingués des albigeois que nous en avons convaincus. Par exemple, le ministre de La Roque, qui, ayant écrit le dernier sur cette matière , a ramassé les finesses de tons les autres auteurs du parti et surtout celles d'Aubertin, croit avoir justifié les albigeoisd’avnir, comme les manichéens, rejeté l'Ancien Testament , en montrant que, selon Renier, les vaudois le recevaient Ml ne gagne rien , puisque ces vaudois sont chez le même Renier très-bien distingués des cathares*, qui sont la tige des albigeois. Le même La Roque tire avantage de ce qu'il y avait des hérétiques qui, selon RadulphusArdens, disaient qus ie s(tcrement n’étalt que du pain tout pur^. Il est vrai ; mais le même RadulphusArdens ajoute eeque La Roque , aussi bien qu'Aubeitin , a dissimulé , que ces mêmes hérétiques admettent deux Créateurs, et rejettent V Ancien Testament , ta vérité de Cin^ carnation f le mariage ^ et la viande. Le même ministre cite encore certains hérétiques , chez Pierre de Vaucernai , qui niaient la vérité du corps de Jésus-CImst dans l'eucharistie Je l'avoue; mais en même temps cet historien nous assure qu'lfs admettaient pareillement tes deux principes , et avaient toutes les erreurs des manichéens. La Roque veut nous faire croire que le même Pierre de Vaucernai distinguo les ariens et les manichéens d'avec les vaudois et les albigeois^. La moitié de sou discours est véritable: il est vrai qu'il distingue les manichéens des vaudois, maisil ne les distingue pas des hérétiques quiétaientdans te pays de Narhonne; et il est certainquece sont les mêmes qu'on appelait albigeois, qui constamment étaient des manichéens. Mais, continue le même La Roque, Renier reconnaît des hérétiques qui disent que te corps de Jésus‘Christ est du simple pain^ : c'étaient ceux qu'il appelle ordibariens qui parlaient ainsi , et en même temps ils niaient la création?, et proféraient

< La Roq. 4S0. Auh. p.9Vl^ex Ren. r. a. — * Ret». c. a. — » La Roq. 45C. Aub. p. C6*. B. Radulpk. Ard. Serm. § poti Prntec. — • /a Roq. dnb. ib. «J5 ; ex Peir. dê Pattê Certt. Hi$t. Albiff. I. il. c. 6. - » Hisl. Albig. lu

Roq. p. 447. Aftb. 965. Ren. c. 8. - * Ren. ibid

UISTOIBE

tnilie blasphèmes que If inanidiéisnie avait introduits; de sorte que ces ennemis de la présence réelle l'ét aient en même tem|>s du Créateur et de la divinité.

T.a Roque revient à la cbarse avec Aubertin , et croit trouver de bons protestants en la personne de ces hérétiques , qui , selon Césarius d'IlesterlMC , biaaphémalenne corpx etlemiujde Jésus-ChrUt*. Mais le même Osarius nous apprend (pi'ils admettaient les deux principes, et tous les autres blasphèmes des manichéens : ce qu’il assure savoir trè.s-bien, non point par ouî-dire, mais pour avoir souvent i conversé avec eux dans te diocèse de Metz. Un fameux ministre de Metz, que j'ai fort connu, faisait accroire aux calvinistes de ce pays-là que ces albigeois de Césarius étaient de leurs ancêtres*; et on leur fit voir alors que ces ancêtres qu’on leur donnait étaient d'abominables manichéens. La Roque , dans son Histoire de l'Eucharistie^, voudrait qu’on crût que les bogomUes étaient les mêmes qu’on appelait en divers lieux vaudois, paucres de Ujon ^ popHcains , bulgares , inuibbafés f gazares et turlupins. Je conviens que les vaudois, les insabbatés et les pauvres de Lyon sont la même seete : mais qu’on les ait appelés gazares ou caMiares, |N>plicains, bulgares, ni bogomiles, c’est ce qu'on ne montrera jamais par aucun auteur du temps. Mais enfin M.de La Roque veut donc que ces bogomiles soient de leurs amis? Sans doute , parce qu'ils « ne jugeaient « dignes d'aucune estime le corps et le sang que l'on

