‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 29 sur 192 · ANGLAIS · texte numérisé non relu

ANGLAIS

Us se vantent d’être disciples de Jean Hus : mais pour juger de leur prétention, il faut encore remonter plus haut, puisque Jean Hus lui-même s’est glorifié d’avoir eu Viclef pour maître. Je dirai donc en peu de paroles ce qu'il faut croire de Viclef, sans produire d'autres pièces que ses ouvrages , et le témoignage de tous les protestants de bonne foi.

Le principal de tous ses ouvrages, c'est le Trialogue.ce livre fameux qui souleva toute la Bohême et excita tant de troubles en Angleterre. Voici quelle en était la théologie : • Que tout arrive par

• nécessité ; qu’il a longtemps regimbé contre cette

• doctrine, à cause qu'elle était contraire à la li-

• berté de Dieu ; mais qu’à la fin il avait fallu céder, •« et reconnaître en même temps que tous les pé-

■ cités qu'on fait dans le inonde sont nécessaires et

’ Hiet. p. 105, r‘c. Budig. de Eeet./ratr. in Boh. et Mot. Horr. p. 147. — * /n St/mf. Sendom. Spni. Çen. II. part, p. 319. - * Rudig. ihid. p. Ms. ^ * Apol. IS33. op. Dgd. t. u, p. 137.

DiQitiZcu uy

msTuiiU':

« inévitables * : que I)eu ne pouvait pas euipécher | « le péclié du premier homme, ni le pardonner j « sans la satisfaction de Jésus-Christ; mais aussi « qu'il étiit impossible que le Fils de Dieu ne s*in- «• carnAtpas, ne aalisfîl pas, ne mourdt pas : que

• Dieu à la vérité pouvait bien faire autremait , s'il « eût voulu, mais qu'il ne pouvait pas vouloir au- K trement ; qu'il ne pouvait pas ne point pardonner « à l'homme : que le péché de l'homme venait de « séduction et d'ignorance, et qu'ainsi il avait fallu

• par nécessité que la Sagesse divine s'incarnât pour

• le réparer* : queJésus-Qirist ne pouvait passau*

• ver les démons , que leur péché était un péclié con- i « tre le Saint-Esprit; qu'il eût donc fallu |^ur les j « sauver que le Saint-Esprit se fût incarné, cequi I

• était absolument impossible; qu'il n'y avait donc « aucun moyen possible pour sauver les démons en

« général : que rien n'était possible à Dieu que ce qui ,

• arrivait actuellement : que cette puissance qu'ou

• admettait pour les choses qui n'arrivaient pas est « une illusion : que Dieu ne peut rien produire au

• dedans de lui qu'il ne le produise nécessairement ;

• ni au dehors qu'il ne le produise aussi nécessaire- « ment en son temps ; que lorsque Jésus-Christ a ■ dit qu'il pouvait demander à son Père plus de

• douze légions d'anges, il faut entendre qu'il lepou- « vait s'il eût voulu; mais reconnaître en même

• tem|>8 qu'il ne pouvait le vouloir que la puissance « de Dieu était bornée dans le fond , et qu’elle n'est

• inCnie qu'à cause qu'il n’y a pas une plus grande « puissance 4 : en un mot, que le monde et tout ce qui

• existe est d'une absolue nécessité, et que s'il y « avait quelque chose de possible à qui Dieu refu- X sàt l'être , il serait ou impuissant ou envieux; que « comme il ne pouvait refuser l'étre à tout ce qui > le pouvait avoir, aussi ne pouvait-il rien anéan- «• tir^ : qu'il ne faut point demander pourquoi « Dieu n’empéche pas le péché, c'est qu'il ne peut X pas ; ni en général pourquoi il fait ou ne fait pas X quelquechose, parce qu'il fait nécessairement tout « ce qu’il peut faire ^ : qu'il ne laisse pas d’étre li-

