‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 44 sur 192 · AUX PROTESTANTS · texte numérisé non relu

AUX PROTESTANTS

MR

LES LKTTKES DU MINISTRE JURIEU

l»r«TRF. I/HISTOIRE DES VARIATIONS.

Le chrihtianbnie flctrl d le sodnlanUoie autoriȎ par cv mliiUtre.

Mes chers frcres,

Dieu, qui pi’rmel 1rs hérésies pour éprottrer la foi de ses serviteurs, permet aussi, par la suite du même conseil , qu'ii y ait des hommes hardis, artiüeieux, errants ^ et jetant les autres dans terreur qui sachent donner uu merisoii;!c de belles couleurs; que le peuple croie invincibles, parce qu*ils ne se rendent jamais à la vérité; infatigabh*8 à disputer et à écrire, et d'autant plus triompliants en apparence , qu’ils sont plus évidemment convaincus.

Mais il leur arrive, comme aux criminels, que plus ils multiplient leurs discours dans une aveugle conliance d'éblouir leurs Ju^es, plus ils se coupent et se contredisent; ainsi en est-il de ces docteurs de mensonge, à qui saint Paul a aussi donné ce caractère, qu'//*- se condamnent eusmétnes par leur propre jutjement

C’est ce qui parait manifestement par les continuelles variations des hérésies, qui ne cessent de se condamner elles-mêmes en innovant tous les jours, et en tombant d'absurdités en absurdités; en sorte qu’on voit bientôt, comme dit le même saint Paul, que ceux qui en entreprennent la défense n entendent , ni ce qu'ils disent euxmêmes , ni les choses dont ils parlent avec assurance Kn effet, plus ils sont hardis à décider, plus ils montrent qu’ils n’entendent pas ce qu'ils disent. O qui se pousse à la fin à de tels excès, que leur Jolie est connue à tous ^ selon la prédiction du même apôtre et c'est alors qu'on peut

* One. I. II. — » I. Cor. XI. 19. — ^ !l. Ton. m, |.r * IVC ni, II. — V |. Tint. I, 7. — *11 Ton. ni, t».

espérer avec lui, qu'ifs ne passeront pas plut avant t et que l’excès de l’égarement sera la marque du terme où il devra prendre fin ; Ils n'iront pas plus loin, dit ce grand apôtre, et ils cesseront de tromper les petiples , parce que leur /itlie sera manifeste à toute ta terre.

Ne vous fichez pas, mes frères, si j’entreprends devons faire voir que ces caractères, marqués par saint Paul, fiaraissent manifestement au milieu de vous. Le seul qui s'y fait entendre depuis tantd’annrcs. et à qui, par un si grand .siience, tous les autres semblent laisser la défen.se de votre cause, c'est le ministre Juheii , qui outre, qu’il e.Nt I revêtu de toutes les qualités qui donnent de Paiitorité dans un parti, ministre, professeur en théologie, écrivain fameux parmi les siens; qui seul, par ses prétendues lettres pastorales, exerce la fonction de pasteur dans un troupeau di.spcrsr; ajoute à tous ces titres celui de propliète, par la témérité de ses pnxiiclions : mais en même temps il n’avancc que des erreurs manifestes; il favorise les sociniens; il autorise le fanatisme, il n’inspire que la révolte, sous prétexte de flatter la liberté; sa {Nilitiqiie met la confusion dans tous les Etals ; ,aii reste, il n’y a personne contre qui il p.nrlepltis que contre lui-même, tant sa doctrine est insoutenable ; et il vous pousse si loin , qu'il est temps enfin d’en revenir.

Cinq ou six avertissements semblahli*s p celuici le convaincront de tous ces excès. Vous lui allez voir aujourd'hui déchirer les siècle.s les plu.s purs, flétrir le christianisme dès son origine, soutenir les sociniens, montrer le salut dans leur communion; et pour défendre la réforme contre les variations dont on l’accuse , effacer toute la gloire de l'Eglise et de la doctrine chrétienne.

J’avais donne pour fondcnionl à l’ilistolre des Variations, que varier dans l'exposition de la foi , était une man/ue de fausseté et (tinconséquenre dans tu doctrine exposée*\ (jiie l’Église n’avait aus.si jamais varié dans scs decisions : et qu’au conlr.iiro ; les protestants n’jvaienl cessé de lo faire dans leurs actes qu’ils appellent symboliques, c’esl-à-dirc ilans leurs proj)res Confessions de foi , et dans les décrets les plus authentique.s de leur religion*. .Sans qu’il soit besoin de défendre ce que j'avance sur le sujet des protestants , il faut bien que ces messieurs se sentent coupables des variations dont je les accuse; autrement il n’y aurait eu qu'à convenir avec nous de (a maxime générale, et se défendre sur l'application qu’on en fait à la doctrine protestante. Mais, mes frères, ce n’est pas ainsi qu’on procède. Ce que votre ministre trouve insup- |K>rlablc c’est que j’aie osé avancer que la foi ne varie pas dans la vraie I*lglise, et que ta cérilé renue de Pieu a d'abord sa perfection*. Ce ministre fait l’étonné, comme si j’avais invente quelque nouvciiu prodige, et non pas réjiété (idclenunt co quonl dit nos Pères, que la doctrine catholique est celle qui est toujours , et imrtout : Quod uhi-

\ • Ptff. th-s f’ar. — * ... I IjcUre VI, 3. ii.

' — * l*rr/. titt fur.

PREMIER AVERTISSEMENT

que t quod semper : c’est ce que disait le docte ^ Vincent de Lcrins* , unedes lumières du quatrième siècle ; c'est ce qu'il avait posé pour fondement de ; ce célèbre Avertissement où il donne le vrai caractère de l'hérésie, et un moyen général pour distinguer la saine doctrine d'avec la mauvaise. Les orthodoxesavaient, comme lui, toujours raisonne sur ce beau principe; les hérétiques même n'avaient jamais osélerejelerouvertement, et l’obscurcissaient plutôt qu’ils ne le niaient : mais lorsque je l'avance, M. Jurieu ne peut le souffrir. «Je suis , dit-il* , tenté

• de croire que M. Bossuet n’a jamais jeté les yeux

• sur les quatre premiers siècles ; « ce sont donc les quatre premiers siècles, c'est-à-dire le plus beau tempsdu christianisme, dont il entreprend de montrer que la doctrine est incertaine et variable. « ('A)m- « meot,poursuit-iJ, se pourrait-ilfaire qu’un homme « savant pOt donner une marque d'une si profonde « ignorance? « Je ne suis pas seulement dans une ignorance grossière, ma témérité ^ dit-il (iniidu prodige; elle va même jusqu’à l'impiété. «On ne sait*

« dit-il, si l’on dispute avec un chrétien ou avec un

• païen : car c’estainsi précisément que pourrait rai- « sonner leplusgrand ennemi duchristiaiiisme:" et il m'accuse d'avoir livré la religion chrétienne, pieds et poings UéSt aux infidèles t , parce que j'ai osé dire •* que la vérité venue de Dieu a eu d'alxtrd sa « perfection , c'est-à-dire qu’elle a été très-bien con- - nue et très-heurruseinent expliquf^e d’abord. Cest

• lecoiltraire de cela, contmue-t-il^ , qui est pré- -cisérirent vrai: et pour le nier, il faut avoir un

• frpnt d’airain, ou être d'une ignorance crasse «et surprenante. » Ainsi, pour bien parler de la vérité, au grc de votre ministre, il faut dire « qu'elle ii'a pas été bien connue d'abord , ni heu- «reusement expliquée. La vérité de Dieu, poursuit- « il, n'aétéconnuequepar parcelles : » la doctrine chrétienne a été composée par pièces ; elle a eu tous les changements, et le plus essentiel de tous les défauts des sectes humaines: et lui donner, comme j'ai fait, ce beau caractère de divinité, d’avoir eu d'abord sa perfection , ainsi qu'il appartenait à un ouvrage parti d'une main divine, non-seulement ce n'est pas la lueti connaître, mais encore c'est un prodige de témérité , une erreur et une ignorance jusqu'au dernier excès , et une impiété manifeste.

