HISTOIRE DE JEAN HUS ET DE SES DISCIPLES
Ce qui a donné à Viclef un si grand rang parmi les prédécesseurs de nos réformés, c'est d'avoir dit que le pape était l'Antéchrist , et que depuis l'an mil de notre Seigneur, où Satan devait être déchaîné, selon la prophétie de saint Jean, l'Ëglise ronuine était devenue la prostituée et la Babylone'. Jean Bus, disciple de Viclef, a mérité les mêmes honneurs, puisqu'il a si bien suivi son maître dans cette doctrine.
Il l'avait abandonné dans d'autres chefs. Autrefois on a disputé de ses sentiments sur l'eucharistie : mais la question est jugée du consentement des adversaires, depuis que M. de La Roque, dans son Histoire de l'Eucharistie >, a fait voir par les auteurs du temps , par le témoignage des premiers disciples de Hus, et par ses propres écrits qu'on a encore, qu'il a cru la transsubstantiation et tous les autres articles de la croyance romaine , sans en excepter un seul , si ce n'est la communion sous les deux espèces ; et qu'il a persisté dans ce sentiment jusqu'à la mort. Le même ministre démontre lamême chose de Jérdme de Prague, disciple de Jean Hus : et le fait est incontestable.
Ce qui faisait douter de Jean Hus était quelques paroles qu'il avait inconsidérément proférées, et qu'on avait mal entendues, ou qu'il avait rétractées. Mais ce qui le fit plus que tout le reste tenir pour suspect en cette matière, c'était les louanges excessives qu'il donnait à Viclef, ennemi de la transsubstantiation. Viclef était en effet le grand docteur de Jean Hua , aussi bien que de tout le parti des hussites : mais il est constant qu'ils n'en suivaient pas la doctrine toute crue , et qu'ils tâchaient de l'expliquer, comme faisait aussi Jean Hus, à qui Rüdiger donne la louange • d'avoir adroitement a expliqué et courageusement défendu les sentia ments de Viclef*. a On demeurait donc d'accord dans le parti, que Viclef, qui, à vrai dire, en était le chef, avait bien outré les matières , et avait grand besoin d'être expliqué. Mais , quoi qu'il en soit , il est bien constant que Jean Hus s'est glorifié de son sacerdoce jusqu'à la fin , et n'a jamais discontinué de dire la messe tant qu'il a pu.
M. de La Roque le jeune soutient fortement les sentiments de son père, et il est même assez sinoère pour avouer qu'ils ■ déplaisent à bien des gens
■ rie. I. nr, f. I , tic. - ’ II. pert. c. lO, T- *»• - ’ éi, narr. p. IW-
I « du parti; el sorlout au fameux M..., qui u'at> « niait pasd’ordinaire les véritésqui avaient échappé ! « à ses lumières*. » Tout le inonde sait que c'est M. Claude s dont il supprime le nom. Mats ce jeune auteur pousse ses rcchercties pius avant que n'a> vait fait encore aucun protestant. Personne ne peut plus douter, après les preuves qu'il rapporte * , qut Jean Hus n’ait prié les saints, honoré leurs images, reconnu le mérite des Œuvres , les sept sacrements, la confession sacramentale et le purgatoire. La dis* pute roulait principalement sur la communion sous les deux espèces; et ce qui était le plus important, sur cette damnable doctrine de Viclef, que rauto> rité,et surtout l'autorité ecclésiastique, se perdait par le péché ^ : car Jean Hus soutenait dans cet ar> ticle des choses aussi outrées que celles que Viclef avait avancées; et c'est de là qu’il tirait ses pemU cieuses conséquences.
Si avec une semblable doctrine, el encore en di> sant la messe tous les jours jusqn'à la fln de sa vie, on peut être non*seulement un vrai Cdèle, mais encore un saint et un martyr, comme tous les protestants le publient de Jean Hus , aussi bien que de son disciple Jérôme de Prague, H ne faut plus disputer des articles fondamentaux : le seul article fondamental est de crier coiilre le pape et l'Église romaine : mais surtout si l'on a’emporie avec Viclef et Jean Hus jusqu’à appeler cette Église l'Église de l’Antéchrist, cette doctrine est la rémission de tous les péchés, cl couvre toutes les erreurs.
Revenons aux frères de Bohême, et voyons comme ils sont disciples de Jean Hus. Incontinent après sa condamnation et son supplice, on vil deux sectes s'élever en Bohême sous son nom, la secte des lixtins et la secte des tahoritM : les calixtins sous Roquesanc, qui, du communconsentement de tous les auteurs catholiques et protestants, fut, sous prétexte de réforme, le plus ambitieux de tous les hommes : les tahorites sous Zisca, dont les actions sanguinaires ne sont pas moins connues que sa valeur et ses succès. Sans nous informer de la doctrine des tahorites, leurs rébellions et leur cruauté les ont rendus odieux à la plupart des protestants. Des gens qui ont porté le fer et le feu dans le sein de leur patrie vingt ans durant, et qui ont laissé pour marque de leur passage tout en saug et tout en cendres , ne sont guère propres à être tenus pour les principaux défenseurs de la vérité, ni à donner à des Églises une origine dirétienne. Rüdiger, qui seul de sa secte, faute d'avoir trouvé mieux, a voulu que les frères bohémiens descendissent des tahorites 4, demeure d'accord que > Zisca, poussé « par ses inimitiés particulières, porta si loin la haine « qu'il avait contre les moines et contre les prêtres, « que non-seulement il mettait le feu aux églises « et aux monastères (où ils servaient Dieu), mais
• encore que, pour ne leurlaisser aucune demeure
• sur la terre, il faisait passer au fil de l'épée tous
• les habitants des lieux qu'ils occupaient^. » C'est
' Sow. acc. coHt. faTtU. p. US einiv. — • Ibid, p. 140, l&O. ISS fl 4lrit . — * CoNC. CouMt. Se», xx , pmp. Il, 12, 13, fie. — * fratr. namt. p IWI. — * Ibid. p. il*.
DES VAniATlO.XS, UV. XI.
tt que dit Rüdiger, auteur non auspert ; et il ajoute que les frères, qu'il faisait descendre de ces barlûres laborites, avalent honte de celte origine'. En effet , ils y renoncent en termes formels dans toutes leurs Confessions de foi et dans toutes leurs Apologies; et ils montrent même qu'il est impossible qu'ils soient sortis des taborites, parce que , dans le temps qu'ils ont commencé de paraître, cette secte abattue par la mort de ses généraux , et par la paix générale des catholiques et des calixtios, qui réunirent toutes les forces de l'Etat pour la détruire, • ne Qt plus que traîner jusqu'à ce que Po-
• giebrac et Roquesane achevassent d'en ruiner les
• misérables restes : en sorte, disent-ils, qu'il ne
• resta plus de taborites dans le monde * ; > ce que Camérarius confirme dans son Uistoire
L'autre secte, qui se glorifia du nom de Jean llus, fut celle des calixtins, ainsi appelés parcequ'ils croyaient le calice absolument nécessaire au peiqtle. Et c'est constamment de eette secte que sortirent les frères en 1437, selon qu'ils le déclarent eui-mémes dans la préface de leur Confession de foi de 1338, et encore dans celle de 1372, que nous avons tant de fois citées, où ilsparlenten ces termes: « Ceux qui ont fondé nos Eglises se séparèrent alors
• des calixtins par une nouvelle séparation!; > c'està.dire, comme ils l'expliquent dans leur Apologie de 1332, que de même que les calixtins s'étaient séparés de Rome , ainsi les frères se séparèrent des calixtins ^ : de sorte que ce fut un schisme et une division dans une autre division et dans un autre schisme. Mais quelles furent les causes de celle séparation? On ne les peut pas bien comprendre sans connaître et la croyance et l'état où se trouvèrent alors les calixtins
Leur doctrine consistait d'abord en quatre articles. Le premier concernait la coupe : les trois autres regardaient la correction des péchés publics et particuliers, qu'ils portaient à certains excès; la libre prédication de la parole de Dieu , qu'ils ne voulaient pas qu'on pdt défendre à personne; et les biens d'Ëglise. Il y avait là quelque mélange des erreurs des vaudois. Os quatre articles furent réglés dans le concile de Bâle d'une manière dont les caliitins furent d'accord; et la coupe leur fut accordée à certaines conditions, dont ils convinrent. Ot accord s'appela Compactatum , nom célèbre dans l'histoire de Bohême. Mais une partie des hussites, qui ne voulut pas se contenter de ces articles , commença, sous le nom de taborites, ces sanglantes guerres dont nous venons de parler ; et les calixtins, l'autre partie des hussites qui avait accepté l'accord, ne s'y tint pas , puisqu'au lieu de déclarer, comme on en était convenu à Bile , que la coupe n'était * pas nécessaire, ni commandée de JésusChrist, ils en pressèrent la nécessité, même à l'égard des enfants nouvellement baptisés. A la r^rve de ce
* De fratr. marr.p^ 155. — ‘Pr»/. Confna. 1571, teuâe mfif. Becl. Boh. ete.po$t HUt. Corner. imiL pr^/. — ^ Pag. I7C. — * De fratr. norrat. p. 367. Prmf. BoK. Copf. 1556.
