ÜÜ&.SCIT. — TOUX IV
ils passèrent insensiblement au sentiment de Luther, et depuis ils furent comptés parmi les défenseurs de la Confession d'Augsbourg, qu'ils souscrivirent. Ils déclarèrent néanmoins , en 1 646, que c'était sans te départir de leur première Confession', qui, encore qu’elle leur eût fait rejeter celle d'Augsbourg, à ce coup s'y trouva conforme. Strasbourg ce|tendant était si attadiée à l'accord de Vitemberg et à la Confession d'Augsbourg, que Pierre Martyr et Zanchius, alors les deux premiers hommes des sacramentaires, furent enfin obligés de se retirer de cette ville * : l'un pour avoir refusé de souscrire à l'accord ; et l'autre pour n'avoir souscrit à la Confession qu'avec quelque limitation : tant onétaitdevenu zélé à Strasbourg pour la présence réelle. En 1508, cette ville souscrivit au livre de la Concorde ; et après avoir été si longtemps comme le chef des villes opposées à la présence réelle, elle en poussa, malgré Sturmius, la confession jusqu'au prodige de l'ubiquitéL Les villes de I.aiidau et de Menimiiigue, autrefois ses associées dan.s la haine de la présence réelle, suivirent cet exemple. Kn ce temps l'ancienne egende fut changée; et on imprima à Strasbourg le livre da Marliachius, où il disait • que Jésus-Christ , avant
• son ascension , était dans le ciel selon son huma-
• nité;qiie celte ascension visible n'était au fond « qu’une apparence ; que le ciel, où l'humanité de Je- > sus-Chrisl a été reçue, contenait non-seulement « Dieu et tous les saints , mais encore tous les dé- « nions et tous les damnés ; » et que Jésus-Christ était selon « sa nature humaine non-seulement dans
• le pain et dans le vin de la cène, mais encore dans « tous les pots et dans tous les verres4. ■ Voilà les extrémités où l'on se trouve emporté, iorsqu'après avoir secoué le joug salutaire de l'autorité de l'Église, on s'abandonne aux opinions humaines, comme à un vent changeant et impétueux.
Si l'on oppose maintenant aux variations et à l'instabilité de ces nouvelles Eglises la constance et la gravité de l'Eglise catholique, il sera aisé de juger où le Saint-Esprit préside; et parce que je ne puis ni je ne dois dans cet ouvrage raconter tous les jugementsqu'ellea rendusdans les matières de foi, je ferai voir l'uniformité et la fermeté dont je la loue , dans les articles où nous avons vu l'inconstance de nos réformés.
Le premier qui a fait secte dans l’Eglise , et qui a osé la condamner ouvertement sur la présence réelle , c'est constamment Bérenger. Ce que nos adversaires disent de Ratramne n’est rien moins qu'un fait constant , comme on a vu^ ; et quand nous leur aurions accordé que Ratramne les favorisât, ce qui n’est pas, un auteur ambigu, que chacun tirerait de son côté, ne serait pas propre à faire secte. J’en dis autant de Jean ^t, dont l’erreur n’eut aucune suite.
L'Église ne foudroie pas toujours les erreurs naissantes : elle ne les relève point , tant qu'elle peut espérer qu'elles se dissiperont parelles-méines; et
* Hmp. ttid. ûM. IMS,/ a03. — * Ho$p. ibid. an. IS&S «f IMS. — > Hoap. Corne, diteon, e. M, p. 378. — * tbid^fid. 9». — * Ci-<ksMU, lin. iv.
IIISTOIKK
smivwt elle cr.iînl de les rendre fanïposes par ses anathèmes. Ainsi Artémon et quelques autres, qui avaient nié In divinité de Jèsus-t.hrist avant Paul de Saniosate, ne s’attirèrent pas des condamnations aussi éclatantes que lui, parce qu'on ne les croyait pas en état de faire secte. Pour Bérenger , il est constant qu'il atta<|ua auvertetnent la foi de l’Église , et qu'il eut dr;s disciples de son nom , comme les autres hérésiarques, encore que son hérésie fdt bientôt éteinte.
Elle parut environ en 1030. Ce n'est pas que nous n'ayons déjà remarquéquek|ues aimées auparavant, et dès Tan 1017, la présence réelle manifestement ottaquée par les hérétiques d’Orléans, qui étaient manichéens*. Tels furent les premiers auteurs de la doctrine dont Bérenger releva depuis un des articles. Mais comme celle secle sc cadiail, Tflglrse fut étonnée de cette nouveauté ; mats elle n'en fut pas alors beaucoup trouWée. Ce fut contre Bérenger qu'on fit la première décision sur celle matière en lOSÎ, dans un concile de cent treize cvôqiies convo«|ués à Rome de tous côtés par Kicolas 11 • : Bérenger se soumit; et le premier qui lit une secte de l'hérésie des sacrainenlaires fut aussi le premier qui la condamna.
