‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 46 sur 192 · Cypr Tr. Optr.el — • PTOt.\^,vn. — ’ £a/i · texte numérisé non relu

Cypr Tr. Optr.el — • PTOt.\^,vn. — ’ £a/i

mi,M - — ** fypn de Op. cl Eleem. p. 237 et

* Epitt. SS. — • Tettim. m, 4 , p. 3t». Tesiim. Il , 27 , p. Sia et 3»4. — * »L, p. 64. — ♦ p'ar. /«*. v , p. bO%

— ‘ Letl. VI, p. 4»,<‘. I. — *S.Juÿ. de Civ. Dei. lit X\i, cap. S , n. I , lont. Vil , eat. 416.

SUU U*:s LKTXnKS DE M. JUBIEU.

• sool considérées plus soigneusement, plus clai-

• rement entendues, plus vivement inculquées; en

• sorte que la question émue par les ennemis de TÉ*

« glise est une occasion d'apprendre. • Voilà tout ce que dit saint Augustin, sans y rien ajouter ni diminuer. Si J’avais eu à choisir dans tous ses ouvrages un passage exprès contre ce ministre , j'aurais préféré celui-ci à tous les autres; puisqu'il est clair, selon les paroles de ce saint docteur, qu'apprenilre, dans cet endroit, n'est pas découvrir de HouceUes vérités, comn)e le ministre t'ajoute du sien; mais se conflrmer dans celles qu'on sait, s'y rendre plus attentif, les mettre dans u/i plus grand jour, les défendre avec plus de force : ce qui présuppose manifestement ces vérités déjà reconnues. Après cela, fiez-vous a votre ministre, quand il vous cite des pas.viges. Non, mes frères , il ne les lit pas, ou il ne les Ht qu'en courant : il y cherche des dilTicullés, et non pas des solutions; de quoi embrouiller les esprits, et non de quoi les iuslniire; et il n'épargue rien pour vous surprendre.

Comme quand, pour vous faire accroire que ta théologie des Pères était imparfaite sur le mystère de la Trinité, il fait dire au Père Peiau, en propres termes, qu'i/s ne nous en ont donné que tes premiers linéaments • . Mais ce savant auteur dit le contraire à l'endroit que le ministre produit, qui est la Préface du tome li des Dogmes tliéologiques ; car il entreprend d'y prouver que la doctrine catholique a toujours été constante sur ce sujet; et, dès le premier chapitre de cette Préface , il démontre que le principal et la substance du mt/stére a toujours été bien connu par la tradition; que les Pères des premiers siècles conoiennent arec nous dans le fond, dans la substance, dans la chose même, quoique non toujours dans la manière de parler * : ce qu'il continue à prouver au second chapitre, par le témoignage de saint Ignace, de saint Polycarpe, et de tous les anciens docteurs : enfin dsns le troisième chapitre , qui est celui que le ministre nous objecte en parlant de saint Justin , celui de tous les anciens qu'on veut rendre le plus suspect , oe savant jésuite décide que ce saint u}nrtyr a exceliemmeni et clairement proposé ce qu'il y a de principal et de substantiel dans ce mystère : ce qu’il prouve aussi d'Athéiiagoras , de Tliéopliile d'Autioebe, des autres 1 qui tous ont tenu, dit-il le principal et la sidtstance du dogme, sans aucune tache; d'où il conclut que s'il se trouve dans ces saints docteurs quelque passage plus obscur, c'est à cause qu'ayant à traiter « avec les païens et les philosophes, ib ne

• déebraient pas, avec la dernière subtilité et pred- « sion , l'intime et le secret du mystère dans les li- « vres qu'ils donnaient au public; et pour attirer « ces philosophes. Us le tournaient d'une manière « plus conforme au platonisme qu'ils avaient ap- « pris, de même qu’on a fait encore longtemps « après dans les Catéchismes qu'on faisait pour in-

• struire ceux qu'on voulait attirer au christianis- « me, à qui au commencement on ne donnait que

> /yf/. VI , p. 46. — * Thsof. ûvjfm. t. Il , Pref. r. i , lo , 13. — * I6id. e. ».

m les premiers traits, ou , comme le ministre le tra- ■ duit, les premiers linéaments des mystères : • non qu'ils ne fussent bien connus; mais parce qu'on Déjugeait pas que ces âmes, encore infirmes, en pussent soutenir tout le poids ; en sorte qu’on jugeait à propos de les introduire dans un secret si profond, avec un ménagement convenable à leur faiblesse : voilà, en propres termes, ce que dit ce Père. Votre ministre lui fait dire tout le contraire en propres termes. Il lui fait dire que la théologie était imparfaite, à cause qu'il dit qu'elle se tempérait , et qu'elle s’accommodait à la capacité des ignorants; et il prend pour ignorance dans les maîtres, le sage tempérament dont ib se servaient envers leurs disciples.

Et pour vous découvrir encore plus clairement les illusions dont on tâche de vous éblouir, y en at-ilune plus grossière que celle d'avoir voulu faire accroireque la foi de l'Église n'a été formée que lorsqu'à l'occasion des hérésies survenues, il a fallu en venir à des décisions expresses.^ Mais au contraire , on n'a fait les décisions qu'en proposant la foi des siècles passés. Par exemple, votre ministre a osé vous dire que la foi de l'incarnation n'a été formée qu'après qu'on eut essuyé les disputes des nestoriens et descutychiens; c’est à-dire , dans le concile de Chaicédoine ; mais ce n'est pas ce qu'en a pensé le concile même. Car par où a-t-on commencé cette vénérable assemblée ; et par où a comn>eiicé saint Léon, qu'ellea eu pour conducteur? Par dire peut-être que jusqu'alors on n'avait pas bien entendu ce mystère, ni assez pénétré ce qu’en avait dit l'Ecriture ? A Dieu ne plaise! On commence par faire voir que les saints docteurs l’avaient toii'iours entendue comme on faisait encore alors, et qu’Kutyciiès avait rejeU la doctrine et les expositions des Pères. C’est par là que commença saint Léon, comme on le voit par ses divines Lettres, que cc concile a admirées : c'est ce que fait ce concile même ; et il n'approuve la lettre de saint Léon qu'à cause qu’elle est conforme à saint Athanase, a saint Hilaire, à saint Basile, à saint Grégoire de Nazianze, à saint Ambroise, à saint Chrysostâme, a saint Augustin, à saint Cyrille, et aux autres que saint I.éon avait cités

Klais |>eut-être qu’on crut ajouter la perfection qui manquait aux décisionsdes conciles précédents? Point du tout : car on commence par les rapporter au long et à les poser pour fondement ; pub le saint concile parle ainsi : « Cette sainte assemblée suit et « embrasse la règle de la foi établie à Nicée, celle ■I qui a été confirmée à Constantinople, celle qui a • été posée à Eplièse, celle que suit saint Léon,

: « homme apostolique et pape de l’Eglise univer- I • selle, et n'y veut ni ajouter ni diminuer*. » La foi était donc parfaite; et si l'on se filt avisé de dire à ces Pères , comme fait aujourd’hui votre ministre, qu'avant leur décision elle était informe, iis se seraient récriés contre celte parole téméraire, commo contre un blasphème. C’est pourquoi ils commencent ainsi leur définition de foi : • Nous renouvelons

> CoMc. Chai, «et 2, Lakh. I. IV, r«t. SU et »eq. * Jrt, 4, c»/. tca et 9f^.

PREMIER AVERTISSEMENT

• la foi infaillible de nos Pires qui se sont assemblas

• à Nicie, à Constantinople, I Éphèse, sous Céles-

• tin et Cyrille ■ . • Pourquoi donc font-ils eux-ininies une nouvelle définition de foi? est-ce que celle des conciles précédents n’était pas suffisante? Au contraire, « elle suffisait, continuent-ils, pour une

• pleine détdaration de la vérité. Car on y montre

• la PKBrECTios de la Trinité et de l'incarnation

• du Fils de Dieu. Mais parce que les ennemis de

• la vérité, en débitant leurs liérésies, ont inventé

• de nouvelles expressions, les uns en niant que la

• sainte Vierge fût mère de Uieu , et les autres en « introduisant une prodigieuse confusion dans les

• deux natures de Jésus-Utrist ; ce saint et grand

• concile enseignant que la prédication de la foi est

• dès le cununencemeni Tot'jouas iuuu.vblb, a

• ordonné que la foi des Pères deueubebait feb-

• me; et qu'il n’y a rien ^ Y AJOUTEE, comme s'il

• y manquait quelque chose. > A insi la définition de ce'concilc n'a rien de nouveau, qu'une nouvelle déclaration de la foi des Pères et des conciles précédents, appliquée à de nouvelle.s liérésies.