Mais, mes frères, prenez-y garde : cc.s étonnements affectés de votre ministre, ces airs de confiance qu'il se donne, et les injures qu'il dit à ses adversaires, comme s'ils n’avaient ni foi, ni raison, ni même le sens commun, sont des artifices pour vous éblouir, ou pour cacher sa faiblesse ; on en a ici une preuve bien convaincante. ministre, qui fait l’élonoé lorsqu'on lui dit que la foi ne varie Jamais, et, comme un ouvrage divin , qu’elle a eu d’abord sa perfection, ne peut ignorer quece ne soit la doctrinecommunc des catholique-; et pour venir aux anciens, dont on |K)urrait produire une infinité de passages, il ne peut du moins ignorer

' t'inr. Lirin. Commnnil. I, inil. — • fjelt. Tl. p. 43. ci>t. coi. I. — * Ikid. col. 2.-5 Ibid. p. 43.

cet endroit célèbre de Vincent de Lérins où fl dit que« l'Église de Jésus-Clirist, soigneusegardienaa « des dogmes qui lui ont été donnés en dépôt, n'y «change jamais rien: elle ne diminue point, elle «n'ajoute point; eHe ne retranche point les choses

• nécessaires, elle n’ajoute point les superflues. Tout «son travail, continue ce Père, est de polir les

• choses qui lui ont été anciennement données , «de confirmer celles quiont été suffisamment expli- « quées , de garder celles qui ont été confirmées et «définies, de consigner à la jxistérité, par l’Écri- « ture, ce qu’elle avait rei}u de ses ancêtres par la « seule tradition. • M. Jurieu recoiinaîtce pass,ige, qu’il cite lui-même avec honneur dans son livre de rUoité*. J'aurais peut-être pu le mieux traduire; mais j'aime mieux le réciter simplement, comme il l'a lui-même traduit. « Cela est précis, dit ce mi- « nistre ; et rien ne le peut être davantage : l'Église

• n'ajoute rien de nouveau; elle ne fait donc pas de

• nouveaux articles de foi. « Je l'avoue, cela est précis ; mais contre lui. Les conciles confirment, dit-il après Vincent de Lérins, ce quia tot^ours été enseigné. Il n’y a rien de plus précis pour démontrer que l’Église ne varie jamais dans sa doctrine. M. Jurieu n'était pas d'humeur à contester alors celte vérité, puisqu’il ne trouve rien à redire danscebeau passage de Vincent de Lérins, etqu'au contraire il s'en sert pour confirmer sa doctrine.

Mais ce n'est pas assez à ce Pered'etablir la même vérité que j’ai posée poür fondement : il l'établit par le même principe , qtn est que la vérité venue de Dieu a d’abord sa porfection , comme un ouvrage divin : « Je ne puis assez m'étonner, dit-il « comment il y a des honmies si emportés, si

• aveugles, si impies et si portés à l’eireur, que, non

• contents de la règle de lu foi , une fois donnée aux « fidèles, et reçue de toute antiquité, ils cherchent « tous les jours des nouveautés, et veulent toujours « ajouter, changer, ôterquelque choseàla religion : « comme si ce n’était pas un dogme céleste qui, « relevé uns fois, nous suffit; mais une insTi-

• TUTion HUMAINE qui ne puisse être amenée à sa a perfection qu’en la réformant , ou , à dire le vrai , « en y remarquant tous les jours quelque défiiuL • Voilà dans Vincent de Lérins un étonnement bien contraire à celui de M. Jurieu. Ce saint docteur s’étonne qu’on puisse penser à varier dans la foi : le ministre s’étonne qu'on puisse dire que la foi ne varie jamais. Le saint docteur traite d'aveugles et d’impies ceux qui ne veulent pas reconnaître que la religion soit une chose où l’on ne peut jamais ôter , ni ajouter, ni clianger , en quelque temps que ce soit : le ministre impute, au contraire, à aveuglement et à impiété de n'y vouloir point connaître de changement, ni de progrès. Mais afin de mieux comprendre In pensée de Vincent de I>rins, il faut encore entendre scs preuves. Pour combattre toute imiovatioii ou variation qui pourrait arriver dans la foi , il dit que «les oracles divins ne cessent de ■ crier : ,Ve remuez point tes bornes ftosèes par les

* Fine. Lirin. Com. i. — • TV. vu, ch. 4, p. Cis. • * Fine. Lir. Com. i.

L ’i, ji,i. • i y

srn LES IITTRES DE M. JURÎKU.

• anciens* ; et, Ne nous mêlez point de juger par-

• dessus le juge » : - cest-a-dire, visiblemeeil, pardessus rÉgUse : et il soutient cette vérité par cette sentence apostolique, « qui, dit-il^ , à In ma- « nièred’un glaive spirituel, tranche tout à coup

• toutes les criminelles nouveautés des hérésies :

• O Timothée! gardez le dépôt ^ \ • e’est-à-dire, comme il l’explique, * non ce que vous avez dé-

• couvert, mais ce qui vous a été confié; ce que

• vous avez rct^'u par d'autres , et non pas ce qu’il « vous a fallu inventer vous-méme; une chose qui

• ne dépend pas de l’esprit , mais qu'on apprend de

• ceux qui nous ont devancés ; qu’il n'est pas per- « mis d’établir par une entreprise particulière,

• mais qu'on doit avoir reçue de main en main par

• une tradition publique ; où vous devez être, non

« point auteur, mais simple gardien; non point ' « instituteur, mais sectateur de ceux qui vous ont

• précédés; c’est-à-dire, non pas un homme qui

• mène, mais un homme qui ne fait que suivre les

• guides qu’il a devant lui, et aller par le chemin

• hnltii. » Selon la doctrine de ce IVre, il n’y a jamais rien à chercher ni à trouver en ce qui con- (‘crne la religion : non-seulement elle a etc bien enseignée par les apôtres , mais encore elle a été bien retenue p;ir ceux qui les ont suivis ; et la réglé pour ne se trorn|)cr jamais, c'est, en quelque temps que ce soit, de suivre ceux qu’on voit marcher devant soi. Voila jirérisément ma proposition : il n’y a jamaisrien à ajoutera la religion, pan*e que c’est im ouvrage divin, qui a d’abord sa perfection. I^in de s’étonner , avec M.Jurieu, de ce qu’on reconnaît celte perfet^lion de la doctrine dirétienne dès les premiers temps, ce grave auteur s’étonne de ce qu'on peut ne la pas reconnaître; et il n’y a rien , en effet , de plus étonnant que de voir des chrétiens, qu’on veut vous donner pour réformés, qui sont encore à savoir cette vérité, et à qui leur plus nHcbre ministre la donne comme un prodige inouï parmi les fidèles.

I^lais peut-être que ce qui manque, selon ce ministre, à la religion chrétienne, dans ses plus beaux temps, et dès les premiers siècles du christianisme, ce n’est pas des dogmes, mais des maniérés de les expliquer, et des termes pour les faire entendre, en sorte que la différence entre les Pères cl nous ne soit que dans les expressions : ou, si elle est dans les dogmes mêmes , ce ne sera pas dans les dogmes les plus importants. Cest ce que M. Jurieu semblait d'abord avoir voulu dire, car il n'osait déclarer tout ce qu’il avait dans le cœur; mais il a bien vu que s'en tenir là, ce ne serait pas se tirer d’affaire sur tant d’importantes variations dont les Églises protestantes sont convaincues : c’est pourquoi il est contraint d’aller plus avant. Premièrement, pour les termes, il s’en fait luimême l'objection par ces paroles ^ • On dira que « toutes ces variations n’étaient que dans les ter- « mes, et que dans le fond l’Église a toujours cru • la même chose; » mais il rejette bien loin cette

' Prov. XXII, M. — » F.ctU. vm, 17. — î /’mrv f.ir. Ibhl. — *|. Ttm vi, ‘Ju. - * L«U. vi, m 4S.

ré{K>nse : " Il n’est pas vrai , poursuit-il , que cee « variations ne fussent que dans les termes; car

• les manières dont nous avons vu que les anciens " ont exprime la génération du Fils de Dieu, et « son inégalité avec son Père, donnent des idées

• Irès-fausses, et très-différentes des nôtrt^. » Il ne s'agit donc pas de termes, mais de choses; ni de manières d'expliquer, mais du fond; ni dans une matière peu importante, mais dans la plus essentielle, puisque c’est Vinégalité du Père et du Fils , sur laquelle les anciens avaient des idées si fausses, et si différentes des nôtres. C’est , en effet , par ce grand mystère, par le mystère de la Trinité, que le ministre commence à vous montrer les variations de l’Église. • Ce mystère, vous dit-il ■ , est de la « deniière importance, et essentiel au christianis- « me : cependant, continue ce hardi docteur, dia-

• cun sait combien ce mystère demeura informb « jusqu’au premier concile de Nicée, et même jus-

• qu'à celui de Constantinople. • Le mystère de la Trinité informe! Mes frères, je vous le demande, eussiez-vous cru devoir entendre cette parole d’une autre bouche que de celle d’un socinien? Si dès le commencement on a adoré distinctement un seul Dieu en trois personnes ^ales et coétemelies, le mystère de la Trinité n’était pas informe i or, selon votre ministre, il était informe, non-seulement jusqu’à l’an 33ô, où se tint le concile de Nicée, mais encore cinquante ans après, et jusqu’au premier concile de Constantinople , qui se tint en fan 381 . Donc les premierschrétiensdansla plus grande ferveur de la religion, et lorsque l'Église enfantait tant de martyrs , n’adoraient pas distinctement un seul Dieu en trois personnes égales etcoéternelles : saint Athannsc lui-même, et les Pères de Nicée, n’entendaient pas bien cette adoration; le concile de Constantinople a donné la forme au culte des chrétiens. Jusqu’à la (in du quatrième siècle, le cliristianisme n’était pas formé; puisque le mystère de In Trinité, si essentiel au christianisme, ne l’était pas : les chrétiens versaient leur sang pour une religion encore informe , et ne savaient s’ils adoraient trois (lieux ou un seul Dieu.

