‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 43 sur 192 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

tho/igtfe n'cVoiV plus; et que si elle n'était plus^ elle n'acait jamais élé *.

On voit encore ici un fait remarquable : c'est que, comme tous les autres l>érétiques, Bérenger trouva rf^lise ferme etuniverselleitient unie contre le dogme qu'il attaquait : c'est ce qu'on a toujours vu. Parmi tous les dogmes que nous croyons, on n'en saurait marquer un seul qu'on n'ait trouve invinciblement et universellement établi lorsque le dogme contraire a commencé à faire secte, et où l’Eglise ne soit demeurée, s'il se peut, encore plus ferme depuis ce temps-là : ce qui seul suffirait pour faire sentir la suite perpétuelle et l'immutabilité do sa croyance.

Ou n'eut pas besoin d'assembler de concile universel contre Bérenger, non plus que contre Pelage : les décisions du saint-siege et des conciles qu'on tint alors furent reçues unanimement par toute l'Église; et l'hérésie de Bérenger, bientôt anéantie , ne trouva plus de retraite que cliez les manichéens.

IVous avons vu comme ils commençaient à sc répandre par tout ro^'cident , qu'ils remplissaient de blasphèmes contre la présence réelle, et en même temps d'équivoques pour se cacher à l'Eglise, dont ils voulaient fréquenter les assemblées*. Ce fut donc pour s'opposer à ces équivoques que l’Eglise se crut obligée de se servir de quelques termes précis, comme clic avait fait autrefuis si utilement contre les ariens et les nestoriens; ce qu’elle fît en cette manière sous Innocent III , dans le grand concile de Latrnn l’an 1215 de noire Seigneur. • Il y a « une seule Eglise universelle des Cdcles, hors de « laquelle il n'y a point de salut, où Jésus-Clirist « est lui-même le sacrilicateur et la victime, dont « le corps et le sang sont véritablement contenus « sous les especes du pain et du vin dans le sacre-

• nient de l'autel ; le pain et le vin étant transsubs- « tantié.s, l’un au corps et l'autre au sang de notre « Seigneur par ).1 puissance divine; afin que pour » accomplir le mystère de l'unité nous prissions du

• sien ce qu'il a lui-même pris du nôtre • Il n'y a personne qui ne voie que le nouveau mot de transsubsUintier, qu'on emploie ici , sans rien ajouter à l'idée de cbangeineiit de substance qu'on vient de voir reconnue contre Bérenger, ne faisait que l’énoncer par une expression qui par sa signifîcatlon précise servait de marque aux fidèles contre les subtilités et les équivoques des hérétiques, comme avait fait autrefois V llomoousiun de Nicée et le Théotocos d'Ephèse. Telle fut la décision du concile de Latran, le plus grand et le plus nombreux qui ait Jamais été tenu, dont l’autorité est si grande, que la postérité l’a appelé par excellence le concile général.

On peut voir, par ces décisions , avec quelle brièveté, avec quelle précision, avec quelle uniformité l'Église s'explique. Les hérétiques, qui cherchent leur foi, vont àtàtons et varient. L’Église, qui porte toujours sa foi toute formée dans son coeur, ne cher-

• Lanfranc. eap. 20, p. 776. — *Cl-dettas, lie. u. — • Cône. Later. iv, U XI. Cône. Lab. eot. I43.

mSTOlRE

Hift qu'à l’expliquer sans embarras et sans équivoques : c'est pourquoi ses décisions ne sont jamais diargces de beaucoup de paroles. Au reste, troinine elle envisage sans s’ctwmer les diHîcultés les plus houles, elle les pro|)ose sans ménagement; assurée de trouver dans ses enfants un esprit toujours prft à se captiver, et une docilité capable de tout le poids du secret divin. I^s hérétiques, qui 'd»erchent à soulager le sens imniain, et la partie animale où le secret dfi Dieu ne peut entrer, se tourmentent à tourner l’Écriture sainte à leur mode. L’Église ne songe au contraire qu'a la prendre simplement. Elle entend dire au Sauveur : Ceci est mon corps ^ et ne comprend pas que ce qu'il appelle corps si absolument soit autre cimse que le corps même : c’est |)ourquoi elle croit sans peine que c’est le corps en substance, parce que le corps eu substance n’est autre chose que le vrai et propre corps : ainsi le mot de substance entre naturellement dans ses expressions. Aussi Bérenger ne songea jamais à se servir de ce mot; et Calvin, qui s'en est servi, en convenant dans le fond avec Bérenger, nous a fait voir seulement par là que la flgure que Bérenger admettait ne remplissait pas toute l'attente et toute 4'idée du dirétien.

même simplicité qui a fait croire à l’Église le Xîorps présent dans le sacrement, lui a fait croire qu’il en était toute la substance; Jésus-Christ Ti'ayanlpasdit : Mon corps est ici; niais, Ceci l'est; et comme il ne Test |>oint par sa nature, il le devient, il Test fait par la puissance divine. Voilà ce qui fait entendre une conversion , une transformation, un changement -.parole si naturelle a ce inystère, qu'elle ne pouvait manquer de venir contre Bérenger; puisque même on la trouvait déjà partout dans les liturgies et dans les l^res.

On opposait ces raisons si simples et si naturelles à Bérenger. Not» n’en avons point d’autres encore à présent à opposer à Calvin et à Zuingie : nous les avons re<^ues des catholiques qui ont écrit contre Bérenger', comme ceux-là les avalent reçues de ceux qui les avaient précédés ; et le concile de Trente n'a rien ajouté aux décisions de nos Pères , que ce qui était néi-essaire pour édaircir davantage ce que les protestants tâchaient d'obscurcir ; comme le verront aisément ceux qui savent tant soit peu rhistoire de nos controverses.

Car il fallut, par exemple, expliquer plus distinctement que Jésus-Christ se rendait présent , non pas seulement dans l'usage, comme le pensent les luthériens, mais incontinent après la consécration, à cause qu’on y disait, non point Ceci serot mais Ceci est : ce qui néanmoins dans le fond avait déjà été dit contre Bérenger, lorsqu’on attacha la présence, non à la manducation, ou à la foi de celui qui recevait le sacrement , mais à la prière sacrée et à la parole du Sauveur * ; par où aussi paraissait non-seulement l'adoration , mais encore la vérité de l’oblation et du sacrifice, ainsi que nous l’a-

* Pur. Troerm. i. SVllt, ttih. PP. p. i23, Cn*l«. ihid. iüi, ttc. — * G-doHU, Uif. XV.

vons VU nvotié par les protestants* : de sorte qt/a dans le fond il n’y a de difficulté que dans la présence réelle, où nous avons l'avantage de reconnaître que ceux même qui s’cloigneiU en effet de notre doctrine tâdient toujours, tant elle est sainte, d'en approcher le plus qu’ils peuvent *.