• consacre parmi nous. > Mais il de\ait avoir appris d'Anne Comnène, qui nous a fait connaître ces luTctiques^, qu'ils réduisaient en faiitdme rincarna- « tion de Jésus; qu’ils enseignaient des impuretés que •> ta pudeur de son sexe ne permettait pas à celte

• priucessede répéler;etenrmqu'ilsavaientétécon-

• vaincus parrempereurAlexissonpèred'introduire

• un dogme mêlé des deux plus infâmes de toutes

• les hérésies, de celle des manichéens, et de celle

• des massaliens. •

Le même La Roque met encore parmi ses amis Pierre Moran, qui, pressé de déclarer sa croyance devant tout le peuple, confessa qu’il « ne croyait « pas que le pain consacre fût le corps de notre

• Seigneur ^ ; » et il oublieque ce Pierre Kloran, selon lerapportclel’auteurdont il cite le témoignage, était du nombre de ces hérétiques convaincus de inanirhéisme , qu’on appelait ariens ^ , pour la raison que nous avons rapportée.

Uel auteur compte encore parmi les siens les hérétiques dont il est dit, au concile de Toulouse, sous Calixte IL •• qu’ils rejettent le sacrement du

• corps et du sang de Jésus-Christ?; » et il tronque le propre canon d’où il a tiré ces paroles , puisqu'on y voit dans la suite que ces hérétiques, avec le sacrement du corps et du sang, « rejettent encore le « baplêiiH'des petits enfantset le mariage légitime*.*

* Cttt. Hetlrrb. l.y ,c. 5, i« Bill. Citlerc. La Jloq. I&7. ^ub. 9fl». — * Ferri., ('aL gcn. p. êi. — * /*. 455. — * /ian. Ciiv}». .4ie«r. t. xv , p. 4M et teq. — * îbid. 45R- — * Ht'j. de //■ tv./. .tHu. -iag. Bara». ad ou. 117», — • Jbid. 451. — • Ctfuc. Ttdoi. ait. llia. Cou. 3.

Il corrompt avec une pareille hardiesse un passage de rinquisiteur fumerie surle sujet des vaudois.

• ^.meric , dit-il ' , leur attribue comme une hérésie

• ce qu’ils disaient, que le pain n’est pas transsubs-

• tanlié au vrai corps de Jésus-Christ, ni le vin au

• sang. » Qui ne croirait les vaudois convaincus par ce témoignage de nier la transsubstantiation? Mais nous avons récité le passage entier, où il y a : «

• neuvième erreurdes vaudois, c’est que le pain n’est ■ point transsubstantié au corps de Jésus-Uirist ,

• SI LF PRÉTBKQUI LE CONSACRE EST PÉCHECR. »

M. de I.a Roque retranche ces derniers mots , et par cette seule fausseté il ôte aux vaudois deux points importants de leur doctrine : l’un , qui fait l’horreur des protestants, c’est-à-dire la transsubstantiation; l’autre, qui fait l'hormir de tous les chrétiens , qui est de dire que les .sacrements perdent leur vertu entre les mains des ministres indignes. C’est ainsi que nos adversaires prouvent ce qu'ils veulent par des falsiûcations manifestes, et ils ne craignent pas de se donner des prédécesseurs h ce prix.

Voilà une partie des illusions d' Aubertin et de La Roque sur le sujet des albigeois et des vaudois, ou des pauvres de Lyon. En un mot, ils justifient parfaitement bien les dentiers du maiiidiéisme; mais en même temps ils n’apportent aucune preuve pour ntontrer qu'ils aient nié la transsubstantiation : au contraire, ils corrompent les passages qui prouvent qu’ils l'ont admise. Et pour ceux qui l’ont niée en ces teni{>8-là, ils n'en produisent aucuns qui ne soient convaincus de inantcheisme par le témoignage des mêmes auteurs qui les accusent d’avoir nié le changement de substance dans reucharistie : de sorte que leurs ancêtrt's sont ou avec nous défenseurs de la transsubstantiation comme les vaudois, ou avec les albigeois convaincus de manichéisme.

