DEUXIÈME
laquelle il n"ose auasi dire un seul mot, quoiqu'on ta lui ait objectée dans THistoire des Variations'. Mais qu’il y réponde du moins maintenant, et qu'ii nous explique, s’il peut, ce que c'est que parier à la pélagienne. Est-ce presser vivement l'obligation et la pratique des bonnes oeuvres? C'est la gloire du christianisme et celle de Jésus-Christ, qu'il ne faut pas transporter à Pelage et à ses disciples. Ou bien est-ce qu'il ne faut prêcher que la justice des oeuvres, et l'obligation de les faire, sans parler de la grâce par laquelle on les fait? C'est établir la justice pharisaîque, tant réprouvée par saint Paul *. On ne sait donc ce que veut dire ce téméraire docteur, qui , non content de conseiller de préclier à la péta‘ tienne, ajoute encore qu’il le faut nécessairement; comme s'il n'y avait point d’autre moyen d'exciter les hommes à la vertu , que de flatter leur présomption. Tout cela ne s'accorde pas : mais sachez que Dieu n'aveugle votre ministre jusqu'à permettre qu'il tombe dans de si visibles et si surprenantes contradictions, qu’alln que vous entendiez qu’on ne peut parler conséquemment parmi vous. Pour être bon calviniste, il faut concilier tropdechoses opposées. Le calvinisme voudraiCune chose; le luthéranisme, qu'il faut contenter, en fait dire une autre : on tourne a tout vent de doctrine; et il n’y a point de sable si mouvant.
Quant à ce que, pour récriminer, M. Jurieu nous objecte que nos molinistes sont drmi^pètagiens etque l'flglise romaine tolère un pélagianisme tout pur et Unit cru * : (>our ce qui regarde les molinistes, s’il en avait seulement ouvert les livres , il aurait appris qu'ils reconnaissent pour tous les élus une préférence gratuite de la divine miséricorde, une grâce toujours prévenante, toujours nécessaire pour toutes les œuvres de piété; et dans tons ceux qui les pratiquent, une conduite s(>cciale qui les y conduit. C'est ce qu’on ne trouvera jamais dans les senii-pélagiens. Que si on passe plus avant, et qu'on fasse précéder la grâce par quelque acte purement humain, à quoi ou l'attache , je ne craindrai point d'étre contredit par anoiin callmlique, en assurant que ce serait de soi une erreur mortelle qui ôterait le fondement de l'humilité, et que i'P^dise ne tolérerait jamais, après avoir décidé tant de lois, et encore en dernier lieu dans le concile de Trente, que tout le liien, jusqu’aux premières dispositions de la conversion du pécheur, vient d'une grâce excitante et prévenante y qui n'est précédée par aucun mèet avoir ensuite prononeé : « Si quelqu'un dit « qu'on |»eut croire, es(>érer, aimer et faire péni-
• tence sans la grâce prévenante du Saint-Lspril ; et
• que cette grâce est nécessaire pour faire plus faci-
• lemenl le bien, comme si on pouvait le faire, quoi-
• que plus diflicilemcnt , sans ce secours ; qu'il soit ■ analhène *. » Voilà comme l'Kglise romaine /o- 1ère un pélagianisme tout pur et tout cru: pendant qu'elle en arrache Jusqu'aux moindres fibres, en attribuant à la grâce jusqu’aux moindres coin-
‘ fer. liv. XIV. — * flow. ni. iv, vin, x. — J Lftt. viii, p. «I. — • lelt. X.p.n.— *' Set$. VI , cap. 5. — ‘ Can.
AVERTISSEMENT
mencements du salut : et on ne veut pu revenir de calomnies si atroces et ensemble si manifestes I
Tout ce que dit M. Jurieu pour soutenir celleci , c'est qu'mt donne à l’homme te ^wucoir de ré^ sister à la grâce*. Si c’est là être pélagien , il y a longtemps que les luthériens le sont; puisqu'ils enseignent , dans la Confession d'Augsbourg , qu’on peut résister à la grâce , jusqu’à la perdre entièrement après l’avoir reçue*.
Saint Augustin est aussi du nombre des pélagiens, puisqu'il répète si souvent, même contre ces hérétiques : que la grâce vient de Dieu ; mais qu'il appartient à la volonté d’y consentir ou de n’y consentir pas Mais ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question; nous en dirons davantage , si le ministre entreprend un jour de nous prouver ce paradoxe inouï jusqu'à présent : qu’on ait condamné les pélagiens pour avoir dit qu'on peut résister à la grâce, ou qu'on y résiste souvent, jusqu'à en rendre les inspirations inutiles ; quand même on dirait avec cela que Dieu, dont les attraits sont infinis, a des moyens sûrs pour prévenir et |>our em|>êt'her cette résistance. Qu’on me montre, encore nn coup , que les conciles qui ont condamné les pélngirns, ou saint Augustin y ou quelque autre auteur, quel qu’il soit, les nient condamnés pour cela, ou qu’on ait mis ce sentiment parmi leurs erreurs : c’est cc que j'oserai bien assurer qu'on ne montrera Jamais, et qu'on ne tentera même pas de le montrer. Ainsi ce pélagianisme tout pur et tout cru , que .M. Jurieu impute àl’Eglise romaine, n’est assurément que dans sa tête.