Pour prouver ce qu'il avance, le ministre fait enseigner aux Pères des premiers siècles « que le « Verbe n’est pas éternel en tant que Fils ; qu'il

• était seulement caché dans le sein de son Père,

• comme sapience; et qu’il fut comme produit, et

• devint pebsoivne distipictb de celle du

• Père , peu devant la création , et qu’ainsi la trinité « des personnes ne commença qu’un peu avant « le monde • Il n’y a personne qui n'ait ouï parler de riiérésie des sabelliens, qui ne faisaient du Père et du Fils qu'une seule et même personne, et qui par là anéantissaient jusqu’au baptême; on sait combien cette hérésie f^ut détestée : mais elle était véritable jusqu’au moment que le monde fut créé.

• Telle était du moins, selon M. Jurieu la théo- « logiedes anciens, celle de l’Eglise des trois per-

• iniers siècles sur la Trinité, celle d’Athénagoraa, «contemporain de Justin, martyr, qui frirait

• /W/. VI. /». «V, rot. î. — ’ /6/rf. p. ii. — * tbià. p. 43, 44.

3oa

PREMIER AVERTISSEMENT

m i|uarantf ans après la mort des derniers apôtres; M celle de Tatien , disciple de Justin, martyr : et il « est clair que le disciple avait appris cela de son ■ maître; » c'était la foi des martyrs, et c'était en cette foi qu'ils versaient leur san^.

C'est aussi en conséquence de cet aveu que le mi' nistre est contraint de dire qu'une si insigne variation dans la doctrine de l'Église n'est pas essentielle ni Jondamentale ^ . Ce n’esl pa^ une erreur fondamentale de dire que le Fils de Dieu n'est pas de toute éternité une personne distincte de celle du Père, et que cette distinction de personnes entre le Père et le Fils, et enfin, pour tranclier plus net, la trinité des personne.^, non-seulement a commencé, mais encore n'a commencé qu'un peu avant la création du monde; en sorte que l’univers est presque aussi ancien que la Trinité qui l'a fait, et que ce qui est adoré comme Dieu par les chrétiens est nouveau.

Je n'ai pas besoin de remarquer ici l'avantage que cette doctrine donne aux ariens et aux sociniens : le ministre l'a bien senti ; mais il s'en sauve d'une étrange sorte : • C'est , dit-il , que les ariens

• faisaient le Fils produit du néant, sans rien re- « connaître d'éternel en lui , ni l'esseuce , ni la per- « sonne; • et les anciens le faisaient produit de la substance du Père . et de même substance avec lui :

« seulement, poursuit le ministre, ils voulaient que

• la génération de la pebson ne se fût faite au cou- « MENCEMENT duinonde; > et ce monstre de doctrine, selon lui, n'n rien qui combatte l'essence du christianisme ; ce n'est pas là une variation essentklle et fondamentale. On peut être un vrai chrétien, et dire qu’une personne divine, et, en un mot, ce qui est Dieu, et vrai Dieu, autant que le Père, a commencé.

Mais la cause qu'il attribue à celte erreur des an- ^ riens est pire 4)ue leur erreur même; car leur erreur, poursuit le ministre*, « venait en partie « d’une méchante philosophie, parce qu’ils n'avaient

• pas une juste idée de l'immutabilité de Dieu. • En effet, puisqu'il survenait à Dieu quelque chose, et encore quelque chose de substantiel , une nouvelle génération et une nouvelle personne qui n'y avait point été de toute éternité, la substance de Dieu se changeait et s'altérait avec le temps. Ainsi ce qu’on croit Dieu est nouveau , et ne prévient la créature que de quelques heures : ce qui n'est pas seulement, comme l'avoue le ministre, n’avoir pas une juste idée de tlmmutabiUlé de Dieu, mais la détruire eu termes formels : de sorte que tout le secours que donne votre ministre aux chrétiens des trois premiers siècles, pour les distinguer des ariens, c'est de les faire plus impies; puisque c’est une impiété beaucoup plus grande d'ôter à Dieu l'immutabilité de son être, qui était connue même des i^ilosophes, que de lui ôter seulement avec les ariens la personne de son Fils, bien moins nécessaire à connaître la perfection de son être, que son immutabilité, sans quoi on ne peut pas même le concevoir comme Dieu.

* LtU. VI./*. tt, c. J - ’ ilitl.

T.’cussieZ'Vous cru , mes chers frères , qu’on dût jamais vous débiter cette doctrine dans les lettres qu’on ose nommer lettres pastorales? F.sl-cc un pasteur qui écrit ces choses, ou bien un loup ravissant, qui vient ravager le troupeau? N’est-il pas temps de vous réveiller, lorsque celui qui fait parmi vous le docteur cl le prophète, et à qui vous avez remis la défense de votre cause, en vient à cet excès d'égarement, de ne distinguer les chrétiens des trois premiers siècles, et les martyrs même d'avec les ariens , qu'en les faisant plus : impies, qu’en leur faisant rejeter non-seulement le dogme le plus essentiel du christianisme, qui est l’éternité du Fils de Dieu, mais encore ce que les païens n'ont pu méconnaître, l'immutabilité de l’Être divin; de sorte que les saints docteurs, en perdant la foi, n'aient pu même retenir tes restes de la lumière naturelle que les philosophes païens avalent conservée?

Et celui qui vous annonce de tels prodiges , loin d'en rougir, s'en gtorille. « Je me suis, dit-il >, un « peu étendu à expliquer la théologie de l’Église « de.s trois premiers siècles sur la Trinité, parce « que je n'ai trouvé aucun auteur jusqu’ici, qui « l'ait bien comprise. » C’est la lumière de notre siècle : il se vante de découvrir, dans la théologie des trois premiers siècles, ce que personne vait compris avant lui. Mais encore, qu’a-t-il découvert dans leur théologie ? Il y a découvert ce grand mystère , que Dieu n'était pas immuable , et qu’un Dieu n’était pas éternel. Voilà la belle découverte de ce grand personnage M. Jiirieu : c'est pour cela qu'il nous vante sa grande science, et qu’il « avertit » l’évêque de Meaux , qu’un évêque de cour comme « lui, et les autres dont le métier ii'cst pas d'é- « tudier, devraient un peu ménager ceux qui n’ont « point d'autre profession*. » C'est dommage, en effet, qu'on ne se tait pas par toute la terre, pour laisser M. Jurieu écrire tout seul, afin que toute la chrétienté apprenne celte merveille : que les siècles les plus voisins des apôtres, où est la force et la gloire du christianisme, ne croyaient pas Dieu immuable, ni la génération de son Fils éternelle; et que cette erreur est de celles qui ne sont ni essentielles , ;ti fondamentales.

Si cette horrible flétrissure du christianisme , si une corruption si manifeste de la foi n’est pas l’arcomplissenient de ce que dit l'apôtre sur les hérétiques , que leur folie sera connue de tous ^ , je ne sais plus quand il le faut attendre. Mais votre docteur continue : « et il est vrai , poursuit-il que « les anciens, jusqu'au quatrième siècle, ont eu « une autre fausse pensée au sujet des personnes

* de la Trinité ; c’est qu'ils y ont mis de l'inèga-

* lité. » Ils n'ont donc pas adoré en un seul Dieu trois personnes égales : ils ont adoré le Fils comme Dieu , mais ils ne l’ont pas connu comme étant é^al à son Père. Un Dieu n'est pas égal à un Dieu : il y a de l’imperfection, puisqu’il y a de l’inégalité dans ce qui est Dieu : on peut concevoir un Dieu

' un. a. - • UU. VIII, p. 61. — s II. Tin. lit, 9. --

* Utt. a, p. 15.

SUR LF5 LETTRES DE M. JÜRfElT.

qui n*cst p<is p.irfnit. Voilà les prodiges qu'on vous enseigne; voilà, dit votre ministre, ce que croyaient les martyrs et les siècles les plus purs, (jue restet-il à coucluru , sinon que les ariens raisonnaient mieux, et avaient une doctrine plus pure sur la divinité, que les docteurs de l'^^glise?

Mais remarquez, mes chers frères, que, non content d'attribuer de tels prodiges aux siècles les plus purs de la religion , votre docteur est encore contraint de dire, comme vous venez de l'entendre, que ces prodiges ne sont pas contraires aux fondements de la foi; car Terreur des anciens, ditil, n’eit ni easentieUe ni fondamentale : et il faut bien qu'il en parle ainsi, à moins de comiamner l'ancienne Eglise, lorsqu'elle enfantait les martyrs, et de dire qu'elle était Église sans avoir les fondements de la foi. Triomphez donc, ariens et sociniens : on ()eut, sans blesser Tessence de la piété, dire que la personne du Fils de Dieu n'est p.is éternelle, qu'il est engendré dans le tem|)s, qu'il n'est pas égal à son Père. Mais triomphez en |>articulier, d sociniens, qui osez dire qu'il arrive à Tétrede Dieu quel(|ue chose de nouveau : M. Jurieii vous donne les mains, puisqu'il avoue qu'on peut croin*, sans blesser le fond de la piété, non pas qu'il survient à Dieu des accidents comme à nous, et de nouvelles pensées, ce qui autrefois faisait horreur, mais , ce qui est beaucoup pis, qu'il change dans la sulnUanee, etqu'unepersonnedivine roiumenee d'étre : non-seulement on peut le croire sans aucun péril de son salut , mais un l’a cru autrefois , et c'était la foi des martyrs.