Gen. p. IM. — * Àpot. /rotr. l, I. pari. ap. Lgd L n, p. 139
point , OD est d'aoeord que les calixtiiu convenaient de tout le dogme avec Tfaglise romaine; et leurs disputes avec les taborites le font voir. Lydius, un ministre de Dordrect , en a recueilli les actes ' « et ils ne sont pas révoqués en doute par les protestants.
On y voit donc que les calixtins ne conviennent pas seulement de la transsubstantiation, mais en> core en tout et partout sur la matière de l'eucha* ristie, de la doctrine et des pratiques reçues dans Pflglise romaine, à la réserve de la communion sous les deux esp^s; et pourvu que le pape l'accordât, ils étaient prêts à reconnaître son autorité >.
On pourrait ici demander d’où vient donc qu’avee de tels sentiments ils conservaient tant de respect pour Viclef, qu'ils appelaient, aussi bien que les taborites, le docteur évangélique par excellence^? C'est en un mot qu’on ne trouve rien de régulier dans œs sectes séparées. Quoique Viclef eût parlé avec tout l'emportement possible contre la doctrine de l’Église romaine, et en particulier contre la transsubstantiation , les calixtios l’excusaient, eu répondant que ce qu’il avait dit contre ce dogme , il ne l’avait pasditdédsivement, mèisicMas/içuetJient*, comme on parlait, c’est-à-dire par manière de dispute ; et on peut juger par là combien ils trouvaient de facilité à justifler , quoi qu’on leur pdt dire , un auteur dont ils étaient entêtés.
Ils n'en étaient pas moins bien disposés à reconnaître le pape; et les seuls intérêts de Roquesane empêchèrent leur réunion. Ce docteur avait luimême ménagé raccommodement , dans l'espéranoo qu'il avait conçue, qu'après un si grand service le pape se porterait aisément à le pourvoir de i'archevécbé de Prague, qui était l’objet de ses voeux Mais le pope , qui ne voulait pas commettre les âmes et le déj^t de la foi à un homme si factieux, donna cette prélature à Budovix, autant supérieur à Roquesane en mérite qu’en naissance. Tout manqua par cet endroit. La Bohême se vit replongée dans des guerres plus sanglantes que toutes les précédentes ; Roquesane, malgré le pape , s'érigea en arclievéque de Prague , ou plutôt en pape dans la.Boliême; et Poglebrac, qu'il éleva par ses intrigues à la royauté, ne lui pouvait rien refuser.
Durant ces troubles , des gens de métier, qui commençaient à gronder dès le règne précé^t, se mirent plus que jamais à parler entre eux de la réforme de l'É^ise. La messe , la transsubstantiation , la prière pour lei morts, les honneurs des saints, et surtout la puisaance du pape, les choquait. Enfin ils se plaignaient que les calixtins romanùaitfU en /otU ei partout, à la réserve de la coupe Ils entreprirent de les corriger. Roqu»ane, irrité contre le saint-siège, leur parut un instrument propre à entreprendre cette affaire. Rebutés par ses superbes réponses, qui ne
' Lgd. Faléens. f. t, Koterd. totS. — * Sgo. Prog. an. U9I, «ip. Lgd. p. 301, élan. liM. tbid. p. SS9, 554. emm. Rokg». Can. 15. A»t. leeL Um. ni , //. port. — * Ibtd. p. 473. — ^ Conter. Bât. norr. Apol.^tr. p. US,ete. ^*Apol. 1533, 1.parl,
respirateiil que l'amour du monde , ils lui reprochèVent son ambition; qu*il n'élait qu'un mon* dain, et qu'il les abandonnerait plutôt que ses honneurs*. En même temps ils mirent à leur tête un Kelesiski, maître cordonnier, qui leur fit un corps de doctrine qu’on appela tes /orme» de KelesUki. Dans la suite ils se clioisirent un pasteur nommé Matthias (^nvalde, homme laïque et ignorant ; et , en l’an 1467 , ils se séparèrent pubii* quemeut des calixtins, comme les calixtins avaient fait de Home. Telle a été la naissance des frères de Bohême ; et voilà ce que Camérarius , et eux-mêmes , tant dans leurs Annales que dans leurs Apologies et dans les préfaces de leurs Confessions de foi , nous racontent de leur origine : si ce n'est qu’ils mettent leur séparation en 1467 ; et il me paraît plus net de la mettre dix ans après en 1467 , dans le temps qu’ils marquent eux-mêmes la création de leurs nouveaux pasteurs.
Je trouve ici un peu de contradiction entre ce qu'ils racontent de leur histoire dans leur Apologie de 1&33 , et ce qu'ils en disent dans la préface de 1572 : car iU disent dans cette préface qu'en 1457 , dans le temps qu'ils se séparèrent d'avec les calixtins , Us étaient un peuple ramassé de tonie sorte de conditions'; et dans leur Apologie de 1532, où ils étaient un peu moins fiers, ils reconnaissent franchement qu'ils étaient ramassés du menu peupie et de quelques prêtres bohémiens en petit nombre , tous ensemble un Irès-pelit nombre de gens, petit reste et méprisables ordures, ou, comme on voudra traduire, miserabües quisqulllm, laissées dans le monde par Jean Hus ('/est ainsi qu'ils se séparèrent des calixtins, c'est-à-dire des seuls hussites qui fussent alors. Voilà comme ils sont disciples de Jean Hus : morceau rompu d'un morceau, schisme séparé d'iiu schisme; hussites divisée des hussites, et qui n'en avaient presque retenu que la désobéissance et la rupture avec l’Église romaine.
Si on demande comment ils pouvaient reconnaître Jean Hus, comme ils font partout, pour un docteur évangélique , pour un saint martyr , pmir leur maitre , et pour Capture des Hohémiens, et en même temps rejeter comme sacrilège la messe que leur apôtre avait dite constamment jusqu'à la ûn, la transsubstantiation et les autres dogmes qu'il avait toujours retenus : c'est qu’ils disaient que Jean Hus n'avait fait que commencer le rétablissement de l’ÈvangUe; et iU voulaient croire qu't/ aurait bien changé d’autres choses , si on lui en eût laissé le temps Kn attendant, il ne laissait pas d'étre martyr et apôtre, encore qu'il persévérât dans des pratiques si daiiinables, selom eux : et les frères en célébraient le martyre dans leurs églises le huitième juillet, comme nous l'apprenons de Rüdiger
* Camer. de Eerlfâ. JTat. jt. 97, 81 , eie. Jp»L JvaL IMS . /. pari. — ' /Jf oriq. Rccl. Bah. poil kisL Camgr. p. 3S7. ■— * /. part. Apoi. l.qd. t. Il, 2SI *t 233 , 332 , «le. — * Apol 1631, /. part. ap. Lyd. t. n,p.fl9, 117, IIS,«/c. — * Hudiq. 90TT. pâsS. Cnm.kiMt.p. l&l.
