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niîs VAnuTroNS, liv. xv.
i( force nn peu ses W*es; car au lieu que dans les Préjugés il mettait naturellement dans le corps de l'fi- (dise universelle toutes les sectes quelles qu'elles fussent sans exception ; dans le Système il y ajoute ordinairement ce correctif, rf« moins celtrs gui eonserrent les points fondamentaux' : ce qu'il explique de la Trinité, et des autres de pareille conséquence. Parlé il semblait restreindre ses propositions générales ; mais à la fin , entraîné par la force de son principe, il rompt, comme nous verrons, toutes les barrières que la politique du parti lui imposait, et il reconnaît à pleine bouche que les vrais fidèles se pciivi'nt trouver dans la communion d’une tglise aocinienne.
Voilà riiistoire de l'opinion qui compose l'Eglise catholique des communions séparées. Elle parait devoir prendre une grande autorité dans le parti protestant , si la politique ne l'empéclie. la-s disciples de (’alixte se multiplient parmi les luthériens. Pour ce qui regarde les calvinistes , on voit clairement que le nouveau système de l'Ëglise y prévaut : et comme M. Jurieu se signale parmi les siens en le défendant, et que nul n'en a mieux posé les principes, ni mieux vu les conséqueuees , on n'en peut mieux faire voir l'irrégularité qu'en racontant le désordre oit ce ministre est jeté par cette doctrine, et ensemble les avantages qu'il donne aux catholiques.
Pour entendre sa pensée à fond, il faut présupposer sa distinction de l'Ivglise considérée selon le corps, et de l’Église considérée selon l'ânja’. I.a profession du christianisme suffit i«ur faire partie du corps de l'Église; ce qu’il avance contre M. Cbude, qui ne compose le corjis de l'É-glise que de vrais fidèles ; mais pour avoir part à l’àme de l'Église , il faut être dans la grâce de Dieu.
Cette distinction supposée, il est question de savoir quelles sectes sont simplement dans le corps de rÉglise, et qiiellee sont celles où l'on |^t parvenir jusqu'à participer à son âme , c’est-à-dire à la charité et à la grâce de Dieu : c'est ce qu'il explique assez clairement par une histoire abrégée qu'il fait de l'Éq;lise. Il la commence par dire qu'elle se gâta après te troisième siècle^ : qu’on retienne cette date. Il passe par-dessus le quatrième siècle , sans l'approuver ni le blâmer; • Mais, poursuit-il, dans
• le cinquième, le six, le sept et le huit, l'Église
• adopta des divinités d’un second ordre , adora les
• reliques , se fit des im.ages , et se prosterna devant
• elles jusqtw dans les temples ; et alors devenue
• malade , difforme , ulcéreuse, elle était néanmoins ■ vivante : - de sorte que l’âme y était encore ; et ce qu’il est bon de remarquer, elle y était au milieu de l'idolâtrie.
Il continue en disant que • l'Église universelle
• s’est divisée en deux grandes parties, l'Église grec-
• que et l’figlise latine. L'figlise grecque, avant ce
• grand schisme, était déjà subdivisée en nestoriens,
• en eutyehiens, en melchites, et en plusieurs au-
• très sectes : l'Église latine, en papistes, vau-
• SgtI. i>. tvi . f (f. - ■ Fiej. IVj. c. l Stsl. I l, r. L —
• Feÿ. b.
« dois, hiissites, tahoriites, luthérirns, calvinist««
■ et anabaptistes'; » et il décide que • c’est une er>
« reiir de s’imaKîner que toutes ces différentes par>
• ties aient absolument rompu avec Jésus^^îst, en « rompant les unes avec les autres *. ■
Qui ne rompt pas avec Jésus*€}irist ne rompt pas avec le salut et la vie; aussi compte-t-il ces sociétés parmi les sociétés vivantes. Les sociétés mortes, selon ce ministre, sont « celles qui ruinent )e
■ fondement, c’est-à-dire, la Trinité , l'incarnatioD ,
« la satisfaction de Jésus-Christ , et les autres ar- « ticles semblables; mais il n’en est pas ainsi des
• Grecs, des Arméniens, des Coplites, des Abys-
• sins, des Russes, des papistes et des pcotes-
• tants. Toutes, ces sociétés dit-iP , ont formé l’É-
• glise.et Dieu y conserve ses vérités fondomeii-
• taies. *
Il ne sert de rien d’objecter qu’elles renversent ces vérités par des conséquences tirées en bonne forme de leurs principes, parce que, comme elles désavouent ces conséquences, on ne doit pas, selon le ministre^, les leur imputer : ce qui lui fait reconnaître des élus jusque d»c2 les eutyehiens^ qui confondaient les deux natures de Jésus-Christ; et parmi les nestoriens, qui en divisaient la personne. " Il n’y a pas lieu de douter, dit-il que Dieu ne
• s’y conserve un résidu selon l'élection de la
' grâce; ■ et, de peur qu’on ne s’imagine qu’il y ait plus de difficulté pour l’Église romaine que pour les autres, à cause qu'elle est, selon lui, le royaume de l'AntecItrist, il satisfait expressément à ce doute, en assurant f/u'f/ f conaen^ des é/us dans k régne de V Sntechrist et jusque dans le sein de
llabylone.
Le ministre le prouve partes paroles : Sortez de Itabylone , mon peuple. D’où il conclut que le peuple de Dieu, c'est-à-dire ses élus, y étaient donc. Mais,
I pounuit-ih, il rt'y était pas comme ses élus sont en ' quelque fa<^on parmi les païens, d'où on les tire; car Dieu n’appelle pas son peuple des gens gui sont en état de damnation : par conséquent les élus qui se trouvent dans Babylone sont absolument hors de cet état, et en état de grâce. « 11 est, dit-il, plus clair « que le jour que Dieu, dans ces paroles, .Sortez de
• /fabyfone, mtm peuple j fait allusion aux Juifs de « la captivité de Babylone , qui constamment en « cet état ne cessèrent pas d’être Juifs et le peuple
• de Dieu. •
Ainsi les Juifs spirituels et fe vrai Israélde c’est-à-dire ses véritables enfants, se trouvent dans la communion romaine, et s'y trouveront jusqu’à la fln ; puis<|u’il est clair que cette sentence : Sortez de Babylone , mon peuple 9 , se prononce même dans In chute et dans la désolation decette Babylone mystique qu’on veut être l’Église romaine.
Pour expliquer comment on s’y sauve, le ministre distingne deux voies : la première, qu’il a prise de M. Claude, est la voie de séparation et de discernenient, lorsqu'on est dans la communion d’une
• Pag. S. — • /». 6 — » Sgst. p. 147, 14». — * Ibid. p. ISb. —
• PriJ. e. I, p. Irt. — • t’fci »apra. — ’ Sgat. p. 146. — • 4«t. VI. I*. — • MfnsC. XVIII, 4.
msToiBï:
Bans participer à ses erreurs et à ce qu'il y u (le mauvais dons ses pratiques. Ij] seconde, qu'il n ajoutée à celle de M. Claude, est la voie de tolérance du c^té de Dieu, lorsqu'en vue des vérités fondamentales que l'on conserve dans une communion , Dieu pardonne les erreurs qu'on met par-dessus.
Savoir s'il nous faut comprendre dans c(dte dernière voie, il s’en explique clairement dans le Système, où il déclare les conditions sous lesquelles on peut espérer de Dieu quelque tolérance dans les sectes qui renoersent le.fandement par leur addition^ sansl'ôlerjHiurlarU*. On voit bien par ce qui vient, d'étre dit, que c'est de nous et de nos semblables qu'il entend parler; et la condition sous laquelle il accorde qu'un se peut sauver dans une secte de cette nature, c'est ■ qu’on y communique de bonne • foi, croyant qu’elle a consené l'essence des sa« « crements, et quelle n'oblige à rien contre la cons-
> cience : * ce qui montre que , loin d'obliger ceux qui demeurent dans ces sortes d'en rejeter la doctrine pour être sauvés, ceux qui y peuvent le plus tôt être sauvés sont ceux qui y demeurent du la meilleure foi , et qui sont le mieux persuadés tant de la doctrine que des pratiques qu’on y observe.
Il est vrai qu'il semble ajouter deux autres condition à celle-là : l'une , d'étre engagé dans ces sectes par sa naissance • ; et l’autre, de ne pouvoir communier dans une société plus pure , ou parce qu'on n'en connaît pas, ou parce qu'on n’est pas en état de rompre avec la société où l'on sc trouve Mais il passe plus avant dans la suite; car après avoir proposé la question s'il est permis d'étre tantôt yrec.^ tantôt latin, tantôt réformé, tantôt papiste, tantôt ediviniste , tantôt luthérien, il répond que non , lorsqu’on fait profession de croire ce qu’en effet on ne croit pas. Mais si > on passe d'une secte « à l'autre par voie de séduction, et parce que l'oii « cesse d'étre persuadé de certaines opinions qu'on « avait auparavant regardées comme véritables, » il déclare « qu'on peut passer en différentes com. « niunions «ans risquer son salut, comme on y « peut demeimT; parce que ceux qui |)assent dans « les sectes qui ne minent ni ne renversent les fonde-
> tnenls ne sont pas en un autre état que ceux qui « y sont nés; v de sorte que non-seulement on peut demeurer latin et papiste quand on est né dans cette communion, mais encore qu'on y peut venir du calvinisme sans sortir de la voie du salut; et ceux qui se sauvent parmi nous ne sont plus , comme disait M. Claude, ceux qui y sont sans approuver notre doctrine, mais ceux qui y sont de bonne foi.
Nos frères prétendus réformés peuvent apprendre de là que tout ce qu'on leur dit de uos idolâtries est visil)]eineut excessif. On n'a jamais cru ni pensé qu'on piU sauver un idolâtre sous prétexte de sa iMiniic foi : une si grossière erreur, une impiété si inaiiifesle ne compatit pas avec la bonne conscience. Ainsi l'idol&trie qu'on nous impute est d'une espèce particulière; c'est une idolâtrie inventée pour exciter contre nous la liaine des faibles et des ignorants.
• ÜtjMt. p. 179. 171. — * Lnt. eit. — * ibiti. ISM . l«l 2fi9. /W «7», I7i, tai.
Mais il faut aujourd'hui qu'ils se désabusent; et m n'est pas un si grand malheur de se convertir , puisque celui qui vante le plus nos idolâtries, et qui charge de plus d'opprobres et les convertisseurs et les convertis, demeure d'accord qu'ils peuvent être tous de vrais chrétiens.
Il ne faut non plus qu’on exagère la liardiesse qu'on nous impute d'avoir d'un coté augmenté le nombre des sacrements, et de l'autre d’avoir mutilé la cène, dont nous retranchons, dit-on, une es- |)èce ; car ce ministre décide que ce serait une cruauté de chasser de l’/iglise ceux qui admettent d'autres sacrements que les deux qu'il prétend seuls institués de Jésus-Christ', eVst-n-dire, le baptême et la cène ; et loin de nous en exclure pour y avoir ajouté la confinnation, l'extréme-onctioii , et les autres, il n'en exclut même pas les chrétiens éthiopirns, à qui il fait recevoir la cinroncision, non par une coutume politique, mais à titre de sacrement, encore que saint Paul ait dit : Si vous recevez la circoncision, Jésus-Christ ne vous servira de rien •.
Pour ce qui regarde la communion sous une espèce , il n'y a rien de plus ordinaire dans les écrits des ministres, et même de celui-ci, que de dire qu'en donnant ainsi le sacrement de l’eucltaristie , on en corrompt le fond et l'essence; ce qui est dire dans les sacrements ta même ctwse que si on ne les avait plus^. âlais il ne faut pas prendre ces discours au pied de la lettre; car M. Claude nous a déjà dit qu'avaiit la réformation nos pères, qu'on ne communiait que sous une espèce, n’en avaient pas moins tous les aliments nécessaires, sanaxouatraction d'aucun*,, et M. Jurieu dit encore plus clairement la même cltose, puisqu'après avoir défîni l'Eglise « l'amas de toutes les communions « qui prédient un même Jésus-Christ, qui annon-
• oent le même salut , qui donnent les mêmes sa-
• crements en substance , et qui enseignent la même « doctrine^, • il nous compte manifestement dans cet amas de communions et dans l'Eglise : ce qui suppose nécessairement que nous donnons la substance de l'eucharistie, et par conséquent que les (leux espèces n'y sont pas essentielles. Que nos frères ne tardent (lonc plus à se ranger parmi nous de bonne foi , puisque leurs ministres leur ont levé le plus grand obstacle , et presque le seul qu’ils nous allèguent.
Il est vrai qu'il y parait une manifeste opposition entre ce Systèn>e et les Confessions de foi des Églises protestantes; car les Confessions de foi donnent toutes unanimement deux seules marques de vraie Église, ■ la pure prédication de la parole « de Dieu, et l'administration des sacremeuts se- « Ion l’institution de Jésus-Christ^ : » c'est pourquoi la Confession de foi de nos prétendus réformés a conclu que dans l'Église romaine , « d'où la pure « vérité de Dieu était bannie, et où les sacrements ■ étaient corrompus, ou anéantis du tout, à pro-
* Sÿtl. p. S39, MS. — * r.al. V, 2. — * Sÿst. p. MS. —
‘ Cl-ctrMus. lir. xv. — * 5yi(. p. itc. - ■ PrtJ. téfiL p. J».
DES VARIATIONS, LIV. XV
• prement parler il n*y arait aucune Église • Mais noire ministre nous apprend qu*il ne faut pas pren> dre oes expressions à la rigueur > y c’est-à-dire qu’il y a beaucoup d'exagération et d’excès dans ce que U réforme avance contre nous.
