jMrt. ad (IA. ItM./. lu
U Hçffte du corps, disjil OEcolampade. Ceux de Strasbourg entraient dans les mêmes interpréta* lions. Rucer et Capiton, qui les conduisaient, devinrent zélés défenseurs du sens flguré. La réforme se divisa, et ceux qui embrassèrent ce nouveau parti furent appelés sacramentaires. On les nomma aussi zuingiiens, parce que Zulngle avait le premier appuyé Carlostad, ou que son autorité prévalut dans Tesprit des peuples entraînés par sa vcliémence.
Il ne faut pas s’étonner qu'une opinion qui flattait autant le sens humain eût tant de vogue. Zuingle disait positivement qu'il n'y avait point de miracle dans l'eucbaristie, ni rien d'incompréhensible, que le pain rompu nous représentait le corps immolé, et le vio le sang répandu; que Jésus-Christ, en instituant ces signes sacrés, leur avait donné le nom de la chose; que ce n'était pourtant pas un simple spectacle, ni des signes tout a fait nus; que la o)émoire et la foi du corps immolé et du sang répandu soutenait notre âme; que cependant le Saint-Esprit soellait dans les coeurs la rémission des péchés, et que c'était là tout le mystère ^ La raison et le sens humain n’avaient rien à souffrir dans cette explica. tion. L’Écriture faisait de lu peine : mais , quand les uns opposaient, Ceci est mon corps, les autres répondaient : Je suis la vigne * , Je suis la porte ^ : La pierre était Christ Il est vrai que ces exemples n’étaient pas semblables. Ce n'était ni en proposant une parabole, ni en expliquant une allégorie, que Jésus-Christ avait dit, Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Ces paroles, détachées de tout autre discours, portaient tout leur sens en elles-mêmes. Il s’agissait d'une nouvelle institution qui devait être faite en termes simples; et on n'avait encore trouvé aucun lieu de l'Écriture, où un signe d'institution reçût le nom de la chose au moment qu’on l’instituait, et ,sans aucune préparation pn^édente.
Cet argument tourmentait Zuingle; nuit et jour ü y clierchait une solution. On ne laissa pas en attendant d’abolir la messe, malgré les oppositions du secrétaire de la ville, qui disputait puissamment pour la doctrine catholique et pour la présence réelle. Douzejours après, Zuingle eut ce songe tant reproché à lui et à scs disciples, où il dit que, s’imaginant disputer encore avec le secrétaire de la ville , qui le pressait vivement ^ , Il vit paraître tout d’un coup un fantôme blanc ou noir qui lui dit ces mots : Lâche, que ne rêpondsdu ce qui est écrit dans l'Exode, L’Agnenu est la pâque®; pour dire qu'il en est le signe? Voilà donc cc fameux passage tant répété dans les écrits des sacramentaires, où ils crurent avoir trouvé le nom de la chose donné au signe dans l'institution du signe même; et voilà comme co passage vint dans l’esprit à Zuingle, qui s’en servit le premier. Au reste, ses disciples veulent qu’en disant qu'il ne sait pas si celui qui l’arerUt était blanc ou noir, il voulait dire seule- ^
» ZMing. Conf. Fid. ad Franc, it. epht. ai Car. v, cfe. ' — * Joan. XV, I. — * lf>id. xi. 7. — * C<fr. X, ♦ — ^ Hosp. 3, part. 35, S6. — * Extid. XU, II.
I ment que c'était un inconnu ; et il est vrai que les termes latins peuvent recevoir cette eiplicatioo. Mais outre que se cacher, sans rien faire qui découvre ce qu'on est, est un caractère naturel d'un mauvais esprit, celui-ci visiblement sc trompait. Ces paroles , /.'.4gniau eU la pâque et te patsage, ne signilient nullement qu'il soit la figure du passage. C'est un hebraî.sme commun , ou lo mut de sacrijlee est sous-entendu. Ainsi péché seulement est le sacrifice pour le péché; et passage simplement, ou pâque, c'est le sacrifice du passage ou de la pdque : ce que l'Écriture e.vplique elle-méme un peu au-dessous , où elle dit tout du long , non que l'Agneau est le passage, mais que c'est la victime du passage Voilà bien assurément le sens de l'E.vode. On produisit depuis d'autres esemplea que nous verrons en leur temps : mais enfin voici le premier. 11 n'y avait rien, comme on voit, qui dût beaucoup soulager l'esprit de Zuingle, ni qui lui montrât que le signe reçut dès l'institution le nom de la chose. Cependant , à cette nouvelle explication de son inconnu, il s'éveilla, il lut le lieu de l'Exode, il alla prêcher ce qu'il avait vu en songe. On était trop bien préparé pour ne pas l'en croire ; les nuages qui restaient encore dans 1rs esprits furent dissipés.
Il fut sensible à Luther de voir non plus des particuliers, mais des églises entières de la nouvelle reforme, se soulever contre lui. Mais il ii'en rabaltit rien de sa fierté. On en peut juger parces paroles : «J'ai le Pape en tête ; j'ai 5 dos les sacramen-
• taires et les anabaptistes ; mais je marclicrai moi . seul contre eux tous; je les défierai au combat; - je les foulerai aux pieds. • EH un peu après : ■
• Je dirai sans vanité que depuis mille ans l'Éeri-
• turc n'a jamais été ni si repurgée, ni si bien evpli- « qucc,iii mieux entendue qu'elle l'est maintenant
• par moi •. . Il écrivait ces paroles en 1525, un peu après la querelle émue. En la même année, il fit son livre contre les prophètes célestes, se moquant par là de Carlostad , qu'il accusait d'approuver les visions dos anabaptistes. C.e livre avait deu.v parties. Pans la première, il soutenait qu'on avait eu tort d'abattre les images; qu'il n'y av ait que les images de Pieu qu'il fût défendu d'adorer dans la loi de Moïse; que les images de la croix et des saints n’claient pas comprises dans cette défense; que personne n'était tenu sous l'Évangile d'abolir par force les images, parce que cela était contraire .à la liberté évangélique , et que ceux qui détruisaient .ainsi les images étaient des docteurs de la loi, et non p.is de l'Évangile. Par là il nous justifiait de toutes les accusations d'idolâtrie dont on nous charge sans raison sur co sujet. Pans la seconde partie il attaquait less.icramentairés. Aurcsle, il traita d'abord OEcolampade avec assec de douceur ; mais il s'emporta terriblement contre Zuingle.