La décision de Constance, pour approuver et pour retenir la communion sous une espèce est une de celles où nos adversaires s'imaginent avoir le plus d'avantage. Mais pour connaître la gravité et la constance de l’Église dans ce décret , il ne faut que se souvenir que le concile de Constance, lorsqu'il le fit, avait trouvé la coutume de communier sous une espèce établie sans contradiction depuis plusieurs siècles. Il en était à peu près de même que du baptême par immersion, aussi clairement établi dans l’Écriture que la communion sous les deux espèces le pouvait être, etqtii iiéaumoin.s avait été changé en infusion, avec autant de facilité et aussi peu de contradiction que la communion sous une espèce s'était trouvée établie ; de sorte qu'il y avait la même raison de conserver l'un que l'autre.

Cest un fait très-constamment avoué dans la réforme, quoique quelques-uns veulent maintenant diicaner dessus, que le baptême fut institué en plongeant entièrement le corps; que Jésus-Clirist le reçut ainsi , et le fît ainsi donner par ses apùtres ; que l'Écriture ne connaît point d’autre liaptêine que celui-là ; que l'antiquité l'entendait et le pratiquait ainsi ; que le mot même l'emporte, et que ha|>tiser c'est plonger : ce fait , drs-je , est avoué unanimement par tous les ihéologiens de la réforme, même par les réformateurs, et par ceux même qui savaient le mieux la langue grecque et les anciennes coutumes, tant des juifs que des chrétiens; par I^tber, par Melancbton, par Calvin, par Casaubon , par Grotius, par tous les «-lutres, et depuis peu encore par Jurieu, le plus contredisant de tous les ministres 4. Luther même a remarque que le mut allemand qui signifiait le baptême venait de là, et que ce sacrement était nommé tauf, à cause de hi profondeur, parce qu'on plongeait profondément dans les eaux ceux qu'on baptisait. ^ donc il y a au monde un fait constant, c'est celui-là : mais il n'est pas moins constant, même par tous ces auteurs, que le baptême sans cette immersion est valide, et que l'Église s raison d'en retenir la coutume. On voit donc, dans un fait semblable, ce qu’on doit juger du décret de la communion sous une espèce, et que ce qu'on y oppose n'est qu’une chicane.

En effet, si on a eu raison de soutenir le baptême sans immersion , à cause qu’en le rejetant il s’ensuivrait qu’il n’y avait plus de baptême depuis plusieurs siècles, par conséquent plus d'É^ise; puisque l'Église ne peut subsister sans la substance des sacrements : la substance de la cène ri'y est pas

' Ci-dewai , Zip. ni, /rr. vi. — * G-dnsus, /nr.fx.— *r«mc. Con$t. Sf$». 8. — * Luth, de Suer, ttapi. t. i. Met, Loc comm. cap, de Bapt. C«tv. tntl. iib. iv, is, 19, tte, CumuuL, Mvtl. IM MaUk. Ut, S. Grot. Ep. SM- Jur. Sifsi, l. m,ek I p. :33.

DES VAKIAimNS, LIV. XV.

moins nécessaire. Il y avait donc la même raison de soutenir la communion sous une espèce «que de soutenir le baptême par infusion; et TEglise, en maintenant ces deux pratiques, que sa tradition taisait voir éj^alement indifférentes, n'a fait, selon b coutume , que maintenir contre les esprits con> tentieux l'autorité sur laquelle se reposait la foi des simples.

<^i en voudra voir davantage sur cette matière peut répéter les endroits de cette histoire où il en est parlé , et entre autres ceux où il parait que la communion sous une espèce s'est établie avec si peu de contradiction, qu'elle n'a pas été combattue par les plus grands ennemis de l'Église, pas même par Luther au commencement *.

A près la question de l'eucharistie, l'autre question principale de nos controverses est celle de la justiiication : et l'on peut aisément entendre sur cette matière la gravité des décisions de l'Église cathoii* que; puisqu'elle ne fait que répéter dans le concile de Trente ce que les Pères et saint Augustin avaient autrefois décidé, lorsque cette question fut, agitée avec les pélagiens.

Et premièrement Ü faut supposer qu’il n'y a point de question entre nous, s'il faut reconnaître dans riiomme justifié une sainteté et une Justice infuse dans l'âine par le Saint*Ksprit; car les qu<v lités et habitudes infuses sont , comme on a vu * , reconnues par le synode de Dordrect. Les luthériens ne sont pas moins fermes à les défendre ; et en un mot tous les protestants sont d’accord que par la régénération et la sanctification de l'homme nouveau , il se fait en lui une sainteté et une justice comme une habitude permanente : la question est de savoir si c'est cette sainteté et cette justice qui nous justifie devant Dieu. Mais où est l'inconvénient? une sainteté qui ne nous fasse pas saints , une justice qui ne nous fasse pas justes, serait une subtilité inintelligible. Mais une sainteté et une justice que Dieu fît en nous, et qui néanmoins ne lui pliU pas ; ou qui lui fût agréable, mais ne rendit pas agréable celui où elle se trouverait : ce serait une autre finesse plus indigne encore de la simplicité chrétienne.