Il est pourtant curieux de voir comment le ministre se défendra de ces deux marques de la vraie Église, si solennelles dans tout le parti protestant. // eit vrai, dit-iP, nous les posons : nous, c’est-àdire, nous autres protestants : mais pour moi , • je « tournerais , poursuit-il , la chose autrement , et je « dirais que, pour connatlre le corps de l'Église « chrétienne et universelle en général, il ne faut « qu'une marque : c'est la confession du nom de
• Jésus-Christ, le vrai Messie et le rédempteur du « genre humain. »
Ce n’est pas tout : car après avoir trouvé les marques du corps de l’Église universelle , « il faut trou-
• ver celles de l’âme, afin qu’on puisse savoir en « quelle partie de cette Église Dieu se conserve des « élus. 4 » C'est ici, répond le ministre, qu'il faut « revenir à nos deux marques, la pure prédication « et la pure administration des sacrements^. » Toutefois qu'on ne s'y trompe pas : il ne faut pat prendre cela dans un sens de rigueur. La prédication est assez pure pour sauver l'essence de l'Église quand on conserve les vérités fondamentales , quelque erreur qu’on ajoute par-dessus : les sacrements sont assez purs , malgré les addillotis : ajoutons , suivant le principe que nous venons de voir, malgré les soustractions qui les gâtent; puisqu'au milieu de tout cela le fond subsiste , et que « Dieu « applique à ses élus ce qu'il y a de bon, ern}>é- « chant que ce qui est de l'institution humaine ne
• leur nuise, et ne les perde. • Concluons donc avec le ministre qu’il ne faut rien prendre à la rigueur de ce qui se dit sur ce sujet dans la Confession de foi , et qu'au reste l'Église romaine ( luthériens et calvinistes, calmez votre haine), l'Église romaine, dis-je , tant haïe et tant condamnée, malgré toutes vos Confessions de foi et tous vos reproches, peut se glorifier d’avoir en un sens très- véritable. et autant qu'il est nécessaire pour former les enfants de Dieu, la pure prédication de sa parole, et la droite administration des sacremenU.
Si l'on dit que ces l>énignes interprétations des Confessions de foi en anéantissent le texte , et qu’en particulier dire de l’Église romaine que /a rérffé en est bannie, que le* sacrement* y sont ou falsifiés, ou anéantis du tout, et enfin qu’à proprement parler il n'y a plus aucune Église ^ , sont choses bien différentes de ce qu'on vientd'enteiidre , je l’avoue : mais c'est qu'en un mot on a connu par expérience qu'il n’y a plus moyen de soutenir les Confessions de foi, c'est-à-dire les fondements de la réforme. Aussi est-il véritable que les ministres dans le fond ne s’en soucient guère , et que ce n'est que par honneur qu’ils se mettent en tète d'y répondre; ce qui a fait inventer au ministre Juricu les réponses
* Art. VL Q-dmoS, liv. Xl. — » Prrj. p. 1Î5. — > /Jirf. P- as. Sy«<. p. 314. — < Ibid. — * PrrJ. p. 25. — ^ ArU BOMXI.T. — TOVF. iv.
qu’on vient de voir, plus honnêtes et plus ménagées que solides et sincères.
Au reste , pour soutenir ce nouveau système , il faut avoir un courage à l'épreuve de tout inconvénient, et ne se laisser effrayer à aucune nouveauté. Encore qu'on soit animé les uns contre les autres jusqu'aux épées tirées , il faut dire qu’on n’est qu’un même corps avec Jésus-Christ. Si quelqu’un se révolte contre l’Église, et qu'il la scandalise par ses crimes ou par ses erreurs , on croit en l'excommuniant le retrancher du corps de l’Église en général; et c'est ainsi que les prolestantsont parlé aussi bien que nous* : c'est une erreur : on ne retranche ce scandaleux et cet liérétique que (Pun troupeau particulier , et il demeure, malgré qu'on en ait, membre de l’Église catholique par la seule profession du nom chrétien ; quoique Jésus-Christ ait prononcé : Si quelqu’un n'écoute pas l’Église, tenez-le, non pas comme un homme qui est retranché d’un troupeau particulier, et qui demeure dans le grand troupeau de l'Église en général; mais tenez-le comme tm païen et un publkaîn*, comme un étranger du christianisme, comme un homme qui n’a plus de part avec le peuple de Dieu.
Au reste, ce qu'avance ici M. Jurieu est une opinion particulière, oïi il dément visiblement son ^:glise. Un synode national a défini l'excommunication en ces termes : « Excommunier, dit-il , « c'est retrancher un homme du corps de l'Église «comme un membre pourri, et le priver de sa • communion et de tous ses biens > Et dans lu propre formule de l'excomniunication on parle ainsi au peuple : « Nous ôtons ce membre pourri de la « société des fidèles, afin rpi'il vous soit conimc « païen et péager^. » M. Jurieu n'oublie rien pour embrouiller cette matière avec ses distinctions de sentence déclarative et de sentence juridique; de sentence qui retranche du corps de l'Église , et de sentence qui retranche seulement d’une confédération particulière^. On n’invente ces distinctions qu’atin qu'un lecteur se perde dans ces subtilités , et ne puisse pas s'apercevoir qu’on ne lui dit rien. Car enfin on ne montrera jamais dans les Églises prétendues réformées d’autre excommunication, d'autre séparation, d’autre retranchement , que celui que je viens de rapporter; et on ne peut pas s'en éloigner plus expressément que fait M. Jurieu. 11 prononce, et il répète en cent endroits et en cent manières dilTérentes, qu'on ne saurait chasser un homme de l'Église universelle^ ; et son Église dit au contraire que l'excommunié doit être regardé comnM un /HZ te», qui n’est plus rien au peuple de Dieu. M. Jurieu continue : « Toute exeommunica- « UoQ se fait par une Église particulière, et n’est « rien que l'expulnon d’uoe Église particulière 7 ; » et on voit que, selon les règles de sa religion , une Église particulière ôte un homme du corps de l’Êgiise comme on fait un membre pourri, qui sans
• Art. SS. CMmmu, tw. xv. - * Mailh. xviij. I7. — > |L Syn. de Par. tuts. — * DUeip. ch. s, art. 17, p. U)3. »• S Sv»l. l. Il, e. a. — • Ibid. p. 21 , c#c. - » Ibid.
la
doute nV&t plus .-ilt.-iulié h aucune partie du corps «pr^s qu'il en est retranché.
Voyons néanmoins encore ce que c’est que ces Églises particulières et ces trouinaux particuliers dont il prétend qu'on est retranehé par l’escommunication. Le ministre s’en explique parce principe :
. Tous les différents troupeaux n'ont pas d’autre
• liaison externe que celle qui se fait par voie de
• confédération volontaire et arbitraire , • telle qu'était celle • des Églises chrétiennes dans le troi- . siéme siècle, à cause qu’elles se trouvèrent unies
• sous un même prince temporel ■ Ainsi dès le troisième siècle, où l'Église éUiit encore saine et dans sa pureté, selon le ministre, les ï:gliscs n’étaient liées que par une confédération arbitraire, ou, comme il l’appelle ailleurs, par accidenf. Quoi donc! ceux qui n’étaient pas sujets de l’empire romain, ces chrétiens répandus dès le temps de saint Irénée, et meme dés le temps de saint Justin , parmi les barbares et les Scythes, n’étaientils dans aucune liaison extérieure avec les autres Éigliscs, et n’avaient-ils pas droit d’y communier? Ce n’est (las ainsi qu’on nous avait expliqué la fraternité chrétienne. Tout orthodoxe a droit de communier dans une Église orthodoxe; tout catholique, c’est-à-dire, tout membre de l’Église universelle , dans toute l’Église. Tous ceux qui portent la marque d’enfants de Dieu ont droit d’ètre admis partout où ils voient la table de leur commun Père , pourvu que leurs mœurs soient approuvées : mais ou vient troubler ce bel ordre; on n’est plus en société que par accident ; la fraternité dtrélienne est changée en confédérations arbitraire», que l’on étend plus ou moins à sa volonté, selon les diverses Confessions de foi dont on est convenu Ces Confessions de foi sont des traités où l’on met ce que l’on veut. Les uns y ont mis qu'ils enseigneraient tes rérilés de. la grâce, comme elles ont été expliquées par saint Jugustin *, Cl c’est, dit-on, les Églises prétendues réformées : il n’est pas vrai , il n’y a rien moins que saint Augustin dans leur doctrine; mais enfin il leur (riait deledireainsi.il n’est (las permis à ceux-là d’étre acmi-|)élogiens ; cl les Suisses, aussi bien que ceux de Genève, les retrancheraient de leur communion Mais pour ceux qui n’ont pas fait une semblable convention, ils seront scmi-pelagiens, si bon leur semble. Bien plus : ceux qui sont entrés dans la conféilération de Genève et dans celle des prétendus réformés, où l’on se croit obligé de soutenir la grâce de s-xint Augustin, peuvent se départir de l’accord^; mais il faut aussi qu’ils trouvent bon qu’on les sépare d’une confédération dont ils j auront violé les loi» ; et ce qu'on tolérerait partout ailleurs , on ne le peut plus tolérer dans les troupeaux où l’on avait fait d’autres conventions.
Maisees gens qui rompent l’accord de la réforme calvinienne, ou de quelque autre semblable confédération , que deviendront-ils? Et seront-ils obli-
• Prij. p. 6 Syil. p. SI», elr. ÎSl , M2,MO. aox.ssr. — • nid. p. aa.— ‘ Ibid. p. as ■ ' Ibid. - • Ibid p. 218.'
• tUd. p. 3&i.
(le se eonfcdcrcr avec quelque autre Église? Point (lu tout. « I) n’est millcment nécessaire,
« quand on se sépare d'une Eglise, d’en trouver
• uneautreàlaquelieonadlière*. -Je vois bien qu'on est forcé de le dire ainsi, parce qu'autrement on ne pourrait excuser les Églises protestantes, qui, en se séparant de l'Église romaine, n'ont trouvé sur la terre aucune Église à qui elles pussent adhérer. Mais il faut entendre la rai.'^on qui autorise une telle séparation. « C'e.st. |)Oursuit M. Jurieu*, parce « que toutes les Églises sont natiirelteinent libres « et indépendantes les unes d(‘s autres; ou, comme « il ['explique ailleurs, naturellement et originai*
« renient toutes les Églises sont independaiiU^. •
Voilà précisément notre doctrine, diront ici les indp|>endants; nous sommes les vrais chrétiens qui dtifendent cette liberté primitive et naturelle des Églises. Mais cc'pendant Charenton les a condam* iu‘S en 1644. Il a donc aussi par avance condamné M. Jurieu , qui les soutient : mais écoutons le d('* cret^ : • Sur ce qui a été représenté que plusieurs qui « s'appellent indépendants, pareequ'ils enseignent « que chaque Église se doit gouverner par ses pro-
• près lois,sA:isAUcUNBDÉPiiNDANCEdp personne
• en matière ecclésiastique, et sans obligation à re<
• connaître l'autorité des colloques et des synodes « pour son régime et sa conduite, » c'est-à-dire, sans aucune confédération avec quelque autre É^glise que ce soit; et voila le cas de M. Jurieu bien posé : mais la réponse du synode est bien différente de la sienne ; car le synode prononce, qu'il faut • craindre que ce « venin, gagnant insensiblement, ne jette, dit-il, la « confusion et le désordre entre nous, n'ouvre la « |>orleàloutessortesd'irrégu]aritésetd'extravagan- « ces , etn'ütetout moyen d’y apporter le remède : » ce qui serait également « préjudiciable à l’Église et X à l'État, et donnerait lieu à former autant de reli- «I gions qu'il y n de paroisses ou assemblées parlicu*
> iières. « Et M. Jurieu conclut au contraire, (}u'en se séparant d’une Église sans adhérer à une autre, on ne fait que retenir la liberté et V indépendance qui convient naturellement et originairement .aux Eglises, c'est-à-dire, la liberté que Jésus-Christ leur a donnée en les formant.
En effet, il n'y a pas moyen de soutenir, selon les principes de notre ministre, ces colloques et ces synodes. Car il suppose que si un royaume catholique se divisait d'avec Rome, et ensuite se subdivisait en plusieurs souverainetés, chaque prince pourrait faire un patriarrhe*^ et établir dans son État un gouvernement absolument indépendant do celui des États x’oisins, xan.vn/)/>ef, sans liaison, sans correspondance: car tout cela, selon lui, dépend du prince : et c'est pourquoi il a fait dépendre la première confédération des É^glises de l’unité de l'empire romain. Mais si cela est, son oncle I.oul.s Dumoulin gagne sa cause : car il prétend que toute celte subordination de colloques et de synodes, en la regardant comme ecclésiastique et spirituelle,
‘ Liv. III , r. I s , p. M7. ~ * Ibid. — ï Discip. e. 6, de de$ £glis. ^'oles sur Vart. î, p. IIS. ■— * Uv. Ht, c. 1%, p. Ci9.
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DES VARIATIONS, UV. XV
c'est qu'on papisme déguisé, et le commencement de l’Antéchrist * ; qu'il n'y a donc de puissance dans cette distribution des Églises que par l’nutorité du eouveraiii , et que les excommunications et les dégradations des synodes, soit provinciaux, soit nationaux , n’ont d'autorité que par là. Mais en poussant le raisonnement un peu plus loin , les excommunications des consistoires ne paraîtront pas plus efficaces que celles des synodes : ainsi, ou il n’y aura nulle juridiction ecclésiastique, et les indépendants auront raison ; ou elle sera dans les mains du prince, et enfin Louis Dumoulin aura converti son neveu, qui s'est si longtemps opposé à ses erreurs.
Voilà où va le système où Ton met à présent tout le dénoûment de la matière de l’Église ; on est étonné quand on entend ces nouveautés. Quelle erreur de s'imaginer qu’il n'y ait de liaison extérieure entre les Eglises chrétiennes que par rapport à un prince, ou par quelque autre con/é4érafion voionfaire et arbitraire, et de ne vouloir pas entendre que Jésus-Christ a obligé ses fidèles à vivre dans une Église, c'est-à-dire, comme on l’avoue, dansune société extérieure, et à communier entre eux non-seulement dans la même foi et dans les mêmes sentiments, mais encore, quand on se rencontre, dans les mêmes sacrements et dans le même service; en sorte que les Églises, en quelque distance qu’elles soient, ne soient que la même église distribuée en divers lieux, sans que la diversité des lieux empêche l’unité do la table sacrée, où tous communient les uns avec les autres, comme ils font avec Jésus-Christ leur commun chef!
Considérons maintenant l'origine du nouveau système qu'on vient de voir. Son auteur se vante peut-être, comme il fait dans les autres dogmes, d’avoir pour lui les trois premiers siècles; et il y a apparence que l'opinion qui renferme toute l'Église dans une même communion , puisqu'on la prétend si tyrannique, sera née sous l'empire de l’Antechrist. Non, elle est née en Asie dès le troisième siècle • ; Firmilien , un si grand homme , et ses ecliègues, de si grands évêques, en sont les auteurs : elle a passé en Afrique, où saint Cyprien, un si illustre martyr, et la lumière de l'Église, l'a embrassée avec tout le concile d'Afrique; et c'est cette nouvelle opinion qui leur a fait rebaptiser tous les hérétiques, puisqu'ils n’en alléguaient d'autre raison, sinon que les hérétiques n'étaient pas de i’Église catholique.