• bre; mais comme il est libre à produire son Fils,

• qu'il produit néanmoins nécessairement? ; que X la liberté qu'on appelle de contradiction , par la- X quelle on peut faire et ne pas faire, est un terme X erroné, introduit parles docteurs; et que la pen- X sée que nous avons que nous sommes libres est X une perpétuelle illusion, semblable à celle d’un X enfant qui croit qu'il marche tout seul , pendant X qu'on le mène : qu'on délibère néanmoins , qu'on X avise à ses affaires, qu'on se damne; mais que X tout cela est inévitable, aussi bien que tout ce X qui se fait et ce qui s'omet dans le monde ou par X la créature, ou par Dieu même * : que Dieu a X tout déterminé; qu'il nécessite tant les prédesti- - nés que les réprouvés à tout ce qu'ils font , et X chaque créature particulière à chacune de ses ac- X lions ; que c'est de là qu'il arrive qu'il y a des pré-

• Ub. Ul. C. 7, s, 73, p. M, I&Î5. — * ibid. Kl.

f. 34 , 1&, p. HX, etc. — * ibht. c. 27, /. I, e. (f>, p. IS. Ibid. **. Il , p. fS. — • Ub. III , r. 2. — ‘ Ibid. c. I. Jbid. C. X , p. IS.* — t.ib. m, f. 9. — ■ Ub. I. r 10, — • Ibr.f. In, II.

X desiines et des réprouvés; qu'ainsi il n'est pas X au pouvoir de Dieu de sauver un seul des réprou- « vés' : qu'il se moque de ce qu’on dit des sens ■ composés et divisés, puisque Dieu ne peut sau

• ver que ceux qui sont sauvés actuellement* :

X qu'il y a une conséquence nécessaire qu'on pèche ,

X si certaines choses sont : que Dieu veut que ces X choses soient, et que cette conséquence soit X bonne, parce que autrement elle ne serait pas X nécessaire; ainsi, qu’il veut qu'on pèche : qu’il X veut le péché à cause du bien qu’il en tire; et

• qu'eocore qu'il ne plaise pas a Dieu que Pierre X pèche, le péché de Pierre lui plaît : que Dieu ap- « prouve qu'on pèche; qu'il nécessite au péché que X hiomme ne peut pas mieux foire qu'il ne fait :

X que les pécheurs et les damnés ne laissent pas t X d'étre obligés à Dieu; et qu'il fait miséricorde X aux damnés en leur donnant l'élre , qui leur est X plus utile et plus désirable que le non-étre. Qu'à X la vérité il n'ose pas assurer tout à finit cette opi- X uion, ni pousser les hommes à péclier, en ensei*

• gnant qu'il est agréable à Dieu qu'ils pèchent aioai,

X et que Dieu leur demne cela comme une récom- X pense : qu'il voit bien que les méchants pour- X raient prendre occasion de cette doctrine de X oominettre de grands crimes, et que s'ils le peu*

X vent Ils le font ; mais que si on n’a point de meil- X ieures raisons à lui dire que celles dont on se

• sert , il demeurera confirmé dans son sentiment

• sans en dire un mot^. »

On voit par là qu’il ressent une horreur secrète des blasphèmes qu'il profère : mais il y est entraîné par l'esprit d'orgueil et de singularité auquel il s’est livré lui-n>éme; et il ne peut retenir sa plume emportée. Voilà un extrait fidèle de ses blasphèmes; ils se réduisent à deux chefs , à faire un Dieu dominé par la nécessité, et, ce qui en est une suite, un Dieu auteur et approbateur de tous les crimes, c'est-à-drre un Dieu que les athées auraient raison de nier : de sorte que la religion d'un si grand réfonnateur est pire que l'athéisme.

On voit en même temps combien de ses dogmes ont été suivis par Luther. Pour Calvin et les calvinistes, on le verra dans la suite; et en ce sens ce n'est pas en vain qu'ils auront compté cet impie parmi leurs prédécesseurs.