Cc docteur avait écrit que dès l'an 1510, avant que le nom de Luther eût été connu, il avait prêché l'Évangile, c'est-à-dire, la réformatioii dans la
* Exod. XII, î7. - * Ad maUd. A»g. t. ii, 49(1.
Î)KS VABIATIONS, LIV. U.
Suisse • , et les Suisses lui donnaient b gloire du commencement, que Luther voulait avoir tout entière- Piqué de ce discours, il écrivit à ceux de Strasbourg « qu’il osait se glorifier d’avoir le pre-
• mier prêché Jésus-Christ, mais que Zuingle lui « voulait éter cette gloire *. 1-e moyen, poursui-
• vait-il , de se taire {>endant que ces gens trou-
• blent nos Églises et attaquent notre autorité?
• S'ils ne veulent pas laisser affaiblir la leur, il
• ne faut pas non plus affaiblir la nôtre. » Pour conclusion il déclare « qu’il n'y a point de milieu ,
« et qu'eux ou lui sont des ministres de Satan. «
Un habile luthérien, et le plus célèbre qui ait écrit de nos jours fait ici cette réflexion ^ : Ceux
• qui méprisent toutes choses et exposent non-seu- « fenient teurs biens, mais encore leur vie, souvent « ne peuvent pas s’élever au-dessus de la gloire;
• tant la douceur en est flatteuse, et tantest grande
• la faiblesse humaine. Au contraire, plus on a le ■ courage élevé, plus on désire les louanges, et plus « on a de peine à voir transporter aux autres celles « qu'on à cru avoir méritées. Il ne faut donc |>as « s’étonner si un homme de la magnanimité de Lu- « ther écrivit ces choses à ceux de Strasbourg. »
Au milieu de ces bizarres transports, Lutlicr conürmait la foi de la présence réelle par de puissantes raisons ; l'Écriture et la tradition ancienne le soutenaient dans cette cause. Il montrait que de tourner au sens figuré des paroles de notre Seigneur si simples et si précises , sous prétexte qu'il y avait des expressions figurées en d'autres endroits de l'Écriture, c'était ouvrir une porte par laquelle toute l’Écriture et tous les mystères de notre salut se tourneraient en figures; qu'il fallait donc apporter ici la même soumission avec laquelle nous recevions les autres mystères , sans nous soucier de la raison ui de la nature, mais seulement de Jésus-(^hrist et de sa parole; que le Sauveur n’avait parlé dans l'institution , ni de la foi ni du Saint- Ksprit; qu’il avait dit, Ceci mon corps , et non pas, La fol vous y fera participer ; que le manger dont Jésus-Christ y parlait n'était non plus un manger mystique mais un manger par la bouche; que l’iinion de la foi se consommait hors du sacrement , et qu’on ne pouvait pas croire que Jésus-Christ ne nous donnât rien de particulier par des paroles si fortes; qu’on voyait bien que son intention était de nous assurer ses dons en nous donnant sa persoune; que le souvenir de sa mort, qu'il nous recommandait, n'excluait point la présence, mais nous obligeait seulement à prendre ce corps et ce sang comme une victime immolée pour nous ; que cette victime en effet devenait la nôtre par cette manducation ; qu’à la vérité la foi y devait intervenir pour la rendre fructueuse; mais que pour montrer que sans la foi même la parole de Jésus-Christ avait son effet, il ne fallait que considérer la communion des indignes Il pressait ici avec force les paroles
* Zui$tç. in exptan. artic. 16. Gtêm. Bibl. etc. F. Catixt. Judie. »i. 53. — * T. H. Jen. epi$t. p. SOÎ. — * Catixt. Judie. ». 53. — 4 Serm. de Corp. ei Sang. Ckr. d/Jens. veril Ctxnx : qttod v^ràa ûdhne stent. I VD , 1T7, 381. Cateeh. maj. de Sac. alL C4mcord. p. 55J , ete^ ^
de saint Paul, lorsque après avoir rapporté ces mots : Ceci est mon corps, il condamnait si sévèrement ceux qui ne dhcernaient pas le corps du Seigneur, et qui se rendaient coupables de son cotps et rf* son sang ' ; il ajoulait que partout saint Paul voulait parler du vrai corps, et non du corps en figure ; et qu’on voyait par ces expressions qu’il condamnait ces impies, comme ayant outragé Jé^us- Christ non pas en ses dons, mais immédiatement en sa personne.
