AUX PROTESTANTS
LFS LKTTRES DU MIMSTBK JURIKU
0)NTRC L’HISTOIIIF. I»F4 VAKIATIOMR,
La lŸfcirnte convaincue dVrrrur r< d'implélé par c< rainUIn*.
^'ous avez vu, mes chers frères, selon ma pro« nu*s.se, dans un premier Avertissement le christianisme netri, et le sociniatiisme autorisé par votre ministre. Vous avez été étonnes de ce qu’il a dit en faveur d'une secte qui se vante d’avoir porté la réforme à perfection , en niant la divinité du Fils de Dieu, et en affaiblissant tout lechristianUme. Maia cessez de vous arrêter à tant de dioses étranges, que vous avez vu qu'il a avancées sur le sujet des sociniens : il en a dit de plus essentielles contre lui-méme et contre toute la réforme; puisqu'il l'a chargée d'erreurs capitales, et dans son commencement, et dans son progrès. Il en a dit encore de plus importâmes en faveur de l'Lglisc catholique, puisqu'il a dit qu'on peut se sauver dans sa communion. Il a dit tout cela, mes frères : vous l'allez voir dans la dernière évidence. Il a nié de l'avoir dit : vous ne le verrez pas moins clairement. Il ne s'agit pas de conséquences que je veuille tirer de sa doctrine : ce sont des termes formels pour l'aftirmative, et formels pour la négative, que j'ai à vous rapporter; c'est-à-dire, qu’il y a des vérités contraires à la réforme, et favorables à l'Fglise, si claires, qu'un ministre ne les a pu nier; et à la foissi décisives contre lui, qu'il a honte de les avoir avouées. Si à ce coup vous n'ouvrez les yeux , vous les aurez bien assoupis. Commençons.
Kcoutez le, mes chers frères, c'est lui qui parle dans la dixième I>ettre de celle année, et la cinquième de celles qu’il oppose aux Variations. Il s'agit d'une addition au livre xiv, qui a jeté M. Ju- /leu dans dVlranges emportements. • Si , dit-il» , « cette addition est importante, c'est à faire voir
• le caractère de M. Bossuet : car il est vrai que
> rien n'est plus propre à le faire reconnaître dans « le monde pour un déclainateur sans honneur et
> sans sincérité. * Voici la cause de ces reproches,
• On trouve, continue-t-il, dans cette belle addi- « tion, que je suis demeuré d'accord que Luther, « dans son livre de Srrvo arbitrio, avait employé « des termes trop durs au sujet de la nécessité qui « repose sur la volonté : et tout ce que j'ai conclu , « c'est que l'on ne doit pas condamner les gens sur « des expressions dures, quand les sentiments dans « le fond sont innocents , et qu'on doit se tolérer ■ dans CCS expressions. » Il poursuit : « Ou trou- « vera dans cette addition ces paroles pleines d«
• calomnies, et indignes d'un homme d'honneur:
' LeU \ , /z 77.
SUR LES LETTRES DE M. JURIRU
• M. Jiirieu a raiso» d'avouor de l>onne foi des ré-
> formateurs ra i^riicrul , qu'ils ont enseigne que « Dieu poussait les pêcheurs aux crimes énormes.
• M. Jurieu n'a point avoué cela; et M. Rossuet « rendra compte quelque jour devant Dieu d'une « imposture aussi fausse et aussi maligne. »
Maiss’il craignait cejugerncntde Dieu où il m'appelle, il songerait qu'un Jour on y récitera ces paroles, où traitant la paix avec les luthériens' , après leur avoir reproché que leurs premiers réformateurs, c'est-à-dire Melanchton et Luther même, ont approuvé, du moins par leur silence, les écrits de Calvin, ceux de ÎCuingle, ceux de Zanchius, que les luthériens d'aujourd'hui accusent de ce détestable (particularisme, comme iis l'appellent, qui dtc le libre arbitre et fait Dieu auteur du péché ; U continue ainsi son discours ; « Mais ce n'est pas seulement par « leur silence, ou par l’approbation, que vos réfor- « mateurs ont été de durs prédesti Dateurs , et ont
• enseigné en paroles expresses, et encore des « plus dures, le particularisme , la prédestination
• et la réprolKilion , avec une nécessité qui provient
> de la force des décrets. Que Melanchton paraisse le « premier : c'est de lui qu'est cette parole que nos « calomniateurs ont tant relevée, que l'adultère de
• David, et la trahison de Judas, n'est pas moins «l'oeuvre de Dieu, que la conversion de saint « Paul. •
Il cite en marge le commentaire de cet auteur sur le chapitre VIII aux Romains, où il est vrai qu'on trouve en autant de mots cet exécrable blasphème. Sont-ce donc là seulement des paroles dures , comme M. Jurieu avoue qu'il en a lui-méme imputé aux premiers réformateurs; ou, comme nous le disons, une doctrine abominable ? Il continue : « Mais on « lisait ces paroles dans les premières éditions des « /ieiLzrommunsde Melanchton: Ladivine prédes-
• tination dte la liberté à l'itomme; car tout arrive
• selon ses décrets dans toutes les créatures : et
• non-seulement les œuvres extérieures, mais en-
> core les pensées intérieures*. «Tout arrive selon les décrets de Dieu, et au dedans et au dehors de l'homme : par conséquent toutes ses pensées bonnes et mauvaises , et autant ses crimes que ses bonnesœuvresretdepeurqu'on ne crût que Melanchton etU enseigné ces blasphèmes sans l'aveu de l^ther, M. Jurieu ajoute : « Luther a vu cela, et « il a approuvé le livre de Melaiiditon, jusqu'à le
• juger digue non-seulement de riminorlalité,mais
• encore d'ètre inséré parmi les Écritures canoni- « ques. • Il cite, pour le prouver, le livre du Serf arbitre de Luther , où il est vrai que se trouve cette approbation très-expres.se des blasphèmes de Melanchton; et pour ne laisser aux luthériens aucun moyen de s'échapper , il se fait cette objection ^ : « Mais, dites-vous, Melanchton a rétracté cette opi- « nion dans les éditions suivantes de ses Lieux cornm muna , au titre De la cause du péché. Il est vrai , « il l’a rétractée, et avec raison ; car qui pourrait
• souffrir cette parole, qui détruit toute reli-
' Coiuuit. de ineMHd. pac. p. SOS. — * Jitr. ibid — * Ibid, p. XII.
DOasCET — TOME IV
• niON : que In divine prédestination f>le à l'homme
• son libre arbitre? ■ Voilà rohjectioii proposée , et
Melanchton bien convaincu d'avoir enseigné une impiété manifeste e/ détruit toute religion. Mais de peur qu’il no lui échappe, non plus que son maître Luther, il ajoute premièrement contre Melanchton , quV/ n’a rétracté retU opinion, que moUement et en doutant I.uther, que lor»|u'il approuva
les I.ieux communs de Melanchton, ilsn'ovaient point encore été corrigés : donc , poursuit-il, // aadmi» rette dure opinion de lu prédestination , qui ôtait ie libre arbitre a l'homme. Est-ce là dire seulement (les paroles dures, et non pas admettre une opinion qui détruit toute religion ^ et établit l’impiété?