Ce qu'on fit alors à Chalcédoine, on l’avait fait à Kpliè.se. On , commença par y faire voir contre Kestorius, que saint Pierre d'Alexandrie, saint Athanase , le pa|>e saint J ules , le |>ape saint Félix et les autres Pères avaient reconnu Jésus-Christ comme Dieu et liomme tout ensemble , et par conséquent sa sainte mère comme étant vraiment mère de Dieu * ; en sorte que saint Grégoire de Diasian/e n'hésitait pas à analhémaliser ceux qui le niaient ' : un renouvela la fui de Nicée, comme ptcineineut suX/itanle pour expliquer le mystère, et on montra que les sahits Pères l'avaient entendu connne on faisait à Éphèse; on décida sur ce fondement • que saint

• Cyrille était défenseur de l’ancienne fui, et que

• Kestorius était un novateur qui devait être chassé

• de l'Église. Nous détestons, disait-on, son im-

• piété : tout l'univers l'anathématise : que celui « qui ne l’anathématise pas soit anathème J. •

On vous dira qu’oti n'entmd parler que des Pères et des conciles, et que c’est trop négliger l’Écriture sainte. Détroinpei-vous de cette erreur : loin de négliger par là l'Écriture, c'est le moyen qu’ou prenait pour en fixer l'interprétation, et ne varier ja- ■nais ; on ne trouvait point de plus sdre interprétation, que celle qui avait toujours été publiqiie et solennelle dans TÉglise. Ainsi on faisait gloire à Chalcédoine d’entendre l'Écriture sainte comme on avaitfait i Éphèse, et à Éphèse comme on avait fait h Constantinople et à Nicée. Mais est-il vrai qu'à Nicée la foi de la Trinité fdt encore iu/urme; et qu’elle ne ffit formée qu'à Conslanlinople , où l'on définit la divinité du Saint- F-sprit? U est vrai qu’on ne définit expressément à Nicée que ce qui était expressément révoqué en doute , qui était la divinité do Fils de Dieu : car l'Église, toujours ferme dans sa foi , ne se presse pas dans ses décisions ; et sans vouloir émouvoir de nouvelles difficultés , elle ne les

' l>e /In. Chaleed, act. B, cttt. Ml. — * Couf . Bph. act. I , t. tii, «rrf. MX — ^ Orrg. .\étz. Epi»t. né CM«n. I, p. 7M. — * CoHf. £ph. ael. |, tm/. W)l.

résout, par décrets eiprès, qu*à mesure qu'on fc$ lui fait : de sorte qu'on ne prononça aucun décret particulier sur la divinité du Saint-Ksprit, dont on ne disputait pas encore alors. Cependant, comme dit très^ien le concile de Chalcédoine', • la roi

• delà Trinité était PAavAiTK; puisqu'après avoir ■ déclaré qu’on croyait au Père et au Fils, comme « son égal; lorsqu'on disait avec la même force et « la même simplicité : Je crois au Saint-Ksprit, orv « nous apprenait suffisamment à y mettre notre « confiance, comme on la met en Dieu : mais par-l

• ce que dans la suite on fit à l'Église une nouvellel querelle sur le Saint-Esprit, il en fallut déclarer

> plus expressément la divinité dans le concile de

• Constantinople ; » non que la foi de Nie v fdt informe et insuffisante : à Dieu ne plaise! mais afin de fermer la bouclée plus expressément aux esprits coo^ lentieux.

tin effet, il est bien certain que snint Atlianasc, qui était ruracle de ri*lglise , avait poiié aussi plei* nement de la divinité du Saint-Esprit, qu'on fit depuis à Constantinople; et il fait voir clairement, dans sa lettreoii il expose la foi à l’empereur Jovien, que les Pères de Nicée en avaient parlé de même Aussi les Pères de Constantinople firent profession de n'exposer que Kn foi ancienne, dans laquelle tous les fidèles avaient été baptisés Par ce mosen, ort n'innovait rien à Onstaniir)ople : mais on n'avart pas plus innovéà Nicée. Saint Athanase n fait voir aux ariens que la foi de ce saint concile ctAiit celle dans laquelle tes martyrs araient versé teursang a. Ce grand Immme avait vu la persécution : il en restait dans l'Église un grand nombre de saints confesseurs, avec qui il conversait tous les jours, et personne n'ignorait la foi des martyrs. Ildémontre, dans un autre endroit, que la foi de la divinité de Jésus-Christ ataii passé de Père en Père juxtftt'és nous Il prouve qu'Origène même, que les ariens vantaient le plus comme un des leurs , avait trèsbien expliqué la saine doctrine sur l'éternité et la consubstantialité du Fils de Dieu«. C’est cette foi , 7^ qui a été de tofd temjys ; et c*est pourquoi, continue-t-il, « toutes les Églises la suivent ( en

• coiiMnençant parles plus éloignées ), celles d'Rs- •> pagne, de la Grande-Bretagne, delà Gaule, de «• l'Italie, de la Dahnatic, Dacte, Macédoine; « celles de toute laGrèqe, de toutel'Afrique, les fies « de Sardaigne, de Chypre, de Crète, la l^mphy- « lie, ta Ljete, l'isaurie, l'Égypte, la Libye, le « Pont, la Cappadoce : les Églises voisines ont la « même foi, et toutes celles d’Orient, à la réserve •< d'un très-petit nombre : les peuples les plus éloi- « gués pensent de même ; » et cela, c'était à dire, non-seulement tout l’empire romain, mais encore tout l’univers. Voilà l'état où était l'Église sous

' AUoc. oé Mare, lmp. Cane. Ckalc. p. S, Inib. I. iv , Ath. «xpoi. jSd. km. i,p. Uio. Bput. Ca/A, Oret. I W teq. cont. Arian. pat*im. Ep. i ad Serap. de Spir. S. t. I , part. II , pag. BBS et leq. Ibid. pag. TTL Ep. ad Am^ tioeh. Ep. ad Serap.S, 4. Ibid. p. SOI et aeg. — * Cane. Can»tant. Labb. f.iv et V. — * Ep.adJov. Iwap. t. \,part. 11,p.veiw — * Dt Oee. fii. /Vie. I. l , p> Sus. — * Ibid. i». 37. — i Ep'nL ad Jov. sup.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU

lis

fempemir Jovten, tm p«u après la mort de Constance; aGn qu’on ne s’imagine pas que ce dernier prince , pour avoir été défenseur des ariens, ail pu réduire l'Eglise à un petit nombre par ses persécutions : au contraire , poursuit saint Athanase, « tout l'univers embrasse la fui catholique, et il n'y « a qu’un très-petit nombre qui la combattent. » C'est ainsi que l'ancienne foi et la foi des Pères s’était non-seulement conservée , mais encore répandue partout. Pour vous, disait-il, 6 ariens, «quels

• Pères nous nommerez-vous? « Il met en fait « qu’ils n’en peuvent produire aucun, ni nommer

• pour leur doctrine aucun homme sage, ni d'autres

,« prédét^seurs que les Juifs et Caïphe • Voilà

comme parlait saint Athanase au cotntneiiccment du quatrième siècle, dans le temps que la mémoire des trois premiers siècles était riKcnle, et qu'on en avait tant d'écrits que nous n’avons plus. Aprèsqiie les ariens ont été condamnés par toute la terre , et que le fait de leur nouveauté, objecté en face à ces hérétiques par saint Athanase, a passe pour constant, nous serious trop incrédules et trop malheureux, si nous avions encore besoin qu'on nous le prouvait, ou qu’il falldt renouveler le procès avec M. Jurieu , et mettre en compromis la fui des premiers siècles , sur l'éternité du Fils de Dieu.