Mais ce qu'il faisait avec le plus de force, c’était de détruire les objections qu'on opposait à ces célestes vérités. Il demandait à ceux qui lui opposaient, J.a chair ne sert de rien % avec quel front ils osaient dire que la chair de Jésus-Christ ne sert de rien , et transporter à luette chair qui donne la vie ce que Jesus^^rist a dit du sens charnel , et en tout cas de la ciiair prise à la manière que l'entendaient les capharnaïtes, ou que la reçoivent les mauvais chrétiens, sans s’y unir par la foi , et recevoir en même temps l'esprit et la vie dont elle est pleine? Quand on osait lui demander à quoi donc servait cette chair prise par la bouche du corps, il demandait h son tour à ces superbes demandeurs , à quoi servait que le Verbe 80 fdtfait chair? La vérité ne pouvait-elle être annoncée , ni le genre humain délivTé que par ce moyen ? Savent-ils tous les secrets de Dieu , pour lui dire qu’il n’avait que cette voie de sauver les hommes ? Et qui sont-ils pour faire b loi à leur Créateur, et lui prescrire les moyens par lesquels il leur voulait appliquer sa grâce? Que si enfin on lui opposait les raisons humaines , comment uu corps en tant de lieux, comment un corps humain tout entier dans un si petit espace , il mettait en poudre toute ces machines qu’on élevait contre Dieu , en demandant comment Dieu conservait son unitédans la Trinité des personnes? Comment de rien il avait créé le ciel et la terre? Comment il avait revêtu son FUs d’une chair humaine ? Comment il l’avait fait naître d’une vierge? Comment il l’avait livré à la mort? Et comment il ressusciterait tous les fidèles au dernier jour? Que prétendait la raison humaine quand elle opposait à Dieu ces vaines difficultés, qu'il détruisait par un souffle? Ils disent que tous les miracles de Jésus- Christ sont sensibles. « Mais qui leur a dit que « Jésus-Christ a résolu de n’en point faire d’autres ? « I.orsqu'il a été conçu du Saint-Esprit dans le sein « d’une vierge , ce miracle , le plus grand de tous , à « qui a-t-il été sensible? Marie aurait-elle su ce « qu’elle allait porter dans ses entrailles, si l’ange « ne lui avait annoncé le secret divin? Mais quand « la Divinité a habité corporellement en Jésus-Christ,
• qui l’a vu ou qui l’a compris? Mais qui le voit à « la droite de son Père, d’où 11 exerce sa toute-puis- « sance sur tout l’univers? Est-ce là ce qui les « oblige à tordre, à mettre en pièces, à crucifier les
• paroles de leur Maître? Je ne comprends pas,
• disent-ils, comment il les peut exécuter à la lettre.
• Ils me prouvent bien , par cette raison , que le sens « humain ne s’accorde pas avec la sagesse de Dieu ;
• j’en conviens , j’en suis d'accord : mais je ne savais
• I. Cor. XI ,14, 2», TO. — » yc'flB. VI, 8i.
• pas encore qu'il oe fallût croire que ce qu'on <lë*
■ couvre en ouvrant les yeux , ou ce que la raison « linnuine peut comprendre'. •
Enfin quand on lui disait que cette matière n'é* tait pas de conséquence, et ne valait pas la peine de rompre la paix : • Qui obligeait donc Carlostad à
• commencer la querelle? Qui contraignait Zuingle « et OEcoIainpade à écrire? Maudite éternellement « la paix qui se fait au préjudice de la vérité*! » Par de tels raisonnements il fermait souvent la bouche aux zuiiigliens. Il faut avouer qu'il avait beaucoup de force dans l'esprit : rien ne lui n^anquait que la règle, qu'on ne peut jamais avoir que dans l'Kglise, et sous le joug d'une autorité légitime. Si Luther se fût tenu sous le joug si nécessaire à toute sorte d'esprits, et surtout aux esprits bouillants et im[>étueux comme le sien , il eût pu retranclier de ses discours ses emportements, ses plaisanteries, son arrogance brutale, ses excès, ou pour mieux dire, scs extravagances : et la force avec laquelle il manie quelques vérités n'aurait pas sorvi à la séduction. Cest pourquoi on le voit encore in\incîble, quand il traite les dogmes anciens qu'il avait pris dans ic sein de l'Eglise : mais l'orgueil suivait de près ses victoires. Cet homme se sut si bon gré d'avoir combattu avec tant de force pour ic sens propre et littéral des paroles de notre Seigneur, qu'il ne put s'empêcher de s'en glorifier : « Les papistes eux- « mêmes, dit-il sont forcés de me donner la louange « d'avoir beaucoup mieux défendu qu'eux la doc- « trine du sens littéral. Et en effet , je suis assuré « que quand on les aurait tous fondus ensemble , ils «I ne la pourraient jamais soutenir aussi fortement
• que je fais. »
Il se trompait : car encore qu'il montrât bien qu'il fallait défendre le sens littéral , il n'avait pas su le prendre dans toute sa simplicité ; et les défenseurs du sens figuré lui faisaient voir que s’il fallait suivre le sens littéral, la transsubstantiation gagnait Je dessus.
C’est ce que Zuingle , et en général tous les défenseurs du sens figuré, démontraient très-clairement *. Ils remarquent que Jésus-Christ n'a pas dit : Mon corps est ici, ou Mon corps est sous ceci et avec ceci, ou Ceci contient mon corps ; mais simplement, Ceci est mon corps. Ainsi ce qu’i) veut donner à ses fidèles n'est pas une substance qui contient son corps ou qui l'accompagne, mais son corps sans aucune autre substance étrangère. Il n’a pas dit non plus : Ce pain est mon corps; qui est l’autre explication de Luther ; mais il a dit , Ceci est mon corps , par un terme iiid^ni, pour montrer que la substance qu’il donne n'est plus du pain , mais son corps.
Et quand Luther expliquait : Ceci est mon corps, c’est-à-dire, Ce pain est mon corps réellement et sans fgure, i) détruisait sans y penser sa propre doctrine. Car on peut bien dire avec l’Eglise que le pain devient le corps ; au même sens que saint Jean dit que Veau fut faite vin aux noces de Cana en Ga-
• Serwt» suod vrrha tient, fbid. — * Ibid. — 1 Kp. Lut A. ap. Hotp. î. pari, ad an. /• m. — • Hotpitt. ad an. 1627. /. 49. etc.
lilée', c’est-à-dire, par le changement de l’un en l'autre. Oii p<‘ut dire pareillement que ce qui est pain en apparence est en effet le corps de notre Seigneur ; mais que du vrai pain, en demeurant tel, fût en même temps le vrai corps de notre Seigneur, comme Luther le prétendait , les défenseurs du sens figuré lui soutenaient , aussi bien que les c-atholiques, que c'est un discours qui n’a point de sens, et concluaient qu'il fallait admettre , ouavec eux un simple changement moral, ou le changement de substance avec les papistes.