Il faut avouer que saint Cyprien a fait ce mauvais raisonnement : les hérétiques et les schismatiques ne sont pas du corps de l'Église catholique, donc il les faut rebaptiser quand ils y viennent. Mais M. Jurieu n’oserait dire que le principe de l’unité de l’Église, dont saint Cyprien abusait, fiU aussi nouveau que la conséquence qu'il en tirait; puisque ce ministre avoue ^ que ta Jaune idée de Cunité de CÈgtise t'était formée sur ChUtoire des deux premiers sièctes , jusqu’à la moitié ou ta fin du troisième. Il ne faut point s’étonner,
‘ Fp. Lud. .Vo/irt. - * Sy*t. /. l, c. 7, S. » • Ibid,
continue-t-il, que l'Ëglise reganUt toutes les sectes qui étaient durant cesteinps-là, comme etiliërement sè/Mrées du corps de t Église ;-ear cela èlail vrai : et il ajoute que ce fut dans ce temp,-là, c’est-à-dire, dans les deux premiers siècles jusqu'au milieu du troisième, qu'onprit habitude de croire que les héreliques ^'appartenaient aucunement à l’Église' : ainsi In doctrine de saint Cyprien , qu’on accuse de nouveauté et même de tyrannie, était une habitude contractée dès les deux premiers siècles de l’Église, c’est-à-dire, dès l’origine du christianisme.
Il faudra aussi avouer que celte doctrine de saint Cyprien sur l’unité de l’Église n’s pas été inventée à l’occasion de la reltaptisation des hérétiques; puisque le UundetUnlU de l'Église, oh la doctrine qui en exclut les hérétiques et les schismatiques est ai clairement établie, a précédé la dispute de la rebaptisation ; de sorte que saint Cyprien était entré naturellement dans cette doctrine, ensuite de la tradition des deux siècles précédents.
II n'est pas moins assuré que toute l’Église avait embrassé aussi bien que lui cette doctrine longtemps avant la dispute de la rebaptisation. Car celte dispute a commencé sous le pape saint Étienne. Or, devant, et non-seulement sous saint Lucius son prédécesseur, mais encore dès le commencement de saint Corneille, prédécesseur de saint Lucius, Novatien et ses sectateurs avaient été regardés comme séparés de la communion de tous les évêques et de toutes les Églises du monde*, quoiqu’ils n’eussent pas renoncé à la profession du christianisme , et qu’ils n’eussent renversé aucun article fondamental. On tenait donc dès lors pour séparés de l’Église universelle, même ceux qui conservaient les fondements, s’ils rompaient l'unité sous d’autres prétextes.
Ainsi c’est un fait indubitable que la doctrine combattue par M. Jurieu était reçue dans toute l’Église, non-seulement avant la querelle de la rebaptisation , mais encore dés l'origine du christianisme ; et saint Cyprien s’en servit, non pas comme d’un nouveau fondement qu'il donnait à son erreur, mais comme d’un principe commun dont tout le monde convenait.
Le ministre a osé dire que ses idées sur l’Église sont celles du concile de Nicée, et conelutque ce saint concile ne rejetait pas tous les hérétiques de la communion de l’Eglise , à cause qu’il n’oidonnait pas de les rebaptiser tous^: car il ne faisait rebaptiser ni les novatiens ou cathares, ni les donatiates , ni les autres qui retenaient le fondement de la foi ; mai* seulement les paulianistes , c’est-à-dire , les sectateurs de Paul deSamosate, qui niaient la Trinité et l’incarnation. Mais, sans attaquer le ministre par d’autres raisons, il ne faut écouter queiui-méinc pour s’en convaincre. Il parie du concile de Nicée comme du plus universel qui ait jamais été tenui-, mais néanmoins qui ne le fut pas tout à fait , puisque les grandes assemblées des novatiens et des donatisles n'g furent point appelées. Je ne veux que cet aveu pour conclure qu’on ne les regardait
* Sqst. 1. 1, SS. — * EpisL Cÿp. ad .datoniaa. ate. Edit, Bal. p. SS. — • S, St. p. II. — ‘ ll'd. p. Wl.
lIlSTOinE
donc pas alors comme partie de rEglise universelle, puisqu'on ne songea seulement pas a Ica appeler dans un concile convoqué exprès pour la represen-
en effet, écoulons comme ce concile parle des novatiens ou cathares ; Ceux-là ^ dit-il ' , lorsqu Us viendront à l'Église catholique. Arrêtons; l'affaire est vidée : ils n'y sont donc point. Il ne parle pas en autres termes des paulianistes , dont il improuye le baptême : Tonchont les paulianistes , lorsqu'ils demandent d’être reçus dans l'Église calhotiqud’ : encore un coup, ils n'y sont donc pas sdoo l'idée de ces Pères, et le ministre en convient. Mais afin qu'il n’ose plus dire que ceux dont on reçoit le baptême sont dans l’Église catholique , et non pas ceux dont on le rejette , le concile met également hors de l’Église catholique tant ceux dont il approuve le baptême, comme les novatiens , que ceux qu’il fait rebaptiser, comme les paulianistes : par conséquent, cette différence ne dépendait point du tout de ce que les uns étaient réiiutés membres de l’Église catholique , et les autres non.
Il en fout dire autant des donatistes, dont le concile de Mcéc ne reçut pas la communion , ni les , évêques; et au contraire, il reçut dans ses séances Cécilien , évêque de Carthage , dont les donatistes s’étaient séparés. Ce concile regardait donc aussi les donatistes comme séparés de l'Église universelle.
Que le ministre nous vienne dire maintenant que les Pères de Nicée sont de son avis , ou que leur doctrine était nouvelle, ou que , lorsqu’ils prononcèrent contre les ariens cette sentence : tji sainte Église ealholbfue et apostolique les frappe d' anathème, ils les laissaient unis avec eux dans cette même Église catholique, et ne les chassaient seulement que d'une confédération volontaire et arbitraire qu'ils pouvaient étendre plus ou moins à leur gré : ces discours devraient paraître comme des prodiges.
Le ministre range parmi les Symboles que tout le monde reçoit, ceux des apdtres, de Nicée, et de Constantinople. On est d’accord en effet que ces trois Symboles n’en font qu’un , et que celui de ces deux premiers conciles oecuméniques ne fait qu'expliquer celui des apdtres. Nous avons vu les sentiments du eoneile de Nicée. Le concile de Constantinople agit sur les mêmes principes , puisqu’il chasse toutes les sectes de son unité : d’où il conclut , dans sa lettre ù tous les évêques, que le corps de l'Église n'est pas divisé^; et c’était dans ce même esprit qu'il avait dit dans son Symbole : Je crois une sainte Église, catholique et apostolique * ; ajoutant ce mot une à ceux de sainte et de catholique, qui étaient dans le Symbole des apdtres , et le fortifiant par celui d'apostolique, pour montrer que l’Église ainsi définie, et parfaitement une par l’exclusion de toutes les sectes , était celle que les apdtres avaient ibndée.
• Corne. A'itf. coo. 8, Lahb. Inm. il, col. tetseq. — • Cao. 19
ÇoHC. CP, tpitt. nd oMN. PpÙT. Ltlbb. UfM. il, <t>f. 9C6- V * ibid. col. 9bX
Le loi'tetir intclli^ent attend irî cr qae lui dii*n le hardi miniülre sur le Symliole dos o|)ôtres, et sur rarlicle : Je croit l'Églitc catholique. On a\nrt cru jusqu'ici ,et m^inedans la réforme, que ce Symbole, si unanimement reçu par tous les dirétiens, était un abrégé et comme un précis de la doctrine , des apôtres et de l'Écriture. Mais le ministre nous . apprend tout le contraire : car après avoir déridé que les apôtres n'en sont point les couleurs, il ne veut pas même accorder (ce que personne jusqu’iei n'avait nié) que du moins il ait été fait entièrement selon leur esprit*, il ditdonc, • qu'il faut cherHier « le sens des artiles du Symbole, non dans l'flcri- « ture , mais dans l'intention de ceux qui l'ont coin- • posé. » Mais , poursuit-il , le Symbole n'a pas été fait tout d’un coup : l'article, Je crois r Eglise catholiquCy a été ajouté au quatrième siècle. A quoi sert ce raisonnement , si ce n'est pour se préparer un refuge contre le Symbole , et ne lui donner que lautorité du quatrième siècle? au lieu que tous les chrétiens l'ont regardéjusqu'iei comme la commune confession de foi de tous les siècles et de toutes les Églises clirétiennes , depuis le temps des apôtres.
Mais voyons enfin, quoi qu'il en soit, comment il définit selon le SymlK)le la sainte Église c-atlioiiqite. I) rejette d'ahord la déGnition qu'il attriluu* aux catholiques; il n'approuve pas davantage ccllu qu'il donne aux protestants. Pour lui, qui s'eleve au-dessus de.s protestants ses confrères comme audessus des catholiques ses ennemis; ayaul à délinir l’Église de tous les temps, il le fera en disant que « c'est le corpsdeceux qui font profession de croire « Jésus-Christ le véritable Messie : corps divisé en « un grand nombre de sectes * ; » il faut encore ajouter, qui s'excommunient les unes les autres, x'ifio que toutes les hérésies frappées d'anathème, etencoretousies schismatiques , fussent-ils divisés d'avec leurs Uêrts jusqu aux épées tirées g pournousservir de l'expression du ministre , aient le bonheur de se trouver dans l'Église du Symbole, et dans l'unilé chrétienne qui nous y est enseignée. Voilà ce qu'on ose dire dans la réforme; et le royaume de Jésus- Christ y porte dans sa propre définilion le caractère de la division par laquelle tout royaume est rfcio/c, selon l'Évangile L
Le ministre devait du moins se souvenir du Cnté(‘liisme qu’il a enseigné lui-méme à Sctlan diiraut tant d'années, où, après qu’on a récité : Je crois l’E- (jlise catholique^ on en conclut • que hors de l'flglise « il n'y n que damiintioti et que mort; et que tous •I ceux qui se séparent de la communauté des Gdcle.s, « pour faire secte à part, ne doivent espérer de ■ salut » Il est bien certain qu’on parle ici de l’Église universelle : on peut donc faire secte à part à son égard; on peut se séparer de son unité. Je demande si eu cet endroit /aire secte a part est uo mot qui signiGe l'apostasie. Celui qui fait secte à part est celui qui prend le turUin , et qui renonce publiquement à son baptême. Kst-ce ainsi que par-
' Prrj. lég. ch. 2, p 27, 2S. p. 217. —* P/xÿ. p. 79 — * Luc. XI, 17. — • ( al.dct pttl. KfJ. Oim. 17.
DES VARIATIONS, LIV. XV. Ï7T
Iml les hommes? Est^ce ainsi qu'il faut parler dans un Catérhisnie à un enfant innocent , afin de lui nnbrouiller toutes ses idées , et qu'il ne sache plus à quoi s'en tenir?
Je crois travailler au salut des finies en continuant le récit des égarements du ministre, les plus grands et les plus visibles où la défense d'une mauvaise cause ait peut-être jamais jeté aucun homme. Ce qu'il a fallu inventer, pour soutenir le système, est plus étrange, s'il se peut, et plus inouï que le système même. Il a fallu brouiller toutes les idées que nous donne l'Écriture. Elle nous parle duscliisnie de Jéroboam comme d'une action détestable, qui a eommencé par une révolte '|; qui s'est soutenue par une idolfitrie formelle, et en adorant des veaux d'or; qui a fait quitter jusqu'à l'arche; enfin qui a fait renoncer à la loi de Moïse , à Aaron, au sacerdoce, et à tout le ministère lévitique, pour conserver un faux sacerdoce aux dieux étranger» et aux démons '. Et toutefois il faut dire que ces schismatiques, ces liérétiques, ees déserteurs de la loi, ces idolâtres, faisaient partiedu peuple de Dieu. Les sept inillc (|ue Dieu s'était réservés, et le reste de l'élection dans Israël , adhéraient au schisme^. Les prophètes du Seigneur communiquaient avec ces schismatiques et ces idolâtres, et rompaient avec Juda, oïl était le lieu que Dieu avait choisi ; et un schisme si qualifié ne devait pas être compté parmi le» péché» qui détruisent ta grâce i. Si cela est, toute l'Écriture ne sera plus qu'une illusion, et que l'exagération la plus outrée qui se trouve dans tout le langage humain. Mais enfin , que faut-il dire aux passages qu'allègue M. Jurieu? Tout, plutôt que d'avouer un si grand excès , et de mettre des idolâtres publies dans la société des enfants de Dieu : car ce n'est pas ici le lieu d'approfondir davantage cette matière.
L'Église chrétienne ne se sauve non plus des mains du ministre que f Église judaïque : il l'attaque dans son fort et dans sa fleur, et jusque dans ces bienheureux temps où elle était gouvernée par les apôtres. Car, selon lui*, les Juifs convertis ( c'està-dire, la plus grande partie de l'Église, puisqu'il y en avait tant de millier», selon la parole de saint Jacques * , et constamment la plus noble, puisqu'elle comprenait ceux sur lesquels les autres étaient enté», la lige, la racine sainte d'où la bonne séce de l’olivier était découlée sur les sauvageons i ) étaient hérétiques et scliismatiques , coupables même d'une hérésie dont saint Paul a dit qu'elle anéantissait ta grâce, et ne laissait rien à espérer de Jésus- Christ*. Le reste de l'Église, c'est-à-dire ceux qui venaient des Gentils , participaient au schisme et à l'hérésieen y consentant, et en reconnaissant comme saints et comme frères en Jésus-Ciu'ist ceux qui avaient dans l'esprit une si étrange hcrésie, et dans le cœur une jalousie si criminelle ; et les apôtres euxinéiues étaient les plus hérétiques et les plus scliis-
' lit. Rej. in, IS. 11. Par. II. 13. — ’ II. Par. ii, IS. — » Synt. Uv. I , c. 13. — * lôirf. ch. VX , p. 153- — ‘ Ibid. ch. XIV. rh. XII, p. 167. — * Ml. XXI. au. — ’ Ham. XI. 17, etc. - * 5y«(. ILhI. cA. XX, p. 167. Cal. T, 3, I.
niatiques de tout, fmUquMIs connivaîont à de tels crimes et à de telles erreurs. Telle est l'idée qu'on nous donne de I'É|;lise clirétienne sous let apôtres, lorsque lesaugde Jésus-Christ était, pourainsidire, encore tout chaud , sa doctrine toute fraîche, l'e^rit du rhristianisnte encore dans toute sa force. Quelle idée auront les impies de la suite de l'É${tise , si ces commencements tant vantés sont fondés sur l'hérésie et sur le schisme, et qu'il faille étendre la corruption jusqu’à ceux qui avaient les prémices de l'esprit?