Je ne m'étonne pourtant pas que ce ministre parle ainsi, après avoir vu, non ce qu’il tolère dans les autres, mais ce qu'il enseigne lui-même. Car en parlant de Tertullien et de son livre contre Praxéas : « Là il explique, dit-ii*, la génération du Fils, a comme nous , par Tcntendemeiit divin , qui, en se

• comprenant et s’entendant lui-même, a fait son « image et son Verbe, qui est son Fils : cela va bien •• jusque-là. » Remarquer, mes frères, ce blasphème : Dieu a fait son Fils. Que disaient de pis les ariens.’ mais le ministre l'apjirouve : « Tertul-

• lien, dit-il, l’entend comme nous, et cela va bien

• jusque-là. » Cela va bien de dire que Dieu fait son Fils ; et que celui par qui Dieu a fait toutes choses , est lui-méuie au nombre des choses faites. Un homme qui ne rougit pas de se donner pour savant, tombe dans une erreur qu'un théologien de quatre Jours aurait évitée; et vous ne voyez pas encore que ce téméraire théologien , dans les embarras où le jette la défense de votre cause, hasarde tout, et que l'heure est venue où, comme disait Tapotre, la folie de vos docteurs doit être connue de tout l’univers.

Il n’est pas ici question d'expliquer le sentiment de Tertullien : d’autres docteurs et des protestants l'ont fait devant nous, et ont très-bien justiüé qu'il ii'a jamais dit absolument que le Fils de Dieu eût été fait; ni autrement qu’il est écrit du Père même, %dÜ a été fait notre refuge, et le refuge du pau-

' Lett. VI ,p. 44 . c«l. I.

vre ». Mais quand Tertullien se serait trompé, selon M. Jurieu, avant que la fui de la Trinité eût été formée; maintenant que de sonaveuellea reçu sa forme, fallait-il encore errer avec lui, et mettre îe Fils de Dieu au rang des choses faites.’ et on lui laisse dire parmi vous toutes ces choses. Il n'en est pas moins ministre, pas moins professeur en théologie. Il adresse toutes ces erreurs à tous ses frères, sous le titre le plus vénérable que pût prendre un vrai (uisteur, sans que personnclecontredi.se. Ha trouvé parmi vous des contradicteurs sur ses prétendues prophéties : on Ta traité sur cela de visionnaire : on s’est moqué de ce qu'il a dit sur ces prétendus prophètes du Vivarais et «lu Dauphiné , où toute la marque de TKspril de Dieu est de se laisser tomber par terre , et de crier de toute leur force , en fermant les yeux et faisant semblant de dormir. On lui a reproché publiquement qu'en autorisant ces illusions, il autorisait la tromperie et le fanatisme, et ex|>osait le ' parti protestant n la risée de tout Timivérs : on ne I l’a pas épargné sur toutes ces choses. Il attaque le fondement de la foi; il impute à Tanciemie Elglise, dès Torigine du cliristinuisme , des erreurs essentielles sur la Trinité ; il les tolère , il les approuve, il les adopte : cependant on ne lui dit mot sur tout cela; et ses Leltn*s|)astoraleseoureiU Tunivers, san.s être, je ne dis pas notées par les Églises , niais reprises par aucun p.nrticulier ; tant le soin de Tor- Ihodoxie, si je puis parler de la sorte, est abandonne parmi vous. Vos gens , délicats sur l'esprit , craignent qu'on ne leur impute des visions et des faiblesses, et ils ne craignent pas qu'on leur impute des erreurs.

Si les anciens ont été si aveugles dans le mystère de la Trinité, ils n'aiirnnt pas mieux entendu celui de l’incarnation , dont In Trinité est le fondement : aussi votre ministre vous enseigne-t-il « que les an-

• cieiis docteurs, et surtout ceux du troisième siècle, « et même ceux du quatrième, ont mêlé d’épaisses > ténèbres les lumières qu'ils avaient sur ce niys-

• tère; qu’ils ont confondu le Fils et le Sainl-Ksprit;

• qu’ils nous ont fait un Dieu converti enciuir, « selon Tbérésie qu'on a attribuée à Kutycliès; et « que ce n’est que par la voie des longues conten-

• tions, qiTenlin celle vérité venue de Dieu est ar- » rivée à la perfection » : » de sorte que loin d’y

j être d'abord, comme sont les œuvres où Dieu met la main d’une façon particulière, à peine y étaitj elle après quatre siècles.

! Comment les anciens auraient-ils compris les vé- I rités particulières au christianisme, puisque même ils ont ignoré ce que la raison naturelle a enseigné aux Cientils? Écoulez parler votre ministre : Je rnudrais bien, poursuit-il que féi^éque de Meaux me prouvât cette maxime (que la vérité venue de Dieu ne peut soulTrir de variations, et qu'elle atteint d’abord toute sa perfection) seulement dans le dogme d'un Dieu unique J lout-ptdssanl , tout sage^ fout bon, ir\finiet injinimeni parfait. \vons nous bien entendu.’Quoi ! ce n'est plus l’immutabilité de T Etre divin que ce ministre fait ignorer aux premiers chrétiens;

‘ P$. IX, 10. — * Lftt, VI, p. i:>, 48. - ^ P. 48.

PREMIER AVTÎRTISSEMENT

c'est encore tous les autres attributs divins que nous venons de nommer. Répétons encore ces paroles , de peur de nous être trompes en lui faisant dire des nouveautés si étranges • Je voudrais bien que l'évé-

• que de Meaux me prouvüt cette maxime (que la vé-

• ritéarrived’abord àsa perfection), seulementdans

> le dogme d'un Dieu unique, tout-puissant, tout . sage , tout bon , infini et infiniment parfait. Il

• n’ya point d'endroit, continue-t-il, où les Pères de

• l'Eglise auraient dû être plus uniformes et plus

• exempts de variations que celui-là; puisque c'est

• celui qu'ils devaient savoir le mieux , s'y exerçant « perpétuellement dans leurs disputes contre les . païens ; ■ cependant ils ne le savaient qu'imparfaitement; car, poursuit-il , • combien trouve-t-on

• dans tous ces dogmes de variations et de fausses

• idées? • Ainsi l'unité de Dieu, qui était le dogme le plus éclatant du cliristianisme, n'éuit qu'imparfaitement connue par les fidèles des trois premiers siècles. Il le faut bien , puisqu'ils ailoraient comme Dieu le Père, la personne du Fils et le Saint-Esprit, qui ne lui était, ni égal, ni coétemel; ce n'était donc pas un même Dieu , puisque Dieu ne peut être inégal à soi-même. Les chrétiens , qui faisaient semblant de tant détester la multiplicité des dieux . en avaient trois bien comptés dans les premiers siècles; et afin de ne pointerrersurce seul article, selon eux,

• la bonté de Dieu était un accident , comme la cou- . leur; la sagesse de Dieu n'est pas sa substance ; ■ et ce n'éiail pas seulement la pensée d'Atliéuagoras et de Tertullien ; c'était, • dit-il , la théologie du « siècle. ■ On ne croyait pas • que Dieu fdt partout , . ni qu'il pût être en même temps dans le ciel et

• dans la terre : la plupart des anciens ont cru Dieu . corporel et étendu, comme Tertullien, • afin que les sociniens , qui ont de Dieu cette basse idée , aient pour garants la plupart des saints docteurs. Quel prodige ne peut-on donc pas soutenir par l'autorité de l'Église primitive? Et il ne faut pas s'en étonner, . puisqu'on y représentait Dieu muable et divisible , . changeant ce germe de son Fils en une personne , . et divisant une partie de sa substance pour son . Fils, sans la détacher de soi ■. » Qui peut dire que Dieu est muable et divisible, peut lui attribuer toutes les passions, tous les défauU, et même tous les vices , avec les païens. S'il peut changer et devenir ce qu'il n'était pas, il n'est plus ctlul qui etl, il tient plus du néant que de l'être : il n'est plus la vérité même, la sainteté même; et il |>eut perdre tout ce qu'il peut acquérir : ainsi on peut lui citer non-seulement son Fils et son Saint-Esprit , mais encore tous ses attributs et son propre être. C'est où vous conduit votre ministre; et il conclut cet étrange discours, en disant, ■ que cette belle et juste idée que . nous avons aujourd'hui de l’être parfait, quoique . vérité venue de Dieu , n’a pas atteint toute sa per-

• fection d’abord. •

Vous l’entendez, mes chers frères, l’idée de l’Être parfait est une idée d'aujourd’hui. Quand Tertullien a dit que Dieu était • le souverain-grand , . et par là unique , tans pouvoir avoir son égal , au-

• trement qu'il ne serait point Dieu ' ; • quand tous les Pères des premiers sièc'es , aussi bien que de tous les autres , ont soutenu aux'païens la même chose ; quand ils leur ont prouvé mille et mille fois l’unité de Dieu par la souveraineté et la singularité de sa perfection ; quand ils ont dit que jamais nul n’avait prononcé le nom de Dieu qu’en y attachant l'idée de la perfection, ils n'étaient pas entendus, et ils ne s'entendaient pas eux-mêmes ; selon M. Jurieu, celte idéeque nous avons aq/ourcf’AuI, n'est pas celle de l'antiquité; et il semble que ce ministre ne l'aurait pas eue, ou n'y aurait pas fait d'attention, si un philosophe moderne n'était venu lui apprendre que l'idée de Dieu .était jointe à celle de l'être parfait.

