LIVRE II
Depuis \&20jusqu'en 1529.
SOMMAIRE
Ln TarUUoiii de Lalber 'sur U tranMabettnliation. CarlotUd comoMOoe U qurreile Mcrsmentaire. Clrcoosltti' c«ft de cette rupture. La révolte de* pay»aas, et le personnage que Luther y Ql. Son mariage , dont luI'iDéme et se* amis sont honteui.Ses excès sur le franc arbitre, et contre Henri V III , roi d'AngleleiTe. Zulagie et OGooIampade paraisaeot. Le* sarrameutaires préfèrent ta doctrioe catholique h la luüitriennc. Les luUiérirns prennent les armes, malgré toutes leurs promesses. Hrlancliton en est troublé. Ils s'unissent en Allemagne sous le ik»i de protestante. Valitt projeta d'aooommodement entre Luther et Zulngle. La couféreooe de Marpourg.
Le premier traité où LuUier parut pour tout ce qu'il était, fut celui qu'il composa en 1520, de la Captivité de Babyhne. Là il éclata bautemeot contre l’Eglise romaine, qui venait de le condamner; et parmi les dogmes dont il tâcha d’ébranler les fondements, celui de la transsubstantiation fut un des premiers.
Il eût bien voulu pouvoir donner atteinte à la réalité; et cliacun sait ce qu'il en a déclaré luiméme dans la lettre à ceux de Strasbourg, où il écrit > qu'on lui eût faitgrand plaisir de lui donner
• quelque bon moyen de la nier, parce que rien oe € lui eût été meilleur dans le dessein qu'il avait de « nuire à la papauté *. » Mais Dieu donne de secrètes bornes aux esprits les plus emportés , et ne permet pas toujours aux novateurs d'aflliger son Église autant qu'ils voudraient. Luther demeura frappé invinciblement de la force et de la aimpliciic de ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; ce corps livré pour roua , ce sang de la m>uveUe alliance , ce sang répandu pour vous et pour la rémission de vos péchés ^ : car c'est ainsi qu'il faudrait traduire ces paroles de notre Seigneur, pour les rendre dans toute leur force. L'Église avait cru sans peine que,pour'consomnier son sacrifice et les ligures anciennes, Jésus-Christ nous avait donné à manger la propre substance de sa chair imnmlée pour nous. Elle avait la même pensée du sang répondu pour nos péchés. Accoutumée dès .son origine à des mystères incompréhensibles et à des
' Met. XIX , 37. ~ * BpuU ad Ar^tntin. t. ni,/. 60|.
* V>iffè. xtvi.M.se. Lur. XXII, is.aso- I. Cor. xt. 34.
marques ineffables de l'amour divin, les merveilles impénétrables que renfermait le sens littéral ne l’avaient point rebutée; et Luther ne put jamais se persuader, ni que Jésus-Christ eût voulu obscurcir exprès l'institution de son sacrement, ni que des paroles si simples fussent susceptibles de figures si violentes , ou pussent avoir un autre sens que celui qui était entré naturellement dans l'esprit de tous les peuples chrétiens en Orient et en Occident, sans qu'ils en aient été détournés ni par la hauteur du mvstère , ni par les subtilités de Bérenger et de VÎclef.
Il y voulut pourtant mêler quelque chose du sien. Tous ceux qui jusqu'à lui avaient bien ou mal expliqué les paroles de Jésus-Christ, avaient reconnu qu* elles opéraient quelque sorte de changement dans les dons sacrés. Ceux qui voulaient que le corps n'y fût qu'en figure, disaient que les paroles de notre Seigneur opéraient un changement purement mystique, et que le pain consacré devenait le signe du corps. Par une raison opposée, ceux qui défeodireul le sens littéral , avec une présence réelle, mirent aussi un changement effectif. C'est pourquoi la réalité s'était naturellement insinuée dans tout les esprits avec le changement de substance, et toutes les Églises chrétiennes étaient entrées dans un sens si droit et si simple , malgré les oppositions qu'y formaient les sens. Mais Luther oe demeura pas dans cette règle. Je crois, dit-il s avec / ielef, que le pain demeure ; et je crois, avec les sophistes (c'est ainsi qu'il appelait nos théologiens) que le corps y est. Il expliquait sa doctrine en plusieurs fâchons , et la plupart fort grossières. Tantôt il disait que le corps est avec le pain , comme le feu est avec le fer brûlant. Quelquefois il ajoutait à CCS expressions , que le corps était dans le pain et sous le pain «comme le vin est dans et sous le tonneau . De là ces propositions si célèbres dans le parti, tu, sub, cum, qui veulent dire que le corps est dans le pain, sous le pain, et avec le pain. Mais Luther sentait bien que ces paroles, Ceci est mon corps , demandaient quelque chose de plus que de mettre le corps là-dedans , ou avec cela , ou sous cela; et pour expliquer Ceci est, il se crut obligé à dire que ces paroles , Ceci est mon corps , voulaien t dire, Ce pain est mon corps substantiellement et proprement : chose inouïe , et embarrassée de difficultés invincibles.
Néanmoins pour les surmonter, quelques disciples de Luther soutinrent que le pain était fait le corps de notre Seigneur, et le vin son sang précieux , comme le Verbe divin a été fait homme : de sorte qu'il se faisait dans l'eucharistie une iinpanation véritable, comme il s'était fait une véritable incarnation dans les entrailles de la sainte Vierge. Cette opinion , qui avait paru dès le te^nps de Bérenger, fut renouvelée par Osiandre, l’un des principaux luthériens. Elle ne put jamais entrer dans l’esprit des hommes. Chacun viiqu'afinque le pain fût le corps de notre Seigneur, et que te vin fût son sang, comme le Verbe divin est homme par ce
■ D« Capl. Babyl. t ii.
genre d'union que les Utéologiens appellent personnelle ou hvposuuique , il faudrait que, conune l'homme est la personne, le corps fût aussi la (lersonne, et le sang de même ; ce qui détruit les principes du raisonnement et du langage. Le corps humain est une partie de la personne, mais n'est pas la personne même, ni le tout, ou, comme on parle, le suppôt. Le sang Test encore moins; et ce n'est nullement le cas où l'union personnelle puisse avoir lieu. Ces choses s'entendent mieux qu’elles ne s'expliquent méthodiquement. Tout le monde ne sait pas employer le terme d'union hypostatique : mais quand elle est un peu expliquée, tout le monde sent à quoi elle peut convenir. Ainsi Osiandre fut le seul à soutenir son impanation et son inviiiation. On lui laissa dire tant qu’il voulut, Ce pain est Dieu; car il passa jusqu'à cet excès *. Mais une si étrange opinion n'eut pas même besoin ü'étre réfutée : elle tomba d’elle-méme par sa propre absurdité, et Luther ne l'approuva point.
Cependant ce qu’il disait y menait tout droit. On ne savait comment concevoir que le pain, en demeurant pain , fût en même temps comme il l'assurait, le vrai corps de notre Seigneur, sans admettre entre les deux cette union hypostati(|ue qu'il rejetait. Mais enfin il demeura ferme à la rejeter, et à unir néanmoins les deux substances, jusqu'à dire que l'une était l’autre.