Il semblait que notre ministre voulait du moins exclure les sociniens de la société du peuple de Dieu, puisqu'il a dit si souvent qu'ils attaquaient directement les vérités fondamentales , et que les sociétés d'où on les ôte sont des sociétés mortes , qui ne peuvent donner à Dieu des enfants*. Mais tout cela n'était qu'un faux semblant, et le ministre méprisait en sou cœur ceux qui s’y laisseraient surprendre.
Kn effet , le principe fondamental de sa doctrine , c'est que « Jamais lu parole de Dieu n’est préchée « dans un pays , que Dieu ne lui donne eflicaee à « l'égard de quelques-uns *. • Comme donc trèsconstamment la parole de Dieu est préebée parmi les sociniens, le ministre conclut très-bien , selon ses principes , que • si le socianisme se fût autant « répandu que l'est, par exemple, le papisme, Dieu « aurait aussi trouvé les inoyensd’y nourrir ses élus, « et de les empêcher de participer aux hérésies mor-
• telles de cette secte ; comme autrefois il trouvait « bien moyen de conserver dans l'arianisme un nom-
• bre d'élus et de bonnes âmes qui se garantirent ds
• riiért^ie des ariens. »
Que si tes sociniens, dans l’état où ils se trouvent maintenant, ne peuvent pas contenir les élus de Dieu, ce n'est pas à cause de leur perverse doctrine; c'est que « comme ils ne fontpoint nombre dans le mondes « qu'ils y sont dispersés sans y faire figure, qu'en la « plupart des lieux ils n'ont point d'assemblée, il n'est
• pas nécessaire de supposer que Dieu y sauve per- •> sonne. • Cependant, puisqu'il est constant que leè sociuiens ont eu des églises en Pologne, ei qu il| en onlencore aujourd'hui en Transylvanie, onpourt raitdemander au ministre quelle quantité il en faut pour faire figure. Mais, quoi qu'il en soit , selon lui, il ne tient qu’aux princes de donner des entants de Dieu à toutes les sociétés, quelles qu’elles soient, en leur donnant des assemblées : et si le diable acliève son œuvre, si en prenant les hommes par le pencliant des scus, et en répandant par ce moyen les sociniens dans le monde, il trouve encore le moyen de leur procurer un exercice plus libre cl plus étendu, il forcera Jésus-Christ à y former ses élus.
Le ministre répondra sans doute que, s'il dit qu'on se peut sauver dans la communion des sociniens , ce n'e.st pas par voie de tolérance , mais par voie de discernement et de séparation : c'e&t-
^ Prrj. Itÿ.p. 6. s, etc. Sijst.p. M7, MO. etc. — » FrtJ. Itéf.p. ïi. S^sl. l. I, ch. %tt,p. OS. lOJ; rh. XIX, p. lis.
' etc; ch. xx, p. l.ja, etc.
ju iy
•-dire que ce n*est pas en présupposant que Dieu tolère le socinianisme , comme il fait les autres sectes qui ont conservé les fondements; mais, au contraire, en présupposant que ces associés des sociniens , en discernant le bon d’avec le mauvais dans la prédication de cette secte, eu rejetteront les blasphèmes dans leur cceur, encore qu’à l’extérieur ils demeurent unis avec elle.
Mais, de quelque sorte qu’il le prenne, sa ré* ponse n’est pas moins pleine d’impiété. Car premièrement il n’est point d’accord avec lui-méme sur la tolérance de ceux qui nient la divinité du Fils de I>ieu, puisqu’il étend cette tolérance jusqu'aux ariens : « Damner, dit-il * , tous ces chrétiens tii-
• nombrables qui vivaient sous la communion ex-
• terne de l'arianisme, dont les uns en détestaient « les dogmes , les autres les Ignoraient , les autres
• LES TOLÉKAIBtIT EN E8PHIT DS PAIX, leS aUtreS
• étaient retenus dans le silence par la crainte et par « l’autorité; damner, dis-je , tous oes gens-là , c’est « une opinion de bourreau, et qui est digne de la « cruauté du papisnae. » Ainsi la miséricorde de M.Jurieu s’étend noo-seulement jusqu’à ceux quidemeuraientdaosla oommuniondes ariens parce qu’ils en ignoraient les seotimeots, mais encore jusqu’à ceux qui les savaient; et oon-seuleinent jusqu’à ceux qui, en les sachant et les détestant dans leur cœur, ne les Uàmaient point par crainte , mais encore jusqu’à ceux qui k* toléraient en exprit de paix» a’est-à-dire, jusqu'à ceux qui jugeaient que nier ladivinité de Jésus-Christ était un dogme tolérable. Qui empêche donc qu’en esprit de paix on ne tolère encore les sociniens comme on tolère les autres, et qu’on n'étende sa charité jusqu'à les sauver?
Mais quand le ministre se repentirait d’avoir porté la tolérance jusqu'à cet excès, et que dans la communion des sociniens il ne voudrait sauver que ceux qui en détesteraient les sentiments dans leur cœur, sa doctrine n'en serait pas nuMileure pour cela; puisqu’enfin il faudrait toujours sauver ceux qui sachant lesentiment des sociniens ne laisseraient pas de demeurer dans leur communion externe , c'est-à-dire, de fréquenter leurs assemblées, de se joindre à leurs prières et à leur culte, et d’assister à leurs prédications avec un extérieur si semblable à celui des autres , qu’ils passassent pour être des leurs. Si cette dissimulation est permise, on ne sait plus ce que c’est que l’hypocrisie, ni ce que veut dire cette sentence : Hetires-vous de* tat>ernacle$ de* impie* *.
Que si le ministre répond que ceux qui fréquenteraient de cette sorte les assemblées des sociniens dirigeraient leur intention de manière qu’ils ne participeraient qu'à ce qu’il y a de bon parmi eux, c’està-dire, à l'unité de Dieu et à la mission de Jésus- Christ, c’est encore une plus grande absurdité; puisque rien n’empéche en ce sens qu’oii ne vive encore dans la communion des Juifs et des mahonaétans : car il n’y aurait qu'à penser qu’on ne participe avec eux que dans la croyance de l'unité de Dieu, en détestant dans son cœur, sans en dire
' K. - * .V«w x>|, IG.
mot, ce qu'ils promweent contre Jésus-Christ; et si l’on dit que c’est assez pour être damné de faire son culte ordinaire d’une assemblée où Jésus-Christ est blasphémé, les sociniens, qui blasphèment sa divinité et tant d'autres de ses vérités , ne sont pas meilleurs.
Telles sont les absurdités du nouveau système : 00 ne s'y jette pas volontairement, et on ne prend pas plaisir à se rendre soi-méme ridicule en avançant de tels paradoxes. Mais c’est qu’un abîme en attire un autre : on ne tombe dons ces excès que pour sauver d’autres excès où l’on était déjà tombé. I«n réforme était tombée dans l’excès de se séparer non-seulement de l'Église où elle avait reçu le baptême , mais encore de toutes les Églises chrétiennes. Dans cet état, pressée de ré|>ondre où était l’Église avant les réformateurs , elle ne j>oiivait tenir un langage constant; et l'iniquité se démentait ellemême. Knfin, n'en pouvant plus, et peu contente de toutes les réponses qu’on avait faites de nos jours, elle a cru enfin se dégager, en disant que ce n’est point aux tociéte* particulières, aux luthériens, aux calvinistes , qu’il faut demander la suite visible de leur doctrine et de leurs pasteurs; qu’il est vrai qu’elk* n'é/aient pas encore formée* il y a deux cent* an*, mats que l'Église universelle dont ces sectes font partie était visible dans les conjmunions qui composaient le christianisme , les Grecs, les Abyssins, \es Arméniens, les Latins », et que c'est toute la succession dont on a besoin. Voila le dernier refuge ; c’est là tout le déiiodmeiit. Mais toutes les sectes en diront autant , il en faut convenir. Il n’en est ni n'en fut jamais aucune, qui , à ne prendre eu chacune que la profession commune du christianisme, ne trouve sa succession comme notre ministre a trouvé la sienne; de sorte que , pour donner une suite et une perpétuité toujours visible à son Eglise , il a fallu prodiguer la même grâce aux sociétés les plus nouvelles et les plus impies.
I.e plus grand outrage qu’on puisse faire à la vérité est de la connaître, et en même temps de l’abandonner, ou de l'affaiblir. M. Jurieu a reconnu de grandes vérités : Premièrement , que l’Église se prend ordiiusiremeni pour une société toujours visible ; et je vais même, dit-il ■ , sur ce siget plu* loin que Af. de Meaux. A la bonne heure : ce que J’araisdit était suffisant ; mais puisqu’il nous en veut donner davantage, je le reçois de sa main.
Secondement , il convient qu'on ne peut nier que tÉlglise, laquelle te Symbole nous oblige de croire, ne soit une Eglise visibk^.
C’en était assez pour démontrer la perpétuello visibilité de l’Église; puisque ce qu’on croit dans le Symbole est d’une éternelle et immuable vérité. Mais afin qu’il demeure pour constant que cot article de notre foi est fondé sur une promesse expresse de Jésus-Christ, le ministre nous accorde encore que l’Église, à qui Jésus-tJirist avait promis que i’enfer ne prévaudrait point contre elle, était > une
» 5y«r. /i>. I, c. 26> J». XM; Ihf. ni, c 17. — » Ibéd. p. 3IS. - s Jbid. p. 217.
:nj L»y vjvjvj’
DES VARIATIONS, LIV. XV
• Eftiiu confessante, une Église qui publie la foi
• avec saint Pierre , une Église par conséquent tou- > jours eitérieure et visible ", • ce qu'il pousse si avant , qu'il assure sans hésiter que celui « qui au-
• rait la foi , sans la profession de la foi , ne serait
• pas de l’Église’. >
C'est encore ce <|ui lui a fait dire, • qu'il est de
• l'essence de l'Éqtlise chrétienne qu'elle ait un mi- ■ nistère • Il approuve aussi bien que M. Claude que nous inférions de ces paroles de notre Seigneur, finneignez, baptisez, et je suit avec voue jusqu’à la fin des siècles * , • qu’il y aura toujours des doc- « teurs avec lesquels Jésus-Christ enseignera, et
• que la vraie prédication ne cessera jamais dans
• l'Église > Il eu dit autant des sacrements , et il demeure d'accord que le lien des chrétiens par les « sacrements est essentiel à l'Église; qu'il n'y a point 4 de véritable Éiglise sans sacrements* ; • d'où il conclut qu'il en faut avoir l'essence et le fond pour être du corps.de l'É.glise.
De tous ces passages exprès , le ministre conclut avec nous que l'Église est toujours visible, nécessairement visibleT, et, ce qu’il y a de plus remarquable, non-seulement selon le corps, mais encore selon [ime, comme II parle : parce que, dit-il, 4 quand je vols les sociétés chrétiennes, où la doc- 4 irine conforme à la parole de Dieu est conservée , 4 autant qu’il est nécessaire pour l'essence de l'Ë-
• gli-sc, je sais et je vois certainement qu'il y a là 4 des élus , puisque partout où sont les vérités fon- 4damentales, elles sont salutaires à quelques 4 gens. 4
A prés cette suite de doctrine , que le ministre conlirme par tant de passages expr^, on croirait qu'il n'y a rien de mieux établi dans son esprit par les Écritures, parles promesses de Jésus-Christ, par le.Symtole des apdtrcs, que la perpétuelle visibilité de l’É-glise ; et néanmoins il dit le contraire, non par conséquence , mais en termes formels ; puisqu'il dit en même temps que cette perpétuelle visibilité de l'Église ne se prouve point par ces preuves qu'on appelle de droit*, c’est-à-dire par l’Écriture, comme il l’explique, 4 qu’en supposant que 4 Dieu se conserve toujours un nombre de fldèles 4 cacliés , une Éqtlise pour ainsi dire souterraine, et 4 inconnue à toute la terre : car une Église cachée 4 et inconnue est tout aussi bien le corps de Jésus- 4 Christ , son épouse, et son royaume , qu’une Église 4 connue; et enfln, que les promesses de Jésus- 4 Christ demeureraient en leur entier, quand l’É- 4 glise serait tombée dans un si grand obscurcîsse- 4 ment, qu’on ne pdt marquer et dire ; Là est la 4 vraie Église, et là Dieu se conserve des élus. 4
Que devient donc cet aveu formel , que l’Église dans l’Écriture est toujours visible; que les promesses qu’elle a reqnes de Jésus-Christ pour sa perpétuelle durée s’adressent à une Éiglise visible, à une É.gliBequi publie sa foi, à une Église qui a des
• .s;/,r. p. ais. — * JS/rf. p. s. — * ihiti. e. is , p. Ma, c/c. —
’ S/.I//S. xxvni, 10.20. ~ * Sijst. Ibid. p. 22s, 22a. —
‘ e. sao, ssa. — 1 PnJ. ttg. c, 2, p. 18, 18, 2U. — • Sbiil.
, 22, «Oc. Sy>l. p. 021.
' élus et un ministère, » qui le ministère est essentiel, et qui n’est plus une Église, si la profession de la foi lui manque.’On n’en soit rien : le ministre croit tout concilier, en nous disant que pour lui, à la vérité, il croit l'higlise toujours visible, et qu’on peut prouver par riiisloire qu’elle l’a toujours été’. Qui ne voit où il en veut venir ? C’est qu’en un mot s'il arrive qu'un protestant soit forcé d'avouer selon sa croyance que l’Église ait cessé d’étre visible , en tout cas il aura nié un fait; mais il n’aura pas renversé une promesse de Jésus-Christ. Mais c’est là trop grossièrement nous donner le change. Il ne s’agit pas de savoir si l’Église, par bonheur, a toujours duré ju.sqii’ici dans sa visibilité ; mais .si elle a des promesses d’y durer toujours : ni si ,M. Jurieu le croit; mais si M. Jurieu a écrit que tous les chrétiens sont obligés de le croire comme une vérité révélée de Dieu, et comme un article fondamental inséré dans le Symbole. Constamment il l’a écrit , nous l’avons vu ; il le nie aussi clairement, nous le voyons; et il continue à faire voir que la question de l’Église jette les ministres dans un tel désordre, qu’ils ne savent par où en sortir, et ne songent qu’à se laisser quelque échappatoire.