Quoi qu'il en soit , il est certain , selon lui , que les Pères , et même ceux des trois premiers siècles , ne l’avaient pas, non plus que celles de l'éternité et de l'immutabilité de l'être de Dieu, ni des personnes divines, et tes autres que nous avons vues. C'est ce que dit ce ministre dans la sixième lettre de cette année , qui est la première qu'il a opposée à l'Histoire des Variations. La seconde , qui est en ordre la septième , n'est pas moins pleine d'erreurs et d'égarements. Il la commence en répétant « qu'il

• y a trois vérités essentielles et fondamentales,

• imparfaitement expliquées par les plus anciens

• docteurs de l'Eglise, la trinité des personnes, ■ l'incarnation de la seconde, et l'idée d'un Dieu « unique, qui est l'être infiniment parfait ■ ; * et l'on a vu que ce qu'il appelle explication imparfaite de ces dogmes, c'était les anéantir tout à fait , et établir en termes formels des dogmes contraires. Il est bien aisé de comprendre que le reste ne se soutient plus, aprèsqu'on a renversé ces fondements. Aussi était-ce • l'opinion constante et régnante dans ces

• premiers siècles de l'Eglise, que Dieu avaitaban-

• donné le soin de toutes les choses qui sont au-

• dessous du ciel , sans en excepter même les hom- > mes, et ne s’était réservé la providence immédiate

• que des choses qui sont dans les deux. • Ainsi la providence particulière tant célébrée dans l'Ecriture , et poussée par Jésus4)hrist même jusqu'au moindre de nos cheveux, était oubliée par les chrétiens, quoiqu'elle fût si sensible, que les philosoplies platoniciens et stoïciens, mieux instruiU que les chrétiens et que les martyrs, la reconnussent. O Dieu I quelle patience faut-il avoir pour entendre dire des choses si fausses, et si avantageuses , nonseulement aux sociniens, mais encore à tout le reste des libertins et des impies! (> n’est pas tout : • La

• grâce , qu'on regarde aujourd'hui , avec raison ,

• comme l'un des plus importants articles de la « religion chrétienne , était entièrement laroniii

• jusqu’au temps de saint Augustin. Avant ce temps

• les uns étaient stoïciens et manichéens , d’autres « étaient purs pélagiens; les plus orthodoxes ont

• été semi-pélagiens • Quoi I même sans en excepter saint Cyprien, tant cité par saint Augustin

* D6. ï. adc. liarrion. c. a. — ’ Lett vu , p. *9 — I LêU, ‘ VII, g. 60.

SUR IXS LETTRES DE M. JURIEU

contre eee héréliques ' ; quoiqu'il ait dit en trois mots tout ce ijti'il fallait pour les confondre , en disant si précisément , et en prouvant avec tant de force qu7/ ne /aut se giorifier de rien , parce que wdbien ne rient de nousf Les autres Pères n'en ont pas moins dit : et néanmoins, dit notre minis* I re , tous en général ont discouru sur cette matière tCune manière à faire voir qu’ils n'y avaient fait aucune attention, quoique ce soit le fondement de la piétéeldel humilitc dirétienne, et n'acaient pas étudié C Écriture là-dessus. Mais quoique saint Au* gustin et les conciles de son temps eussent fait sur ce sujet, selon te ministre même, des décisionssi justes, on D*a pas laisséde varier .dans le sixième siècle et dans tes suivants, C Église romaine devint quasi péiagienne^, pendant que le pape saint Grégoire , un si fidèle disciple de saint Augustin, y présidait : r article de la satisfaction de Jésus-Christ , celui de la jusilficalion et celui du péché originel, sont mal enseignés par les anciens Pères : le péché originel est conçu comme l'un des importants articles de la religion chrétienne : cependant le mtnis* tre me « délie de lui faire voir cette importante « vérité dans les Pères qui ont précédé saint Au*

• gustin, toute formée, toute conçue, comme elle

• a été depuis ; > encore qu'il sache bien , pour ne pas citer ici tous les auteurs, qu'on la trouve dans un concile tenu par saint Cyprien * aussi constam* ment et aussi clairement posée que dans saint Augustin même; et que sur ce fondement du péché originel on y établisse la nécessité du baptême des petits enfants, en termes aussi forts qu'on l’a fait dans les conciles de Milèveet de Cartilage.

Mais il ne s'agit pas ici de soutenir la doctrine de l'Eglise, il s'agit de manifester aux yeux du monde la basse idée que l'on en a dans la réforme. « S'il)' a, poursuit le ministre, quelque doctrine M importante dans toute la religion , et qui soit « clairement enseignée dans l'Écriture , c'est celle

• de la satisfaction de Jésus-Christ, qui a été mis

■ en notre place et qui a souffert les peines que « nous avons méritées. Ce dogme si important et si

■ fondamental est demeuré st inpobhs jusqu'au •• quatrième siècle, qu'à peine peut-on rencontrer •> un ou deux passages qui l'expliquent bien. • On trouve même dans saint Cyprien des choses > très- > injurieuses à cette doctrine ; et pour la justilica*

• tion, les Pères n'en disent rien; ou ce qu'ils en

• disent est faux, mal digéré et imparfait. > Ainsi, de tous les articles qui servent de fondement à la piété , il ne s'en est trouvé aucun où la foi des trois premiers siècles ait été pure : que dis-je ? aucun où il n'ait régné des erreurs essentielles : et ce n'était pas seulement trois ou quatre auteurs qui se trompaient; le ministre répète encore que c'était la théologie du siècle; dont il rend cette raison : que • dans un temps où le savoir était rare en tre

' Lib. de Dono Penev. e. 19, ». 48. Cont. Jut. 1. 1, ». 33 ; et alibi II , II. SS. Md Boni/, lib. iv , r 8 et $eg.».9b\ et alibi , t. X. s. Cypr. Testim. lib. ni, r. 4. edit. E. Batus. p. 306. -

• LeU. vii.p. 60, coi. 3. — • Epist. ad Fid. deift/ant. baplU. p. 07.

« les chrétiens, deux ou trois savants entratnaient

• la foule dans leurs opinions; • tint le fondement de la foi était faible et mal établi : en sorte que la théologie de ces siècles était non-seulement imparfaite et flottante * , mais eix»re pleine d'erreurs capitales, sur tous les articles qu'on vient de voir, quoique ce soit sans difDculté les plus essentiels du christianisme.

Il ne faut pas s'en étonner : • Cest , dit le minii-

• tre • , que la vérité n’a pris sa dernière forma

• que par une très-longue et très-attentive lecture « de l'tÀTriture sainte; et, poursuit-il, il ne parait « pas que les anciens docteurs des trois premiers « siècles s'y soient beaucoup attacliés. » O Dieu, encore un coup, est-il bien possible que ces saints docteurs, un saint Justin, un saint Irénée, un saint Clément d'Alexandrie, un saint Cvpricn, tant d'autres qui passaient les jours et les nuits à méditer l'Kcriture sainte, dont leurs écrits ne sont qn'un tissu ; qui en faisaient toutes leurs délices, et y trouvaient leur consolation durant tant de persécutions, ne s'y soient point attachés, ou qu'ils n'y aient point vu le mystère de la piété, qu'on prétend y être si clair, qu'il ne faut à présent aux plus ignorants, aux artisans les plus grossiers, aux plus simples femmes, qu’ouvrir les yeux pour l’y trouver? C'est ainsi qu'on parie de ceux qui ont fondé après les apdtres l'Église chrétienne, nonseulement par leurs prédications et par leurs travaux , mais encore par leur sang, ^'on-seuleinent le savoir était rare parmi eux, comme on vient d'entendre, quoiqu'il y, eütalorstantdephilosophes, tant d'excellents orateurs , tant de doctes jurisconsultes, et en un mot tant de grands hommes de toutes les sortes, qui embrassaient le christianisme avec connaissance de cause : mais ce qu'il y a de plus étrange, c'était le savoir qui regardait la religion et l'Écriture elle-même qui était rare alors, même parmi ceux qu'on regardait comme des docteurs. • Ils sor-

• talent, dit votre ministre ^ , des écoles des platoni-

• ciens ; ils étaient pleins de leurs idées ; et ils en ont « rempli leurs ouvrages, au lieu de s'attacher uni- « quenient aux idées du Saint-Ksprit. »

il faut ici se souvenir que lorsque l'on accuse la théologie des anciens d'être imparfaite et sans forme, il ne s’agit pas seulement de certaines expressions précises qu'on a opposées depuis aux subtilités et aux faux-fuyants des hérétiques; il s'agit t!u fond de la doctrine, puisque le ministre soutient, comme on a ru, qu'on allait jusqu'à détruire l'éternité et la trinité des personnes divines, l'immutabilité, ta spiritualité, l'immensité, l'unité et la perfection de l'être divin , l 'incarnation de Jésus-Christ, la corruption aussi bien que la réparation de notre nature, la providence, la gr&ee; jusqu'à être stoïcien et manichéen, ou pélagieo et demi-pélagien : je dis même les plus orth^oxes : en sorte qu'il n’y avait aucune partie du mystère et de la doctriae de Jésus-Christ, je ne dis pas qui fdfi demeurée en son entier, mais qui ne fàt pas altérée dans son fond. C'est ainsi que la réforme se défend. Atta-

'Utt vu, p. &\.^*Jbid. --*Jbid.