Mais ce fait de la nouveauté des ariens étant avéré, le même saint Athanase en conclut, dans un autre endroit * , r que leur doctrine n’étant « point venue des Pères , et au contraire , qu'ayant

• été inventée depuis peu, on ne les pouvait ran- « ger qu’au nombre de ceux dont saint Paul avait « prédit qu'i/ viendrait dans les derniers' tenif)s

• quelques gem qui abandonneraient la foi, en

• s'attachant à des esprits d'erreur ^ : » remarquez ces mots , quelques gens, et ces inot.s , abandonneraient la foi ; et ces mots , dans les derniers temps. Les hérétiques sont toujours des gens qui abandonnent ta /oi.-je dis même leur propre foi, comme remarque ici saint Athanase, depuis qu'ils se séparent de leurs maîtres et de la foi qu'ils en avaient fux-mémes reçue; des gens qui par conséquent trouvent établi ce qu'ils quittent et ce qu’ils attaquent; qui sont donc, non pas le tout qui demeure, mais que/quci-uns qui innovent et qui se détachent , qui viennent aussi dans les derniers temps,

f après tous les autres, dans les temps postérieurs, iv T9t$ {tarif ûi Mifolc, et qui n'ont pas été dès le commencement. Il n'en faut pas davantage pour les convaincre. Pour'convaincre les ariens, avec toutes les autres sectes , qui voulaient gagner Théodo- •e-le-Grand , un saint évéque conseilla à cet empereur de leur demander s’ils s’en voulaient rapporter aux anciens Pères ^ ; ce qu’ils refusèrent tous, tant ils étaient assurés d'y trouver leur condamnation; et dès qu'Arius parut, Alexandre d'Alexandrie, son évéque, lui reprocha la nouveauté de sa doctrine, et le chassa de l’Eglise comme un inventeur de Jattes impertinentes; reconnaissant

* Ih thr. fid. Aïe, t. II. •. 17,p. W. — * Omt. 5, tn Jria». nunc Omt. I, it. h, tom. i , p. 412. — > I. J'tM. iv, f Sae. V, Cl*/», le, «f/l. ÿsU».

hautement « qu'il n’y avait qu’une seule Lglisa « catholique et apostolique, que tout le moi.de

• ensemble n’était pas capable de vaincre, quand « il se réunirait pour la roinbattre *. ■

Celait donc, sans aller plus loin, et sans qu'il fût ntH-essaieç de remuer tant de livres, une preuve, courte et convaincante , de la nouveauté des hérétiques; c'en était, dis-je, une preuve, que, lorsqu'ils venaient, tout le monde se récriait contre leur doctrine, comme on fait des choses inouïes. Pourquoi venez-vous nous inquiéter? leur disaiton; avant vous on ne parlait point de votre doctrine, et vous-mêmes vous avez cru comme nous. On disait aux eutvehiens : • Vous avez rompu avec

• tous les évêques du monde, avec nos Pères et « avec tout l’univers * : « que ne gardiez-vous la foi que vous aviez vous-mêmes reçue avec nous? Pour nous, nous ne changeons pas : • nous conser- « vous la foi dans laquelle nous avons été baptisés,

• et nous y voulons mourir comme nous y som- « mes nés : nous baptisons en celte foi, disaient les

• évêques , comme nous y avons été baptisés : c’est

• ce que nous avons cru et ce (|ue nous croyons en « core. I.e pape I>nn croit ainsi : Cyrille croyait de

• même : c'est la foi qui ne change pas, et qui « DEMEURE TOUJOURS > H ii'v a doHC poiiit de variations ; « tout le monde est orthodoxe ; qui sont « ceux qui contredisent? » A peine paraissent-ils dans le grand nombre des catholiques.

On en disait autant à Eplièse aux nestoriens. Tout riinivers nnalhématise rimpicté des nesloriens. « prcfcrera-l-on un seul évêque à six « mille évêques? •• Et ailleurs : « ils ne sont que «• trente qui s’opposent à tout l'univers » On en dit autant à Nicée contre Arius et les siens : à peine avaient-ils cinq ou six évêques; encore ce peu d évêques avaient-ils cm autrefois comuK* les autres : aussi ne prenaient-ils point d'antre parti « que de mépriser la simplicité de tous leurs col- « lègues, et de se vanter d'être les seuls sages,

• lc-8 seuls capables d'inventer de nouveaux dog- « mes^ : » louanges que les orthodoxes ne leur enviaient pas.

Sur ce fondement inébranlable de l’antiquité do la foi et de l'innovation des hérétiques, justifiée si évidemment par leur petit nombre, les conciles prenaient aisément la résolution qu'ils devaient prendre, qui était de confirmer l'ancienne foi, qu’ils avaient trouvée établie partout , lorsque les hérésies s’étaient élevées. On estimait autant les derniers conciles que les premiers, parce qu’on savait qu’ils allaient tous sur les iivêmes vestiges. Dana cet esprit on disait aux eutychiens : • C'est en vain « que vous réclamez les anciens conciles : le oon- > elle de Chalcédoine vous doit suppibb , puis- « que, parla vertu du Saint-Esprit, tous les con-

• /tlfx. EpUc.AleraHÛ. EpUl. apud Thfi>durct. Hùt.erclfs, t- I , r. 3, />. j3J. — * Cane, Chatc. pttrt. III , i». 20, 2«i , 57. Laltb. t. IV , etd. 820 et teif. — * Ibid. «. W. C<mc. Chale. net. 2, 4- — * Ibid- «et. 4. — ‘ Cône. Ephes. p. 2, act. I. .Spot, Oalm. Cône. Ephes. pnrL II , edti. Rim. p. 477. /sMbb. t. III, Rcldt.nd. lmp. .4et.b.^* Epist. Mes. Alexandrin.

Ep. rjntd. Ep.ap. Thead. fit. i. ÜU4. e. 3-

PREMIKU AVERTISSEMENT

« elles orthoüoies y sont renfermés ' : • et si après cela on voulait douter, ou faire de nouvelles questions, «c’en est assez, disait-on; après que les « choses ont été si bien discutées, ceux qui veulent • encore chercher trouvent le mensonge *. •

Cette courie histoire des quatre premiers conciles ne contient que des faits constants et incontestables , qui suffisent pour faire voir que loin que la foi de la Trinité et celle de rincarnation fût informe j comme on vous le dit , avant leurs décisions ; au contraire, ces décisions la supposent déjà fonnée et parfaite de tout temps. On voit aussi très-clairement, par les mêmes faits, que les hérésies n'ont jamais été que des opinions particulières, puisqu'elles ont commencé par cinq ou six hommes; par quelques-unx f nous disait saint Paul qui aba^onnaient la fol qu'ils trouvaient reçue , enseignée, établie par toute la terre, et de tout temps; puisque les hérétiques même , quelque effort qu'ils fissent, n'ont jamais pu marquer la date de son commencement , comme l’Église b montrait à chacun d’eux. De cette sorte, lorsque les hérésies se sont élevées, il n'a jamais pu être douteux quel parti l'Église avait à prendre; personne ne pouvant douter raisonnablement, comme dit Vincent de Lérins *, qu’on ne dût préférer CanliquUé à la noureautéf et l'unloersalité aux opinions particulières.

Mais ce qui parait dans ces hérésies, qui ont attaqué la foi de la Trinité et celle de l’incarnation, ne paraîtrait pas moins clairement dans les autres , s'il était question d'en faire l'histoire. Votre ministre apporte comme un exemple de variations, la doctrinedu péché originel et de la grâce : mais c’est précisément sur cet article que saint Augustin, qu'il a cité comme favorable à sa prétention, lui dira que la foi chrétienne et t'IùjUse catholique n’onl jamait variè^. En effet , on ne peut nier que lorsque Pélage et Céleslius sont venus troublerl'Église sur cette matière, /cur* profanes nouveautés n'aient fait Aorrewr par toute la terre, comme parle saint Augustin^ , a toutes les oreilles catholiques ; eX ee\9, . autant en Orient qu'en Occident, coinmedit le même Père?; puisque même ces lié^ résiarques ne se sauvèrent, dans le concile de Diospulis en Orient, qu’en désavouant leurs erreurs : encore trouva-t-on mauvais que ces évêques d’Orient sc fussent laissés surprendre aux équivoques de ces hérésiarques, et ne les eussent pas frappés d'anathème. Voilà le sort qu’eut l’hérésie de Pélage d’abord qu’elle commença de paraître : à peine putelle gagner cinq ou six évêques , qui furent bîentdt chassés par l'unanime consentement de tous leurs collègues, avec l’applaudissementde tous les peuples et de toute l'Église caüiolique; jusque-là que ces hérétiques étaient contraints d'avouer, comme le rapporte saint Augustin, premièrement, qu'un

• Cône. Châle, p. 8, n. 30. — * Bdiet. Fat. et Marr. Ib. «. .1. — * I. Tim. IV. I. — « Tum. l, p. 30t), i-/r. — » Aag. t. l. eont. Jul. e. 6, i«. M. 611.—* Uh.tv od Bant/.e.