Mais il ne leur en reste aucun , pour peu qu’ils suivent les principes qu’ils ont accordés ; car si l’Église est visible, et toujours visible, par la confession de la vérité; si Jésus-Christ a promis qu'elle le serait éternellement : il est plus clair que le jour qu’il n’est permis en aucun moment de s’éloigner de sa doctrine ; ce qui est dire en d’autres termes qu’elle est infaillible. lai conséquence est trcs-claire; puisque s'éloigner de la doctrine de celle qui enseigne toujours la vérité, ce serait trop visiblement se déclarer ennemi de la vérité même : encore une fois, il n'y a rien de plus clair ni de plus simple.
Voyons néanmoins par où les ministres ont tâché de parer ce coup. Jésus-Christ a promis, disent-ils, un ministère perpétuel, mais non pas un minisléra toujours pur : l’essence du ministère subsistera dans l’Église, parce qu’on gardera les fondements; mais ce qu’on ajoutera par-dessus y mettra de la corruption : ce qui fait dire à M. Claude que In ministère n’en viendra jamais a la soustraction d’une vérité fondamentale ■ , telle qu’on la voit, pare.xemple, danslesocianisme,où la divinité de Jésus- Christ est rejetée; mais qu’il n’y a pas un pareil inconvénient à corrompre par addition les vérités salutaires, comme on a fait dans l’É.glise romaine; parce que les fondements du salut subsistent toujours.
Selon les mêmes principes , M. Jurieu demeure d’accord que Jésus-Christ a promis 4 qu’il y aurait • toujours des docteurs avec lesquels il enseigue- ■ rait, et ainsi que la véritable prédication ne cessc- 4 rait jamais dans son Église’; • m.ais il distingue : il y aura toujours des docteurs avec lesquels Jésus- Christ enseignera les vérités fondamentales, il l'avoue; mais que jamais il n’-/ ait d’erreur dans ce ministère, il le nie : de même, 4 la vraie prédica-
' -Sy*/- /*- 125. PrrJ. 22. - ' ttip. nu dite, de St. de funjas"/ JM/e. — V Spst. p, 2-iS, 2».
• lion ne cessera jamais dans TÊ^ise : nous Ta*
• vouons , répond-il * , si par la vraie prédication on
• entend uue prédication qui annonce les vérités ^ « sentielles et fondamentales; mais nous le nions, « si par la vraie prédication on entend une doctrine
• qui ne renferme aucunes erreurs. «
Pour dissiper tous ces nuages, il n'y a qu*à demander en un mot à ces messieurs où ils ont appris à restreindre les promesses de Jésus-Christ : celui qui est puissant pour empêcher les soustractions, pourquoi ne le sera-t-il pas pour empêcher les additions dangereuses? Quelle certitu^ a-t-on donc que la predicatioq sera plus pure et le ministère plus privilégié du cdté de la soustraction que du côté de l'addition? La parole. Je auit arec vous *, marque une protection universelle à ceux avec qui Jésus- Christ enseigne. Si la durée du ministère extérieur et visible est un ouvrage liumain, il peut également manquer de tous côtés : si pareeque Jésus-Christ s’en mêle selon ses pronwsses, on est assuré que la soustraction n'y a jamais régné, on n'entend plus comment l'addition y pourra régner plus tôt.
Kt certainement il n'est pas possible, en convenant, comme ou fait, que Jésus-Clirist a promis à son Église que la venté y serait toujours annoncée , et qu'il serait eteruellemeniavcc les ministres de la meme Église pour enseigner avec eux, il n’est, dis-je, pas possible qu'il n'ait voulu dire que b vérité qu'il promettait d'y conserver serait pure, et telle qu’il l'a révélée; u'y ayant rien de plus ridicule que de lui faire promettre qu’il enseignerait toujours la vérité avec ceux qui en retiendraient un fond qu'ils inonderaient de leurs erreurs, et même qu'ils détruiraient, comme on le suppose, par la suite inévitable de leur doctrine.
Kn effet , je laisse à juger aux protestants si ces uiagniüques promesses de reudre l’fglise inébranlable dans la visible profession de la vérité sont remplies, dous l'état que le ministre nous a représenté par ces paroles : • ^ious disons que l’Église > est perpétuellement visible ; mais la plupart du
• temps et PüESQVfi toujours elle est plus visible « par la corruption de ses mœurs , par l'addition
• de plusieurs faux dogmes, par la déeliéance « de son ministère , par ses erreurs bt par ses » sUPERSTiTiuns , que par les vérités qu'elle con-
• serve • Si c'est une telle visibilité que Jésus- (Jirist a promise à son Église; si c'est ainsi qu'il promet que la vérité y sera toujours enseignée
il n'y a point de secte, quelque impie qu'elle soit, qui ne puisse se glorifier que la promesse de Jésus- Christ s'accomplit en elle : et si Jésus-Clirist promet seulement d'enseigner avec tous ceux qui enseigneront quelque vérité, de quelque erreur iju'elle soit mêlée, il ne promet rien de plus à son Kglise qu'aux sociniens, aux déistes, aux athées même, puisqu'il u'y en a guère de si perdu qui ne conserve quelque reste de la vérité.
Il est maintenant aisé d'entendre ce que nous avons souvent avancé, que l'article du Symbole, /e
' Sÿit. /». 22». 221». — » Matth, XXVlll. 20. — 1 PrtJ. léy. f. 2t. — * .y.iUk. XVI. IS.
croit r Église catholique et wUoerteUe , emportf nécessairement la foi de son infaillibilité; et qu’il n'y a point dedifférenceentrecroire l'Église cathoH(}tie, et croire à l’Église catholique, c'est-à-dire en approuver la doctrine.
Le ministre s’élève avec mépris contre ce raisonnement de .V. de Meaux t et il y oppose deux réponses*. La première, que l’Église universelle n'enseigne rien; la seconde, que quand on opposerait qu’elle enseignerait la vérité , il tie s'ensuivrait pas qu’elle l’enseignât toute pure.
Mais il se contredit dans ces deux réponses : dans la première , en termes formels , comme on va voir ; dans la seconde, par la conséquence évidente de scs principes, comme on le verra dans la suite.
Écoutons donc comme il [larledans sa première réponse. « [.'Église universelle, dit-il*, dont il
• est parlé dans je Symbole , ne peut , à proprement « parier, ni enseigner ni prêcher la vérité : » et moi je lui prouve le contraire par lui-méme, puisqu'il avait dit, deux pages auparavant, que l'Église à laquelle Jésus-Christ promet une éternelle subsistance, en disant : Les portes d'en/er ne prèraudront point contre eüe^ « est une Église confes- « sanie, une Église qui publie la foi-* : » or cette Église est constamment l'Église universelle, et la même dont il est parlé dans le Symbole : doncn-lglisc universelle, dont il est parlé dans le Symbole, confesse et publie la vérité; et le ministre ne peut plus nier, sans se démentir lui-même, que celte Église tte confeue, qu’elle nenseigne, qu’elle «e prêche la vérité, si ce n'est que b publier et la confesser soit autre chose que la prêcher à tout l'univers.
Mais enfonçons davantage dans 1rs sentiinenu du ministre sur cette importante matière. Ce qu'il répète le plus , ce qu’il presse le plus vivement dans son système, c'est que l'Église universelle n'enseigne rien, ne décide rien, na jamais rendu, ne rendra jamais et ne pourra jamais rendre aucun jugement; et qu'enseigner, décider, juger, c'est le propre des flglises particulières^.
Mais cette doctrine est si fausse, que, pour la trouver convaincue d’erreur, il ne faut que continuer la lecture des endroits où elle est établie ; car voici ce qu'on y trouvera : • Les communions
• subsistantes, et qui font ûgare,8ont les Grecs, « les Latins, les protestants, les Abyssins, les Ar- « méniens, les nestoriens, les Russes. Je dis que
• le consentement de toutes les communions à en- « SEIGKRH certaines vérités , est une espèce do •I JUGEMENT, et de JUGEMENT INFAILLIBUt » Ces communions enseignent donc; et puisque res cominunioQS, selon lui, sont l’Église universelle, il ne peut nier que l'Église universelle n'enseigne ; il ne peut non plus nier qu'elle ne Juge en un certain sens , puisqu'il lui attribue une espèce tie jugement, qui ne peut rien être de moins qu'un HMitimeiil déebré. Voila donc, du consentement du nûnislre, un sentiment déclaré, et encore un sentiment infaillible, de l’Église qu’il appelle universelle.
» 5ÿ*<. /. I, rà. »,p. 2J7. 2ia. — > P. 318. - J /». îis. - • p. 0,3l8,2iJ,2M,2%. —
DES VAUÎATIOWS, LIV. XV
Il poarsuit : • Quand le consentement de l’É- « glise uniferaelle est général dans tous les sîè*
• clés, aussi bien que dans toutes les communions,
• alors je soutiens que ce consentement unanime « fait une démonstration •
Ce li'est pas assez : cette démonstration est fon* dée sur rossistance perpétuelle que Dieu doit, selon lui, à son Église : • Dieu, diMl nk sau-
• SAIT 7EBMETTBE que de grandes sociétés chré-
• tiennes se trouvent engagées dans des erreurs <• mortelles , et qu*eUcs y persévèrent longtemps, t Et un peu apr^ ; • Est-il apparent que Dieu ait « abandonné l'Église universelle à ce point , que « toutes les communions, unanimetnent dans tous « les siècles, aient renoncé des vérités de la dernière « importance? »
De là il suit clairement que le sentiment de TÉglisc universelle est une règle certaiiie de la foi; et le ministre en fait l'application aux deux disputes les plus importantes qui puissent être, selon lui -même, parmi les chrétiens. I<a première p<(t celiedessociniens, qui comprend tant de points essentiels : et sur cela, « on ne peut, dit-tl regar-
• der que comme une témérité prodigieuse et une « marque certaine de réprobation Taudace des so*
• cinicns, qui, dans les articles de la divinité de
• Jésiis-Cliri!>t , de la Trinité des personnes, de la
• rédemption, de la satisfaction , du péché origi- « nel , de la création , de la grAce , de i'iinmortalité
• de TAtne et de réternité des peines, se sont éloi-
• gnés du sentiment de toute l'Église universelle. » Elle a donc, encore uii coup, un sentiment, cette Église universelle ; son sentiment emporte avec soi une infaillible condamnation des erreurs qui y sont contraires, et sert de règle pour la décision de tous les articles qu'on vient de voir.
Il y a encore une autre matière où ce sentiment sert de règle : « Je crois que c'est encore ici la ■ RÈGLE LA PLUS SÛRS pour jtigcr quels sont les
- points fondamentaux , et les distinguer de ceux « qui ne le sont pas ; question si épineuse et si dif*
- ficilc à résoudre : c’est que tout ce »jue les chrétiens
• ont cru unanimement et croient encore partout, « est fondamental et nécessaire au salut. »
Cette règle n'est pas seulement assurée et claire , mais encore très-sufflsante; puisque le ministre, après avoir dit que la discussion dea textes, des versions, des interprétations de ri*xriture, et même la lecture de ce divin livre, n'est pas nécessaire au Adèle pour former sa foi , conclut enfin « qu'une « simple femme qui aura appris le Symbole des apd- « très, et qui l’entendra dans le sens de l'Église uni-
• verseile (en gardant d’ailleurs les commandements « de Dieu), sera peut-être dans une voie plus sûre
• que les savants qui disputent avec tant de capa- « cité sur la diversité des versions »
Il y a donc des moyens aisés pour connaître œ que croit l’Église universelle, pnisquecette connaissance peut venir jusqu’à une simple femme. Il y a de la sûreté dans cette connaissance, puisque cette
simple femme se repose dessus : il y a enfin une entière suffisance, puisque celte femmen’a rien à recherrher davantage , et que, pleinement instniite sur la foi, elle n’a plus à songer qu’à bien vivre. Cette croyance n’est ni aveugle ni déraisonnable, puisqu’elle se fonde sur des principes clairs et sûrs, et qu’en effet quand on est faible , comme nous le sommet tous, la souveraine raison est de savoir à qui il faut m fier.
Mais poussons encore plus loin ce raisonnement. Ce qui , «I matière de foi , fait une certitude absolue, une certitude de démonstration, et fa meiilettre régie pour décider les vérités, doit être clairement fondé sur la parole de Dieu. Or est-il que cette espèce d’infaillibilité, que le ministre attribue à l’Église universelle, emporte une certitude absolue et une certitude de démonstration; et c'est la plus sûre régie pour décider les vérités les plus essentielles et à la fois les plus épineuses : elle est donc clairement fondée sur la parole de Dieu.
Lors donc que dorénavant nous presserons les protestants par l'autorité de l'Église universelle ; s'ils nous objectent que nous suivons l’autorité et les traditions des hommes, leur ministre les confondra, en leur disant avec nous que suivre l’Église universelle, ce n’est pas suivre les hommes, mais Dieu même, qui l’assiste par son Esprit.
Si le ministre répond que nous ne gagnons rien par cet aveu, puisque l'Église où il reconnaît cette infaillibilité n'est pas la nôtre, et que toutes les communions chrétiennes entrent dans la notion qu'il nous donne de l'Église : il n’en sera pas moins confondu par ses propres principes ; puisqu’il vient de mettre parmi les conditions de la vraie foi , qu'il faut entendre le Symbole dans le sens de r/Cglise universelle. Il faut done entendre en ce sens l'article du Symbole où il est parlé de l’Église universelle elle-même. Or est-il que l'f^lise universelle n’a jamais cm que l'Église universelle fût l'amas de toutes les sectes clirétiennes : le ministre ne trouve point cette notion dans tous les lieux , ni dans tous les temps; il est au contraire demeuré d'accord que la notion qui réduit l'Église à une parfaite unité, en excluant de ta communion toutes les sectes , est de tous les siècles, et même des trois premiers* : il l’a vue dans les deux conciles dont U reçoit les SymlK>les, c'est-à-dire dans celui de Micée et dans celui de Constantinople. Ce n'est donc point en ce sens, mais au nôtre, que \a simple femme , qu'il fait marcher si sûrement dans la voie du salut, doit entendre dans le Symbole le mot d'Églisa universelle; et quand cette bonne femme dit qu’elle y croit, elle est obligée de regarder une certaine communion que Dieu aura distinguée de toutes les autres, etqui ne contient en son unitéque les ortliodoxes : communion qui sera le vrai royaume de Jé- I 6U8-Christ parfaitement uni en soi-méme, et opposé I au royaume de Satan , dont le caractère est la désu- I nion * , comme on a vu.