■OUL'in'. — TnMC IV.

PRKMIKR AVtlRTISSEMEÎHT

quée dans ses variations, elle ne peut se défendre ] qii>ii accusant l'antiquité, et surtout les trois pretniers siècles, non-seulement de la plus grossière Ignorance, mais encore des erreurs les plus capitales. M. Jurieu est l'auteur d'une si belle défense : au moins, dit-il , nous ne périrons pas tout seuls; nous nous sauverons par le nom et la dignité de nos complices ; et s'il faut que la réforme soit convaincue d’instabilité , et par là de fausseté manifeste, elle entraînera tous les siècles précédents • et iiiéine les plus purs, dans sa ruine. N'importe que les sociniens gagnent leur cause ; ils noussont moins odieux que les papistes; et puisqu'il nous faut périr, périssent avec nous les plus saints de tous les Pères, et périsse, s'il le faut ainsi, toute la gloiredu christianisme!

Nous avons observé ailleurs ' ce que ce ministre téméraire dit des Pères de ces trois siècles : que c'étaient de pauvres théologiens qui ne marrhaient que rez-piedf rez~tert'e » ; il n'rxce|ite que Je s«il Origène, c'est-à-dire, de tous ces docteurs celui dont les égarements sont les plus fréquents, et il laisse dans l'ordure et dans le mépris saint Justin, saint Iréiiée, saint Olémeiit d'Alexandrie, un si sublime théologien ; saint Cyprien, un si grand évéque et un nwrt) r si illustre ; Tertullien , un prêtre si docte et si vénérable, tant qu'il demeura dans le sein de l'Eglise; saint Ignace même, et saint Polycarpe, disciples de saint Pierre et de saint Jean , et toutes les autres lumières de ces temps-là. Encore si ces pauvres théologiens n'étaient qu'ignorants, quoique ce soit un grand crime à des docteurs d’avoir si profondément ignoré les principes de la piété; mais, pour comble d’ignominie, il leur faut attribuer des erreurs plus grossières et plus impies que celles des païens mêmes : et ceux qui ne se défendent que par de si grands outrages envers le christianisme osent encore se glorifier d'en être les réformateurs , et les seuls restaurateurs de la piété.

Mais ce n’est pas là tout le mal : en sortant de celte ignorance et de ces erreurs capitalr-s des trois premiers s'iècles, et en venant au quatrième, qui est le siècle de lumière , ou n'en vaut pas mieux. On retombe en ce moment dans ndoUtrie, cl dans une idolâtrie la plus dangereuse de toutes, aussi bien que la plus grossière et la plus maligne; puisque c’est l'idoliitrie antichrélienne, où, sous le nom des saints, on rétablit les faux dieux et tout le cuUedes païens E Oui, dit-on, c'est en sortant des trois premiers siècles, si grossiers et infectés de tant terreurs, qu’aussitot on est replongé dans une si détestable idolâtrie ; et ces grandes lumières du quatrième siècle , ces grands hommes , sous qui on avoue que la théologie chrétienne a du moins pris à la fin sa dernière forme , saint Basile, saint Ambroise, saint Grégoire de Nazianze et saint Augustin, qui seul , dit-on, re«/erme plus de théologie dans set écrits que tous les réres des premiers siècles fondus ensemble, sont les auteurs

' V/wc. Jvert. fl. 33. r». — * Jtir. dti Pn^h. Il- pari. [ p. 4J.J. — ‘ Àpoc. -4ivrl. ts cl »ir/r.

] de ce culte impie et de cette idolutrie anticlirètienne.

Ce ne sont point ici des conséquences que nous tirions de la doctrine de votre ministre : nous avons produit ailleurs ses ternies exprès < , où U dit que tous ces grands hommes du quatrième .siècle y ont fait régner ridolàtrie; qu*//soN/ été séduits par les esprits ahuseurt^ pour rétablir le culte des démons et enfin, que c'est sous eux que se sont formés l’impiété, les blasphèmes, les persécutions, et, pour tout dire en un mot, les klolàtries de l’Aotechrist.

C’est ce que j’appellerais, si je le voulais, den prodiges de témérité, d'impiété, d'ignorance; et je ferais retomber sur le ministre tous les outrages dont il me charge pour avoir dit seulement que la vérité chrétienne, comme un ouvrage divin, a eu d'abord sa perfection. Je pourrais dire, à juste titre, qu'on ne sait si on a affaire à un clirétien ou à un païen, lorsqu’on entend ainsi déchirer le christianisme, sans l'épargner dans ses plus beaux jours. Mais laissant à part toutes exagérations, considérons de sang-froid la constitution qu'on veut donner à l'Eglise chrétienne. Les derniers sièele-s, depuis mille ans, sont le règne de l'Antechrist..Autrffoislcsprotcstantsvantaientdumoia$ le quatrième, comme le pins éclairé, et ils ne peuvent encore lui refuser cet honneur : mais cependant c'est la source de l'idulâtrie anlichrétienne; c'est là qu'elle s'est formée, c'est là qu'elle règne. La réforme poussée dans ce siècle voulait, ce semble , se faire un refuge dans les siècles des martyrs; et maintenant ce sont les plus infectés d'ignorance et d'erreurs : je dis même dans les points les plus essentiels, et dans le fond de la piété. Où est donc cette flglisede Jésus-Chri.st contre laqu’elle l’enfer ne devail pas prévaloiT *?où est cet ouvrage des apôtres dont Jésus-Christ avait dit iJe vous ai choisis et Je vous ai établis ^ gfin que vous aiUez et que tout portiez du fruit, et que votre fruit demeure *? Cependant tout tombe , tout est renversé aussitôt après les apôtres.

Ce qu'il y a de plus déplorable, c’est que même en se redress.mt on laissait en son entier la plus grande partie <le l'erreur, l.e mystère de la Trinité était encore informe au concile de Nicée, comme on a vu , et Jusqu'au concitc de Constantinople, qui est le second général; le mystère de l'incarnation n'a été formé que par de longues disputes avec les ariens, les nestoriens et les eutyciiicns, et ainsi il ne l’ctait pas au second concile général. Le sera-t-il du moins dans le troisième, qui est celui d'Ephèse, où, après la défaite des ariens, on triompha de Nestorius, ennemi de l’incarnalion? Non, il faut encore essuyer les disputes avec Eutychès. I.a perfection de ce mystère était réservée au concile de Chalcédoinc et au pape saint Léon, quoique ce soit l’Anlechrist. Mais le concile d'Ephèse a-t-il du moins expliqué en termes convenables le mystère de l'incarnation contre Kesto-

I • Jpoc, At rrt. M. 2S tt tuir, — • /6»ef. «. 30. — • yattk, Wi. 18. — * Joua. XV, 10.

SUR LKS LETTRES DB M. iURIEU.

rius, qui le d^ruisail? On avait cru jusqu'ici que ce saint concile de dcus cents évêques assemblés de toute la terre , et auquel tout le reste de l'univers donnait son consentement, avait parlé convenablement contre cette erreur , en décidant que la sainte Vieiqte était vraiment mère de Dieu; car il n'y avait rien de plus précis pour faire voir que Jésus-Christ était né Dieu, également Fils de Dieu et fils de Marie : ce qui ne laissait aucune évasion à ceux qui divisaient sa personne, et ne voulaient pas avouer qu'un enfant de trait niait fût Dieu. C'était donc là de ces expressions inspirées de Dieu à son Église, comme le eonsubstanlirl , comme les autres que tous les siècles suivants ont révérées. Mais écoutons M. Jurieu, l'arbitre des chrétiens et le censeur souverain des premiers conciles Œcuméniques : Ce fut, dit-il', aux docteurt du cinf/uiéme tiicle une lémériti malheureute dinnocer dans les termes, eu appelant la sainte Vierge mère de Dieu; terme qui n'était point dans CKcriture: BU lieu de se contenter de l'appeler, avec f Écriture , mère de Jésus-Ckritt Le ministre continue ; . Aussi Dieu n'a-t-il pas versé sa bénédiction sur • la fausse sagesse de ces docteurs : au contraire, « il a permis que la plus criminelle et la plus outrée de « toutes les idolâtries de l'antichristianisme ait pris « son origine de là; > il veut dire la dévotion a la sainte Vierge. Mais il faut bien avouer qu'rlle était devant ce concile, puisque l'égli.se où il était assemblé , et qui sans doute était b,Mie avant qu'il se tint, s'appelait Marie’, du nom de cette mère vierge, et que longtemps avant ce concile, saint Grégoire de Nazianie avait raconté qu'une martyre du troisième siècle avait prié la sainte rierge Marie d'aider une cierge qui élaiten périt *. Le ministre devrait donc dire, selon ses principes , que ce fut en punition de cette idolâtrie du quatrième siècle, que Dieu livra le cinquième, qui la suivit, a la téméraire entrepri.se d'appeler Marie mère de Dieu. Mais quelle est donc cette faute des Vères du concile d'Épbèse, si hautement censurée par votre ministre? Kst-cc que la bienheureuse Vierge n'est pas en effet mère de Dieu? Le ministre n'ose le dire. C’est donc à cause que cette expression , si propre à confondre l’erreur qui partageait Jésus-Christ, n'était pas dans l'Écriture? A ce coup, que deviend ra Yhamooiisios de N icée et I e Deus de Deo du môme concile? Il deviendra cc que dit Calvin * , une expression dure qu’il eût fallu supprimer ; puisque môme , selon cet auteur ’ , le Fils de Dieu est Dieu /«i-mô»ie comme son Père, et n'en reçoit pas l'essence divine. C'est ainsi que ces téméraires censeurs méprisent les plus saints conciles et toute l'antiquité ecclésiastique. Iæ concile d'Kphèse iio leur est plus rien ; celui de Nicée n’est pas plus ferme : en méprisant les expressions propres et précises qui servaient de barrière aux dogmes contre les fuites et les équivoques des bérétiques, ils ou-