Il parla pourtant d'abord avec doute du changement de substance ; et encore qu'il préférât l’opinion qui retient le pain à celle qui le change au corps, l’affaire lui parut légère. « Je permets, dit- « il % l'une et l’autre opinion; j’ôte seulement le « scrupule. • Voilà comme décidait ce nouveau p.ipe : la transsubstantiation et la consubstantiation lui parurent indifférentes. Ailleurs, comme on lui reprochait qu’il faisait demeurer le pain dans l'eucharistie, il l'avoue : « mais, ajoute-t-il je ne « condamne pas l’autre opinion ; je dis seulement
• ({tiece n'est pas un article de foi. • Mais il passa bientôt plus avant , dans la réponse qu’il fit à Henri VIII, roi d’Angleterre, qui avait réfuté sa captivité. « .l'avais enseigné, dit-il 4, qu'il n'importait pas que « le pain demeurât ou non dans le sacrement : mais
• maintenant je transsubstantie mon opinion; je
• dis que c’est une impiété et un blasj)hème de dire
• que le pain est transsubstantié; » et il pousse la condamnation jusqu'à ranatheme. I^e motif qu'il donne à son cljangenient est mémorable. Voici ce qu'il en écrit dans son livre aux Vaudois : • Il est
• Yrai,jecrois que c’est uneerreur de dire que le pain
• ne demeure pas, encore que celte erreur m'ait paru
• jusqu'ici peu importante : mais maintenant, puis- € qu'on nous presse si fort de recevoir cette erreur
• sans autorité de l'Écriture, en dépit des papistes
• je veux croire que le pain et le vin demeurent ; ■ •t voilà ce qui attira aux catholiques cet anathème de Luther. Tels furent ses sentiments en 1523 : nous verrons s'il y persistera dans la suite; et on sera bien aise dés à présent de remarquer une lettre
* Mel. Iî, F.p. 4*7. — » De Cap. Babyl. Ml,/. C6. — • K*»p. uJar/iV. rxirarf. ibid. 173. — * Cont. Kfÿ- Jfngt. t. n.
produite par Hospillicn où Mclnnchton accuse son maître d'avoir accordé la iraiibâubslanliation à certaines flglises d'Ualie, auxquelles il avait écrit de cette matière. Cette lettre est de 1543, douze aoa après sa réponse au roi d’Angleterre.
Au reste, il s'emporta contre ce prince avec une telle violence, que les luthériens eux-mêmes en étaient honteux. Ce n'était que des injures atroces et des démentis outrageux a toutes les pages ; c’étaitun/oUf uninsetuéf le pitu grossier de iotuiet pourceaux et de tous tes ûnes *. Quelquefois il l'apostrophait d'une manière terrible : Commencermus a rougir t Henri , non plus roi , mais sacrilège? MeKinchton, son cher disciple, n'osoit le reprendre , et ne savait comment l’excuser. On était scandalisé, même parmi scs disciples, du mépris outrageux avec lequel il traitait tout ce que Tunivers avait de plus grand , et de la manière bizarre dont il décidait sur les dogmes. Dire d'une façon, et puis tout à coup dire de l'autre , seulement en haine des papistes ; c'était trop visiblement abuser de l'autorité qu'on lui donnait, et insulter, pour ainii parler, à la crédulité du genre humain. Mtais il avait pris le dessus dans tout son parti, et il fallait trouver bon tout ce qu’il disait.
Érasme , étonné d’un emportement qu’il avait vainement tâché de modérer jKirsesavis , en explique toutes les causes à Melanchton son ami. « Ce qui « me choque le plus dans Luther, c’est, dit-iP, > que tout ce qu'il entreprend de soutenir, il le « pousse à l’extrémité et jusqu'à l’excès. Averti « de ses excès, loin de s'adoucir, il pousse encore «• plus avant, et semble n'avoir d'autre dessein que O do passer à des excès encore plus grands. Je con- « nais, ojoute-t-il, son humeur par ses écrits, autant " que je pourrais faire si je vivais avec lui. C’est un « esprit ardent et impétueux. On y voit partout un « Achille, dont la colère est invincible: vous n’i-
• gnorez pas les artifices de l’ennemi du genre hu-
• main. Joignez à tout cela un si grand succès , une « faveur si déclarée, un si grand applaudissement « de toutle théâtre : il y en aurait assez pour gâter
• un esprit modeste, v Érasme n'ait jamais
quitté la communion de l’Église , il a toujours conservé parmi ces disputes de religion un caractère particulier, qui a fait que les protestants lui donnent assez de créance dans les faits dont il a été témoin. Mais il n'est que trop certain, d’ailleurs, que Luther, enflé du succès inespéré de son entreprise, et de la victoire qu’il croyait avoir remportée contre la puissance romaine, ne gardait plus aucune mesure
C’est une chose étrange d’avoir pris, comme il fil avec tous les siens, le nombre prodigieux do ses sectateurs, comme une marque de faveur divine, sans se souvenir que saint Paul avait dit des hérétiques et des séducteurs, que leur discours gagne comme la gangrène , et qu'ils projitent en mal, errant et Jetant les autres dans l'erreur *. Mais le même saint Paul a dit aussi que leur progrès a des
* H»sp. p.1,f. 18t. — * Cont. Jngï. Reg. i6. 333. -- 5 trasm. t. v i. 3. ad. Lviher. tift. xiv. Ep. 1 . ttc. td. hb. XIX. Fp. 3, «4. Melancht. — * U- Tim. il, 17. Ibid, iil . I»-
DES VARIATIONS, LIV. IL
f)oni('s ■. Les malheureuses conquêtes de Luther furent retardées par la division qui se mit dans la nouvelle réforme. Il y a longtemps qu’on a dit que les disciples des novateurs se croient en droit d’innover, à l’exemple de leurs maîtres • : les chefs des rebelles trouvent des rebelles aussi téméraires qu'eux; et pourdire simplement le fait sans moraliser davantage, Carlostad que Luther avait tant loué^, tout indigne qu’il en était, et qu’il avait appelé son vénérable pr^pteuren Jésus-Christ, se trouva en état de lui résister. Luther avait attaqué le changement de substance dans l'eucharistie; Carlostad attaqua la réalité, que Luther n’avait pas cru pouvoir entreprendre.
Carlostad, si nous en croyons les luthériens, était un homme brutal , ignorant, artidcleux pourtant et brouillon, sans piété, sans humanité, et plutôt juif que chrétien. C’est ce qu’en dit Melanclitoii^, homme modéré et naturellement sincère. Mais, sans citer en particulier les luthériens , ses amis et ses ennemis demeuraient d'accord quec’était l'homme du monde le plus inquiet, aussi bien que le plus impertinent. II ne faut point d’autre preuve de son ignorance que l'explication qu’il donna aux paroles de l’institution de la cène, soutenant que, par ces paroles : Ceci est mon corps ^ Jésus-Christ, sans aucun égard h ce qu'il donnait, voulait seulement se montrer lui-même assis h table , comme il était avec ses disciples ’ : imagination si ridicule, qu'on a peine à croire qu'elle ait pu entrer dans l’esprit d’un homme.
Avant qu’il eût enfanté cette interprétation monstrueuse, il y avait déjà eu de grands démêlés entre lui et Luther. Car en 1621 , durant que Luther était caché par la crainte de Charles V qui l’avait mis au ban de l'Empire, Carlostad avait renversé les images , ôté l'élévation du saint sacrement , et mên>e les messes basses, et rétabli la communion sous les deux espèces dans l’Église de Vitemberg , où avait commencé le luthéranisme. Luther n’improuvait pas tant ces changements , qu’il les trouvait faits à contre-temps, et d'ailleurs peu nécessaires. Mais ce qui le piqua au vif, comme il le témoigne assez dans une lettre qu’il écrivit sur ce sujet c’est que Carlostad avait méprisé son autoriié, et avuit voulu s'ériger en Muveau docteur. Les sermons qu’il fit à cette occasion sont remarquables? : cor, tans y nommer Carlostad, il reprochait aux auteurs de ces entreprises qu’ils avaient agi sans mission : comme si la sienne tdl été bien mieux établie :
• Je les défendrais, disait-il, aisément devant le
• Pape; mais je ne sais comment les justifier de- «■ vant le diable, lorsquecemauvaisesprit, à l'heure « de la mort, leur opposera ces paroles de l'Écriture :
• Toute plante que mon père n'aura pas plantée
• sera déiacinée : et encore : /Is couraient, et ce
• nétait pas moi qui les envoyais. Que répon-
* ll.*7*i»i. n, 17. /èirf. III, 9. — ■ TertuU. de prw^.e.