I Que si le ministre croit se sauver en répondant
• SyiL p. 137. - * Ihid. — > Ibid. — ' Ibid. /. iii, c. 4, I * Ci demHi, dans ce même livre, p. I4S etttiir. — ’ Lut. p. 46^. kl. 17.
inSTOlUK
que quand nous aurions prouvé qu’il y a une communion de cette sorte , nous n’aurions encore rien fait, puisqu’il nous resterait à prouver que cette communion est la nôtre; j’avoue qu’il y aurait encore quelques pas à faire avant que d'en venir jusque-là : mais en attendant que nous le fassions, et que nous forcions les ministres à les faire selon ses principes, nous trouvons déjà dans ses principes de quoi rejeter son l^^lise. Car lorsqu'il nous a donné pour règle ce que l’Église universelle croit partout unanimement, de peur de comprendre les sociniens dans cette Église universelle dont il leur opposait l’autorité , il a réduit l’Église aux communions qui sont anciennes et étendues •, en excluant les sectes qui n’ont ni l’un ni l’autre de ces avantages, et çu/ pour cette raison ne pouvaient être appeiées ni communions, ni -communions chrétiennes. Voilà donc deux grands caractères que doit avoir, selon lui, une communion, pour mériter d'élre appelée chrétienne, taniiquité et t'étendue :or est-il qu’il est bien constant que 1rs Églises de la réforme n’étaient au commencement ni anciennes ni étendues, non plus que celles des sociniens et des autres que le ministre rejette : elles n’étaient donc ni Églises, ni communions : mais si elles ne l’étaient pas alors, elles ne l’ont pu devenir depuis ; elles ne le sont donc pas encore, et , selon les règles du ministre, on n'en peut trop tôt sortir.
Il ne sert de rien de répondre que ces Églises avaient leurs prédécesseurs dans ces grandes sociétés qui étaient auparavant, et qui conservaient les vérités fondamentales; car il ne tient qu'aux sociniens d’en dire autant. Le ministre les presse en vain par ces paroles : « Que ces gens nous mon- « trent une communion qui ait enseigné leur dog-
• me. pour trouver la succession de leur doc-
• trine, ils commencent par un Cérinthus; ils « continuent par un Artémon, par un Paul de Sa- « mosate, par un Photin, et autres gens sembla- « blés, qui n’ont jamais assemblé en un quatre mille « personnes, qui n’ont jamais eu de communion,
« et qui ont été l’abomination de toute l'Église >. > Quand le ministre les presse ainsi , il a raison dans le fond ; mais il n’a pas raison selon ses principes, puisque les sociniens lui diront toujours que le seul fondement du salut , c’est de croire un seul Dieu, et un seul Christ médiateur; que c’est l’unité de ces dogmes, où tout le monde convient , qui fait l’unité de l’Église; que les dogmes surajoutés peuvent bien faire des confédérations particulières, mais non pas un autre corps d' Église universelle ; que leur foi a subsisté et subsiste encore dans toutes les sociétés chrétiennes; qu’ils peuvent vivre parmi les calvinistes, comme les prétendus élus des calvinistes vivaient dans l'Église romaine avant Calvin; qu’ils ne sont non plus obligés à montrer ni à com|>tor leurs prédécesseurs, que les luthériens ou les calvinistes; qu'il n’est pas vrai qu'ils aient été /'ahomination de toute l'Église, puisque, outre qu’ils en étaient, toute TÉglise n’a jamais pu s'assembler contre eux; que toute l'Église n enseigne rien, ne
* SÿU. /. 11^ ‘iW. — * Ibtd.
décide r'ten , ne déteste rien ; que toutes ces fonctions n’appartiennent qu’aux Églises particulières ; qu'on a tort de leur reprocher la clandestinité , ou plutôt la nullité de leurs assemblées;*que celles des luthériens ou des calvinistes n’étaient pas d’une autre nature au commencement ; qu'à cet exemple ils s'assemblent lorsqu’ils le peuvent, et où iis eu ouC la liberté; que si d'autres Tout arrachée par des guerres sanglantes, leur cause n’en est pas meilleure; et qu’en quelque sorte qu'on obtienne du prince ou du magistrat une telle grâce, soit par négociation ou par force, y attacher le salut , c'est faire dépendre le christianisme de lo politique.
Après les grandes avances que le ministre vient de faire, pour peu qu’il voulût s'entendre lui-méme , il serait bientôt de notre avis. Le sentiment de l’Église universelle, c’est une règle; c’est une règle certaine contre les sociniens : il faut donc pouvoir montrer une Église universelle où les sociniens ne soient pas compris. Ce qui les en exclut , c’est le défaut d’étendue et de succession : il faut donc leur pouvoir montrer une succession qu’ils ne puissent trouver parmi eux : or ils y trouvent manifestement la même succession dont les calvinistes se vantent, c'est-à-dire une succession dans tes principes qui leur sont communs avec les autres sectes : il faut donc en pouvoir trouver une autre; il iaut, dis-je, pouvoir trouver une succession dans les dogmes particuliers à ia secte dont on veut établir l'antiquité. Or cette succession ne convient pas aux calvinistes, qui dans leurs dogmes particuliers n'ont pas plus de succession ni d’antiquité que les sociniens ; il faut donc sortir de leur Église , aussi bien que de l’I'lglise socinienne : il faut pouvoir trouver une antiquité et une succession meilleure que celle des uns et des autres. En ia trouvant, cette antiquité et cette succession, on aura trouvé la certitude de la foi : on n'aura donc qu’à se reposer sur les sentiments de l'f^lise et sur son autorité; et tout cela qu'est-ce autre chose, je vous prie , que de
recoimaitrel’Église infaillible? Ceministrenouscon-
duit donc par une voie assurée à l'iiifaillibilité de l’Église.
Je sais qu’il use de restriction. « L’Église uni- « verselle , dit-il ' , est infaillible jusqu'à un certain • degré, c’est-à-dire jusqu’à ces bornes qui divisent « les vérités fondamentales de celles qui ne le sont « pas. • Mais nous avons déjà fait voir quecette restriction est arbitraire.Dieu ne nous a point expliqué qu’il renfermât dans ces bornes l'assistance qu’il a promise à son ^lise, ni qu’il dût restreindre ses promesses au gré des ministres. 11 donne son Saint- Esprit , non pas pour enseigner quelque vérité , mais pour enseigner toute véHté • ; parce qu’il n’en a point *■, révélé qui ne fût utile et nécessaire en certains cas. Jamais donc il nepemiettra qu’aucune de ces vérités s'éteigne dans le corps de i'f^lise universelle.
Ainsi, quelle que soit la doctrine que je montrerai une fois universellement reçue, il faut que le ministre la reçoive selon ses principes : et s’il croit se sauver en répondant que cette doctrine, par excmplo
* Sÿsi. î. », c. I, t>. ne. — ^ joa». XVI, la.
DES VARIATIONS, LIV. XV
la transsubstantiation^ le sacrifice , l'invocation des saints , l'honneur des images , et les autres de cette nature, se trouvent en effet dans toutes les communions orientales aussi bien que dans l'Eglise d'Occident, mais qu'elles n'y ont pas toujours été , et que c'est dans cette |)erpétuité qu’il a mis le fort de sa preuve et l’infaillibilité de l'flglise universelle, il ne s'est pas entendu lui-méme ; puisqu’il n’a pu croire dans l’Eglise universelle une assistance perpétuelle du Saint-Esprit, sans comprendre dans cet aveu non-seulement tous les temps ensemble , mais ei>core chaque temps en particulier; cette perpétuité les enfermant tous : d'où il s’ensuit qu’entre tous les temps de la durée de l’Église, il ne s'en pourra jamais trouver un seul où l’erreur dont le Saint-Esprit s’est obligé de la garder prévale. Or on a vu que le Saint-Esprit s'est également obligé de la garder de toute erreur, et pas plus de l'une que de l'autre ; il n'y en aura doue jamais aucune.
Ce qui fait ici hésiter les adversaires , c’est qu’ils n'ont qu'une foi .humaine et chancelante. Mais le catholique, dont la foi est divine et ferme, dira sans hésiter : Si le Saint-Esprit a promis à l’Eglise universelle de l'assister indéfiniment contre les erreurs, donc contre toutes; et si contre toutes, donc toujours : et toutes les fois qu’on trouvera en un certain temps une doctrine établie dans toute l'Eglise catholique , ce ne sera jamais que par erreur qu'on croira qu'elle est nouvelle.
Nous le pressons trop, dira-t-il, et enfin nous le forcerons à abandonner sou principe de l'infaillibilité de l’Église universelle. A Dieu ne plaise qu’il abandonne un principe si véritable, ni qu’il se plonge dans tous les inconvénients qu'il a voulu éviter en l’établissant! carJI lui arriverait ce que dit saint Paul : Si je rebétU ce quej'aiaba/tu, je me rends moi-méme précaricaieur • . Mais puisqu’il a commencé à prendre une médecincsi salutaire, il faut la lui faire avaler jusqu’à la dernière goutte, quelque amère qu’elle lui paraisse maintenant ; c'esti^ire, qu’il faut du moins lui marquer toutes les conséquences nécessaires de la vérité qu’il a une fois reconnue.
Il s’embarrasse sur l'infaillibilité des conciles universels : mais premièrement quand il n’y aurait point de conciles , le ministre demeure d’accord que le coosentemeot de l’Eglise, même sans être assemblée, servirait de règle certaine. Son consentement pourrait être connu , puisqu'on suppose qu’à présent U l’est assez pour condamner les socinieiis, et pour servir de règle immuable dans les questions les plus épineuses. Or, par le même moyen qu'on condamne les socinieos ,on pourra aussi condamner les autres sectes. Et, en effet, on ne peut nier que sans que toute l'Église fût assemblée, elle n’ait suffisamment condamné Novatien, Paul de Samosate , les manichéens, les pélagiens , et une infinité d'autres sectes. Ainsi , quelque secte qui s’élève , on la pourra toujours condamner comme on a fait celles-là, et l’Eglise sera infaillible dans cette condamnation, puisque son consentement servira de
' Gut. Il, is. I
règle. Secondement , en avouant que l'Église universelle est infaillible, comment ne le seront point les conciles qui la représentent, qu’elle reçoit, qu’elle approuve , et où on n’a fait autre cliose que porter ses semiinents dans une assemblée légitime?
Mais cette assemblée est impossible , parce qu'on ne peut assembler tous les pasteurs de l'univers , et qu'on peut encore moins assembler tant de communions opposées. Quelle chicane! S'est-on jamais avisé de demander pour un concile occumé nique que tous les pasteurs s’y trouvassent? N’estce pas assez qu'il en vienne tant, et de tant d'endroits, et que les autres consentent si évidemment à leur assemblée , qu'il sera clair qu'on y a porté le sentiment de toute la terre? Qui pourra donc refuser son consentement à un tel concile, sinon celui qui dira que Jésus-Cbrisl, contre sa promesse , a abandonné toute l’Église? Et si le sentiment de l’Egliso avait tant de force pendant qu'elle était répandue, combien plus en aura-t-elle étant réunie!
Pour ce que dit le ministre sur les communions opposées, je n'ai qu'un mot à lui dire. Si l'Eglise universelle est infaillible dans les communions opposées , elle le serait beaucoup davantage en demeurant dans son unité primitive. Prenous-la donc en cet état ; assemblons*en les pasteurs au troisième siècle, avaut que l’Eglise se fdl gâtée, avant, si Ton veut, que Novatien se fût séparé : il faudra reconnaître alors que, pour ein|)êcher le progrès d'une erreur, l'assemblée d'une tel concile sera un secours divin. Supposons maintenant ce qui est arrivé : un superbe Novatien se fait évêque dans un siège déjà rempli , et fait une secte qui veut réformer l'Eglise ; on le citasse, on l'excommunie. Quoi ! parce qu'il continue à se dire chrétien , il sera de l'Eglise malgré qu’on en ait? Parce qu’il poussera son audace jusqu’aux derniers excès, et qu'il ne voudra écouter I aucune raison, l'Eglise aura perdu sa première unité, et ne pourra plus s’assembler, ni former un concile universel, que cet orgueilleux ne le veuille? I.a témérité aura-t-elle tant de pouvoir ? et ne tiendrat-il qu’à couper une branche , et encore une branche pourrie, pour dire que l'arbre a perdu son unité et sa racine?
Il est donc incontestable que malgré un Novatien , malgré un Donat, malgré les autres esprits également contentieux et déraisonnables, l'Eglise pourra s’assembler en concile œcuménique. Que dis-je, elleie pourra ? elle l'a fait , puisque maigre Novatien , malgré Donat , on a tenu le concile de Nicée. Qu'il y fallût appeler, et, qui pis est, y faire venir actuellement les sectateurs de ces hérésiarques pour tenir légitimement cette assemblée , c'est à quoi on ne songea seulement pas. S'aviser maintenant de cette chicane , et treize cents ansaprès que tout le monde, à la réserve des impies, a tenu ce saint concile pour universel , soutenir qu’il ne l’était pas, et qu’il n’était pas possible à l'Eglise catholique de tenir un tel concile , à cause qu'on ne pouvait pas y assembler les rebelles qui avaient injustement rompu l’unité, c’est vouloir la faire dépendre de ses ennemis, et punir leur rébellion sur elle même.
T>F.S VARIATIONS, T.IV. XV
2tS
ratent infaillibles : or parles principes de son Kslise ils sont jiiiies : il faut donc que le ministre eondaiiino ou lui-méuie, ou sou Église, s’il n'«ivoiie l’infaillibilité des conciles, du moins de ceux où se trouve la dernière et (inale résolution : mais quand il aurait dté aux pasteurs assemblés le titre déjugés, pour ne leur laisser que relui d'experts, les conciles n'en demeureront que mieux autorises par sa doctrine; puisqu’il n'y a point d'homme de bon sens qui ne se tint pour le moins aussi téméraire de ré- ■ister au sentiment de tous les experts, qu’à une sentence de tous les juges.