Mais au fond quand l'Église a défini , dans le concile de Trente, que la rémission des péchés nous était donnée, non par une simple imputation de la justice de Jésus-Christ au dehors , mais par une régénération qui nous change et nous renouvelle au dedans, elle n'a fait que répéter ce qu’elle avait aiitrefois défini contre les pélagiens dans le concile de (brtiiage : que « les enfants sont véritablement • baptisés en la rémission des péchés; afin que la «• régénération purifiât en eux le péclié, qu'ils ont •• contracté par la génération •

Conformément à ces principes, le même concile de Carthage entend pr la grâce jMtifiante, nonseulemenl celle qui 7wus remet les péchés commis^

* Cl-d«wtt», tir. Il, Up. III, /«'. Ml, liv. ji, lip. »iv. ii\\ IV. — • Lip. *|V. — 5 r oHc. Citrih, cap. |, m'U Cuhc. A.frte. ran. 77 , 78 et trq. Laltb. t. ij , tW. Iu;i.

mais celle encore qui nous aide à n'en plus rommellre *, non-seulement en nous éclairani dans l’esprit , nuis encore en nous inspirant la r/mri7é dans le CŒur, afin que nous puissions accomplir tes commandements de Dieu, Or in grâce qui fait ces choses n'est pas une simple imputation; mais c'est encore un écoulement de la justice de Jésus-Christ .* donc la grâce justifiante est autre chose qu'une telle imputation ; et ce qu'on a dit dans le concile de Trente n'est qu'une répétition du concile de Carthage, dont les décrets ont paru d'autant plus inviolables aux Pères de Trente, que les Pères de Carthage ont senti en les proposant qu’ils ne proposaient autre cliose sur cette matière que ce qu'c/i avait toujours entendu CÊglise catholique répandue par toute la terre*.

Nos Pères n’ont donc pas cru que pour détruire la gloire humaine, et tout attribuer à Jésus-Christ, il fallût ou Oter à riiomme la justice qui était en lui, ou en diminuer le prix, ou en nier l’effet : mais ils ont cru qu'il b fallait reconnaître comme uniquement venue de Dieu par une bonté gratuite; et c'est aussi ce qu'ont reconnu après eux les Pères de Trente, comme on l'a vu en plusieurs endroits de eet ouvrage

C’est en ce sens que l'Église catholique avait toujours reconnu, après saint Paul, que Jésus- Christ nous était sagesse non pas en nous imputant simplement la sagesse qui était en lui , mais en répandant dans nos âmes une sagesse déroulée de b sienne; qu'// nous était justice et sainteté dans le même sens ; et qu'f/ nous était rédemption , non pas en couvrant seulement nos crimes, mais en les effaçant entièrement par son Saint-Esprit répandu dans nos cœurs : nu reste , que nous étions faits justice de Dieu en Jésus-Christ d’une manière plus intime que Jésus-Christ n'avait été fait péché pour nous * ; puisque Dieu l’avait /uiV péché, c'est-à-dire victime pour le péché, en le traitant comme pécheur, quoiqu’il fût juste : au lieu qu'il nous hXMi faits justice de Dieu en lui, non pas en nous laissant nos péchés, et simplement en nous traitant comme justes ; mais en nous étant nos pécités, et en nous faisant justes.

Pour faire cette justice inhérente en nous absolument gratuite, nos Pères n'avaient pas cru qu’il fût nécessaire de dire qu'on ne peut pas s'y disposer par de bons désirs, ni l'obtenir par ses prières : mais ils avaient cru que ces bons désirs et ces prières étaient eux-mêmes inspirés de Dieu ; et c'est ce qu'a fait à leur exemple le concile de Trente lors-

qu'iladitque toutesnos bon nés <fb;x)sf/fons venaient (C une grâce prévenante ; que nous ne pouvions nous disposer et nous préparer à la grâce qu'étant excités et aidés par la grâce même} que Dieu était les source de toute justice , et que c’était en celte qualité qu'il le fallait aimer; et qu'on ne poumf/cro/re, espérer, aimer, ni se repentir comme il fallait, ajin que la grâce de la justification nous fût con-

' tbid. 3, I. ’ tbid. rap. S. — * CI-dMMU, Uu, )H.

* /. Cnr. i, ïa, 3y, 31. — * ||. Cor. T, 2l. — • &cu. VI, r«rp» « .

férée, satis une inspiration prévenante du Saint- Esprit ' . En quoi ce saint concile n’a fait autre chose que de répéter ce que nous lisons dans le concile d’Orange, que nous ne pouvons ni vouloir, ni croire, ni penser, ni aimer comme il faut, et comme U est utile, que par l'inspiration de la grâce prévenante *; c'e&i-h-àire qu'on n'a voulu disputer ni contre les hérétiques ni contre les inÛdèieSt ni même contre les païens, ni en un mol contre tous les autres qui s’imaginent aimer Dieu , et qui ressentent en effet des niouvements si semblables à ceux des Gdèles. Mais , sans entrer avec eux dans la discussion impossible des diirérences précises de leurs sentiments d’avec ceux des justes , on se contente de délinir que ce qui se fait sans la grâce n’est pas comuie U faut, et qu’il ne plaît pas à Dieu; puisque sans la foi il n'est pas possible de lui phire *.

Si le concile de Trente en défendant la grâce de Dieu a soutenu en même temps le libre arbitre , ç’a «ncore été une fidèle répétition des sentiments de nos Pères lorsqu'ils ont defini, contre 1rs pélagiens, que la grâce ne détruisait pas le libre arbitre, utais te délivrait , afin que de ténébreux il devint rempli de lumière; de malade, sain ; de dépravé, droit; et d'imprudent , prévoyant et sage : c’est pourquoi la grâce de Dieu était appelée un aide et un serotrrs du libre arbitre; par conséquent quelque diose qui, loin de le détruire, le conservait et lui donnait sa perfection.

Selon une si pure notion, loin de craindre le mol de mérite, qui en effet était naturel pour exprimer la dignité des bonnes œuvres, nos Pères le soutenaient contre les restes des pciagiens, dans le même concile d’Orange, par ces paroles répétées à Trente : « La bonté de Dieu est si gramJe en- « vers tous les hommes , qu’il veut même que ce « qu'il nous donne soit notre mérite^; * d’où il s’ensuit , comme aussi l’ont décidé les mêmes Pères d’Orange, que « toutes les œuvres et les mérites des « saints doivent cire rapportés 5 la gloire de Dieu,

• parce que personne ne lui peut plaire que par les « choses qu'il a données*. »

Enfin , si l'on n’a pas craint de reconnaître à Trente avec une sainte confiance que la récompense éternelle est due aux bonnes œuvres, c’est encore en conformité, et sur les mêmes principes qui avaient fait dire à nos Pères, dans le même concile d’Orange : « Que les mérites ne préviennent « pas la grâce; et que la récompense n’est due

• aux bonnes œuvn« qu’à cause que la grâce, qui « n’était pas due, les a précédées?. •*

Par ee moyeu nous trouvons dans te chrétien une véritable justice; mais qui lui est donnée de Dieu avec »on amour, et qui aussi lui fait accomplir ses commandeinenU : en quoi le concile de Trente ne fait encore que suivre cette règle des Pères d’Orange : • Qu’apres avoir reçu la grâce par le bapté-

• C.tm. 1. — • Cttne. .-truH». il, c. 8, 7, îS. Ijibb. t. ir, toi. 168 tt arq — ^ Htbr. xi. 8. — • Auct. Sfd. ApmI. de çrat. tnUfctd. Cteleti. PP. — * Orne. Amux. ii. Cunr. Trtd. &eu. VI, 16. — • Cvnc. Am\u. u. c. b. — ’ Ibtd. c. I».

