‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 49 sur 192 · DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME

que > celui qui mnnque h aimer Dieu » manque h la « PMRCiPALB OBUO4Ti07f del«i ioi de Jésus-Christ,

• qui est une loi d’amour, et à la pbi:«cipàlb obu-

• CATION de la créature raisonnable, qui est de « reconnaître Dieu comme son premier principe,

■ c’est-à-dire, la première cause de son être, et « comme sa fin dernière, c’est-à-dire celle à laquelle « on doit rapporter toutes ses actions et toute sa vie :

• en sorte qu'étant diflicile de déterminer les cir-

■ constances particulières où ilya une obligation spé-

• ciale de donner à Dieu des marques de son amour, '

■ nous en devons tellement multiplier les actes , que

• nous ne soyons pas condamnes pour avoir man- « qué à un exercice si nécessaire*. • On serait donc condamné, si on y manquait, faute d'avoir satisfaità la principalede ces obligations , et comme clirétien , et même comme homme : et voilà comme j’ai dit qu'on peut être sauvé sans aimer Dieu.

Le ministre ne rougit pas de me l'imputer, pendant que je m'étudie à établir précisément le contraire. Mais cen'est pas là son plus grand cri me : l’excès de son aveuglement . c'est qu'en m'accusant faussement d'une erreur si opposée à l'amour de Dieu , il en convainc les luthériens; et en même temps il les supporte ; de sorte que tout le zèle qu'il a pour la charité et pour l'flvangile, c'est qu'il condamne sévèrement dans les catholiques , à qui il l'impute par calomnie, ce qu'il trouve effectivement et ce qu’il tolère dans les luthériens.

Mais , de peur qu'il ne s’imagine que ce qu'il trouve dans mon Catédiisme soit ma doctrine particulière, je veux bien lui déclarer que s'il s'est trouvé des auteurs parmi nous qui aient (Ué l’obligation d’aimer Dieu par un acte spécial , ou qui aient voulu la réduire à quatre ou cinq actes dans la vie , 4es papes , les évéques et les facultés de théologie s'y sont opposés par de sévères censures : témoin ces propositions censurées à Rome par les papes Alexandre Vil et Innocent XI avec rapplauiiisseinent de tout l'ordre épiscopal et de toute rh^lise catholique : « L'un n'est tenu de former en aucun temps

• de la vie des actes de foi, d'espérancecldeeharito,

■ en vertu des préceptes qui npnrtiennent à ces

■ vertus >ous n’osons pas décider si c’est iK*clier

• mortellement que de ne former qu'une seule fois

• en sa vie un acte d'amour de Dieu. Il est probable

• que le. précepte de l'amour de Dieu n'otdige pas,

• même à la rigueur , tous les cinq ans ; U n oblige

• que lorsqu'il est nécessaire pour être juslilic, et « que nous n'en avons point d'autre moyen*. » On fait voir, en eotidamnant ces ]>ropositiuns autant absurdes qu’impies , que le précepte de ruinuur de Dieu oblige les chrétiens, et ne les oblige pas pour une fois, ni dans un certain temps Si'ulcment , mais continuellement et toujours, à la maniéré qu'on vient d’expliquer.

Il serait aisé de vous faire voir que de semblables propositions ont été souvent condamnées par les papes, par les évéques et par 1rs universités , si c'en

* T C<ith. IT, part. Lff. S. — ’ Pmp. ditmn. ah /4Ux. VII, Cl $ept. ledS. ab tnm. Tl. 3 .Vari. |OT9. — ) Prop. i, Alex. VII. — * Innue. XI, yrop. 6, 0, 7.

AVERTISSEMENT

était ici le lieu. Écoutez-moi donc, mes chers frères, et ne vous laissez point séduire par ces paroles de mensonge : Les catholique.s tolèrent toutes les mauvaises doctrines, et jusqu’à celle qui nie la nécessité d’aimer Dieu. Vous voyez , par ces censures , comme on les tolère : mais, ô Dieu , vous êtes juste! ceux qui nous accusent faussement de les tolérer, livrés à l 'esprit d'erreur en punition de leurs calomnies, sont eux-mémes coupables du crime qu'ils nous imputent ? puisqu'ils tolèrent ces erreurs dans les luthériens , parmi lesqueUils sont forcés de les reconnaître d’une manière plus insupportable qu'elles ne se sont jamaii trouvées dans aucuns auteurs.