Cen e.stassexpoiir confondre ce téméraire niini.stredans le jugement de Dieu, où il m'ap|)elle : mais il passe encore plus avant; et voici comme il parle de Luther ' : « 11 n’a pas seulement approuvé les
• paroles de Melanchton; mais il en a dit de sein- « blabtes dans le livre du Serf arbitre, dont le titre « seul fait connaître le sentiment de l'auteur. Écoti- « tons donc comme il parle : C'est le fondement do « la foi de croire que Dieu est cbhneiit , quoiqu'il
• sauve si peu d'iioinines , et en damne un si grand « nombre; de croire qu'il est juste, quoiqu’il nous « FASSE OAMNABLES néce.ssaircment par sa vülo.x- «TÉ; en sorte qu’il semble prendre plaisir au siip- « plice des malheureux, cl être plus digne de haine « que d'amour. Si donc je pouvais entendre par « quelque moyen que Dieu est miséricordieux pt « juste, pendant qu’il ne fait paraître que colère et « injustice, je n aurais pas besoin de foi. Dieu caché « danssamnjesténi ne déplore la mort des pécheurs, « ni ne la détruit; mais il opère la vio et la mort, « et toutes choses dans tous. Il ne veut point la mort « du pécheur, en parole; je l'avoiik, mais il la « veut par celte secrète et impénétrable volonté. • Voilà les paroles de Luther, où il reconnaît que Dieu fait les hommes damnabl^s par s.i volonté , ri les fait inévitablenvent et nécessairement daimiables. I.es faire damnables de c.ette sorte , c'est sans doute les faire pécheurs : et Lutlier l’enseigne ainsi en termes formels, puisqu’il prouve ce qu'il avance, en disant qiri7/a»7/o«/«cAosw, et par conséijiirnt le péché, dans tes hommes. D'où il s’ensuit que Dieu veut effectivement, et leur péché, et leur perte; quoiqii'à l'entendre parler ( c’est toujours Dieu qu'il entend) il fasse semblant de ne les vouloir pas . in verbo scilieet. Qui jamais parla ainsi de Dieu, si cc n’est ceux qui n'en croient point, ou qui ont perdu toute la révérence qu'inspire naturellement un si grand nom ? Voilà ce que M. Jurieu n tiré du livre du Serf arbitre de Luther; et il ose encore prendre Dieu en son redoutable tribunal, à témoin, comme il n'attribue à Luther que des p.iroli^ trop dures : pendant qu'il le convainc avec tant de force rie ces exécrables sentiments. Mais il le pres.xe encore par des paroles tirées de ce même livre du Serf arbitre : « C'est en vain, disait Luther, qu'on tâche ■ d'excuser Dieu, en accusant ie libre arbitre. S'il
• a prévu la trahison de Judas, Judas était fait traître
' ContuU. ubi supra.
SI
IÎ3 DEUXIEME AVERTISSEMENT
« PAR NÉCESSITÉ ; et iln'cuit (K>inten son pouvoir,
• ni dans celui d'aucune créature , de faire autreinent
■ ni de changer la volonté de Dieu*. >» Kn esl-cc assez pour convaincre Luther? Mais, pour ne lui laisser pas le loisir de respirer, le ministre lui reproche encore d’avoir dit: « Si nous trouvons bon que Dieu
■ eouronnedes indignes, il nefautpas trouver moins
• bon qu'il damne des innocents : en l’un et en l*au>
• tre, il est excessif selon les hommes, mais il est
• juste et véritable eu lui-méine. C’est niaintenaiit
• une chose incompréhensible de damner des innoi- > cents, mais on le croit jusqu'à ce que le Fils de
• l’homme soit révélé*. » C’est donc l'objet de la foi , que Dieu damne des innocents, et les fait lui>môiiie coupables ; puisque les faire damnables, comme dit Lutiier, et les faire pécheurs et coupables , c'est la même chose : et voilà , selon Luther, le grand mys* 1ère qui nous sera révélé dans la vision bienheureuse.
Luther est terriblement pressé, vous le voyez ; mais le ministre revient encore à la charge : f oici» dit-iU, /)ar où U finit i c’est toujours de Luther qu'il parle : « Si nous croyons qu’il est vrai que Dieu « prévoit et préordonne toutes choses , et que d'ail* « leurs il n’est pas possible qu'il se trompe , ou qu'il
• soit empêche dans sa science et dans la prédes*
• tination ; et enfin , que rien ne se fait sans sa vo-
• lonté : la même raison nous fait voir qu'il ne peut
• y avoir aucun libre arbitre ni dans rtioinme, ni
• dans l'ange, ni dans aucune cré-aturc. Tout ce qui
• se fait par nous , dansco qui r^arde le salut et la
• damnation , se fait par une pure nécessité , et
• non point par le Ubre arbitre : l'homme n'en a point,
• il est esclave et captif de la volonté de Dieu ou de
• celle de Satan ; en sorte qu'il n’a aucune liberté ni
• libre arbitre de se tourner d'un autre côté, ou de « vouloir autre chose, tant que l’esprit ou la grâce
• de Dieu dure en l'homme : et j'appelle nécessité ,
• poursuit Luther , cité par le ministre , non pas lu « nécessitédecontrainte,maisceiIed'immutabilité;» et le reste toujours soutenu de la même force : ce qu'il achève de prouver par Calixte, luthérien, dont voici les propres termes cités par M. Jurieu^ : « Tout le but du livre de Luther est de faire voir « que toutes les actions des hommes, et tous les « événements qui en dépendent, ne peuvent arriver
• autrement qu'ils arrivent , ni se faire avec contins
• gence, ou par la volonté du librearbi trede l'homme ,
■ mais par la pure et unique volonté, disposition
• et ordre de Dieu. « Ce n'est donc pas seulement le sentiment de Lutlier , que Dieu veut et fait tout le bien et tout le mal qui se trouve dans le monde , mais c’est là encore tout le but de son traité du Serf arbitre : et ce n’est pas seulement M. Jurieu ou les calvinistes qui objectentees énormes excès ù Lutlier; mais ce sont encore ses sectateurs mêmes et les luthériens les plut doctes et les plus célèbres, du nombre desquels est Calixle, dont les paroles, citées par le ministre Jurieu , setrouvent en effet dans le livre de ce fameux luthérien , intitulé Jugement tnr tes controverses t etc.
Et parce qu'on pourrait penser que Luther aurait
* fag. SIS. — * Ibid. — 5 JUd, - * P. au.
ditcescitos» comme douteuses ou problémaligues , continue M. Jurieu : au contraire, dit ce ministre ■ , it les pose comme des diymes certains , qu’il n'est ni permis ni sùr de rét oquer en doute ; et pour le prouver , il allcpiic ces paroles , par où Luther conclut : . Ce <juc j'ai dit dans ce livre , je ne l’ai
• pas dit comme en disputant ou eu conférant , mais . je l’ai assuré et je l’assure , et je ii’en laisse le juge-
• ment à personne; mais jeconseilleà tout le monde « de s'y soumettre. . Ce qu’il veut qu’on reçoive avec une entière soumission , c’est quetout est nécessaire d'une absolue nécessité ; . et souvenez-vous,
• poursuit-il , vous qui m'écoutez, que c'est moi qui . l'ai enseigné ; > en sorte qu’il ne parait pas seulement que I.uther a établi ces dogmes impies, mais encore qu'il lesaétablisavec toute la certitude qu’on peut jamais donner à un dogme , et comme un des fondements qu'il veut leplus inculquer à ses sectateurs.
Si j'avais à convaincre Luther devant Dieu et devant les hommes de ces horribles impiétés, je ne produirais autre cliose que ce que produit ici M. Juricu. Mais pour le convaincre lui-inéme d’avoir regardé tous ces discours de Luther, non-seulement comme durs , mais comme impies , et non-seulement comme contenant des expressions excessives, m,-iis encore comme contenant des dogmes affreux : je n’ai encore qu’à produire ces paroles de ce ministre au luthérien Seulter. « Voilà, lui dit-il>, toute cette
• suite de dogmes que vous appelez dans nos auteu rs . de grands monstres , des monstres affreux et lior-
• ribles. Voilà tous nosdogme: , et beaucoup plus que « nous n’en disons , et ce que nous serions bienfàchés
• dedire. .C'est donc dotousces dogmes qu’on vient de voir, et dont il témoigne lui-niéme tant d’horreur, qu'il a convaincu Luther ; et afin de ne nous laisser aucun doute de ce qu'il déteste dans ce chef de la réforme, après avoir rapporté tous les dogmes qu’il en reçoit: • Nous embrassons, dit-il*, de tout
• notre cœur tous ces dogmes de Luthers mais en
• voici qui lui sont propres : que Dieu par sa volonté
• nous BEUD DAMNAULES NÉCESSAIBEUEXT; que
• c’est en vain qu’on excuse Dieu en accusant le libre
• arbitre; qu’il n’était point au pouvoir de Judas de
• u’étre point traître; que Dieu damne les boniines « par sa propre volonté; qu'il damne des innocents . comme il couronne des indignes ; qu'il ne peut y
• avoir de libre arbitre, ni dans l'homme, ni dans
• l’ange , ni dans aucune créature , et que tout ce qui
• se fait par nous se fait non |H)int par le libre arbi-
• tre, mais par une pure nécessité. Nous rejetons, . poursuit-il , toutes ces choses , et nous les rejetons « avec horreur, comme choses qui détbuisent
• TOUTE RELIGION, et qui ressentent le hani- ■ ciiÉisuE. Je le dis à regret, et malgré moi, fa-
• vorisant autant que je le puis la mémoire de ce « grand homme : • grand homme commevous voyez, qui vomit des impiétés et des blasphèmes qu'on n'eutendra |<eut-élre pas dans l'ertfer même. Mais voilà les grands hommes de la réforme, et voilà
P. 513, - • lia. — > Pag. su.
SUR LES LFtTRRS DE M. JURIEU.
e»mine Us sont traité par reuvià mêmes qui font protessioii de les révérer.