Il n’est pas moinseml>arras$édes lettres de soumission que les députés de tous les synodes provinciaux devaient porter au national en bonne forme, et en ces termes : « Nous promettons devant ■ Dieu de nous soumettre à tout ce ({ui sera conclu
• et résolu dans votre sainte assemblée, persuades
• que nous sommes que Dieu y présidera, et vous « conduira par son Saint-Kspril en toute vérité et
• rijuité , par la règle de sa parole » Les dernicrcs paroles démontrent qu'il s'agissait de religion; et on ne sait plus ce que c'est que d’etrejuges, et encore juges souverains , si des gens à qui on fait un tel serment ne le sont pas. Nous avons montré ailleurs * qu'on l'exigeait en toute rigueur; que plusieurs provinces furent eensurces pour avoir fait üifikullé de se soumettre a la clause d'approbation , de soumission et ü'obêissaHcc; et qu'ou eUiit oblige a la faire en propres termes a tout ce qui serait coni'tu et arrêté f sans condition ou modification. Os paroles sont si pressantes, qu’apres s'élre longtemps tourmenté a les expliquer, M. Juricu, à la ün,en vient à dire qu'on promet celte .wumistion sous tes réglements de discipline qui regardent des choses indifjérenles^ ^ ou en tout cas sur des controverses moins importantes, qui ne détruisent : ni ne blessent le fomtement de ta fui de sorte, conclut-il, « qu'il n'e.st pas étrange qu'en ces « sortes de choses on rende nu synode une entière
• soumission; parce que, dans les controverses qui
• ne sont pas de la dernière iiiqmrtance , on doit
• sacrilier des vérités au bien de la paix. •
Sacrifier des vériléjj, et des vérités révélées de
Dieu : ou l'on ne s'entend pas, ou l'on blasphème. Sacrifier ces célestes vérités; si c'est à dire les noiiecr, et en souscrire la condamnation, c'est le blasphème. Il n'y a aucune vérité révélée de Dieu qui ne mérite qu'on se sacHGe pour elle, loin de les sacrilier elles-mêmes. Mais peut-i'tre que les s,icrifier, c'est se taire. L’expression est bien violente. Passons néanmoins, iKUirvu qu’on se contente de notre silence : m.ii.s le synode viendra après sa dernière et finale résolution vous pri*ssiT, en vertu de b Discipline et de votre propre serment, a acquiescer de point en point, et arec exprès désacen de votre opinion bien enregistrée , aGn qu'il n’y ait point d'é(|uivoques , à peine d'etre retranché du peuple de Dieu , et tenu pour un païen. Que ferez-vous, si vous ne savez faire céder votre jugement à celui
tie rPglise? Certainement ou vous souscrirez, et vous trahirez votre conscience, ou bientôt vous serez tout seul toute votre Église.
Au reste, quand le ministre nous dît que les points de controverse que l'on soumet au synode ne sont pas ceux qui sont contenus datu la Confession de foi * , il ne songe pas combien de fois on a voulu la changer dans des articles importants, pour complaire aux lutliériens. Bien plus, il aoubiié la coutun>e detou.s les synodes, où le premier point qu'on met en dclilkration est toujours, en relisant In Confession de foi, d’examiner s'il n'y a rien à y corriger. Le fait a été posé, et n’a pas été nié par M. Claude * ; et d'ailleurs il est constant par les actes de tous les synodes. Qui s'étonnera maintenant qu'on ait tout changé dans la nouvelle réforme, ptiisqu'après t.int de livres et tant de synodes, ils en sont encore tous lesjours à délibérer sur leur foi?
Mais rien ne fera mieux voir la faible constitution de leur Église que le changement que je vais raw>nter. Il n'y a rien de plus essentiel ni de plus fondamental parmi eux, que d'obliger cliacun à former sa foi sur In lecture de l'Écriture. Mais une seule demande qu'on leur a faite à la fin les a tirés de ce pritïcipe. ()n leur a donc demandé quelle était in foi de ceux qui n'avaient encore ni lu ni ouï lire rÉcriture sainte, et qui allaient commencer cetto lecture. Il n’en a pas fallu davantage pour les jeter dans un désordre manifeste. De dire qn’en cct état on n'ait point de fui , avec quelle disposition etdans quel esprit lira-t-on donc rÉcriture sainte ? Mais si on dit qu'on en ait, où l'a-t-on prise? Toulce qu’on a ru à rc|K>ndrc, c’est « que la doctrine chrétienne
• prise en son tout se fait sentir cile-méine; que
• pour faire un acte de foi sur la divinité de l'Écri-
• ture, il n'esl pas nécessaire de l'avoir lue; qu’il suf- « (il d'avoir lu un sommaire de la doctrine chrétienne, m sans entrer d.ms le détail que les peuples qui « n'avaient pas rÉcriture sainte ne laissaient pas de
• pouvoir cire bons chrétiens; que la doctrine de « l'Évangile fait sentir sa divinité au simple , indé- « {K'iidamment du livre où elle est contenue; que
• quand même cette doctrine serait mêlée à des inu-
• tilités et à des choses peu divines, la doctrine
• pure et céleste qui y serait mêlée se ferait pour-
• tant sentir ; que la conscience goûte la vérité , et « qu’ensuitc le Gdèle croit qu'un tel livre est cano- ■ nique, à cause qu’il y a trouvé les vérités qui le
• touchent ; en un mol , qu’on sont la vérité comme
• nn sent la lumière quand on la voit, la chaleur
• quand on est auprès du feu, le doux et l'amer n quand on en mange «
C'ebit autrefois un embarras înexplicable aux ministres de répondre à cette demande : S'il faut former sa foi sur les Écritures, faut-il en avoir lui tous les livres? Kt s'il suffît d'en avoir lu quelquesuns, quels sont les privilégiés qu'il faille lire plutôt que les autres pour former sa foi? ISIais on s'est tiré de peine en disant qu*bn n’a pas même besoin d'en lire aucun; et on est ailé si avant, qu'on fait
• Piâcip. p. Ml. — • F.rpoa. m. |tt. Conf. nufC M. C/audr , m. 1,3. /». 27u,î7l.
Siitf. p. ÎTO. — * Hif/tfx. sur un écrit dt M. Claude, n. a ^ Syisi. p i'JH — ' Ibid. p. itiS tt (Mir.
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former sa croyance à un fidèle sans qu il sache quels sont les lirres inspirés de Dieu.
On s’était trop engagé dans la Confession de loi, lorsqu'on avait dit , en parlant des livres divins ,
« qu'on les connaissait pour canoniques , non tant « par le consentement de l’Église, que par le té- ■ moignage et la persuasion intérieure du Sainl-Es- • prit'. • Il paraît que les ministres sentent maintenant que c’est là une illusion , et qu en effet il n’y avait aucune apparence que les fidèles avec leur goût intérieur, et sans le secours de la tradition, fussent capables de discerner le Cantique des cantiques d’avec un livre profane , ou de sentir la divinité des premiers chapitres de la Genèse, et ainsi des autres, \ussi établit-ou maintenant lyiic itxtxmen de la question des livres apocryphes n'est pas nécessaire au jteuple‘- M. Jurieu a fait un chapitre exprès pour le prouver^ -, et , sans qu’il soit besoin de se tourmenter ni des canoniques, ni des .apocryphes, ni de texte, ni de version, ni de discuter l’Érriture, ni de la lire, les vérités ehrétiennes, pourvu qu’on les mette ensemble, se font sentir par elles-mêmes , comme on sent le froid et le chaud.
M. Jurieu dit tout cela ; et ce qu’il y a de plus remarquable estqu’il ne ledit qu’aprèsM. CiaudeJ; et puisque ces deux ministres ont concouru ensemble dans ce point, c’est-à-dire qu’il n’y avait pour le parti que ce seul refuge ; arrêtons-nous un molient pour considérer d’où ils sont partis , et où ils viennent. Les ministri-s établissaient autrefois la foi par les Écritures : ils composent maintenant la foi sans les Écritures. On disait dans la Confession de foi, en parKantde l’Élcriture , que taules choses doivent Cire examinées , réglées el réformées selon elle* : maintenant ce n’est pas le sentiment qu’on a des choses qui doit être éprouvé par rÉcriture , mais l’flcriture elle-même n’est comme ni sentie pour Écriture que par le sentiment qu’on a des choses avant que de connaître les saints livres; et la religion est formée sans eux.
On regardait, et avec raison, comme un fanatisme et comme un moyen de tromjier, ce témoignage du Saint-Esprit qu’on croyait avoir sur les saints livres, pour les discerner d'avec les autres; parce que ce témoignage n’étant attaché à aueune preuve positive, il n’y avait personne qui ne pilt ous’èn vanter sans raison, ou même se l’iniagiiier sans fondement. Mais maintenant voici bien pis ; au lieu qu’on disait autrefois : Soyons ce qui est écrit, et puis nous croirons ; ce qui était du moins commencer par quelque chose de positif et par un fait constant ; maintenant on commence par sentir les choses en elles-mêmes, comme on sent le froid et le chaud, le doux et l’amer; et Dieu sait , quand on vient après à lire l’Écriture sainte en cette disposition, avec quelle facilité on la tourne à ce qu’on tient déjà pour aussi certain que ce qu’on a vu de ses deux yeux et touché de ses deux mains.
' Canfen. art. S. — * Sytt.l. III. V. 3, p 4S2. — ï Ibid, eh. 3,3. - ‘ Oej. de ta Ref. II. part. c.9,p. 3M et fine. — s Canfest. de /al , art. 6.
•Selon celte présupposition que les vérités nécessaires au salut se font sentir par elles-mêmes , Jésus- Christ n’avait besoin ni de miracles , ni de prophéties : Moïse en aurait été cru , quand la mer Rouge ne se serait pas ouverte , quand le rocher n’aurait pas jeté des torrents d’eaux au premier coup de la baguette : il n’y avait qu’à proposer l’Évangile ou la Loi. Les Pères de Nicée et d’Ëphèse n’avaient non plus qu’à proposer la Trinité et l’incamation , pourvu qu’ils les proposassent avec tous les autres mystères : la recherche de l’Écriture et de la tradition, qu’ils ont faite avec tant de soin , ne leur était pas nécessaire : à la seule proposition de la vérité, la grâce la persuaderait à tous les fidèles : Dieu iiuspire tout ce qu’il lui plaît à qui il lui plaît , et l’inspiration tonte seule peut tout.
Ce n’était p.as de quoi on doutait, et la toulepui.ssancede Dieuéuit bien connue par les catholiques , aussi bien que le besoin qu’on avait de sou inspiration et de sa grâce. Il s’agissait de trouver le moyen extérieur dont elle se sert , et auquel il a plu à Dieu de l'attaeher. On peut feindre ou imaginer qu’on est inspiré de Dieu, sans qu’on le soit en effet; mais on ne peut pas feindre ni imaginer que la mer se fende , que la terre s’ouvre , que des morts ressuscitent , que des aveugles-nés reçoivent la vue ; qu’on lise une telle chose dans un livre , et que tels et tels qui nous ont précédés dans la foi l’aient ainsi entendue, que toute l’Église croie etqu’elic ait toujours cru ainsi. Il s’agit donc de savoir, non pas si ces moyens extérieurs sont suffisants sans la grâce et sans l’inspiration divine; car |versonne ne le prétend : mais si , pour empêcher les hommes de feindre ou d’imaginer une inspiration , ce n’a pas été l’ordre de Dieu et sa conduite ordinaire, de faire marcher son Inspiration avec certains moyens de fait que les hommes ne pussent ni feindre en l’air sans être convaincus de faux, ni imaginer par illusion. Ce n'csl pas ici le lieu de déterminer quels sont ces faits, quels ces moyens extérieurs, quels ces motifs de croyance; puisque déjà il est bien constant qu’il y en a quelques-uns : car le ministre en est convenu;il est, dis-je, convenu, non-seulement qu’il y a de ces faits constants, mais encore que cfts faits constants jwuvenl servir de rêjtle infaillible. Par e.xemple, selon lui , c’est un fait constant que n^gUse chrétienne a toujours cru la divinité de Jésus-Christ, rimmorlalité de rôme et réleniité des peines, avec tels et tels autres articles : mais ce fait constant , selon lui , est une règle infaillible, et la meilleure de toutes les règles, non-seulement pour décider tous ces articles , mais encore pour résoudre l’obscure et épineuse question des points fondamentaux. Nous avons vu les passages où le ministre l’enseigne et le prouve* : mais quand il l'enseigne ainsi , et qu’il veut que la plus sûre règle y pour juger ces importantes et épineuses questions , soit ce consentement universel; en proposant ce motif extérieur, qui, selon lui, emporte démonstration, U n'a pas prétendu exclure la grâce, cl l'inspiration au dedans : la quefiio»
* Ci-dettus. tiv. xv.
DRS VARIATIONS, LIV XV
est de savoir si Tautorité de ri%g]ise, qui, jointe à la grâce de Dieu , est un motif sufüsant , et la plus tûre de toutes tes régies sur certaines questions , ne le peut pas être en toutes ; et si mettre une inspi* ration détachée de tous ces moyens extérieurs , et dont on se donne soi-mêine et son propre sentiment pour caution à soi et aux autres , n’est pas le plus assuré de tous les moyens qu'on puisse fournir aux trompeurs , et la plus sûre illusion pour outrer les entêtés.
Après avoir mis dans la tête d’un peuple qu’il est particulièrement inspiré de Dieu, il n'y a pour l'achererqu’à lui dire encore qu'ii se peut faire à son gré des conducteurs , déposer tous ceux qui sont établis, en établir d’autres qui n'agissent que par le pouvoir qu'il leur a donné. C'est ce qu’on a fait dans la réforme. M. Claude et M. Jurieu s’accordent encore dans cette doctrine.
L’ftglise catholique parle ainsi au peuple chrétien : Vous êtes un peuple, un Ktat et une société : mais Jésus-Christ qui est votre roi ne tient rien de vous, et son autorité vient de plus haut : vous n’avez naturellement non plus de droit de lui donner des ministres, que de l’instituer lui-mème votre prince : ainsi ses ministres, qui sont vos pasteurs, vieonent de plus haut comme ]ui-métne,et il faut qu’ils viennent par un ordre qu’il ait établi. Le royaume de Jésus-Christ u’est pas de ce monde , et la comparaison que vous pouvez faire entre ce royaume et ceux de la terre est caduque ; en un mot , la nature ne vous donne rien , qui ait rapport avec Jésus-Christ et son royaume , et vou.s n’avez aucun droit, que celui que vous trouverez dans les lois ou dans les coutumes immémoriales de votre .société. Or ces c.outuines immémoriales, h commencer par les temps apostoliques, sont que les psteurs déjà établis élahlissent les autées : tlisezj disent les apôtres, et nous élablirons ' : c’était à Tite à établir les pasteurs de Crète; c’est de Paul, établi par Jésus-Christ, qu’il mi avait rei^u le pouvoir. Je vous ai, dit-il * ^laissé en ('rèle pour y établir des prêtres par tes villes, selon tordre que je vous en ai donné. Au reste , ceux qui vous flattent delà pensée que votre consentement est absolument nécessaire pour établir vos pasteurs , ne croient pas ce qu’ils vous disent; puisqu'ils reconnaissent pour vrais pasteurs ceux d’Angleterre, quoique le peuple n'ait aucune part à leur élection. T/exeinpIede saint Matthias, élu extraordinairement par un sort d ivin, ne doit pas être tiré à conséquence ; et néanmoins tout ne fut pas permis au peuple; et ce fut Pierre, pasteur déjà établi par Jésus-Christ, qui tint l’assemblée ; aussi ne fut-ce pas l’élection qui établit Matthias; ce fut le ciel qui se déclara. Partout ailleurs l’autorité d’établir est déférée aux pasteurs déjà établis; le pouvoir qu’ils ont d’en haut est rendu sensible par l’imposition des mains, cérérrtonie réservée à leur ordre. C’est ainsi que des pasteurs s'enlre-suivent : Jésus-Christ, qui a établi les premiers, a dit qu’il serait toujours avec ceux à qui Us transmettraient leur pouvoir : vous ne pouvez prendre de pasteurs que dans cette
succession ; et >vus ne devez non plus appréhender qu’elle manque que l’Église même, que la prédication, que les sacrements.