« me,touslcsbaptisés, avec la grâce et la coopéra > tion de Jésus-Christ, peuvent et doivent aecom- « plir ce qui appartient au salut , s’ils veulent fidè- « lement travailler* ; « où ces Pères ont uni In grâce coopérante de Jésus-Christ avec le travail et la fidèle correspondance de l’iiomme, conformément à cette parole de saint Paul ; iVon pas mol, mais ta grâce de Dieu avec moi ».

Dan.s cette opinion que nous avons de la justice chrétienne, nous ne croyons pourtant pas quelle soit parfaite et entièrement irrépréliensible , puisque nous en mettons une principale partie dans la demnnde continuelle de la rémi.ssion des péchés. Que si nous croyons que ct*s pét'hés, dont les plus justes sont obligés tous les jours à demander pardon, ne les empêchent pas d'être vraiment justes, le concile de Trente a puisé encore une décision si nécessaire dans le concile de Carthage^, où il est porté ; « Que ce sont les saints qui disent liumble- « ment et véritabiement tout ensemble , Pardon-

• nez-nous nm fautes ; Que l’apdtre saint Jacques , •• quoique saint et juste , n’a pas laissé de dire :

• Sous j)échonstoHs enlteaucoup de choses: Que Da- « niel aussi, quoique saint et Juste, n’avait pas laisse

• de dire: Sous avons péché. • D'où il s’ensuit que de tels |>échés n’cinpêcbent pas Ui sainteté et la justice, à cause qu'ils n'empêdienl pas que l'amour de Dieu ne règne dans les cœurs.

Que SI le concile de (Cartilage veut qu'à cause de ct'spcciiésnousdisionscontinuellementa l)ieu:,V’f/*trez fmint en jugemcM avec votre serviteur , jxireeque nid homme vivant ne sera justifié devant t'Qus^\ nous l’entendons, comme ce concile, de la justice parfaite, sans exclure de Thomme juste une justice véritable ;rceoimaissnut néanmoins quec't^sl encore par un effet d’une l>ontc gratuite, et pour l’a mour de Jésus-Christ, que Dieu, qui pouvait mettre à des damnés comme nous un aussi grand bien ({itc In vie éternelle à un aussi haut prix qu’il eût voulu n'avait pas exigé de nous une justice sans lâche ; et au contraire avait eonsenti de nous juger, mm selon l’extrême rigueur qui ne nous étiit que trop due apres notre prévarication, mais scion une rigueur teni|>érée cl une justice accommodée à notre faiblesse : ce qui a obligé le concile de Trente à reconnaître « que riiomine n’a pas de quoi se « glorifier; mais que toute sa gloire est en Jésus- « Christ, en qui nous vivons, en qui nous méri- « tons, en qui nous satisfaisons; faisant de dignes

• fruits de pénitence, qui tirent leurforc*ede lui, « par lui sont offerts à son Père, et sont acceptés •• pour l’amour de lui par sou Père >

L'écueil qui était à craindre, en célébrant le mystère de la prédestinutioii, était de la mettre pour le bien comme pour le mal; et si l’Eglise a détesté le crime des réformateurs prétendus qui so sont emportés à cet excès, elle n’a fait que marcher sur les pas du concile d’Orange, qui prononce un anathème étemel, avec toute détestation, contre ceux qui

' rnnril. Trid. uxx. Tl, •'np. II. ran. Ift. ConriJ. Arauê. Il, eap.TS». — * 1. CW. TV. M.— 1 Luc. cU.cap. 7, 8. Vki tHpr.c. 7,8. TIV,fr»/> «.

DES VARIATIONS, LIV. XV

OAeraierU dire que Chomme soU prédeitiné au mal par la puissance divine ' ; et du concHe de Valence « qui décide pareillement que • Dieu par sa « prescience n'impose à personne la nécessité de pé>

• cher, mais qu'il prévoit seulement ce que rhomme

• devait être par sa propre volonté : en sorte que

• les méchants ne périssent point pour n'avoir point « pu être bons, mais pour n'avoIr pas voulu le deve* « nir, ou pour u'avoir pas voulu demeurer dans la

• grâce qu'ils avaient reçue *. »

Ainsi quand une question a été une fois jugée dans l' Église , comme on ne manque jamais de la décider selon la tradition de tous les siècles passés : s'il arrive qu'on la remue dans les siècles suivants, après mille et douze cents ans on trouve toujours n-lgiise dans la meme situation, toujours prête à opposer aux ennemis de la vérité les mêmes décrets que le saint-siège apostolique et l'unanimité catholique a prononrt'S; sans jamais y rien ajouter que ce qui est necessaire contre les nouvelles erreurs.

Pour achever ce qui reste sur la matière de la grâce justifiante, je ne trouve point de décision touchant la certitude du salut ; parce que rien n'avait encore obligé l’Église à prononcer sur ce point : mais personne n’a contredit saint Augustin , qui enseigne que celle certitude n‘es( pas utile en ce Heu de Ifntation, où l'assurance pourrait fyroduire Cor^ pur//^;cequi s'étend aussi, comme on voit, à la certitude qu'on pourrait avoir de la justice présente: si bien que l’Église catholique, en inspirant h ses enfants une confiance si haute qu’elle exclut l'agitation cl le trouble, y laisse, à l'exemple de l’apétre, le contre-poids de la crainte, cl n’apprend pas moins à i'hoinme è se défier de lui-méme qu'à se conlier absolument en Dieu.