1*. •. Si.eol. i9S;rt n 4M. — t Pefoy.

fl. 22, 2S, 903 et $cq. etahU.

dogme insensé et impie avait été reeu dans foH$ l'(?celdent' : et quand iis virent quei’Orientn’ctait pas moins déclaré contre eux , ils dirent en général qu’un dogme populaire prévalait, que C Église avait perdu h raison , et que la folie y ac>aU pris le dessus : ce qui était, ajoutaient-ils, la marque de la fin du monde * ; tant eux-mêmes ils craignaient de dire que ce malheur y eût duré, ou y pût durer longtemps. Telle est ta plainte commune de toute Itérésie : et Julien In Pélagien la faisait en ces propres termes, pour lut et ses compagnons; en sorte qu’il ne leur restait que la malheureuse consolation de se dire eux-mêmes ce petit nombre de sages qu’il fallait croire plutôt que 4a niu/fffudè, qui était pour C ordinaire ignorante et insensée ^ ; ce qui était , même en se vantant, un aveu formel de la singularité , et par conséquent de la nouveauté de leur doctrine. Aussi n'eut-on point de peine à les convaincre de s’être opposés à la doctrine des Pères. Saint Augustin leur en a produit des passages, où la foi de l'Église se trouve aussi claire , avant la dispute des |>élagiens, qu’elle l'aété depuis^ : d’où ce grand hommeconcluait très-bien qu'il n'y avait jamais eu de variation sur ces articles, puisqu'il était bien constant que ces saints docteurs n'avaient fait rien autre chose « que de conserver dans l'Église ce «qu’ils y avaient trouvé; d’enseigner ce qu’ils y « avaient appris, et de laisser à leurs enfants ce

• qu’ils avaient reçu de leurs pères*. • Qu’oii nous allègue après cela des variations sur ces matières. Mais quand on ne voudrait pas en croire saint Augustin, témoin si irréprochable en celle occasion; sans avoir l>esoin de discuter les passages particuliers qu'il a produits, personne ne niera ce fait publie, que les pélagiens trouvèrent toute l’Église cri possession de baptiser les petits enfants en la rémission des péchés, etdedemanderdans toutes ses prières la grâce de Dieu, comme un secours nécessaire , non seulement à bien faire, mais encore àbiencroire et à bien prier : ce qui étant supposé comme eons* tant et incontestable, il n’y aurait rien de plus insensé que de soutenir, après cela , que la foi de l’Église ne fût point parfaite sur le péché originel et sur la grâce.

Si maintenant on demande , avec le ministre , comment donc 11 sera vrai de dire que l'Église a profilé par les héré.sies; saint Augustin répondra pour nous, que > chaque hérésie introduit dans t’É^liso « de nouveaux doutes, contre lesquels on défend « l'Écriture sainte avec plus de soin et d'exactitude « que si on n’y était pas forcé par une telle nécessi- « té^. > Ecoutez : on la défend eyecplas de soin ; et non pas, on l'entend mieux dans le fond. I..0 célèbre Vincent de Lérins prendra aussi en main notre cause, en disant? « que le profit de la religion

• consisteà profiter dans la foi, et non pas à laclian-

• ger; qu'onypeut ajouter l'intelligence, la science,

» Lib. rv «d Boni/, r. s , ». 20 , cot. 4SO. — * Op. impaf. conLJut. 12. Ibid.l. U, c. 2.— — • lib. i et

n evHt. Jnl. Lib. iv ad Boni/. 9 et trq. De prad. SS. c. 14 , lï. 2«. De don. Pert. «, B, 10, H.letteq. - » lib. II. cont. JhI. r* U», n. 34 . eol. no. — • Left. vi et vu. De don. Pert. e. 20, ». B3, rot. esi. — ’ Com. |.

SUR LES LETTRES DE M. JÜRIEC

SIS

• la sagesse : mais toujours dans son propre genre «

• c*est*à^ire«dans le même dogme, dans le même

• sens, dans le mêinesen.iment; » et ce qui tranche en un mot toute cette question,* que les dogmes « peuvent recevoir avec le temps la lumière, l'cvi-

• dence, la distinction; mais qu'ilsconservent tou-

• JOUBS la plénitude, l'intégrité, la propriété; » c'est-à-dire , comme il l’explique, que « l'Eglise ne « change rien , ne diminue rien , n'ajoute rien, ne « perd rien de ce qui lui était propre, et ne re<^oit « rien de ce qui était étranger. » Qu'on nous dise après cela qu’elle varie.

Que si l'on nous presse encore, et qu'on nous demande en quoi donc ont proüté à l'Église les nouvelles décisions, le même docteur ré|)ondra', que « les décisiuns^des conciles n’ont fait autre « chose que de donner par écrit à la postérité ce « que les anciens avaient cru par la seule tradi-

• tion; que de renfermer en peu de mots le prin- « cipeet la substance de la fui; et souvent, pour

• faciliter l'intelligence, d'exprimer par quelque

• terme nouveau, mais propre et précis, la doc- « trine qui n’avait jamais été nouvelle : • en sorte , comme il venait de l'expliquer encore plus précisément en deux mots, • qu’en disant quelquefois les

• choses d'une manière nouvelle , on ne dit néan- « moins jamais de nouvelles choses : • tU cum diras noce, non dicas noca.

Et c’est encoreen ceci que se fait paraître la profonde ignorance de votre savant. « L’evêque de

• Meaux, nous dit-il*, osera-t-U bien me nier que la

• plus sûre marque dont les savants de l'un et de

• l'autre parti se servent pour distinguer les écrits

• supposéset faussement atlriliués a quelques Pères,

• est le caractère et la maniéré de 1a théologie

• qu'on y trouve? La théologie chrétienne, pour-

• suit-il, se perfectionnait tous le.s jours; et ceux « qui sont un peu versés dans la lecture des anciens

• reconnaissent aussitôt de quel sièide est un ou-

• vrage, parce qu'ils savent en quel étal était la

• théologie et les dogmes en chaque siècle. > U ne sait assurément ce qu'il veut dire, et confond ignoramment le vrai et le faux. Car s'il veut dire qu'on discerne ces ouvrages parce qu'il parait dans les derniers de nouveaux dogmes qui ne fussent point dans les anciens, il compose le christianisme de pièces mal assorties, et il dément tous les Pères. Que s'il veut dire qu'après la naissance des erreurs on trouve ri-lglise plus attentive, et, pour ainsi dire, mieux année contre elles; qu'on emploie des termes nouveaux |K)ur en confondre les auteurs, et qu'on répond à leurs subtilités par des preuves accommodèesà leurs objections, il dit vrai ; mais il s'explique mal , et ne fait rien pour lui , ni contre nous

Que ce docteur, eiiné de sa vaine science, apprenne donc des anciens maîtres du christianisme , que l'Église n'enseignejamaisdes choses nouvelles; et qu'au contraire elle confond tous les hérétiques, en ce que, lorscju'ils commencent àparaltre, la surprise et l'étonnement où tous les peuples sont je-

' /‘inc. Lir. Corn. i. — * Jur. Lett, ^it, p

tés fait voir que leur doctrine est nouvelle, qu'ils dégénèrent de l'antiquité et de la croyance reçue. C’est la méthode de tous les-Pères; et Vincent de Lérins, qui Ta si bien expliquée, n'a fait au fond que répéter ce que Tertullien, saint Alhanase, saint Augustin et les autres avaient dit aux hérétiques de leur temps , et par des volumes entiers. Je ne veux ici rapporter que ce peu de mots de saint Atbanase: « I..afoi de l'Église catholique est celle

• que Jésus-Ch^i^t a donnée, que les apôtres ont «publiée, que les Pères ont conservée ; l'Église

• est fondée sur cette foi ; et celui qui s'en eloi- « gne n’est pas chrétien ■ Tout est compris en ces quatre mots : Jésus-Christ, les apôtres, les Pères, nous et l'Église catholique : c'est la chaîne qui unit tout ; c’est le fil qui ne se rompt jamais ; c'est la enfin notre descendance, notre race, notre noblesse, si on peut parler de la sorte , et le titre inaltérable où le catholique trouve son extraction : titre, qui ne manque jamais aux vrais enfants , et que l'étranger ne peut contrefaire.