> Ep. dédie, com. in Gai. ad Cartoêtad. — 4 .Ve/, lib. Ttttim. Praf. ad Erid. M^coh, — *. 7.uinÿ. ep. ad. Matlh. Jlber. té lib. de ver. et fut», retig. Uospin. î. part. f. 133, — • Ep. Luth, ad Ga»p. Gtutol. ivri. — > Serm. Quid. Chritliunv prmtandum, t vif, f. 373.
. dront-ils alors? ils seront précipités dans les . enfers. .
Voilà ce que dit Luther pendant qu'il était encore caché. Mais au sortir de l’atnios (c’est ainsi qu'il ap|>elait sa retraite), il lit bien un autre sermon dans l'église de Vitemberg. I j il entreprit de prouver qu'il ne fallait pas employer les mains , mais la parole toute seule à réformer les obus. . C’est la parole ,
• disait-il qui, pendant que je dormais tr.inquille- « ment, et que je buvais ma bière avec mon cher . .Melaiichton et avec Amsdorf, a tellement ébranlé
• la papauté , que jamais prince ni empereur n'en a
• fait autant. Si j’avais voulu, poursuit-il •, faire les
• cliosci avec tumulte, toute rAllcmagnc nagerait « dans le sang ; et lorsque j'étais à AVorms, j’aurais . pu mettre les affaires en tel état, que l’empereur
• n'y eût pas été en sûreté. • C’est ce que nous n’avions pas vu dans les histoires. Mais le peuple une fois prévenu croyait tout, et Luther se sentait tellement le maître, qu'il osa bien leur dire en pleine chaire : • Au reste , si vous prétendez continuer à « faire les ctioses par ces communes délibérations, . je me dédirai sans hésiter de tout ce que j'ai écrit . ou enseigné : j’en ferai ma rétractation , et je vous . laisserai là. Tenez-le-vous pour dit une bonne fois ; . et après tout , quel mal vous fera la messe papale > On croit songer, quand on Ht ees elioses dans les écrits de Luther imprimés à Vitemberg : on revient un commencement du volume, pour voies! on a bien lu , et on se dit à sui-inéme ; (juel est ce nouvel Évangile? Un tel homme a-t-il pu passer pour réformateur? ^'en reviendra-t-on jamais? Est-il donc si diflicile à l'Iiomine de confesser son erreur?
Carlostad de son côté ne se tint pas en repos ; et, poussé avec tant d’ardeur, il se mit à coiiibattrè la doctrine de la présence réelle , autant pour attaquer Luther, que par aucun autre motif. Luther aussi, quoiqu'il eût pensé à ôter l’élévation de l'hostie, la retint en dépit de Carlostad, comme il le déclare lui-méme* , et de peur, |x)ursuit-il, qu’il ne semblât que te diable nous eût appris quelque chose.
Il ne parla pas plus modérément de la communion sous les deux espèces , que le même Carlostad av.iit rétablie de son autorité privée. Luther la tenait alors pour assez indifférente. Dans la lettre qu'il écrivitsur la reformation de Carlostad , il lui reproche • d’avoir mis le christianisme dans ces choses . de néant, à communier sous les deux espèces, à « prendre le sacrement dans la main, à ôter la eonfes- « sion, et à briller les images -t. • Encore en 1523, il dit dans la formule de la messe : « Si un concile or- « donnait ou |)crniettait les deux espèces, en dépitdti . concile nous n’en prendrions qu’une, ou ne pren-
• drions ni l’une ni l’autre, et maudirions ceux qui
• prendraient les deux en vertu de celte ordoii- « nancc *. • Voilà ce qu'on appelait la liberté clirélieunedans la nouvelle réforme ; telle était la modestie et i'iiumihté de ces nouveaux clirétiens.
docfHS abutus , non manibui lerf tvetw) oj-lerm. tic. isai. - • Jbid. S76. - • Lui*, par. Cau/tu. Wmpm. part, 3. /. ISM. — • Epiti. ad Gaip. Custat. — ‘ p..nn. .Vi«. I. n,/. MSt, SHO.
ROM A ;v
Carlostady chassé de Vîtembcrg, fut contraint de se retirer à Orlemonde , ville de Thuringe , dépendante de l'électeur de Saxe. En ces temps toute TA 1- Icmagne était enfeu. Les paysans, révoltés contre leurs seigneurs, avaient pris les armes, et imploraient le secours de Luther. Outrequ'ils en suivaient In doctrine , on prétendaitque son livre delà IJbcrU chrétienne n'avait pas peu contribué à leur inspirer la rébellion, par la manière hardie dont il y parlait contre les législateurs et contre les lois • . Car encore qu'il SC sauvât, en disant qu'il n'entendait point parler des magistrats ni des lois civiles, il était vrai cependant qu’il mêlait les princes et les potentats avec le Pape et les évêques : et prononcer générolement, comme il faisait, que le chrétien n'était sujet à aucun homme, e'étaiten attendant l'interprétation, ; nourrir l’esprit d’indépendance dans les peuples, et , donner des vues dangereuses à leurs conducteurs. ; Joint que mépriser les puissances soutenues par la majesté de la religion était encore un moyen d'affaiblir les autres. T^es anabaptistes, autre rejeton de la doctrine de Luther , puisqu'ils ne s’étaient formés qu'en poussant h bout ses maximes, se mêlaient à ce tuniiiltedes paysans, et commençaientàtourner leurs inspirations sacrilèges à une révolte manifeste. Carlostad donna dansccs nouveautés : du nmins Luther l'en accuse; et il estvTai qu'il était dans une grande liaison avec les anabaptistes *, grondant sans cesse avec eux, autant contre l'électeur que contre Luther, qu'il appelait un flatteur du Pape, à cause principalement de quelque reste qu'il consenait de la messe et de la présence réelle : car c'était à qui blâmerait le plus l'Église romaine , et à qui s'éloignerait le plus de ses dogmes. Ces disputes avaient excité de grands mouvements à Orlemonde. Luther y fut envoyé |>ar le prince pour apaiser le peuple ému. Dans le chemin il prêcha à Jene , en présence de Carlostad, et ne man(iua pas de le traiter de séditieux. C'est par là que commença la rupture. J’en veux ici raconter la mémorable histoire, comme elle se trouve parmi les œuvres de Luther, comme elle est avouée parles luthériens , et comme les historiens protestants l’ont rapportée^. Au sortir du sermon de Lutlier, Carlostad le vint trouver à rOurse noire, où il logeait; lieu remarquable dans cette histoire , pour avoir donné le commencement à la guerre sacramentairc parmi les nouveaux réformés. Là, parmi d’autres discours, et après s'être excusé le mieux qu’il put sur la sédition, Carlostad déclare à Luther qu'il ne pouvait souffrir son opinion de la présence réelle. Luther avec un air dédaigneux le déûa d'écrire contre lui , et lui promit un florin d'or s'il l'entreprenait. Il tire le florin de sa poche. (^rlosta<l le met dans la sienne. Ils touchèrent en la main l'un de l'autre, en se promettant mutuellement de se faire i>onnn guerre. Luther but à la santé de Carlostad et du bel ouvrage qu'il allait mettre au jour; Carlostad fit raison, et avala le verre plein ; ainsi la guerre fut déclarée à la mode
• De liberi. Christ, t. II. f. tO, II. — * SIeiti. lib. T. 17. — * Luth. l. Ji. Jeu. 447. Catix. Judtc. n. 49. Uospin. 3. jxir. ad an- \Vl\-f. 33.
du pays, le 33 d'aoât en l$34. L'adieu des combattants fut mémorable. Pttissé-Je te voir svr la roue l dit Carlostad à Luther, Puisses^fu te rompre le cou avant que de sortir de la ville • L’entrée n’avait pas été moins agréable. Par les soins de Carlostad , Luther, entrant dans Orlemonde, /u/ reçu à grands coups de piertex , et presque accablé de boue. Voilà le nouvel Évangile; voilà les actes des nouveaux apdtres.