C'est à quoi les pousse, malgré qu'ils en aient, celte malheureuse compensation de dogmes qu'ils ne cessent de négocier avec ceux de la Confession d'Aiigsbourg par toutes sortes de moyens. Votre ministre s'est olTcnsé , d’une manière terrible , de ce que j'ai osé lui reprocher ce commerce infâme. • Je

■ n'ai pu , dit-il * , lire sans pitié ces paroles de M.

■ de Meaux : Après toutes ces vigoureuses récri- « minations que font les calvinistes aux luthériens, « on croirait que le ministre Jurieu va conclure à " délester dans les luthériens tant d'abominables

• excès, tant de visibles contradictions, un aveu-

■ glement si manifeste. Point du tout; il n'accuse « les luthériens de tant d'énormes erreurs, que « pour en venir à la paix... Nous vous passons tous

• les prodiges de votre doctrine; nous vous passons « votre monstrueuse ubiquité; nous vous passons « votre demi-pélagianisme; nous vous passons ce « dogme affreux qui veut que les bonnes œuvres

■ ne soient pas nécessaires au salut : passez-nous « donc aussi les decrets absolus, la grâce irrésis-

■ tible, la certitude du salut * , • etc. Je reconnais mes paroles, il les a fidèlement rapportées; et « voila , poursuit-il *, ce que j'appelle faire le comé-

■ dien et le déclaniateur sans jugement et sons foi.

• Il n’est point vrai qu’on reconnaisse dans les lu-

■ tliériens des dogmes énormes, des prodiges de > doctrine, d'abominables excès. • PnUez l’oreille, mes frères. L'ubiquité constamment enseignée par les luthériens n'est plus un monstre de doctrine ; laissons celui-là, qui trouverasa place ailleurs. L'erreur d'attribuer à l'homme le commencement, et par là tout l'ouvrage de son salut ; celle de dire que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires au .salut , et qu'en effet on est sauvé sans les vertus , sans leur exercice et sans celui de l’amour de Dieu, n’est pas un dogme énorme, ni un abominable excès : tout cela e>t supportable; car il a la marque du luthéranisme, qui rend tout sacré et inviolable. Retenez bien, mes freres, ce que dit ici votre ministre; mais écoutez comme il continue* : « C’est être co- « medien , encore une fois, que d'appeler ainsi des

■ erreurs humaines. » Remarquez encore: toutes ces erreurs des luthériens ne sont plus que des erreurs humaines, c'est-à-dire, très-supportables ,

■ auprès desquelles les erreurs des molinistes, et « celles des défenseurs de la souveraine autorité pa-

* LfU. t, p. 77. — • Par. Jddit. au liv. uv. — » Jj-tt. x * p. 77. — * tbid.

Sun Ï.ES UETTRES DE M. JÜRIKU.

saa

• nnle , sont de \tjîs monstres , que M. Bossuet to-

• 1ère pourtant dans son .Église^ quoiqu'il fasse « profession de ne pas les croire. Je n’offre point > la tolérance aux luthériens , pour les ahominahies « dogmes: que l'amour de Dieu n’est pas nécessaire « pour être sauvé... » Rompez donc avec eux, puisque vous venez de les convaincre de cette er> rcur. Mais, après ce petit mot d’interruption , reprenons les paroles du ministre. ■ Jen’oiïre point,

• poursuit-il , la tolérance aux luthériens , pour les

• abominables dogmes : que la fornication n'est point

• un péché mortel ; que la sodomie, et les autres im-

• puretés contre nature, ne sont que des péchés « véniels; qu'on peut tuer un ennemi pour un ccu,

• à plus forte raison pour mettre son honneur en « sdreté. Ce sont là des abominations queM. Bos-

• wiet tolère dans son l’élise. > Quoi! mes frères, sous les yeux de Dieupserdire qu’aucun auteur catholique ait pu tenir pour péchés véniels les impuretés qu’on vientd’entendre! J’en rougis pour votre ministre. Il n'en nommera jamais un seul. Que s'il y a quelque malheureux qui ait enseigné , dans quelques cas métaphysiques, qu'on peut s'opposera la violence jusqu’à tuer un voleur qui veut vous ravir un écu, son opinion est réprouvée par les censures dont on a parlé : et on n’en souffre les auteurs dans l’Eglise , que parce qu'ils sont soumis à ses décrets.