Mais voici ce que ces ministres ont avancé de plus subtil. Accablés par lenombredesauteursqui nous parlent de ces hérétiques toulousains et albigeois comme de vrais manichéens, ils ne peuvent pas nier qu’il n’y en ait eu , et même en ces pnys-là ; et c'était ceux, disent-ils*, que l’on appelait cathares oa purs. Mais ils ajoutent qu’ils étaient en très-petit nombre , puisque Renier, qui les connaii^it si bien , nous assure qu'ils n'avaient que seize /églises dans tout te mondei et, au reste, que le nombre de ces cathares n’exôèdait pas quatre m///edans toute la terre : OM /feu, dit Renier, que tes croyants sont innombrables. Ces ministres lais.sent à entendre parce passage que ces seize Églises, et quatre mille hommes répandus dans tout l'univers , n'y pouvaient pas faire tout ie bruit et toutes les guerres qu'y ont fait les albigeois; qu'il faut donc bien qu'on ait étendu le nom de cathares ou de manicliéens à j quelque autre secte plus nombreuse; et que c'est I celle des vaudois et des albigeois qu'on appelait du I nom de manichéens, ou par erreur ou par calomnie.

Qui veut voir jusqu’où peut aller la prévention ou I nilusiou , n’a qu'à entendre après les discours de ; ces ministres la vérité que je vais dire; ou plutôt

j ‘ B. 457. Dinrt. pari. U. q. II. — * Jul. IH». La Hi>g. I ICO, ex Ren. c. 6.

DES VAUIATIÜÎSS. LIV. XL

H ne faut que se soureiiir de celle que j’ai déjà dite. Et premièremeut pour ces seize Kf;liscs, on a vu que le mot d’él^lise se prenait en cet endroit de Renier ' , non pour des él^Mses particulières qui étaient en certaines villes, mais souvent pour des provinces entières : ainsi on voit parmi ces l'^iises, VÈ~ glise de l'Eickrvonie, VÉgiMde la Marche en Italie, V Eglise de France y V Église de Bulgarie ^ U mère de toutes les autres. Toute la Lombardie était renfermée sous le titre de deux Églises : celles de Toulouse et d'Aibi, qui en France furent autrefois les plus nombreuses, comprenaient tout le Languedoc; et ainsi du reste : de manière que sous ces seize Églises on exprimait toute la secte comme divisée en seize cantons , qui toutes avaient leur rapport à la Bulgarie, comme on a tu.

Nous avons aussi remarqué, pour ce qui regarde ces quatre mille cathares, qu’on nVntendnit sous ce nom que les parfaits de la secte, qu'on appelait élus du temps de saint Augustin *, mais qu’en même temps Renier assurait que s'il n’y avait de son temps, c’est-à-dire au milieu du treizième siècle, où la secte était affaiblie , que quatre mille cathares parfeits , la multitude du reste de la secte , c'està-dire de-s simples crogants , était encore infinie.

Roque, après Aubertin, prétend que le mot de croyants signifiait les vaudois*, à cause que pyliedorf etRenierlui-mémelesappellentainsi. Mais c'est encore ici une illusion trop grossière. Le mot de rro^an/était commun 6 toutes les sectes ; chaque secte avait croyrtif/.t on ses sectateurs. I^s vaii- 3ols avalent /cf/r# croyants ^ credmtes ipsorum ^ dont Pyliedorf a parlé en divers endroits. Ce n’est pas que le mot de croyants fdt affecté aux vaudois : maisc'est que, comme lesautres, ils avaient les leurs. L'endroit de Renier cité par les ministres dit que les hérétiques avalent leurs croyants, credentes suos , aurquels ils permettaient toute sorte de rrfrwes Ce n’est pas des vaudois qu’il parle, puisqu’il en loue les bonnes moeurs. Le même Renier nous raconte les mystères des cathares , ou la fraction de leur pain ; et il dit qu’on receralt à cette table non-seulement les cathares, hommes et femmes, mais encore leurs crftyants c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas encore arrivés à la perfection des cathares : ce qui montre nnnifestemwl ces deux ordres si connus parmi les manichéens; et ce qu'on marque , que les simples croyants sont reçus à cette espèce de mv'stère, fait voir qu’il y en avait d’autres dont ils n'étaient pas jugés dignes. C’est donc de ces croyants des cathares que le nombre était infini : et ceux-là , conduits par les autres , dont le nombre était plus petit, élisaient tout le mouvement dont l’univers était troublé.