C'est pourquoi Bèze soutient aux luthériens, dans la conférence de Montbéliard, que des deux explications qui s’arrêtent au sens littéral, c’est-à-dire, de celle des catholiques et de celle des luthériens, c'est celle des catholiques qui s'éloigne le moins des paroles de l'institution de la cène, si on les veut exposer de mot à mot *. Il le prouve par cette raison, que* les transsubstantlateurs disent que par la vertu
• de ces paroles divines, ce qui auparavant était « pain ayant cliangé de substance, devient incon-
■ tinent le corps même de Jésus-Christ, afin qu'en > cette fai^on cette proposition puisse être véritable, « Ceci est mon corps. Au lieu que l'exposition des « consubstantiateurs , disant que ces mots , Ceci est « mon corps, signifient, Mon corps eetesseoUelle- « ment dedans , avec ou sous ce pain , ne déclare pas
• ce que le pain est devenu , et ce que c'est qui est
■ le corps, mais .seulement où il est. •
Cette raison est simple et intelligible. Car il est clair que Jésus-Christ ayant pris du pain pour en faire quelque diose, il a dû nous déclarer quelle chose il en a voulu faire; et il n'est pas moins évident que ce pain est devenu ce que le Tout-Pui.ssanC en a voulu faire. Or ces paroles font voir qu'il en a voulu faire son corps , de quelque manière qu'on le puisse entendre, puisqu'il a dit : Ceci est mon corps. Si donc ce pain n’est pas devenu son corps en figure, il l'est devenu en effet; et on ne peut se défendre d’admettre ou le changement en figure, ou le changement en substance.
Ainsi, à n’écouter simplement que la parole de Jésus-Christ , il faut passer à la doctrine de l'Eglise; et Bèze a raison de dire qu’elle a moins d'inconvénient quant à la manière de parler ^ , que celle des luthcrieos , c’est-à-dire qu'elle sauve mieux le sms littéral.
Calvin confirme souvent la mênie vérité* ; et pour ne nous point arrêter au sentiment des particuliers , tout un synode de zuingliens l'a reconnue.
I C’est le synode de Czenger, ville de Pologne , rapj porté dans le recueil de Genève*. Ce synode, après j avoir rejeté la transsubstantiation papistigue, montre que la consubstantiation luthérienne est insoutenable, parce que « comme la baguette de
■ Moïse n'n paseté serpent ^anstranssubstuntialion , «et que l’eau n’a pas été sang en Eg)ptc, ni vin
• dans les noces de Qma, sans changement; ainsi « le pain de la cène ne peut être substantiel lemeat
' Joan. U, 9. — ' Conf. de Montb. tmp. à €en. 1687, f. U. I * Ibid. — 4 InstiL tib. 4. r. 17. n. 30. etc. » * Syn. Cxeng. I lit. de Cten.. in tynt. Cca. part.
SI
DES VARIATIONS, UV. II
• le corps de Oliri^l , s’il nest changé en sa chair, « en perdant ki forme et U substance de pain. »
C'est le bon sens qui a dicté cette décision. En etrVt , le |Kiin, en demeurant pain , ne peut non plus être le corps de notre Seigneur, que la baguette demeurant baguette pût être un serpent, ou que reaii demeurant eau pût être du sang en Egypte , et du vin aux noces de Cana. Si donc ce qui était pain devient le corps de notre Seigneur, ou il le devient en figure par un changement mystique, suivant la doctrine dis /.uingio , ou U le devient en effet par un cliangcment réel , comme le disent les catholiques.
Ainsi F.ulher, qui se glorifiait d’avoir loi seul mieux défendu le sens littéral que tous les théologiens catholiques, était bien loin de son compte, puisqu’il n’avait pas môme compris le vrai fondement qui nous aitaclie à ce sens, ni entendu la nature de ces propositions qui o])èrcnl ce qu’elles énoncent, Jésus-Christ dit a cet homme : lon fds est rican/*; Jésus-t^jrist dit à celte femme : Tu es guérie de ta maladie * : en parlant , U fait Ce qu il dit; la nature obéit, les choses changent, et la nialo<le devient salue. Mais les paroles oii il ne s’agit que de choses accidentelles , comme sont la santé
et la maladie, n'opèrent aussi que des changements
accidentels. Ici où il s’agit de substance, puisque Jésus-Christ a dit, Ceci est nio» corps, ceci est man sang^ le changement est Bulwtanliel ; et, par un effet aussi réel qu’il est surprenant, la substance du pain et du vin e.st changée en la substance du corps et du sang. Par conséquent, lorsqu on suit le sens littéral , il ne faut pas croire seulement que le corps de Jésus-Christ est dans lemv'Stère, mais encore qu’il en fait tonte la substance; et c’est
quoi nous conduisent les paroh*s mômes, puisque Jésus-Christ n’a pas dit, Mon corps est ici, ou Ceci contient mon corps ; mais Ceci est mon corps : et il ii'a pas môme voulu dire. Ce jtain est mon corps, niais Ceci indéfiniment : et de môme que s’il avait dit lorsqu'il a changé l'eau en vin : (‘e f/uon va t'ous donner à boire, c’est du rm, i) ne faudrait pas entendre qu’il aurait conservé ensemble et l’eau et le vin : mais qu’il auroit changé l’eau en vin : ainsi , quand U prononi'e que ce qu'il présente est son c«ri>s, il ne faut nullement entendre qu’il môle son corps avec le iwin, mais qu’il change effectivement le pain en son corps. Voilà où nous menait le sens littéral , de l’aveu môme des zuingliens, et ce que jamais Luther n’avait pu entendre.