* Lelt. XVI, I. an. p. 130, T3t. — ’ Coucil. £pAra. art. i; ijiib. tam. III , roi. *»5. - ’ Oral, in Ci/pr. et Just. tom.l.p. J79. — * Opu$c. tTptic. perjid. Faltnt. Cent. fk. 671, Wl. i jiié. êti,vn,etc. I. intUL n. Il, 19. f’aUnt. etr.

vrent la voie aux sociniens. En effet * ees téméraire.^ docteurs n'épargnent rien. Ils nous ont fait un rhristisinisme tout nouveau, où Dieu n'est plus qu'un corps ; où il ne crée rien , ne prévoit rien que par conjectures , comme nous ; où il change dans ses résolutions et dans ses pensées ; ou il n'agit pas véritablement par sa grâce dans notre intérieur; où Jésus-Christ n'est qu 'un tiomme;où leSnint-Esprit n'est plus rien de subsistant; où, pour la grande consolation des libertins, l'âme meurt avec le corps, et l'éternité des peines n’est qu'un songe plein de cruauté. Tel est ce nouveau christianisme que Socin et ses sectateurs ont introduit. Vous vous écriez avec raison contre ces blasphèmes; mais ces subtils adversaires ne s'étonnent pas de vos cris. Pourquoi se tant récrier? vous diront-ils : vos ministres sont pour nous; vous leur ave.z vu attribuer aux premiers docteurs de l'^ilglise la partie la plus importante des dogmes qui vous font peine dans notre doctrine. Dieu change. Dieu est un corps; le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas des choses subsistantes de toute éternité; la grâce et le péché originel sont des dogmes que les premiers siècles ne connaissaient pas : c'est ce que nous avons déjà gagné de l'aveu de vos ministres. Vous vous accoutumerez peu à peu à tout le reste de nos dogmes, et alors la réformation sera vraiment accomplie. Vous le 8a%*ez : c'est ainsi qu'ils parlent; mais que leur répondrez-vous, selon les principes de votre ministre? Pendant qu'ils abusent de l'Ecriture, et la tournent en mille manières plausibles au sens humain qu'elles flattent « si vous pensez, mes chers frères, donner un frein à leur licence, en disant qu’ils ne peuvent montrer un seul auteur chrétien qui ait entendu l'Écriture comme ils font; et plutôt, qu'on leur montrera que tous les auteurs leur sont contraires : celte preuve, la pliissensible et la plus propred leur conviction qu’on puisse leur opposer, par le secours de vos ministres n'est plus qu’un jouet de ces esprits libertins. Leur vanterez-vous le quatrième et cinquième siècle, l'autorité de leurs conciles , et les lumières admirables de leurs docteurs : mais c'est la source et le siège de l'idolâtrie antichrétienne. Irez-vous aux siècles précédents : mais tout y est plein d'erreurs et d'ignorance ; et vos ministres leur y font trouver plus de partisans que de censeurs. Qu'y a-t-il donc d'entier dans le christianisme , et où le trouveronsnous dans sa pureté ?

Dans l'Écriture, dites-vous? Voilà de quoi on vous flatte; mais vous ne considérez pas que, pour l'honneur de l'Écriture, il faut trouver quelqu'un qui l'ait entendue : or, si nous en croyons votre ministre, il n'y eut jamais de livre plus universellement mal entendu que cette Écriture , ni de doctrine plus tôt oubliée que celle de Jésus-Christ , ni enfin de docteurs plus malheureux que les apôtres; puisqii'à peine avaient-ils les yeux fermés, que l'Église qu'ils avaient plantée fut toute défigurée par des erreurs capitales. Et per qui est arrivé ce malheur sur le travail des apôtres ? Par leurs disciples, par leurs successeurs, par ceux qui remplirent leurs chaires incontinent après eux, parceuxqui versaient

PREMlEn AVERTISSEME^T

lOS

Irtir sans pour leur doctrine ; tant ils avaient mal jnstruil leurs disciples; tant leur travail , qui devait être si solide et si permanent, fut tdt dissipé.

là vous aurei à essuyer la risée et les railleries des libertins. Où sont, diront-ils, les promesses de Jésus-Christ? où la fermeté de son Église? où la pnretétant vantée du christianisme? la;s sociniens déclarés t«e seront pas moins terribles : Pourquoi nous condamnez-vous avec tant d’aigreur pour des dogmes qui nous sont communs avec les martyrs ? Mais ceuz qui pressent le plus M. Jurieu sont ceux quil appelle les tolérants ; c'est-à-dire des sociniens déguisés , mitigés , si vous le voulez , dont toute /o reüÿion, dit votre ministre ', e»l dant la tolérance de» différenUs hérésiet. « Ces sortes de gens, pour-

• suit-il , tirent avantage des variations des anciens ,

• et ils disent : Il faut bien que les mystères de fci

• Trinité et de l’incarnation ne soient pas couchés . si clairement dans FÉcriture, puisque les pre-

• miers Pères ont varié là-dessus. •

Assurément il n’y a rien de plus pressant qne cet

argument des tolérants. Car ces anciens , qu’on accuse d’avoir varie sur ces mystères , ne sont pas les simples et les ignorants ; ce sont les docteurs et les évêques : cc ne sont pas quelques esprits contentieux qui obscurcissaient exprès les Écritures; ce sont les saints et les martyrs. Si donc on avoue aux soeiniens, ou, si vous voulez, à ces tolérants, que ces mystères n’étaient pas connus dans les premiers siècles, il s’ensuit qu’ils n’étaient pas clairs dans l’Écritnre, et qu’il faut encore maintenant excuser ceux qiri ne peuvent les y voir. 1

Que répond ici votre ministre? Écoutez, et étonnez-vous de la prodigieuse contrarliction de sa doctrine. • Il faut répondre à cela, dit-il *, qu’il n’est

• pas vrai que les anciens Pères aient varié sur les

• parties essentielles de ces mystères. Car ils ont

• tous constamment reconnu qu’il n’y avait qu’un

• Dieu , et une seule essence divine : dans cette

• seule essence trois personnes , et que la seconde

• de ces trois personnes s’est incarnée et a pris

• chair humaine. » Voilà une réjunsequi tranclie; mais les tolérants lui feront bien voir qu’il ne la peut avancer sans se contredire. Vous nous assurez maintenant, diront-ils, que les anciens n’ont point varié dans les parties essentielles de ces mystères : mais vous nous disiez tout à l’Iieure qu’ils niaient l’éternité de la personne du Fils , et qu’ils croyaient que, pour en expliquer la génération, il fallait dire qu’il était arrivé du changement eu Dieu; en sorte que son propre Fils ne lui était pas coétemel : par conséquent, ni l’éternité de sa personne, nid’immutabilité de son éternelle génération, ne sont pas partie» estenllellet du mystère de la Trinité.

Cela est embarrassant pour votre ministre, et vous voyez bien qu’il n’en sortira jamais. Mais ces toléfants le poussent encore plus avant : Le» anciens Père» , dites-vous , n'ont point varié là detm», c'est-à-dire sur le mystère de la Trinité et sur celui de l’incarnation : et c'est une preuve évidente gue r Écriture est claire sur ces articles. Tout ce

* Jxti. TU , |}. * Ibid.

donc où ils ont vari^ o*était pas dair : or, seioa vous, ils ont varié, non-seulement sur l'éternité de la personne du Verbe, et sur l'immutabilité de l'étre divin, mois encore sur la providence particu» lière, sur la spiritualité et Timmensité de Dieu, sur la grâce , sur le libre arbitre , sur la satisfaction de Jésus-Christ , et sur tous les outres points qu*on a vus ; donc i'Fxriture n'est pas claire sur tous ces points, et il faut tolérer ceux qui les rejettent.

Que sert Ici h votre ministre la distinction de la foi et de la tliéologie? La foi des anciens , dit-il, n'a pas varié t mais seulemenUeur théologie. Ces importuns tolérants ne le laisseront pas en repos. Qu'appelez-vous leur théologie, que vous distinguez deleurfoi?C'est,dit le ministre, l’explic^tiofi qu'ils ont voulu faire des articles de la foi. Mais voyons encore, quelle explication?étail-ce une explication qui laissât en son entier le fond des mystères, ou bien une explication qui le détruisît en termes formels?