Au milieu de tous ces blasphèmes il affectait d’imiter la fausse piété des vaudois, en attribuant l'effet des sacrements au mérite des personnes ; • en X disant que les clefs n'opèrent que dans ceux qui X sont .saints, et que (%ux qui n'imitent pas Jésus- X Christ n’en peuvent avoir la puissance : que cetto X puissance [>our cela n'est pas perdue dans l'Église ;

« qu’elle subsiste dans des personnes humbles et X inconnues : que les laïques peuveul consacrer et X administrer les sacrements ^ : que c’est un prami X crime aux ecclésiastiques de posséder des blen.s X temporels; un grand crime aux princes de leur en X avoir donné, et de ne pas employer leur autorité

« Ub. I, t lU, c. 9,- 1. Il , r. it , I. Ul, e. *. — ^ Lib. III, c.

H. — *Ub. lu, e. 4,a. ' Ub n . lo, it. oa, sa

DKS VARIATIONS, L^V. XI.

« à les en priver • Me permeUra-t>on de le dire ? voilà dans un Anglais le premier modèle de la ré> formation anglicane et de la déprédation des Églises. On dira que nous combattons pour nos biens ; non : nous découvrons la malignité des esprits outrés, qui sout, comme on voit, capables de tous excès.

M. de La Roque prétend qu'on a calomnié Viclef dans le concile de Constance*, et (fu'on lui a imputé des propositions qu'il ne croyait pas; entre mitres celle-ci : Dieu est obligé d'obéir au diable^. Mois si nous trouvons tant de blasphèmes dans un seul ouvrage qui nous reste de Viclef, on peut bien croire qu'il y en avait beaucoup d’autres dans ses livres , qu'on avait alors en si grand nombre : et en particulier celui-ci est une suite manifeste de la doctrine qu’on vient de voir; puisque Dieu, qui en toutes choses agissait par nécessité, était entraîné par la volonté du diable à faire certaines choses lorsqu'il y fallait néciissaireineiit concourir.

On ne trouve non plus dans leTrialogue la proposition imputée à Viclef : qu’vn roi cessait d'étre roi pour un péché mortel^. Il y avait asser d’autres livres de Viclef où elle se pouvait trouver. Kn effet , nous nvons une Conférence entre les catholiques de Boliéme et les caiixtins , en présence du roi George Posiebrac, où Hilaire, doyen de Prague, soutient à Roquesane, chef des caiixtins, que Viclef avait rerit en termes exprès : • Qu'une vieille pouvait

• être roi et pape, si elle était meilleure et plus

• vertueuse que le pape et que le roi ; qu'alors la

• vieille dirait au roi : Letbz-vous, jb suis plus

• nto^B que vous d'étre assise stir le trdne >» Comme Roquesane répondait que ce n’était pas la pensée de Viclef, le même Hilaire s'offrit à faire voir à toute l’assemblée ces propositions , et encore celle-ci : • Que celui qui était par sa vertu le plus «digne de louange, était aussi le plus digne en

• dignité; et que la plus sainte vieille devait être

• mise dans le plus saint office^. » Roquesane demeura muet : et le fait passa pour constant.

même Viclef consentait à l’invocation des saints, en honorait les intages, en reconnaissait lee mérites, et croyait le purgatoire.

Pour ce qui est de l’eucharistie, le grand effort est contre la transsubstantiation, qu'il dit être la plus détestable hérésie qu'on ait jamais introduite?. C'est donc son grand article, de trouver du pain dans ce sacrement. Quant à la présence réelle, il y a des pas.sages contre, il y en a pour. Il dit que « le « corps est caché dans chaque parcelle et dans cha- « que point du pain^. » En un autre endroit, après avoir dit, selon sa mauvaise maxime, que la sainteté du ministre est nécessaire pour consacrer validement, il ajoute qu'il faut présumer pour la sainteté des prêtres : mais, dit-il, •» parce qu'on n’etia « qu’une simple probabilité, j’adore sous condition

• l'hostie que je vois, et j’adore absolument Jésus-

‘ Liv. IV, c. 17, 18, I®, 21. — * ^teTEueh. — * Tflur. Con$t. Sett. S, pf^p- a. Coh<". Ijtbb. t. m , col. 4#, — * Ibid, prop. IS. — ^ Ditp.ntm PnktjM. apud Caoia. ont. fxet. t. III, Xi.parl. p. 474. — • Ibid. 5<in. Lib. in, f. 31»; t. II, e. 14; l. III, f. iv,c. «,7,*o, il; f. iv.c. I,s. -* iv,c.i.