Mais voici une autre objection que je l'aocuse d'avoir faite aux luthériens : « Il n'est pas |)ossi-
• Me, leurdit-ih, de dissimuler votre doctrine sur
• la nécessité des bonnes œuvres. • Il est vrai, il faut renoncer au christianisme pour dissimuler l'erreur des luthériens, lorsqu'ils ont osé condamner cette proposition : Acs bonnes œuvres sont nécessaires au salut. Nous en avons pourtant rapporté la condamnation faite par le consentement unanime des luthériens dans rassemblée de Vorms en 1 537 Le ministre avoue qu'il ne peut dissimuler cette doctrine des luthériens; et il semble montrer, par ces paroles, qu'il en a l'horreur qu'elle mérite : mais* co|>endant il entre en traité avec eux ; et pour ne point les exclure de la société de l’Kglise , il est contraint de tolérer une erreur si préjudiciable à la piété. Que dira-t-il? Quoi? peut-être que les luthériens ont depuis changé d'avis? Mais, au contraire, il rapporte, avec une es|>èce d'horreur, ce passage de Scultet lui-même, où il dit, •> qu'il
• n’est pas permis de donner une obole des riches- « scs bien acquises , pour obtenir le pardon de ses
• péchés; » et encore, « que l’habitude et l’exer- « cice des vertus n'est pas absolument nécessaire « aux justifiés pour le salut; que cc n’est pas mê- « me ni dans le cours, ni à la fin de leur vie, une
» Lrti. vin, p. «I. — * Canf- Aug- — il)e$pir.ct au. e. S9.fi. K elbn\Um.x,eol. Il8.«- * ComtuU. de Pac. p. «43. — * Par. liv. y et VIU.
SUR LES LETTRES DE M. JURÏEU
• condition sans laquelle ils ne l'obtiendront pas ; que Dieu n'exige pas d'eux les œuvres de eha*
• rité, comme des conditions sans lesquelles il n’y a
• point de salut. » Voilà des blasplùmes; puisque, poursuit M. Jurieu', ■ si ni l'habitude , ni l'exercice « des vertus n’est nécessaire, pas même à l'heure de
• la mort, un homme pourrait être sauvé quand il « n'aurait fait, ni dans tout le cours de sa vie, ni
> même à la mort, aucun acte d'amour de Dieu. » Ces impiétés , que votre ministre déteste avec raison dans les luthériens d'aujourd'hui , viennent du fond de leur doctrine, et sont des suites iné^’itables du dogme de la justice par imputation ; car par là on est mené à dire que la justice que Dieu même fait en nous par l'infusion et par l'exercice des vertus , et même de la cliarité, est la justice des (cuvres réprouvée par l'apôtre ; de sorte que la grâce de In ju.siiiication précède la charité même : d'autant plus que, selon les principes de la secte , il n'est pas possible d'aimer Dieu, qu'après s’étre parfaitement réconcilié avec lui; d'où il s'ensuit que le |>é(heur est justifié sans avoir la moindre etincelle de l'amour de Dieu : ce qui est une suite affreuse de la justice par imputation, et ce qu'aussi nous avons vu établi en conséquence de cette doctrine dès l'origine du luthéranisme*.