Voilà comme on parle dans l’Église; et les peuples ne présument pas au‘des.sus de oequi leur est donné : mais la réforme leur dit tout (e contraire : En vous, leur dit-elle, est la source du pouvoir céleste : vous pouvez non-seulement présenter, mais étiblir les pasteurs. S’il fallait prouver ce pouvoir du peuple par les Écritures , on y demeurerait court. Pour se di.spenser de cette preuve , on dit au peuple que c’est un droit naturel de toute sociéui ; ainsi que pour en Jouir on n’a pa.s besoin de l'Écriture, et qu’il suffît qu'elle n’ait pas révoqué le droit que la nature a donné. I,e tour est adroit, je le confesse; mais prenez-y garde , ô peuples qui vous flattez de cette pensée. Pour se faire un nuitre sur la terre, il suffît de le reconnaitre pour tel; et chacun porte ce pouvoir dans sa volonté. Mais il n’en est pas de même pour se faire un Christ, un Sauveur, un Roi céleste, ni pour lui donner ses ofQciers. Et en effet, leur imposerezvous les mains, vous peuples, à qui l’on dît qu’il appartient de les établir? Ils n'osent: mai.s on les rassure, en leur disant que cette cérémonie d’imposer les mains n’est pas nécessaire. Quoi donc ! ii’estce pas assez, pour la juger nécessaire, qu’un la trouve si souvent dans l’Écriture, et qu'on ne Irouve ni dans l’Écriture, ni dans toute la tradition, que jamais il y ait eu pasteur établi d’une autre sorte, ni qu’il y en ait un seul qui n'ait été fait par les autres? N'importe, faites toujours, ô peuples! croyez que le pouvoir de lier et de délier, d’établir et d^étruire est en vous , et que vos pasteurs n’oiit (le pouvoir ()ue comme vo.s représentants ; que l'autorité de leurs synodes vient de vous; qu’ils ne sont que vos délégués : croyez, dis-je, toutes ces choses , encore que vou.s n’en trouviez pas un seul mol dans l’Écriture; et croyez surtout que lorsque vous vous croirez inspirésde Dieu pour reformer l’Église, dès que vous serez assemblés en quoicjue manière que ce soit, vous pouvez faire ce' qu'il vous plaira de vos pasteurs, sans que personne puisse vous ôter cette liberté, à cause qu'elle e.st naturelle. Voilà comnae on prêche la réforme; c’est ainsi qu'on met en pièces le christianisme, et qu’on prépare la voie à l’Antéchrist.
Avec de telles maximes et un tel esprit (car, encore qu’il se déclare plus clairement dans nos jours, le fond en a toujours été dans la réforme), il ne faut plus s’étonner de l’avoir vu se précipiter dès son origine de changement en changement, ni d’avoir vu naître de son sein tant de sectes de toutes les sortes. M. Jurieu a osé répondre qu’en cela comme en tout le reste, elle ressemble à l’Église primitive ’. En vérité, c’est trop abuser delà crédulité des peuples , et du nom vénérable do l’ancienne Église. Les sectes qui l'ont déchirée ne sont pas la suite ni un efîet naturel de sa constitution. Deux sortes de sectes se sont élevées dans l'ancien christianisme : les unes purement païennes dans leur
' ft'ut. dn Cal. 1. part. rA. 4.
' .h t. VI, «. 7. - » Tit, ï. »
fond, comme celles de? Valentiniens, des simoniens, des manichéens, elles autres semblables, ne se sont ranjjées en appa-ence au nombre des chrétiens que pour se parer du grand nom de Jésus-Christ; et ces sectes n'ont rien de commun avec celles des derniers siècles. autres sectaires pour la plupart sont des chrétiens qui , n’ayant pu porter toute la hauteur et, pour ainsi dire, tout le poids de la foi, ont cherché à décharger la raison tantôt d'un article, tantôt d'un autre : ainsi les uns ont ôté la divinité à Jésus-Christ ; les autres, ne pouvant unir la divinité et l’humanité , ont comme mutilé en diverses sortes l'une ou l'autre. C'est dans des tentations semblables que l'orgueilleu’i esprit de Luther s'est perdu. Il s’est abîmé dans l'accord de la grâce et du libre arbitre, qui est à la vérité un grand mystère : il a outré les matières de la prédestination ; et il n’a plus vu pour les hommes qu'une fatale et inévitable nécessité , où le bien et le mal se trouvent également compris. On a vu comme ses maximes outrées ont produit celles des calvinistes , plus outrées encore. Quand, à force de pousser à bout, sans garder aucune mesure, la prédestination et la grâce, on est tombé dans des excès si sensibles qu’on ne les a pu supporter , l’horreur qu’on en a conçue a jeté dans l’extrémilé opposée ; et des excès de Lutl>er qui outrait la grâce , qui l’eiU cru ? on a passé aux excès des domi'pélagiens qui I affaiblissent. C’est de là que nous sont venus les arnwniens, qui de nos jours ont produit les pajonistes , parfaits pélagiens, dont M. Pajon, ministre d'Orléans, a étcTauteurdans cesdernières années. D’autre côté, le môme Lullier, abattu par la force de ces paroles, Ced est mon corps, ceci est mon sang, n'a pu se défaire de la présence réelle; mais en môme temps il a voulu soulager le sons humain on ôtant le changemeul de substance. Ün n en est pas | demeuré là, et la présence réelle n été bientôt attaquée. Le .sens humain a pris goOt à ces inventions; et après qu’on l’a voulu contenter sur un mystère, il a demandé le môme relâchement pour tous les autres. Comme Ziiingle et ses sectateurs ont prétendu que la présence réelle était dans le
luthéranisme un reste du papisme qu’il fallait encore réformer, les soclnicns en ont dit autant de la Trinité et de l’incarnation ; et ces grands mystères, qui n'avaient reçu aucune atteinte depuis douze cents ans, sont entrés dans les conlroverse.s d’un siècle où toutes les nouveautés ont cru avoir droit de se produire.
On a vu les illusions des anabaptistes , et on sait que c'est en suivant les principes de Luther et des autres réformateurs qu'ils ont rejeté le baptême sans immersion, et le baptême des enfants ; parce qu’ils ne les trouvaient point dans l'Écriture, où on leur disait que tout était. I-es unitaires ou swiniens se sont joints à eux , mais sans vouloir s’en tenir à leurs maximes ; parce que les principes qu’ils avaient pris des réformateurs les avaient poussés plus loin.
M. Jurieu remarque qu'ils sont sortis longtemps après la réforme du milieu de l'f^lisc romaine. Quelle merveille! Luther et Calvin en étaient bien
sortis eux-mêmej. I.a question est de savoir si c’est la constitution de l’Eglise romaine qui a donné lieu à ces innovations, ou si c'est la nouvelle forme que les réformés ont voulu donner à TÊglise. Mais la question est aisée à décider par l’histoire du socinianisme*. En 1ô45etdans les années suivantes, vingt ans après que Luther eut renversé les bornes |K)sces par nos |)ères, tou.s les esprits étant agités et le monde ébranlé par ses disputes , toujours prêt à enfanter quelque nouveauté, T.éljo Socin et ses compagnons tinrent secrètement en Italie leurs conventicules contre la divinité du Fils do Dieu. George fîlandrate et Fauste Socin , neveu de Léiio, en soutinrent la doctrine en l.'>ô8 et lô73, et formèrent le parti. Avec la môme méthode que Zuingle avait employée pour éluder ces paroles ; Ceci est mon corps , les socins et leurs sectateurs éludèrent celles où le Christ est appelé Dieu. Si Zuingle se crut forcé à l’interprétation figurée par l’impossibilité de comprendre un corps humain tout entier partout eut se distribuait l'eucharistie, les unitaires crurent avoir le môme droit sur tous les autres mystères également incompréhensibles; et après qu'on leur eut donné pour règle d'entendre figurément les passages de l’Écriture où le raisonnement humain était forcé, ils ne firent qu’étendre cette règle partout où l’esprit avait à souffrir une semblable violence. A ers mauvaises dispositions, indroduitesdans iesesprits par la réforme, ajoutons les fondements généraux qu’elle avait posés, l’autorité de l’Église méprisée, la succession des pasteurs comptée pour rien , les siècles précédents accusés d’erreur, les Pères même indignement traités , toutes les barrières rompues, et la curiosité humaine entièrement abandonnée à elle-même : que devait-il a- iver, sinon ce qu’on a vu; c’est-à-dire une IIcenseeffrénée dans toutes les matièresde la religion ? Mais l’expérienre a fait voirque ces hardis novateurs n’onl pas vu la moindre ouverture à s’établir parmi nous : c’est aux Églises de la réforme qu’ils ont eu recours; à ces Églises de quatre jours, qui, encore tout ébranlées par leurs propres mouvements, étaient capables de tons les autres. C’est dans le sein deces Églises, c’est à Genève, c’est parmi les Suisses et les Polonais protestants que les unitaires elierchèrem un asile. Repoussés par quelques-unes de ces Églises, ils se firent desdisciples dans les autres en » assez grand nombre pour faire un corps à part. Voilà constamment quelle a été leur origine. Il ne faut que voir le testament de George Schoman , un des chefs des unitaires, et la relation d'André Wissovats : Comment tes unitaires se son/ séparés des réformés *, pour être convaincu que cette secte n’a été qu’un progrès et une suite des enseignem«ita de Luther, de Calvin , de Zuingle , de Menon (ne dernier fut un des chefs des anabaptistes ). On voit que toutes ces sectes ne sont « qu'une ébauche et
• comme rauroredelaréforme,etque l’anabapitstna « Joint au socinianisme en est le plein Jour •
• Vide Bitliolh. ÂHtUriHit. T<i4. C,torg. Sch. et ilrlat. ff issaw. in Diblioth. jHtilrinil. Sitnd. p. I91 , -
* Ibié.
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DKS VARIATION?, I.IV. XV
Qu*on ne nous allègue donc plus les sectes de l’ancienne l'église, et qu'on ne se vante plus de lui ressembler, i.'ancienne Eglise n’a jamais varié dans sa doctrinCf jamais supprimé, dans ses Confessions de foi , des vérités qu'elle a cru révélées de Dieu : elle n'a jamais retouclté à ses décisions, jamais délibéré de nouveau surdes matiêresunefois résolues, ni pro{>o5é une seule foisdenouvelles expositions de | sa foi, si ce n'est lorsqu'il est né quelque nouvelle question. Mais la réforme, tout au contraire, n'a jamais pu se contenter elie-méme : ses syml>oles n'ont rien de certain, les décrets de ses synodes rien de fixe ; ses Confessions de foi sont des confédérations et des marcliés arbitraires; et ce qui y est article de foi ne l’est ni pour tous ni pour toujours ; on se sépare par humeur, on se réunit par politique. Si donc il est né des sectes dans l’ancienne Eglise, c'a été par la commune et invétérée dépravation du genre humain ; et s'il en est né dans la réforme, c'est par la nouvelle et particulière constitution des Eglises qu'elle a formées.
Afin de rendre cette vérité plus sensible, je choisirai pour exemple l'Eglise protestantede Strasbourg , comme une des plus savantes de la réforme, et comme celle qu'on y proposait dès les premiers temps pour modèle de discipline h toutes lesautres. Cette grande ville fut des premières ébranlées par la prédication de Luther, et ne songeait pas alors à contester la présence réelle. Toutes les plaintes qu'on faisait de son sénat, c'est qu’i/ ôtaii les images, et faisait commttfiier sous les deux espèces *. Ce fut en 1323 que Buccr et Capiton , qu'elle écouta , la rendirent zuinglienne. Après qu'elle eut oui quelques années leurs déclamations contre la messe; sans t’abolir tout à fait, et sans être bien assurée qu’elle fût mauvaise, le sénat ordonna qu'elle serait suspendue jusqu'à ce qu'on eût montré que c'était un culte ng^ableà Dieu*. Voilà une provision en matière de foi bien nouvelle; et quand je n'aurais pas dit que ce décret partit du sénat, on entendrait aisément que l'assemblée où ü fut fait n'avait rien d'ecclésiastique. Le décret est de 1 629 ; et la même année, ceux de Strasbourg, n'ayant jamais pu convenir avec tes luthériens, se liguèrent avec les Suisses, zuingliens comme eux On poussa le sentiment de Zuingle et la haine de la présence réelle jusqu'à refuser de souscrire la Confession d'Augsbourg en vl6304, et à se faire une Confession particulière, que nous avons vue sous le nom de la Confession de Strasbourg, ou des quatre villes^. L’année d'après, ils biaisèrent avec tant d'adresse sur cette matière, qu'ils se firent comprendre dans la ligue de Sinalc.alde,dont les autres sacramentaires furent exclus^. Mais ils passèrent plus avant en 1636, puisqu'ils souscrivirent à l'accord de Vitemberg, où l’on avoua, comme on a vu 7, la présence substintielle et la communion du vrai corps et du vrai sang dans les indignes , encore qu’ils n'eussent pas la foi. Par là
• Sleid. tib. nr. fol. e«. - » Sfeld. tib. Vl. fol. 93. — S Sleid. ibid. 100. — * Ibid. vm. /. loi. — * Cl-«le«ws. liv. BJ. • sUid. VIII, I3S. — ’ lie. IV. Hotp. II.
perf. itit.' I&S6.