Faute de l’avoir entendu, ce grand défenseur du sens littéral tombait nécessairement dans une espèce de sens figuré. Selon lui, Ceci est mon corys, voulait dire, Ce pain contient mon corps, ou ce pain est uni avec mon corps; et par ce moyen les r.uingliens le forçaient à reconnaître dans cette expression la figure grammaticale, qui met ce qui contient pour ce qui est contenu, ou la partie pour le tout’. Puis ils le pressaient en celte sorte :
» JiMtH. IV. Ml, 6t. — * Luc. XIII, 12- — * Cid. Uotp. i. part. 12, 36. 47. 61, 70,
S’il VOUS est permis de reconnaître dans les paroles de l'institution la figure qui met la partie pour le tout, pourquoi nous voulez-vous eiu(iôcher d’y reconnaître la figure qui met la chose pour le signe ? Figure pour figure, la métonymie que nous recevons vaut bien la synecdoque que vous admettez. Ces messieurs étaient humanistes et grammairiens. Tous leurs livres furent bientôt remplis de la synecdoque de Luther et de la métonymie de Zuingle : il fallait que les protestants prissent parti entre ces deux figures de rhétorique ; et il demeurait pour constant qu’il n'y avait que les catlioliques qui , également éloigné.s de i'iine et de l’autre , et ne connaissant dans l'eucliaristie ni le pain, ni un simple signe, établissaient purement le sens littéral.
On voyait ici la différence qu’il y a entre les doctrines qui sont introduites de nouveau par des auteurs p.articulior8 , et celles qui viennent naturellement. lAi chniigemrnt de substance avait rempli , comme par liii-môme, l’Orient et l’Occident, entrant dans tous les esprits avec les paroles de notre .Seigneur, sans Jamais causer aucun trouble , et sans que ceux qui l’ont cru aient jamais été notés par l’Église comme novateurs. Quand il a été contesté, et qu’oQ â voulu détourner le sens littéral avec lequel il avait passé par toute la terre, nonseulement l’Eglise est demeurée ferme, mais encore on a vu ses adversaires combattre pour elle , en se combattant les uns les autres. Luther et ses sectateurs prouvaient invinciblement qu'il fallait retenir le sens littéral : Zuingle et les siens no prouvaient pas avec moins de force, qu'il ne pouvait être retenu sans le changement de substance : ainsi ils ne s'accordaient qu'à se prouver les uns aux autres que l'Eglise, qu’ils avaient quittée, avait plus de raison que chacun d’eux : par je ne sais quelle force de la vérité , tous ceux qui l'abandonnaient en conservaient quelque cho.se; et l’Eglise, qui gardait le tout, gagnait la victoire.
Delà il suit clairement que l’iiiterprétation dos catholiques, qui admettent le changement de substance, est la plus naturelle et la plus simple; et parce qu'elle est suivie par le plus grand nombre des clirctiens, et parce que, des deux qui la combattent de différentes manières, l'un, qui est Luther, ne s’y est opposé que par esprit de contradiction, cl en dépit de l’Eglise; et l’autre, qui est Zuingle, demeure d’accord que s’il faut recevoir avec Luther le sens littéral , il faut au.ssi recevoir avec les catholi<|ues le changement de substance.
Dans la suite, les luthériens une fois engagés dans l’erreur, s’y sont affermis par cette raison, que c'est détruire le sacrement que d’en ôter, comme nous faisons, la substance du pain et du vin. Je suis obligé de dire que je n’ai trouvé cette raison dans aucun écrit de Luther; et en effet elle est trop faible et trop éloignée pour venir d’abord dans l’esprit ; car on sait qu’un sacrement, c’est-àdire un signe, consiste dans ce qui parait, et non pas dans le fond ni dans la substance. Il ne fut pas nécessaire de montrer à Pharaon et sept vaches et sept épis effectifs, pour lui nnrquer la fertilité et
IIISTOIHF
la stérilité des M^pl années* : l'image qui l'en forma dans son esprit fut trèS'Suffisante pour cela. Et s'il faut en Tenir à des choses dont les yeux aient été frappés , afin que la colombe nous représentât te Saint-Esprit, et avec touto sa douceur le chaste amour qu'il inspire aux âmes saintes, il importait peu que ce fût une véritable colombe qui descendit visiblement sur JésusChrist*; il suGQsait quVlle en eût tout l'extérieur : de même , afin que l’eucharistie nous marquât que Jésus-Christ étnit notre pain et notre breuvage, c'était assex que les carnetères de ces aliments et leurs effets ordinaires fussent conservés : en un mot, c'était assez qu'il n'y eût rien de changé à l'égard des sens. Dans les signes d'institution , ce qui en marque la force, c'est l'intention déclarée par la parole de rinslitutcur : or en disant sur le pain. Ceci est tnon corps ^ et sur le vin. Ceci est u%on sang ^ et paraissant en vertu de ces divines paroles actuellemeut revêtu de toutes les apparences du pain et du vin , il fait voir assez clairement qu'il est vraiment nourriture, lui qui en a pris la ressemblance et nous apparaît sous cette forme. Que s'il faut de vrai pain et de vrai vin alin que le sacrement soit réel, c'est aussi de vrai pain et de vrai vin que l'on consacre, et dont on fait, en les consacrant, le vrai corps et le vrai sangdu Sauveur. Le changement qui s'y fait dans l'intérieur, sans que l'exUrieur soit changé, fait encore une partie du sacrement, c'est-à-dire, du signe sacré; parce que ce changement, devenu sensible par la parole, nous fait voir que la parole de Jésus-Christ opérant dans le chrétien, il doit être très-réellement, quoitiue d'une autre manière, changé au dedans, en ne retenant que l'extérieur d'uo homme vulgaire.