Voilà donc les subtilités , pour ne pas dire les artifices, où sont réduits les ministres pour sc donner des prédécesseurs. Ils n’en ont point dont la suite soit manifeste : ils en vont dtercher, comme ils peuvent, parmi des sectes obscures, qu’ils tâchent de réunir, et d'en faire de bons calvinistes ,

* ilen. c. 6. ~ > .-tiib. DGS. Jji Roq. 4«0. C. I. U, 18, p. 780, Cf- . - » C. r, p. 717. - ' ibid. C. 0, p. 738.

quoiqu'il n'y ait rien de commun entre eux que la liaine contre le pape et contre l’Église.

On me demandera peut-être ce que je crois de ia vie des vaudois, que Renier a tant vantée. J’en croirai tout ce qu’on voudra , et plus , si l’on veut, que n’en dit Renier : car le démon ne se soucie pas par où il tienne les hommes. Ces hérétiques toulousains , manichéens constamment, n'avaient pas moins que les vaudois cette piété apparente. C'est d’eux que saint Bernard a dit‘ : « T.eurs *< inccurssont irréprochables ; ils n'oppriment |>er- « sonne, ils ne font de tort à personne, leurs vi- « sages sont mortillrs et abattus par le jeâne: ils •> ne mangent point leur pain comme des pares- « Sfiix , et ils travaillent pour gagner leur vie. » Qu’y a-t-il de plus spécieux que ces hérétiques de saint Bernard? Mais après tout c'était des manichéens, et leur piété n’était que feinte. Regardez le fond : c’est l’orgueil , c'est la haine contre le clergé, c'est l’aigreur contre l’ÊglLse; c’est par là qu’ils ont avalé tout le venin d'une 'abominable hérésie. On mène où l’on veut un peuple ignorant, lorsqu'après avoir allumé d.ms son cœur une passion violente, et surtout la haine contre ses conducteurs , on s’en sert comme d’un lien pour l’entraîner. Mais quedirons-nous des vaiidoisqui se sont si bien exemptés des erreurs manichéennes? I.e démon a fait son oeuvre en eux , quand il leur a inspiré le même orgueil; la même ostent.ation de leur pauvreté prétendue apostolique; la même présomption à nous vanter leurs vertus ; la même haine contre le clergé, poussée jusqu'à mépriser les sacremeiiUdàns leurs mains; la même aigreur contre leurs frères portécjusqii’à la rupture et jusqu’au schisme. Avec cette aigreur dans le etcur , fussent-ils à l’extérieur encore plus justes qu’on ne dit, saint Jean m'apprend qu'ils sont homicides >. Fussent-ils aussi chastes que les anges, iis ne seront pas plus heureux que les vierges folles dont les lampes étaient sans huile et les cœurs sans cette douceur qui seule peut nourrir la charité.

Renier a donc bien marqué le caractère de cea hérétiques, quand il attribue la cause de leur erreur à leur haine, à leur aigreur, à leur chagrin : Sic processif doclrina ipsorum et ranror*. Cf s liéréliques, dit-il, dont rexlcrleur était si spécieux . lisaient beaucoup , et « priaient peu. Ils allaient au « sermon; mais pour tendre des pièges aux predi- • enteurs , comme les Juifs en tendaient au Fils de ■ Dieu : » c’est-à-dire qu'il y avait parmi eux beaucoup d’esprit de dispute, et peu d’esprit de componction. Tous ensemble, et manich^ns et vaudols, ils ne ce.ssnient de crier contre les inventions humaines, et de citer l'Écriture sainte, dont ils avaient un passage toujours prêt, quoi qu'on leur ptU dire. T.orsqu'iiiterrogés sur la foi ils éludaient la demande par des équivoques^; si on le.s en reprenait, c’était, disaient-ils, .tésus-Christ meme qui leur avait appris celte pratique, lorsqu’il avait dit aux Juifs : Détruisez ce temple, et je le rebâtirai

' Serm. CXV in Cant. — * I. Jmh. ih . r», — >

XSV , a. - * (A. 6, p. 719- — ^ fie», ibid.