Camérarius demeure d’accord de leur extrême iimorance, et fait ce qu’il peut pour l’excuser. Ce qui est de bien certain , c’est que Dieu ne fit pas des miracles pour les éclairer. Tant de siècles après que la qiirstinn du baptême des hérétiques avait été si bien éiHaircie du commun consentement de toute l’Église, ils furent si ignorants qu’lis rebaptisèrent fous reur qui venaient à eux des autres Kglites*. Ils persistèrent cent ans durant dans cette erreur, comme ils l'avouent dans tous leurs écrits; et ils reconnaissent dans la préface de 1558 qu'il n’y avait que très peu de temps (fii’ils en étaient revenus*. Il ne faut pas s’imaginer que ce fiU une erreur médiocre , puisque c’était dire que le baptême était perdu dans toute l'Église, et ne restait que panni eux. C'est ce qu'osèrent penser deux ou trois mille hommes , plus ou moins , également révoltés et contre les calixtins parmi lesquels ils vivaient, et contre l'Église romaine, dont ils s’étaient séparés les uns et les autres trente ou quarante ans auparavant. Une si petite parcelle d'une outre parcelle, détachée depuis si peu d’années de l’Église catholique, osait rebaptiser tout le reste de l’univers, et réduire tout l’héritage de Jésus- Christ à un coin de la Bohême. Ils se croyaient donc les seuls chrétiens, puisqu'ils se croyaient les seuls baptisés; et quoi qu'ils aient pu dire pour se défendre de ce crime, leur rebaptisation les en convainquait. Pour toute excuse , ils répondaient que s'ils rebaptisaient les catholiques, les catholiques aussi les rebaptisaient. Mais on sait assez que l’Église romaine n’a jamais rebaptisé ceux qui avaient été liaptisés par qui que ce fdt au nom du Père et du Fils et du Saint-Ksprit ; et quand il y aurait eu dans la Bohême des catholiques assez ignorants pour ne savoir pas une diose si triviale, ceux qui se disaient leurs réformateurs ne devaient-ils pas en savoir davantage? Après tout, comment ces nouveaux rebaptisaleurs ne se firent-ils pas rebaptiser eux-mêmes? Si , lorsqu’ils vinrent au monde , le baptême avait cessé dans toute la chrétienté , celui qu'ils avaient re^ ne valait pas mieux que celui des autres ; et en cassant le baptême de ceux qui les avaient baptisés, que pouvait devenir le leur? Ils devaient donc aussitôt se faire reiiaptiser , que de rebaptiser le reste de l'univers ; et il n'y avait à cela qu’un inconvénient : c’est que, selon leurs principes , il n'y avait plus personne sur la terre qui leur pût rendre cet ofUce, puisque le liaptême, de quel- (pie côté qu'il pût venir, était également nul. Voilà ce que c’est d’être réformés de la façon d'un cordonnier, qui de leur aveu , dans une préface de leur Confession de foi ^ « ne sut jamais un mot de latin , et qui n’etait pas moins pré-somptueux qu'ignorant. Voilà les lionimos qu’on admire parmi les protestants. S’agil-il de condamner l'Église romaine, ils ne cessent de lui repro('her l’ignorance de ses prêtres et de ses moines. S'agit-i) des ignorants de ces
* CnnuT. Hist. Horr. p tn3. — ' Pntf. Apol. 133», aptixl. Lyd. t. tt,p. 106. IM. Apal. p. IF, p. 374. Vvnf.Jid. lUM, arU 12. Synt. Gea.p. 196. Ibid. p. 170. — ^ i'ouj.fid. 166M, .Synr. dm. il. part. p. 104.
DES VARIATIONS. I.IV. XI
derniers siècles, qui ont prétendu réformer l'Église par le schisme : ce sont des pécheurs devenus apd> très; encore que leur ignorance demeure marquée éternellement dès le premier pas qu'ils ont fait. N’importe :si nous en croyons les luthériens dans la préface qu’ils mirent à la télé de l'Apologie des frères, en l'imprimant à Viteinberg du temps de Luther; si. dis-je, nous les en croyons, c’était dans cette ignorante société, et dans cette poignée de gens, que « l'Église de Dieu s’était conservée.
« lorsqu'on la croyait tout à fait perdue >. »
Ce|>en(lant ces restes de Tflglise , ces dépositaires de l’ancien christianisme, étaient eux-mémes lM>nteuxde ne voir dans tout le monde aucune Église de leur croyance. Camérarius nous apprend * qu’au commencement de leur séparation , il leur vint en la pensée de s'informer s'ils ne trouveraient point en quelque endroit delà terre, et principalement en Grèce ou en Ariuénie, ou quelque part en Orient . le christianisme que l’Occident avait perdu tout à fait dans leur pensée. En ce temps, plusieurs prêtres grecs qui s’étaient sauvés . du sac de Constantinople . en Bohême , et que Roquesane y avait reçus dans sa maison . eurent permission de célébrer les saints mystères selon leur rit. I^es frères y virent leur condamnation , et la virent encore plus dans les entretiens qu’Hs eurent avec ces prêtres. IVIais quoique ces Grecs les eussent assurés qu’en vain ils iraient en Grèce y chercher des chrétiens à leur i mode, et qu'ils n'en trouveraient jamais . ils nommèrent des députés , gens habiles et avisés , dont les uns coururent tout l'Orient, d’autres allèrent du ' cdlé du Nord , dans la Moscovie ; et d’autres pri- i rent leur route vers la Palestine et l’Égypte ; d’où | s'étant rejoints à Constantinople, selon le projet : qu'ils en avalent fait, ils revinrent enfin en Bo- | hême . dire à leurs frères , pour toute réponse . qu’ils se pouvaient assurer d'étre les seuls de leur croyance . dans toute la terre. I
Leur solitude, dénuée de la succession et de i toute ordination légitinte. leur fit tant d'horreur, i qu'enoore du temps de Luther ils envoyaient de : leurs gens qui se coulaient furtivenient dans les ordinations de l’Église romaine : un traité de Luther, que nous avons cité ailleurs . nous l’apprend. Pauvre Église, qui. destituée du principe de fé- i condité que Jésus-Christ a laissé à ses apôtres et ' dans l’ordre apostolique, était contrainte de se ! mêler parmi nous pour y venir mendier ou plutôt dérobCT- les ordres ! !
Au reste, Luther leur reprochait qu’ils ne ! voyaient goutte, non plus que Jean Has, dan&ln ' justification, qui était le point principal de l’É- I vangile : car • Ils la mettaient, poursuit-il I « dans la foi et dans les oeuvres ensemble, ainsi ' « qu’ont fait plusieurs Pères; et Jean Hus était « plongé dans celte opinion. » Il a raison : car i ni les Pères, ni Jean Hus, ni Viclef son maître, i ni les orthodoxes, ni les hérétiques, ni les oibi- '
' J'tan. Kusieb. in oral, prgjixa Apol.fml. rwAAor Ututo : ' CEronomia, etc., ap. Lyd. I. n, p. Oi. i>t Keel. fml. j P- 91. — * Luth. cx4t. p. SSG, (dit. Praac. 1076. I
geois, ni les vaudois, ni .lucun autre, n’avaient songé avant lui à la justice imputative. Cest pourquoi il méprisait les frères de Bohème , . comme
• des gens sérieux, rigides, d’un regard farouche,
- qui se martyrisaient avec la loi et les ccuvres, et « qui n’avaient pas la conscience joyeuse ■ C’est ainsi que Luther traitait les plus ré^liers, à l’extérieur, de tous les réformateurs schismatiques, et les seuls restes de la vraie Église, à ce qu’on disait. Il fut bientôt satisfait : les frères outrèrent la justification luthérienne, jusqu'à donner aveuglement dans les excès des calvinistes, et même dans ceux dont les calvinistes d’aujourd’hui tlchent do se défendre. Les luthériens voulaient que nous fussions justifiés sans y coopérer, et sans y avoir parL Les frères ajoutèrent que c’était même - sans
• le savoir et sans le sentir, comme un embryon . est vivifié dans le ventre de sa mère >. • Après qu’on était régénéré. Dieu commençait à se faire sentir : et si Luthea' voulait qu’on connût avec certitude sa justification, les frères voulaient encore qu’on fût enliérmeiU et hutubltabtement assuré de sa persévérance et de son salut. Ils poussèrent l’imputation de la justice jusqu’à dire que la pécha, quelque énorme» qu’ih fuaeut, étaient vénielt, pourvu qu’on les commit aoecrépugnanee * , et que c’était de ces péchés que saint Paul disait qu’M n'y avait point de damnation pour ceux qui étaienten Jésut-ChrUt t.
Les frères avaient comme nous sept sacrements dans la Confession de 1504, présentée au roi Ladislas. Ils les prouvaient par les Écritures , et ils les reconnaissaient établit pour taccompUaement ' det prometta que Dieu avait /aUei aux JUélet *.