Des combats plus sanglants, mais peut-être pas plus dangereux, suivirent un peu après. Les paysans soulevés s'étaient assemblés au nombre de quarante mille. Les anabaptistes prirent les armes avec une foreur inouïe. Luther, interpellé par les paysans de prononcer sur les prétentions qu'ils avaient contre leurs seigneurs, fit un étrange personnage *. D'nn côté il écrivit aux paysans que Dieu défendait la sédition. D’autre côté il écrivit aux seigneurs, ;qu'ils exerçaient une tmnnie que les peuples ne poutYiientf ni ne voulaienl, ni ne devient plus soujfrir Il rendait par ce dernier mot à la sédition les armes qu'il semblait lui avoir ôtées. Une troisième lettre, qu'il écrivit en commun à l'un et l'autre parti, leur donnait le tort à tous deux , et leur dénonçait de terribles jugements de Dieu, s'ils ne convenaient à l'amiable. On blâmait Ici sa mollesse : peu après on eut raison de lui reprocher une dureté insupportable. Il publia une quatrième lettre, où il excitait les princes puissamment armés, à exterminer sans miséricorde ces misérables, qui n'avaient pas profité de ses avis, et à ne pardonner qu'à ceux qui se rendraient vonlontairement : comme si une populace séduite et vaincue n'était pas un digne objet de pitié, et qn’il la fallût traiter avec la même rigueur que les chefs qui l’avaient tromiwe. Mais Luther le voulait ainsi : et quand il vit que l'on condamnait un sentiment si crue), incapable de reconnaître qu'il eût tort en rien, il fil encore un livre exprès pour prouver qu’en effet il ne fallait user d'aucune miséricorde envers les rebelles, et qu'il ne fallait pas même pardonner à ceux que la multitude aurait entraînés pas force dans quelque aciion séditieuse. * On vit ensuite ces fameux combats qui coûtèrent tant de sang à l'Allemagne : tel en était l'état quand la dispute sacranientairo y alluma un nouveau feu.
Carlostad, qui l'avait émue, avait déjà introduit une nouveauté étrangement scandaleuse; car il fut le premier prêtre de quelque réputation qui se maria; et cet exemple fit des effets surprenants dans l'ordre sacerdotal et dans les cloîtres, Carlostad n'etait pas encore brouillé avec Luther. On se moqua dans le parti même du mariage de ce vieux prêtre. Mais Luther, qui av.iit envie d'en faire autant , ne disait mot. 11 était devenu amoureux d'une religieuse de qualité et d’une beauté rare, qu’il avait tirée de son couvent. C'était une des maximes de la nouvelle réforme, que les vœux étaient une pratique judaïque, et qu'il n’y en avait point qui
* Bpht. Lnth. ad Argent, i. VU,/. 302. — ■ » SUid. Ub. V. — » Ibid. 7S. — * Sleid. lib. v, /. 7?
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obligeât moiiu que relui ile eliastelé. î/cleeleur hYcdéric laiss;iit dire cesclioses à l.utber; niais il ii‘ciU pu digérer qu’il en fiU venu à IVITel. Il n’avait que du mépris pour les prCtres et les religieux qui se mariaient au préjudice des canons, et d'une discipline révérée dans tous les siècles. Ainsi, |HHir no se point perdre dans son esprit , il fallut patienter durant la vie de ce prince, qui ne fut pas plutôt mort que Luther épousa sa religieuse. Ce mariage se fit en 1525, c'est-à-dire dans le fort des guerres civiles d'Aliemngne, et lorsque les disputes sacramentaircs s'échauffaient avec le plus de violence. Luther avait alors quarante-cinq ans; et cet homme, qui, à la faveur de lü discipline religieuse, avait passé toute sa jeunesse sans reproche dans la cxmtinence, en un âge si avancé, et pendant qu'on le donnait ù tout l'univers comme le restaurateur de l'Évangile, ne rougit point de quitter un état de vie si parfait, et de ri'culcr en arrière.
Sleiilnn passe légèrement sur ce fait. « Luther,
• dit-il épousa une religieuse , et par là il donna
• lieu à de nouvelles ac.cusations de ses adver- " saires, qui l'appelèrent furieux, et esclave de «I Satan. « Mais il ne nous dit pas tout le secret; et ce ne fut pas seulement les adversaires de l.uther ()ui blâmaient son mariage : il en fut honteux lui-méme; ses disciples les plus soumis en furent surpris: et nous apprenons tout ceci dans une lettre chrieuse de Melanchton au docte Caïuerarius son intime ami
Elle est écrite toute en grec, et c'est ainsi qu’ils traitaient entre eux les choses secrètes. Il lui dit donc que • Luther, lorsqu'on y pensait le moins,
• avait éi>ousé la Horée (c'était la religieuse qu’il « aimait), sans en dire mut à ses amis : mais « qu'un soir, ayant prié a .soupcj* Poméranus (c’én tait le pasteur), un peintre et un avocat, il fit « les cérémonies accoutumées ; qu’on serait étonne
• de voir que dans un temps si malheureux, où > tous les gens de bien avaient tant à souffrir, il « n’eiU pas eu le courage de compatir à leurs « maux, et qu'il parût au contraire se peu sou- « cier des malheurs qui les menaçaient; laissant « même affaiblir sa réputation , dans le tem|>s - que l'Allemagne avait le plus de besoin de son « autorité et de sa prudence. ■ Ensuite il raconte à son ami les causes de son mariage » : Qu’il sait «• assez que Luther n'est pas ennemi du l'iiuma- « nité, et qu'il croit qu'il a été engage à ce ma- «• rîjge par une nécessité naturelle : qu'il ne faut « donc point s'étonner que la magnaniinitc de «• Luther se soit laissée amollir; que cette mam nière de vie est basse et commune, mais sainte; « et qu’après tout l’Écriture dit que le mariage est « honorable ; qu’au fond , il n'y a 1d aucun crime ; « et que si on reproche quelque chose à laither, « c'est une manifeste calomnie. «> C'est qu’on avait fait courir le bruit que la religieuse était grosse cl prèle a accoucher, quand Luther IVpousa; ce qui ne setrouvapas véritable. Melanchton avait donr
• sifid. tib. V,/. 77. — * Ibid. fib. IV. rp. XXIV, il.Jul. IWi
raison de justifier son niailie en ce point. Il dit, " que tout ce qu'on peut blâmer dans son action, « c’est le contre-temps dans lequel il fait une « chose si peu attendue, et le plaisir qu'il va «lon- « ner à se.i ennemis, qui ne cherchent qu'a i'ac-
• cuser : au reste, qu'il le voit tout chagrin et « tout troublé de ce changement , et qu'il fait a tout ce qu'il peut pour le consoler. »
On voit assez combien l.utber était honteux et emliarrnssé de son mariage, et combien Meinnchton en était frappé*, malgré tout le respect qu'il avait pour lui. Ce qu'il ajoute à la fin fait aussi connaître combien il croyait que Camérariu.s en serait ému, puisqu’il dit qu'il avait voulu le prévenir, « de peur que dans le désir qu'il avait que
* Luther demeurât toujours .sans reproche, et sa ■ gloire sans tache, U ne sc laissât trop troubler
et décourager par celle nouvelle surprenante. •
Ils avaient d’abord regardé Luther coniine un homme élevé nu-dcssus de toutes les faiblesses communes. C'.elle qu’il leur fit paraître, dans ce mariage scandaleux, les mit dans le trouble. Mais Melanchton console le mieux qu'il peut et son ami et lui-méme, sur ce que « peut-être il y a ici « quelque chose de caché et de divin; qu'il a de.*< K marques certaines de la piété de Luther; qu'il ne
* sera point Inutile qu'il leur arrive quelque chose « d'humiliant, puisqu'il y a tant de péril à être «élevé, non- seulement pour les minislre.s des
• choses sacrées, mais encore pour tous les hom- « mes; (pi'uprès tout, les plus grands saints de « l'antiquité ont fait des fautes; et qu'enfîn il faut « apprendre ù s’attacher à la parole de Dieu par « clle-mcme, et non par le incrite de mix qui l.i - prêchent n’y ayant rien de jilus injuste que d«* « blâmer la doctrine, à cause des fautes où tomfi bent les docteurs. »
La maxime est bonne sans doute : mais il ne fallait donc pas tant appuyer sur les défauts personnels, ni se tant fonder sur Luther, qu'ils voyaient si faible, quoiqu’il fût d'ailleurs si audacieux ; ni enfin nous tant vanter la refurmalion , comme un ouvrage merveilleux de la main de Dieu,
' puisque le principal instrument de cette œuvre ! incomparable était un liüinine non-.seulemenl si vulgaire, mais encore si emporté.