Et parce qu'on pourrait penser en faveur de Lu* ther, qu'il aurait du moins changé de sentiment; quoiqu'en avoir eu un seul moment de si dainnablcs , et avoir commencé par de tels blasphèmes la réforination de TÊglise, ce serait toujcmrs une preuve d'un homme livré à Satan ; il ne laisse pas même aux luthériens cette misérable consolation : «Car, poursuit-il', on me dira qu'il s'est relrac- « té : mais qu'on me montre où est cette rétrao
• latioii. On ne voit, dit*ii , sur le libre arbitre au* m cune rélractatiou. S’il a rétracté et condamné son
• livre du Libre arbitre, où est l'anaUieme qu'il « lui a dit? comment l'a-t-il laissé parmi ses ou*
• vrages? Il a parlé plus doucement dans la \’isile
• Sa&onique.cn reconnaissant le libre arbitre dans « les d>oses civiles et morales , et pour les œuvres « extérieures de la loi; mais il ne uie nulle part ce « qu'il avait assuré dans son livre du Serf arbitre; « et on peut aisément concilier ce qu'il a dit dans « ces deux livres. • Il le concilie en effet, en remarquant que Luther pourrait avoir admis le libre arbitre, • en entendant sou» ce mot qu'on n’agit pas « malgré soi, mais très-volontairement; ce qui,
• poursuit-il « n'em|>écherait pas qu’il ne fût tou* «jours véritable, c-oinme Luther l'avait dit dans « le livre du Serf arbitre , que Dieu par sa volonté « rend les hommes nécessairement damnables, et « que par sa pure volonté il damne des innocents. « Luther, dit-il * , n'a point rétracté cela. • Il a raison : on a quelque part adouci «quoique faiblement, les expressions : on a nommé le libre arbitre même dans la Confession d'Augsbourg, sans bien expliquer ce que c'était; mais on ne trouve en aucun endroit la condamnation d'un livres! abomini'ible , ni aucune rétractation de tous ces excès. Il ne fallait pas attendre de Luther que Jamais il avouât ou qu'il crût avoir failli; et il valait mieux certainement laisser en leur entier tous les blasphèmes du livre du Serf arbitre , que de se rabaisser jusque-là. Ainsi le luthérien n'a point de réplique ; et le bienheureux Luther (car c'est ainsi qu'on affecte de le nommer clans le parti) demeure convaincu, par notre ministre, non-seulement d'avoir coiiunencé sa reforme, mais encore d'avoir persévéré Jusqu’à la lin dans cette impiété.
Il est donc plus clair que le jour que le ministre n'a pas seulement avoué, mais encore qu’il a prouvé invinciblement les impiétés de Luther; et s'il les nie maintenant, s’il tâche de révoquer son aveu, c’est qu'il a honte pour la réforme de la voir commencer par des blasphèmes, et de lui voir pour ses chefs des blasphémateurs et des impies : et si, |H)ur repousser ce Juste et inévitable reproche, il s'emporte jusqu'à m'appeler au redoutable tribunal de Dieu, et à invoquer contre moi à témoin ce juste Juge ; il ressemble manifestement à ces profanes qui se servent d'un si grand nom pour éblouir les simples, et donner de l’autorité au mensonge.
Ce n'a donc pas été une calomnie, mais une vé*
* Pag. 31". - » Pag. 218.
I rité, non-seulement avou«'“e , mais encore démoii- I trée par M. Jurieu, de dire que les rcforinalcuni ; ont fait Dieu auteur du |>éché. Ce ministre passe déjà condamnation pour Luther et pour Melanrhton, c'est -à-dire, pour les premiers des reforuialcurs. Mais j’ai fait voir que Calvin et Bèze ii'en avaient |>as moins dit que les deux autres • ; et qu'aussi M. Jurieu , sans oser entreprendre de les justifier, n’en avait pu dire autre cliose sinon qu't/i étaient sobres en comparaison de ÏMther * : ce qui montre, non pas qu'il les croit innocents, mais qu'il h's croit seulement moins coupables, c’est-à-dire, moins impies et moins grands blasphémateurs. Mais en cela il se trompe ; car j'ai produit les passages de Calvin et de Bêze^, où iis disent « que Dieu fait
• toutes choses scion son conseil défini, voire « même celles qui sont méduntes et exécrables;
• qu’ayant ordonné la fin (qui est de glorifier sa « justice dans le supplice des réprouvés) , il faut « qu'ii ait quant et quant ordonné les causes qui « amènent à cette (In (c'est-à-dire, sans difficulté, « les péchés); que le péché du premier homme,
• quoique volontaire, est en même temps néces- « saire et inévitable ; qu'Adani n’a pu éviter sa
• chute, et qu’il ne laisse pas d’en être coupable;
• qu'elle a été ordonnée de Dieu, et qu'elle était « comprise dans son secret dessein; qu'un conseil
• caché de Dieu est la cause de l’endurcissement;
• qu'on ne pi‘ut nier que Dieu n'ait votLU et « DECBÉTB La DÉsEBTioN d’Adam , imisqu’il fait
• tout r.e qu'il veut ; que ce décret fait horreur ; mais n qu'enfin on ne peut nier que Dieu n'ait prevu la > chute de l'homme , puisqu'il l'avait ordonnée par « son decret ; qu'il ne faut point se servir du tenue
• de permission, puisque c'est un ordre exprès; que
• la volonté de Dieu fait la nécessité des choses , et « que tout ce qu'il ordonne arrive nécessairement ; « que c'est pour cela qu'Adam est tombé par un or-
• dre de la providence de Dieu, et parce que Dieu
• l'avait ainsi trouvé à propos; que les réprouvés « sont inexcusables, quoiqu’ils ne puissent éviter « la nécessité de pécher, et que cette nécessité «• leur vient par ordre de Dieu; que Dieu leur « parle , mais que c'est pour les rendre plus sourds ;
• qu'il leur envoie des remèdes , mais afin qu'iU
• ne soient point guéris; et que si les hommes « veulent répliquer qu’ils n'ont pu résister à la « volonté de Dieu, il les faut lais.sor plaider contre « celui qui saura bien défendre sa cause, • sans qu'il soit permis, comme ou voit, de la défendre, en disant qu'il laisse riiominc à sa liberté, et qu'ii ne veut point son péché. Voilà ce qu'ont dit 04vin et Bèze ; ce qui , comme on voit, n’est pas moins mauvais que ce qu’ont dit Lutlier et IMelanrhton
Aussi voyons-nous manifestement que si le calviniste ferme la bouche au luthérien sur son Melaneliton et surson Luther, le lutiiérien ne remporte pas un moindre avantage sur les calvinistes : car écoutez comme les presse le docteur Gérard * :
* l'ar. liv. XIV, p. i, OT. //iW/7. p. 137. — * Jur. de p. SU. — * f't/r. liv. XIV, p. f'8. - ' Oer. de Klecl. et Reprvk, rap. 10, 13?.