Munh.

HISTOIBE

en trois Jours * ; entendant du temple de son corps ce que les Juifs entendaient de celui de Salomon. Ce passage semblait fait exprès à qui ne savait pas le fond des choses. Les vaudois en avaient cent autres de cette sorte qu'ils savaient tourner à leurs 0ns; età moins d'élre fort exercédanslesl^^itures, on avait peine à se tirer des Qiets qu'ils tendaient. Un autre auteur nous remarque un caractère bien particulier de ces faux pauvres*. Ils n’allaient point, comme un saint Bernard, comme un saint François, comme les autres prédicateurs a|M8toiiques, attaquer au milieu du monde les impudiques , les usuriers, les joueurs, les blasphémateurs, et les autres pécheurs publics, pour lâcher de les convertir. Ceux-ci, au contraire, s'il y avait dans tes villes ou dans les villages des gens retirés et paisibles, c'était dans leurs maisons qu'ils s'introduisaient avec leur simplicité apparente. A peine osaient-ils élever la voix, tant ils étaient doux: niais les mauvais prêtres et les mauvais moines étaient mis aussitôt sur le tapis ; une satire subtile et impitoyable prenait la forme de zèle ; les bonnes gens qui les écoutaient étaient pris ; et , transportés de ce zèle amer, ils s'imaginaient encore devenir plus gens de bien en devenant hérétiques : ainsi tout se corrompait. Les uns étaient entraînés dans le vice par les grands scandales qui paraissaient dans le inonde de tous cdtés : le démon prenait les simples d'une autre manière; et, par une fausse horreur des méchants, il les aliénait de l'église, où l’on en voyait tous les jours croître le nombre-

Il n'y avait rien de plus injuste ; puisque l'Église, loin d’approuver les désordres qui donnaient lieu aux révoltes des hérétiques, les détestait par tous ses décrets, et nourrissait en même tmnps dans son sein des Iwmines d’une sainteté si éminente, qu’auprès d’elle toute la vertu de ces hypocrites ne paraissait que faiblesse. Le seul saint Bernard, que Dieu suscita en ce temps-Iâ avec toutes les grâces des prophètes et des apures pour combattre les nouveaux hérétiques, lorsqu’ils faisaient de plus grands efforts pour s'étendre en France, sufDsait pour les confondre. C’était là qu'on voyait un esprit vraiment apostolique, et une sainteté si éclatante, qu’elle fut en admiration même à ceux dont il avait combattu les erreurs ; de manière qu'il y en eut qui, en damnant insolemment les saints docteurs, exceptaient saint Bernard de cette sentence et SC crurent obligés à publier qu'à la fin il s'était mis dans leur parti : tant ils rougissaient d'avoir contre eux un tel témoin. Parmi ses autres vertus, on voyait reluire et dans lui et dans ses frères les saints moines de Cîteaux et de Clairvaux, pour ne point parler des autres, cette pauvreté apostolique dont les bérctiques se vantaient : mais saint Bernard et ses disciples, pour avoir porte cette pauvreté et la inortilication chrétienne à sa dernière perfection , ne se glori/iaient pas d'être les seuls qui eussent conservé les sacrements,

' Jt^H. Il, It. — » Pjflicd, C. 10, p. î«. — > JpiHl Jten. C. G,

et n’en étaient pas moins obéissants aux aupérietirs même mauvais, distinguant avec Jésus-Christ les abus d’avec la chair et la doctrine.