Il est aise de juger, par la conjoncture des choses, que le contre-temps qui fait tant de peine à Melanchton, et cette fâcheuse diinimition qu'il voit arriver de lu gloire de Luther dans le temps qu’on en avait le plus de besoin, regardaient à la vérité ces troubles horribles, qui faisaient dire à Luther lui-même que T Allemagne allait périr; mais regardaient encore plus la di.spntc sacraimnlaire, par laquelle Melanchton sentait bien que l'uulorite de son maître allait s'ébranler. En effet, on ne croyait pas Luther innocent de.s lrould<*s de l’Alleinagne • , puisqu'ils étaient commencés par dc.s gens qui avaient suivi sou évangile, et qui paraissaient animés par ses écrits; outre que nous avoii.s vu iju’il avait au commencement autant n.iité (jue
' 5tiè/. tib. VII. li*9.
réprimé la fureur des paysans soulevés. I.a dispute sacramenlaire était encore regardée comme un fruit de sa doctrine. Les catholiques lui reprochaient qu’en inspirant tant de mépris pour l'autorité de l'f.glise , et en cbranl.mt ce fondement , il avait tout réduit en questions. Voilà ce que c'est, disaient-ils, d'avoir mis lu decision entre les mains des particuliers, et de leur avoir donné l'fcriture eonnne si claire, qu’on n’avait besoin pour l'entendre que de la lire, sans consulter l’Église ni l'antiquité. Toutes ces choses tourmentaient terriblcinent Melaiichton : lui qui était naturellement si pnhoyant, il voyait naître dans la réforme une division, qui en la rendant odieuse allait encore y alhnr.er une guerre irrcconciliable.
Il arriva dans le même tcnqis d'autres choses qui le troublaient fort. 1-a dispute s'était cchaulïee sur le franc arbitre entre Érasme et Luther. La considératinn d'Érasme était grande dans toute TKuropc, quoiqu'il edt de tous côtés beaucoup d’ennemis. Au commem ement des troubles, I.uther n'avait rien omis pour le gagner, et lui avait écrit avec des res|iectsqui tenaient de la b.issesse '. Ir'ahord Érasme le favorisait , sans vouloir pourtant quitter TÉiglisc. Quand il vit le schisme manifestement déclaré, il s'éloigna tout à fait, et écrivit contre lui avec beaucoup de modération. Mais Luther, ••'u lieu de Timiter, publia, un peu apres son mariage, une réponse si envenimée , qu'elle fit dire à Melaiichton ■ : . Pidt . à Dieu que Uither gardât le silence! J'espérais
• que l'âge le rendrait plus dont, et je vois qu'il de- . vient tous les jours plus violent, poussé par ses . adversaires et par les disputes où il est obligé . d'enlrcr : ■ eomme si un homme qui se disait le reformateur du monde devait si tôt oublier son personnage, et ne devait (vas, quoi qu on lui fit, demeurennaitre de lui-même. « Cela me tourmente . étrangement, disait MclanchtonJ; et si Dieu n'y . met la main , la fin de ces disputes sera malheu- . rcuse. » Érasme se voyant traité si rudement par un homme qu'il avait si fort ménagé, disait plaisamment : « Je croyais que le mariage l'aurait
• adouci ; . et il déplorait son sort de se voir malgré sa douceur, « et dans sa vieillesse, condamné . à combattre contre une bête farouche, contre un
• sanglier furicuv- •
Ia>soutiageux discours de I.uther n'étaient pas ce qu'il y avait de plus excessif dans les livres qu'il écrivit contre Éirasme. La doctrine en était horrible, puisqu'il concluait non-.sculemcnt que le libre arbitre était tout à fait éteint dans le genre humain depuis sa chute, qui était une erreur commune dans la nouvelle reforme ; ■ mais encore qu’il est . impossible qu'iin autre que Dieu soit libre; que
• sa prescience et la Providence divine fait que
• toutes choses arrivent par une immuable, éter- . nelle et inévitable volonté de Dieu, qui foudroie
• et met en pièces tout le libre arbitre; que le nom
• de franc arbitre est un nom qui n'appartient qu'à
' Ap. Litih. ad F.rasm. inter. Erasm. lib. TJ, S.
* tff. Mit. lib. rp. IB. — * Lib. IMH. rp U, 28.
M Dieu , et qui ne peut convenir ui à rhgmroe , ai
• à range, ni à aucune créature »
Par là il était forcé de rendre Dieu auteur de tous les crinie.s, et il ne s’en cachait pas, disant en termes formels », • que le franc arbitre est un titre « vain ; que Dieu fait en nous le mal comme le « bien; que la grande perfection de la foi, c*Mt
• de croire que Dieu est juste, quoiqu'il nous « rende nécessairement damnables par sa volonté, « en sorte qu'il semble sc plaire aux sup()lices des ■ malheureux. » Kt encore * : Dieu vous plaît quand
• il couronne des indignes; il ne doit pas vous dé- «• plaire quand il damne des innocents. » Pour conclusion, il ajoute, « qu'il di.sait ces choses, non
• en examinant, mais en diierminant : qu’il n’en- « tendait tes soumettre au jugement de |>ersonne; « mais conseillait à tout le monde de s'y assujettir. -
Il ne faut pas s’étonner que de tels excès troubla.ssent l'esprit modeste de Melancliton (^ji'est pa.s 4|ti'ii n'eijt donné au commencement dans ceg prodiges de doctrine , ayant dit lui-méme avec Luther que r la prescience de Dieu rendait le libre « arbitre absolument impossible, » et que • Dieu
• n'était pas moins cause de la trahison de Judas,
• que de la conversion de saint Paul. » Mais outre qu'il était plutôt entraîné dans ces sentiments par l'autorité de Luther, qu’il n'y entrait de lui-niéinc, il n'y avait rien de plus éloigné de son esprit que de les établir d’une manière si insolente; et il ne s;ivait plus oii il en était, quand il voyait tes emjjortements de son maître.