Quand nous parlons des saints Pères , nous parlons de leur consentement et de leur unanimité ; si quelques-uns d’eux ont eu quelque chose de particiilierdans leurs sentiments ou dans leurs expressions, tout cela s’est évanoui , et n'a |>as fait tige dans l'Église : ce n’était pas là ce qu'ils avaient appris, ni ce qu'ils avaient tiré de la racine. (> qui demeure, ce qu'on voit passer en décision aussitôt qu'on trouble l'Eglise en le contestant, ce qu’on marque du sceau de l’Église comme vérité reçue delà source, et qu’un transmet aux Ages suivants avec cette marque , c’est ce qui a fait et fera toujours la règle certaine de la foi.

Selon cette méthode si simple et si sûre , toutes les fois qu’il paraît quelqu'un qui tient dans l'Église ce hardi langage : • Venez à nous, ô vous « tous ignorants et malheureux qu’on appelle vul-

• gairement catlniliques : venez apprendre de nous «la foi véritable, que personne n’entend que « nous ; qui a été c.achée pendant plusieurs sièc)e.s , « mais qui vient de nous être découverte* » (prêtez roreilic, mes frères, reconnaissez qui sont ceux qui disaient , au siècle passé , qu'ils venaient du découvrir la vérité qui avait été incunnue durant plusieurs siècles) : toutes les fois que vous entendrez de pareils discours, toutes les fois que vous entendrez de ces docteurs qui se vantent de reformer la foi qu'ils trouvent reçue, prêchèe et établie dans l’Église quand ils paraissent ; revenez à ce dépôt de la foi dont l'Église catholique a toujours été une fidèle gardienne ; et dites à ces novateurs , dont le nombre est si petit quand ils commencent, qu'on les peut compter par trois ou quatre : dites-îeur, avec tous les Pères , que ce petit nombre est la conviction manifeste de leur nouveauté, et la preuve aussi sensible que démonstrative que la doctrine qu’ils viennent combattre était l'ancienne doclrim? de l'Église. Car si à Chalcédoinc, si à Éphèse, si à Constantinople, si à Nicée on a confondu les au-

' Epitt. I ad Hem de Sp. S. n. SS; t. t, part. II, p. S76. — * k iflf. hr. ibid.

PREMIER AVERTISSEMENT

leurs des hérésies qu'on y condamnait par leur pe- j tit nombre, comme par une marque sensible de leur nouveauté : si on les a convaincus, comme on vient de faire voir par les actes les plus authentiques de l'Eglise, que tous les peuples se sont d'abord soulevés contre eux, ce qui montrait invinciblement que la doctrine qu’ils venaient combattre, non-seulement était déjà établie, mais encore avait jeté de profondes racines dans tous les esprits : si enfin on leur fermait la bouelie, en leur disant qu’ils avaient eux-mémes été élevés dans la foi qu'ils attaquaient; cequ’ils ne pouvaient nier, et cequi était pour eux, et pour tous les autres, une preuve d’expérieiue de leur nouveauté : si non-seulement les eutychiens, et plus haut les nestoriens, et plus haut les macédoniens, et plus haut les ariens, mais encore les pélagiens, ont été si clairement confondus par cette marque sensible, par ce moyen positif, par celle preuve cxpériinenule : concluez que c'était là la preuve commune donnée à l'Eglise contre toutes les nouveautés. Cars» on s'est récrié à la nouveauté lorsque ces nouvelles doctrines ont commencé à paraître, on se serait récrié de même à toute autre innovation. La doctrine qui est donc venue sans Jamais avoir excité ce cri de .surprise et d'aversion, porte la marque certaine d'une doctrine qui a toujours été. Jamais il ne viendra de secte nouvelle qu’on ne convainque de sa nouveauté par son petit nombre : on lui fera toujours, avec Vincent deLérins',ce reprocl»e de saint l*.iul : Esl-ce (U roui qu'est venue la parole de Dieu! ou bien nest-elle venue qu’a vous «cm/* *.’ Comme s’il di.sait : l.e reste de l'Église ne l'eiitcnd-il pas? comment osez-vous vous opposer au coiisontement universel? KeeonnaUsez donc, mes frères, que .si on s'est servi dans tous les temps de cet argument, tire du consenUMiient de l'Église, et si on s'en sert encore , c’est à l’exemple des apôtres : et si encore on l'a tiré de l'exemple des apôtres, c'est à l'exemple dos Pères. Que si on nous dit après cela qu'il n'y à point de sdretè dans l'opinion de la multitude, qui |K)ur l'ordinaire est ignorante, nos Pères, ou plutôt l'Écriture méine, ne nous ont |>as laissés sans repartie : car ils nous ont appris à fermer la bouche à ceux qui ne cédaient pas à h multitude du peuple de Dieu, en leur disant : « Pour- > quoi méprisez-vous la multitude (|ue Dieu a pro- « mise a Abraham ?ye/c /cra<, dit-il, le /jére, non de « plusieurs lioinmes, mais de plusieurs nations; et « en toi seront bénis tous les peuples de la terre L » Distinguez donc la multitude abandonnée à ellemême, et livrée à son ignorance par un juste jugement de Dieu, de la multitude choisie, de la multitude séparée, de la multitude promise et bénie, conduite |Kir consécpient avec un soin spécial de Dieu et de son Esprit : ou, pour parler avec saint Athannse Distinguez la multilude qui dêfeml Chéritage de ses pères, telle qu’était la multitude que ce grand homme vient de nous montrer dans

' t'tnr. Ut. ibiü. — * I. Cut. xir, aft. — * l'inrent, /,/>.

— * .4ilv. cot fiU ex mU tnull. viriL JijHdtc /, ii, pw bGi Tt sel.

l'Église*, d'avec la multitude qui est éprUt de t'amour de la nouveauté, et qui porte par ce iiMyeti sa condamnation sur son front.

C'est par cette sûre méthode que tous nos Pères , sans exception , ont fermé la bouche aux liérétiques. Si votre ministre avait considéré, je ne dis pas seulement leur autorité, mais leurs raisons, il ne se.seraitpas laissé séduire aux illusions'dessochiieiis, et il ne leur aurait pas abandonné jusqu'aux premiers siècles de l'Église sur l'i'ternité de la personne du Fils de Dieu et rimmutabilitédeson eternelle génération. Il n'aurait pas non plus accordé aux pélagiens ctaux autres ennemis de la grâce chrelieiine, que la foi en iliK imparfaite , flottante et informe àt\;ïni eux. Mais en prenant tous ces hérétiques dans le point (le leur commencement et de leur innovation , où, étant en si petit nombre, ils osaient rompre avec le tout, dans lequel eux-mêmes ils étaient nés, il les aurait convaincus que leur doctrine était une opinion particulière: et la contraire, la foi catholique et universelle. Mais s'il avait suivi cette sdre et infaillible méthode, dont nul autre qu’un catholique ne se peut jamais servir, il aurait à la vérité confondu les sociniens; mais il .se serait aussi confondu lui-même , puisque aussitôt nous lui aurions objecté ce qu'il aurait objecté aux autres : c'est pourquoi il a mieux aimé, avec les sociniens, imputer des variations à l'Église catholique , que de les confondre en disant avec tous les saints, selon la promesse de Jcisus-ChrUt, quelafoi catholique est invariable.