On pourrait compter dans le même temps do très-grands saints, non -seulement parmi les évêques, parmi les prêtres, parmi les moines, mais encore dans le commun peuple , et même parmi les princes, et au milieu des pompes du monde : mats Ica hérétiques ne voulaient voir que les vicea, afin de dire plus hardiment avec le pharisien : Nous ne sommes pas comme le reste des hommes * ; nous sommes purs , noua sommes ces pauvres que Dieu aime : venez a nous, si voua vouiez recevoir les sacrementa.

H ne faut donc pas s’étonner de la régularité apparente de leurs mœurs , puisque c'était une partie de la séduction contre laquelle nous avons été prémunis par tant d’avertissements de l’Évangile. On ajoute , comme un dernier trait de la piété extérieure de ces hérétiques, qu'ils ont souffert avec une patience surprenante. Il est vrai ; et c'est le comble de l’illusion. Car les hérétiques de oeo temps-là , et même les manichéens dont nous avons vu les infamies , après avoir biaisé et dissimulé le plus longtemps qu'ils pouvaient pour se délivrer du dernier supplioe, lorsqu'ils étaient convaincus, et condamnés selon les lois , couraient à la mort avec joie. I>eur fausse constance étonnaitie monde: Knervin, qui les accusait, ne laissait pas d’en être frappé, et demandait avec inquiétude k saint Beiv nard la raison d'un tel prodige *. Mais le saint, trop instruit des profoodeurs de Satan pour ignorer qu'il savait faire imiter jusqu'au martyre è ceux qu’il tenait captifs, répondait que par un juste jugement de Dieu le malin pouvait avoir puissance noH-seulemeni sur U corps des hommes ^ mais encore sur leurs coeurs^\ et que s'il avait bien pu porter Judas à se donner la mort à lui-même, U pouvait bien porter ces hérétiques à la souffrir de la main des autres. Ne nous étounons donc pas de voir des martyrs de toutes les religions, et même dans les plus monstrueuses ; et apprenons par cet exemple à ne tenir pour vrais martyrs que ceui qui souffrent dans t’unilé.

Mais ce qui devrait éternellement désabuser les protestants de toutes ces sectes impies, c'est la détestable coûtante de renier leur religion , et de participer à notre culte pendant qu'ils le rejetaient dans leur cœur. Il est constant que les vaudois , à l'exemple des manichéens , ont vécu dans cette pratique depuis le commencement de la secte jusque vers le nûüeu du dernier siècle. Séyssel ne pouvait assez s'étonner * de la fausse piété de leurs barbes, qui condamnaient les mensonges, jusqu’aux plus légers, comme autant de péchés mortels, et ne craignaient point devant les juges de mentir sur leur foi, avec une opiniâtreté si étonnante, qu’à peine pouvait-on leur en arracher la confession avec la question la plus rigoureuse. Ils défendaieut de jurer pour rendre témoignage à la vérité devant

' Luc. tviu . 21 — > .Snmtfrt. (. m . p. 461. - * S^rm. Livx in Cant. iHbjin. — * P. il.

DES VAIUATÎOS, UV. Xt. '

le magistrat , et en même temps ils juraient tout ce qu’on voulait pour tenir leur secte et leur croyance cachées ; tradition qu’ils avaient reçue des manidiéens , comme ils avaient aussi hérité de leur présomption et de leur aigreur. Les hommes s’accoutument à tout « quand une fois leurs conducteurs ont pris l’ascendant sur leurs esprits, et surtout lorsqu’ils les ont engagés dans une cabale sous prétexte de piété.

HISTOIRR DES FRÈRES DE BOHÊME, VULGAlREMETtT ET FADSSEMETIT APPELES VAUDOIS-

Il faut maintenant parler de ceux (p’on appelait faussement vaudois et picards, et qui s’appelaient eux-mémes les frères de Bohême, ou les frères orthodoxes , ou les frères seulement. Us composent une secte particulière séparée des albigeois et des pauvres de Lyon. Lorsque Luther s’éleva, il en trouva quelques Églises dans la BoMme , et surtout dans la Moravie, qu’ildétesU durant un long temps. II en approuva dans la suite la Confession de foi corrigée, comme nous verrons. Bucer et Muscu. lus leur ont aussi donné de grandes louanges. Le docte Camérarius dont nous avons tant parlé, cet Ultime ami de Melanchton, a jugé leur histoire digne d'être écrite par son éloquente plume. Son gendre Rüdiger, appelé par les Églises protestantes du Palatinat, leur préféra celle de la Moravie, dont il voulut être ministre’ ; et de toutes les sectes séparées de Rome avant Luther, eelle-ci est la plus louée par les protestants : mais sa naissance et sa doctrine feront bientdt voir qu'il n’y a aucun avantage à en tirer.