II les vit redoubler dans le même temps contre le roi d'Angleterre. Luther, qui avait conçu quelque bonne opinion de ce prince, sur ce que sa maîtresse Anne de Boulon était asscr. favorable au luthéranisme, s'était radouci jusqu'à lui faire des excuses de ses premiers emportements La réponse du roi ne fut pas telle qu’il esi)crail. Henri VIII lui reprocha la iégèretc de son eeprit , les erreurs de sa doctrine , et la honte de son mariage scandaleux. Alors Luther, qui ne s'abaissail qu'afin qu'on se jetât à se.*J pieds , et ne manquait pas de fondre sur ceux qui ne le faisaient pas assez vite, répondit au roi
• qu’il se repentait de l'avoir traité si doucement ; « qu'il l’avait fait à la prière de ses amis , dans l'esn pérance que cette douceur serait utile à ce prince ; « qu’un même dessein l’avait porté autrefois à écrire « civilement au légat Cajetan , à George , duc de
Saxe, et à ^^rasme ; mais qu'il s’en était mai trouvé : «• ainsi qu'il ne tomberait plus dans la même *• faute*. »
Au milieu de tous ces excès, il vantait encore sa ilmiceur extrême. A la vérité, « s'assurant sur
• l'inébranlable secours de sa doctrine , il ne cédait « en orgueil ni à empereur, ni à roi, ni à prince, « ni à Satan, ni à Punivers entier; mais, si le coi « voulait se dépouiller de sa majesté pour traiter
• plus librement avec lui, il trouverait qu’il se •> montrait humble et doux aux moindres person-
• De àertr. arb. t. Il- 400. 4M, 4â« , — » Itid. /. 444.
— î ïhhl. f. 485. — * Loc. com. t. edit. Comm. m Bp. ad Bom. — * i:piKf. ad Beg. Ang. t. u 92. - * Ad.maled. Reg. Angft^ Bup t. Il, 423 SUid. t. vi. p. ao
.cru L
DES VABIATIONS, LIV. 1!.
« nés; un vrai mouton en simplicité qui ne pouvait » croire du mal de qui que ce fût *
Que pouvait penser Melanchton/le plus paisible de tous les hommes par son naturel , voyant la plume outrageuse de Luther lui susciter au dehors tant dVnnemis , pendant que la dispute sacramcn* taire lui en donnait au dedans de si redoutables?
En effet , dans ce même temps les meilleures plumes du parti s'élevèrent contre lui. Cnriostad avait trouvé des défenseurs qui ne permettaient plus de le mépriser. Pousse par I.titlier, et chassé de Saxe, il s'était retiré en Suisse, où Zuingic et ()Ecolampade prirent sa défense. Zuingle, pasteur do Zurich, avait commencé à troubler l’Eglise à l’occasion des indulgences, aussi bien que Luther; mais quelques années après. C'était un homme hardi, et qui avait plus de feu que de savoir. Il y avait beaucoup de netteté dans son discours , et aucun des prétendus réformateurs n’a expliqué ses pensées d'une manière plus précise, plus uniforme et plus suivie : mais aussi aucun ne les a poussées plus loin ni avec autant de hardiesse. Comme on connaîtra mieux le caractère de son esprit par ses sentiments que par mes paroles, je rapporterai un endroit du plus accompli de tous ses ouvrages; c'est la Confession de foi qu’il adressa un peu devant sa mort à François F’’. Là , expliquant rarlicle do la vie éternelle, il dit à ce prince, « qu'il doit
• espérer de voir rassemblée de tout ce qu'il y a eu
• d'hommes saints, courageux, fidèles et vertueux
• dès le commencement du monde *. Là vous ver- « rez, poursuit-il, les deux Adam, le racheté et le ■ rédempteur. Vous y verrez un Abel, un Enoc, > un Noé, un Abraham, un lsaae,un Jacob, un
• Juda, un Moïse, uu Josué, un Gédéon, un Sa-
• muel, un Phinées, on Élio, uii Elisée, un Isaïe
- avec la Vierge mère de Dieu, qu'il a annoncée, « un David, un Ezécliias, un Josias, un Joan-
- Baptiste, un saint Pierre, un saint Paul. Vous y
- verrez Hercule, Thésée, Socrate, Aristide, Anti-
• gonus, >'uma, Camille, les Calons, les Scipions.
• Vous y verrez vos prédécesseurs ot tous vos mi- « cétres, qui sont sortis de ce monde dans la foi.
B Enfin il n’y aura aucun homme de bien , aucun •> esprit saint , aucune âme fidèle , que vous ne voyiez
• là avec Dieu. Que peut-on penser déplus beau , de
• plus agréable , de plus glorieux que ce spectacle ? > Qui jamais s’était avisé de mettre ainsi Jésus-Christ péJe-méle avec les sainU; et à la suite des patriarches, des prophètes, des apôtres et du Sauveur même, jusqu'à Numa, le père do l’idolâtrie romaine; jusqu'à Caton , qui se tua lui-roéme comme un furieux; et non-seulement tant d’adorateurs des fausses divinités, mais encore jusqu’aux dieux et jusqu’aux héros, un Hercule, un Thésée qu'ils ont adoré? Je ne sais pourquoi il n'y a pas mis Apollon ou Bacdius, et Jupiter même : et s'il en a été détourné par les infamies que les poètes leur attribuent , celles d’Hercule étaient-elles moindres? Voilà de quoi le ciel est composé, selon ce
* Steid. Ub. VI. p. 494, 40*. — * Chr.fld^ i. clnra exti. I&36. p.i7.
chef du second parti de la réformation * voilà ce qu’il a écrit dans une Confession de foi, qu'il dédie au plus grand roi de la chrétienté; et voilà ce que Ruilinger son successeur nous en a donné ' cownip ie chef-d’œuüre et comme le dernier chant de ce cygne mélodieux. Et on ne s’étonnera pas que de telles gens aient pu passer pour des hommes extraordinairement envoyés de Dieu, afin de réformer son Eglise?
Luther ne l'épargna pas sur cct article, et dé. I Clara nettement • qu'il désespérait do son salut: \ B parce que , non content de continuer à combattre ■ le sacrement, il était devenu païen en mettant
• des païens impies, et jusqu'à uu Scipioii épicurien,
• jusqu’à un ^uma, l'organe du démon pour insti-
• tuer l'idolâtrie chez les Romains, au rang des
• âmes bienheureuses. Car à quoi nous servent le « baptême, les autres sacrements, l'Ecriture et
• Jésus-Christ même, si.lea impies, les idolâtres,
« et les épicuriens sont saints et bienheureux? Et B cela, qu’est-ce autre chose que d'enseigner que « ciiacun peut se sauver dans sa religion et dans sa B croyance • ? •
Il était assez malaisé de lui répondre. Aussi ne lui répondit-on à Zuricli que par une mauvaisorécrimination^, et en l'accusant lui-méine d'avoir mis parmi lej fidèles Nabuchodonosor, Naaman Syrien , Abimelec , et beaucoup d'autres qui , étant nés hors de l'alliance et de la race d’Abraham, n’ont pas laissé d'étre sauvés, comme dit Luther, j)ar une fortuite mitéricorde de Dieu 4. Mais sans défendre celle fortuite miséricorde de Dieu., qui à la vérité est un peu bizarre, c'est autre chose d’avoir dit, avec Luther, qu’il peut y avoir eu des liomines qui aient connu Dieu hors du nombre des Israélites; autre chose de mettre avec Zuingle au nombre des âmes saintes ceux qui adoraient les fausses divinités : et si les zuingfïens ont eu raison de condamner les excès et les violences de Luther, on en a encore davantage de condamner ce prodigieux égarement de Zuingle. (lir enfin ce n’était pas ici de ces traits qui échappent aux hommes dans la chaleur du discours : il écrivait une Oonfession de foi, et il voulait faire une explication simple et précise du Symbole des apôtres ; ouvrage d'une nature à demander, plus que tous les autres, une mûre considération, une doctrine exacte et un sens rassis. C'était aussi dans le même esprit qu'il avait déjà parle de Sénèque, comme d‘un tiomme très-saint , dans le cœur duquel Dieu avait écrit la fui de sa propre main , à cause qu’il avait dit, dans une lettre à Lucile, guc rien n'était caché à Dien^. Voilà donc tous les philosophes platoniciens, péripaléticiens et stoïciens, au nombre des saints et pleins de foi; puisque saint Paul avoue qu’ils ont connu cc qu’il y a d'invisible en Dieu, par les ouvrages visibles de sa puissance^; et ce qui a donné lieu à saint Paul de les conüani-
• Prgf. TluUinq. Ibid. — * Parv. Cot^. Luth. Untp. p. a.