Personne n’ignore celte fameuse Confession de foi qui commence, ilgolirrengarUix, où cet hésiar-
• que reconnut que le pain et le vin qu'on met sur
• l’autel après laconsécration n'étaient pas seulement
• le saerement, mais encore le vrai C4»rps et le vrai
• sang de notre Seigneur Jéstis-Clirisl , cl qu’ils « étaient sensiblement touchés par les mains du pré-
• Ire, rompus et fmissés entre les dents des fidèles,
• non-seulement eu socreim nl, mais en vérité. *
Il n’y eut per.sonnc qui n’enlendil que le corps et le sang de Jcsus-Oirist était l»ri>é dans l'injdiaristie an môme sens qu’on dit qu’on est diVbiré, qu’on est mouillé, quand les habits dont on est actuellement revêtu le sont. On ne |>arle pas de ntôme lorsque nos habits ne sont pas sur nous : de sorte qu’on voulait dire que Jésus-Christ était aussi véntabiement sous les espèces qu’on rompt et qu’on mange, que nous somnies véritablement dans les habits que nous portons. Ou disait aussi que Jésus-Christ était ien$ibtement reçu et touché, parce qu'il était en personne et en substance sous les espècessensiblesqu’on touchait et qu’on recevait; ft tout cela voulait dire que Jésus-Christ était reçu et mangé, non pas dans sa propre espèce et sous l'extérieur d'un homme, mais dans une espèce étrangère , et sous Textérieur du pain et du vin. Et si l'Église disait encore en un certain sens que le eorps de Jésus-Christ était rompu , ce n’était pas qu'elle ne siU qu’en un autre sens il ne l’était jkis : de même qu'en disant en un certain sens que nous sommes déchirés et mouillés lorsque nos habits le sont, nous savons bien dire aussi en an autre sens que nous ne sommes ni l'un ni l'autre en notre personne. Ainsi les Pères savaient bien dire h
* Ct-detiua, Iw. XI. — * Cmc//. Xm»i. mS. A'*c. ii , an. leSf , I, IX. ronc. Lab. <W. lUUi. CHifM. <. 3 , f. viu , Bib. BP. m*ti p. 4CX, ek.
Bérenger ce que nous disons encore, que ■ le corps
• de Jesiis-Christ était tout entier dans tout h*
• sacrement , et tout entier dans chaque particule;
• partout le même Jésus-Clirist toujours entier,
• inviolable et indivisible, qui se communiquait «sans se partager, comme la parole à tout un
• auditoire, et comme notre âme à tous nos mem-
• lires*. • Mais ce qui obligea l'Église à dire, après plusieurs Pères et après saint Oîrysnstôme, que le corps de Jésus-Christ était rompu, fut que Bérenger, sous prétexte de faire honneur au Sauveur du inonde, avait accouluinédedirc : • A Dieu neplai.se
• qu'on puisse briser de la dent ou diviser Jésus-
• Ûirist, de même qu'on met sous la dent et qu’on
• divise ces cimes *, • c’élail adiré, le pain et le vin. Ti’Église, qui s’est toujours attachée à combattre dans les hérétique. s les paroles les plus précises et les plus fortes dont ils se servent pour expliquer leur erreur, opposait a Bérenger la contradictoire de ),*i proposition qu'ilavait avancée, et inetlatt en quelque façon sous les yeux des chrétiens la présence réelle de Jésus-Christ, en leur disant que ce qu’ils recevaient dans le sacrement après la consécratloii était aussi rrellcincnt le corps et le sang, qu’avam |.i consécralioii c’était réclirment du pain et du viu.
Au reste , quand on disait aux fidèles que le pain et le vin de l’eucharistie él.aient en vérité le corps et le sang, ils étaient accoutumés à entendre non qu’ils réiaient par leur nature, maïs qu’lis le devenaient par laconsécration : de sorte que le changement de substance était renfermé dans cetto expression; encore qu'on s'y .attachât principalement à rendre sensible la présence, qui aussi était principalement ntlaquéc. Quelque temps après on s'aperçut que Bérenger cl ses disciples variaient. Car nous apprenons des auletirsdu temps que dans lecoursde la dispute ils reconnaissaient dans l'eucharistic la substance du corps et du sang , mais avec celle du pain et du vin ; se serrant môme du terme rf'im/Kï/ui/iott eide relui (nnvinafhn , cl assurant que Jésus-Christ était impané dans l'eucharisl te, comme il s'était incarné dans les entrailles delà sainte Vierge*. Cétait, dit Guitmnnd, comme un dernier relninchementdeBérenger; et ce n’éiati pas sans peine qu’on découvrait cc raffinement de la secte. Mais l'Église, qui suit toujours les hérétiques pas à pas p(Mir en condamner les erreurs à mesure qu'elles se déclarent; après avoir si bierv établi la présence rédle dans la première Confession de foi de Bérenger, lui en proposa encore une autre où le cbangeinent de substance était pitis distinctivement exprimé. Ileonfessa donc sous Grégoire Vf|, dans un concile de Borne , qui fut le sixième tenu sous ce pape , en 1079 , que • le pain et le vin qu'on
• nxet sur l'autel, par le nu’Stère de la sacrée oraison
• et les paroles de Jésus^hrist, étaient substan-
• tiellentent changés en la vraie, vivifiante et propre
• chair de Jésus-Christ, etc.*, • et on dit le même
* n'6. 1. ailv. Bemg. ibid. p. 443 , 4t9. — * fier.