Enfin si l'on repasse ce qu'on a vu dans tout cet ouvrage accordé par nos adversaires sur la justification et les mérites des .saints^, on demeurera ciilicrement d’accord qu’il n’y a aucun sujet de se plaindre de la doctrine deffeglise. Melanchton, si zélé pour cet article, avoue aussi qu’on en peut facUtmenl conmiir de part et d'autre^. Ce qu’il semble demander le plus, c’est la certitude de la justice : mais tout humble chrétien se contentera aisément de la même certitude sur la justice que sur le salut éternel : toute la consolation qu’on doit avoir en cette vie est celle d’exclure par la confiance, non-seulement le désespoir, mais encorele trouble et l'angoisse; et on n’a rien à reprocher a un chrétien qui, assuré du côté de Dieu, n'a plus à craindre ni à douter que de lui-méme^.

Les décisions de l’Église catholique ne sont pas moins nettes et moins précises, qu’elles sont fermes et constantes; et on va toujours au-devant de ce qui pourrait donner occasion à l'esprit humain de s’égarer.

• 0>ne. Aratu. il, cap. U. — * Cône, f'atent. iil ,«n. 4 et S. Labb. L vin, col. et tcq. — ^ l>e Corrrpl. cl Gmt. e. 13, p. 40, faut». X. tôt. 77i. Ot Ctrii. l>ei. tib. Xi, cap. li, iom. VII, col. W2. — 4 CHlrtisus, liv. III , tiv. Vlli. — ‘ St»i. Pkil. ,VW. de pace. Ec. p. K». — • Ucm. urm. I, Sept.

Honorer les saints dans les assemblées , c’était y honorer Dieu, auteur de leur sainteté et de leur béatitude; et leur demander 1a société de leurs prières, c'était se joindre aux choeurs des anges, aux esprits des justes parfaits, et à l’Église des premiers nés qui sont dans le ciel. L’on trouve une si sainte pratique dès les premiers siècles*, et on n’y en trouve pas le comineocement , puisqu'on n'y trouve personne qui ait été remarqué comme novateur. Ce qu’il y avait à craindre pour les ignorants, c'était qu’ils ne fissent rinvocation des saints trop semblabfe à celle de Dieu , et leur intercession trop semblable à celle de Jésus-Christ; mais le concile de Trente nous instruit parfaitement sur ees deux points, en nous avertissant que /es saints prient : chose infiniment éloignée de celui qui donne; et qu'i/s prient par Jésus-Christ ■ : cliose qui les met infiniment au-dessous de celui qui est écouté par lui-méme.

Dresser des images , e’est rendre sensibles les mystères et les exemples qui nous sauctificnt. Ce qu’il y aurait à craindre pour les ignorants, c’est qu’ils ne crussent qu'on peut représenter la nature divine, ou la rendre présente dans les images , ou en tout cas les regarder comme remplies de quelque vertu pour laquelle on les honore : ce sont là les trois caractères de l’idolâtrie. Mais te concile les a rejeliis en termes précis de sorte qu'il n’csl pas permis d'attribuer à une image plus de vertu qu'à une autre, ni par conséquent d’en fréquenter l’une plutôt que l'autre, si ce n'est en mémoire de quelque miracle, ou de quelque histoire pieuse qui pourrait exciter la dévotion. L'usage des images ainsi purifié, Luther même et les luthériens démontreront que ce n’est pas des images de cette sorte qu'il est parlé dans le Décalogue-t; et le culte qu'on leur rendra ne sera visiblement autre chose qu'un ténioigiiage sensible et extérieur du pieux souvenir qu'elles excitent, et l'effet simple et naturel do ce langage muet qui est attaché à ces pieuses représentatioos, et dont l’utilité est d’autant plus grande qu’il peut être entendu de tout le monde.

En générai , tout le culte sa rapporte à l’exercice intérieur et extérieur de la foi , de l'espérance et de la charité : principalement à celui de cette dernière vertu, dont le propre est de nous réunir à Dieu : de sorte qu’il y a un culte en esprit et en vérité partout où se trouve l’exercice de la charité envers Dieu, ou envers le prochain, conformément à cette parole de saint Jacques ; que c'est un culte pur et sans tache de soulager les orphelins et les veuves , et au sur/dus de se tenir net de la contagion du sièfde^ \ et tout acte de piété qui n’est pas animé de cet esprit est imparfait, charnel ou superstitieux.

Sous prétexte que le concile de Trente n’a pas voulu entrer en beaucoup de difficultés, nos adversaires ne cessent, après Fr.i-Paolo, delul reprocher qu’il a expliqué les dogmes avec des manières gené-

' Ci drMU!«. l/t*. xm. — * Scu. XXV, dcc. dt innoc. SS. —

I i Jbid. — ‘ U drssuii, tic. Il- — * Jac. l. 47.

2Ufi

ralf* , oterurps ot ^uiroquos , pour roiitenter en apparence plus de inonde ; mais Us prendraient des aentiiiients plus équitables, s'ils voulaient considérer que Uieu, qui sait jusqu'à quel point il veut conduire notre intelligence , en nous révélant quelque vérité ou quelque mystère, ne nous révèle pas toujours ni les manières de l’espliquer, ni les circonstances qui l'accompagnent, ni même en quoi U consiste jusqu'à la dernière précision , ou , comme on parle dans l'école, jusqu'à la différence spécilique ; de sorte qu’il faut souvent dans les décisions de l’Église s'en tenir à des expressions générales, pour demeurer dans cette mesure de sagesse tant louée par saint Paul , et n'étre pas contre son précepte plus savant qu'il ne faut

Par exemple, sur la controverse du purgatoire, le concile de Trente a cru fermement , comme une vérité révélée de Dieu , que les âmes justes pouvaient sortir de ce monde sans être entièrement piiriOées. Grotius prouve clairement que cette vérité était reconnue par les protestants, par Mestresat, par Spanheim *, sur ce fondement commun de la réforme, qne dans tout le cours de cette vie l'fline n'est jamais tout à fait pure; d'où il suit qu'elle sort du corps encore souillée. Mais le Saint-Esprit a prononcé que rien d'impur n'entrera dans la cité sainte’; et le ministre Spanheim démontre trèsbien que l’Sme ne peut être présentée à Dieu, qu'e/fe ne soit sans tache et sans ride, toute pure et irréprochable * , conformément à la doctrine de saint PauP;ce qu'il avoue qu’elle n’apointdurantcettevie.