• Christ, qui est dans le ciel. • Il ne doute donc de la présence qu'à cause qu'il n’est pas certain de la sainteté du ministre qu'il y croit absolument néretsaire. On trouverait d'autres passages semblables : mais il importe fort (>eu d'en savoir davantage.

Un fait plus important est avancé par M. de La Roque le fils'. Il nous produit une Confession de foi où la présence réelle est clairement établie, et la transsubstantiation non moins clairement rejetée: mais ce qu'il y a de plus important, c'est qu’il nous assure que celte Confession de foi fut proposée à Viclef dons le concile de Londres, où arriva ce grand tremblement de terre , qu'on appela pour cette raison concitium terne mo/M.t; les uns disant que la terre avait eu horreur de la décision des évêques, et les antres de riiérésie de Viclef.

Mais sans m'informer davantage de cette Confession de foi , dont nous parlerons arec plus de certitude quand nous en aurons vu tonte la suite, je puis bien assurer par avance qu’elle ne peut pas avoir été proposée à Viclef par le concile. Je le prouve par Viclef même, qui répète quatre fois que dans le concile de LondreSy où ta terre trembùx (m suo conclHo terra motus ,) on définit en termes exprès , que h substance du pain et du rin ne demeurait pas après la consécration * : donc il est plus clair que le jour que la Confession de foi, où ce changement de substance est rejeté, ne peut pas être de oe concile.

Je crois M. de La Roque d'assez bonne foi pour se rendre à une preuve si constante. En attendant, nous lui sommes obligés de nous avoir épai^mé la peine de prouver ici la lêclietê de Videf, sa palinodie devant le concile; celle « de ses disciples, qui « n'eurent pas d’abord plus de fermeté que lui^; « la honte qu’il eut de sa lAclieté, ou bien de s’être « écarté des sentiments reçus alors • qui lui fit rompre commerce avec les hommes ; d'où vient que depuis sa rétractation on n’entend plus parler de lui; et enfin sa mortdaus sa cure et dans rpxercice de sa charge : ce qui démontre, aussi bien que sa sépulture en terre sainte, qu’il était mort à l'extérieur dans la communion de l'flglise.

Il ne me reste donc plus qu'à conclure avec cet auteur, qu'il n'y a que de la honte à tirer pour les protestants de la conduite de Viclef, « ou hypocrite

• prévaricateur, ou catholique romain , qui mourut « dans rivglise même, en assistant au sacrifice, où « l’on mettait l’éloignement entre les deux partis^. »

Ceux qui voudront savoir le sentiment de Kfelanchton sur Viclef le trouveront dans la préface de ses Lieux communs . oit il dit qu'on « peut juger « de l’esprit de Viclef par les erreurs dont il est O plein Il n’a, dit-il, rien compris dons la justice ■ de la foi ; il brouille l’Évangile et la politique : « il soutient qu'il n’est pas permis aux prêtresd’a-

• voir rien en propre : il parle de la puissance ci- « vile d’une manière séditieuse et pleine de sophis-

• yottv. arrua. coHi. .V. Earill. p. 78. — • Lib. IV, c M, 37, 38. — * ht Foqne, ibid. 70. — * Ibid. p. 81 , 83. HH, n»,

•8. — * Ibid. -- ^ Pr<cf. ud Siytvn. Ihap. ]l. pittl. ud on. ir>bü, /. ns.

. terie : par la niéme tophistcrie, il chicane «ur l'o- i . pinion universellement reçue touchant la Cène du • Seipneur. • Vuilè ce qu'a dit Melanchton après I avoir lu Viclef. Il en aurait dit davantape, et il aurait relevé ce que cet auteur avait décidé tant contre le libre arbitre, que pour faire Dieu auteur du péché, s'il n'avait craint, en le reprenant de ces excès, de déchirer son maître Luther, sous le nom de Viclef.

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