Éveillez-vous donc ici, mes très-chers frères. Pi voyez où l'on vous mené pas à pas. Dès que \os auteurs ont paru, on leur a prédit qu'en ébranlant la foi des articles déjà rei^us, et l'autorité de l'Église et de ses décrets, tout jusqu'aux articles les plus importants, jusqu'à celui de la Trinité, viendraient l'un après l'autre en question ; et la cliüse était ( vidente. pour deux raisons. La première, que la méthode dont on se servait contre quelques points, comme, par exemple, contre celui de la présence réelle, de recevoir la rai.son et le sens humain à expliquer l’Écriture , portait plus loin que cet article, et allait généralement à tous les mystères. La seconde, qn'en méprisant les siècles postérietirs et leurs décisions , les premiers ne seraient pas plus en sfiretc; de sorte qu'il en faudrait enfin venir à renouveler toutes les questions déjà jugées , et à refondre pour ainsi dire le christianisme, comme si l'on n’y eiU jamais rien décidé C'est ainsi (]u'on l'avait prédit, et c'est ainsi qu’il est arrivé. I.^s sociniens se .sont élevés sur le fondement du luthéranisme et du calvinisme, et sont sortis de ces deu.t sectes : le fait est incontestable, et nous en avons fait l'histoire ailleurs ^ Mais il y a des opiniâtres et des entêtés qui ne veulent pas se rendre à ces preuves. La conduite que tient encore aujourd'hui votre ministre ne leur laissera aucune répliqui*; puisque déjà il abandonne aux sociniens, dans les I articles les plus |»ernicit’ux de leur doctrine, les

* Ci-dr9>ut. — i fur. ta*, Uv. xv. — J Ihd. p. igj, (St

uiyui^cu U',

SUR LES LETTRES DK M. JURIEÜ.

siècles les plus purs de Tfisîlise, et que par là Use volt contraint, contre ses principes, à tolérer leur erreur.

Quand je lui ai reproché, dans rilistoirc des Variations, son relâchement manifeste envers les •ociniens, jusqu’à leuravoir donné place dans l’Église universelle, et à faire vivre des saints et des élus par* ml eux; il s’est élevé contre ce reproche d’une ma* iiière terrible , et in’a donné un démenti outrasenx.

■ J’avoue, dit-il', que j'ai besoin de toute ma patience « pourm’empécherdedireà M. Bossuet ses vérités

• tout rondement. Il ne fut jamais de fausseté plus

• indigne, ni decalomniepinshardie. «Voilncommc il parle quand il se modère , quand il craint que la patience ne lui étrhappe ; mais il en faut venir au fond. IV’est'il pas vrai qu'il a mis les sociniensdans le corps de l’Eglise universelle? I.h» démonstration en est claire à l’endroit où il divise l’Église en deux par* tie.s, dont l’une s’appelle le corps, et l’autre tWme * .

• la première est visible , et comprend tout ce grand

• smasdesectes quifuiit profession du diristianisme « dans toutes les provinces du monde. « 11 poursuit : « Toutes les sectes du christianisme, hérétiques,

• orthodoxes , schismatiques , pures , corrompues ,

« saines, malades , vivantes et mortes, sont toutes « parties de l’Eglise chrétienne, et même en quelque

■ sorte véritables parties : cVsl-h-dire qu’elles sont

• parties de ce que j’appelle le. corps de l’Eglise ; * et enfin, ■ ces sectes qui ont rejeté, ou lu foi ou « la charité, ou toutes les deux ensemble, sont des «membres de l’Eglise, c’est-à-dire véritablement « attachés à son corps, par la profession d une « même doctrine, qui est Jésu.s crucifié. Fils de « Dieu, Rédempteiir du monde : car il n’v a point

■ de secte entre les chrétiens, qui ne confesse la

• doctrine chrétienne, au moins jusque-là. * Remarquez : il n’y a, dit-il, aucune swte qui ne le confesse : par conséquent les sociniens le confessent au moins , comme les autres, et sont compris pur le ministre parmi les membres véritables de nigUse chrétienne.

Mais peut-être dislinguera-l-il le corps de l’Eglise chrétienne d’avec le corps de l'Église catholique ou universelle , dont il est parlé dans le Symbole? Point du tout : car après avoir rejeté , non-seulement la définition que nous donnons à cette Eglise catholique, mais encore celle que lui voudraient donner les protestants , la sienne est que > l'flglise

• universelle ou catholique. c’e^Me corps de ceux « qui font profession de croire Jésus-Christ le vérita-

■ blc Messie et le RétJempteur* ; corps, ajoule-t-M,

• divisé en un grand nombre de sectes , mais qui « conserve une considérable partie, au milieu de

• laquelle se trouve toujours un nombre d’éius , «qui croient véritablement, sincèrement et pure-

• ment tout ce que le corps en général fait pro-

• fession de croire. • On voit ici , selon son idée, le corps et l’âme de l’Eglise catholique : ce corps est ce grand nombre de sectes divisées, et néanmoins unies en ce point de croire Jésus Christ le

' LtU. X . p, 79. — * Prij. légU. I. part. ch. V , o. 8, 9. * Jt/id. ch. I , p. 29. •

I véritable .Messie et le nédempteur : ce qu’aussi il venait de dire qu'on croyait dans toutes les sectes , sans en pxc4*pter aucune : de sorte qu’ayant défini le corps de l’Eglise catholique confessée dans le Symbole par ce qui est commun à toutes les sectes, on voit qu'il les y met toutes, et par conséquent celle des sociniens comme les autres. Voilà donc les sociniens, non-seulement chrétiens, mais encore catholiques; et ce nom , autrefois si précieux et si cher aux orthodoxes, est prodigué jusqu’aux ennemis de la divinité du Fils de Dieu.

I.e ministre nous répond Ici qu’il a mis les sociniens p.irmi les chrétiens, ■ comme il y a mis « .aussi les mahométaiis, qui croient que Jésus- « Christ, fils de Marie, a ké conçu du Saint-F.sprit, « et qu’il est le Messie promis aux Juifs*. » Mais il nous joue trop ouvertement, quand il parle ainsi. Car veut-il mettre les mahom» tans dans l’Eclise chrétienne? En sont-ils une véritable partie? Sont- Us compris dans cet article du Symbole: Je crois l'ijjlise catholique y comme le ministre y vient de comprendre les sociniens ? Kt les comptera-t-il encore parmi les membres du corps de l’Eglise catholique? Je ne crois pas qu’il en vienne à cet excès : il faut |>mirtant y venir, ou cesser de nous foire accroire qu’il ne reçoit les sociniens dans le clmstianisine qu’au même titre qu’il y reconnaît les maho- Djélans.

!.e ministre triomphe néanmoins, comme s'il m’avait fermé la bouche, après ce bel exemple des mnhométans; et joignant le dédain avec la colère;

• Le sieur Bossuet, dit-il *, a lu cela; et après,

• il dit qu'à pleine bouche je mets les sociniens en- « tre les communions véritablement chrétiennes, « dans lesquelles on peut se sauver : il ne faut que « ce seul article et ce seul exemple pour ruiner la « réputation de la l>onne foi de cet auteur, v Mais c’est vainement qu’il s’emporte; et on va voir clairement, pourvu qu'on veuille se donner la peine de considérer sa doctrine , qu’il reconnaît des élus dans la communion des sociniens.

Il pose donc pour certain , que la parole de Dieu , partout où elle est , et partout où elle est prêchée , a son efficace pour la sanctification de quelques âmes. « Il est impossible, dit-il^, que la parole de « Dieu demeure absolument inefficace : ■ d'où il conclut que * la prédication de la parole de Dieu « ne peut demeurer sans produireqnelque véritable « sanctification, et le salut de quelques-uns. »

Mais p<>ut-être qu’on croira que, pour avoir cet effet , il faudra , selon le ministre, que cotte parole soit prêchée dans sa pureté? Point du tout; puisqu’il met nu nombre des sociétés où la prédication a son effet , des Eglises séparées entre elles de communion et de doctrine : telles que sont Xétkio- I pienue , jacobite y nestorienne y grecque y et gênéralrment toutes les communions de l’Orient, quoiqu'elles soient dans une grande décadetice ^ : d’où il conclut que Dieu peut se conserver des élus dans des communions et dans des sectes U'és-cor^

' ï.tH. X. p. 79. — * Ihid. — de Vtgl. liv. I , c. 19,

p. 9M, 1», UNI. — * Itnd. p. lUI , 99». PrêJ. tcgil. p. 18.