La question reste après cela , si cette purilication de l'àme se fait ou dans cette vie au dernier moment, ou après la mort : et .Spanheim laisse la chose indécise. « Le fond , dit-il est certain ; mais ■ la manière et les circonstances ne le sont pas. • Mais, sans presser davantage cct auteur par les principes delà secte, l'Église catholique passe plus avant ; car la tradition de tous les siècles lui avant appris à demander pour les morts le soulagement de leur Sme, la rémission de leurs pèches, et leur rafraîchissement ; elle a tenu pour certain que la parfaite purilication des âmes se faisait après la mort, et se faisait par de secrètes peines qui n'étaient point expliquées de la même sorte par les saints docteurs , mais dont ils disaient seulement qu'elles pouvaient être adoucies ou relâchées tout à fait par les oblations et par les prières, conformément aux liturgies de toutes les Églises.

Sans vouloir ici examiner si ce sentiment est bon ou mauvais, il n'y a plus d'équité ni de bonne foi , si l'on refuse du moins de nous accorder que dans cette présupposition le concile a dd former son décret avec une expression générale, et définir comme il a fait : premièrement , qu'il y a un purgatoire après cette vie; et secondement, que les prières des vivants peuvent soulager les iimes des fidèles trépassés^ , sans entrer dans le particulier ni de

* Kom. Wll. 3. — • Cmt. épiât, ^zl. ont. 5*5, 57^, 570. — * Ajâfe. W- 37. » ' SfniHh. Ku. /ont. |tl ; Pttb. III ,

n. «, 7. — ‘ Kphrs. V. 27. — • Vbi $npr. n. 7. — • \iv , éee. de Purg’it

leur [>einee ni de la manière dont elles sont pan* fiées, parce que la tradition ne rexpliquait pas; mais en faisant voir seulement qu'elles ne sont pu> rifiées que par Jésus-Clirist, puisqu'elles ne le font que par les prières et les oblations faites en son nom.

Il faut juger de la même sorte des autres dédsions, et se bien garder de confondre, comme font ici nos réformés, les termes généraux avec les termes vagues et enveloppés, ou avec les ternies ambigus. lyps tennes vagues ne signiHent rien; les termes ambigus signifient avec équivoque, et ne laissent dans l'esprit aucun sens précis; les term^ enveloppés brouillent les Idées dilTérentes : mais quoique les termes généraux ne portent pas l’évidence Jusqu'à la dernière précision, ils sont clairs néanmoins jusqifn un certain degré.

Nos adversaires ne nieront pas que les passages de l'fj^riture qui disent que le Saint-Ksprit proc^le du Père ne nous marquent clairement quelque vérité^, puisqu'ils marquent sans aucun doute que la troisième personne de la Trinité tire son origine du Père aussi bien que la seconde; encore qu’ils n’expriment pas spécifiquement en quoi consiste sa procession . ni en quoi elle est différente de celle du Fils. On voit donc qu'on ne peut accuser les expressions générales sans accuser en même temps Jésus- Christ et rÉvangile.

C’est en ceci que nos adversaires se montrent toujours injustes envers le concile, puisque quelquefois ils raccusent d’etre trop descendu dans le détail , et quelquefois ils voudraient qu'il eût décidé tous les démêlés des scotistes et des thomistes , à peine d’être convaincu d’une obscurité affectée : comme si on ne savait pas que dans les décisions de foi il faut laisser le champ libre aux théologiens, pour proposer différents moyens d’expliquer les véritéschrétiennes ; et parconséquentque, sans s'attacher à leurs explications particulières, il faut se restreindre aux points essentiels qu'ils défendent tous en commun. Loin que ce soit parler avec équivoque, que de définir en cette manière les articles de noire foi , c’est au contraire un effet de la netteté, de définir si clairement ce qui est certain, qu'on n'enveloppe point dans la décision ce qui est douteux ; et il n’y a rien de plus digne de l'autorité et de la majesté d'un concile quo de réprimer l'ardeur de ceux qui voudraient aller plus avant.

I Selon cette règle , comme on eut proposé à Trente

' une formule pour expliquer l'autorité du pape , tournée d'une manière d'où Ton pouvait inférer en quelque façon sa supériorité sur le concile général , le cardinal de I.,orraiiie et les évêques de France s'y étant opposés, le cardinal Palavicin raconte luimême dans son Histoire que la formule fut supprimée , et que le pape répondit qu'i/ ne fallait d^nir que ce qui plairait unanimement à tom les Pères • .* règle admirable pour séparer le certain d'avec le douteux. D'où U est aussi arrivé que le cardinal du Perron, quoique zélé défenseur des intérêts de la

' Hist. Comt. Thd. inUrp. Giaitm. lib. xjx, cap. Il . IS^ ii. 15.

DES VARIATIONS, LIV. XV

emir de Rome, a dcclnn'r nu n>i d’Angleterre que « le différend de raiitorilé du |iape, soit par le reparti

• spirituel au respect des conciles cccuméniqiies, « soit par le reparti temporel à l’endroit des juri-

• dictions séculières, n’est point un différend de

• choses qui soient tenues pour articles de foi, ni « qui soit inséré et exigé en la Confession de foi , ni

• qui puisse empêcher Sa Majesté d’entrer dans l’É-

• gliselorstiu’eliescrad'accorddesautrespoints*. • Et encore rie nos jours le célèbre André Duval, docteur de Sorbonne , à qui les ultramontains s'é> talent remis de la défense de leur cause , a décidé que la doctrine qui nie le pape infaillible n’tst pas absolument contre la foi, et que celle qui met le concile au-dessus du pape ne peut être notée d’aucune censure , ni d’hérésie , ni d’erreur, ni même de témérité *.

On voit par là que les doctrines qui ne sont pas appuyées sur une tradition constante et per|)étuelle ne peuvent prendre racine dans l’Église, puisqu’elles ne font point partie de sa Confession de foi, et que ceux même qui les enseignent les enseignent comme leur doctrine particulière, et non pas comme la doctrine de rt^lise eatholique. Rejeter la primauté et l’autorité du saint-siege avec cette salutaire modération, c’est rejeter le lien des chrétiens, c’est être ennemi de l’ordre et de la paix , c’est envier à l'Église le bien que Melancliton même lui a souhaité^.