Par là demeurent expliqués les passages où l'eudiaristie est appelée pain , même après la consécration , et cette difficulté est clairement résolue par la règle des changements et par la règle des apparences. Par la règle des changements, le pain devenu corps est appelé pain , conune dans l'Exode la verge devenue couleuvre est appelée veigc , et l’eau devenue sang est appelée eau On se sert de ces expressions pour faire voir tout ensemble et la cJiose qui a été faite, et la matière qu'on a employée pour la iaire. Par la règle des apparences, de même que dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, les anges qui apparaissaient en figure humaine sont appelés tout ensemble, et anges, parce qu'ils le sont, et hommés, parce qu’ils le paraissent : ainsi l'eucharistie sera appelée, et corps, parce qu’elle l'est; et pain, parce qu'elle le parait. Que si l'une de ces raisons suffît pour lui conserver le nom du pain sans préjudicier au changement , le concours de toutes les deux sera bien plus fort. Et il ne faut s'imaginer aucun embarras à discerner la vérité parmi ces expressions différentes : car enfin, lorsque l'flcriture sainte nous explique la même clnise par des expressions diverses pour ôter toute sorte d'ambiguïté, U y a toujours l'endroit principal auquel i)
XII, 8, 9, &,«. — * MaUh. ni, Ii3. — ^ Exod. vif,
18, la.
faut réduire ies autres , et où les choses sont exprimées telles quelles sont en termes précis. Que ces anges soient appelés hommes en quelques endroits, il y aura un endroit où l’on verra clairement que ce sont des anges. Que oe sang et cette couleuvre soient appelés eau et verge , vous trouverez l'endroit principal où le changement sera marqué; et c'est par là qu'il faudra définir la chose. Quel sera l'endroit principal par lequel nous jugerons de l'eucharistie si ce n'est celui de l'institution , où Jésus- Christ l'a fait être ce qu'elle est? Ainsi quand nous voudrons la nommer par rapport à ce quelle a été et à ce qu'elle parait, nous la pourrons appeler du pain et du vin : mais quand nous voudrons la nommer par ce c|u'elle est en elle-même, elle n'aura point d'autre nom que celui de corps et de sang ; et c'est par là qu'il la faudra definir, puisque jamais elle ne peut être que ce qu'elle est faite par les paroles toutes-puissantes qui lui donnent l'être. Luthériens et zuingliens, vous expliquez contre la nature le lieu principal par les autres ; et sortant tous deux de la règle, vous vous éloignez encore plus les uns des autres, que vous ne l’êtes de l'Eglise , que vous aviez principalement en butte ; l'Eglise qui suit l'ordre naturel et qui réduit tous les passages où il est parlé de l'eucharistie à celui qui est sans contestation le principal et le fondement de tous les autres, tient la vraie clef du mystère, et triomphe non-seulemeut des uns et des autres, mais encore des uns par les autres.
En effet, durant ces disputes sacramentaires, ceux qui se disaient réformés, maigré'riotérét commun qui les réunissait quelquefois en apparence, se faisaient entre eux une guerre plus cniella qu’à rf^lise même, s'appelant mutuellement des furieux , des enragés, des cscLives de Satan, plus ennemis de la vérité et des membres de Jésus-Christ, que le Pape même , ce qui était tout dire pour eux.
Cependant l'autorité que I.oither voulait conserver dans la nouvelle réforme , qui s'était soulevée sous ses étendards, s'avilissait. Il était pénétré de douleur; et la fierté qu'il témoignait au dehors n’empêchait pas raccablcment où il était dans le cœur : au contraire , plus il était fier, plus il trouvait insupportable d'élre méprisé dans un parti dont il voulait être le seul chef. Le trouble qu’il ressentait |»assait jusqu'à Melanciiton. « Luther me «cause, ditU *, d'étranges troubles par les Ion- « gués plaintes qu'il me fait de ses affiictioiu. 11 « est abattu et défiguré par des écrits qu'on ne «I trouve pas méprisables. Dans la pitié que j'ai de « lui, je me sens aflligé au dernier point du trou- « ble universel de l'Eglise. Le vulgaire incertain se « partage en des sentiments contraires ; et si Jé- « sus-Christ n'avait promis d'être avec nous jusqu’à « la consommation des siècles , je craindrais que la • religion ne fût tout à fait détruite par ces dis- « sensions : car il n'y a rien de plus vrai que la
I Lnlh. ad Jar. Pnep. Brtm. Hotp, n. XnM. Conf. ibid. M. ZuiKg. rttp, ad Luth, Hatp, 44. — * Lih. iv, «p 7t. ad Carnet.
DES VAKIATIONS, UV. II.
• uot«nee qui dit que la Térité nous échappe par « trop de disputes. <*
Ëtranae agitation d'un hoinnie qui s'attendait à voir l'Eglise réparée, et qui la voit prête a tomlter par les moyens qu'on avait pris pour la rétablir! Quelle couMlation pouvait-il trouver dans les promes.ses que Jésus-Christ nous a faites d'étre toujours avec nous? C'est aux catholiques à se nourrir de cette foi, eux qui croient que jamais l'Eglise ne peut être vaincue par l'erreur, quelque violente que soit l'attaque, et qui en effet l'ont trouvée toujours invincible. Mais'conmient peut-on s'attacher à cette promesse dans la nouvelle réforme, dont le premier fondement, quand elle rompait avec l'Église, était que Jésus-Christ l'avait délaissée jusqu'à la laisser tomber dans l'idolâtrie? Au reste, quoiqu'il soit vrai que la vérité demeure toujours dans l'Eglise, et s'y épure d'autant plus qu’elle est plus violemment attaquée , .Melanchton avait raison de penser qu’a force de disputer elle échappait aux particuliers. 11 n'y avait point d'erreur si prodigieuse où l'ardeur de la dispute n’entralnàt l'esprit emporté de Luther. Elle lui üt embrasser cette monstreuse opinion de l'ubiquité. Voici les raisonnements dont il appuyait cette étrange erreur. L’humanité de notre Seigneur est unie à la divinité ; donc l'humanité est partout aussi bien qu'elle. Jésus-Christ comme homme est assis à la droite de Dieu : la droite de Dieu est partout; donc Jésus-Christ comme homme est partout. Comme homme il était dans les deux avant que d’y être monté. Il était dans le tombeau quand les anges dirent qu'il n’y était plus. Les zuingliens excédaient en disant que Dieu même ne pouvait pas mettre le corps de Jésus-Christ en plusieurs lieux. Luther s'emporte à un autre excès, et il soutient que ce corps était nécessairement partout. Voilà ce qu'il enseigna dans un livre dont nous avons déjà parlé, qu’il fit en 1027, pourdéfendre le sens littéral ; et ce qu’il osa insérer dans une Confession de foi qu’il publia en 1528, sous le titre de Grande Confession de foi '.