Il fallait qu’ils conservassent encore cette doctrine des sept sacrements du temps de Luther, puisqu’il le trouva mauvais. La Confession de foi fut reformée, et les sacrements réduits à deux , le baptême et la cène , comme Luther Parait prescrit. L’absolution fut reconnue, mais hors du rang des sacrements En 1604, on parlait de la confession des péchés comme d’une diose d’obligation. Cette obligation ne parait plus si précise dans la Confession réfoniiée, et on y dit seulement quil faut . de- . mander au prêtre l’absolution de ses péchés par > les clefs de l’Église, et en obtenir la rémission par « ce ministère établi de Jésus-Christ pour cette . fin V. >
Pour la présence réelle , les défenseurs du sens littéral et les défenseurs du sens figuré ont également tâché de tirer à leur avantage les Confessions de foi des Bohémiens. Pour moi , à qui la chose est indifférente , je rapporterai seulement leurs paroles; et voici d’abord ce qu’ils écrivirent à Rnqiies.'ine , comme ils le rapportent eux-mêmes dans leur Apo-
* Ibid. - * ^pot. part. ap. I.pd. I. Il, p. 241. 248. - 3 Ibid. //. part. p. 172, 173. I/'. part. p. ‘2X2. Ibid. part. U, p. nw. — I Ram. VIII, i, — * Con/.JId. ap. I.yd. t. Il, p. 8 rt IX]. rilat. hi .dpol. |S3I , ap. rumd. lyd. 203, t. il. Ira. Oerm, tir. dr Cador. p. 22s, 2.10. — * Ibid. art. Il, 12, 13. — ' Ibid. art. 5, 14. Pra/.Jld. ad Lad. rap. dr pamit. tapi, ad Lyd. t. Il, p. IS.
MS
logie ' : « Nous croyons qu'on reçoit le corps et le •
• sang de notre Seigneur sous tes espèces du pain
• et üu vin ; » et un peu après : « Nous ne sommes « pas de ceux qui, entendant mal les paroles de notre
• Seigneur, disent qu’il a donné le pain consacré
• en mémoire de son corps, qu'il montrait avec
• le doigt, en disant : Ceci est mon corps. D'au- « très disent que ce pain est le corps de notre Sei-
• gneur qui est dans le ciel , mais en signification.
• Toutes ces explications nous paraissent éloignées «• de l'intention de Jésus^rist , et nous déplaisent
• beaucoup. •
Dans leur Confession de foi de 1604, ils parlent ainsi * : Toutes les fols « qu'un digne prêtre avec « un peuple fidèle prononce ces paroles : Ceci est
• mon corps f ceci est mon sang, le pain présent « est le corps de Jésus-Clirist qui a été offert pour « nous à la mort , et le vin est le sang répandu « pour nous; et ce corps et ce sang sont présents A sous les espèces du pain et du vin, en mémoire de
• sa mort. > Et pour montrer la fermeté de leur foi, ils ajoutent qu'ils en croiraient autant d'une pierre, si Jésus-Christavait dit que ce fût son corps
Oo voit ici le même langage dont se servent les catholiques : on voit le corps et le sang sous les espèces incontinent après les paroles; et on les y voit non point en figure, mais en vérité. Ce qu'ils ont de particulier , c'est qu’ils veulent que ces paroles soient prononcées par un digne prêtre. Voilà ce qu’ils ajoutaient à la doctrine catholique. Pour accomplir l'œuvre de Dieu dans le pain de l'eudiaristie, la parole de Jésus-Christ ne suffisait pas, et le mérite du ministre était nécessaire : c’est ce qu'Us avaient appris de Jean Viclef et de Jean Hus.
Iis répètent la même cliose dans un autre endroit : « Lors, disent-ils qu’un digne prêtre « prie avec son peuple fidèle, et dit : Ceci est mon m corps, ceci est mon scutg; aussitôt le pain pré-
• sent est le même corps qui a été livré à la mort,
« et le vin présent est son sang, qui a été répandu
• pour notre rédemption. • On voit donc qu’ils ne changent rien sur la présence réelle dans la doctrine catholique : au contraire, ils semblent choisir les termes les plus forts pour l'établir, en disant « qu'incontinent après les paroles le pain est le vrai w corps de Jésus-Christ, le même qui est né de la
• Vierge et qui devait être livré à la croix; et le vin « son vrai sang naturel, le même qui devait être « répandu pour nos péch^ ^ » et tout cela , • sans « ddai, et au moment même, et d’une présence très-
• réelle et très-véritable^, » præseniissime, comme ils parlent. Et le sens figuratif leur parut , disentils, si odieux, dans un de leurs synodes, gu'un des leurs, no/nmé Jean Cziico, qui avait osé le soutenir, /u/ chassé de leur communiom. Ils ajoutentqu’Ûsont public divers écrits contre cette présence en signe, et que ceux qui la défendent les tien-
* Àpol. 1M2, IF. pari. ap. Lyd. 296. — * Pr^f. dd. ad Ijoâ. cap. de Bach. ap. Lyd. t. ii, p. lo, citât. Apol. IV. pari. Ibid. 2ttf. — * Pro/.Jid. ad Lad. cap. de Eueh. ap, Lyd, I. II. p. 12. — < Apol. ad Lad. ibid. 42. - » Prof. Jld. ad i^dut. ibid. p. 27. Apot. 66, etc. — « Ibid. Apol. 102, J. part. 290. — î Ibtd. p. 2OT.
lient pour leurs adrersaires; qu'ils les appellent de* papistes, des antedirists et des idolâtres'.
C'est encore une autre preuve de leur sentiment, de dire que jesus-Clirist est prisent dans le pain et dans le vin par son corps et par son sang : autrement, continuent-ils’, • ni cens qui sont di-
• gnes nerecevraientque du p.sinetdu vin, ni cens
• qui sont indignes ne seraient coupables du corps
• et du sang , ne pouvant être coupables de ce qui ■ n'y est pas. . D'où il s'ensuit qu'ils y sont, nonseulement pour les dignes , mais encore pour les indignes.
Il est vrai qu'ils ne veulent pas qu'on adors Jêsus-Clirist dans l'eucliaristic , pour drus raisons : l'une, qu'il ne l'a pas commandé; l'autre, qu'il y a deux présences de Jésus^Ihrist : la personnelle, la corporelle et la sensible, laquelle seule doit attirer nos adorations ; et la spirituelle ou sacramentelle, qui ne les doit pas attirer Mais encore qu'ils parlent ainsi , ils ne laissent pas de reconnaître la substance du corps de Jésus-Christ dans le sacrement < :
• Il ne nous est pas ordonné, disent-ils ‘, d'honorer « cette substance du corps de Jésua<3irist consacré;
• mais lasubstance de Jésus-Christ qui est à la droite « du Père. > Voilà donc dans le sacrement et dans le ciel la substance du corps de Jésus-Christ ; mais adorable dans le ciel, et non pas dans le sacrement. Et de peur qu'on nr s'rn étonne , ils ajoutent que Jésus-Ûirist « n'a pas même voulu obliger 1rs
• hommes à l'adorer sur la terre , encore qu'il v
• fût présent , à cause qu'il attendait le temps de
• sa gloire<> : . ce qui montre que leur intention n’était p-vs d'exclure la présence substantielle en excluant l’adoration ; et qu'au contraire ils la supposaient, puisque, s’ils ne l'eussent pas cru, ils n'auraient eu en aucune aorte à s'excuser de n'adorer paa dans le sacrement ce qui en effet n'y cdt pas été.
Ne leur demandons pas au reste où ils prennent cette rare doctrine , qu'il ne suflit paa de savoir Jésus-Christ présent pour l'adorer , et que ce n'était pas son intention qu'on l'adorât sur la terre, ni autre part que dans sa gloire : je me contente de rapporter ce qu'ils prononcent sur la présence réelle; et encore sur la présence réelle, non à la mode des melancbtonist^ dans le seul usage, mais iucontinent après la consécration.
Avec des expressionsapparemmentsi précises etsi décisives pour la présence réelle , ils s'embarrassent ailleurs d'une si étrange manière, qu'ils semblent n’avoir rien tant appréhendé que de laisser un témoignage clair et certain de leur foi ; car ils répètent sans cesse que Jèsua<J)rist n'est pas en personne dans l'eucharistie?. 11 est vrai qu'ils appellent y être en personne, y être eorporeliemenl et sensiblement» : expressions qu’ils font toujours marcher ensemble, et qu'ils opposent à une manière d'être spirituelle qu'ils reconiiaisscnL âlaiscequi les rejette dans un nouvel embarras , c'est qu'ils semblent dire
■ nu. p. »l , 9W. — ’ nid. mt. — • .ipol ad Lad. p. 67. et «tibi pastim. — ‘ Ibid. p. 301 . aofl. 307. 300, 311 . etc. — V J pot. od Lad. Ibid. p. 67. — • Pm/. Jtd. ad Lad. p. VJ. Apol. ad eumd. p. 68. — ’ .Spot, ad laid. ibid. p. 68, 00 i etc, 71 , 73. — * tbid. p, 301 , 300 , 307, 309 , 311 , etc.