PREMIEK AVERTISSEMENT

rompues ;Jusque*l3 qu'il s'en est conservé dans rE> glise la plus corrompue et la plus perverse de toutes, qui estran/icAré/ienne, d'où il fait sortir les cent quarante-quatre mille marqués dans!' Apocalyp* se, c'est-à-dire, un très-grand nombre d'élus; et tout cela par ce principe général , que la parole de Dieu n'est jamais préchée en un pays ^ que Dieu ne lui donne ejjicace a l'égard de quetques’-uns : encore , comme on voit , qu'elle soit si loin d'y être préchée purement.

Le principe fondamental sur lequel il appuie cette doctrine, c'est, dit-il, que la parole de Dieu, écrite et préchée^ est pour les élus ' ; et ne serait jamais adressée aux réprouvés, s'il n'y avait parmi eux des élus mêlés : ce qu'il prouve finalement, et comme |K>ur mener les choses au premier principe, en disant que ce ne serait pas concevoir un Dieu sage et miséricordieux, s'il faisait annoncer sa parole a des peuples entre lesquels il n’a pas d'éhts; parce que cela ne servirait qu'à les rendre plus inexcusables : ce qui serait cruauté , et non pas miséricorde.

De principes si généraux U suit clairement que Dieu conservant parmi lessociniens sa parole écrite et précitée, il a dessein de sauver queliju'un parmi eux; autrement, cette parole ne leur servirait, non plus qu'aux autres, qu'à les rendre plus inexcusables :ce qui est, selon le ministre, une cruauté, qu'on ne peut attribuer, sanségarement, à u;i Dieu sageel miséricordieux. Itlaîs de prurqu'on ne nous reproche que nous imputons à M. Jurieu une conséquence qu’M rejette, il la prévoit et l’approuve par ces paroles : • On ne doit pas dire que, par « mon raisonnement, il s'ensuivrait que Dieu pour-

• rail avoir des élus dans les sociétés socinieniies , « qui conservent l'Evangile, le prêchent et le lisent ;

• et que cependant j'ai mis les ^cietés qui ruinent

• le fondement, entre celles où Dieu ne conserve « point d'elus*. • Voilà du moins la diflicuité bien prévue et bien posée ; voyez maintenant la réponse : « Je réponds que si Dieu avait permis que le soci- R niaiiismc se fût autant répandu que l'est, par « exemple, lo^papisme, ou la religion grecque. Il « aurait aussi trouvé des moyens d'y nourrir ses •• élus , et (le les em|>êcher de participer aux héré- R sies mortelles de cette secte ; comme autrefois il a « trouvé bon moyen de conserver dans l'arianisme

• un nombre d'élus et de bonnes Ames, qui sega- ■ rantiront de l'hérésie des ariens. Mais comme les « sociniens ne font point de nombre dans le monde , R qu'ils y sont dispersés sans y faire figure, qu'en

• la plupart des lieux ils n'ont point d'assemblées, « ou de très-petites assemblées; il n'est point né- R cessaire de supposer que Dieu y sauve personne,

• parce qu’une si petite exception ne fait aucun pré- « jiidice à la règle générale, > .savoir, que Dieu ne fait jamais prêcher sa parole où il n'a pas d’élus. Voilà le passage entier dans toute sa suite, et voilà sans diHiculté la société socinienne, par elle-même, en état d'clever des enfants à Dieu. D'où vient donc, selon le ministre, qu’il ne s'y en trouve point à

* 5yi/. w». - • /*m/. IM.

présent? Ce n'est pas à cause qu'elle rejette des vérités fondamentales, comme il faudrait dire, si on voulait l'exclure, par sa propre constitution, de donner à Dieu des élus ; c'est à cause que les sociniens ne sont pas assez multipliés : tout dépendait du succès; et s'ils trouvent moyen de s'étendre assez pour faire quelque figure dans le monde, ils forceront Dieu à faire naître parmi eux de vrais fidèles.

Mais pourquoi n'y en aurait-II pas eu. et n'y en aurait-il pas encore à présent, puisqu'il est constant qu'ils ont eu des Eglises en Pologne , et qu'ils en ont encore aujourd'hui en Transylvanie? Dieu n'est il cruel qu'à ces sociétés ? Mais pourquoi plutôt qu'aux autres? Est-ce a cause qu'il y a aussi d'autres sectes en Transylvanie ? Il y en aaussi beaucoup d'autres dans les pays où notre ministre a sauvé lesjacobites et les nestoriens. Mais, quoi! s'il ne restait en Transylvanie que des sociniens , y aurait-il alors de vrais fidèles parmi eux ? ou bien cette nation serait-elle la seule réprouvée de Dieu , où sa parole écrite et précitée se conserverait sans aucun fruit, et seulement pour la rendre plus inexcusable? Quel motif pourrait avoir celte cruauté y comme l'appelle M. Jurieu? Quoi! ce petit nombre et le peu d’étendue de ces Eglises? Qu'on nous montre donc dans quel nombre et dans quelles bornes sont renfermées les sociétés où Dieu peut être cruel , selon le ministre.’

C'est en substance ce que j'avais objecté dans l'Histoire des Variations et on n'y répond que par ces paroles : « Il est vrai, dit le ministre «j'ai dit quelque part que si Dieu, par une sup- « position impossible, avait permis que le socinia- « nisme eût gagne tout le inonde, ou une partie, « comme a fait le papisme , il s'y serait conservé « des élus : ■ illusion si grossière, qu'un aveu formel de sa faute ne serait pas plus honteux ni moins convaincant. On n'a qu’à relire le passage de son Système, qu'on vient de citer, pour voir s'il y a un mot de supposition impossibt ’ , ou rien qui y tende : au contraire, M. Jurieu prend pour exemple une chose déjà arrivée, qui est le salut dans l'arianisme; car enfin il le veut ainsi : à tort , ou à droit, il ne nous importe. Il veut, dis -je, encore un coup, qu’on se soit sauvé dans uue société où l'on niait la divinité du Fils de Dieu. Comment donc pouvait-il exclure les sociniens après un préjuge si favorable, ou s'imaginer que leur nombre ne pût jamais égaler celui des calvinistes ou des luthériens, ou le nôtre, ou celui des Grecs, ou celui des nestoriens et des jaeobites, ou, en tout cas, celui des ariens, parmi lesquels le ministre areconnu de vrais fidèles Quel privilège avaientils de se multiplier malgré leurs blasphèmes contre la divinité de Jésus-Christ? Et où est-ce que Dieu a promis que les sociniens ne parviendraient jamais à ce nombre? Mais s'il a voulu avoir des élus dans plusieurs sociétés divisées, où a-t-il dit que le grand nombre lui fût nécessaire pour y en avoir? A quel

* f'tir. Ut. XV. — * LtU. \,p 7». — > Prij. p. 16. Spti,

/>. UH, asa.

SLR LES LETTRES DK M. JEIUEU.

r.ombres'ei^l-il fixé? Et s'il méprise le petit nom* . b)e« pouvait-M avoir des élus parmi les luthériens j et les calvinistes, au commencement de leur secte, où Ton sait que leur nombre était plus petit et leurs sociétés moins formées que ne sont celles qui res* tent aux soeiniens? Ne voit-on pas qu'on se moque lursqu'on dit dépareilles choses, et qu'on insulte eji soi-méme à la crédulité d'un faible lecteur?

Mais voici une seconde réponse : J’ai ajouté ^ dit-il ' , en même temps ^ que s’il y avait des élus (dans une telle société), « Dieu se les serait con*

« serves par miracle , comme il a fait dans le papis*

« me : cest-à-dire , qu’il (>eut y avoir des élus et - des orthodoxes cachés dans in communion des so-

• ciiiiens; mois ce n’est pas adiré qu'on peut être « sauve dans la communion des hérésies socinien*

• nés. » Nouvelle illusion : car, que veut direqu'tV peut y aroir des étus cachés dans ta communion des socinictutf Est*ce à dire qu’il peut y avoir de vrais chrétiens cachés au milieu des sociniens? Ce n'est rien dire : car il y en a bien parmi les Turcs et parmi les autres mahoinétans. Il faut donc dire, comme il est prouvé dans l'Histoire des Variations * , qu'il y a des élus dans la communion extérieure des sodnieiis, qui assistent à leurs nssemldées, à leurs prêches, a leur cène, si vous le voplez, sans aucune marque de détestation , et qui entendent tous les jours blasphémer contre Jésus-Christ dans les assemblées où ils vont pour servir Dieu : c’est ce qu'on a objecté à M. Jurieu dans le livre des Variations : c'est à quoi ce ministre ne répond rien. Mais il demeure muet à une objection bien plus importante.