I)EUXIÉ:^^E AVERTISSEMENT
• Qu'ils donnent donc gloire à Dieu et à In vérité «
• en désavouant publiquement telles et semblables « expressions qui so trouvent dans les écrits des •> gens de leur parti : que Dieu a prcordunné par
• un décret absolu certains liommes.et même la « plupart des hommes, aux péchés et aux peines
• des péchés ; que la Providence divine a créé quel- 1 ques honnnes, alin qu'ils vivent dans l'impiété ;
• que Dieu pous^e les médiants aux crimes cnor- « mes; que Dieu en quoique sorte est cause du pé- > ché : qu’ils condamnent de semblables proposi- « lions qui se trouvent en autant de tennes dans
• leurs écrits publics , s'ils veulent être réconciliés •» avec l'Kglise. » Voilà les impiétés que les luthériens reprochent aux calvinistes; et le passage qu’on vient de voir, du docteur Gérard, est cité mot à mot par M. Jurieu Mais qu'y ré|>ond ce ministre? nie-t-il le fait, je veux dire nie-t-il que ceux de son parti aient enseigné que Dieu « préordonne
• les hommes aux pécliés, les pousse aux crimes
• énormes, et soit en quelque sorte cause du pé- •« rhé? * Point du tout : voici sa réponse * : • Il est
• vrai : nous reconnaissons qu’entre ces expressions
• il y en a de trop dures. Nous n'avons pas pour « nos auteurs la même soumission que ces mes-
• sieurs les luthériens ont pour Luther; et nous ne
• nous faisons pas une honte d'abandonner leursraa-
• nières, quand elles nous paraissent propres à « scandaliser, et dures à digérer. Telles sont celles
• que nous venons de voir, dont aussi nui des no- « très itE SK SEBT PLUS aujourd'hui , et dont on
• ne s’est plus servi depuis ce.xt ans. •*
Il avoue donc, en termes formels, que ses auteurs ont avancé ces propositions impies : « que « Dieu préordonne aux péchés; que Dieu pousse
• aux crimes énormes ; qu’il est en quelque sorte « cause du péché. » Il ne sert plus à rien de le nier, ni de dire que je lui fais une calomnie aussi/ausse que iwüigne , en disant qu'il a avoué des réfurmatêurs en général, et même de ceux deson parti, qu'ils enseignent que Dieu pouue l'homme aux crimes énormes : le docteur Gérard lui reproche que cette proposition et d'autres aussi impies se trouvent en autant de mots dans ses auteurs, l^ia de dire ici qu’on le calomnie, ou d’appeler le docteur Gérard au redoutable tribunal de Dieu, il confesse tout, quoiqu’il tAche de pallier ce fait honteux, et d'adoucir ces pro|>osilions qui sont autant de blasphèmes, en les appelant seulement des expresùons trop dures et des manières propres à scandaliner. Enfin il avoue la chose : ces propositions se trouvent dans les auteurs du calvinisme comme dans ceux du luthéranisme : U n'y a point d'aveu plus formel que de dire tout simplement, H est vrai. La réforme ne trouve d’excuse à cet excès qu’en disant qu'on n’y tombe plus depuis cent anSf et se trouve bien honorée, pourvu qu’on accorde qu’elle n'a été que soixanteou quatre-vingtsansdansleblasphème.Mais encore ii’aura-t-elle pas cette misérable excuse : on lui montre qu'elle y est encore , et on le montre par tes paroles du ministre même qui la défend. Si elle
* tur U$ Mtlh. p. 112. — * Ibid. p. 113.
était bien revenue de l’abominable erreur de foire DIph auteur du péché, de dire qu'il le préordonnct et ffousse tes hommes aux crimes énormes , elle ne dirait pas .seulement que ce sont des expressions trop dures , des manières propres à scandaliser cl dures à digérer : car, en parler de celle sorte , c’est, en avouant qu’on a avancé des propositions si impies, soutenir qu’au fond on les tient encore pour véritables; qu'on tient, dis-je, pour véritable, que Dieu pousse aux crimes énormes , et qu'il est cause du péché. Que le ministre ne réponde pas que selon la proposition on dit qu’il en est cause en quelque sorte : car, outre que ce pitoyable adoucissement ne se trouve pas dans les autres propositions qu'on vient de voir, c’est, en se tenant à celleci, une proposition assez impie contre le saint d'Israël, que le faire en quelque sortey et pour peu que ce soit, cause du péché; car c'est de quoi i| est éloigné jusqu'à l’infini (lar sa sainteté, par sa bonté, par sa perfection : il n’est donc cause du péché en aucune sorte. Le ministre veut s’imaginer que ses auteurs, qui ont dit que Dieu le préorefonne, et que Dieu y pousse * , n'entendaient pas néanmoins le lui attribuer. Mais que fallait-il donc dire pour cela, si ce n’est pas assez de dire que Dieu préordoime, que Dieu pousse, que Dieu est cause? Qu’il pense donc tout ce qu’il voudra de se.s réformateurs; le fait demeure |>our constant : les propositions impies, qui font Dieu cause du péché, se trouvent, non par conséquence, mais en termes formels, dans leurs écrits. S'il ne tient qu’à dire que ce sont seulement des expressions ou des manières trop dures, j'excuserai quand il me plaira toutes les impiétés, et tous ceux qui les profèrent ; et dans le fond il n’y aura plus de blasphémateurs ni d'hérétiques.
Mais voici bien plus. Je maiutiens à la réforme et à M. Jurieu que les adoucissements qu’ils prétendent avoir apportés à leurs expressions, depuis cent ans , ne sont qu’en paroles , et qu'ils croient toujours , dans le fond , que Dieu est la vraie cause du péché. M. Jurieu cite ces paroles du livre des Variations * : • Car enfin, tant qu'on ôtera au genre « humain la liberté de son choix, et qu’on croira que « le libre arbitre subsiste avec une entière et iné- « vitable nécessité, il sera toujours véritable que « ni les hommes ni les anges prévaricateurs n’ont « pas pu ne pas ;>écher; et qu’ainsi les pé<‘hés où
• ils sont tombés sont une suite nécessiiire des dis-
• positions où le Créateur les a mis : et M. Jurieu « e.stde ceux qui laissent en son entier cette iné- « vitable nécessité^. • Voilà, en effet, mes propres paroles; et on m’avouera qu’il n’y a aucune réponse à une preuve si concluante, que de nier cette entière et inévitable nécessité de pécher ou de bien faire : mais M. Jurieu ne la nie pas; au contraire, il la reconnaît, comme on va voir. « M. de Meaux , « dit-iH, devrait nous apprendre comment la pré- « détermination physique des thomistes subsiste
* LtU. K. - * Ibid. , p. 76. HUt, dt$ Far. Uv. xiv, p. lie. — J Jug. tur let Métk. tect. 16, p. 139, 130 — * LttL x , p. 76.
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SUR LES LETTRES DE M. JURIEÜ
« avec rindifTérence de la volonté. Il nous devrait i « (aire comprendre comment la grâce efUcacepar ^ • elle-même, que lui-inéme défend , n’apporle à la « volonté aucune nécessité. Enfin il devrait nous « expliquer comment les décrets éternels, qui im- « posent une vraie nécessité à tous les événements,
« et une nécessité inévitable, ne ruinent pas la H*
« berté. » Voilà donc, selon ce ministre, en vertu des décrets de Dieu , une vraie et inévitable nécessité; et cela dans tous les érénements, parmi lesquels manifestement les péchés mêmes sontcom* pris. Qu'a dit de pis Luther pour faire Dieu cause du péché , comme ce ministre l’en a convaincu ? Est'ce peut-être que Luther a dit que Dieu contraignait les hommes à pécher, malgré qu’ils en eussent, et qu'ils ne péchaient pas volontiirenirnt? Mais on a vu le contraire ' ; et le ministre lui-même a rapporté les passages où 11 dit, en termes formels, que la nécessité qu’il admet n’est pas une nécessité de contrainte, mais une nécessité d’immutabilité*. Ainsi, pour faire Dieu auteur du péclié, Luther n’a dit autre chose si ce n’est que les hommes y tombaient nécessairement, quoiqu’on même temps volontairement, par une vraie et inévitable nécessité provenue du décret de Dieu. Or c’est ce que dit encore M. Jurieu en termes formels : donc, par la même raison qu'il a convaincu Luther d’impiété , il s’en est convaincu lui-même, et sa preuve porte contre lui.