Il dit dans ce dernier livre qu’il importait peu de mettre ou d’ùter le pain dans l’eucharistie: mais qu'il était plus raisonnable d'y reconnaître un imtii charnel et du cin sanglant : panis eanieus,et pinum sanguineum. C'était le nouveau langage p.vr lequel il exprimait l'union nouvelle qu'il mettait entre le pain et le corps. Ces paroles semblaient viser à l’impanation, et il en échappait souvent à T.uthcr qui portaient plus loin qu'il ne voulait. Mais du moins elles proposaient un certain mélange de pain et de chair, de vin et de sang, qui paraissait bien grossier, et qui fut insupportable à Melanchton. ■ J'ai, dit-il ■, parlé à Luther de ce mélange
• dn pain et du corps qui parait à beaucoup de
• gens un étrange paradoxe. Il m'a répondu déci- « sivement qu'il n’y voulait rien changer; et moi
• je ne trouve pas à propos d’entrer encore dans . cette matière. ■ C’est-à-dire, qu'il n’était pas du sentiment de Luther, et qu'il n'osait le contredire.
• 5rrni. fjvoà vfvha tient, i. III. Jen. tnaj. t. !T. Jen. CclUx. Jud. «. 49»tMq. — ’ i*. \y,ep. 70t i»oucET. — Toin rr.
SI
Cependant les excès où Ton s’emportait de pai\ et d'autre dans la nouvcHe réforme la décriaient parmi les gens de bon sens. Cette seule dispute renversait le fondement commun des deux partis. Ils croyaient pouvoir finir toutes les disputes parl'K* criture toute seule, et ne voulaient quelle pour juge; et tout le monde voyait qu'ils disputaient sans lin sur cette Crriture, et encore sur un des passages qui devait être des plus clairs, puisqu'il s'y agissait d'un testament. Ils se criaient l'un a l’autre : Tout est clair, et il n'y a qu'à ouvrir les yeux. Sur celte évidence de l'Écriture, Luther ne trouvait rien de plus hardi ni de plus impie que de nier le sens litlerni ; et Zuingle ne trouvait rien de plus absurde ni de plu.s grossier que de le suivre. Érasme, qu'ils voulaient gagner. leur disait avectou.s les catlioiiqués : Voii.s en appelez tous à la pure parole de Dieu , et vous croyez en être les interprètes véritables : accordez-vous donc entre vous, avant que de vouloir faire la loi au monde Quelque mine qu’ils flssent, ils étaient honteux de ne pouvoir convenir, et ils pensaient tous au fond de leurctturce que Calvin écrivit un jourà Melanclw tnn , qui était son amî .* « Il est de grande impor* « tance qu’il ne passe aux siècles à venir aurmi
• soupçon des divisions qui sont parmi nous : car •> il est ridicule au delà de tout ce qu’un peut .s’i>
• maginer, qu'aprc.s n\oir rompu avec tout le monde,
• nous nous accordions si peu entre nous dès le « commencement de notre réforme ». *
Philippe, landgrave de Hesse, très-zélé pour le nouvel Évangile, avait prévu ce désordre, et dès les premières anncM du différend , il avait tâché de l’accommoder. Aussitôt qu'il vit le parti assez fort, et d'ailleurs menacé par l’empereur et les catholiques, il Commença à former des desseins de ligue. On oublia bientôt les maximes que Luther avait données pour fondement à sa réforme , de ne chercher auctin appui dans les armes. Sous prétexta d'un traité imaginaire qu'on disait avoir été fait entre George, duc de Saxe, et les autres princes ca- .•holiques pour exterminer les luthériens , ceux • ci avaient pris les armes L’affaire à la vérité fut accommodée : le landgrave se contentades grosses sommes d'argent que quelques princes ecclésiastiques furent obligés de lui donner, pour le dédommager d’un armement que lui-inéme reconnaissait avoir été fait sur de faux rap|)orl.s.
Meinnchton , qui ii'approuvait pas cette conduite, ne trouva point d'autre excuse au landgrave, sinon qu'il ne voulait pas f.iire paraître qu'il eût été trompé; et il disait, pour toute raison, qu’une mauvaine honte l'avait fait agir Mais d’autres pensées le troublaient beaucoup davantage. On s’était vanté dans le parti qu'on detruir.iit la papauté sans faire la guerre et sans répandre du sang. Avant que ce tumulte du landgrave arrivât, et un peu après la révolte des paysans. Melanchton avait écrit au landgrave qu'il valait mieux tout endurer que
> Lih. XWI.3.XJX, a, 113, xtxi. 5».p. SIM.eCc. — * Cttivn ep. ad Mti. p. 1 4S; — » $ieid. Hb. VI , fJ. Met tik. iv, ep. 70 — * J/c/, /lé. IV. ep *0.
BISTOIBE
donner pour la ennse île l'ÊmnijUe ' . Et inaintonant il se trouvait que ceux qui avaient tant fait les fiaciUques , étaient les premiers à prendre les armes sur un faux rapport ^ eomine Melancliton le reconnaît *. C'est aussi ce qui lui fait ajouter : ■ Quand je • considère de quel scandale la lionne cause sa être « cliarpce, je suis presque accable de celte peine. » l.ullier fut bien élorqné de ces sr-ntiiucnU. Encore qu'il fdt constant en Alleniasne , et que les auteurs même protestants en soient d'accord que ce prétendu traite de George de Save n'était qu'une illusion, Luther voulut croire qu'il était véritable; et il écrivit plusieurs lettres et plusieurs libelles où il s'emporte contre ce prince jusqu'à lui dire qu'il était /- plus fou de tous les fous; un Moab orgueilleux , gui eHlreprettaU toujours au-dessus de ses forces J : aiuutant qu'il prierait Dieu contre lut. Après quoi ilaoert'traitlesprincesd'i\sr.um-Sf.n uE telles «ENS, gui coulaient voir toute l'.ltleoiagne en sang : c'était à dire , que , de peur de la voir en ce triste état, les luthériens l'y devaient meure, et commencer par evlerminer les princes qui s'opposaient à leurs desseins.