DES VARIATIONS, UV, XI
qiw JésiiS'Christ est présent dans Tcucharistie de nette présence spirituplle, comme i) l'est dans le baptême etdaiis la prédication de la parole', comme il a été mangé par les anciens Hébreux dans le désert; comme saint JeamBaptistc était ^^lie. On ne sait aussi ce qu'ils veiilentdireavec cette bizarre expression : Jesus-Christ n'est pas ici avec son corps naturel d'une manière exislatUe et corporelle, r.ri.sf enfer et corporalUer ; mais il y est spirituelle’ meut, puissamment, jHxr manière de bénédiction, et en vertu : s/Hrl/ualiter , potenter , benedlcle , In rirtute*. Ce qu’ils ajoutent n’est {)as plus intelligible , que Jésusd.'hrist est ici dafis la demeure de Itènédidion; c'est-à-dire, selon leur langage, qu’il est dans l'eucharistie conime il esta la droite de Dieu, mais non pas comme il est dans les deux. S'il y est comme à la droite de Dieu , Il y est donc Cil personne. Cest ainsi qu'on devrait conclure naturellement; mais coinment distinguer les cieux d’avec la droite de Dieu ? C'est où on se perd. Les frères avaient parlé précisément, en disant : « Il n'y
• a qu'uii Seigneur Jésus , qui est tel dans le sa- « crement avec son corps naturel ; mais qui est d'une
• autre manière à la droite de son Père : car c’est '• autre chose de dire : C'est là Jésus-Clirist, ceci
• est mon corps ; autre chose de dire , qu'il y est de « telle manière • Mais ils n'ont pas plutôt parlé nettement, qu'ils s’égarent dans des discours alatnhiqiiés, où les jette la confusion et rincertitiide de leur esprit et de leurs [>ensées, avec un vain désir de contenter le.s deux partis de la réforme.
Plus ils allaient en avant, plus ils devenaient importants et mystérieux; et comme chacun les voulait tirer à soi, ils semblaient aussi de leur côté vouloir contenter les deux partis. Voici enfin ce qu’ils dirent en 15à8, et c'est à quoi ils parurent s'eu vouloir tenir. Ils se plaignent d'abord qu'on tes accuse de « ne pas croire que la présence " du vrai corpsctdii vrai sang soit présente^. » Dizarre.sexpres-sions, que la présence soit présente! C’est ainsi qu'ils parlent dans la préface ; mais dan.s le corps de la Confession ils enseignent qu’il faut « reconnaître que le pain est le vrai corps de Jé- « sus-Christ, et que la coupe est son vrai sang, •> sans rien ajouter du sien h ses paroles. • !SInis pendant qu'ils ne veulent pas qu'on ajoute rien aux paroles de Jésus-Christ, ils y ajoutent eux-mémes le mot de vrai, qui n'y est pas; et au lieu que Jésus-Christ a dit , ceci mon corpi, ils supposent qu’il ait dit , ce pain est mon corps : ce qui est fort différent, comme on l'a pu voir ailleurs. Que s’il leur a été libre d’ajouter ce qu'ils jugeaient nécessaire pour marquer une vraie présence, il a été libre aux autres d'ajouter aussi ce qu'il fallait pour dter toute équivoque; et rejeter ces expressions après les disputes nées , c'est être ennemi de la lumière, et laisser les questions indécises. C’est pourquoi Calvin leur écrivit qu’il ne pouvait approuver leur obscure et captieuse brièveté , et il voulait qu'ils expliquassent commenf/è pain csf lecorpsde
* Jpoi. ad Lad. ihid. p. 309 , 304 . 307, 3M. — * Ibid. 74. — *Ibid.p. 1K — *P. ISt.
H»ol.LT' — TOME IV.
JésuS’Christ; à faute de quoi il soutenait que leur Confession de foi ne pouvait être souscrite sans péril , et serait une occeuion de grandes diS’ pufes^. Mais Luther était content d’eux, a cause qu'ils approchaient de ses expressions , et qu'ils inclinaient davantage vers la Confession d'AugsImurg. Car même ils continuaient à se plaindre de ceux qui niaient que te pain et te vin fussent te vrai corps et le vrai sang de Jésus’Christ, et qui les appelaient des popix/c.t, des idoUïlres et des antcchrists', a cause qu'ils reconnaissaient la véritable présence. Enfin, pour faire voir combien ils penchaient à la présence réelle, ils veulent que les ministres eu distribuant ce sacrement, et en récitant tes paroles de notre Seigjieur , exhortent le jfeuple a croire que ta présence de Jésus-Christ est préet dans ce dessein ils ordonnent , quoique d'ailleurs |>eu |>ortés à l'adoration, qu'on reçoive le sacrement à genoux.
Avec ces explications et avec les adoucissements que nous avons rapportés, ils satisfirent tdicment Luther, qu’il mit son approbation à la tête d'une Confession de foi qu'ils publièrent, en déclarant néanmoins • qu'ils paraissaient à cette foi non-seti- > lement plus ornés, plus libres et plus polis , mais
• encore plus considérables et meilleurs 4 ; » ce qui faisait .assez connaître qu'il n'npprouvnit leur Confession qu'à cause qu'elle avait été réformée selon ses maximes.
Il ne paraît |>as qu'on les ait inquiétés ni sur les jeùues réglés qu'ils conservaient parmi eux , ni sur les fêtes qu'ils célébraient en interdisant tout travail, non-seulement à l'honneur de notre Seigneur, mais encore de la sainte Vierge et des saints^. On ne leur reprochait pas que c’était observer les jours contre le précepte de l’apôtre, ni que ces fêtes àl'linnneur des saints fussent autant d'actes d'idolâtrie. On ne le.s accuse non plus d’ériger des temples aux saints, sous prétexte qu'ils continuent, comme nous, a nommer temple de la Vierge, m teinplo divx f 'irginis , de saint Pierre et de saint Paul , les églises consacrées a Dieu en leur mémoire^'. On les laisse pareillement ordonner le célibat à leurs prêtres, en les privant du sacerdoce lorsqu'ils se marient? ; car constamment c’était leur pratique, aussi bien que celle des taborites.-Tout cela est sans venin pour les frères; et il n’y a que nous seuls où tout est poison*.
Je voudrais encore qu'on leur demandât où ils trouvent dans l'Ecriture ce qu'ils disent de la sainte Vierge : Qu'elle est vierge devant l'enfantement et après l'enfantement^. Il est vrai que les saints Pères l’ont tellement cru, qu’ils ont rejeté le contraire comme un blasphème exécrable ; mais c'est aussi ce qui nous fait voir qu'on peut compter parmi les blasphèmes beaucoup de choses dont le contraire n’est écrit nulle part :de sorte que, lorsqu’on se vante de ne parler qu'après P Écriture, ce n'est
* Catv. Epist. ad l'ald. p. 319 tt te^. — * Ibid. U».
» Ibid. p. SM. Ibid. p. 911. —* .4rt. 16, 17. — Mrt. SjfB. Tarin. 1696. Sÿ«/. 11. part. p. 240, 942. — * Jrt. 9. —
• .£m. Sÿtr. /liti. Boh. op. Lÿd. p. 3®r>, 40&. — * Orat. Bnc» ap. I.yd.p. Sü; art. 17, p. 2U>.
IIISTOIRR
tfO
pu un disrours 5iérioux ; imîs f'est qu'on trotire bon de porlrr ainsi» et que ce respect apparent |>our rÉcrilure éblouit les simples.
On prétend que res i'rères bohémiens» dont les paroles étaient si douces et si respecteuses envers les puissances; à mesure qu'ils s'engageaient dans les sentiments des luthériens» eutrèrent aussi dans leurs intrigues et dans leurs guerres. Ferdinand les trouva mclésdans la rébellion de l’électeur de Saxe contre Charles V» et les chassa de BoWine. lisse réfugièrent en Pologne ; et il paraît par une lettre de Mus- «iilus aux protestants del*o!ogne, de 15SG» qu'il n'v avait que peu d’années qu’on avait re<^ dans ce ^'oijaume-la ces rr/ugiés de Bohême*.