Mais voyons s’il en est ainsi de l’échange qu'on négocie avec les luthériens. Le ministre se tourmente en vain pour s'en excuser : c'est lui niéine qui parle en ces termes au docteur Scultet dans sa Consultation pour la paix entre les protestants : « Le dernier argument, dit-il , qui persuade une

• mutuelle tolérance , c'est que les réformés ne de- « mandent rien qu’ils n’offrent. Nous demandons « la tolérance pour notre dogme que vous appelez « particularisme, » c'est-à-dire, pourlacertitudedu salut , et les autres de cette nature dont nous avons tant parlé. » On ne doit point la tolérance, mais le

• consentement, à la vérité : mais, supposé que « le particularisme soit une erreur, nous vous of- « frons la tolérance pour des erreurs bien plus im-

• portantes. » Là il fait un long dénombrement des erreurs des luthériens qu’on vient de voir : il est tout prêt à communier avec ceux qui les enseignent ; ou plutôt , en tant qu'en lui est , il y communie en effet , lui et tous ceux de son parti , puisqu’ils offrent la communion aux luthériens avec ces erreurs; et ils ont trouvé le moyen, en faisant semblant de les rejeter, de s’en rendre en effet coupables , puisqu’ils y consentent.

Après cela, faut-il avoir de la conscience pour nier qu’on ait proposé ce honteux échange de dogmes? Le voilà en termes formels dans les écrits de votre ministre; et le public peut voir à présent qui est le comédien, qui est le déclamaleur, qui est l’homme sans jugement et sans foi; de moi qui lui reproche ce lâche traité, ou de lui qui le fait. Mais je ne m’étonne pas qu’il en ait honte; car, après tout , qui vous a permis de négocier à la face de tout I univers de tels accommodements, et d’acheter la

communion des luthériens aux dépens de la grâce de Jésus-Christ, et des préceptes le.x plus sacrés de l’Evangile? Qui vous a, dis-je, donné lé pouvoir de recevoir à la sainte table les ennemis de la grâee, qui en attribuent les premiers dons au libre arbitre; et les ennemis de ces saints préceptes, qui nient qu'il soit necessaire de les pratiquer pour se sauver? On voit bien que la sainte table ne vous est de rien; et si vous vous en croyiez les dispensateurs véritables, vous ne l'abandonneriez pas a des gens que vous avez convaincus de tant d'erreurs capitales. Mais encore par quels moyens pretendez-vous parvenir à celte union tant désirée avec les luthériens ? Far l'autorité de.s princes. Selon vous, ce sera aux princes à déterminer les articles dont on pourra convenir, et ceux qu’on pourra du moins tolérer*. M. Jurieu ne nie pas du moins qu'il n'ait fait la proposition de rendre les princes et leurs conseillers souverains arbitres des points qu’on pourra concilier, et de la manière de le faire ; ce qui est remettre entre leurs mains l'essentiel de la religion. F.t pourquoi leur donner tout ce pouvoir? « Parce que, dit- « il*, toute la réforme s'est faite par leur anto-

• rite. » Vous ne m’en croyez pas, quand je vous le dis; mais votre ministre l’avoue : à ce coup il a raison. On a vu, dans toute l'IIistuirc des Variations, que la réforme est l'œuvre des princes et des magistrats : c'est par eux que les ministres se sont établis : c’est par eux qu’ils ont chassé les anciens pasteurs , aussi bien que les anciens dogmes. A près de si grands engagements, il est trop tard |>our en revenir ; et l’accord des religions doit être l’ouvrage de ceux par qui elles se sont formées. Mais il y a encore une autre raison de leur soumettre tout; « parce que, ajoute M. Jurieu, les ecclésiastiques

• sont toujours trop attachés à leurs sentiments. • C’est pourquoi il faut appeler les potUiques, qui apparemment feront meilleur marché de la religion. Jug€2-en vous-mêmes, mes frères : qu’est-ce qu'une religion où la politique domine, et domine jusqu'à un excès si honteux ? C’est aux princes et aux politiques que votre ministre permet de déterminer de la doctrine, et de prescrire lee conditions sous lesquelles on donnera le sacrement de notre Seigneur. Les théologiens commenceront par jurer qu’ils se soumettront à l'accord des religions qu'auront fait les princes C’est la loi que leur impose M. Jurieu ,

: sans quoi il ne voit point d'union à espérer : les i pasteurs prêcheront ce que les princes auront ordonné, et distribueront la cène à leur mandement. Mais qui les a proposés pour cela ? Est-ce aux princes que Jésus-Christ a dit: Faifes ceci, et Je serai avec vous Jusqu'à la consommation des siéctes t Ou bien est-ce sur la Confession et la foi des princes qu’il a fondé son Eglise, et qu’il lui a promis une éternellestabilité contre l'enfer? Les luthériens se tiennent plus fermes, je l’avoue, et ne semblent pas disposés à entrer dans ces lionteux accommodements. Les ministres calvinistes ont toujours

< ConsuU. dt Pact , cap, xn , p. S60 et $eq. f’ar. ^ddU. au iiv. xiT, — * Consult. ibid. Far. Ibid. — * CantuU. Ibid. /'ar. Ibld.