IR7. — * .4pot. Tigur. Ht/spin. p. /,-/ IW. — 4 AnM. J/nm, in. Grn. c. A ft go. — * Oper. î, p Dfclar. de peec. orig. —
• Hom. I, 19
HISTOIRR
ner dans TRpUre aux Romains « les a justifiés et sanctifiés dans l'opinion de Zuingle.
Pour enseigner de pareillt's extravagances ^ il faut n'avoir aucune idée ni de la justice chrétienne, ni de la corruption de la nature. Zuingle au<si ne connaissait pas le péché originel. Dans cette Confession de foi adressée à François r% et dans quatre ou cinq traités qu'il a faits exprès pour prouver contre les anabaptistes le baptême des petits enfants, et expliquer l'effet du baptême dans ce bas Age, il n'y parle seulement pas du péché originel effacé, qui est pourtant, de l'aveu de tous les chrétiens , le principal fruit de leur baptême, il en avait usé de même dans tous ses autres ouvrages ; et lorsqu'on lui objectait cette omission d'un effet si considérable, il montre qu'il l’a fait exprès; parce que dans son sentiment aucun pêché n est ôté parlebap' /éme*. Il pousse encore plus avant sa témérité, puisqu'il ôte nettement le péché originel, en disant que « ce n'est |ias un péclic, mais un mallieur, un
• vice, une maladie; et qu'il n’y a rien de plus fai-
• bleni de plus éloigné de i'KchUire, quededire que « le péclié originel soit non-seulement une maladie,
• mais encore un crime. * Confurmémentaces principes, il décide que les hommes naissent, à la vérité, portés au péché par leur amour-pro~ pre, mais non pas |>éd)eur8; si ce n'est improprement, et en prenant la peine du péché pour le (léché même : et cette inclination au péché ^ qui ne peut pas être un péché fait selon lui tout le mal de nplre origine. Il est vrai que dans In suite du discours, il reconnaît que tous les hommes périraient sans la gr.1ce du Médiateur, parce que cette inclination au péché ne manquerait pas de produire le (léché avec le temp.s , si elle n'était arrêtée ; et c'est en ce sens qu'il avoue que tous les hommes sont damnéa par la Jorce du péché originel : force qui consiste, comme on vient de voir, non point à faire les hommes vraiment pécheurs, comme toutes les Fglises chrétiennes l'ont décidé contre Pelage, mais à les faire seulement eneliM au péché par la faiblesse de.s sens et de l'amour-propre; ce que lc.s pciagiens et les (laîeiis mêmes n'auraient pas nié.
I.a décision de Zuingle sur le remède de ce mal u'csl pas moins étrange; car il veut qu'il soit été indifféremment dans tous les hommes par la mort de Jésus-Oirist, indépendamment du baptême; en sorte qu’à présent le^ché originel ne damne personne f pas même les enfants des jia’iens ; et encore qu'à leur égard II n'ose pa.s mettre leur salut dans la même certitude que celui des chrétiens et de leurs enfants, il ne laisse pas de dire que comme les autres, tant qu'ils sont incapables de la lol^ ils sont dans Cétat d'innocence , alléguant ce passage de saint Paul ; Ott il ny a point de hit U ny a point de prévarication*. « Or est-il, poursuit ce nouveau doc-
> tenir, que les enfants sont faibles, sans expérience, • et ignorants de la loi , cl ne sont pas moins sans « loi que saint Paul lorsqu'il disait : Je rirais nu-
> tre/oissans /of^. Comme dune il n'y a (>oint de
* Dec. df p«-f. oriÿ. — * iv, I&. — * Jhii. >ii. 9.
•> loi |K>ur eux , il n'y a point aussi de transgression « de la loi , ni (inr conséquent de damnation. Saint
• Paul dit qu'ifaréru autrefois sans hi; mais il
• n'y n aucun Age où l’on soit plus dans cet état « que dans l'enfance. Par ctmse<|uenl on doit dire « avec le même saint Paul , que sans fa toi te jKché
• était mort • en eux. «C'est ainsiquedisputaieiit les (léJagiens contre l'Egiise. Kl encore que, comme on a dit, /uingic parle ici avec plus d'assurance des enfants des chrétiens que des autres, il ne laisse pas en effet de parler de tous les enl'anls .sans exception. On voit où |K)rtc sa pnnive; et assiin^ ment, depuis Julien, il n'y a point de plus parfait pélagien que Zuingle.
Mais encore les (lélagiens avouaient-ils que le baptême pouvait du moins donner la grâce et reniellre les péchés aux adultes. Zuingle, plus téméraire, ne c^'sse de n-fM-ter ce (|u’on a déjà nipporlé de lui , « que le baptême n’ùte aucun (léchc et ne donne
• («s la grâce. C'e.st , dit-il , le sang de Jésus-Christ
« qui remet les peeliés; ce n'est donc pas le ba]>- ■ tême. » ■ - •
On peut voir ici un exemple du zèle mal entendu qu’a eu la reforme pour la gloire de Jésus-Clirist. Il eslplü-s clair que le jour, qu’altribuer la rémission des pèches au ba(>tême, qui est le moyen établi par Jcsus-(^hrist pour les oler, ce n’est non plus faire tort à JésusChrist, que c’est faire tort à un peintre d’attribuer le beau coloris et les beaux traits de son tableau au pinceau dont il u sert. Mais la réfonne porte s<*s vains raisonnements jusqu'à cet excès, de croire glorilicr Jésus-Christ, en ôtant laforee aux instrumentsqu'il emploie. Et |>our continuer jusqu'au bout une illusion si grossière, lorsqu'on objecte à Zuingle cent passages de l'flcriUire, où il est dit que le baptême nous sauve et qu’il nous remet nos (léchés, il croit satisfaire à tout en répondant que dans ces passages le ba|»tême est pris (>our le sang do Jésus-Christ , dont il est le signe.