Ce n'était pas une explication qui laissât en son entier le fond du mystère, puisqu'on lui a démontré que, selon lui, c'étaient les ciioses les plus essentielles, que les anciens ignoraient; comme sont rélcrnitédu Fils de Dieu, la perfection de l'étre divin, et les autres choses semblables. Ainsi leurs explications regard.nient immé'dialeinent le fond de la foi ; ia distinction de théologie, dont on vous amuse, n'est qu'une illusion, et un discours jeté en l'air pour tromper les simples.

Reconnaissez donc, mes cliers frères, que votre docteur, incertaindecequ'ildoiC dire, hasarde tout ce qui lui vient dan.s la pensée, selon qu’il se sent pressé par les diflirultcs qu'on lui propose, et vous le donne i>oiir bon, sans vous ménager. Dans son Système rie f Lgiise », il a eu besoin de dire qu'elle n'avait jamais varié dans lesarticles fondamentaux : U l'a dit; et s'il y a une vérité qui ne puisse être contestée, c'est celle-là : puisqu'il est de la dernière évidence que l'Église ne subsiste plus quand on en renverse jusqu'aux fondements. D'ailleurs H n'a point trouve de meilleur moyen pour distinguer les articles fondamentaux d'avec les autres, qu’en disant que les articles fondamentaux sont ceux qui ont toujours été reconnus : on n’a donc jamais varié surces articles. C'était ici une doctrine où il fallait absolument demeurer ferme, et selon ses principes particuliers, et selon la vérité même : mais l 'Histoire des Variations a fait changer un princi[)e si constant. Pour justifier les variations de la réforme, il a fallu en trouver dans rancieiine Église. Votre ministre avait cru d'abord qu'il lui sufQrait d'en montrer dans la manière seulement d'expliquer leschoses ; mais dans la suite de la dispute il a Hen I v'u qu'il n'avancait rien , s'il ne montrait des varia- ^ tions dans le fond même : Il a donc fallu en attribuer aux premiers siècles, et dans les matières le« plus essentielles. I-es tolérants sont venus , qui lui ont prouvé, par ses principes, que ces matières n'étaient donc plus si essentielles , s'il était vrai que les premiers siècles les eussent ignorées ou rejetées.

' Syit. dt VKgl. p. 2S0 ci $uiv. , 4S3 «1 suis., etc

StR LES LETTRES DE M. JUR1EU.

Alors il a fallu revenir à ses premières pensées , et répondre que les premiers siècles n'avalent point varié dans tous ces points. Ainsi dans la même lettre* on trouve les trois premiers siècles accusés d'erreurs capitales sur la personne du Fils de Dieu, sur la foi de la Providence, sur la satisfaction et la ^rdce de Jésus-Christ , et le reste que nous avons vu ; et on f trouve en n>éme temps , qu'on n'a jamais varié sur les parties essentieUes de ces mystères Le même homnieMit ces deux clioses dans la même lettre ; et pour s’expliquer plus clairement, 11 commence par assurer que « la foi des simples

• n'a jamais varié sur la Trinité , sur rincarnation,

• et sur les autres articles fondamentaux, comme « sur la satisfaction que Jésus-Christ a offerte par « sa mort pour nos péchés; et enfin sur la Provi- ■ deneequi seule gouverne le monde, et dispense

• tous les événements particuliers. » Voilà donc déjà la foi des simples , c'est-à-dire , du gros des fldèles, en sûreté : mais de peur qu'on ne s'imagine que les docteurs ne fussent ceux dont la subtilité eût tout brouillé, il ajoute que « cette foi des sim- •• plesétaitcn même temps la foi des docteurs. • Voilà ce qu'on trouve en termes formels dans les mêmes lettresde votre ministre :c'e8t-à-direqu’onytrouve en termes formels , dans une matière fondamentale, les deux propositions contradictoires; tant ilestpeu ferme dans le dogme , et tant il est manifestement de ceux dont parle saint Paul : qui n entendent ni ce qu'ils disenleux-mèmes, ni les choses dont ils parlent avec le plus d'assurance

Il faudra enfin toutefois que ce ministre choisisse, puisqu’on ne peut soutenir ensemble les deux contradictoires. Mais , nies frères , que choisira-t-il , puisqu'il est également pris, quoi qu'il choisisse? Dira-t-il que la foi de l’Eglise n'a jamais varié? Il fait pour moi, et il conflrme ma proposition qu'il a trouvée si étrange , si prodigieuse, si pleine de témérité et d'ignorance , et plus digne er{fm d'un pâte» que d'un chrétien. Prendra-t-il le parti de dire que l'Eglise des premiers siècles a varié dans sesdogmes? Ils ne seront donc plus fondamentaux , ui si certains que le prétend ce ministre même : il sera forcé de recevoir ceux qui les nieront ; et les tolérants , c'està-dire, comme on a vu , des socinieos déguisés , gagneront leur cause.

Peut-être que , pour couvrir ses contradictions et son erreur, il dira qu'à la vérité les Pères qu'il a cités ont enseigné ce qu'il avance : mais que c'était des particuliers qui n'entendaient pas les vrais sentiments de l'Eglise. Mais déjà, s'il est ainsi , ma proposition, tant condamnée par votre ministre, esten sûreté ; puisqu'il demeure pour constant qu’on ne peut plus accuser la foi de i'Eglise, ni soutenir qu'elle ait varié : et d'ailleurs, ce n'est ici qu'une échappatoire; puisque le ministre n’a pas prétendu montrer de l'erreur dans la doctrine des particuliers, mais, par la doctrine des particuliers, en faire voir dans l’Église métne; y faire voir, comme il dit , erreurs capitales dans la théologie de ces siéclesià , une opinion régnanie et constante , et le reste

• TU, p, •• tmv. — • Ihut-p. 60. - * /- 7Vm. », 7.

que nous avons vu * : et quand il n'aurait voulu rapporter que des erreurs particulières , il ne laisserait pas d'être convaincu de ne les avoir pas rejetées; puisque, pour les rejeter autant qu'il faut, il faut les rejeterjusqu'à dire qu’elles sont daiimables.Or elles ne sont pas dainiiables, si elles se sont trouvées dans les martyrs, si l'Eglise les y a vues, et les y a tolérées : il faudra donc mettre au rang de ceux qu'on tolère, ceux qui nient que la génération et la personne du Fils de Dieu soient étemelles. I.a conséquence est si bonne , que votre ministre a été contraint de l'avouer; d'avouer, dis-je, que l'erreur où l’on niait l’éternité de la personne du Fil.s de Dieu , n'était pas essentielle et fondamentale :ceqaïiionnu aux défenseurs de cette impiété la même entré*

Îu'aux luthériens dans la communion de la vrai* Iglise.

Mais enfin, direz-vous, venons au fond. Est-il vrai, ou ne l'est-il pa.s, que les saints docteurs aitnt varié sur tous ces dogmes? Hélas! où en êtes-vous, si vous avez besoin qu'on vous prouve que les articles les plus essentiels, et même la Triuité et l'iiicnrnation , ont toujours été reconnus par l'Eglise chrétienne? Il n'y a que les sociniens qui aient besoin d'être instruits sur ce sujet-là. Que si vous êtes ébranlés par l'autorité de M. Jurieu , qui vous dit si hardiment que ces importantes vérités n’étaient pas connues des anciens, vous devez en même temps vous souvenir que sa doctrine ne se soutient pas; et que ce qu'il assure si clairement dans un endroit, il ne le désavoué pas moins clairement en l’autre. Ce ministre n'est donc plus bon qu'à vous faire voir la confusion qui règne dans vos Eglises , i>ù ce qu'il y a de plus important et de plus certain devient douteux.

Mais, après tout, que vous dit-on pour vous prouver les variations qu'oii attribue aux anciens ? Pour vous faire croire, par exemple, que les anciens admettaient en Dieu du diangement,oii vous produit Athénagoras : mais cet auteur, dans te propre endroit qu'on vous allègue*, répète trois et quatre fois que Dieu est non-seulement un être immense, étemel, incorporel, qui ne peut être entendu que par l'esprit et par la pensée; mais encore, ce qui est précisément ce qu'on nous conteste, indivisible, immuable : ou qu'on nie montre ce que veut dire ce mot dniér^', si ce n’est inaltérable, immuable, imperturbable, incapable de rien recevoir de nouveau en lui-même, ni d'être jamais autre chose que ce qu'il a été une fois. Voilà , ce me semble , assez clairement rimmutabilité de l'Être divin , et en passant son immense perfection , que votre ministre ne veut pas qu'on ait connue distinctement en ce temps-là. Il ne me serait pas plus difficile de défendre les autres Pères d'une si grossière erreur; et si je parle d'Atliénagoras à votre ministre, c'est à cause que c'est le premier qu'il a cité, et le premier de ces saints auteurs qui m'est tombé sous la main : mais à Dieu ne plaise, mes frères, que j'aie à défendre

• Iftt. Tl, p. 46; VII, p. 19. Ci-drwu». — » .Slhmag. Ltqni. pro Chritl t'dit. lîriuti. àtlrr Optra Juti. n t , p.

PRIvUltR AVERTISSEMENT

Page 1