Je ne puis ici m'empêcher de me réjouir, avec M. Jurieu , de ce qu’il semble vouloir corriger ce mauvais endroit du système protestant; mais en même temps il fait deux fautes capitales : l'une, do tolérer dans les lutliériens celte insupportable doctrine , ce qui le fait consentir au crime de la soutenir; l'autre , de l'imputer par une insigne calomnie à l'f^glise romaine et à inoi-méine. A mon égard , voici cequ'il dit dans la vingtième Lettre de celte année ^ : « L'évêque de Meaux, qui fait profession pourtant
> de n'étre pasdeladoctriiie des nouveaux casuistes,
> établit , dans son (.'.atechisme , que la contrition
• imparfaite, c'est-à-dire , celle qui naît seulement
• de la crainte de l'enfer, siiflit pour obtenir la « rémission des (léchés. » Il nefaut pluss'etonnerde rien , après les hardis mensonges qu'on a vus dans lesdiscüursde ccministre : mais il est pourtant bien étrange de me faire dire une chose , quand je dis tout le contraire en terim’s exprès. Voici l'endroit qu'il produit de mon Catéchisme < : •* Ceux qui n'ont pas
• celte contrition parfaite ne peuvent-ils pasespérer
• la rémisson des pèches? ■ A quoi on répond : • Ils
• le peuvent par la vertu du sacrement , pourvu qu'ils
• y appoiicnl les dispositions nécessaires. • Il faudrait donc examiner quelles étaient ces dispositions que j'appelais nécessaires. Mais, sans en prendre la |>eine, le ministre croit avoir droit de diVeider de son chef sur mes sentiments ; « et, dit-il, ces dispositions « ne sont autre chose que in peur de l'enfer : ainsi , « conclut-il, un scélérat qui , à la fin de sa vie ,
• se confessera avec la crainte de la mort éternelle
• (Miirra être sauvé, sans jamais avoir fait aucun « acte d'amour de Dieu ; c'est à quoi se réduit la « morale sévère de notre convertisseur. »
• CoMstiU. de Pac. p. 2U. — * t’ar. liv. l. — > Ia-U. \x, P Ibl. — * Vntèch. de Metiux. Imt. $%r la PénU,dam$le •• Caiéch. Leç. 2,j>. IHl.
SSI
Il croit avoir triomphé , quand il me donne oe titre que Je voudrais avoir mérité : mais , pour le confondre, il n'y a qu'à lire la suite du passage qu'il produit. Car en expliquant ces dispositions néces* saires, que le ministre a interprétées de la seule crainte de l'enfer , je dis , selon le concile de Trente , « que ces dispositions, nécessaires |K>ur obtenir le « pardon de ses péchés , iont , premièrement , de « considérer la justice de Dieu , et s'en laisser ef- « frayer ; secondement , de croire que le pécheur est
• justifié; c'est-à-dire ,remisen grâce par lesmérites
• de Jésus-Christ, et espérer en son nom le pardon « de nos péchés ; et et\fin , de commencer à l’aimer « comme la source de toute justice , c'est-à-dire , « comme celui qui justifie le pécheur gratuite- « ment et par une pure bonté • . » 1 1 faut donc nécessairement, du moins commencer à aimer Dieu; et cela par le ntotif le plus propre à la grâce de la conversion, en l'aimant comme celui qui justifie le pécheur par unepurc et gratuite miséricorde. Ainsi, manifestement , pour avoir la rémission des péchés , si l'on n'a |>as la contrition parfaite en charité , qui d'abord réconcilie le pécheur , il faut du moins comme.tccr à aimer Dieu à cause de sa bonté gratuite, et , par cet amour commencé , se préparer le chemin à l’amour parfait qui consomme en nous la justice; et qui même serait capable de nous justifier avec le vœu du sacrement , quand on ne l'aurait pas actuellement reçu. Loin de me contenter de la seule crainte de l'enfer , j'explique pourquoi la crainte ne suffit pas seule: en |>eu de mots à la vérité, comme il fallait à des enfants; mais de In manière qui me paraissait la plus propre à s'insinuer dans ces tendres esprits : à quoi j'ajoute expressément qu'il faut apprendre plus clairement à ceux qui sont plus nvancé.s , que ce qu'il faut faire dans le sacrement de pénitence, • pour y assuber so*x sxlut autant
• qn'on y est tenu , c'est de désirer vraiment d'aimer « Dieu, et s’y EXCITER de toutes ses forces*;» 011 , non content du désir de l'arnonr de Dieu , qui ne [>eut être san.s un amour déjà commencé. Je demande encore qu’on s'excite de toutes ses forces à exercercetamoiir. Votre infidèle minislrea supprimé toutes ces paroles de mon Catérlnsme, non-seulemcnl pour prendre de la occasion de me calomnier , luiqui m'iinpiitesans raison tant de calomnies, mais encore de peur que vous ne voyiez les saintes dispositions que nous proposent les Pères de Trente, c’està-dire, toute l'Église catholique , pour obtenir le pardon de nos péchés.
Mais la plus coupable infidélité de cet écrivain, elcelleonilvousfailvoir qu'il n'aplus aucun égard à la bonne foi , a été celle de me faire dire , dans ce même ('alécliisme, qu'on fMUVoit être saurè sans aroir jamais fait aucun ac/e d'amour de Oieu. A Dieu ne plaise que j'instruise si mal le peuple que le Sainl-Kspril a commis à ma conduite, et que je donne aux enfants ce poLsnn mortel , au lieu du lait que je leur dois ! Voici quelle est ma doctrine dans b le^n où je traite expressément cette matière. J'y enseigne irès-solgneuscinent , entre autres clioscs ,
‘ CaUch. de Uvaux, IbM. — * Jl/rJ., Uç. J.