Aussi, pour aller au fond de ses sentiments, nous lui avons démontré, dans le livre des Variations^, qu’il pose un principe qui ne lui permet pas de décider si c’est Dieu ou l’hominc qui est l'auteur du péché. Ce principe , c'est ce qu’il dit dans son Jugement sur les Méthodes : que nous ne savons rien de notre âme, sinon qu’elle pense *. >ous ne savons donc pas si elle a ou si elle n’a pas la liberté de son clioix, s'il est en son pouvoir de choisir ou ne choisir pas une chose plutôt qu'une autre r d'où il conclut en elTel « que c’est une témérité de dé- « finir que la liberté est cela, ou n’est pas cela; « que pour être libre, il faut être en tel ou en tel « état ; qu'une telle chose, ou une autre, ruine la « liberté. « 11 pousse donc son ignorance jusqu’à ne pas vouloir sentir, quand il pèche, s'il pouvait ne péclier pas : en faisant le philosophe, il est sourd à la voix de la nature, et il étouffe sa conscience, qui lui dit, comme à tous les autres hommes , à chaque péché où il tombe, surtout à ceux où il tombe délibérément, qu’il aurait pu s'empêcher d’y tomber, c’est-à-dire, d’y consentir ; car c’est en cela que consiste le remords : et s’il fait aller son ignorance jusqu’à douter si cela est, il ignore doue aussi s'il agit ou s’il n’agit pas, dans le mal comme dans le bien, avec une nécessité inévitable; c'est-à-dire , s'il n’est pas poussé à l'un comme à l’autre par une force supérieure et toute-puissante : ce qui est douter finalement si c'est Dieu ou l'Iiomme qui est l’auteur du péché; puisqu’une nécessité, contre laquelle il ne peut y avoir en nous aucune résistance, ne peut ve-
' d-d«SMi9, 178. — * t.Mth. <if Scr. (trb. — * Par. liv. W,p. tl9. J09. sur fea Aféth. P. 139, ISO. -
nir que de la nature de la volonté , également déirrminèe au mal comme au bien, selon les disposittmi.s où elle est mise par une force majeure, et en un mot par la force de celui qui nous donne l'être.
Voilà ce qu’on lui objecte dans le livre des Variations; voilà d'où on a conclu qu’il ne sait encore lui-même si c'est Dieu ou lui qui est auteur de son péché; doute qui emporte le manichéisme : puisque, s'il n’est pas constant que celui qui pèche a été libre à ne pécher pas, il n’est pas constant que le péché ne vienne pas de lanature, et qu'il n’y ait pas hors de l'homme un principe inévitable du mal autant que du bien. Il ne sert de rien d'objecter que, dans toute opinion où l’on reconnaît un péché originel, on reconnaît un péché inc«itabie ; car, |K)ur ne nous point jeter ici sur des questions qui ne sont pas de ce sujet , U doit du moins être consUnt (|ue le péché a dü être tellement libre dans son origine, qu’il ait été au pouvoir de l'homme de l’éviter. On ne peut donc point douter de la nature de la liberté; et le ministre, qui en veut douter, doute en mémo temps du principe par lequel seul on peut assurer que Dieu n'est pas celui qui nous pousse au crime. Cest à quoi il fallait répondre, s'il avait quelque chose à dire; mais i) se tait, et montre qu’il ne sait pas qui est l’auteur du péché, de Dieu ou de l'homme.
Pour sortir de ce doute impie, il voudrait que je lui apprisse comment s’accorde le libre arbitre, ou le |H)Uvoir de faire ou ne pas faire, avec la grâce efficace et les décrets éternels*. Faible théologien, qui fait semblant de ne pas savoir combien de vérités il nous faut croire , quoique nous ne sachions pas toujours le moyen de les concilier enseirble ! Que dirait-il à un socinien qui lui tiendrait le même langage qu’ibine tient, et le presserait en cette sorte ; Je voudrais bien que M. Jurieu nous expliquât comment l'unité de Dieu s’accorde avec la Trinité? Entrera-t-il avec lui dans la discussion de cet accord , et s’engagera-t-il à lui expliquer le secret incompréhensible de l’Être diviu? Ne croiraitil pas l’avoir vaincu , en lui montrant que ces deux choses sont égalemeal révélées ; et par conséquent, malgré qu’il en ait, et maigre la petitesse de l’esprit humain, qui oe peut les concilier parfaitement, qu'il faut bien que l’infinité immense de l’être de Dieu les concilie et les unisse? Mais, sans nous arrêter à ce mystère , qu'est-ce en tout et partout que notre foi, qu’un recueil de vérités saintes qui surpassent notre intelligence, et que nous aurions, non pas crues, mais entendues parfaitement et évidemment, si nous pouvions les concilier ensemble par une méthode manifeste? Car par là nous en verrions, pour ainsi parler, tous les tenants et tous les aboutissants ; nous en verrions les dénouements autant que les noeuds ; et nous aurions en main la clef du mystère, pour y entrer aussi avaot que nous voudrions. Mais cela n’est pas ainsi : et quand cela sera , ce ne sera plus cette vie , n>ais la future ; ce ne sera plus la foi, mais la vision. Que faut-il faire eu atteodaot , sloon croire et adorer ce qu’on
> LeU. X
DEUXIEME AVERTISSEMENT
n’entend pf , unir p.ir h foi cc qu’on ne peut encore unir pr l'intelligence, et en un mot, comme dit saint Paul , réduire son esprit en captivité sous robéissance ik JésHS^t hrist ' ?
Ceux qui ne peuxent s*y résoudre ne trouvent que des écueils dans la doctrine chrétieunft> et font autant de naufra:;e9 qu’ils décident de questions : car il y a partout la difliculté, à laquelle si on succombe, on périt. El pour venir en particulier à celle où mms sommes, le socinien épn)uveru lui-méine la liberté de son clioix : nulle raison ne lui peut Oter cette expérience; mais, ne pouvant accorder re choix avec In prescience de Dieu , il nie celte prescience; il succombe à la diflicullé. il sc brise contre l'écueil; et, coinim* dit .saint Paul, U fait mufrage dans la foi ». Le naufraj’e du calviniste, qui, pour soutenir la prescience ou la providence, nteà riioinine la liberté de son choix, et fait Dieu auteur nécessaire de tous les événements humains, est-il moindre? Point du tout : l’un et l'autre &est brisé contre la pierre. Celui qui tient ensemble les deux vérités que les «autres commeltenl ensemble et détruisent l’une pr l’autre, qui les concilie le mieux qu'il put, et, sachant bien qu'il n’esl ps ici dans le lieu d’entendre , les surmonte pria foi, en attendant qu’il y atteifjne par rintelÜRence : faudrait-il dire à M. Jurieu, s’il était ihéoloftien, que c’est le seul ({ui navigue sûrement , el<|ui seul purra parvenir à In vérité, comme au port? Que sert donc d’allégiMr ici la grdee efÜcoce et les thomistes? Ces docteurs, comme les autres catholiques, sont d’accord à ne pint mettre dans le choix de l’homme une inévitable nécessité, mais une liliertc entière de faire et ne faire pas. S'ils ont de la pine à l’accorder avec l'immutabilité des décrets de Dieu , ils ne succombent pourtant pas à la difllculté : ils rament de toutes b*urs forces pur s’empêcher d'élrc jetés contre l’écueil. M. Jurieu, qui, pur tout brouiller lorsqu’il s'agit siiuplemrnt d’établir la foi , xnudrail m’engager à dis<*.uter les moyens pr lesquels ou tdclu; de l’expliquer, ne veut qu’amuser le monde : .et c'est assez qu’on ait vu que ce n’est point par des cous^iuencps, mais par un aveu formel , que Luther, Melancblon , tialvin , Bèze et les autres réfonnateurs ont fait Dieu auteur du péché; que lul-méme tantôt l’avoue et tantôt lenic;que dans le fond il est prêt à retomber dans l’erreur dont il semble vouloir excuser la reforme ; qu’il y retombe en effet sans avoir pu s’en défendre ; cl que , semblable à un criminel pressé par des preuves invincibles,il ne pulpas demeurer un seul momentdans la même contenance, ni se soutenir devant ses accusateurs.