apvd Omit. ibid. 441. — * Cuit. ibid. p. 4«l , 443. 443, 449 , 44(. Mÿ. de •atr.corp. elMHf.pnr/ t. \\i, P Coma.
Rom. VI, Ctrg. é'i/, t. x. Cour. Lab. «n. iu79, c*l. V/A
DES VAIUATIONS, LIV. XV
il U sang. On spécifie que le corps qu*on reçoit ici | est le même qui • est né de la Vierge, qui a été .
• attaché à la croix , qui est assis à la droite du « Père ; et que le sang est le même qui a coulé
• du côté : •> et afin de ne laisser aucun lieu aux équivoques dont les hérétiques fascinent le monde, on ajoute que cela se fait » non en signe et en vertu « par un simple sacrement, mais dans la propriété
• de la nature et la vérité de la substance.»
Bérenger souscrivit encore, et se condamna lui'
même pour la seconde fois : mais à ce coup il fut serré de telle sorte, qu*il ne lui resta aucune équivoque , ni aucun retranchement à son erreur. Que si on insista plus précisément sur le changement de substance, ce n'était pas que l'élglise ne le tint auparavant pour également indubitable; puisque dès le commencement de la dispute contre Bérenger, Uugues de Langres avait dit « que le pain et le vin
• ne demeuraient pas dans leur première nature ;
« qu'ils passaient enuneautre; qu’ils étaient changés
• au corps et au sang de Jésus-Christ par la toute- « puissance de Dieu , à laquelle Bérenger s'opposait « en vain ^ • Et aussitôt que cet hérétique se fut déclaré, Adelman , évêque de Bresse, son condisciple, qui découvrit le premier son erreur^ l’avertit « qu'il s’opposait au sentiment de toute l'Eglise ca- •c tholique, et qu’il était aussi facile à Jésus-Christ « de changer le pain en son corps, que de changer
• Tenu en vin, et de créer la lumière par sa pa-
• rôle *. » C’était doue une doctrine constante dans r£glise universelle, non que le pain et le vin contenaient le corps et le sang de Jésus-Christ, mais qu'ilsie devenaient par un changement de substance.
Ce ne fut pas le seul Adelman qui reprocha à Bérenger la nouveauté et la singularité de sa doctrine : tous les auteurs lui disent d'un commun accord, comme un fait constant, que la foi qu'il attaquait était celle de tout l'univers ; qu'il scandalisait toute l’Eglise par la nouveauté de sa doctrine; que pour suivre sa croyance, il fallait croire qu'il n’y avait plus d'Eglise sur la terre; qu’il n'y avait pas une ville, ni pas un village de son sentiment; que les Crées , les Arméniens , et en un mot tous les chrétiens, avaient en cette matière la même foi que l'Occident; de sorte qu’il n'y avait rien de plus ridicule que de traiter d'incroyable ce qui était cru par le monde entier^. Bérenger ne niait pas ce fait; mais, à l’exemple de tous les hérétiques, il répondait dédaigneusement, que les sages ne devaient pas sutvre ies sentimentSf ou plutôt lei folies du vulgaire*. Lanfranc et les autres lui faisaient voir que ce qu'il appelait le vulgaire, c'était tout le clergé et tout le ppuplede l’univers^; et après un fait si constant, sur lequel il ne craignait pas d’être démenti , il concluait si la doctrine de Bérenger était véritable, t héritage promis à Jésus-Christ était péri, et ses promesses anéanties; enfin, que l'Église ca-
* Coma. JImn. vi , Grtg. vu . i. xvttt , p. 4l7. — > tbid. p, 438 , 439. — > AKft. Bp. ad Ber. GuUm. tMrf. Ub. 3, p. 46S, 483, Lanfranc. de eorp. et eang. Dom. Md. eap. 9,4, 8, 9S,p.786,7M,77i. — * /btd. — * l/tnfiiane. de eorp. et eamg. Dom. ibid. eap. 4,p. 786.