Quelque temps après on Gt runion des trois sectes des protestants de Pologne; c’est-à-dire des luthériens, üesbohémiens et des zuinglieiis. L’acte d'union fut passé en 1570 au synode de Sendoinir, et il est intitulé en celle sorte : • L'union et
• consentement mutuel fait entre les Kglises de «Pologne, à savoir» entre ceux de la Confession « d’Augsbourg, ceux de la Confession des frères de « Bohême, et ceux de la (^nfession des l^glises «helvétiques*,» ou des zuingliens. Dans cet acte les bohémiens se qualiGent : ks frère* de Bohême, que les ignorant* ajypetlent vaudnî*^. II paraît donc clairement qu'il s'^^issait de ces vaudois qu'on nommait ainsi par erreur, comme nous l’avons fait voir, et qui aussi désavouaient cette origine. Car pour ce qui est des anciens vaudois, nous apprenons d'un ancien auteur qu'il n'y en avait presque point dans te royaume de Cracooiey c’est-àdire dans la Pologne, non phts que dans t. fngteterre, dans tes Pays-Bas, en Danemarck , en Suède, en Soncége et en Prusse *xe\ depuis le temps de cet auteur ce petit nombre était tellement réduit à rien, qu'on n’en entend pluspaiier en tous ces pays.
L'accord fut fait eo ces termes ; pour y expliquer le point de la cène» on y transcrivit tout entier l’article de la Confession saxonique oh cette matière est traitée. Nous avons vu que Mclanchton avait dressé cette Confession en 1&61, pour être portée à Trente^. On y disait que Jésus-Christ est vraiment et substantiellement présent dans la communion, et qu’on le donne vraiment à ceux qui reçoivent le corpset le sang de Jésus-Christ. AquoUIs ajoutent, parune manière de parler étrange, que « la présence
• substantielle de Jésus-Christ n'est pas seulement « signifiée» mais vraiment rendue présente» dis- « tribuéeet donnée à ceux qui mangent; les signes « n'étant pas nus , mais joints à la cltose même , so- « Ion la nature des sacrements ®. »
Il semble qu'on presse beaucoup la présence substnniielley lorsqu’on dit» pour l'inculquer avec plus de force , qu’elle n'est pas signiGée , mais vraiment présente : mais je me déGe de ces fortes expressions de la réforme, qui, plus elle diminue la vérité du
Sgniag. Cnt. U. part p- ‘1\%. — * Utià p. —i tb»d. p. 210. — * Pylicd. coni. Fiild. c. 16, I. IT. Dibt. PP. //. part. p. — 5 r. »UI>. /. VIII , p. 66i , StfNt. 1. part, p. IW, //. jxirl. p. 72. — * Ibid. p. H(v.
corps et du sang daits rciiclianslif » plus elle est riche en paroles ; comme si par là elle préten da«t réparer la pertcqu’elle fait des choses. Au reste, en venant au fond : quoique cettedéclaratiun soit pleine d’équivoques» et qu’elle laisse des écltapitatoiresà chaque parti pour conserver sa propre doctrine; toutefois ce sont les zuingliens qui font la plus grande avance» puisqu'aiilieu qu'ils disaient dans leur Confession que le corps de notre Seigneur» étant dans IcciH absent de nous, nous devient présent seulemeulpflrro vertu, les termes de l’accord portent que Jésus-Girist nous est substantieUemeni présent ; et» malgré toutes les règles du bngage humain, une presence envertu devient tout à coup une présence en substance.
Il y a des termes » dans l'accord» que les luthériens auraient peine à sauver» si on ne s’accoutumait dans fa nouvelle réforme à tout expliquer comme on veut. Par exemple, ils semblent s’éloigner beaucoup de la croyance qu'ils ont que le corps de Jésus-Dirist est pris par la bouche, et ; même par les indignes» lorsqu'ils disent» dans cet accord , que te* signes de ta cène donnent par la foi aux croyants ce qu'Us signifient *. Mais outre qu’ils peuvent dire qu'ils ont parié de la sorte parce que la présence réelle n’est connue que par la foi » ils pourront encore ajouter qu’en effet il y a des biens dans la cène qui ne sont donnés qu’aux seuls croyants, comme la vie éternelle et la nourriture des âmes; et que c’est de ceux-là qu’ils veulent parler, lorsqu’ils disent que tes signes donnent par ta foi ce qu'ils signifient.
Je ne m’étonne pas que tes bohémiens aient souscrit sans peine à cet accord. Séparés depuis quarante et cinquante ans de l’Église catholique, et réduits à ne trouver le christianisme que dans le coin qu’ils occupaient en Bohême; quand ils virent |>araître les protestants, ils ne songèrent qu’à s’appuyer de leur secours, fis surent gagner Luther par leurs soumissions : on avait tout de Bticer pardcséquivoquesrieszuingiiensse laissaient flatter atixexpressionsgénërales des frères» qui disaient, sans néanmoins le pratiquer, qu’il ne fallait rien ajouter aux termes dont notre Seigneur s’était j servi. Calvin fut plus difficile. Nous avons ru,
! dans la lettre qu’il écrivit aux frères bohémiens réfugiés en Pologne* » comme il y blâme rarabiguité de leur Confession de fui , et déclare qu’on n’y peut souscrire sans ouvrir la porte à la dissension ou à l'erreur.
Contre son avis tout fut souscrit» la Confession helvétique » la bohéinique et la saxonique» la présence substantielle avec la présence par la seule vertu, c'est-à-dire les deux doctrines contraires» avec les équivoques qui les flattaient toutes deux. On ajouts tout ce au’on voulut aux paroles de notre Seigneur ; et en meme temps on spprouvala Confession de foi oh l'on posait pour maxime qu’il n'y fallait rien ajouter : tout passa » et parce moyen on Gt la paix. On voitcommentse séparent et comment s'unissent
■ «up. t. vni, p. OM. SÿHt. Conf. l. part. p. IM. — • Kp ad l'ald. p. 3I7.
DES VARIATIONS, LîV. Xf.
toutes em sectes séparées de Tunité catholique : en se séparant de U riiairede saint Pierre, elles se sé)>arent entre elles, et portent le juste sup(4ice d’avoir méprisé le lien de leur unité. Lorsqu'elles se réunissent en apparence , elles n'en sont pas plus unies dans le fond; et leur union, cimentée par des intérêts politiques , ne sert qu'à faire connailre par une nouvelle preuve qu'elles n'ont pas seulement l'idée de Tunité chrétienne , puisqu'elles n'en viennent jamais à s'unir dans tes sentiments , comme saint Paul l'a ordonné •.
Qu'il nous soit maintenant permisde faire un peu de réHexion sur cette histoire des vaudois , des albigeois et des boliémiens. On voit si les protestants ont eu raison de les compter parmi leurs ancêtres ; si cette descendance leur fait ùoimeur ; et en particulier s'ils ont üd regarder la lioliéme depuis Jean Hus comme la mère des Égiises réformées*. Il est plus clair que le jour, d'un cùté, qu'on ne nous allègue ces sectes que dans la nécessité de trouver dans Ire siècles passée des témoins de ce qu'on croit être la vérité ; et de l'autre , qu'il n'y a rien de plus misérable que d'alléguer de tels témoins, qui sont tous convaincus de faux en des matières capitales, et qui au fond ne s'accordent ni avec les protestants ui avec nous , ni avec eux-mémos. C'est la première réflexion que doivent faire les protestants.
La seconde n’est pas moins importante. Ils doivent considérer que toutes ces sectes si différentes entre elles, et si opposées à la fois tant à nous qu'aux protestante , conviennent avec eux du eoinmun principe de se régler par les Écritures : non pas conmierÉgliseies aura eotenduesde tous temps, car cette règle est très-véritable, mais comme clMCun les pourra entendre par lui-même. Voilà ce qui a produit toutes les erreurs et toutes les contrariétés que nous avons vues. Sous le nom de récriture, cliacun a suivi sa pensée; et l'Écriture prise en cette sorte, loin d'unir les esprits, les a divisés , et a fait adorer à chacun les illusions de son coeur sous le nom de la vérité éternelle.