TROISIÈME AVERTISSEMENT

fait toutes les avances; et celle que fait ici M. Jurieu ne dégénère pas de toutes les autres.

Le ministre n'a osé toucher tous ces endroits : je rois bien qu'il a rougi pour la réforme, où l'on négocie de tels traités à la rue de tout l'univers. M.iis, direi vuus, qui l'en avoue? Ce serait à vous a le savoir. Mais non. Quand la politique du parti fit résoudre qu'on recevrait les luthériens a la cène, et que le synode de Charenton en eut fait la décision , il fallut bien y passer. Il en serait de même en cette occasion. On vous dira éternelleinent qu’on vous laisse la liberté de juger de tout, et même de vos synodes ; mais on sait bien qu’on ne manque pas de vous mener où l’on veut sous ce prétexte.

Vous pouvez voir maintenant combien est vain le discours de M. Jurieu, lorsqu'en tant d'endroits de ses Lettres il tâche de vous faire accroire que les erreurs des luthériens ne font rien contre vous. Elles font si bien contre vous , qu'elles vous convainquent de tolérer l’anéantissement de la grâce, celui de la cliarité et des bonnes œuvres, et toutes les autres impiétés que le ministre J urieu a reprochées aux luthériens. Je ne m’étonne donc pas s il ne veut plus maintenant les en avoir convaincus : c’est visiblement qu'il rougit d’avoir par là convaincu toute la réforme d’une impiété manifeste. Toute la réforme est convaincue d’avoir commencé par le blasphème , en faisant Dieu auteur du péché, et en niant le libre arbitre. Le calviniste persiste dans cette impiété ; que si le luthéranisme s’en corrige, c’est pour aller à l’impiété opposée, et de l’excès de nier le libre arbitre à l’excès de lui donner

tout. Le calvinisme, à la vérité, n’enseignepas une erreur si préjudiciable, au salut; mais il l’approuve dans les luthériens , assez pour les recevoir au nombre des enfants de Dieu. Il approuve de la même sorte d’autres grossières et insupportables erreurs , et même celle d’avoir rejeté la nécessité des bonnes œuvres pour obtenir le salut. Ainsi les luthériens sèment ces erreurs; les calvinistes marchent après pour les recueillir, et ce que ceux-là font par erreur, les autres, conune on a vu , le font par consentement : et voilà en trois mots l’état présent de la réforme.

Mois il faut passer à d’autres matières; et après vous avoir montré la réforme condamnée par son propre jugement, il reste encore à vous faire voir rfiglise romaine, elle que les protestants chargent de tant d’opprobres, justifiée néanmoins, non seulcment par des conséquences tirées de leurs principes, mais encore en termes formels et de leur aveu. Ce sera le sujet de l’Avertissement suivant. En attendant qu’il paraisse, â Seigneur, écoutez-moi ! O Seigneur, on m’a appelé à votre terrible Jugement comme un calomniateur qui imputait des impiétés, des blasphèmes, d’intolérables erreurs à la réforme; et qui non-seulement lui imputait tous ces crimes, mais encore qui accusait un ministre de les avoir avoués :â Seigneur, c’est devant vous que j’ai étéaccusé : e’est aiissi sous vos yeux que j’ai écrit ce discours ; et vous savez combien je suis éloigné de vou-

loir rienajmiter aux excès déjà si étranges desp.rétendus réformés. Si j’ai dit la vérité, si j'ai convaincu de blasphème et de calomnie ceux qui m’ont appelé à votre jugement comme un calomniateur, un homme sans foi, sans honneur, sans conscience, justifiez-moi devant eux. Qu’ils rougis.sent , qu’ils soient confondus : mais, à Dieu, je vous en conjure, que ce soit de cette confusion salutaire qui opère le repentir et le saluti

Iir AVIiKTlSSEMF.NT

Page 1