Après les choses qu’on vient de voir, il n’y a plus rien maintenant qui puisse empêcher nos réformes de se soumettre à l’F^lise; le refuge d’Église invisible est abandonné ; il n'est plus |>ermis d’alléguer pour le défendre les obscurités de l'Église judaïque ; les ministres nous ont relevé du soin d'y répondre, en démontrant clairement que le vrai culte n'a jamais été interrompu , pas même mus Achaz et sous Manassès^ : la société chrétienne, plus étendue selon les conditions de son alliance , a été encore plus ferme, et on ne peut plus douter de la perpétuelle visibilité de l'Église catholique.

Oux de la Confession d’Augsbourg sont encore plus obligés à la reconnaître que les calvinistes^ : i'Kglise invisible n'a trouvé de place ni dans leur Confession de foi , ni dans leur Apologie , où nous avons vu au contraire l'Église , dont il est parlé dans le Symbole, revêtue d’une perpétuelle visibilité; et il faut, selon ces principes, nous pouvoir montrer une assemblée composée de pasteurs et de peuple, où la saine doctrine et les sacrements aient toujours été en vigueur.

Tous les arguments qu'on faisait contre l’autorité de l’Église se sont évanouis. Céder à l'autorité de l’Église universelle, ce n'est plus agir à l'aveugle, ni se soumettre àdes hommes ; puisqu'on avoue que ces sentiments sont la règle, et encore la règle la plus sûre , pour décider les vérités les plus importantes de la religion*^. On convient que si on eût

' RipUqme^ liv. vi, pré/, p. SM. > Duratt. BUnch. p. 9. It. tract, de sNp. Rom. Pont, putat. part. Il , g i. p.

• ; fl. 7, H. — 5 Ci-4i'vaiil, liv. iv ; liv. v. ,Mel. de pot. PoitUf.

F* S- — * XVI, 4, IS. 111. Jur. Sg*t. p. U‘i, 3J3. —

^ U-ilmu», fir. x\. — ibid

suivi cptle règle, et qu’on se fdt proposé d’entendre l’Écriture sainte selon qu'elle était entendue par l'Église universelle, il n'y aurait jamais eu de sociniens; jamais on n'aurait entendu révoquer en doute avec la divinité de Jésus-Christ l’immortalité de l'àtTie , l’éternité des peines , la création , la prescience de Dieu, et la spiritualité de son esseiK'e : choses qu'on croyait si fermes parmi les chrétiens, qu’on ne pensait pas seulement qu’on en prit jamais douter ; et qu’on voit maintenant attaquées ave<‘ des raisonnements si captieux , que beaucoup de faibles esprits s’y laissent prendre. On convient que l'.iutoritédel’t^lise uoiverselie est un remède infaillible contre ce désordre. Ainsi l’autorité de l'Église, loin d'être, comme on le disait dans la réforme, tiii moyen d’introduire parmi les chrétiens toutes le.s doctrines qu’on veut, est au contraire un moyen certain pour arrêter la licence des esprits , et empêt'her qu’on n'abuse delà sublimité de l’Écriture, d'une manière si dangereuse au salut des âmes.

La reforme a enfin counuces vérités; et si les luthériens ne veulent pas les recevoir de la main d'un ministre calviniste, ils n’ont qu’à nous expliquer comment on |>eut résister à l'autorité de l'Église, après avoir avoué que la vérité y est toujours manifeste'.

On ne doit plus hésiter à venir, de toutes les comnmnicMis séparées, cherciier la vie étemelle dans le sein de l'Église romaine , puisqu’on avoue que le vrai peuple de Dieu et ses vrais élus y sont encore , comme on a toujours avoué qu'ils y étaient avant la réforme prétendue Mais on s’est enfin aperçu que la différence qu'on voulait mettre entre les siècles qui l’ont précédée et ceux qui l’ont suivie était vaine, et que la difficulté qu'on faisait de reconnaître cette venté venait d’une mauvaise politique.

Que si les lutliériens font encore ici les difficiles , et ne veulent pas se laisser persuader aux sentiments de Calîxte; qu'ils nous montrent donc ce qu’a fait, depuis Lutlier, l’Église romaine pourdéchoirdu titre de vraie Église, et pour perdre sa fécondité, en sorte que les élus ne puissent plus naître dans son sein.

Il est vrai qu'en reconnaissant qu'on se peut sauver dans l’Église romaine, les ministres veulent faire croire qu’on s’y peut sauver comme dans un air empesté , et par une espèce de miracle, à cause de ses impictes et de scs idolâtries. Mais tl faut savoir remarquer dans les ministres ce que la liaine leur fait ajouter à ce que la vérité les a forcés de reconnaître. Si l'Église romaine faisait profession d'impiété et d’idolâtrie, on n’a pas pu s’y sauver devant la réforme, et un ne peut pas s’y sauver depuis; et si oq peut s’y sauver devant et après, l’accusation d’impiété et d'idolâtrie est indigne et calomnieuse.

Aussi montre-t-on pourelle unehainetrop visible, puisqu’on s'emporte jusqu’à dire qu'on s’y peut sauver à la vérité, mais plus difficilement parmi les ariena^, qui nient la divinité du Fils de Dieu et du Saint-Esprit; qui par conséquent se croient dédies à des créatures par le baptême; qui regardent

' Ci-drutu, liv. iv. — » a-druui, ibid. — » Préiug, lèg. l.pnrt. ch. i. Sÿtt, p 236.

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dans l'eucharifllie la chair d’un homme qui n’est pas Dieu , comme la source de la vie; qui croient que sans être Dieu un homme les a sauvés , et a pu payer le prix de leur rachat; qui l’invoquent comme celui à qui est donnée la toute-puissance dans le ciel et dans la terre; qui sont consacrés au Saint-Esprit, c’est-à-dire à une créature, pour être ses temples; qui croient qu’une créature, c’est-à-dire le même Saint-Esprit, leur distribue la grâce comme il lui plaît , les régénère et les sanctiüe par sa présence. Voilà la secte qu’on préfère à l'^i^glise romaine; et cela n’est-ce pas dire à tous ceux qui sont capables d'entendre : Ne nous croyez pas; quand nous parlons de cette Église, la haine nous transporte, et nous ne nous possédons plus?