Mais il y a une dernière et iteoueoup plus importante réflexion à faire sur toutes les choses qu'on vient de ‘voir dans cette histoire abrégée des albigeois et des vaudois. On y découvre la rai.son pour la<|uel(e le Saint-Ksprit a inspiré à saint Paul cette prophétie ^ : ■ L’Esprit dit expressément que , dans
• les derniers temps , quelques-uns abandonneront
• la foi , en suivant des esprits d'erreur et des doc- « trines de démons; qui enseigneront le mensonge
• avec hypocrisie , et dont la conscience sera flétrie « d’un cautère; qui défendront de se marier, et
• obligeront de s'abstenir des viandes que Dieu a « créées pour être reçues avec action do grâces par
• les fidèles et par ceux qui connaissent la vérité ,
• parité que tout ce que Dieu a créé est bon ; et
• on lie doit rien rejeter de ce qui se mange avec
• action de grâces, puisqu'il est sanctifié pr la « parole de Dieu et par la prière. > Tous les saints Pères sont d'accord qu’il s’agit ici de la secte
' Philip. Il, s. — * Jitr. Avi» umx ProUtL dt VEurvpt, à ImtiUtUs Prij. UpUimss, p. 9.—*/. Tim. iv, !, i, a, «, 5
IM
Impie des marcionites et des manichéens, qui enseignaient deux principes , et attribuaient au mauvais la création de l'univers; ce qui leur fai-sait détester et la propagation du genre humain , et l'usage de beaucoup Je nourritures qu'ils croyaient immondes et mauvaises par leur nature , comme l'ouvrage d’un créateur qui était lui-même impur et nia uvais. Saint Paul désigne donc ces sectes maudites par deux pratiques si marquées ; et sans parler d'abord du principe d’où on tirait ces deux mauvaises conséquences, il s’attache à exprimer les deux caractères sensibles par lesquels nous avons vu que ces sectes infâmes ont été reconnues dans tous les temps.
Mais encore que saint Paul n’exprime pas d’abord la cause profonde pour laquelle ces abuseurs défendaient l’usage de deux choses si naturelles, il la marque assez dans la suite , lorsqu'il dit, pour combattre ces erreurs , que tout ce que Dieu a créé est bon ' ; renversant par ce principe le détestable sentiment de ceux qui trouvaient de l’impureté dans l'œuvre de Dieu ; et ensemble nous faisant voir que la racine du mal était de ne pas connaître la création et de blasphémer le Créateur. C’est aussi ce que saint Paul appelle en particulier, plus que toutes les autres doctrines, des doctrines de démons* , iwrcc qu'il n’y a rien de plus convenable à la jalousie de ces esprits séducteurs contre Dieu et contre les hommes , que d’attaquer la création , condamner les œuvres de Dieu, blasphémer con* Ire l’auteur de la loi et contre la loi elle-même, et souiller la nature humaine par toute sorte d’impuretés et d’illusions. Car c'est là ce qtie faisait le maiiicliéisine : et voilà une vraie doctrine de démons, surtout si on ajoute lés enchantements et les prestiges dont il est constant, par tous les auteurs, qu'on a si souvent usé dans ectle secte. Do détourner maintenant ce sens si sim|de et si naturel de saint Paul contre ceux qui rmmnaLssant et le mariage et luiiti'S les viandes eojmno une institution et un ouvrage de Dieu, s’en al)stiennent volontairement pour niortiûex les sens et purifier l'esprit, c'est une illusion trop manifeste; et nous avons vu que les .saints Pères s’en .sont inoqiié.s avant nous. On voit donc très-clairement à qui saint Paul en vouiail, et on ne peut pas niécoiinailre ceux qu’il a si bien marqués par leurs propres caractères.
Pourquoi parmi tant d'héré^îics le Saint-Ksprit n’a voulu marquer expressément que celle-ci; les s:iints Pères en ont été étonnés, et en ont rendu des raisons telles qu'ils l'ont pu en leur siècle, âlais le temps, fidèle interprète des prophéties, nous en a découvert la cause profonde; et on ne s'étonnera plus que le Saint-Esprit ait pris un soin si particulier de. nous pré^imnir contre celte secte , après qu’on a vu que c'est celle qui a le plus longtemps et le plus dangereusement infecté le christianisme : le plus longtemps , pr tant de siècles qu’on lui a vu occuper, et le plus daogereusement, parce que» sans rompreavec éclat comme les autres, elle se tenait cacliée autant qu'il était
• i, Tim. IV, 4. — * ibid. I.
-xi uy Googit
mSTOIRK
possible dans l'Église même, et s'insinuait sous les apparences de la même foi , du même culte , et encore <Tun extérieur étonnant de piété. C'est pourquoi l’apôtre saint Paul a mar<|ué si expressément son hypocrisie. Jamais l'esprit de meruo/i|;e , que cet apôtre remarque, n'a été plus Justement attribué à aucune secte; parcequ'outre que celle-ci enseignait comme les autres une fausse doctrine . elle excellait au-dessus des autres à dissimuler sa croyance. Nous avons vu que ces malheureux avouaient tout ce qu'on voulait : le mensonge r»e leur coûtait rien dans les cho$e4 les plus essentielles; ils n'épargnaient pas le parjure pour cacher leurs dogmes : la facilité qu'ils avaient à trahir leurs consciences y f»talt voir une certaine insensibilité, que saint Paul exprime admirablement par le cautère, qui rend les chairs insensibles en les mortifiant, comme le docte Théo<loret l'a remarqué en ce lieu*; et je ne crois pas que jamais une prophétie ait pu être vérifiée par des caractères plus sensibles que celle-ci l’a été.
Il ne faut plus s'étonner pourquoi le Saint- Esprit a voulu que la prédiction de cette liérésie fiU si particulière et si précise. Cétait plus que toutes les autres liérésies l'erreur des derniers temps , comme l’appelle saint Paul * ; soit que nous prenions pour les derniers temps, sdon le style Se PÉcriture , tous les temps de la loi nouvelle; soit que nous prenions pour les derniers temps la (la des siècles, où ^ian devait être déchaîné de nouveau Dès le second et le troisième siècle, PÉglise a vu naître et Cerdon, et Mareion, et Mânes, ces ennemis du Créateur. On trouve partout des semences de cette doctrine : on en trouve chez Tatien, qui condamnait et le vin et le mariage, et qui dans sa concordance des Évangiles avait rayé tous les passages où il est porté que Jésus-Christ est sorti du sang de David -t. Cent autres sectes iiifômes avaient attaqué le Dieu des Juifs, mais avant Manès et Mareion; et nous apprenons de Théodoret que ce dernier n’avait fait que tourner d'une autre manière les impiétés de Simon le Magicien’. Ainsi cette erreura commencé dès l'origine du christianisme : c'était le vrai mystère d’iniquité qui coininenc^ait du temps de saint Paul^ : mais le .Saint- ICsprit , qui prévoyait que cette peste se devait un jour déclarer d’une manière plus manifeste , l’a fait prédire par cet apôtre avec une précision et une évidence etonnante. Mareion et Manès ont mis dans une plus grande évidence ee mystère d’iniquité ; la détestable secte a toujours eu depuis ee temps-là sa suite funeste. Nous l'avons vu ; et Jamais erreur n'avait plus longtemps troublé l'I^lîse, ni étendu plus loin ses branches. Mais lorsque, par l'émtnente doctrine de saint Augustin , et par les soins de saint Léon et de saint Gélase , elle fut éteinte dans tout l’Occident , et dans Rome même où elle avait tAché de s’établir.
* Comm. im hune locum t. ni, p. 479. — * (. Tim. iv.— ^Apoe. Mpipk. Hier. XLVI.p.390, ett. Theod.
i.iv. Mrr./a6.90,f.9ue -*r*AN(. tMd.r. S4.~« H. Tkr»$. H, 7.
on voit enfin arriver le terme fat.il du déchainement de Satan. Mille ans après que ce fort armé eut été lié par .Fésiis-C.lirist verni au monde* , l'esprit d'erreur revient plus que Jamais ; les restes du manidiéisme, trop bien conservé.4 en Orient, se débordent sur l’Eglise latine. Qui nous empÀ'he de regarder ces malheureux temps comme un des termes du déchaînement de Satan, sans préjudice des iiutres sens plus cachés? Si pour accomplir la prophétie U ne faut que Coq et Magog » , nous trouverons dans l’Arménie, près de Snmosate, la province nommée Gogarène, où demenraient les paulieiens , et nous trouverons Magog dans les Scythes, dont les Hulgaressont sortis *. C’est de là que sont venus res ennemis innombrables de la cité sainte t, par qui l'Itulie est attaquée la première. mal est porté en un instant jusqu'à l'extrémité du Nord : une étincelle allume un grand feu ; l’embrasemeiil s’étend presque par toute la terre. On y découvre partout le venin caclié ; avec le manichéisme , r.irianisme et toutes les hérésies reviennent sous cent noms bizarres et inouïs. A peine put-on éteindre ce feu durant trois h quatre cents ans , et on en voyait encore des restes au quinzième siècle.