En effet, ne voyez-vous ps comme il vacille? D'abord il faisait le fier; et, pendant que je l’accusais, il m’accusait nioi-im'me, comme un calomniateur, devant le jugement de Dieu : mais qu.and le luthérien s’est élevé contre lui , en accusant les auteurs du calvinisme de faire Dieu causedu péché , jusqu’anouspusserlui-memeaux crimes énormes par une immuable et inévitable nécessité, il u'a ps
• Il €ur. X, s - M Tim. I, 19.
ni de réplique, et il a dit : H est vrai. Le voilà vaincu, de son aveu propre; et il n'a plus songé, comme on a vu, qu'à pallier le crime. Mais il n’a ps été moins fort contre k luthérien , que le luthérien l’a été contre lui ; et il a très-bien convaincu , non-seulement Melanchton, mais encore Luther lui-inéme, de n’avoir pas moins blasphémé que Calvin et les calvinistes. Entendez ceci, mes chers frères; les deux que nous accusons, s'accusent entre eux : nous n’avons plus besoin de prier; et ils SC convainquent l’un l’autre, sans se laisser aucune éva.sion. Car le ministre Jurieu croyait échapper; et, pour pallier le mieux qu’il puvait les blasphèmes de son parti, il les applle seulement des expressions dures ^ des manières propres à scan^ daliserf et dures à digérer. Mais il a lâché k mot contre Lutlier : et quoique Luther n’en ait ps dit plus que Calvin et les calvinistes; non content de lui attrihuer, comme à eux , seulement des expressions dures, M. Jurieu est contraint, par la vérité, à lui attribuer des dogmes affreux , qui tendent au manichéisme , et renversent toute retigion. Que dira-t-il maintenant? Le fait est constant, de son aveu : la qualité du crime n’est pas moins certaine ; et lui-riiéme l’a qualiHé d’impiété. Il n’y a donc plus qu'à le condamner par sa propre bouche, et dans une cause égale faire tomber sur son parti !«'» même sentem'e.
Saint Paul éj^rit à Timothée : O Timothée , gardez te dc/Kif, en évitant tes profanes nouveautés deparoies, et les contradictions de ta sciencefaitssement appelée de ce. nom ‘! Quelle nouveauté plus profane que celle de parler de Dieu comme de celui qui nous pousse aux crimes énormes ; et qui , en ruinant notre libre arbitre par ses dirrets, impose aux démons, comme aux hommes, la nécessité de tomber dans tous les pcbcs qu'ils cooioiettent^ Déjà la réforme n'a pas évité ces profanes nouveautés dans les paroles, puisqu'elle a proféré c«lles-ci. Mais saint Paul ne s'arrête ps à condamner seulement les paroles. Dans les proies il a regardé |p sens; et il a voulu nous faire enlemlre que les profanes nouveautés dans les paroles marquaient de nouveaux prodiges dans les sentiments : c'est pourquoi il a condamné, dans ces juiroles profanes ^ ta science faussement nommée d'un si beau nom. Reconnaissons donc dans la réforme, je dis dans scs deux partis, et autant dans le calvinisme que dans le Uitberanisme, eette fausse et dangereuse science, qui, pur montrer qu’elle entendait les plus hauts mystères de Dieu , a trouvé dans scs décrets immuables la ruine du libre arbitre de l'iioiirme,eleii même temprextinctiondiiremordsde conscience.Car si tout, et le pchc même, noos arrive par nécessité, et que nous n’ayons non plus de puvoir d’éviter k crime que la mort et les maladies, nous pouvons bien nous affliger d’élre pécheurs, comme d’étre sourds ou paralytiques; mais nous ne pouvons nous imputer notre |>éché comma une chose arrivée par notre faute, et que nous puvions éviter : qui est précisément en quoi con-
‘ 1 Ttm. VI, 20.
SUR LES LETl’RES DE M. JURIEU.
liste cette douleur qu'on nomme remords de ta conscience. Avec elle s’en va aussi la pénitence : on se peut croire malheureux, mais non pas cou> pable : on se peut plaindre d'étre pécheur, impudique, avare, orgueilleux , comme on se plaint d’avoir la fièvre : encore peut-on quelquefois reconnaître qu’on a la fièvre par sa faute , et jmur l’avoir con tractée par des excès qu’on pouvait éviter : mais si tout et la faute même est inéviuble, l’idée de faute s’en va; personne ne frappe sa poitrine, ni ne se repent de son péché en s’accusant soi-même, cl en disant : Quai-jejalt'} La conscience dit à un chacun : Je n’ai rien Jait, qu’une force supérieure et divine ne m'y ail poussé, et Dieu m'entraîne au péché comme à la peine.
Telle est la fausse science que la réforme a professée, quand elle a cru pouvoir pénétrer tous les mystères de Dieu ; mais voici en même temps ses contradictions. Prenez garde, disait saint Paul, aux contradictions de cette fausse science: c'est que toute fausse science se contredit elle-même. Il en est aiasi arrivé h la reforme; et parce que la science est fausse, elle est tombée dans de visibles contradictions. Klle a fait Pieu cause du péché; elle a eu honte de cette erreur, et a \oiilu s’en dédire; elle a voulu qu’on cnit du moins qu’elle s’en était corrigée ; et s’en dédisant , elle a posé des principes pour y retomber. Elle y retombe en effet dans le temps qu’elle tâche de s’en excuser; et ne voulant pas avouer ce que la nature et sa propre conscience lui dictent sur son libre arbitre , elle établit dans tous les maux, même dans celui du péché, la nécessité dont nul que Dieu ne peut être auteur.
Voilà l’esprit de blasphème au milieu de ceux qui se sont dits des chrétiens reformés ; et le voilà même dans ceux qu'ils appellent les réformateurs. I*e voilà dans Luther, dans Mclanchtori , dans Calvin , dans Bèze, dans les deux partis des protestants, de l'aveu deM. Jurieu :et le voilà dans M. Jiirîeii Immême, qui tâche d'en excuser la réforme. Qu’elle écoute donc la sentence de la bouche de Dieu î Chassez du camp le blasphémateur et celui qui a maudit son Dieu > , c'est-à-dire , qui a dit du mal contre lui. Mais qui dit plus de mal contre son Dieu , que ceux qui disent qu’il fait tout le mal? Pouvaîton le maudire davantage? L’Lglise a obéi à la voix de Dieu, et a chassé ces impies, qui aussi bien S6 séparaieiU déjà eux-mêmes , selon la prédiction et contre le précepte de saint .Inde’; ou plutôt de tous les apôtres, comme saint Jude l'a remarque. Mais vous, 0 troupeau errant, vous les avez mis à votre tête, et vous en avez fait vos réformateurs. A*!!! revenez à vous-mêmes, du moins àla voix de votre ministre , qui vous a montre le blasphème au milieu de vous!
Souvenez-vous maintenant , mes frères , des outrageantes paroles dont a uscM. Jurieu, enni appelant déclamateur, calomniateur, homme sans honneur et sans foi, devant Dieu et devant son juste jugement. Vous voyez qu il avait tort; et il employait cependant pour xous tromper, non-seule-
• jT. MH, ft. - > Lci il- XMV, t». - ’ 17, I».