Ce George duc de .Saxe, que Luther traite si mal, était autanlcontraireaux luthériens, que son parent l'électeur leur était Livorable. Lutlier prophélis.iit contre lui de toute sa force , sans considérer qu'il était de la famille de ses ilialtres ; et on voit qu'il ne tint pas à lui qu'on «'accomplit ses prophéties à coups d'épée.
Cet armement des luthériens, qui avait fait trembler toute l'Allemagne en 1128, les rendit si (iers, qu'ils se crurent en état de protester ouvertement contre le décret publié contre eux rannée d'apres dans la dicte de .Spire, et d'en appeler à l'empereur, au futur concile général , ou à celui qu'ou tiendrait en Allemagne. Ce fut en celle occasion qu'ils se réunirent sous le nom de |irotestauts> : mais le landgrave, le plus prévoyant et le plus caiiable aussi bien que le plus vaillant de tous, conçut que la diversité des sentiments serait un obstacle éternel à la parfaite union qu'il voulait établir dans le parti. Ainsi dans la meme année du décret de Spire il menagea la conférence de Marpnurg «, où il lit trouver tous les chefs de la nouvelle réforme, c'esta-dire Luther, Osiandre et Melanchlon d'un côté ; Zuingle, üEcolampade et Bucer de l'autre, s;ms compter les autres qui sont moins connus. Luther et '/.uiiigle parlaient seuls : car déjà les luüiériens ne parlaient point où Luther était, et Melanchlon avoue franchement que lui cl ses compagnons furent des personnages muets, t On ne songeait pas alors à s'amuser les uns les autres par des explications équivoques , comme on fil depuis. La vraie Iirésence du corps et du sang fut nettement posée d'un côté , et iiit-e de l'autre On entendit lies deux côtés qu'une présence én figure et une présence par foi n'éUit pas une vraie présence de Jé-
• /.iS. lit, ip. H. - > ti’i't iP< ïfri/f. C'Ayl. in Saxon, art an. /wj. —
,p. nd y,nr*t. hÿnc. p. *11. 1. vil. et ap. Sdx. P-
tp. tfb - ad UH. K.2a. deevU. ifurp.
siis-Christ e mais une présence morale « une scncc improprement dite, et par métaphure. On con\inl en .'ip{>arence de tons les articles, à la ré* serve de celui de l'eudiaristie. Je dis eu apparence, car il paraity par deux lettres que MelancJiton écri* vit durant le colloque [>our en rendre compte à ses princes, qu'on tie s'entendait guère dans le fond.
• découvrîmes, dit*il * , que nos adversaires « entendaient fort peu la doi'tnnede Luther, encore « qu'ils Ucliassent d'imiter son langage; » c'esl*à* dire, qu'on s’accordait |»nr complaisance et en pa> rôles, îans se bien entendre en effet ; et il était vrai que />iiingle n'avait jamais rien compris dans la doc* trille de Luther sur les sacrements , ni dims sa jus* tiee imputée. On accusa aussi ceux de Strasbourg, et Bucer qui en était le pasteur, de n'avoir pas de bons sentiments * , c’est ii*dire, comme on t'enten* dait des sentiments assez luthériens sur cette ma* tière; et il y parut dans la suite, comme nous verrons bientôt. Cest que Ziiingle et ses compagnons ne se mettant guère en peine de toutes ces choses , en disaient tout ce. qu’il plaisait à Luther, et à vrai dire n’uvaient en tête que la question de la présence réelle. Quant à ta manière de traiter les choses, Luther parlait avec hauteur, selon sa coutume. Zuingle montra beaucoup d'ignorance, jusqu'à demander plusieurs fois comment de méchants prétrès poucaient faire une chose sacrée^. Mais Luiher le releva d'une étrange sorte, et lui fit iûeii voir par l'exemple du baptême, qu'il ne savait ce qu'il disait. Lorsque Zuingle et ses compagnons virent qu'ils ne pouvaient persuader à Luther le sens figuré, ils le prièrent du moinsde vouloir bien les tenir pour freres. Mais ils furent vivement repoussés. « Quelle fraternité me demandez-vous, leur € disait-il si vous iiersistez dans votre créance?
• C'est signe que vuus en doutez, puisijue vous « voulez être frères de ceux qui la rejettent. «Voilà comme finit la conférence. On se promit pourtant une charité mutuelle. Luther interpréta cette charité de celle qu'on doit aux ennemis , et non pas de celle qu'on doit aux personnes de même communion. lU frémUsaient , disait-il , de se voir traiter d'/tércligues. On convint pourtant de ne plus écrir* les uns contre les autres ; mais pour leur donner, poursuivait Luther, le temps de se reconnaitre.
Cet accord tel quel ne dura guère: au contraire, par les récits différents qui se firent de la conférence, les esprits s'aigrirent plus que jamais : Luther regarda comme iin artifice la proposition de fraternité qui lui fut faite par les zuingliens, et dit « que Satan régnait tellement en eux. qu'il n'était
• plus en leur pouvoir de dire autre chose que des > mensonges »
• Mcl. rp. ad FJ. Saxon, et ad Hfnr. Dneem. Sax. thU. et ap. Luth. t. IT. Jen. — • thid. — • th*d. — * Luth.
Fnep. Bremeas. Ibid.— * Ibid.
DES VARIATIONS, LIV. III