Après qu'il n'en resta plus que la cendre, le mal lie Ihiit pas pour cda. Satan avait mis dans la secte impie de quoi renouveler l’incendie d'une manière plus dangereuse que jamais. discipline ecclésiastique s'était relàdiée par toute la terre; les désordres et les abus portés jiisqu’au.x environs de l'autel faisai^it gémir les bons, les humiliaient, les pressaient à ae rendre encore meîHeors ; mais Us firent un autre effet dans les esprits aigres et superbes. L’Église roiitaine , la mère et le lien des Églises , devint l’objet de laluinedetous les esprits indociles; dus satires envenimées animent le monde contre le clergé; l’hypocrite manicliécn en fuit retentir tout l’univers, eldonne le nom d'Antéchrist à l'Église romaiiie : car c'esi alors qu’est née celte pensée, parmi les ordures du manichéisme, et au milieu des précurseurs de l’Antéchrist même. Ces impies s’imaginent (laraUre plus saints , en disant qu’il faut être saint pour administrer les sacrements. L'ignorant vaudois avale ce poison. On ne veut (Uus Yecevoir les sacrements par des ministres odieux et décriés : te filet se rompt ^ de tous côtés, et les schismes se nmitiplient. Satin n'a plus besoin du manidiéisme : la haine contre l'Église s’est répandue. La dainnable I secte a laissé une engeance semblable à elle, et un principe de sdusme trop fecouü. N'ini|Kirte que les hérétiques n'aient pas la même doctrine : l'aigreur : et la haine les dominent , et les réunissent contre ' l'Église; c'en est assez. Le vaudois ne croit pas I comme l'albigeois; mais, comme l’albigeois, il hait ' l’Église, et se publie le seul saint, le seul ministre des sacrements. Viclef ne croit pas comme les vau- I dois ; mais Viclef publie , comme les vaudois , que le j pa(te et tout son clergé est déchu de toute autorité par ses dérèglements. Jean Hus ne croit pas comme
' Apor. XX, 9, 3, 7. kiatth. xn, 99. Lue. xi, 91, 23. — *Ap>r. XI , 7, 8.— * Bock. Pkal. tik. m, 13.—* Apoe. ibid- I — ^ Lue. V, 0.
DES VARIATIONS, LIV. XII
VieM, quoU|u'il l'adinire : ce qu'il en admire le plue, et ce qu’il en suit presque uniquement, c'est que les crimes font perdre l'autorité. Ces petits bohémiens prirent cet esprit , comme on a vu ; et ils le tirent paraître priacipalenient, lorsqu'ils osèrent, une poignée d’hommes ignorants , rebaptiser toute la terre.
Hais une plut grandeapostasiese préparait par le moyen de ces sectes. Le monde rempli d’aigreur enfante Luther et Cal vin , qui cautonnentia chrétienté. Les tours sont diflereols , mais le fond est le même : c'est toujours la haine contre le clergé et coutre TÉglise romaine; et nul homme de bonne foi ne peut nier que ce n'ait là été la cause visible de leur progrès étonnant. Il fallait se réformer ; qui ne le reconnaît? Mais il était encore plus nécessaire de no pas rompre. Ceux qui prêchaient la rupture étaientils meilleurs que les autres? Ils en faisaient le semblant; et c'était asses pour tromper et fagner comme la gtatgrine, selon l'expression de saint Paul . I.e monde voulait condamner et rejeter ses condoeteurs : cela s'appelle réforme. Un nom spécieux éblouit les peuples ; et , pour exciter la haine , on n'épargne pas la calomnie : ainsi notre doctrine est déOgurée; on la hait devant que de la connaître.
Avec de nouvelles doctrines on bâtit de nouveaux corps d'Ëglise. I-es luthériens et les calvinistes font les deux plus grands ; mais ils ne peuvent trouver dans toute la terre une seule Église qui croie comme eux , ni d'où ils puissent tirer une mission ordinaire et légitime. Les vaudois et les albigeois, que quelques-uns nous allèguent, ne servent de rien. Nous venons de les faire voir de purs laïques, aussi embarrassés de leur envoi et de leur titre que ceux qui ont recours à eux. On sait que ces hérétiques toulouwins ne sont jamais parvenus jusqu'à tromper aucun prêtre. I-es prédicateurs des vaudois sont des marchands , des gens de métier, des femmes même. Les boliémiens n’ont pas une meilleure origine, comme nous l'avons prouvé; et lorsque les protestants nous allèguent toutes ces sectes, ce n’est pas leurs auteurs qu’ils nous nomment , mais leurs complices.
Mais peut-être que s’ils ne trouvent pas dans ces sectes la suite des personnes, ils y trouveront la suite de la doctrine. Encore moins r semblables par certains endroits aux hussites, par d'autres aux vaudois, par d’autres aux albigeois et aux autres sectes, ils les démentent en d’autres articles. Ainsi, sans rencontrer rien qui toit uniforme , et prenant de côté et d’autre ce qui paraît les accommoder, tans suite , sans unité , sans prédécesseurs véritables , ils remontent le plus haut qu’ils peuvent. Ils ne sont pas les premiers à rejeter les honneurs des saints , ni les oblations pour les morts. Ils trouvent avant eux des corps d'Église de cette même croyance sur ces deux points. Les bohémiens les reçoivent ; mais on a vu que ces bohénnens clierchèrent en vain des associés sur la terre. Quoi qu’il en soit , voilà une Eglise devant Luther : c'est quelque chose à qui n'a rien. Mais , après tout , cette Eglise qui estdevant Luther
SIS
n'est que cinquante ans devant; il faudrait tlcher d'aller plus haut ; on trouvera les vaudois , et un peu plus haut les luanicliéeos de Toulouse. On trouvera au quatrième siècle les nuuiiehéens d'Afrique con traires au culte des saints : un seul Vigilance les suit dans ce seul point ; mais on ne trouvera point plus luut d'auteur certain : et c'est de quoi il s'agit. On ira un peu plus loin sur l’oblation pour les morts. I.e prêtre Aërius paraîtra ; mats seul et sans suite, arien de plus : c'est tout ce qu'on trouvera de positif ; tout ce qu'on alléguera au-dessus sera visiMeinaat allégué en l’air. Mais voyons ce qu’on trouvera sur la présence réelle, et souvenons-nous qu'il s'agit de faits positifs et constants. Carlostad n'est pas le premier qui a soutenu que le pain n'est pas fait le corps : Bérenger l'avait déjà dit quatre cents ans auparavant , dans roniicme siècle. Mais Bérenger n’est pas le premier : ces manichéens d'Orléans venaient de le dire; et le monde était plein encore du bruit de leur mauvaisedoctrine, quand Bérenger en recuealllt cetlepetite partie. Plus hautje trouve bien despréteotioiis et des procès qu'on nous fait surcette matière; mais non pas des biits avérés et positifs.
Au reste , les sociniens ont une suite plus manifeste : en prenant un mot d'un côté et un mot de l’autre, ils nommeront dans tous les siècles des ennemis déclarés de la divinité de Jésus-Christ, et à la fin ils trouveront Cérinthus sous les apôtres. Ils n'en seront pas mieux fondés, pour avoir trouvé quelque ehose de semblable parmi tant de témoins discordants d'ailleurs, puisqu'au fond la suite leur manque avec l’uniformité. A le prendre de cette sorte , c'est-à-dire en composant chacun son Église de tout ce qu'on trouvera de conforme à ses sentiments deçà et delà, sans aucune liaison ; rien n'empéclie, comnw on l’aura pu remarquer, que de toutes les sectes qu’on voit aujourd'hui, et de toutes celles qu'on verra jamais, on ne remonte jusqu’à Simon le Magicien, et jusqu'àce mystère d’iniquité qui coui^ mençait du temps de saint Paul '.