Ces explications licencieuses font trouver tout ce qu'on veut dans l'Écriture. H ne faut pas s'étonner si Zuingle y trouve que l'eucharistie n'est [>as le corps, mais le signe du corps, quoique Jésus- Christ ait dit ; Ceci est mon corps ; (luisqu'il y a bien trouve que le baptême ne donne pas en eifet la rémission des péchés, mais nous la figure déjà donnée; quoique l'Kcrivure ait dit cent fois, non pas qu'il nous la figure, mais qu'il nous la donne. Il ne faut pas s'étonner si le même auteur, (>nur détruire la réalité qui rincommodail, n élude la force de ces paroles : Ceci est mon corps; puisque, (K)iir détruire le péché originel, dont il était choqué , il a bien éludé celle-ci : 7ous ont péché en un seul; et encore : Par un seul plusieurs sont faits pécheurs *. Ce qu’il y a ici de plus étrange, c'est In confiance de cet auteur à soutenir scs nouvelles interprétations contre le |)éché originel, avec un mépris manifeste de toute rantiipiilé. • Nous avons « vu les anciens, dit-il, enseigner une autre doc- « trinc sur le pédie originel : mais on sMperroit
' Rom. VII S- — * Ibid- V, 12, 19.
DES VAUIÀTIONS, LIV. II
« aisément en les lisant combien est obecur et eni- « barrassé, pour ne pas dire tout à fait humain plu* « tdt que divin , tout ce qu’ils en disent. Pour moi, € il y a déjà longtemps que je o'ai pas le loisir de « les consulter. « C’est en 1526 qu’il composa ce traité; et déjà il y avait plusieurs années qu'il n’avait pas le loisir de consulter les anciens ni de recourir aux sources. Cependant il réformait l’Église. Pourquoi non? diront nos réformés. Et qu’avaitil affaire des anciens , puisqu’il avait l’Écriture?
I Mais au contraire, c’est ici un exemple du peu de sâreté qu'il y a dans la recherche des Écritures, lorsqu’on prétend les entendre sans avoir recours à* l’antiquité. Par une telle manière d'entendre les É:critures, Zuingle a trouvé qu'il n’y avait point de péché originel , c’est-à*dire qn’il n’y avait point de rédemption , et que le scandale de la croix était inutile; et il a poussé si loin cette pensée, qu’il a mis avec les saints ceux qui n’avaient en effet , quoi qu'il ait pu dire, aucune part avec Jésus-Oirist. Voilà comme on réforme l'Eglise lorsqu’on entreprend de la réformer sans se mettre en peine du sentiment des siècles passés; et selon cette nouvelle méthode on en viendrait aisément à une réformation semblable à celle des sociniens.
Tels étaient les chefs de la nouvelle réforme, gens d’esprit à la vérité, et qui n'étaient pas sans littérature; mais hardis, téméraires dans leurs décisions, et enflés de leur vain savoir; qui se plaisaieiU dans des opinions extraordinaires et particulières, et par la croyaient s’élever non-seulement au-dessus des hommes de leur siècle, mais encore au-dessus de l’antiquité la plu^ sainte. OEcolampade, l'autre défenseur du sens figuré parmi les Suisses, était tout ensemble plus modéré et plus savant, et si Zuingle, dans sa véhémence, parut être en quelque façon un autre Lullier, OEcolamp.ide ressemblait plus à Melaiichton, dont aussi il l•lait ami particulier. On voit dans une lettre qu'il érril à É.rasme dans sa jeunesse ' , avec beaucoup d’esprit et de politesse, des marques d’uiie piété aussi affectueuse qu’éclairée : des pieds d’uncruciflx, devant le<|uel il avait accoutumé de faire sa prière, il écrit à Érasme des choses si tendres sur les douceurs ineffables de Jésus-Christ, que cette pieuse image retraçait si vivement dans son souvenir, qu’on ne peut s'empêcher d'en être louclié. I.a réforme qui venait troubler ses dévotions, et les traiter d'idolâtrie, commençait alors : car c’élniten 1517 que ce jeune homme écrivaitcetlc lettre. Dans les premières années de ces brouilleries, et, comme le remarque Érasme •, dans un âge déjà assez milr pour n'avoir à se reproelier aucune surprise, il se fit religieux avec beaucoup de courage et de rênexloD. Aussi les lettres d'Érasme nous font-elles voir qu’il était très -affectionné au genre de vie qu'il avoit choisi qu’il y goûtait Dieu tranquillement; et qu’il y vivait très-cloigné des nouveautés qui couraient. Cependant, ô faiblesse humaine, et dangereuse contagion de la nouveauté! il
' Kp. Erajtm, fi*. tiI. 43. — * Ibid. Ub. xm, fp. |3, 1 1. — ^ Ub. tUi, 57.
jr
sortit de son monastère, prêcha la nouvelle réforme à Bâle, où il fut pasteur; et fatigué du réliliat, comme les autres réformateurs, il épousa une Jeune fille dont la beauté Pavait touché. Cfst ainsi^ disait Érasme*, qu'iis se mortifient i et il ne cessait d’admirer ces nouveaux npdtres , qui ne manquaient |H)int de quitter la profession solennelle du célibat, pour prendre des femmes; au lieu que les vrais apôtres de notre Seigneur, selon la tradition de tous U's Pères, afin de n’étre occupés que de Dieu et de l'Évangile, quittaient leurs femmes pour enbrasser le célibat. • Il semble, disait-il *, que la « réforme aboutisse à défroquer quelques moini^ " et à marier quelques prêtres; et celte grand»*
• tragédie se termine enfin par un événement tout à a fait comique, puisque tout finit en se mariant, « comme dans les comédies. « I.e même Érasme se plaint aussi , en d'autres endroits ^ , que depuis que sonamiOEcolampadeeutquittcavecrÉgiiseetlemonastère sa tendre dévotion, pour einbrassor cette sèche et dédaigneuse réforme, il ne le reconnaissait plus; et qu'au lieu de la candeur dont ce ministre faisait profession , tant qu’il agissait par lui-même , il n’y trouva plus que dissimulation et artifice lorsqu’il fut entré dans les intérêts et dans les mouvements d’un parti.
Après que la querelle sacramentaire eut été émue de la manière qu’on vient de voir, Carlostad répandit de petits écrits contre la présence réelle; et encore que, de l'aveu de tout le monde, ils fussent fort pleins d'ignorance le peuple déjà épris de la nouveauté ne laissa pas de les goûter. Zuingle et OEcolampade écrivirent pour défendre ce dogme nouveau : le premier avec beaucoup d’esprit et de véhémence, l’autre avec beaucoup de doctrine, et une éloquence si douce, « qu'il y avait, dit Éras-
• me^, de quoi séduire, s'il se pouvait, et que ' Dieu le permit, les élus mêmes. • Dieu les menait à cette épreuve : mais ses promesses et sa vérité soutenaient la simplicité de la foi de l’Église contre les raisonnements humains. Un peu après, Carlostad .se réconcilia avec Luther, et l’apaisa en lui écrivant que ce qu'il avait enseigné sur l’eucharistie était plutôt par manière de proposition et d’examen , que de décision I) ne cessa de brouiller toute sa vie, et les Suisses, qui le reçurent encore une fois, ne purent venir à bout de calmer (^*t esprit turbulent.
Sa doctrine se répandait de plus en plus; mais sur des interprétations plus vraisemblables des paroles de notre Seigneur, que relies qu'il avait données. Zuingle disait que le bon homme avait bien senti qu'il y. avait quelque sens caclié dans ces divines paroles; mais qu'il n’avait pu démêler ce que c'était. Lui et OEcolampade, avec des expressions un peu différentes, convenaient au fond que ces paroles. Ceci e.H mon corps, étaient figurées ; esi veut dire signifier, disait Zuingle; corps c’est
• F.p. Enum. , lib. xix, fp, 41. — * Ub. xix. 3. — - ^ Ub. WTII. rp. 13. XIX, 113. XXXI , 4?- rot. 2fr57. ftc. ~-*Uh. lit. rp. 113. XXXI, 69. p 2I»W. — ^ Ub. XMU, <7- 9- — •