ment les expressions et les injures les plus atroces , mais encore ce qu’il y a de plus saint et de plus terrible parmi les hommes. Pour toute réparation de tous ces excès, je vous demande seulement, mes frères, de le bien connaîtro, et de ne plus vous laisser émouvoir à ses clameurs, lorsqu'il se plaint qu’on le calomnie. Mais passons à un autre endroit où il fait enrore la même plainte , et avec une égale injustice. « Il est faux, dit-il', pareillejnent qu’on € soit demeuré d’accord que les luthériens soient « semi -pciagiens. » Mais sa propre preuve le réfute. I,a voici. « Car encore, continue-t-il , qu’ils « donnent à l'homme quelque chose à faire avant la
• grâce, savoir, d’écouter et de se rendre attentif;
• cependant, selon eux, la première grâce est de « Dieu , cl c'est celle première grâcequi fait la con- « version. • Aveugle, qui ne voit pas que les semipélagiens n’ont jamais seulement pensé que la première grâce, c’est-à-dire , ce qui est de Dieu, ne fût pas de Dieu; mais qu’ils étaient scmi-pélagiens, en ce qu’ils attachaient celle première grâce à quelque chose qui dé|>endait purement du libre arbitre de l'homme : comme à prier, à demander, à désir<T du moins son salut, et par là le commencer tout seul. M. Jurieu osera-l-il dire que les luthériens n'en font pas autant ?piiis4|u'en metUintque la grâce fait par elle-niéme la conversion de l’homme, ils font dépendre cette grâce de i'atteii- Cion que l’homme prête par lui-même à la parole de Dieu. Qu’est-cc être semi-péingien , si cela ne l'est? Car être .semi-pélagien n'est pas nier que Dieu n’achève l’ouvrage; c'est dire qu’il ne l'achève que parce que riminme l’a auparavant con)mencré. grâce, dit le liilhérien, est inséparablement attachée à la parole, d'où elle ne manque jamais de sortir avec eflicaee. A la bonne lieure. L’hominc qui se rend attentif à h prédication aura sans doute In grâce, selon ces principes. Je le veux bien. Mais ;>ourqnoi aura-t-il la grâce? Parce qu’il 8*c.st rendu attentif. Je le vhix encore. Allons plus avant. Kst-cc in grâce qui lui a donné cette attention, ou bien se l’est-il donnée à lui-même? C’est lui-méme, dit le luthérien. Il se doit donc à luimême d’avoir In grâce ; c'est à lui-même qu'il doit le commencement de son salut. Non, dit M. Jurieu*; la grâce prévient et se présente d’elle-même avant tout acte delà volonté. Illusion. Car quelle est la grâce qui se présente de celle sorte? (Vest la grâce de la doctrine et des promesses, c'est-à-dire la grâce des pélagiens anciens et modernes ; la grâce que ces hérétiques, que les socinieiis, que les pajonistes, nouveaux hérétiques de la réforme, qui ne reconnaissaient de grâce que dans la prédication , admettaient une grâce extérieure qui frappe l’oreille, et qui n’excite l'âme que par le dehors. Mais , dil-on , le luthérien va plus avant ; et pourvu
! qu’on Inouïe par soi -même celte parole qui est
j présentée , il en sortira une grâce qui agira dans le cœur. Je l’avoue : mais il faut auparavant que
! l'homme vienne de lui-même; de lui-même se ren-
i dre alleiilif, c’est commencer son salut sansau-
^ » un X. Î7. — *
t28 DEUXIÈME
cun besoin de la grâce intérieure. Mais dans le commencement est renfermé le salut entier, puis- ; qu'il entraîne nécessairement la conversion tout entière : tout cet ouvrage se réduit enfin à une Opération purement humaine comme à sa première cause; et l’homme se glorifie en lui-méine et non pas en Dieu, ce qui est Terreur la plus mortelle à la piété. Qu'on démêle ce nœud , ou qu’on cesse d'e\cuserles lutliériensdusemi-pclagianisme; c'està-dire , comme je Toi démontré, du plus dangereux poison que le pélagianisme verse danslecœur.
Mais que nous importe, direz-vous? Ce n’est pas cette question que vous avez à démêler avec M. Jurieu : et il ne s'agit pas de savoir si les luthériens sont devenus demi-pidagiens; mais si œ ministre en est d'accord, eomine vous Teii accusez. Hé , je vous prie , que veiit-ll donc dire par les paroles que vous venez d’entendre, « Ils don- « lient à Tliomme quelque chose à faire avant la « grâce; savoir, d’écouler et de se rendre attentif' ? » Si cela est avant la grâce, il n'est donc p:is de la grâce; et le salut commence |Kir quelque chose d'humain. Qu’y a-l-il de plus demi-pélagieu ? âlais où prend-on que l'attention à la parole lorsqu’elle est aussi sérieuse et aussi sincère qu’il faut, n'est pas encore un don de l>ieu ? Ceux qui viennent à Jésux- Christ |Miur écouter sa parole ne sont-ils lusdeceuxçtfc son /Vre tire •; c’est-à-dire, comme il l’explique lui-méme, de ceiixn qui son Père (tonne d'y ccnlr^ ? ^'est-ce pas là qu'ils commencent a être enseignes de Dieu , à écouter la voix du Père , et à ap)»rendre de lui 7 Ces brebis , qui écoutent si volontiers la roü: du pasteur , ne sont-elles pas de celles que le pasteur a auparavant rendues dociles , qu'il connaît et qui le suivent * ? Ou sait que l’efficace de la parole se fait quelquefois sentir aux profanes , que la curiosité , ou la coutume , ou d'autres semblables motifs y attirent; mais ce n'esl lias la voie commune. Ordinairement de tels auditeurs sont ceux qui nont pas (ToreiUes pour entendre ^ \ ils sont de ces sourds spirituels à qui Jésus-Christ n'a pas encore ouvert Toreille Les luthériens veulent-ils promettre à de semblables auditeurs que la parole sera toujours efficace pour eux ? Non , sans doute : cette promesse n'est que pour ceux qui viennent poussés parla foi et avec une bonne intention. Mais celle fui, mais cette bonne inlenlion, à la prendre dès sou premier commencement ; si n’est pas Dieu qui la donne , il n'y a plus de grâce chrétienne, et Jésus-Cliri^t est mort en vain : car c'est tout ôter à la grâce , que de lui ôter le commencement de notre sanctification; puisque même ce commencement n'est pas moins attribué à la grâce dans l'Écriture, que l’entier accomplissement de notre salut. J'espére, disait saint Paul 7, que celui qui a commencé en vous cesatntouvrage, y donnera Vaccompl-^ ..ement. Voilà ce qu'il fallait dire aux luthériens; et non pas les excuser dans une erreur si bien reconnue, et
• Utt. s. — * .7'W» VI, 41, M. — » 45. - A Ibid^^
• . v; — 5 yatlh xni, 9. - * Marc, vu, 34 , 36. . » phil U I.
AVERTISSEMENT
tant de fois condamnée du commun c.msetitciafnt de toute l'Église , ni leur perineUre d'attacher la grâce à la volonté que nous avons d'écouter et de nous rendre attentifs avant la grdee.
Mais , mes frères, je ne craindrai point de vous le dire : on ne connaît point parmi vous cette exactitude qu’il faut garder dans lesdosmes; et si M. Jurieupremisoin de convaincre les luthériens de leur erreur, c'est pourleur faire valoir la facilité qu’on a de les tolérer. Voici, en effet, comme il leur parle : « Ilsemble, dit-il' , queles protestants « delà Confession d’Augs bourg aient passé à Topinioii
• directementopposéeàcette Confession , et fassent
• dépendre Tefllicace de la grâce de In volonté
• humaine, et du bon usage du libre arbitre. Cest
• ainsi, dit-il àScultel *, que vous avez dit souvent «vous-même que Dieu convertit les hommes,
• quand eux-mêmes ils prêtent Toreille attentive et
• respectueuse à la parole. Donc la conversion
• dé|iend de cette attention précédente , qui ne « dépend que du libre arbitre, et précède toute grâce « convertissante et excitante. Vous ajoutez , pour-
• suit-il , que lorsqu’on ne se met pas en devoir de
• convertir et réparer l'homme. Dieu Je laisse
• aller par les voies criminelles. Donc , conclut M.
• Jurieu , devant que Dieu retire Thommedu péciré, «il doit lui-même, et par ses propres forces, se
• n>eltrc en devoir de se convertir. Vous pour- « suivez , continue-t-il, parlant toujours au docteur
• Scultet ,et vous ditesqiie Dieu veut donner à tous « les adultes ( à tous ceux qui sont arrivés à Tâge
• de raison) la contrition et la foi vive, à condition «qu'auparavantiisse mettront cndevoirdccnnvertir
• Thomme. Donc, encore un coup , conclut votre
• ministre, Thomme doit se préparer par le bon « usage de ses propres forces à la contrition et à
• Tinfusion de la foi vive. Je ne puis assez nTé-
• tonner, continue M. Jurieu, comment et par «quelle ^stinée vous vous êtes si éloignés <ie Lu-
j «ther, votre auteur, qui a Irai le pélagianisme I «et le demi-pélagianisme, jusqu'à se rendre siis- I «pect du manichéisme, et d’avoir entièrement I • renversé la liberté. • C'est ce qui m'étonne aussi bien que lui, et qu'on soit passé de l'extrémité de nier le libre arbitre, dont Luther est plus que sus;>ect, comme on a vu (quoique M. Jurieu veuille bien employer ici un si doux terme), jusqu'à celle de faire dépendre, avec les pétagiens et semi-péiagiens , le salut de Thomme de ses propreàforces.