Pour sa naissance, plusieurs, trompés par le nom et par quelque conformité de doctrine, font desc^re ces bohémiens des anciens vaudois : mais pour eux ils renoncent à cette origine, comme il parait clairement dans la préface qu’ils mirent à la tête de leur Confession de foi en 1673 *. Ils y expliquent amplement leur origine, et ils disent entre autres choses que les vaudois sont plus anciens qu’eux ; que ceux-ci avaient à la vérité quelques Églises dispersées dans la Bohême , lorsque les leurs commencèrent à paraître, mais qu'ils ne les connaissaient pas ; que néanmoins ces vaudois se firent connaître à eux dans la suite , mais sans vouloir entrer, disentils, dans le fond de leur doctrine : • Nos annales, « poursuivent-ils, nous apprennent qu’ils ne furent « jamais unis à nos Églises, pour deux raisons : la «• première , parce qu’ils ne donnaient aucun témoi- « gnage de leur foi et de leur doctrine ; la seconde, « parce que pour conserver la paix ils ne faisaient « point de difficulté d’assister aux messes célébrées « parceuxdel’ÉgUse, romaine. » D'où ilsconcluaieot, non-seulement qu'ils « n’avaient jamais fait au-

• cune union avec les vaudois, » mais encore qu’ils « avaient toujours cru qu’ils ne le pouvaient faire

• /V Kret.fratr. in Boh. ri .Voror Hist. Hrid. Iflftt. -

* De orig. Becl. Bok. et Couf. nh i» crfi/ij. Heid. un. lonj , ium Joae. Carnet, p. 173

• en sûreté de conscience. > C’est ainsi qu'ils s’éloignent de l'origioe vaudoise; et ce qui est ambitieusement recherché par les calvinistes, est rejeté par ceux-ci avec mépris.

Camérarius écrit la même chose dans son Histoire des frères de Bohême : niais Rüdiger, un de leurs pasteurs dans la Moravie , dit encore plus clairement que ces Églises sont bien différentes de celles des vaudois ' ; que ■ les vaudois sont de l'an « 1160, au lieu que les frères n’ont commencé à pa- « ratire que dans le quinzième siècle ; « et qu’enfln ,

• il est écrit dans les annales des frères , qu'ils ont « toujours refusé constamment de faire union avec « les vaudois , à cause qu’ils ne donnaient pas une « pleine confession de leur foi , et participaient à U

• messe. •

Aussi voyons-nous que ces frères s'intitulent, dans tous leurs synodes et dans tous leurs actes , les frères de Bohême ^/aiuaementaf^lé* vaudois *.

Il détestent encore plus le nom de picards : « Il y « a bien de l’apparence, dit Rüdiger^, que ceux qui « l'ont donné les premiers à nos ancêtres l’ont tiré

■ d’un certain Picard, qui, renouvelant rancienne " liérésie des adamites, introduisait et des nudités

• et des actions infâmes : et comme eette héréûo

• pénétra dans la Bohême environ le temps de l’é-

« tablissement de nos Églises, on les déslionora* « par un si infâme titre, comme si nous n’eussions a été que de misérables restes de cet impudique a Picard. » On voit par là comme les frères rejettent ces deux origines, la picarde et la vaudoise. a Ils tiennent même à injure d’être appelés picards a et vaudois • et si la première origine leur déplaît, la seconde, dont nos protestants se glorifient, leur parait seulement un peu moins honteuse; mais nous allons voir maintenant que celle qu’ils se donnent eux-mêmes n’est guère plus Iwiiorabie.

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