Je lui ai soutenu qu'on pouvait, selon sa doctrine, être du nombre des élus de Dieu , non-seulement en communiant à l’extérieur avec les arlei«, mais encore en tolérant leurs dogmes en esprit de paix On peut donc étendre la paix et la tolérance jusqu'à ceux qui nient In divinité de Jésus (>lirist : ce do^me est devenu imlifîérent, ou du moins non fondamental. C'est tout ce que demandent les sociniens, qui gagneront bientôt tout le reste , si on leur accorde ce point. MaisM. Jurieu ena fait le pas; et malgré tout ce qu’il a dit. Il ne leur peut refuser la tolérance en esprit de paix , qu'il a déjà accordée à leurs frères les ariens. Le passage en est rapporté dans rHistoire des Variations < : il est tiré de mot à mot du livre des Préjugés*; et le ministre, qui l'a vu citer dans l'Histoire des Variations, n’y réplique rien dans sept ou huit grandes lettres qu’il a opposées à ce livre.

Mais qu'aurait-il à y répliquer, puisipie dans ces lettres ntenies il dit pis que tout cela, et qu’il dit qti'on s’est sauvédans les premierssiècles, et même qu’on y a eu rang parmi les martyrs, en niant l'étemité de la personne du Fils de Dieu, et l'immutabilité de sa génération éternelle ? Ce n'est pas /a, dit-il* , une variation essentielle et fondamentate. On peut varier là-dessus, sans varier sur les par~ lies essentielles du mystère. H niera encore cela,

* LeU. X. — • For. liv. x» , — * ' Itfid. - * Ch. t ,

P 23. - • Lrll. Tl, p. «t.

car il nie tout : mais vous venez d’entendre ses propres paroles * ; et il donne gain de cause aux tolérants , qui ne sont , comme on a vu plusieurs fois , que des sociniens déguisés.

Je ne m'étonne donc pas si ces hérétiques triomphent, ni s'ils mondent de leurs écrits artiHcietix toute la face de la terre. Ils gagnent visiblement du |vays parmi vous, puisque déjà on leur accorde des élus cachés dans leur société, et même la tolérance pour leurs dogmes principaux : mais ce qu'il y a de pis, votre ministre les combat si faiblement et par des principes si mauvais, que jamais ils ne se sont sentis plus forts , et jamais ils n’ont conçu tant d'espérance.

C'est en vain que ce ministre répond, que jamais homme n’eut plus de chagrin que lui contre les tolérants*. Ce n'est point du chagrin qn’it faut avoir pour ceux qui errent ; car outre que le chagrin met dans le cœur de l'aigreur et de l’amertune, il fait agir par passion et par humeur, chose toujours variable ; comme aussi vous venez de voir une perpétuelle inconstance dans ce ministre. Ce sont des principes, c'est une doctrine constante et suivie qu’il faut opposer à ces novateurs : et parce que votre ministre n’a rien eu de tout cela à leur opposer .selon les maximes de la réforme, vous avez vu clairement qu'il n'a fait par tous ses discours que relever leurs espérances.

DéOez-vous, mes cliers frères, de ces dangereux esprits, de ces hardis novateurs; en un mot, des ; sociniens, qui bientôt, ri on les écoutait, ne laisseraient rien d'entier dans la religion chrétienne. Ils viennent de publier leur Histoire, où ils avouent que « la vérité a cessé de paraître dans l'Eglise « depuis le temps qui suit immédiatement la mort

• des apôtres*; ■ et ils racontent que Valentin Gentil, un de letirs martyrs, persécuté par Calvin et par Hèze, « s'opposait si fortement à la vulgaire

I « croyance de la Trinité , qu’on a môme écrit qu’en « ces temps, ne sachant à quoi se résoudre dans I « des roinmenceinents si embarrassants et si difli-

• files, il lui avait préféré le mahométisme. » En effet, si les sociniens et leurs prédécesseurs ont raison, le mahométisme, qui rejette la Trinité et l’incarnation, est plus pur en ce qui regarde la dirinitéen général, et en |>articulier en ce qui regarde la personnede Jésus-(^hrist , que n'a été le christianisme depuis la mort des apôiro.s. 7,a doctrine du Fils de Dieu est plus pure dans l’ Alrornn , que dans les écrits de nos premiers Pères. Mahomet e.st un docteur plus heureux , que ne l'ont été les nôtres ; puisque sesdUciples ont persisté dans sa doctrine ; „ au lieu que les chrétiens ont abandonné celle des apôtres, qui est celle de Jésus-Christ môme, incontinent après leur mort. Vous avez horreur de ces hlusplièmes, et avec raison. Ouvrez donc les yeux, mes Hiers frères, et voyez où l’on vous mène; puisque déjà on vous dit, à l’exemple des sociniens, que les disciples des apôtres et les mart)TS, dont la passion a suivi la leur de si près , ont tellement dé-

• Cl-dwiw, — * txtl. I , p. 79. — • llisl. ref. Pot. iiS. c. I.

DEUXIÈME AVERTISSEMENT

f,tnéré de leur doctrine , qu’ils lui ont m^ine pn-férc la philosopliie , avec des erreurs aussi capitales que celles que vous venez d'entendre.

Mais vous entendrez dans la suite des choses bien plus étranges que celles que j'ai relevées dans ce discours; et si, étonnés de tant de faiblesses, de tant de conlradietions , des égarements si étranges de votre ministre, vous vous demandez à vous-mêmes comment il se peut faire. Je ne dis pasqu’un théologien, mois qu'un homme, quoiqu’il soit, pour peu qu'il ait de bon sens, y soit tombé ; souvenez-vous qu'il est écrit que Dieu enmie l’esprit de vertige, d'étourdisseineiit , et une efficace d'erreur, à ceux gui résistentà la rérUé •; et cela véritablement par un jugement terrible sur les docteurs de mensonge : mais en même temps, mes chers frères, par un conseil demiséricorde sur vous et sur tous aux qui sont abusés et prévenus; alin , comme je l'ai dit au commencement, avec saint Paul ’ , que /a fulie de ces séducteurs étant connue de toute la terre, le progrès de la séduction soit arrêté, et qu'on revienne du schisme et de l'erreur. C’est à quoi Dieu vous conduit, si vous n'etes point sourds à sa voix. Considérez l'etat où vous êtes ; votre prétendue réforme , à ne regarder que les soutiens du dehors, ne fut jamais plus puissante ni plus unie. Tout le parti protestant se ligue, et a encore trouvé le moyen d'entraiuer dans ses desseins tant de puissances catlioliques, qui n’y pensent pas assez. Votre ministre triomphe ; et avec un air de prophète il publie, dans toutes ses lettres, que c’est là vraiment un coup de Dieu : mais il y a des coups de l^ieu de plus d'une sorte. Pendant qu’à l'extérieur la réforme est plus redoutable, et tout ensemble plus fière et plus menaçante <|ue jamais , elle ne fut jamais plus faible dans l'intérieur, dans ce qui fait le cœur d'une religion. Sa doctrine n’a jamais paru plus déconcertée ; tout s'y dément, tout s'y contredit : vous en avez déjà vu des preuves surprenantes; vous en verrez d'autres dans la suite : mais ce que vous voyez déjà est assez étrange. Jamaison nemit aujour tant de monstrueuses erreurs; jamais on n'écouta tant de fables, tant de vains miracles, tahtde trompeuses propliéties : la gloire du christianisme est livrée aux sociniens : le mol est monté jusqu'à la tête; et les plus célèbres docteurs sont ceux qui s’égarent davantage. Ainsi la mesure semble être au comble; et il est temps ou jamais d’ouvrir les yeux. Dieu est assez bon et assez puissant pour confondre encore les ligues , et ensemble tous les projets de la réfonne entreprenante ; mais quand, contre toute apparence, elle aurait remporté autant de victoires que ses prophètes lui en promettaient, ceux qui s’y laisseraient tromper ne seraient jamais qu'un troupeau errant, enivré du succès , et ébloui par les espérances du monde.

' /f. SIX, 14; XXIX, 10 — » II. Thcual, ii, II.

ir AVERTISSEMENT

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