Enfin, il n'est plus possible de tirer nos réformés du nombre de ceux qui se séparetU eux-mémet, et qui font secte a part , contre le précepte des apôtres et de saint Jude', et contre ce qui est porté dans j leur propre Catéchisme *. En voici les termes dans l’explication du Symbole: • L’articlede la rémission « des péchés est mis aprè« celui de l’Église catliolique,

« parce que nul n'obtient pardon de ses pécités que > premièrement il ne soit incorporé au |>euple de « Dieu , et persévère en unité et communion avec le « corps de Christ , et ainsi qu'il soit membre de l’K-

• glise : ainsi hors de l’Église il n’y a que damnalioii « et que mort; car tous ceux qui se séparent de la

• communauté des fidèles, pour FiVIRë sf.cte a « PART, ne doivent espérer de salut cependant qu’ils « sont en division. »

1/article parle clairement de l’Église universelle, visible, cl toujours visible; et nous avons vu qu'on en est d’accord: on est pareillementd’accord, comme d'un fait constant et notoire, que les Églises qui sc disent réformées , en renonçant à la communion de l’Église romaine, n’ont trouvé sur la terre aucune Église à laquelle elles se soient unies^ : elles ont donc fait se(‘teà part avec toute la communauté des chrétiens et de l'flglise universelle; et selon leur propre doctrine elles renoncent à la grâce de la rémission des péchés, qui est le fruit du sang de Jésus- Christ : de sorte que la damnation et la mort est leur partage.

Les absurdités qu’il a fallu dire pour répondre à ce raisonnement font bien voir combien il est invincible; car, apres mille vains détours, il en a enfin fallu venir jusqu’à dire qu’on demeure dans l’f^lise catholique et universelle , en renonçant à la communion de toutes les Églises qui sont au monde , et se faisant une Église à part-i; qu’on demeure dans la même Église universelle, encorequ’onen soit diassé par une juste censure; qu’on n'en peut |)oint sortir par un autre crime que par l’apostasie, en renonçant au christianisme et à son baptême; que toutes les sectes chrétiennes , quelque divisées qu’elles soient , sont un même corps et une même Église en Jésiis- (Jhrist ; que les Églises chrétiennes n’ont entre elles aucune liaison extérieure par l’ordrede Jésus-Clirist; que leur liaison est arbitraire; que les Confessions

• Jfttt. 17, 18. — • Dim. 16. — * Ci-de58U6 , Or. xv. — • CldCMU» , Ilfld.

de foi par lesquelles elles s’unissent sont pareUlement arbitraires , et des marchés où l’on met ce qu’on veut; qu'on en peut rompre l’accord sans se rendre coupable de schisme; que l’union des Églises dépend des empires, et de la volonté des princes ; que toutes tes l-lgitses chrétiennes sont naturellement et par leur origine indépeaidantesles unes des autres, d'oii il s'ensuit que les indépendants, si grièvement censurés à Charenton, ne font autre chose qife conserver la liberté naturelle des Églises; que pourvu qu'on trouve le moyen de s’assembler de gré ou de force , et de faire figure dans le monde, on est un vrai membre du corps de l'Église catliolique; que nulle hérésie n'a jamais été ni pu être condamnée par un jugement de l'Église universelle; qu’il n'y a mémo et n’y peut avoir aucun jugement ecclesiastique dans les matières de foi ; qu'on n'a (M>int droit d'exiger des souscriptions aux décrets des synodes sur la foi ; qu'on se (>eut sauver dans les sectes les plus perverses, et même dans celle des socinieus.

Je ne finirais jamais si je voulais répéter toutes les absurdités qu'il a fallu dire pour sauver la réforme de la sentence prononcée contre ceux qui font secte à part. Mais sans avoir besoin d’en raconter le détail, elles sont toutes ramassées dans celle-ci, qu’on a toujours soutenue plus ou moins dans la réforme , et où plus que jamais on met maintenant toute la défense de la cause : que l’Église catholique, dont il est parlé dans le Syinlrâle , est un amas de sectes divisées entre elles, qui se frappent d’anathème les* unes les autres; de sorte que le caractère du royaume de Jt^us-Christ est le même que Jésiis- Clirist a donné au royaume de Satan, ainsi qu'il a été expliqué'.

Mais il n'y a rien de plus opposé à la doctrine de Jésus-Christ mêiqe. Selon la doctrine de Jésus- Christ, le royaume de Satan est divisé contre luimême , ët doit tomber maison sur maison jusqu'à la dernière ruine*. Au contraire, selon la promesse de Jésus-Christ , son Église , qui est son royaume, l>atje sur la pierre, sur la inêjne confession de foi et le même gouvernement ecclésiastique, est parfaitement unie : d’où il s’ensuit qu'elle est inébranlable , et que les portes de l’enfer ne pourront jamais prévaloir contre elle ’ ; c'est-à-dire que la division , qui est le principe de la faiblesse et le caractère de l’enfer, ne l'emportera point contre l'unité, qui est le principe de In force, et le coractère de l’Église. Mais tout cet ordre est changé dans la réforme ; et le royaume de Jésus-Christ étant divisé comme celui de Satan, il ne faut plus s’étonner qu’on ait dit, conformément à un tel principe, qu'il était tombé en ruine et désolation.

Ces maximes de division ont été le fondement de la réforme , puisqu’elle s'est établie par une rupture universelle; et l’unité de l’Église n’y a jamais été connue : c'est pourquoi scs variations , dont nous avons enfin achevé l'histoire, nous ont fait voir ce qu’elle était, c’cst-à-dirc un royaume désuni, divisé contre lui-même, et qui doit tomber tôt ou tard : pendant que l'Eglise catholique, immuablement al-

■ Ct <icæ>u>, tii\ XV. — * Luc. xi. — 3 MuUk. avi.

PRKMIER AVERTISSEMENT SUR LES LETTRES DE M. JÜRIEU. î99

ladiée aux ckrrets une fois prononcés » sans qu’on y puisse montrer la moindre variation depuis l'origine du christianisme, se fait voir une Eglise bJtie sur la pierre, toujours assurée d’elle-niénie, ou plutôt des promesses qu’elle a reçues , ferme dans ses principes, et guidée par un esprit qui ne se dément jamais.

Que relui qui lient les cœurs en sa main, et qui seul sait les bornes qu’il a données aux sectes re- Iwlles, et aux afllirlioiis de son Eglise , fas.se revenir bientôt à son unité tous ses enfants égarés; et que nous ayons la joie de voir de nos yeux l'Israël , malheureusement divisé, se faire avec Juda un même chef' !

1“ AVERTISSEMENT

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