Mais votre ministre poursuit encore : « Ci- « lixte, dit-iP , un des plus célèbres de vos théo-
• logiens, dit, dans son Abrégé de la Théologie ,
• qu'il reste aux hommes des forces u’enten-
• DEUKiXT et de volonté ^ et des connaissances « naturelles, dont s’ils usent bien , s’ils ont soin do
• leur salut, et qu’ils y travaillent autant qu'ils ■ peuvent. Dieu pourvoira à leur salut par des
• moyens qui les conduiront à une plus grande
• perfection , c'est-à-dire, à celle qui est appuyée
.' CoHsutt. t/e Pae. p. 116. — » JM. - J Cous. d« Pm-.
SUR LES LETTRES DE M. JURIF.U
« lur la révélation. U parie , poursuit le ministre ,
• de ceux qui n’ont pas seulement oui parler de •
• Jésus-Christ ni du christianisme: ceux-là , par
• leur propre mouvement, peuvent bien user des
• forcesde la volonté et des conoaissances naturelles,
« prendre soin de leur salut et y travailler. • Voilà, sans doute, le semi-pélagianisme tout pur dans les luthériens. M. Jurieu a raison de s'en étonner. -Quel changement, ô bon Dieu! dit-il ; comment
• peut-on passer àcette opinion, de celle où on reoon-
• naissait le libre arbitre tellement esclave ou « de .Scitan ou de Dieu , qu’il ne pouvait pas même « commencer un ouvrage tendant au salut sans
• Dieu et sa grdce ? ■ C'est-à-dire , comme on voit, en d'autres termes : Comment peut-on passer du manichéisme ou du stoïcisme , qui détruisent le libre arbitre, au demi-pélagianisme, qui lui attribue le salut en le lui faisant commencer , et rattachant tout entier à ce commencement ? C'est de quoi les luüiériens sont coupables. M. Jurieu ne les en a pas accusés seulement, quoique depuis il l'ait voulu nier; nuis encore il les en a convaincus : et si on ajoute a ces preuves celles que j'ai rapportées du livre de la Concorde *, qui contient, non les sentiments des |>articuliers, mais les decisions de tout le parti , il n’y aura rien à désirer pour la conviction.
Le premier parti de la réforme est tombé dans cette effroyable variation. Mais il ne faut pas que les calvinistes, c'est-à-dire, le second parti, se vante d’en être innocent; puisque, comme nous l'avons dit , ils ne s'étudient à convaincre les luthériens de leur erreur , que pour leur faire valoir l’offre qu'on liHir fait de la tolérer. Ainsi, ce que les luthériens font par erreur , les calvinistes le font |>ar cunsentcnient, en leur offrant la communion , en les admettant à la table et au nombre des enfants de Dieu , malgré l'injure qu'ils font a sa grâce. Ce qui fait dircdecisivement à M. Jurieu , contre les maximes de sa secte et cuiitre les siennes propres , que le sfmhjje/aÿianisme ne damne pas*. Quel intérêt , mes chers frères , prend-on parmi vous aux semi-pélagiens ennemis de la grâce de Jésus- Christ? Que peut-il y avoir de commun entre ceux qui donnent tout au libre arbitre, et ceux qui lui êtenttout? t)t d'où vient que votre' ministre en est venu jusqu'à dire que le seini-pï‘lugianisme ne damne pas? Ne voyez-vous pas, plus clair que le jour, que c'est qu’on sacrifie tout aux luthériens? La doctrine de la grâce chrctienue, autrefois si fondamentale parmi vous, cesse de l'être ;et il ne tient qu'aux luthériens de vous faire changer , autant qu'ils voudront, les maximes qu’on croyait les plus sdres parmi vous.
En effet, ce même M. Jurieu, qui, dans sa huitième et dans sa dixième Lettre, s’emporte si violemment contre moi de ce que je range le semi-pélagianisme parmi les erreurs mortelles, en a dit beaucoup plus que moi quand il a parlé naturellement, puisi|ti’il a dit ces paroles*: « On a beau faire,
* far. Uv. VIII. p. M.I rt miv. ~ » Syii. Uv. il, fh. 3. p. 2t0 , p. 25.1. Hist, dr» fnr. i. VIII et XIV.
• on ne rendra jamais les vrais chrétiens pétagiens O et semi-pélagicns. » Et encore : • Il n’y a que
• deux articles généraux que le peuple doit bien sa- ■ voir, et sur lesquels tout le reste doit être bâti : le « premier , que Dieu est le principe et la cause de
• tout notre bien. Cela est d’une nécessité absolue « pour servir de fondement au service de Dieu , à « la prière et à faction de grâces ' : » ce qui arrache jusqu’aux moindres fibres de la doctrine de Félage, comme incompatible avec le salut et avec le fondement de la piété. 11 dit encore en un autre endroit , et dans sa Consultation , qui est son dernier ouvrage : ■ Qu'ü est nécessaire en toutes maniè- « rcs de bien enseigner au peuple qu'on ne doit point
• tolérer l'hérésie pelagienne dans l'Église; que Dieu « est la cause detoutle bien qui esten nous, enquel-
• que manière que ce soit; que le libre arbitre de
• l’homme, en tout ce qui regarde les choses divines « et les œuvres par lesquelles itousobtenons le salut, « est tout à fait mort; que dans l'œuvre delà conver- « sion Dieu est la cause du commencement, du « milieu et de la Cn *. * Tout cela c'est, ou les rameaux, ou la racine, ou les fibres du pélagianisme, qu'il ne faut pas supporter. Mais le senh-pélagianisme est exclus par là. Car dira-t-on qu'il faut laisservivalerau peuple la moitié d'un poison si mortel? S'il faut que le peuple sache que le libre arbitre est mort dans toutes les œuvres qui ont rapport au salut , il est donc mort pour écouler et se rendre utilement attentif à la parole comme à tout le reste. S'il faut, encore un coup , que le peuple sache que Dieu e.d Cauteurdu commencem^-nt, ' eomme du milieu et delà fin, que reste-t-il auxsemi-pélagiens, quisout d'ailleurs convaincus d'attribuer à l'hoinine tout le salut, en lui attribuant ce commcncemnit auquel est attachée toute la suite? Ainsi , selon M. Jurieu, le seini-pélagianistne est intolérable.
Il est vrai pourtant qu'il dit ailleurs, et le répète par deux fois, que le semi-|>el3gianisme ne damne pas^ : il est vrai qu'il s'échauffe dans ses I>!ttres jusiiu'àfenqiortemcnt, pour soutenir une doctrine favurahle à cette hérésie 4. S'il a cru sauver scs contradictions en disant, comme il a fait, que ces semi-|HUagiens, qu’il sauve dans la Confessiuii d'Augsliourg et ailleurs, ptudaut (ju'ih sont semil>êla(jiens dans l'esprit, sont disciples de saint .tu- {Justin dans te caur^ y U ne coiinait guère ce que c'est ni que l’esprit ni que le cœur. Car |>ar où eslct que le poison d'une mauvaise doctrine passe dans le ctcur, si ce n'est par fespril?C'eî>t donc par l'esprit qu'il faut comniencer à empêcher le |K>ison d’entrer, et ne pas tolérer une doctrine qui portera la mort dans le cœur aussitôt qu’elle y arrivera.
.Mais le ministre s'entend encore moins Jui-même, lorsqu’on posant coinine un fondement, que fhérésie pelagienne ne doit pas être tolérée parmi les fiilcles, il ne laisse pa.s de décider que dans les ex‘ hortations U faut nécessairement jmrler à la pélagicnne^ : parole insensée s'il en fut jamais, sur
* Lelt. vin, p. SI; *,p. 7.- * ContHll. p. 2«. — 3 Sy»l. p. 249, *53. fur. Uv. >it|, rt XIV. - • I^Ur. vin et X- — v./l^ 9em.tur les .yelk. p. |||. far. Uv. rt xiv. — • Juy lur les Mit. sert. IS, p. I3I<
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